SA POSTÉRITÉ
I IERM ES
Quand Daphnis mourut à la fleur de l’âge, les dieux et les hommes et la nature tout entière prirent son deuil. Ses cinq chiens ne voulurent pas lui survivre. Les auteurs anciens nous ont laissé plusieurs légendes relatives à la mort du beau berger. Une nymphe, du nom de Lyké était tombée amoureuse de lui. Elle lui avait arraché la promesse de ne jamais aimer d’autre femme qu elle. S’il manquait à son engagement, il perdrait la vue. Au cours d’une chasse, Daphnis arrive devant un magnifique palais où il est accueilli par la fille d’un roi. Celle-ci s’éprend de son hôte. Daphnis essaye en vain de résister à l’enchanteresse qui lui fait boire un philtre et il succombe. L’inexorable Lyké, informée de la trahison de son amant lui inflige le châtiment dont elle l’avait menacé : elle le rend aveugle. Malgré son infirmité, Daphnis continue à faire retentir les échos des sons de sa
Hermes et Argos tenant la vache lo. Amphore tyrrhenienne. Pinacothèque de Munich.
syrinx et de ses chants. En errant à l’aventure, il tombe du haut d’un rocher et expire. Au moment de mourir, il invoque Hermès son père. Celui-ci l’emmène dans l’Olympe et fait jaillir à l’endroit de la chute de Daphnis une source où les habitants de la Sicile venaient chaque année faire des sacrifices. Suivant une autre version, Daphnis aurait été métamorphosé en un rocher à figure humaine, qu’on montrait aux environs de la ville d’Himère.
Théocrite a chanté d’une façon toute différente le mythe de Daphnis. Celui-ci s’était vanté de résister victorieusement à Eros, le dieu de l'amour. Mais il lutte vainement contre la passion qui le consume. Ses plaintes attendrissent les troupeaux qu’il a sous sa garde et jusqu’aux animaux hôtes des forêts. Les bergers, Hermès et Priape, cherchent à le consoler. Daphnis reste insensible. Il ne retrouve la parole que pour injurier Aphrodite, appelle Pan auquel il remet sa syrinx et déclare qu’il va mourir. Il tombe à terre. Aphrodite veut le relever, mais ne tient plus qu’un cadavre entre ses bras.
On trouve plusieurs fils d’Hermès parmi les Argonautes. Le plus connu d’entre eux est Æthalide
qui fut le héraut de Jason et de ses compagnons. Hermès lui ayant promis de lui accorder tout ce qu’il demanderait excepté l’immortalité, Æthalide demanda de conserver la mémoire de tout ce qui lui arriverait dans les différents corps par lesquels passerait son âme. Cette légende ne pouvait manquer d’être recueillie par les partisans de la théorie de la migration des âmes, ou métempsychose, dont le protagoniste fut Pythagore. Les disciples du célèbre philosophe prétendaient que l’âme d’/Ethalide avait animé leur maître. On citait même les noms des différents personnages dans lesquels cette âme avait successivement vécu. Ç’avait d’abord été Euphorbe, blessé par Ménélas au siège de Troie. Son bouclier avait été consacré par le vainqueur à Apollon Branchide, et l’âme dVEthalide passée dans le corps d’Hermotine avait reconnu ce trophée. Enfin, avant d arriver à Pythagore, 1 âme du fils d’Apollon avait encore vécu dans la personne d’un humble pêcheur de Delos.
Autolykos, fils d’Hermès et de Chione, reçut de son père le don de métamorphoser tout ce qu’il dérobait, en particulier les animaux. C’est ainsi qu’il vola les bœufs de Sisyphe que celui-ci fut incapable de retrouver. Rendu méfiant, Sisyphe marqua ses bêtes d’un signe sur le sabot, à 1 aide d un fer rougi au feu. Cela lui permit de les reconnaître dans l’étable du voleur fort étonné de ce prodige. La légende raconte qu’au cours de cette visite, Sisyphe tombé amoureux d’Antikleia, fille d’Autolykos, obtint ses faveurs et devint ainsi le père d’Ulysse. Mais, avant de mettre au monde le célèbre héros, Antikleia épousa Laerte qui passa pour le véritable père du futur roi d’Ithaque.
Dans un chapitre précédent (v. p. 108) nous avons vu qu’ Akakalhs, fille de Minos avait eu plusieurs fils d’Apollon. Hermès la séduisit également. De leurs relations naquit Kydon, héros éponyme et fondateur de la ville de Kydonia en Crète. Ce ne fut pas la seule fois qu’Hermès porta le déshonneur dans la famille de Minos. Un fils de celui-ci, Catreus, ayant consulté l’oracle sur la manière dont son père finirait ses jours, il lui fut répondu qu’il périrait de la main d’un de ses enfants. Craignant de devenir le meurtrier de son père, Althamenès, fils de Catreus, s’enfuit avec sa sœur Apémosyne et alla s’établir dans un coin écarté de la Crète. Or, Hermès tomba amoureux d’Apémosyne, mais celle-ci, plus rapide à la course que le fils de Zeus, échappa pendant quelque temps à ses poursuites. Hermès eut recours à un stratagème. Il étendit sur le passage de la jeune fille des peaux d’animaux fraîchement écorchés. Apémosyne glissa, et avant qu’elle n’eût pu se relever, Hermès l’ayant rejointe assouvit sur elle sa passion. Elle raconta à son frère ce qui s’était passé. Althamenès ne voulut pas ajouter foi à ses dires et la tua d’un coup de pied.
On attribuait encore à Hermès un certain nombre d’autres aventures dans le but évident de permettre à certaines familles de se réclamer d’une ascendance illustre. C’est ainsi qu’Aglauros, fille de Cécrops aurait eu du fils de Zeus l’éponyme de la famille des Kerykes, Keryx. Une autre légende disait qu’Hersé, sœur d’Aglauros, également victime d Hermès, devint mère de Céphale, mais il est indubitable que ce mythe fut simplement inventé pour faire plaisir aux habitants de l’Attique.
HERMES
Hermès (ou un berger) accompagné de deux chiens et conduisant un troupeau de chevres. D’après un vase peint. (Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)