V. Phosphore
LEISHMANIOSES. — On désigne, sous le nom de Leishmanioses, les affections causées par des protozoaires appartenant à un genre dont la première espèce a été découverte en 1905 par Leishman à Londres et quelques mois après par Donovan à Madras. On connaît actuellement trois maladies répondant à ce groupe : le Kala-Azar Indien, le Kala-Azar infantile (v. c. m.) et le Bouton d'Orient (v. c. m.).
A) Kala-Azar Indien (fièvre noire, fièvre dum-dum). — Il s'agit d'une maladie épidémique sévissant aux Indes, plus spécialement dans l'Assam, autour de Madras, et qui aurait été aussi observée à Ceylan, en Chjne, aux îles Philippines, en Arabie et en Egypte.
Le symptôme principal consiste dans une fièvre irrégulière qui résiste à la quinine, fièvre à laquelle se joint dans la plupart des cas une splénomégalie accentuée; il en résulte une cachexie et une anémie extrêmes qui se terminent par la mort, au bout de deux à six mois ; comme troubles concomitants, on a signalé l'hépatomégalie, la diarrhée dysentéri forme, les ulcérations buccales, gastro-intestinales et cutanées, les œdèmes, les complications pleuro-pulmonaires, parfois même la péritonite par perforation.
L'examen du sang permettra d'éliminer le paludisme et même la leucémie; on constatera l'existence d'une anémie plus ou moins intense et surtout celle d'une leucopénie marquée, le nombre des leucocytes pouvant tomber à 1000 et au-dessous, avec abaissement du taux des polynucléaires. Quant à la nature même de la
(Ci) e,s-
Fi-
- Corps de Leishman dans un frottis de pulpe splénique. C. Leis., parasites; gr., globule rouge; N, noyau de mononucléaires (Brumpt, Précis de Parasitologie).
Leishmanioses.
maladie, elle ne sera révélée que par la constatation de la présence du parasite, Leishmania Donovani.
Celui-ci pullule dans la rate et dans le foie, comme en témoignent les frottis post mortem. Du vivant du malade, on ne les rencontre dans le sang circulant que dans 50 pour 100 des cas, au maximum, aussi devient-il souvent nécessaire de ponctionner la rate, à l'aide d'une petite seringue munie dune longue aiguille, opération qui devra être pratiquée avec précaution, car elle expose à la déchirure de l'organe.
Fixés par l'alcool absolu et colorés par le bleu de méthylène-éosine ou par le Giemsa, les frottis révèlent la présence de corpuscules ovalaires ou
plus rarement arrondis, de c2 à 4 -/ de long sur 1,5 {/. de large, munis d'un noyau ovulaire volumineux et basophile et, vers l'autre pôle, d'un petit élément bacilliforme. Ces corpuscules peuvent être libres, mais ils sont le plus souvent à l'intérieur des globules blancs (surtout les mononucléaires) et des cellules endolhéliales; certains macrophages, qui peuvent en contenir 50 et même 80, en sont littéralement bourrés.
vVv%)
Cellule
très
parasitée.
Cellule
arec 12 parasites.
Fig. 2i. — Leishmania Donovani. Coupe de rate (Brumpt, Précis de Parasitologie).
Rogers, est parvenu à cultiver le parasite dans du sang frais citrate, et a constaté, au bout de 5 jours, l'apparition d'éléments allongés, munis d'un flagelle, qui se multiplient par division longitudinale (fig. 23 et 24).
Le mode de propagation est mal connu, bien qu'on ait incriminé les punaises ou les mouches, car l'affection n'est pas inoculable aux animaux de laboratoire. L'isolement des malades donne les meilleurs résultats. Il n'existe pas de traitement spécifique. L'arsenic, l'ingestion de moelle osseuse, et même la quinine ont été préconisés sans grand succès ; pourtant la guérison, même spontanée, ne semble pas impossible.
B) Kala-Azar infantile. — Cette affection, observée en Tunisie et en Italie, frappe exclusivement les enfants, surtout les nourrissons, chez lesquels apparaissent des poussées fébriles, des troubles gastro-intestinaux, un amaigrissement considérable et une anémie extrême avec une augmentation considérable du volume de la rate; le tout évolue par poussées successives pendant des mois ou des années, au bout desquels on observe soit la guérison ,
105 Lèpre.
soit plus souvent la mort, déterminée par l'anémie ou diverses complications.
Depuis la première observation, due à Laveran et Cathoire (1904), Nicolle a repris la question, et a pu cultiver le parasite qu'il a inoculé avec succès au chien et au macaque; il s'agit d'une Leishmania très voisine de celle du Kala-Azar indien (L. infantiuw). La maladie se transmettrait du chien à l'homme par des hôtes intermédiaires encore inconnus.
C) Bouton d'Orient. — Les pathologistes s'accordent aujourd'hui pour attribuer la production du bouton d'Orient à l'action d'une Leishmania (L. furunculosa). C'est dans. les frottis faits avec la sérosité qu'il conviendra de le rechercher (V. Bouton d'Orient). a. CLkHC.
