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LÈPRE TÉGUMENTAIRE, TUBERCULEUSE OU LÉONINE

Macules. — Par poussées successives, précédées ou accompagnées presque toujours de fièvre, des taches érythémateuses apparaissent sur les téguments. Elles sont planes ou très largement saillantes; de couleur rose pâle, Heur de pêcher, elles ne tardent pas à tourner au rouge vineux pour devenir ensuite cuivrées ou violacées. Leur surface est lisse, comme huilée. Fréquentes surtout au visage, au coude, aux genoux, elles sont exceptionnelles à la paume des mains ou à la plante du pied et respectent toujours le cuir chevelu. De forme et de grandeur très variables; tantôt ovalaires ou à contours polycycliques, elles rappellent Xérythème polymorphe ; tantôt elles dessinent des cercles semblables à ceux de Yérythème marginé. Souvent, les éléments se fondent en grands placards diffus simulant un érysipèle, ou un coup de soleil. Quelquefois le centre se décolore

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pendant que la périphérie se pigmente, et les taches sont alors annulaires. Quelle que soit leur forme, les macules sont le siège d'un prurit violent.

Puis les taches s'effacent pour récidiver assez rapidement. A chaque poussée éruptive nouvelle, marquée par une recrudescence thermique, les éléments s'étendent, leur pigmentation s'accentue et devient indélébile. Les poils des régions envahies, surtout les sourcils, tombent, laissant une alopécie persistante. Les glandes sudoripares cessent de fonctionner, tandis que les glandes sébacées sont le siège d'une hypersécrétion qui donne à la peau un aspect huileux. A cette période, l'anesthésie peut encore manquer.

Lépromes. — Après des mois, souvent des années, les téguments s'infiltrent soit au niveau des taches, soit dans leur voisinage, et des papules de coloralion rouge apparaissent, rappelant Yérythème noueux. La palpation permet de sentir des nodosités rarement hypodermiques, presque toujours dermiques. On donne à ces nodules caractéristiques de la lèpre tégumentaire le nom de lépromes ou de tubercules lépreux (léproïdes tuberculeuses de Bazin, léprides tuberculeuses de Besnier). D'abord très petits, ils augmentent peu à peu de volume pour atteindre la grosseur d'un pois, d'une noisette, quelquefois d'un œuf. Ils peuvent ne pas être circonscrits et former, surtout aux membres, des plaques plus ou moins étendues donnant la sensation d'un œdème dur. Les néoplasmes lépreux contiennent un nombre considérable de bacilles dont les masses microbiennes contribuent pour une part importante au volume de la tumeur; l'irritation de voisinage n'amenant qu'une faible prolifération du tissu conjonctif. Quant aux leprazellen deWirchow, qui les croyait spécifiques de la maladie, et aux cellules géantes, elles ne sont plus considérées que comme des éléments cellulaires dégénérés; on ne les trouve du reste que dans les foyers anciens.

Comme les taches, c'est par poussées successives que les lépromes se forment, et les mêmes phénomènes généraux précèdent ou accompagnent leur apparition. Ils perdent bientôt la coloration rouge du début, pour devenir cuivrés, bistrés. Les uns subissent une régression fibreuse et persistent indéfiniment sous la forme d'une petite nodosité; d'autres disparaissent, laissant une cicatrice déprimée, pigmentaire; d'autres enfin suppurent et laissent couler un pus jaune, épais, « d'odeur fade et cadavérique », qui décolle la peau sur une élendue de plusieurs centimètres, et creuse des ulcérations à bords taillés à pic. Ces ulcérations peuvent se combler, laissant des cicatrices nacrées avec un liséré brun; mais dans les pays à lèpre, avec la saleté, les infections secondaires, elles rongent les tissus, mettent à nu les tendons, ouvrent les articulations et produisent aux membres des mutilations semblables à celles qui seront décrites dans la lèpre nerveuse. Au niveau des lépromes et dans leur voisinage, on trouve toujours des plaques où la sensibilité est abolie. Cette anesthésie est un signe presque pathognomonique.

