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LEGENDES RELATIVES A LA NAISSANCE ET AUX AVENTURES D’HERMÈS

OUT en n’ayant pas l’envergure des divinités que nous avons étudiées jusqu’ici, Hermès n’en est pas moins un des personnages les plus curieux et les plus populaires de la mythologie grecque. Il ne possède pas de domaine nettement délimité mais empiète sur ceux de presque tous les autres dieux. Originaire de l’Arcadie, l’un des cantons du Péloponèse les plus sauvages et les moins accessibles aux influences extérieures, son culte remonte à une époque très reculée. A l’aide d’arguments ingénieux, M. Victor Bérard a essayé de démontrer la provenance phénicienne de l’Hermès arcadien. Ce qu’il est permis de supposer, c’est qu’avant d’être promu au rang de divinité de l’Olympe, Hermès a été un dieu purement local. Il a conservé en partie ce caractère et ces attributions primitives, mais l’un et les autres se sont développés et transformés au point de faire de l’humble berger du début le maître des cérémonies de l’Olympe et le bienfaiteur des hommes.

Hermès était le fils illégitime de Zeus et de Maïa, l’une des sept Pléiades, elle-même fille d’Atlas et de Pleione. Nous ne savons rien des circonstances de la séduction de Maïa par Zeus. L’hymne homérique consacré à Hermès nous dit simplement que Maïa, « pudique nymphe aux belles tresses, évitait la foule des divinités bienheureuses et habitait une grotte obscure ; là le fils de Kronos s’unit à elle, pendant une profonde nuit, afin que le sommeil retint Hera aux bras blancs et qu’ils ne fussent aperçus ni des dieux immortels, ni des mortels humains. » De même que son père, Hermès naquit dans une grotte. On la plaçait sur le mont Cyllène (aujourd’hui Zyria) que les anciens considéraient comme la plus haute montagne du Péloponèse, mais dont l’altitude (2.374 m.)

est légèrement dépassée par celle du Taygète. Ce sommet était, disait-on, si élevé qu’il était à l’abri des vents et des nuages. Les cendres des victimes sacrifiées à Hermès ne se dispersaient pas. Au bout d’une année, on les retrouvait telles qu’on les avait laissées lors de la fête précédente célébrée en l’honneur du dieu. Sur le Cyllène poussait la ftwÀu, plante fabuleuse, aux vertus magiques, qu’ Hermès remettra à Ulysse pour le protéger contre les enchantements de Circé.

A peine né, Hermès commence la série de ses prodiges. « Né à l’aurore, il joua le jour de la cithare et le soir il déroba les bœufs d’Apollon » dit l’hymne homérique. Le jour même de sa naissance il donnait ainsi la preuve de son esprit à la fois inventif et astucieux.

Sorti de sa grotte, Hermès trouve en effet une tortue qui va lui servir à fabriquer la lyre. « Avec un ciseau de fer brillant, il creusa, et il arracha la vie à la tortue de montagne... 11 fixe en les coupant de diverses mesures, des tiges de roseaux, et il les passe à travers le dos de la tortue à écaille de

Hermes enfant.

Londres, coll. Blundell. pierre ; alentour, il tend habilement la peau d’un bœuf, et il y pose les deux bras de l’instrument, auxquels il ajoute le chevalet ; enfin, il tend sept cordes harmoniques faites de boyaux de brebis. » Sans plus tarder, il se met à jouer de l’instrument qu’il vient d’inventer et chante les amours de sa mère et de son père.

Cependant l’esprit d’Hermès « roulait déjà d’autres pensées. Il déposa la lyre creuse sur le berceau sacré, et, désirant des chairs, il saute de l’appartement parfumé sur une éminence, méditant en son esprit une ruse profonde, comme celles que pratiquent les voleurs au moment le plus sombre de la nuit. » Au coucher du soleil, il se dirige vers la Piérie « où les bœufs immortels des divinités bienheureuses ont leurs étables et où ils paissent de riants herbages que l’on ne fauche jamais. » Il s’empare de cinquante génisses qu’il emmène, en prenant la précaution de dissimuler ingénieusement les traces de son larcin. « Les sabots de devant étaient placés en arrière et les sabots de derrière en avant, et lui-même, comme les génisses, marchait à reculons; il avait d abord jeté ses sandales sur le sable de la mer, et il en avait tressé d’inouïes, d inconnues, merveilleux travail, en entrelaçant des rameaux de tamaris et de myrte, et en liant une brassée de ces bois tout frais. » En route, il

LE SUPPLICE DE MARSYAS (Phot. Buüoz.)

