MÉLIE
MORBIDE (IMMINENCE). — V. Prodromes.
MORBUS COX/E SENILIS. — V. Hanche (Coxalgie).
morphée. v. sclérodermie, lèpre.
MORPHINE. — V. Opium.
Fig. 114. — Type de mongolisme infantile (J. Brudzinski).
MORPHINE (INTOXICATION). — Il ne
s'agit ici que de l'intoxication aiguë.
Les premiers symptômes apparaissent généralement au bout d'une demiheure. Il existe d'abord une excitation psychomotrice agréable, puis la tête devient douloureuse, des sensations vertigineuses compromettent l'équilibre, le pouls augmente de fréquence, l'ouïe et la vue sont hyperesthésiées, des nausées pénibles se manifestent. Le malade voit tout au travers d'un voile, les pupilles sont punctiformes, parfois à peine perceptibles. Le sommeil s'installe enfin, puis le coma. Cette évolution progressive d'un coma associé à un myosis extrême et ne s'accompagnant pas de diarrhée a une grande valeur diagnostique. Le visage est vers la fin cyanose, la peau froide,
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visqueuse, le cœur irrégulier; avant la mort peuvent survenir quelques convulsions. S'il y a guérison, la convalescence est traînante, et les troubles intellectuels témoignent longtemps de l'imprégnation toxique. La guérison n'est parfois qu'apparente, et la mort survient tout à coup, inattendue. On peut également observer des cas anormaux où l'issue fatale survient en pleine période d'excitation, sans qu'aucune tendance au sommeil se soit révélée.
Dans cet empoisonnement plus que dans tout autre, on luttera contre la dépression menaçante; on forcera le malade à marcher, seul ou soutenu; on stimulera le cœur; on lavera l'estomac au permanganate, etc. (V. Opium). Il conviendrait de laver l'estomac avec soin, même si quelque vomissement abondant l'avait exonéré de son contenu, car la muqueuse stomacale élimine la morphine comme elle élimine l'alcool. Enfin, respiration artificielle et atropine (l/u2 à i m/m 1/2). FRANÇOIS MOUTIER.
MORPHINISME, MORPH1NOMANIE. — Le morphinisme est l'ensemble des troubles consécutifs à l'emploi habituel de la morphine; la morphinomanie est le désir, le besoin irrésistible de l'alcaloïde. Les morphinomanes se recrutent de deux façons : parmi les malades et parmi les dégénérés (morphinomanie passionnelle, c'est-à-dire des gens dont le goût ne se développe que par désœuvrement, curiosité ou entraînement, et ne se légitime par aucune souffrance à apaiser).
On devient morphinomane après deux mois d'injections, souvent beaucoup moins; c'est une question d'individu. Il ne faut pas oublier qu'au début le morphinomane recherche seulement la sédation d'une douleur. Cette poursuite thérapeutique est vite négligée, ou passe au second plan, et ce que veut le toxicomane est seulement le renouvellement des sensations euphorique? provoquées par chaque injection.
Pendant une première période, le morphinomane éprouve peu de malaises; il a quelques démangeaisons, une soif impérieuse, des nausées fugaces, un appétit capricieux, mais ses facilités cérébrales sont excitées, l'imagination est vive, la mémoire prompte. « Travailler est une volupté» (Thomas de Quincey); l'intelligence semble régner dans un monde d'idées sereines et tranquilles (Ch. Richet).
Peu à peu s'installe le besoin de plus en plus absolu de la morphine, en même temps que l'euphorie consécutive à l'injection va s'atténuant. Les doses injectées peuvent être énormes ; elles atteignent couramment I à 2 grammes par jour, mais des doses de 5 et 4 grammes ne sont pas absolument exceptionnelles. Le morphinomane se reconnaît facilement à cette période, c'est un vieillard anticipé auquel la piqûre redonne pour un instant de plus en plus passager sa vivacité et son intelligence anciennes. L'aspect est cachectique ; la peau blanche, sèche, froide, souvent marbrée d'éruptions ortiées, est le siège de fourmillements tenaces, qui peuvent être l'origine d'hallucinations zoopsiques. Elle est criblée de ponctuations fines, tatouage que laissent après elles les multiples atteintes de la seringue de Pravaz. Bien souvent l'état du tégument est plus lamentable : ce ne sont que nodules cicatriciels, abcès gros comme une noisette, cicatrisant rapide-
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ment après incision el issue d'un pus jaune et fétide. Le malade arriv à ne plus savoir où enfoncer son aiguille.
