SON ROLE DANS L’OLYMPE
aux dieux, répond Hermès ; dussé-je être enveloppé de liens trois fois plus forts, dussent tous les dieux et toutes les déesses en être témoins, oui, sans doute, je voudrais partager la couche de la belle Aphrodite. »
Comme insigne de son office de messager des dieux, Hermès porte le caducée, dont la forme, d abord très simple, se complique de plus en plus. A 1 origine ce n était qu une baguette, un rameau, comme dit Homere dans le passage cite plus haut. A cette baguette on ajouta un disque couronné d’un croissant, de façon à tracer une sorte de 8 ouvert par le haut y. Cette forme archaïque fut
ensuite perfectionnée ; la baguette devint le caducée aux serpents que nos médecins militaires portent aujourd hui encore brodé sur le col de leur dolman.
D après la légende, le caducée enroulé de deux serpents aurait été inventé par le devin Tirésias dont nous avons déjà eu l’occasion de parler dans un chapitre précédent (v. p. 82). Rendu aveugle par Athéna pour l’avoir vue nue au bain, Tirésias avait reçu de la déesse, outre le don de comprendre le langage des oiseaux, un bâton pour se conduire. « Suivant Hésiode, écrit Apollodore, Tirésias ayant trouvé à Cyllène deux serpents accouplés et les ayant blessés, devint femme. Ayant retrouvé, quelque temps après, ces mêmes serpents accouplés, il redevint homme. C’est pourquoi Zeus et Hera se disputant un jour sur la question de savoir qui de l’homme ou de la femme avait le plus de plaisir en amour, le prirent pour arbitre. Tirésias répondit que de dix-neuf parties qui composaient le plaisir amoureux, la femme en éprouvait dix et l’homme neuf. Hera irritée de cette sentence le priva de la vue, mais Zeus le doua de l’art de la divination. »
D’après un autre auteur ancien, ce n’est pas moins de sept fois que Tirésias aurait changé de sexe. Tirésias, née du sexe féminin, est-il dit, dans la traduction que nous empruntons à M. Victor Bérard, fut élevée par Chariclo. Parvenue à l’âge de sept ans, elle fut aimée par Apollon qui lui enseigna la divination, à condition qu elle lui accorderait ses faveurs. Lorsqu’elle eut appris cet art, elle ne voulut pas tenir sa parole. Apollon pour se venger la changea en homme. Ce fut alors que Tirésias jugea la querelle entre Zeus et Hera. Sa réponse déplut à Hera qui le changea de nouveau en femme. I irésias devint amoureux d’un bel Argien nommé Calon, mais s’étant moquée d’une statue d’Hera, elle fut encore changée par la déesse en un homme très laid, jusqu’au jour où Zeus
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique).
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compatissant la changea en une femme très belle. Un Trézémen, Glyphios, devint amoureux d’elle et tenta de la violer ; elle le tua. Poséidon qui était amoureux de Glyphios chargea les trois Parques de le venger : elles condamnèrent Tirésias à redevenir un homme. Mais aux noces de Thétis et de Pelée, Aphrodite et les trois Charités, Kalé,
Pasithea, Euphrosyne, se disputèrent le prix de la beauté. Tirésias, pris comme arbitre, donna le prix à Kalé et Aphrodite le changea en une vieille femme, mais Kalé lui donna une belle chevelure et la transporta en Crète où Arachnos devint amoureux d’elle. Arachnos se vanta ensuite d’être l’amant d’Aphrodite ; la déesse furieuse changea Arachnos en belette et Tirésias en rat » .
Comme on voit, presque tous les dieux, Zeus,
Hera, Apollon, Poséidon, Aphrodite, jouent un rôle dans la légende de 1 irésias. Pour en revenir au caducée dont l’invention était attribuée à Tirésias, certains auteurs ont voulu y voir une allusion aux deux serpents envoyés par Hera pour étouffer Héraklès au berceau et que le fils de Zeus étrangla.
D’après M. Victor Bérard, les deux serpents du caducée seraient l’emblème du double caractère d’H ermès, à la fois l’envoyé de Zeus et d’Aphrodite, possesseur des deux sexes, en un mot
l’envoyé Hermaphrodite. Nous reviendrons plus loin sur ce point particulier de la légende d’Hermès.
En sa qualité de héraut des dieux, Hermès était doué d’une mémoire extraordinaire et d’une très forte voix. Le héros Stentor, dont nous ne savons rien si ce n est que sa voix égalait celle de cinquante hommes réunis, eut l’imprudence de provoquer Hermès. 11 s’agissait de savoir qui des deux concurrents crierait le plus fort. Stentor fut vaincu et paya de la vie sa défaite.
Hermès tenant le caducee et emportant la lyre d’Apollon.
(Lenormant et de Witte, El. céram )