‹ Nouvelle némésisChapitre 4 sur 19 · VIRGILE · texte numérisé non relu

VIRGILE

La France veut, dit-on, te voter une épée; Pourquoi ? Que ferais-tu d'une arme inoccupée. Que le pouvoir détrempe et condamne au fourreau , Que brise avec sa plume un commis de bureau ? Une épée en tes mains serait une menace Suspendue au plafond de ce concert tenace Où Guizot et Mackau, virtuoses soumis, Chantent God sav the queen avec nos ennemis.

i NÉMÉSIS.

Quelle honte! Il faut vivre en cette fièvre lente;

Notre diplomatie est à ce point tremblante

Qu'à l'aspect d'un fer nu, dont l'éclat l'éblouit,

Comme Jacques Stuart, elle s'évanouit.

Ah ! c'est une bizarre et sombre destinée ;

Vers une autre Terreur la France est ramenée;

Mais, du moins, en ces jours qu'on ne doit plus revoir,

Elle courbait la masse, aujourd'hui le Pouvoir.

0 lâche contre-sens réservé pour notre âge!

Un reproche à l'honneur ! un exil au courage !

Ils n'ont pas même osé, par un brusque rappel ,

Te ramener vers nous du lointain archipel ;

Paris eût à deux mains salué ta venue.

Et les bravos du peuple, élancé vers la nue,

Auraient eu des échos jusque sous les remparts

Du ministère anglais qui siège aux boulevards,

Surtout en ce moment, où les grandes assises

Vont ressaisir au corps des terreurs indécises ,

Et confondre, aux lueurs d'un infamant procès.

Le mensonge plaidant contre l'honneur français.

Résigne-toi, subis la gloire de l'insulte; Jette un dernier regard sur un rivage inculte, Et, forçant ta poulaine à repasser la mer Du lointain Capricorne au-delà du Cancer, Puisque telle est la loi que leur dépit t'impose. Promène tes ennuis de Manille à Formose; Là tu verras souvent passer à l'horizon Les vaisseaux triomphants qui portent le poison ; Et peut-être qu'un jour ta frégate étonnée Cueillera sur les eaux le pauvre Lagrenée, Qui , bien que sir Guizot visa ses passeports. Jamais des mandarins n'aura touché les bords. Et tu déposeras dans un coin solitaire L'ambassadeur français sifflé par l'Angleterre. C'est un triste service à rendre ; mais, du m.oins, Tes yeux découragés ne seront pas témoins Du jour où, pavoisé comme pour une fête, Un aviso de Londre, orgueilleuse estafette. Viendra signifier d'un ton dominateur L'ordre de noire fuite inscrit au Moniteur.

D'autres accompliront ce poignant sacrifice,

D'autres seront chassés par le Forcign-0/fice ,

Criminels comme toi , pour avoir assisté

Ton généreux élan de leur complicité.

Ce sont eux qui, vendus par un traité punique,

Verront leurs Forts souillés du signe britannique.

Eux qui transporteront sur leurs abris flottans.

Si le maître nouveau leur en donne le temps ,

Leurs canons, leurs soldats, leurs débris d'équipages,

En criant anathème à ces honteux rivages ,

Dont le peuple et la reine avec tous ses parrains

Ne valent pas le sang d'un seul de nos marins.

Voilà le dénoûment de vos manœuvres plates , Machiavels crétins, myopes diplomates, Qui nouez au hasard, sans sonder l'avenir. Des trames que vos mains ne doivent pas finir. Léguant aux successeurs de votre ministère De vos absurdités l'issue héréditaire,

L'œuvre de dévider, par des soins plus adroits, L'écheveau politique embrouillé sous vos doigts. Celte fois, par malheur, ministres plus vivaces, L'avenir imprévu vous retrouve à vos places : Un jour, pour ébahir vos fiévreux courtisans, Et leurrer le pays de fastueux présents. D'un royaume nouveau vous nous faites largesse. Vous vous prenez d'amour pour une sauvagesse. Et votre porte-voix, au discours d'apparat Fait ronfler de grands mots sur un protectorat ; Pendant plus de deux ans , vêtus d'hypocrisie , Vous marchez en héros dans la Polynésie , Sans que le léopard de la vieille Albion Daigne vous dépouiller de la peau du lion; Et voilà qu'aujourd'hui (c'est à sécher de honte) A la France dupée il faudra rendre compte De vos pactes signés par delà le détroit. Des mensonges publics soutenus de sang-froid , Des rapports mutilés, de cent basses intrigues. Du sang et des trésors dont vous fûtes prodigues.

