LEGENDES RELATIVES A ARES
ONTRA1REMENT aux divinités grecques étudiées dans les chapitres précédents, le personnage d’Arès n’éveille aucune idée de bienveillance ou de sympathie. C’est une figure brutale, farouche, personnifiant le plus horrible des fléaux de l’humanité : la guerre. Assoiffé de sang, Arès ne se plaît que dans le tumulte des batailles où peuvent se donner libre carrière sa rage et sa furie irraisonnées. Il n’y a en lui aucune noblesse; l’instinct seul le guide. La loyauté même lui est inconnue, car au besoin il combattra ceux auxquels il a promis son appui. Aussi est-il odieux aux autres habitants de l’Olympe et à son père lui-même. « Divinité inconstante », lui dit Zeus dans l’Iliade, « tu es le plus haïssable des Olympiens; sans cesse tu te plais aux discordes, aux combats, aux querelles... Cruel comme tu te montres, si tu étais issu d’une autre divinité, déjà depuis longtemps tu serais tombé au dernier rang des habitants du ciel » . L’auteur de l’hymne homérique à Arès, a essayé, il est vrai, de réagir contre la conception du dieu de la guerre généralement admise dans 1 antiquité, quand il s’écrie : « Très puissant Arès, fardeau des chars de
guerre, dieu au casque d’or, à l’âme impétueuse, porte bouclier, sauveur des villes, armé d’airain, à la main robuste, infatigable, fort par ta lance, rempart de l’Olympe, père de la belliqueuse Victoire, auxiliaire de Thémis, tyran des rebelles, chef des justes, roi de la vaillance..., écoute, allié des mortels, dispensateur de la courageuse adolescence..., fais que je puisse chasser de ma tête la triste timidité, et aussi maîtriser en mon esprit les trompeurs élans de l’âme; de plus, contiens l’âcre colère qui m’exciterait à m’engager en d’horribles combats..., donne moi le vrai courage; accorde moi de demeurer sous les douces lois de la paix, après avoir échappé aux batailles contre les ennemis et aux Moiras violentes ! » .
Ares et un géant. Oenochoe. British Muséum. (Lenormant et de Witte, Elite céram.)
NAISSANCE Fous les auteurs anciens sont d’accord pour faire d Arès le seul fils légitime
de Zeus et d’Hera. « Tu es mon fils et c’est mon épouse qui t’a donné le jour », ainsi s’exprime Zeus dans l'Iliade, non sans amertume, car quelques vers plus haut on peut lire ce compliment peu flatteur du père à l’égard de son fils : « Tu as l’esprit inflexible et intraitable de ta mère, Hera, que je puis à peine dompter par mes réprimandes ; je soupçonne que maintenant tu souffres pour avoir suivi ses leçons » . Seul Ovide, dans ses Fastes, rapporte sur la naissance d’Arès une légende différente, précisément destinée à mettre en lumière le désaccord qui régnait entre le maître de l’Olympe et son épouse. C’est sans le concours de son mari qu Hera aurait engendré Arès, par le simple contact d’une fleur merveilleuse de la plaine d Olenos. Cette fiction, de Fauteur des Métamorphoses , rappelle les légendes relatives à la naissance de deux autres enfants d Hera. Celle-ci aurait conçu sa fille Hébé du fait d’avoir mangé des laitues sauvages et elle aurait donné naissance à Héphaistos sans aucun commerce charnel.
ARES
ARÈS Peu empreintes de cordialité avec les autres divinités, les relations d’Arès
avec Athéna ont un caractère franchement hostile. La déesse de la sagesse et
ATHÉNA
de la raison, elle-même divinité de la guerre, mais non de la guerre brutale et sauvage, ne pouvait manquer de combattre le dieu sanguinaire dont la fureur ne connaît pas de bornes. C’est elle qui l’emporte dans cette lutte dont les principaux épisodes se déroulent sous les murs de Troie et nous sont rapportés par Homère.