Les cheveux sont prématurément blanchis et rares, les ongles cassants. Le faciès est terne, les yeux excavés; souvent les mains tremblent et les jambes coordonnent mal leurs mouvements, l'insomnie est de règle. Le psychisme est profondément modifié, la volonté s'efface et du plus honnête homme l'intoxication fera un amoral, un aboulique, un menteur éhonté.
Cette duplicité se crée et s'entretient par les difficultés et les ruses avec lesquelles le malade doit compter pour se procurer la morphine. La mémoire est paresseuse; en un mot, l'asthénie atteint tous les systèmes. Des vertiges, des angoisses répétées, une émotivité parfois excessive accusent le tableau mental, et des accès de délire aigu peuvent dans quelques cas simuler absolument le delirium tremens d'un alcoolique. Par ailleurs, l'affectivité est diminuée : égoïste et violent, ou indifférent et apathique, le morphinomane s'isole de plus en plus de la vie de famille.
La sensibilité est émoussée ou exaltée, maintes fois abolie; les réflexes sont très faibles, nuls souvent; les pupilles elles-mêmes réagissent lentement, la vue est abaissée. Toutes les sécrétions, sauf les sueurs, sont diminuées; de là proviennent la sécheresse de la bouche, l'atonie gastrique et l'anorexie, la constipation opiniâtre. Les règles peuvent être supprimées, et le priapisme du début est remplacé par de l'impuissance. Les sphincters sont paresseux.
Les urines sont rares, renferment du sucre ou de l'albumine; le cœur est faible et irrégulier, surchargé de graisse, fréquemment dégénéré; le pouls est filiforme. La respiration est pénible, la dyspnée fréquente, ainsi que les douleurs angïneuses.
Si une médication définitive n'intervient pas, le morphinomane est voué à la mort par cachexie ou par complications : diabète, brightisme, tuberculose. Au bout de deux à trois ans, l'organisme est déjà bien atteint, et une fin subite interrompt souvent cette évolution. L'accoutumance aux doses de morphine est rapide et la tolérance énorme; mais il est rare que le malade se fixe longtemps à une ration constante; il tend à augmenter sans cesse, éprouvant quand il ne peut satisfaire son appétit, l'anxiété de tout obsédé et l'angoisse qui trahit un besoin organique, angoisse accompagnée de faiblesse du pouls, de dyspnée, de bâillements, de sueurs froides.
Enfin, quand pour des raisons diverses, le morphinique est privé de poison, Y abstinence provoque un état d'agitation terrible, avec hallucinations affectant la forme d'accès maniaque ou de crise convulsive. A ce moment, le malade peut se suicider, ou se rendre coupable de vols ou de faux pour se procurer l'alcaloïde Au point de vue somatique, on note de l'excitation génitale impulsive, de la faiblesse cardiaque, des vomissements incoercibles, de la diarrhée.
Traitement de la morphinomanie. — Examen du malade et précautions générales. — Interné d'office pour troubles mentaux secondaires à l'intoxication chronique, ou placé volontairement à l'asile ou dans une clinique privée, le morphinomane sera soigneusement isolé. On le maintiendra au lit, et l'on ne laissera à sa portée que des objets incapables de
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dissimuler une cachette, incapables également de se transformer en armes offensives. L'isolement sera rigoureux, au début du moins; le malade ne recevra aucune visite et ne pourra se lier avec les autres malades, ses voisins; par surcroît de précautions, on ne lui laisse aucun argent.
Le côté moral du traitement est de prime importance. Le médecin doit avoir la confiance de son malade. Celui-ci n'a-t-il pas consenti librement à son isolement? On le rassurera sur les inconvénients de la démorphinisation, On lui démontrera que les guérisons demeurent définitives et que l'intégrité intellecluelle peut être pleinement récupérée.
L'examen du cœur, du rein, de l'estomac et de l'intestin, des fonctions nerveuses renseigneront, avant le début du traitement, le médecin sur la méthode à suivre et les dangers à redouter.
On aura soin de ne jamais commencer une cure de démorphinisation au cours d'une maladie fébrile aiguë.
