JEUNES FILLES
APOLLON
baiser. Sans méfiance, Cassandre ne s’y refusa pas. Apollon en profita pour lui cracher dans la bouche, lui enlevant ainsi le pouvoir de persuader. Elle conservait le talent de prédire l’avenir, mais ce talent était inutile, personne ne voulant ajouter foi à ses prédictions. On verra plus loin comment Cassandre tombée entre les mains d’Agamemnon périt sous les coups de Clytemnestre, l’épouse infidèle du roi d’Argos.
Une autre légende nous montre Apollon supplanté par un simple mortel auprès d’une jeune fille sur laquelle il avait jeté son dévolu.
Le dieu se croyait déjà sur le point d’être aimé de Marpessos à laquelle il avait même offert le mariage, quand survint un autre prétendant, Idas. Celui-ci enleva la jeune fille sur un cheval ailé, don de Poséidon et la transporta en Messéme. Apollon poursuit les fugitifs. On en vient aux mains.
Zeus intervient alors. Il ordonne à M arpessos de choisir entre ses deux soupirants. Craignant d’être abandonnée un jour par Apollon, la jeune fille opte pour Idas et le dieu est obligé de s’incliner devant cette décision.
Apollon fut d’abord plus heureux auprès de Coroms, fille de Phlégyas, qu’il réussit à séduire à l’insu de son père. S’apercevant
qu’elle va devenir mère et redoutant la colère paternelle, la victime du dieu accepte d’épouser Ischys qui la croit encore vierge. On dit qu’Apollon maudit le corbeau qui lui apporta cette nouvelle et le rendit noir de blanc qu’il était. Quant à 1 infidèle il la tua, ou, d’après une autre version, chargea de ce soin Artémis qui fit périr en même temps plusieurs autres femmes. Le mari de Coronis périt sous les coups du dieu. Son père qui avait été attaquer et brûler le temple de Delphes, fut tué à coups de flèches et précipité dans les enfers où il se vit condamné à endurer un éternel supplice. L’enfant que Coronis portait dans son sein fut enlevé par Apollon, alors que la malheureuse était déjà sur le bûcher. Sous le nom d Asklepios, il devint un des héros les plus célèbres de la mythologie grecque ; on trouvera plus loin le récit de ses exploits.
Deux autres jeunes filles, Boline et Castalie préférèrent la mort à l’amour d’Apollon. La
Apollon et Artémis. Amphore bachique.
(Gerhard, Auserlesene Vaserxbilder.)
première se jeta dans la mer, près de la ville qui porte son nom, en Achaïe. Castalie, une jeune delphienne, se précipita dans la source qui nous est également connue sous son nom.
Les amours d’Apollon avec des mortelles font encore l’objet d’un grand nombre de légendes dont nous ne citerons que les plus caractéristiques. Elles étaient importantes aux yeux des Grecs parce que de ces relations du fils de Leto avec des jeunes filles naquirent souvent des fils considérés comme les ancêtres d’un certain nombre de peuplades helléniques.
C’est ainsi par exemple qu’Ion, ancêtre des Ioniens était, disait-on, fils d’Apollon et de Creuse, elle-même fille d’Erechtée. Les deux amants se voyaient dans une grotte de l’acropole d’Athènes et ce fut là que Creuse accoucha et laissa son enfant, placé dans une corbeille. A la prière d’Apollon, Hermès va prendre le nouveau-né et le porte à Delphes, dans le temple dont les prêtresses sont chargées de l’élever. Cependant Creuse a épousé Xuthos. Leur union reste stérile. Ils consultent l’oracle de Delphes et reçoivent l’ordre de reconnaître comme leur fils le premier jeune homme qu’ils rencontreront en sortant du temple. C’est l’enfant d’Apollon et de Creuse, devenu grand, qui se trouve le premier sur leur chemin. Xuthos l’adopte de bon cœur, mais Creuse cherche à l’empoisonner, jusqu’au moment où elle reconnaît qu elle est en face de son propre enfant. La mère et le fils s’entendent d’abord pour ne pas révéler leur secret à Xuthos, mais Athéna intervient et dès lors Ion est consacré comme l’ancêtre du peuple grec qui porte son nom.
Cyrène, fille du roi des Lapithes Hypseus, était une chasseresse intrépide. Un jour Apollon la vit lutter, seule et sans armes contre un lion qu elle terrassa. Epris d’admiration et d’amour, il la transporte en Libye sur un char d’or attelé de cygnes. Là, Cyrène accoucha d’Aristaios (Aristée). D’après une légende, Hermès vint prendre le nouveau-né pour le porter à son aïeule Creuse, fille de Poséidon. Elevé par les Heures, nourri de nectar et d’ambroisie, Aristaios devint un véritable dieu « un Zeus et un Apollon, secourable à ses amis, chasseur et protecteur des troupeaux. » Suivant la version rapportée par Apollonius de Rhodes, Apollon métamorphosa Cyrène en nymphe et alla porter son enfant dans la grotte de Chiron. Ce furent les Muses qui l’élevèrent et lui enseignèrent tout ce qui se rapporte à l’élevage du bétail et à celui des abeilles. Aristaios transmit ces enseignements aux hommes dont il devint ainsi un des plus grands bienfaiteurs. Enfin, un autre auteur raconte qu’à l’arrivée de Cyrène en Libye, le pays était ravagé par un lion furieux. Le roi de la contrée avait promis sa couronne à celui qui le délivrerait de ce fléau. Cyrène y parvint sans peine et devint reine.