Arès avait promis à Hera, sa mère, et à Athéna de prendre parti en faveur des Grecs. Malgré cette promesse, c’est aux Troyens qu’il prête son appui. « Agitant entre ses mains une immense javeline, il se montre tantôt devant Hector, tantôt sur les traces du héros » . Les Grecs, privés du concours d’Achille, sont incapables de résister à l’attaque. Hera s’en aperçoit.
Elle fait appel à Athéna ; toutes deux se rendent dans l’Olympe. Hera demande à son époux : « Puissant Zeus, ne t’irriteras-tu pas si j éloigne du combat Arès grièvement blessé? ». Le maître de l’Olympe lui répond : « Va, excite contre lui Athéna; c’est elle surtout qui est accoutumée à lui faire connaître les cruelles souffrances ». Sûre de l’approbation de son père, Athéna s’élance sur le champ de bataille. Elle vient se placer à côté de Diomède et, pour se rendre invisible, se coiffe du casque d Hadès. La lutte s’engage entre Arès et le protégé de la déesse. « Arès, le premier, avide de carnage, se penche en avant et fait passer au-dessus du joug et des rênes sa javeline d’airain ; mais Athéna de sa forte main la saisit et, l’écartant du char, fait qu elle frappe à vide. Alors le robuste Diomède lance son trait qu’Athéna pousse dans le flanc du dieu de la guerre, à travers sa ceinture. Le coup porte, la peau délicate est cruellement déchirée, et lorsque le héros ramène sa javeline, l’inflexible Arès jette un cri retentissant comme le cri de neuf ou dix mille guerriers livrés à la fureur des batailles. L’effroi s’empare des Grecs et des 1 royens, tant retentit la voix de l’insatiable dieu de la guerre » . Arès
Arès et Athéna. Amphore bachique (Lenormant et de Witte, Elite cdramographique.)
quitte le champ de bataille et se rend dans l’Olympe. Il se plaint amèrement d’Athéna mais s’attire une verte réplique de la part de Zeus qui consent cependant à le faire guérir de sa blessure par Pæon. Quand s’engage la lutte définitive qui va décider du sort de Troie, les dieux sont séparés en
Ares et Athéna.
D apres le tableau de Veronèse. Musee de Berlin.
(Phot. Braun.)
deux camps. Du côté des Grecs se rangent Hera, Athéna, Poséidon, Hermès, Héphaistos ; du côté des Troyens « Arès au casque étincelant, Apollon à la longue chevelure, Artémis fière de ses flèches, Leto, Xanthe et Aphrodite qui aime les sourires. » « Soudain, dit 1 Iliade, les dieux se heurtent avec un fracas terrible. Déjà ils s’abordent et le premier, Arès, destructeur des armures,
ARES
s’élançant sur Athéna, le javelot à la main, lui adresse ces paroles outrageantes : Pourquoi, chienne impudente, appeler parmi les dieux la discorde? Tu as une insatiable audace, et ton cœur est gonflé d’orgueil... J’espère que tu vas expier tout à l’heure le mal que tu as fait. Il dit et frappe l’égide, arme horrible qui résisterait même à la foudre de Zeus. Le sanglant Arès la frappe de son grand javelot. La déesse recule, et, de sa forte main, saisit dans la plaine une énorme pierre, que jadis les premiers hommes ont posée en ce lieu pour marquer la limite d’un champ. Elle la lance, et atteint à la gorge le dieu de la guerre dont les genoux fléchissent ; il tombe et couvre
Ares entre deux Charités. Amphore bachique. (Lenormant et de Witte, Elite céram.)