NKMESIS.

Sans oublier surtout, dans ce lùdeux calcul, L'insolent pot-de-vin du biblique consul.

Du moins, en déroulant ce scandaleux grimoire, D'une leçon de plus ornez votre mémoire : Chaque fois, désormais, qu'un ordre clandestin Enverra des agents vers un climat lointain, Dans l'océan du Sud , sous le cercle du pôle , A cinquante degrés de notre métropole , Partout où , pour porter vos subits contre-sens , Le télégraphe en vain fait signe à des absens. Avant tout, de leur ame explorez le mystère. Dans le critérium passez leur caraclère. Dressez un examen sur leur moralité.

Frémissez aux périls d'un choix précipité ; Au lieu de plats valets qui n'ont d'autre courage Que d'offrir, comme vous, la joue à tout outrage. Prêts à tout renier, devoir, patrie, honneur. Un hasard malheureux, que j'appelle un bonheur.

TAITl. 9

Peut égarer vos mains sur tel homme d'élite,

Rétif à se montrer aveugle satellite ,

Sans occulte service acceptant son mandat,

Citoyen et français plus encor que soldat,

Qui, dans les chauds moments d'une soudaine crise.

Poussé par ces élans dont le cœur s'électrise.

Peut-être, combattrait, mourrait pour le pays^

Pour l'honneur, pour la gloire.... et vous seriez trahis.

Cette fois , Dieu merci ! leur erreur fut complète ; Aucun des trois élus n'a terni l'épaulette , Leur trinité loyale a rempli son devoir, Nul n'a trompé la France en trompant le Pouvoir.

Donc , au lieu d'une épée inutile à cette heure , Digne amiral ! reçois comme offrande meilleure , Nos houras fraternels, qui te rendent absous D'un lâche désaveu désavoué par nous ;

Les vents de la patrie , à travers tes amures , Glisseront , en passant , ces généreux murmures , Et, puisse, en même temps, infime réconfort, Le tribut du poète arriver sur ton bord î

Espère comme nous : le monde politique

Tourne comme le globe autour d'une écliptique ;

Des astres plus amis un jour remplaceront

Les signes malfaisants qui nous sèchent le front;

Et lorsque , sous des toits chargés de nos colères ,

Le peuple appellera des noms plus populaires ,

Ses unanimes vœux n'ouvriront ces palais

Qu'à des hommes de cœur, purs de l'amour anglais.

D'autres que toi , trompant notre candide attente ,

Pourraient continuer la cordiale entente ,

Tendre une main furtive à nos vieux ennemis ;

Mais un pareil opprobre à toi n'est point permis ,

Quarante ans sur les mers te les ont fait connaître ,

Et tu mentirais trop au sang qui l'a fait naître ;

TAITI. Il

Ton père t'instruisit , dès tes plus jeunes ans ,

A détester ce peuple, et même ses présents ;

Quand il te racontait ses longues forfaitures ,

Tu l'écoutais , rêvant des vengeances futures ,

Comme Annibal enfant écoutait Amilcar ;

Ta vieille inimitié date de Trafalgar ;

Tu ne peux sillonner les flots de l'Atlantide

Sans voir ton père George et ton oncle Aristide ,

Ton oncle , un de ces noms dérobés au burin,

INIais gravé dans le cœur de tout brave marin :

Son ombre plane encor sur tant d'hommes sublimes

Qu'Aboukir engouffra dans les sanglants abîmes :

Ce jour-là, jour de deuil dont nous nous souvenons,

Il montait le Tonnant ^ de quatre-vingts canons;

Tandis que , devant lui , criblé dans ses murailles ,

L'Orient vomissait ses brûlantes entrailles ,

Lui , sur son banc de quart, dans un calme profond.

Aux flancs du Majestic et du BeUerophon

Précipitait le vol de sa foudre allumée ;

Tout-à-coup, sous ce dais de flamme et de fumée.