LENTIGO. — V. Pigmentation (Troubles).
LÈPRE. — La lèpre est une maladie chronique causée par l'introduction et la pullulation dans l'organisme d'un bacille spécifique, le bacille de Hansen.
Il y a quelques aimées encore, l'étude de la lèpre semblait ne devoir présenter d'intérêt qu'au point de vue de la pathologie exotique ou des études historiques. C'était, croyait-on, une maladie complètement éteinte dans notre pays depuis la fin du moyen âge, et on ne pouvait penser qu'un praticien exerçant en France pût être appelé à la diagnostiquer et à la traiter.
Valentin, en 1806, avait signalé quelques lépreux dans le voisinage de l'étang de Berre; depuis l'annexion du Comté de Nice à la France, on savait que des cas isolés persistaient dans certaines vallées des Alpes-Maritimes; Zambaco-Pacha avait montré qu'en Bretagne des formes frustes subsistaient; mais l'idée d'hérédité dominait à ce point la pathogénie de la lèpre qu'on ne croyait pas qu'elle pût s'observer chez des individus nés en France de parents indemnes.
En 1874, la découverte du bacille spécifique vint prouver que, maladie infectieuse, elle devait être plus contagieuse qu'héréditaire; en même temps des relations plus faciles et plus nombreuses avec les pays contaminés, et surtout l'extension de notre empire colonial en Asie, faisaient voir que des colons, des soldats, des fonctionnaires, sans antécédents héréditaires, pouvaient contracter cette terrible maladie et quelquefois, de retour en France, la donner dans certaines conditions à leur femme, à des parents, à des voisins. Il faut, en effet, savoir que si, en Europe, il y a encore des lépreux, notamment en Suède, en Norvège, en Espagne, en Portugal, dans les Balkans, les grands foyers de contagion sont Y Indo-Chine, la Chine, le Japon, les Antilles, le Brésil, la Nouvelle-Calédonie.
Description. — La lèpre, comme toutes les infections, a une période d'incubation et une période d'invasion, et, pendant ces deux stades, sa symptomatologie présente des caractères communs, quelle que soit la forme suivant laquelle la maladie évoluera à la période d'état.
Incubation. — On la divise actuellement avec Besnier en deux périodes bien distinctes : une première de microbisme latent, pendant laquelle le bacille peut sommeiller pendant de longues années, sans amener aucune réaction. On connaît des cas où la maladie ne s'est déclarée qu'après un séjour de 14 ans (Landouzy) et même 32 ans (Hallopeau) dans un pays
Lèpre. 106
indemne. Puis commence la deuxième période, dite de germination « où l'agent pathogène entre en virulence sur un terrain dont l'état biochimique crée la réceptivité » (Sauton). Une lésion souvent unique, cutanée ou muqueuse apparaît : on l'a nommée le chancre lépreux en raison de la ressemblance que présente dans sa marche la lèpre avec la syphilis. Cette seconde période de véritable incubation, plus courte que celle de microbisme latent est pourtant plus longue que dans aucune maladie connue. La tache rosée unique où Wurtz et Marcano décelèrent par une biopsie le bacille spécifique fut pendant plus d'un an le seul signe de la maladie; et la papule anesthésique, dans le cas de De Beurmann et Gougerot, précéda de huit mois la première poussée, généralisée aiguë. Si l'accident initial s'est produit sur la muqueuse pituitaire, un coryza tenace accompagné de fréquente épistaxis pourra être le premier symptôme observé. On trouvera alors dans le mucus nasal de nombreux bacilles.
Invasion. — Comme dans les autres maladies virulentes, cette période est marquée par des phénomènes généraux. La fièvre se montre sous forme d'intensité très variable; quelquefois fugitive, elle peut passer inaperçue; souvent, au contraire, elle atteint 40, 41 degrés, et, les pays de lèpre étant presque toujours des pays à malaria, on peut longtemps croire à des accès de paludisme. Un grand abattement physique et moral, de l'anémie, une tendance irrésistible au sommeil, des troubles digestifs, de la rachialgie, des douleurs rhumatoïdes sont les symptômes les plus généralement observés.
Des troubles sensitifs, vaso-sécrétoires apparaissent souvent dès cette période : sensation de doigt mort, syncope des extrémités, sueurs profuses, quelquefois ce sont des plaques anesthésiques qui commandent le diagnostic.
Formes cliniques. — Après un temps plus ou moins long, la lèpre entre dans sa période d'état, et suivant que les lésions anatomiques se localisent de préférence sur les téguments ou sur le système nerveux périphérique, tous les auteurs décrivent deux formes principales de la maladie : la lèpre tégumentaire, tuberculeuse ou léonine et la lèpre nerveuse ou anesthésique. Mais très souvent les lésions ne sont pas aussi systématisées, les deux formes se combinent dans des proportions variables et l'on se trouve en présence de la lèpre mixte ou complète.