‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 2)Chapitre 25 sur 80 · MÂCHOIRE INFÉRIEURE (LUXATIONS · texte numérisé non relu

MÂCHOIRE INFÉRIEURE (LUXATIONS

La luxation de la mâchoire inférieure

est toujours, en pratique du moins, une luxation en avant. Elle est unilatérale rarement, ou bilatérale le plus souvent. Plus fréquente chez la femme que chez l'homme, cette luxation est produite par un écartement trop prononcé, violent ou non, des mâchoires. Cet écartement peut être spontané, comme dans le bâillement, l'éternuement, le rire; il peut être provoqué par

un choc, un coup, une chute sur le menton.

Le condyle, sous l'influence de la violence, quitte la cavité glénoïde du temporal, et, entraînant la mâchoire, se porte en avant pour venir prendre appui sur le versant antérieur de la racine transverse de l'apophyse zygomatique, le ménisque articulaire restant en arrière dans la cavité glénoïde.

Ce déplacement du condyle est rendu possible soit par la rupture des ligaments antérieurs de l'articulation temporola distension et la laxité

Tension des ligaments sph.

Fiff. 58.

maxillaire (partie ménisco-condylienne), soit par pathologique de la capsule articulaire.

257 Mâchoire inférieure (Luxations).

Le déplacement, ainsi produit, est maintenu grâce à l'action contraire de plusieurs forces bien connues aujourd'hui : le muscle temporal tire fortement en haut par l'apophyse coronoïde et tend à appliquer le condyle sous la base du crâne; l'ascension du maxillaire tournant autour de ce point d'appui est arrêtée soit parce que le bec de l'apophyse coronoïde vient accrocher le tubercule de l'os malaire, ou vient, s'il est plus court, s'appuyer seulement contre cet os (contact rétro-malaire) (Nélaton),'soit, si l'apophyse coronoïde est courte, parce que les ligaments sphéno et stylo-maxillaires se tendent (fig. 58), (Maisonneuve, Farabeuf).

Symptômes et Diagnostic. — La luxation bilatérale esl la luxation habituelle. Le blessé se présente la bouche grande ouverte, il ne peut la fermer malgré tous ses efforts. On peut augmenter un peu l'ouverture de la bouche en appuyant sur le menton, il est impossible de rapprocher les mâchoires ; en même temps on constate un certain degré de transport en avant des dents inférieures, si bien que les arcades dentaires ne se correspondent plus. De cette situation résultent les troubles fonctionnels, gêne de la parole et de la déglutition, impossibilité de la mastication, écoulement continu de la salive.

En examinant la face, on constate en avant du tragus une dépression anormale due au déplacement du condyle; par l'intérieur de la bouche, on sent la saillie de l'apophyse coronoïde en avant.

Dans la luxation unilatérale, la bouche est moins largement ouverte, le menton est dévié du côté opposé à la luxation. Les symptômes physiques constatés à l'examen sont les mêmes que dans la forme précédente, mais du côté luxé seulement.

Cet accident est sans gravité lorsque la luxation est réduite à temps, et cette réduction est le plus souvent facile. Il arrive cependant que, certaines lésions articulaires se développant, la luxation récidive fréquemment, devenant une véritable infirmité.

Lorsque la luxation n'a pas été réduite, des mouvements suffisants peuvent revenir dans la nouvelle articulation, mais le blessé conservera toujours une gêne fonctionnelle assez grande.

Traitement. — - Luxations récentes. — Le seul traitement de la luxation est la réduction, et le seul procédé appliqué aujourd'hui est le suivant. Le blessé est assis, ou même couché sur un lit bas. L'opérateur se place en face de lui ou au-dessus, pendant qu'un aide maintient la tête immobile. L'opérateur introduit dans la bouche du blessé ses deux pouces enveloppés de linges protecteurs (contre les morsures) et les appuie, par leur pulpe, soit sur les dernières molaires inférieures, soit sur la base des apophyses coronoïdes; puis, exagérant un peu l'ouverture de la bouche pour détendre les ligaments postérieurs ou détruire le contact malaire, il appuie sur la mâchoire de façon à abaisser les condyles. L'abaissement obtenu, le maxillaire reprend sa place de lui-même.

Dans le plus grand nombre des cas, la réduction est obtenue après une ou plusieurs tentatives; si, cependant, la réduction était difficile, il faudrait endormir le malade pour supprimer toute résistance.

Luxation ancienne. — Une luxation de la mâchoire peut encore être N"° p. m. c. — V. 17

Macrophage. 258

réduite après un lemps assez long par le procédé ordinaire, avec ou sans aneslhésie générale ; on en a réduit après 2, 5 et 4 mois. La résistance à vaincre est alors grande, et il est utile de se servir de pinces pouvant écarter les mâchoires avec force et déclancher brusquement une fois l'écart obtenu ; la pince de Stromeyer est une des plus connues. Enfin il peut être plus facile de réduire successivement les deux condyles.

Si la réduction ne peut plus être obtenue, et si le fonctionnement de la mâchoire est satisfaisant, mieux vaut s'en contenter. Une gêne fonctionnelle accentuée conduirait, au contraire, au traitement de Tankylose de la mâchoire, c'est-à-dire à la résection simultanée des deux condyles, ou d'un seul, suivant que les deux articulations ou une seule sont soudées.

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