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I. — MYTHES RELATIFS A ARTEMIS

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L n’y a pas dans la mythologie grecque de figure plus complexe, plus variée, plus diverse que celle d’Artémis. Les surnoms qu’on lui donne, les épithètes dont on accompagne son nom, sont encore plus nombreux que ce n’est le cas pour Zeus, puisqu’on en a compté plus de deux cents. Son culte revêtait les aspects les plus différents, dans des régions de civilisation dissemblable. Ce phénomène n’avait pas manqué de frapper les anciens. Pour l’expliquer, il y avait suivant eux deux théories. La première consistait à voir en Artémis une déesse lunaire, par opposition avec Apollon, dieu solaire. Adoptée par un grand nombre d’écrivains modernes, cette conception ne s’appuye pas sur des arguments très solides. Si la comparaison entre les flèches d’Apoll on qui donnent la mort et les rayons solaires ne soutient guère la discussion, que dire du même procédé appliqué aux flèches d’Artémis et à l’éclat de la lune? Il n’en est pas moins vrai que dès le V1 siècle avant J.-C. cette théorie était généralement admise, aussi bien par les philosophes que dans les milieux populaires.

D’après d’autres écrivains, la multiplicité des attributions d’Artémis s’expliquerait par la décomposition d’une divinité unique en un grand nombre de divinités différentes. Petit à petit, par un phénomène inverse, toutes ces divinités se fondirent de nouveau en une seule qui prit le nom commun d’Artémis. Il y a certainement une idée juste à la base de cette théorie et ce ne sont pas les éléments hétérogènes qui manquent dans la constitution définitive du type d’Artémis. Nous verrons d’ailleurs dans la suite que les Grecs rencontrant en dehors de chez eux des cultes barbares qui se rapprochaient de celui d’Artémis, n’hésitèrent pas à y reconnaître leur propre déesse et à établir ainsi une identification qui repose souvent sur des bases bien fragiles.

NAISSANCE La diversité dont nous venons de parler se trouve déjà dans les légendes

relatives à la naissance d’Artémis. D’après l’une de ces versions, la déesse était fille de Zeus et de Dèmèter ; dans une autre, elle se confond avec Perséphone, dont parfois on fait sa mère. De bonne heure cependant les Grecs adoptèrent le récit popularisé par l’hymne homérique et qui fait d’Artémis la fille de Leto et la sœur d’Apollon. Nous avons déjà raconté dans le chapitre précédent comment Leto, victime de l’amour de Zeus et poursuivie par la haine implacable d’Hera, eut grand’peine à trouver un asile pour ses couches. D’après l’hymne homérique, Artémis naquit dans l’île d’Ortygie, Apollon dans « l’âpre Delos. » On a cherché à identifier cette île avec un îlot voisin de Delos, mais d’autre part le nom d’Ortygie se rattache à d’autres légendes locales ; on le retrouve partout où l’on voulait légitimer l’ancienneté du culte d’Artémis par une légende relative à sa naissance. C’est particulièrement le cas du bois d’Ortygie, près d’Ephèse, où certains auteurs placent le lieu de naissance d’Artémis.

D’après la légende, Artémis serait née un jour plus tôt que son frère et aurait même aidé sa mère à mettre au monde son second enfant. De là vient que tout en personnifiant la chasteté et la virginité dans ce qu elles ont de plus noble, la fille de Leto est parfois considérée comme Ilithye, c’est-à-dire comme déesse de l’accouchement.

ARTÉMIS Sœur jumelle d’Apollon, Artémis est très souvent étroitement associée non

seulement au culte de son frère, mais encore à ses aventures. Elle assiste au APOLLON. , . ,

meurtre du serpent Python et quand Apollon va expier son méfait et s en purifier,

sa sœur ne l’abandonne pas. Artémis, comme son frère, aime à séjourner dans l’heureux pays des

Hyperboréens, où, disait-on, on lui sacrifiait des ânes.

La légende nous montre également les deux enfants de Leto fraternellement unis pour défendre

leur mère. Ensemble ils tuent, à coups de flèches, Tityos qui avait voulu faire violence à Leto. De

même quand Niobè insulte dans son orgueil maternel la mère d’Artémis et d’Apollon, ceux-ci tirent

une vengeance terrible de celle qui devait devenir une des personnifications les plus expressives de la

douleur humaine.

Fille de Tantale, Niobè avait eu de son union avec Amphion, héros thébain dont il sera

ARTEMIS

question dans la suite de cet ouvrage, douze beaux enfants, et en tirait un légitime orgueil. Malheureusement pour elle, cet orgueil la poussa jusqu’à se vanter imprudemment de sa fécondité et à se dire supérieure à ce point de vue à la mère d’Artémis et d’Apollon. Cet outrage à une déesse ne pouvait rester impuni. Artémis pénètre dans la maison de Niobè et, de ses flèches, atteint mortellement les filles de celle qui avait insulté Leto. Les fils qui chassaient sur le Cithéron, furent de la même façon abattus par Apollon. Personne n’osa rendre les honneurs funèbres aux malheureuses

victimes. Ce fut seulement au bout de neuf jours que les dieux eux-mêmes les ensevelirent. Niobè, elle-même, s’était réfugiée auprès de son père Tantale. Zeus eut pitié de sa douleur et exauça son vœu d’être métamorphosée en un rocher et de pleurer sans répit son infortune sans égale.