Les différentes cures de démorphinisation. — Médications adjuvantes et méthodes substitutives. — Le repos au lil prolongé, l'hydrothérapie sont des adjuvants indispensables de la cure proprement dile. Les médicaments toniques, cardiaques ou sédatifs rencontreront également de fréquentes indications. On a beaucoup prôné en certains pays les heureux effets de l'emploi quotidien et simultané de la strychnine et de l'atropine. En revanche, les médications substitutives seront formellement repoussées. L'emploi de la cocaïne, de l'héroïne, de l'hyoscine ne fait que remplacer une intoxication par une autre, et le malade ne gagne pas forcément au change (V. plus loin Héroïnomanie).
Méthodes de sevrage. — Avant d'exposer ces différentes méthodes de sevrage, il est indispensable de rappeler qu'il n'existe aucun moyen de supprimer radicalement les désordres morbides provoqués par la suppression du poison. Il existe donc un temps dit période d'abstinence, pendant lequel éclatent, pour disparaître ensuite progressivement, les désordres que nous avons décrits plus haut. C'est à diminuer les dangers et les souffrances de cette période que tendent les différents procédés imaginés. On saura d'ailleurs que la convalescence est toujours longue, coupée de crises d'asthénie cardiaque, de gastro-entérite. Mais le malade engraisse, et le retour du sommeil et des forces annonce la perfection de la guérison. On doit cependant prolonger à l'excès la surveillance du malade. Les rechutes sont faciles, surtout au sortir de la maison de santé. Or, le pronostic est beaucoup plus sombre lors d'une rechute, et les chances de guérison diminuent notablement. Il est donc nécessaire d'écarter du convalescent les souvenirs qui lui rappelleraient son ancienne passion : le changement d'appartement est un acte judicieux à ce point de vue. Enfin, une hygiène rigoureuse, l'abstention de toute préoccupation morale et de tout surmenage intellectuel seront particulièrement indiquées.
Sevrage lent, progressif. — On supprime quotidiennement une faible quantité de morphine, un centigramme en général. Ce procédé diminue les souffrances physiques, mais ne les supprime pas complètement. Il exposerait plus que d'autres aux récidives. C'est en revanche le plus facile à suivre, en clientèle de ville notamment.
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Sevrage dissimulé, demi-lent de Joffroy. — On commence par gagner la confiance du malade en le laissant s'habituer à son nouvel état; on lui laisse donc pendant un nombre de jours ou de semaines variable avec son état de santé, la quantité de morphine qu'il a réclamée, fixée à son entrée, en la répartissant en un nombre de piqûres également fixé par lui. Puis, sans le prévenir et sans modifier l'horaire ou le nombre des piqûres, on supprime brusquement le tiers ou le quart de la close toxique initiale, et l'on diminue ensuite progressivement les doses quotidiennes.
Sevrage dissimulé de Sollier. — On part d'une solution d'un litre donné. Chaque fois que l'on puise dans le flacon, on remplace la quantité de solution loxique prélevée par une égale quantité d'eau stérilisée (ou mieux de sérum). Les doses de morphine injectée décroissent ainsi lentement. Il reste toujours cependant de la morphine dans le flacon; il convient donc de l'aire à la fin des injections de sérum pur.
Méthode rapide dEvlenmeyer. — Après quelques jours de repos et d'observation pendant lesquels le malade requiert ses doses coulumières, on lui supprime brusquement la moitié du toxique. Puis chaque jour amène la suppression de la moitié de la dose de la veille.
Méthode mixte de Magnan. — On commence le traitement par la suppression brusque du tiers ou de la moitié de la dose, puis on diminue d'un centigramme la dose quotidienne, en faisant porter la diminution de préférence sur l'injection du matin. Quand le malade ne reçoit plus que deux centigrammes de morphine par jour, il lui est attribué deux centigrammes d'extrait thébaïque. On augmente l'extrait de deux centigrammes par jour. Le jour où le malade reçoit vingt centigrammes d'extrait se trouve être également le jour où la morphine est supprimée. On diminue ensuite l'extrait thébaïque de deux centigrammes par jour jusqu'à suppression complète.
Méthode brusque de Lewenstein. — Dès l'entrée du malade dans la maison de santé, la morphine est radicalement supprimée. Un médecin doit être de garde auprès du malade, et sans se laisser effrayer par les souffrances du malade, être prêt à parer par une injection de morphine à toute menace sérieuse de collapsus cardiaque.