La fille du roi de Crète Minos, Akakallis eut d’Apollon plusieurs fils dont l’un fut, dit-on, le fondateur de la ville de Naxos, l'autre de Milet qui devint une des cités les plus illustres de l’Ionie. La légende raconte qu’après avoir mis au monde Miletos, Akakallis l’exposa dans une forêt. L’enfant fut nourri par une louve, puis trouvé par des bergers qui l’élevèrent. Son extraordinaire beauté attira l’attention de son propre grand-père, Minos, qui voulut attenter à sa vertu. Miletos pour se soustraire à ces entreprises s’enfuit en barque jusqu’en Carie où il fonda la ville qui prit son nom.
L’aventure de Rhoio, fille de Staphylos rappelle sous certains rapports celle de Danaé, mère de
APOLLON
Persée. Elle eut des relations avec Apollon. Quand Staphylos s’aperçut que sa fille était enceinte, il la plaça dans un coffre qui fut mis à la mer. Les flots l’emportèrent jusqu’en Eubée où Rhoio mit au monde un fils qui reçut le nom d’Anios. Apollon emporta l’enfant jusqu’à Delos et lui conféra le don de prophétie. La bienfaisance du dieu s’étendit également aux trois filles, Oino, Spermo et Eloïs qu’Ainos eut plus tard de Dorippe. Elles reçurent le don de créer en abondance le vin, les céréales et l’huile. On les appella oinotropoi, c’est-à-dire celles qui peuvent changer l’eau en vin.
L’amour d’Apollon pour Psamathé, fille du roi d’Argos Krotopos, eut une issue plus tragique.
Par crainte de son père, la victime du dieu exposa le nouveau-né, Linos, dans une forêt.
Des chiens de berger le dévorèrent. Pour se venger Apollon envoya dans le pays un monstre qui arrachait les enfants du sein de leur mère.
Un jeune noble argien, Koroibos, réussit à tuer le monstre. Aussitôt une peste terrible s’abat sur toute la contrée.
Koroibos va consulter l’oracle de Delphes et s’offre comme victime expiatoire. La Pythie lui ordonne de prendre
dans le temple un trépied et de le porter jusqu’au moment où il lui échappera des mains. Il devra s’établir en cet endroit et y fonder un temple d’Apollon. C’est ainsi qu’on expliquait la fondation de Tripodiskoi en Mégaride.
Chione, fille de Dédale fut honorée à la fois des faveurs d’Hermès et d’Apollon. Du premier elle eut Autylokos, du second Philamnon. Artémis qu elle eut le malheur d’offenser, la tua à coups de flèches. Apollon eut pitié du désespoir du père de Chione et le métamorphosa en vautour.
Fille unique du roi des Dryopes, Dryops gardait sur l’Œta les troupeaux de son père. Les Hamadryades 1 avaient acceptée comme compagne et lui avaient appris à chanter des hymnes et à danser. Un jour qu’elle dansait, Apollon l’aperçut et tomba amoureux d’elle. Il se métamorj)hosa en une inoffensive tortue avec laquelle les nymphes se mirent à jouer. Dryops ayant pris cet animal sur ses
Apollon, entoure de femmes, jouant de la cithare. Amphore bachique. (Gerhard, Auserlesene Vasenbilder .)
genoux, Apollon se transforma en serpent. Les nymphes effrayées s’enfuirent. Apollon abuse de sa victime qui, mariée peu de temps après avec Andraimon, fils d’Oxylos, mit au monde un fils qui reçut le nom d’Amphissos. Celui-ci fonda plus tard la ville d’Œta et éleva un temple à Apollon. D’après la légende, les Hamadryades allèrent chercher Dryops dans le temple construit par son fils et la métamorphosèrent en nymphe. En reconnaissance, Amphissos consacra un temple aux Hamadryades.
Le dieu usa encore de son pouvoir de métamorphose en faveur d’une autre de ses victimes, Thrya et du fils qu’il en avait eu, Kyknos. Sa grande beauté valut à ce dernier d’être recherché par l’élément masculin. Il repousse avec indignation ces avances. Croyant se débarrasser de Phylios qui le poursuivait sans répit, Kyknos lui impose trois tâches. Phylios s’en acquitte. Le malheureux fils de Thrya est obligé de succomber, mais bientôt abandonné par son séducteur, il se précipite avec sa mère dans un étang infesté de moustiques. Apollon les changea tous les deux en oiseaux.
Lors de la prise de Thèbes par les Epigones, ou descendants des Sept Chefs, Manto, la fille du célèbre devin Tirésias, fut comprise par les vainqueurs dans la part du butin attribuée à l’oracle de Delphes.
