CULTE D’ARTÉMIS EN ASIE
Artémis et Apollon Delphinien.
Oenochoe. British Muséum, Londres.
Sur le rivage asiatique de la mer Egée, à l’embouchure du Caystre, s’élevait un des sanctuaires les plus fameux d’Artémis, placé parmi les sept merveilles du monde. C’était l’Artémision d’Ephèse. La déesse qu’on y vénérait se distinguait sous de nombreux rapports de la sœur d’Apollon, mais n’en avait pas moins été identifiée avec elle. On racontait même que c’était tout près d’Ephèse, au bord du Cenchrios, dans le bois d’Ortygie et auprès d’un olivier existant encore à l’époque historique que Leto avait mis au monde Apollon et Artémis. Hermès avait annoncé leur naissance sur le mont Kerkyoa qui se dresse tout près de là. Il n’est pas jusqu’à la légende du serpent Python qu’on n’ait pas cherché à localiser dans ces parages.
Un fait hors de doute, c’est que les Grecs trouvèrent à Ephèse le culte d’une divinité qui présentait beaucoup d’analogies avec l’Artémis hellénique primitive. C’est une déesse de la nature, nourricière des plantes, des animaux et des hommes. Elle n’est pas conçue comme une vierge. Une des représentations les plus curieuses de l’Artémis épnésienne qui nous ait été conservée est celle qui nous montre la déesse avec un buste pourvu de nombreuses mamelles. Le bas du corps est enserré dans une sorte de gaine, divisée elle-même en un grand nombre de compartiments où l’on distingue de nombreux animaux symboliques. C’est là une idole évidemment tout orientale. Le même caractère se retrouve dans le culte même de la déesse. Toute une armée de prêtres, de prêtresses, de serviteurs fonctionnait dans l’Artémision. On y voyait même des eunuques, les Mégabyzes, puis trois classes de prêtres et de prêtresses. Quant aux esclaves qui desservaient le culte, ils étaient en quantité
innombrable. Malgré tous les efforts des Grecs pour helléniser l’Artémis d’Ephèse, celle-ci n’en conserva pas moins son aspect de divinité orientale. L’institution de jeux modelés sur ceux qui étaient célébrés en Grèce, n’empêcha pas l’identification entre la déesse hellénique et la divinité orientale de rester superficielle. Une légende disait qu’Artémis était venue à Ephèse demander l’hospitalité au héros Ephesos dont la femme avait repoussé la déesse. Pour la punir Artémis la changea en chien, puis prise de pitié lui rendit la forme humaine. Mais la malheureuse, incapable de chasser ce honteux
souvenir, se pendit et la déesse lui donna le nom d’Hécate. Le culte de l’Artémis éphésienne se répandit aussi bien en Asie qu’en Europe. Les Phocéens l’apportèrent à Marseille où, d’après Strabon, elle eut un temple. Il y a une parenté très proche entre la déesse adorée à Ephèse et l’Artémis de Leukophrys. On n’a pas exactement déterminé l’emplacement de cette ville de Carie. Elle était probablement située dans la plaine du Méandre, au bord d’un lac dont l’eau, disait-on, était en constante ébullition. La déesse de Leukophrys était une divinité de la nature et principalement de 1’ élevage ; le buffle lui était consacré. On racontait que des Magnètes de Thessalie, après un court séjour en Crète, avaient reçu de 1’ oracle l’ordre d’aller fonder sur le Méandre une nouvelle Magnésie. Ils y trouvèrent le culte d’Artémis de Leukophrys et identifièrent cette déesse avec la
sœur d’Apollon. Un des exemples les plus curieux de l’identification d’Artémis avec des divinités étrangères est celui que nous offre l’Artémis persique connue encore sous le nom d’Anaïtis. Ce n’était qu’une divinité locale de l’Oxus quand, au IV' siècle av. J.-C., le roi de Perse Artaxerxès II l’éleva au rang de grande déesse. Dès lors elle fut honorée dans tout l’empire du grand roi. Les Grecs, l’ayant connue, l’identifièrent avec la fille de Leto. C’est encore une divinité nourricière, parfois représentée avec des ailes, toujours suivie d’animaux, lions, cygnes, bouquetins.
Citons encore l’Artémis de Pergæ, ville de Pamphylie, située entre le Caystre et un autre cours- d’eau, le Catorrachtes. Là se trouvait un temple très célèbre, renfermant une idole de la déesse sous forme de pierre conique, ornée de plaques d’or, avec une tête de femme portant le calathos (coiffure en forme de chapiteau).