Les méthodes demi-lentes ou mixtes sont en général satisfaisantes. La méthode brusque, supérieure en théorie à toutes les autres, n'est guère applicable qu'à des morphinomanes moyennement intoxiqués, résolus, vigoureux, entourés d'un personnel particulièrement stylé.
Héroïnomanie. — On a créé l'héroïnomanie en voulant délivrer certains malades de la morphine. On a fait simplement une substitution; elle n'est malheureusement pas indifférente. L'héroïne est en effet beaucoup plus toxique et moins bien supportée que la morphine. Elle provoque une cyanose et une dépression plus intenses, une cachexie plus rapide. La torpeur mentale est précoce, et il n'y a jamais de phase préalable brillante. Enfin, la morphine agissait sur le cœur et l'on enrayait assez facilement le collapsus cardiaque; l'héroïne produit des troubles respiratoires dont le traitement est beaucoup plus aléatoire, ce qui amène au cours du sevrage des dangers beaucoup plus redoutables.
IVIort (Signes). 490
On a signalé également des dioninomanes. Dans tous ces cas, le traitement de la morphinomanie devra être appliqué.
Prévention de la morphinomanie. — On ne doit employer la morphine qu'après insuccès répétés de tous les autres analgésiques. La solution et la seringue ne seront sous aucun prétexte confiés au malade ou à son entourage. Enfin, toute ordonnance de délivrance de morphine devra porter, au-dessus de la signature du médecin, la mention « à ne pas renouveler ». Ces réserves ne s'appliquent naturellement en aucune façon aux maladies désespérées, aux affections chroniques incapables de régression.
Employée à bon escient, la morphine rend encore les plus grands services. Elle peut, elle doit être utilisée. Il faut au besoin savoir la faire accepter aux malades. Par suite en effet de campagnes de presse maladroitement menées, d'articles de vulgarisation mal interprétés par le grand public, beaucoup de personnes refusent énergiquement de se laisser faire une piqûre, une seule. Elles s'imaginent en effet que cette piqûre unique les expose à la morphinomanie, et que d'ailleurs on réserve ces injections aux seuls cas désespérés. Le praticien peut avoir à l'heure actuelle à lutter contre ces crédulités. FRANÇOIS MOUTIER.
MORPION. — V. Phtiriase.
MORSURES. — V. Plaies.
MORT (SIGNES). — On divise les signes de la mort, suivant le moment de leur apparition, en signes immédiats et en signes non immédiats ou tardifs.
Les signes immédiats sont l'abolition de l'intelligence et de la sensibilité, l'arrêt de la respiration, l'arrêt de la circulation (en liant un doigt à la base de la dernière phalange, on voit celle-ci rester blanche si la circulation ne se fait plus; l'ouverture d'une artère superficielle permet aussi de reconnaître si la circulation a cessé), et les modifications de l'œil (insensibilité de la cornée, dilatation puis rétrécissement de la pupille, toile glaireuse, affaissement et mollesse du globe oculaire).
La réunion de ces divers signes permet d'affirmer la mort ; les signes tardifs lèveront les doutes qui pourraient encore subsister.
Parmi les signes tardifs, les plus importants sont les suivants : le refroidissement cadavérique — la cessation de la contractilité musculaire (en. général les muscles des membres perdent ieur contractilité 7 à 8 heures après la mort), — la rigidité cadavérique (elle commence à la mâchoire inférieure où elle apparaît de 2 à 6 heures après la mort; elle est généralisée en 18 à 24 heures et cesse après 56 ou 48 heures, mais ces indications n'ont rien d'absolu) ; — les lividités cadavériques, taches d'un rouge plus ou moins violacé qui résultent de l'accumulation du sang dans les parties déclives; — le parch eminement de la peau, aux endroits où elle a été dépouillée de son épiderme avant ou après la mort; — le relâchement des sphincters — la tache verte de V abdomen, premier signe de putréfaction (chez les noyés et les nouveau-nés, les premiers signes de putréfaction apparaissent à la tête).