Elle devint à la fois la prêtresse et l’amante d’Apollon. Le dieu l’envoya fonder en Ionie l’oracle de Klaros dont il sera question plus loin. Manto eut d’Apollon un fils, du nom de Mopsos, qui reçut également le don de prophétie et fut indirectement la cause de la mort du fameux devin Calchas. D’après une prédiction, celui-ci devait mourir le jour où il rencontrerait un homme qui lui serait supérieur dans l’art de la divination. La rencontre des deux hommes eut lieu à Klaros. Un concours s’institua entre eux. Calchas dut se déclarer vaincu. Il mourut de tristesse, ou, d’après une autre légende, creusa lui-même sa fosse.
Au séjour d’Apollon dans les régions hyperboréennes se rattache la légende de ses amours avec rhemisto, fille de Zabios, roi du pays. Un fils en naquit, Galeos, ancêtre d'une famille de devins célèbres. Deux de ses descendants, Galeotès et Telmissos, quittèrent l'Hyperborée pour obéir à un ordre de l’oracle de Dodone. Ils devaient marcher l’un vers l’Orient, l’autre vers l’Occident et élever un autel à l’endroit où, pendant le sacrifice, un aigle viendrait essayer de leur enlever la chair de la victime immolée. Le terme de la course de Telminos fut la Carie; Galeotès de son côté alla jusqu’en Sicile.
APOLLON
A propos de Zeus et de Ganymède, nous avons déjà eu l’occasion de parler de cette perversion de l’amour qui pousse certains hommes à se rechercher entre eux. Comme on ne prête qu’aux riches, les Grecs ne se firent pas faute d’attribuer à Apollon un vice très répandu chez eux. Mais, là encore, le dieu ne vit pas toujours ses entreprises couronnées de succès. Leucate, jeune garçon qu’il poursuivait de ses assiduités, préféra la mort au déshonneur. Il se précipita dans la mer, du haut d’un rocher qui forme la pointe méridionale de l’île actuelle de Leucade, et ce rocher devint le cap Leucate. On établit en cet endroit un sanctuaire d’Apollon qui devait remonter à la plus haute origine, car on y offrit pendant longtemps au dieu un sacrifice dont la victime était un homme. C’était une victime expiatoire chargée de détourner la colère d’Apollon. On choisissait un criminel qui était précipité à la mer. Avec l’adoucissement des moeurs, cette coutume barbare, sans disparaître complètement, ne fut plus conservée qu’en apparence. La victime était toujours précipitée du haut du rocher, mais son corps était entouré de plumes et on y attachait des oiseaux. Des bateaux croisaient au pied du cap; celui qui recueillait le condamné l’emportait au loin, et avec lui les fautes de tous les habitants de l’ile.
La légende de Kyparissos présente beaucoup d’analogies avec celle de Daphné. C’était un beau jeune homme qui, pour se soustraire aux poursuites d’Apollon prit la fuite. Arrivé sur les bords de l’Oronte, il fut métamorphosé en cyprès. On racontait aussi que Kyparissos était en proie à un incurable chagrin, depuis qu’il avait accidentellement tué à la chasse un cerf qui était son compagnon de prédilection. C’est lui qui a donné son nom au cyprès, l’arbre voué aux morts.
Non moins triste fut la destinée d’Hyakintos, fils du roi Amyclos. Aimé d’Apollon, il était
en même temps recherché de Borée et de Zéphyre. Un jour qu’il se livrait avec Apollon à son jeu
favori, le lancement du disque, cet objet, guidé par Zéphyre, alla toucher un rocher et, en
rebondissant, vint frapper à la tempe Hyakintos qui expira sur le champ. Son sang donna naissance à la plante qui porte son nom, la jacinthe. Le souvenir de cette légende s’était perpétué en Laconie par la célébration de fêtes très importantes, les Hyakinthia qui étaient célébrées chaque année à Amyclée où le tombeau du héros se trouvait sous la statue même d’Apollon. La cérémonie durait trois jours dont le premier était tout entier consacré à commémorer la mort d’Hyakintos et empreint d un grand caractère de tristesse. Le lendemain, au contraire, l’allégresse réapparaissait. Des choeurs de jeunes garçons entonnaient des chants joyeux, accompagnés de cithare et de flûte. Puis, c’étaient des défilés de chars magnifiquement décorés et, sur lesquels se hissaient des grappes de jeunes filles. De nombreuses victimes étaient offertes en sacrifice à Apollon. Toute la ville était en liesse.
On citait encore comme victimes de la passion d’Apollon d’autres personnages dont nous ne mentionnerons que les plus connus. Karnos était, disait-on, le fils d’Europe et de Zeus. Il reçut d Apollon le don de la divination. Ce fut également le cas de Branchos qui fonda le culte d’Apollon didyméen. Atymnos était un frère d’Europe, ils avaient un temple commun à Gortyne, en Crète. Kinyras, premier roi de Chypre et d’après certains auteurs, père d’Adoms fut tué par Apollon. Excellent joueur de flûte, il avait provoqué le dieu qui le vainquit facilement en jouant de la lyre.