APOLLON DANS LA MYTHOLOGIE GRECQUE
|"jj^^ANS son excellente Histoire de la Divination dans l’antiquité, M. Bouché- Leclercq a précisé d’une façon très heureuse la place occupée par Apollon dans la mythologie grecque. « La conception du type d’Apollon, dit-il, idéal de force, de grâce et de dignité, qui renferme tout ce que peut contenir de divin la nature humaine transfigurée et affranchie de la mort, marque dans 1 évolution morale de la race hellénique le début d’une ère nouvelle. Apollon est un des derniers fruits de l’imagination mythoplastique des Grecs ; il en est aussi l’œuvre la plus achevée. » La personnalité d’Apollon est en effet encore moins distante de l’humanité que celle des dieux dont nous nous sommes occupés jusqu’ici. L’imagination grecque a paré ce fils de Zeus de toutes les qualités physiques et morales qui constituaient pour elle l’idéal. Elle lui a par surcroît prêté un certain nombre de défauts et de vices dont les Grecs cherchaient ainsi à s’excuser pour leur compte. Apollon, dit encore M. Bouché- Leclerq, « fut ce que tout Hellène eût voulu être, beau, d’une beauté à la fois virile et gracieuse, fort, vaillant, sage, habile surtout, menant de front la science, l’art et le plaisir, sensible à l’amitié, peu curieux de tendresse et trop jaloux de sa liberté pour porter le joug de l’hyménée » .
LA NAISSANCE Les auteurs anciens nous rapportent plusieurs versions au sujet de la filiation
d’Apollon. Ils nous le présentent tantôt comme fils d’Athéna et d’Hephaïstos, tantôt le font descendre de Corybas en Crète, de Silène en Arcadie, de Magnes à Didyme. Cependant la légende la plus généralement admise est celle qui donne pour parents à Apollon le maître même de l’Olympe, Zeus, et Leto fille du Titan Koïos et de la Titanide Phœbe.
Apollon est donc un enfant illégitime. Comme tel, il est, avant même sa naissance l’objet de la haine d’Hera, la jalouse épouse de Zeus. Elle veut à tout prix l’empêcher de naître, car elle sait que ce nouveau fils sera chéri par Zeus au détriment d’Arès, son rejeton légitime. Hera obtient de la Terre qu elle ne donnera pas asile à Leto pour faire ses couches ; elle jure que la malheureuse ne
pourra déposer son précieux fardeau que là où les rayons du soleil ne pénètrent pas. Il existait heureusement un endroit qui remplissait cette dernière condition. C’était une île flottante que Poséidon avait recouverte des flots de la mer et qui, battue par les tempêtes, errait à travers les immensités de l’Océan. Poséidon arrêta dans sa course vagabonde cette île qui prit le nom de Delos, en faisant surgir du fond des abîmes quatre piliers pour la soutenir.
L’hymne homérique à Apollon énumère toutes les contrées que la malheureuse Leto eut à parcourir sans pouvoir y trouver un asile : l’Attique, l’Eubée, la Thrace, les îles d’Imbros, de Lesbos, de Chios, de Claros, de Samos, de Cos. « En toutes ces contrées, près d’enfanter Apollon, Leto se rendit, cherchant si l’une d’elles voulait abriter son fils. Mais elles tremblèrent, elles craignirent, et nulle, si riche qu’elle fût, n’osa recevoir Apollon. »
Delos même ne marqua aucun empressement à accueillir Leto, si nous en croyons l’auteur de l’hymne homérique consacré à Apollon. « J’ai une crainte, ô Leto, et je ne te la cacherai pas. On dit qu’ Apollon doit être plein d’orgueil, qu’il gouvernera fortement les immortels et les mortels sur la fertile terre. Je redoute donc vivement en mon esprit et en mon âme, que dès qu’il aura vu la lumière du soleil, il ne méprise l’île, parce que je suis stérile et que, de son pied me bouleversant, il ne me pousse au large de la mer. » Pour que Leto soit reçue dans Delos, il faudra qu’elle s’engage par serment qu’Apollon y « bâtira son superbe temple où sera l’oracle des hommes, et de tous les hommes, parce que sa renommée est immense » .
La ruse d’Hera a donc été déjouée, Leto a un refuge. Mais l’implacable épouse de Zeus ne désarme pas. Pour empêcher Leto d enfanter, Hera retient dans l’Olympe Ilithyie, la déesse de
Leto portant sur ses bras ses enfants, Apollon et Artémis, et le serpent Python.
Vase de la collection Hamilton. (Lenormant et de Witte.)
APOLLON
l’accouchement. « Neuf jours et neuf nuits Leto fut transpercée de douleurs désespérées. » A la fin les autres déesses accourues auprès de Leto envoient Iris chercher Ihthyie à laquelle elle promet de leur part « un grand collier de neuf coudées, noué de fils d’or ». Ihthyie accourt à Delos et alors « l’enfantement saisit Leto, et elle se sentit près d’accoucher, et elle jeta ses deux bras autour d’un palmier, et elle appuya ses genoux sur le tendre gazon, et la terre au-dessous d’elle sourit, et l’enfant bondit à la lumière » . Les déesses lavent le nouveau-né « d’eau limpide, purement et chastement » , lui donnent pour langes « un voile blanc, léger, frais tissu, et l’assujettissent avec une ceinture d’or ». Thémis lui présente le nectar et l’ambroisie.
D’après une autre légende, ce ne serait pas à Delos, mais à Ortygie, près d’Ephèse, que Leto aurait donné naissance à Apollon. Là se trouvait un bois de cyprès. Leto s’y arrête, et après sa délivrance, prend un bain dans le Kenchrios.
D’autres villes se disputaient encore l’honneur d’avoir vu naître Apollon, Tégyre en Béotie et Amphigeneia en Triphyhe.
Notons encore la version d’après laquelle Leto était originaire du pays des Hyperboréens, d’où elle s’enfuit, transformée en louve pour se soustraire aux poursuites d’Hera. Elle arriva à Delos après une course ininterrompue de douze jours et de douze nuits.
Enfin, on racontait aussi que Leto, après avoir accouché d Apollon et d’Artémis était venue en Lycie, pays qui portait alors le nom de 1 remilia. Elle s’était arrêtée auprès d’une source suivant les uns, d’un étang suivant les autres, soit pour y boire, soit pour y baigner ses enfants. Des
bergers accourus veulent chasser l’étrangère ; ils sont transformés en grenouilles. Une variante de la
même légende dit que repoussée par les bergers, Leto conduite par des loups arriva aux bords du Xanthos, s’y baigna et consacra le fleuve à Apollon. Elle appela le pays Lycie du mot grec lukos (loup) et revint ensuite à la source dont il a été parlé plus haut, pour punir les bergers de leur inhospitalité en les transformant en grenouilles.
Suivant certains auteurs Leto, avant même de donner naissance à Apollon et à Artémis, aurait été en proie aux poursuites du serpent Python, ainsi appelé « parce que son cadavre pourrit le sol », envoyé contre elle par Hera. C’était un monstre horrible, informe, un dragon femelle, né de la Terre et qui avait servi de nourrice à I yphœus.
« Celui qui le rencontrait subissait le moment fatal. » N’ayant pu empêcher Leto de mettre au monde
ses deux enfants, le monstre était revenu sur le Pa masse. C’est contre lui qu’ Apollon, à peine né, va lancer ses premières flèches forgées par Hephaïstos.
On localisait la lutte d’Apollon contre le serpent Python en plusieurs endroits : en Crète, à