A l'aide de ces signes on peut dans les conditions ordinaires et si la température n'est pas élevée, fixer de la façon suivante Yépoque de la mort
491 Mort subite (médecine légale).
(Vibert) : le corps est encore chaud et souple : la mort ne remonte pas à plus de 24 heures. — - Le corps a la même température que le milieu ambiant, la rigidité cadavérique n'existe nulle part : la mort ne remonte pas à plus de 56 heures. - - La rigidité cadavérique est bien développée, quelques hypostases existent : la mort date de 12 heures à 3 ou 4 jours. — La rigidité a disparu complètement ou en partie, le cadavre présente des hypostases très prononcées; la mort date de 4 à 5 jours. — Il existe une teinte verte de l'abdomen, les veines superficielles se dessinent en traînées livides, des gaz commencent'à se développer sous la peau : la mort date de 5 à 6 jours. — Au delà de cette période, la date de la mort ne peut être évaluée qu'avec une très large approximation et à la condition que l'on connaisse aussi bien que possible les influences auxquelles a été exposé le cadavre. a. BAUER.
MORT APPARENTE DU NOUVEAU-NÉ. — V. Nouveau-né (Mort).
MORT SUBITE (MÉDECINE LÉGALE). — Un individu tombe brusquement sur la voie publique, on s'approche, la respiration est stertoreuse, bientôt il ne donne plus signe de vie. C'est là ce que l'on entend par mort subite.
Le médecin est requis pour examiner le malade e,t rédiger le certificat de décès, en vertu des art. 81 du C. C. et 44 du C. I. C.
Si l'événement s'est passé devant témoins, les renseignements qui lui sont fournis lui permettent de dire qu'il s'agit d'une mort subite, et l'examen du cadavre que la mort est certaine. Inutile de porter sur ce certificat un diagnostic de la cause du décès. Rien ne permet de supposer et il est toujours dangereux d'affirmer que la mort est due à une embolie, à une hémorragie ou à une rupture d'anévrisme. L'étiquette de mort subite suffit à l'officier de l'état civil qui est chargé de la vérification des décès.
La tâche du médecin n'est pas toujours aussi facile. Si la mort subite a frappé un individu dans un endroit écarté, en l'absence de tous témoins; si le cadavre porte des ecchymoses ou traces de violences, un doute existe, l'autopsie seule peut permettre de fixer exactement les causes du décès.
Nous allons montrer que les morts subites sont assez fréquentes et que leurs causes occasionnelles sont très variables.
La statistique en France indique par an un total d'environ 2000 morts subites sur lesquelles on compte en moyenne trois quarts d'hommes et un quart de femmes. Ne sont pas comprises dans ces morts subites les morts brusques après absorption d'un toxique (cyanure de potassium), les morts rapides par action mécanique (chute accidentelle, coups). La mort subite est particulièrement fréquente aux âges extrêmes de la vie : chez les enfants et les vieillards.
En 1854, à Londres, sur un total de 627 cas de mort subite, on a trouvé 272 cas chez des enfants âgés de moins de 5 ans, et parmi ceux-ci 120 n'avaient pas un an.
Les saisons ont une influence sur l'éclosion de ces morts subites, elles sont plus fréquentes pendant les mois les plus froids.
Pathogénie. — Quelles sont donc les causes de ces morts subites?
Mort subite (Médecine légale). 492
Retracer, même très rapidement, toutes les lésions qui ont été trouvées dans les cas de mort subite, serait vouloir faire une revue de pathologie inutile. Il vaut mieux, croyons-nous, examiner la question dans son ensemble et chercher, au milieu de cette multitude de lésions, la cause habituelle qui détermine un pareil accident, et au point de vue médico-légal étudier aux trois grandes périodes de la vie (enfants, adultes, vieillards) les conditions dans lesquelles on observe la mort subite.
Si l'on jette un coup d'œil d'ensemble sur les observations qui ont été publiées, on est frappé par trois grands fails.
Les organismes qui meurent subitement sont très souvent des organismes tarés par une infection aiguë latente, ou par une affection chronique du cœur, des vaisseaux et des glandes annexes, une poly-sclérose qui détermine des accidents aulo-loxiques et la mort.
Dans l'un et l'autre cas, la mort subite est le résultat d'une intoxication dont le dernier slade esl caractérisé par un affaiblissement brusque de l'organe le moins résistant, ou le plus fortement atteint. Les uns meurent parles reins, les autres par les poumons, par le cœur, par le cerveau. C'est ainsi que les différents observateurs ont voulu fixer comme causes de la mort subite l'influence prédominante de tel ou tel organe. Comme le dit le professeur Lacassagne : tout l'organisme est malade, la plupart des organes ont été atteints successivement. Une autopsie 1res minutieuse et très complète est nécessaire pour permettre de saisir toutes les altérations et de les subordonner les unes aux autres.