Artémis archaïque.
Venise, Musée Saint-Marc.
Artémis d'Ephese.
Florence.
ARTEMIS
GRAND NOMBRE Peu de divinités ont autant d’attributs symboliques qu’Artémis : animaux,
plantes, objets de toute sorte. Nommons parmi les animaux, la biche, le chien, SYMBOLES.
la chèvre, la tortue, le taureau, le bœuf zébu, la caille, le coq, l’abeille, l’ourse,
le lion, le loup, la panthère, le serpent. Comme arbres on trouve le laurier, le myrte, le cyprès, le
cèdre, l’olivier et le palmier. Enfin le carquois, l’épée, le javelot, le bipenne, la charrue, le croissant
de lune sont également des attributs qu’on retrouve très fréquemment dans les représentations
artistiques de la déesse dont nous allons parler.
L’étude de ces représentations depuis leur origine nous permettrait de suivre les développements de l’art grec, de ses premiers balbutiements à son plein épanouissement à l’époque classique. Pour Artémis, comme pour d’autres divinités, on se trouve d’abord en face d’idoles grossières et informes. Petit à petit on les perfectionna, en leur ajoutant une tête et des membres. Tels furent sans doute les xoana les plus anciens et en particulier ceux attribués à Dédale. Puis, le type d’Artémis se précise dans des statues dont les plus anciennement connues étaient attribuées à des sculpteurs dont le nom seul nous est parvenu : Tektaïos, Augeion, Dispomos, Skyllis. Sur les vases peints, la déesse est représentée dans un assez grand nombre de scènes mythiques. Elle a de longs cheveux qui lui retombent sur les épaules et est généralement vêtue du peplos.
Parmi les statues d’Artémis les plus célèbres, antérieures à l’époque de Phidias dont nous parlent les auteurs anciens, il faut citer l’Artémis Giliadas qui se trouvait dans le temple d’Amyclée et était placée sous un trépied. L’Artémis Laphria, en or et en ivoire, était placée sur la colline de
Calydon. Ses auteurs étaient les sculpteurs Menaichmos et Soldas. On croit avoir trouvé une imitation
de cette statue à Pompeï. Artémis ne pouvait d’autre part manquer d’avoir sa statue dans le temple de son frère Apollon à Delphes et on cite encore d’autres effigies célèbres de la déesse, dans les sanctuaires de Corinthe et de Paros. La fille de Zeus et de Leto est en général vêtue d une tunique et d’un manteau, mais elle apparaît moins souvent avec des ailes, comme dans la période précédente.
Phidias avait, paraît-il, représenté Artémis sur le trône de la statue colossale de Zeus
d’Olympie. Il l’avait également fait figurer dans les sculptures décoratives du Parthénon et en particulier sur la frise représentant l'assemblée des dieux. Alcamène et Praxitèle l’ancien exécutèrent de leur côté des statues d’Artémis très réputées dans l’antiquité. C'est vers la même époque
qu’apparait le type d’Artémis devenu populaire, celui de la déesse chasseresse, dont la statue dite Diane de Versailles, connue de tous, est l’un des modèles les plus parfaits.
Praxitèle, le sculpteur grec le plus célèbre après Phidias, s’était attaché à reproduire plusieurs fois la figure d’Artémis, soit seule, soit dans un groupe, entre Leto sa mère et son frère Apollon. C’est sous cette dernière forme qu elle était représentée dans les temples de Mantinée et de Mégare, avec l’arc dans la main gauche, tandis que de la main droite elle prenait une flèche dans le carquois placé sur son dos. Dans le temple d’Artémis Brauronia, à Athènes, se trouvait une autre statue de la déesse, du même sculpteur. On en a rapproché la Diane, dite de Gabies, qui se trouve au Louvre. Enfin, le temple d’Artémis à Antikyra renfermait une statue colossale de la sœur d’Apollon par Praxitèle, dont Pausamas nous a laissé une description. La déesse, munie du carquois, tenait un flambeau de la main gauche ; à sa droite courait un chien.
C’est là le type définitif d’Artémis dans l’art, dont les sculpteurs des âges suivants ne s’écarteront plus que rarement. Ce qui ressort principalement, c’est le caractère virginal de la déesse, tout à fait conforme à l’idéal que s’étaient fait les Grecs de celle qui était pour eux la personnification de la chasteté.
Hermes debout sur une plante entre deux sphinx. Olpée de la collection Blacas. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)