sept phlètres ; sa chevelure est souillée de poussière. » Aphrodite « prend par la main le dieu blessé qui pousse de profonds soupirs, ayant peine à ranimer ses esprits. » Elle veut l’emmener loin du champ de bataille, mais, à l’instigation d’Hera, Minerve « laisse tomber sa main sur le sein de la déesse qui sent son cœur défaillir et ses genoux plier. Les deux divinités vaincues gisent étendues sur les sillons fertiles. »
Dans une autre occasion, nous voyons Arès céder aux instances d’Athéna pour ne pas donner suite aux projets de vengeance que suscite en lui la mort de son fils Ascalaphos. Déjà il avait commandé « à l’Effroi, à la Terreur, d’atteler ses coursiers ; et sans doute il aurait excité contre les immortels le plus terrible courroux, si Athéna, pleine de crainte pour tout l’Olympe,
sautant de son trône, ne se fût placée sur le seuil divin. Elle arrache de la tête d’Arès son casque, de ses épaules son bouclier, de ses mains sa formidable javeline. » Elle lui montre les conséquences terribles qu'aurait son entreprise et finalement « force l’impétueux Arès à s’asseoir sur son trône ».
ARÈS Vaincu par Athéna, Arès n’a pas plus de succès dans ses luttes contre
. ET . Héraklès auquel la fille préférée de Zeus prête d’ailleurs parfois son assistance.
HERAKLES. ,
Ce sont en général les fils d’Arès qui en viennent aux mains avec le plus célèbre des héros; ils succombent malgré le secours du dieu de la guerre. Les deux légendes les plus connues
à ce sujet sont celles de Kyknos et de Diomède.
Kyknos était le fils d’Arès et de Pelopeia. Sauvage et cruel, il attaquait les passants sur la route de Tempé aux Thermopyles. Avec leurs crânes il voulait élever un temple à son père.
Kyk nos n’hésita pas à attaquer Héraklès. Arès l’assiste. Aussi le héros recule-t-il d’abord, mais Arès une fois parti, Kyknos ne tarde pas à succomber sous les coups de son adversaire. Dans le Bouclier d Hésiode, l’aventure est racontée d’une façon différente. On y dit que Kyknos, beau-fils de Keyx, attaque Héraklès, de concert avec Arès. Au moment de le rencontrer, Héraklès est monté sur un char conduit par Iolaos ; l’un des chevaux est Arion. Ayant endossé les armes que lui ont prêtées les dieux, et jeté sur ses épaules le carquois rempli de flèches, le héros saute à terre. Il tue Kyknos et blesse Arès à la cuisse. Celui-ci s’enfuit sur l’Olympe. Dépouillé de ses armes, Kyknos est enseveli par Keyx et les habitants des environs. Mais, sur l’ordre d’Apollon, les eaux du fleuve Amaros emportent son tombeau. On disait aussi qu’ Athéna avait vainement essayé d’empêcher Arès de venger Kyknos. Quand le dieu de la guerre attaqua Héraklès Athéna vint se ranger à côté du héros et détourna de lui le coup de lance de son adversaire. Apollodore d Athènes nous parle d’un autre Kyknos, fils d’Arès et de Pyrèse. Il défia Héraklès au combat. Arès voulut prendre la défense de son fils et combattre Héraklès, mais la foudre tomba entre eux et les sépara.
Ares et Hebe. Kylix.
(Lenormant et de Witte, Elite céramographique.)
ARES
La légende d’Héraklès tuant Diomède, un autre fils d’Arès, nous transporte en Thrace, pays barbare dont on fait parfois le pays d’origine du dieu de la guerre. Roi des Bistones, Diomède nourrissait ses juments de chair humaine. Héraklès s’empare des chevaux de Diomède et les emmène du côté de la mer. Les Bistones, Diomède à leur tête, se mettent à la poursuite du ravisseur. Ils sont mis en fuite et leur roi est tué.
Les fameux oiseaux du lac Stymphale qui, de même que les cavales de Diomède se
Ares et Aphrodite. Amphore tyrrhenienne.
(Lenormant et de Witte, Elite céram.)
nourrissaient de chair humaine, avaient été, disait-on, élevés par Arès. Leur mise à mort constitue un des douze travaux d Héraklès auquel Athéna prêta son concours. Elle lui donna des castagnettes d airain dont le bruit effraya ces oiseaux féroces que le héros abattit ensuite à coups de flèches.
ARES Malgré sa force prodigieuse, Arès ne joue qu’un rôle secondaire dans la
ET
lutte des dieux contre les géants. On sait seulement qu’il tua l’un de ces êtres