Artémis et Apollon intervinrent, chacun de son côté, dans la lutte contre les géants. Artémis perça de ses flèches un des adversaires de Zeus, Gaios ou Rhaios. Certains auteurs prétendent même que plusieurs dieux prirent, dans ce combat, la forme des animaux qui leur étaient consacrés. On aurait vu Apollon métamorphosé en griffon et Artémis sous la forme d’une biche. C’est encore une biche qui, d’après la légende, aurait causé la perte des deux Aloades, Otos et Ephialtès. Ces deux personnages ont beaucoup de traits communs avec les géants. On leur donne généralement pour père Poséidon et pour mère Iphimedeia. Celle-ci, éprise du dieu de la mer, allait chaque jour au bord de l’océan puiser de l’eau qu elle versait dans son sein. Les deux enfants qu’elle mit au monde croissaient chaque année d’une coudée en largeur et d une toise en hauteur. Doués d’une force prodigieuse, ils essayèrent d’escalader l’Olympe en entassant Pélion sur Ossa. S ils ne réussirent pas dans cette entreprise, du moins parvinrent-ils à s emparer d Arès qu ils tinrent prisonnier dans un tonneau pendant treize mois. Le dieu de la guerre eût même péri si Enboia, la marâtre des Aloades, n’avait été raconter la chose à Hermès qui vint délivrer son frère. Dans leur audace, les deux géants allèrent jusqu’à porter les yeux l’un sur Hera,

1 autre sur Artémis. Celle-ci lança entre eux une biche. En voulant la tuer ils se transpercèrent réciproquement. D après une autre légende, les Aloades auraient péri sous les coups d’Apollon et de sa sœur. Après leur mort, ils furent, dans les enfers, attachés dos à dos à une colonne. Leurs liens étaient des serpents. Un hibou leur cassait sans répit les oreilles de ses cris perçants.

Une Niobide. Marbre antique. Rome.

On a vu dans le chapitre précédent comment Apollon chargea Artémis de le venger de Coronis qui, après avoir été aimée du dieu, dont elle eut Asklepios, n’en unit pas moins sa destinée à celle d’un simple mortel. Coronis fut tuée à coups de flèches par Artémis qui fit périr en même temps un certain nombre d’autres femmes, tandis qu’Apollon se chargeait lui-même d’exterminer son rival.

Nous étudierons d’une façon plus détaillée la légende d’Ariane, fille de M inos, dans le chapitre consacré à Thésée. Abandonnée par son ravisseur dans l’île de Naxos, Ariane, par sa beauté, séduisit Dionysos qui en fit sa compagne. D’après une autre version, le même dieu demanda à Artémis de tuer Ariane et la malheureuse succomba sous les traits de la sœur d’Apollon dans l’île de Dia.

La sœur d’Ariane, Phèdre, que Thésée épousa, fut indirectement victime d’Artémis. Elle tomba éperdument amoureuse d’Hippolyte, fils de Thésée et d’Antiope. Chasseur intrépide, habile au dressage des chevaux,

Hippolyte avait voué un culte respectueux à Artémis et, comme la déesse, s’était promis d’observer une chasteté exemplaire. A Trézène, il avait élevé un temple à la fille de Leto. On sait comment Phèdre, en se voyant repoussée avec horreur par son beau-fils, se vengea de lui en l’accusant auprès de Thésée de la faute dont elle s’était rendue elle-même coupable. Hippolyte périt victime de la malédiction de son père et la malheureuse Phèdre mit elle-même fin à ses jours.

D’après certains auteurs, Artémis joue également un rôle dans la légende d’Adoms dont il sera question dans le chapitre consacré à Aphrodite. Le sanglier qui, d’un coup de défense, blessa mortellement le bel éphèbe fut, dit-on, envoyé par la sœur d’Apollon. Apollodore d’Athènes nous dit bien que la mort d Adonis « fut l’effet de la colère d’Artémis », mais il omet malheureusement de nous dire quelles étaient les causes de cette colère.

Nous sommes mieux renseignés sur les motifs de l’intervention de la déesse dans d’autres circonstances, en particulier dans la légende relative à Méléagre et au sanglier de Calydon, et dans celle d’Admète. Dans les deux cas, Artémis est irritée parcequ’elle a été oubliée dans un sacrifice. On a déjà lu, dans le chapitre précédent, de quelle manière la sœur d’Apollon se vengea d’Admète qui, le soir de son mariage, trouva la chambre nuptiale remplie de serpents. Pour punir Œneus,

Artémis Elaphebolos, Nike, Zeus et Apollon. Helike. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)

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