LA NATURE
L’étude de ces épithètes serait certainement très intéressante mais ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage. Ce n’en est pas moins une base solide et qui permet d’introduire un peu de méthode dans un sujet par lui-même passablement confus.
Une grande partie des attributions d’Artémis découlent de son rôle de déesse de la nature. Elle était adorée partout : sur les montagnes, dans les plaines, au bord des sources, des lacs, des fleuves, des rivières, près des marais. Beaucoup de ces endroits lui étaient consacrés. Nous voyons Hippolyte cueillir pour la déesse une couronne dans une prairie où aucun animal ne vient paître et que seule l’abeille bourdonnante anime de sa présence au printemps. Artémis avait des sanctuaires dans des bois de chênes, de cyprès, d’oliviers, dans des oseraies ; sa statue avait été placée dans un cèdre creux près d’Orchomène, en Arcadie. Des cours d’eau et des rivières, l’influence de la fille de Leto s’étendit jusqu’aux ports et à la mer elle-même. Elle devint la déesse protectrice de la navigation, celle qui favorise les départs et les retours; de là les sanctuaires qu’on lui éleva dans les ports, sur les promontaires et les côtes.
Déesse de la nature, Artémis devait nécessairement étendre sa protection à l’agriculture. Dispensatrice de l’humidité fécondante, particulièrement appréciée dans les régions arides de l’intérieur
ARTEMIS
de la Grèce, elle fait pousser les riches moissons et mûrir les fruits des arbres. Elle écarte les fléaux des champs, mais en échange exige qu’on lui consacre les prémices des récoltes. En cas d’oubli sa colère ne tarde pas à se faire sentir ; elle envoie des gelées, les plantes s’étiolent, des animaux sauvages viennent ravager les champs. De même que le monde végétal, le règne animal est dans le domaine d’Artémis. Elle est la déesse de l’élevage et protège le bétail contre l’épizootie. La chèvre et le bouc étaient les animaux qu’on lui offrait de préférence en sacrifice. Le cerf, le chevreuil, le lièvre, le buffle lui étaient également consacrés. Parmi les oiseaux elle aimait surtout l’alouette, l’oiseau du printemps, saison préférée de la déesse où se célébraient ses principales fêtes. D’autre part, les animaux sauvages étaient également sous la protection d’Artémis, en particulier l’ours, le sanglier, le lion, le loup. A Patras, on brûlait sur le même bûcher animaux sauvages et domestiques.
D’après les croyances populaires ces deux genres d’animaux vivaient en parfaite harmonie dans certains bois consacrés à la déesse. Par suite, il n’y a rien d étonnant à ce que l’une des principales attributions d’Artémis ait été la chasse.
courait sans cesse les forêts à la poursuite du gibier, aidée dans cette tâche par le chien qu’on voit toujours à ses côtés. Pour se délasser de ses fatigues, elle se baignait avec toute sa suite dans l’eau claire des sources. On sait que c’est de cette manière que fut découverte la grossesse de la nymphe Callisto. La légende d’Actéon, dont il a déjà été question plus haut, se rattache à un épisode du même genre. Actéon avait été élevé par le centaure Chiron qui en avait fait un chasseur infatigable. Entraîné par sa passion, il arrive un jour dans une vallée, près de la fontaine Parthénios. Artémis était en train de s’y baigner, avec tout son cortège de nymphes. Le jeune chasseur s’arrête émerveillé de la beauté du spectacle qui s’offre à ses yeux. Mais la déesse l’aperçoit. Sa colère s’abat immédiatement sur l’imprudent. 11 est métamorphosé en cerf. Ses cinquante chiens, rendus enragés, se précipitent sur lui et le mettent en pièces. « 11 se mirent ensuite à le chercher, dit Apollodore d’Athènes, en hurlant et arrivèrent ainsi jusqu’à la caverne de Chiron qui, ayant fait une image d’Actéon, apaise leur rage. » Pausanias, de son côté, nous raconte que les habitants d’Orchomène, effrayés de voir un spectre qui se tenait sur un rocher, avaient envoyé consulter l’oracle. Celui-ci avait répondu qu’ils devaient rechercher les restes d’Actéon, leur donner une sépulture et lier sur le rocher où avait eu lieu l’apparition une figure en bronze du spectre qui avait été vu. Chaque année, des sacrifices funèbres étaient, en ce heu, offerts à la victime de la colère d’Artémis. Ajoutons que d’autres auteurs prétendent que la punition d’Actéon était due, non pas au fait d’avoir vu Artémis au bain, mais parcequ’il avait voulu porter atteinte à sa virginité, ou encore parcequ’il s’était vanté d’être meilleur chasseur qu’elle.
Accompagnée de ses nymphes, elle par-
ARTÉMIS La protection d’Artémis ne se borne pas à la nature ; elle s’étend également
aux humains. La jeunesse surtout l’intéresse et ses hommages lui sont particulièrement