12 iNKMESlS.

Un des mille boulets , ricochant des pavois,

Coupe, en sifflant, son bras qui tient le porte-voix;

Il tombe, il se relève, et d'une voix sonore;

Il active le feu plus formidable encore ;

Les boulets ennemis redoublent leur fracas;

Mais, pendant qu'il commande avec son dernier bras,

Il tombe sur le pont les deux jambes coupées ;

Recueilli par des mains sanglantes et crispées.

On le place debout dans un tonneau de son;

Là, de ce piédestal qui porte son tronçon,

Ce héros , qui n'a plus d'entier que la poitrine,

Vit encor pour sauver l'honneur de la marine.

Et dans ses derniers mots glacés par le trépas,

Crie à son équipage : Enfans! n'amenez pas!

Tant que subsisteront dans nos fiers capitaines, Quelques gouttes du sang qui sortit par ces veines, Osons dans l'avenir porter des yeux sereins. Comme sur nos soldats, comptons sur nos marins;

Ne nous attristons point, quand des bouches rivales

Déroulent l'appareil de leurs forces navales;

Esclaves, trop long-temps, de préjugés poltrons,

Nous avons accepté leurs discours fanfarons.

Et d'un regard béant comtemplé la mâture

Des vaisseaux à trois ponts qui forment leur ceinture;

Mais nous ne sommes plus aux jours des bateaux plats,

L'Ile autrefois sans bords, aujourd'hui ne l'est pas;

Une force nouvelle a surgi dans le monde

Qui brise dans ses mains le vieux trident de l'onde ;

Les mines de New-Castle ont des rameaux ici;

Ce terrible secret qu'a, naguère, éclairci

Un prince dont la main, doublement occupée.

Tient vaillamment la plume aussi bien que l'épée,

Elle le connaît bien elle-même, elle a peur

En ce moment, d'avoir inventé la vapeur,

Et songe, en contemplant sa grandeur éphémère.

Que cette fille, un jour peut étouffer sa mère.

Pourquoi donc trembler tant, sitôt que Robert Peel

Se tourne vers Calais, en fronçant le sourcil?

Et, parce qu'on entend lord Wellington qui tousse,

Sentir au diaphragme une indigne secousse,

Comme si, d'un clin d'œil débouchant par essaims,

Les flottes de Plymouth verrouillaient nos bassins?

Hommes de peu de i'oi î devant des ombres vaines,

Vous vous signez le front, vous faites des neuvaines,

Aux autels de la paix vous pliez les genoux;

Eh! prenez donc courage, ils ont plus peur que nous;

C'est pitié de tomber dans ces terreurs paniques;

Vous élevez trop haut les héros britanniques;

Bien que, de temps en temps, leurs journaux rodomonts

En menaces de guerre essoufflent leurs poumons,

Ils pâlissent aussi, dès que, par aventure ,

Flottent sur le détroit quelques bruits de rupture,

Un deuil universel tombe sur la Cité,

Et Birmingham écoute avec perplexité;

Car, outre des terreurs qui nous sont inconnues,

L'Inde, qui pèse tant sur leurs épaules nues.

Et plus près d'eux ilrlande, au meeting éternel,

Où planent les longs bras du géant O'Connel,

Ils ont ainsi que nous la classe lymphatique

Des bourgeois, des rentiers, des Crésus en boutique.

Des manipulateurs qui, pour le bien public,

Des chemins à wagons acceptent le trafic,

Des députés, votant comme adjudicataires,

Des marchands de terrains, des placides notaires,

La classe qu'en tout temps on retrouve en tout lieu ,

Celle des Guizotins et des Juste-Milieu.

1) bciMcfcêel'

eiiiai.

Imprimti ie lange Lrvy ft ('.omp., 16, rue du Croissant.

SATIRES

BARTHELEMY

ET TOUS LES MARCHANDS DE NOUVEAUTKS

'5 décembre 184L5.]

("c caloie du parlement n'était pas si parrait qu'il n'y eût tonjouri beaucoup plus d'a^tation qu'il n était néressaire pour faire connaître, à des gens qui eussent étc bien sages, qu'ils ne dureraient pas longtemps.

Mémoires du Cardinnl de Retz.

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