Nouvelle Mythologie illustrée. D’après le tableau de Lcuis de Namur. Ecole des Beaux-Arts.

HERMES

rencontre un vieillard qui pourrait être un témoin gênant. Hermès lui recommande le silence. « Si tu as vu, n’aie point vu, et sois sourd ayant entendu. »

Arrivé au terme de sa course, près de Pylos, Hermès cacha son troupeau dans une caverne. Il en fait ensuite sortir deux des génisses qu’il immole. Afin de pouvoir brûler leurs chairs « il chercha l’art de faire du feu. Il prit un gracieux rameau de laurier, et le pela avec du fer, puis il le frotta de sa main et une chaude vapeur en sortit. » Une partie des chairs est rôtie à la broche et divisée en douze parties, probablement pour chacun des douze dieux. Les peaux sont étendues sur des rochers où elles sécheront. Malgré l’envie qu’il en a, Hermès ne touche pas aux portions qu’il vient de faire; il se contente d’en respirer le parfum. Enfin, il entasse le reste des chairs et les fait bouillir, éteint les

(Gerhard, Auserlesene Vasenbilder.)

braises et « fait disparaître la cendre noire. » Après avoir jeté ses sandales dans l’Alphée, le fils de Zeus et de Maïa s’empresse de retourner vers son berceau. Il pénètre dans sa demeure « à travers la serrure, semblable au souffle d’automne ou comme une vapeur. » Personne ne s’est aperçu de sa fugue, mais il ne peut s’empêcher d’en parler lui-même à sa mère, aux remontrances de laquelle il répond qu’il a l’intention de continuer ses exploits en allant piller le temple d’Apollon à Delphes.

Or Apollon à qui appartenaient les génisses dérobées par Hermès, ne tarde pas à s’apercevoir de cette disparition mystérieuse. L’enquête qu’il fait reste sans résultats, mais dit Apollodore d’Athènes (< ayant appris par l’art divinatoire qui était le voleur, il alla trouver Maïa à Cyllène et accusa Hermès de ce vol. » La mère et le fils protestent, mais Apollon ne se laisse pas prendre à leurs dires mensongers. Il prend Hermès et l’emporte. « Alors, dit l’hymne homérique, le puissant meurtrier d’Argos (Hermès) réfléchit tandis que les mains du dieu l’enlevaient, et il fit partir un augure, misérable mercenaire de son ventre, impertinent messager, et aussitôt après l’éternua. Apollon, à ce bruit, jeta à terre l’illustre Hermès » Celui-ci lui proposa de porter leur différend devant Zeus, leur père commun. Apollon accepte et tous deux se mettent en route pour l’OIymj^e.

Le fils de Leto prend le premier la parole. Hermès lui répond en niant effrontément et en disant à Zeus : « Je te dis tout cela exactement. Je vénère beaucoup le Soleil et les autres divinités et toi je t’aime, et lui je le crains. Tu sais toi-même que je ne suis point coupable, et j’ajoute le grand serment : non, je ne le suis point, non par les superbes portiques des immortels. »