Après les progrès de la maladie, le visage des lépreux perd tous ses caractères de sexe, d'âge, de race, pour présenter un faciès léonin (fig. 25). L'infiltration, qui ne respecte guère que les tempes et une bande de quelques centimètres autour des cheveux, donne à la face un aspect bouffi. Les cils, la barbe, les sourcils sont tombés. Le coryza a envahi les muqueuses, détruit

Lèpre.

le cartilage de la cloison; le nez s'est effondré entre les joues doublées de volume; un liquide purulent s'écoule sans cesse des fosses nasales. Les paupières infiltrées ne peuvent se relever, les lèvres tuméfiées sont énormes, les oreilles, déformées par des tubercules, déchiquetées par des ulcérations, ont un aspect caractéristique. Aux membres supérieurs, c'est sur les coudes

et la région externe de lavant-bras que les lépromes siègent de préférence : les mains sont cyanosées et œdémateuses, et des masses néoplasiques tiennent les doigts raides et écartés les uns des autres. Aux membres inférieurs, ce sont les genoux et les pieds qui sont envahis par des tubercules lépreux, mais ceux-ci disparaissent souvent dans un œdème dur qui occupe toute la jambe et lui donne l'aspect éléphantlasique.

Nous avons parlé des lésions de la pituitaire.

Les autres muqueuses ne restent pas indemnes : la bouche, la langue, le pharynx, le larynx, sont envahis par des lépromes plus ou moins ulcérés, et les cicatrices vicieuses qu'ils laissent peuvent causer latrésie de l'orifice pharyngien et empêcher la déglutition. Dès les premières phases de la maladie, on remarque souvent une altération de la voix, mais les néoplasies laryngiennes sont quelquefois la cause d'une aphonie complète ou même d'accès de suffocation mortels, si l'on ne pratique pas à temps la trachéotomie. Aux yeux, les conjonctivites, les kératites, les iritis lépreuses sont fréquentes et amènent la perte de la vue. Signalons enfin les orchiépididymites que Jeanselme a trouvées chez un quart des lépreux qu'il a examinés.

Terminaison. — On fixe d'ordinaire à 10 ou 12 ans la durée de la maladie dans la forme tégumenlaire, mais ce n'est qu'une moyenne. Chez certains malades les poussées éruptives et néoplasiques se succèdent avec une telle

Fig: 25. — Lèpre léonine.

(R. Wurtz et A. Thiroux, Diagnostic cl séméiologic

des maladies tropicales.)

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rapidité que l'on a pu décrire une lèpre aiguë ou galopante, tandis que, chez d'autres, l'état général reste pendant de longues années assez satisfaisant, malgré un faciès léonin bourré de tubercules, malgré des suppurations épouvantables, malgré des mutilations horribles. Quelquefois, les lépromes se résorbent, les manifestations cutanées s'atténuent et la lèpre tuberculeuse devient une lèpre nerveuse donnant au malade la survie que comporte cette forme.

D'ordinaire, les lésions vont toujours en s'aggravant; les ulcérations de plus en plus profondes épuisent les malades par une suppuration continuelle; des névralgies atroces, des accès de suffocation les empêchent de dormir, et ils arrivent peu à peu à un état de cachexie complète. Même à cette période, ils conservent leur intelligence intacte « tout en montrant une apathie étrange, une indifférence complète pour leur déchéance » (Janselme et Sée). Un érvsipèle, une affection surajoutée, une sténose du larynx amenant une suffocation mortelle peuvent les emporter; souvent c'est le tube digestif qui a été si longtemps respecté qui est envahi à son tour, et ils succombent à une diarrhée profuse; mais c'est surtout la tuberculose pulmonaire qui met fin à leur triste existence.

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