Tant d’impudence désarme le maître de l’Olympe. » 11 rit aux éclats en voyant son fils nier avec tant d’art qu’il eût pris les génisses. (< Hermès reçoit l’ordre d’aider son frère à retrouver les animaux dérobés. Il est obligé de s’incliner. Apollon rentre en possession de son troupeau. Pour l’adoucir, Hermès se met à jouer de la lyre dont il s’accompagne pour chanter. L’effet est immédiat. « Quel est cet art ? s’écrie Apollon. Quelle est cette Muse propre à calmer les irrémédiables soucis ? Quelle est cette exécution ? Car ces trois choses sont ici réunies pour que nous goûtions joie, désir et doux sommeil. Moi, serviteur des Muses de l’Olympe à qui est confié le soin des chœurs, et de l’illustre règle des vers, je n’ai jamais rien pris autant à cœur que ces accords dignes des fêtes où les jeunes hommes se délectent. »

Allant au devant des désirs d’Apollon, Hermès lui donna la lyre. Il eût bien voulu obtenir en échange le don de prédiction, la connaissance de l’avenir, privilège d’Apollon. Mais celui-ci ne consentit pas à s’en dépouiller. Il n’abondonna à son frère que la divination dite cléromantique, basée sur le sort et en particulier sur les dés, à qui son caractère capricieux et incertain enlevait toute valeur. Par contre, Hermès reçut les bœufs d’Apollon qui lui remit « la baguette de la richesse et de la félicité, toute d’or, à trois feuilles, sans alliage » qu’il avait étant berger. Hermès promit « de ne rien dérober de ce qui appartiendrait au dieu qui perce au loin et de ne jamais approcher de sa demeure. Apollon, de son côté, s’engagea par un signe de tête à une étroite amitié; il jura que nul parmi les immortels ne lui serait plus cher, et qu’il le préférerait à tous les fils de Zeus, soit dieux, soit humains. »

On vient de voir qu’à peine né Hermès, doué d’une force prodigieuse, fait en même temps preuve d’astuce et de malice dans ses rapports avec son frère Apollon. Il a fini par se réconcilier avec lui, et désormais rien ne viendra plus troubler leur entente. Le fils de Maia saura également se concilier la faveur des autres habitants de l’Olympe, en se mettant à leur service pour remplir les missions les plus diverses.

Comme tous les autres dieux, Hermès prend part à la lutte contre les Géants. Hadès lui a prêté son casque qui rend invisible et il peut ainsi tuer le géant Hippolyte. Nous avons déjà raconté (v. ch. I, p. 9) comment Hermès vint au secours de Zeus auquel Typhœus avait coupé les nerfs des pieds et des mains. Ce ne fut pas la seule circonstance dans laquelle le fils prêta son assistance au père. Quand Io, victime de la jalousie d’Hera, eût été changée en vache, Zeus chargea Hermès de s’en emparer. Il ne put y réussir, mais tua Argos qui avait reçu d’Hera la mission de surveiller Io. D’après une légende l’épouse de Zeus poursuivit Hermès en jugement pour ce

RELATIONS

D’HERMÈS

AVEC

LES AUTRES DIVINITÉS

HERMES

meurtre, mais les dieux lui firent grâce parcequ’il avait agi à l’instigation du maître de l’Olympe. Celui-ci fit encore appel à Hermès au moment de la naissance de Dionysos. Il lui confia l’enfant né de ses amours avec Sémélé, pour le porter d’abord en Eubée, ensuite aux nymphes du mont Nysa. Hermès s’associe également à la rancune de son père contre Prométhée et se raille cruellement du malheureux Titan enchaîné sur le Caucase. Il n’est pas jusqu’à Hera dont Hermès n’ait su s’attirer les bonnes grâces, car avant de réclamer contre lui un châtiment pour le meurtre d’Argos, elle avait, disait-on, consenti à allaiter le fils de Zeus et de Maïa.

Hermès luttant contre un géant. Lecythe du Cabinet des Médaillés. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)

Pour avoir tué Adonis, Arès, le dieu de la guerre, avait été enfermé par les Aloades dans une prison d’airain. Il s’y trouvait depuis plus d’un an, à l’insu des autres dieux. Ce fut Hermès qui délivra son frère, grâce à l’indiscrétion d’Eriboia, la marâtre des Aloades. D autre part, Apollon remit entre les mains d’Hermès l’enfant qu’il arracha du sein de son amante infidèle, Coroms, tombée sous ses coups, enfant qui devait être Asklepios. Hermès remplit encore le même office, en recevant des mains de Gæa le héros Erichthomos dont il a été question dans le chapitre relatif à Athéna. Il se trouve d'ailleurs fréquemment en relations avec la fille préférée de Zeus et l’assiste par exemple dans la purification des Danaïdes. C’est lui qui la conduit, en compagnie d’Aphrodite et d’Hera, auprès de Pâris chargé de décider quelle est celle des trois déesses qui est la plus belle. Enfin, Hermès assiste au rapt de Perséphone par Hadès et à son retour sur terre.

HERMÈS Apollodore d’Athènes nous raconte qu’après le meurtre d’Iphitos Héraklès

ET alla consulter la Pythie qui lui refusa de répondre. C’est ici que se place la

LES HEROS. r

dispute du trépied dont il a été question dans un chapitre précédent (v. p. 104).

Quand sur l’ordre de Zeus, Apollon et Héraklès se furent réconciliés, l’oracle consentit à parler.

La maladie dont souffrait le héros ne devait cesser que lorsqu’il aurait servi trois ans comme esclave.

Ce fut Hermès qui se chargea de vendre Héraklès à Omphale. On sait le retentissement que ce

servage devait avoir dans la légende.

Dans d’autres circonstances, nous voyons Hermès prêter son assistance au fils de Zeus et d’Alcmène. Quand Héraklès descendit dans les enfers pour en ramener le chien Cerbère, Hermès l’accompagna. Il fit de même lorsque le héros alla chercher l’âme d’Alceste, l’héroïne d’un des plus beaux dévouements dont la légende fasse mention.

Un autre héros célèbre de la mythologie, Persée, trouva dans Hermès un auxiliaire précieux. Effrayé de la tâche qu’il avait assumée en s’engageant à rapporter la tête de la Gorgone, le héros thébain se laissait aller au découragement quand Hermès lui apparut. Le dieu lui demanda la cause de son chagrin, l’encouragea et s’offrit à le conduire. Persée accepta cette offre, et put ainsi arriver au terme de sa difficile entreprise, il témoigna sa reconnaissance à Hermès en lui donnant le casque (y.’jvsrj) qu’il avait reçu d’Hadès et qui avait la propriété de rendre invisible. De son côté H ermès donna à Persée une faulx en diamant.

Hermès passait pour avoir honoré de ses faveurs un certain nombre de nymphes et de mortelles qui lui donnèrent des enfants dont quelques-uns devinrent à leur tour des personnages célèbres. C’est ainsi qu’un hymne homérique fait d’H ermès le père de Pan que d’autres auteurs disent fils de Zeus ou encore d’Apollon. « La langueur du désir étant survenue, abondait en son âme pour qu’il s’unit à la nymphe Dryops. Et il accomplit ce mariage florissant ; la nymphe enfanta dans sa demeure le fils chéri d’Hermès, au premier aspect prodigieux, dieu aux pieds de chèvre, à deux cornes, épris des danses bruyantes et riant doucement. Elle fit un bond et s’enfuit, la nourrice abandonna l’enfant, car elle fut saisie de crainte en voyant ce visage rude et barbu. Aussitôt le bienveillant Hermès le recueillit dans ses mains, et en son âme, il fut comblé de joie. Il se hâta de se rendre au séjour des immortels, ayant enveloppé l’enfant dans la peau velue d’un lièvre de montagne. »

D’une autre nymphe, Hermès eut Daphms qui exposé par sa mère dans un bois de lauriers de la Sicile fut trouvé par des pâtres. De leurs mains il passa entre celles des nymphes qui 1 élevèrent. Il devint à son tour berger, se vit enseigner la musique par Pan et fut, dit-on, l’inventeur des chants bucoliques. Sa grande beauté lui valut d’être recherché non seulement des femmes, mais encore des hommes. Parmi ses adorateurs, on citait Pan, Priape et Hermès lui-même. Compagnon de chasse d’Artémis, Daphms charmait la déesse et son cortège par ses chansons et les sons qu il tirait de la syrinx.

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