Enfin, pour que ces infections et ces intoxications occasionnent la mort subite, il semble bien, d'après les observations récentes, qu'il faille que les sujets présentent une prédisposition héréditaire syncopale dont nous ignorons encore la cause organique et qui serait la déterminante de la mort subite.
La mort subite du nouveau-né et de l'enfant. — Les cas les plus fréquents de mort subite chez les enfants relèvent, pour de nombreux auteurs, de l'hypertrophie du thymus ; or, il est incontestable que l'hypertrophie du thymus comprimant partiellement la trachée et les nerfs environnants, détermine ce qu'on appelle l'asthme thymique. Mais le mécanisme de la mort subite n'est pas aussi facile à expliquer. On ne trouve pas, en effet, à l'autopsie, les signes de la suffocation par compression de la trachée. On a invoqué alors un trouble fonctionnel du thymus qui déterminerait une intoxication par hyperthymisation du sang.
L'hypertrophie du thymus, pour Paltauf et les auteurs allemands, loin d'être la cause directe de la mort subite, n'aurait d'importance que comme partie intégrante de tout un ensemble d'altérations qu'il désigne sous le nom d'état lymphatique. Il se traduirait par une hyperplasie généralisée à tout l'appareil lymphatique (splénomégalie avec adénopathies ganglionnaires diverses, tuméfaction des amygdales et du tissu adénoïde du rhinopharynx, hypertrophie des follicules clos de l'intestin et des plaques de Peyer).
Mais dans beaucoup d'autopsies de mort subite des nourrissons, on a noté l'hypertrophie du thymus sans hyperplasie du tissu lymphoïde. Un fait cer-
495 Mort subite (Médecine légale).
tain el bien observé actuellement, c'est que dans certaines familles de nombreux enfants meurent subitement et au même âge. On a noté dans les antécédents héréditaires l'alcoolisme, la syphilis, la tuberculose, la consanguinité. On suppose que, comme chez certains dégénérés, chez lesquels la mort subite est fréquente (Cullerre), il existe des anomalies héréditaires de l'innervation cardio-vasculaire et peut-être des troubles fonctionnels des glandes à sécrétion interne (thymus, surrénal).
En résumé, nous en sommes encore réduits à des hypothèses sur le mécanisme de ces morts brusques des nourrissons. Un seul fait reste, c'est leur caractère souvent familial. Nous le retrouverons à propos de la mort subite chez l'adulte.
Au nombre des causes occasionnelles, il faut citer les convulsions, et aussi chez les nourrissons de 1 à 6 mois la bronchite capillaire ou catarrhe suffocant de Laënnec. Un enfant qui se portait bien le soir est trouvé mort le matin dans son berceau : on accuse la mère, la nourrice, de l'avoir étouffé en le couchant à leur côté. L'autopsie montre l'existence d'une bronchite diffuse avec exsudation muco-purulente dans les bronches.
La mort subite se produit aussi chez l'enfant à l'occasion d'une infection : la fièvre typhoïde (3 cas de Vibert), la scarlatine, la diphtérie, la grippe. Hulinel et Rivet ont attiré l'attention sur la mort subite ou rapide chez les nourrissons atteints d'eczéma suintant de la face avec ou sans impétigo du cuir chevelu (V. Nouvfau-né).
La mort subite chez l'adulte. — Chez l'adulte comme chez l'enfant, la mort subite est souvent consécutive à une infection aiguë latente ou à une auto-intoxication par diathèse ou altérations organiques acquises.
Dans le premier groupe il faut citer en première ligne la fièvre typhoïde (Dieulafoy), puis la syphilis (Fourni er), puis la tuberculose, la pleurésie, le rhumatisme articulaire aigu, la scarlatine (Gouget), l'érysipèle de la face, la grippe, etc.
Dans le second groupe nous trouvons : la néphrite chronique, la goutte, le diabète, l'alcoolisme, l'hémophilie, avec les accidents brutaux que ces dialhèses déterminent : urémie, œdème aigu du poumon, cardiopathie artérielle, rupture vasculaire et hémorragie.
Enfin il existe des morts subites pour lesquelles l'autopsie la plus complète ne dénote aucune altération organique manifeste.
Pourquoi les infections et les auto-intoxications dont nous venons de parler s'accompagnent-elles chez certains individus de cette terminaison brusque alors que la plupart du temps elles suivent une marche toute différente? Nous entrons ici dans le domaine des hypothèses. Pour Sergent et Bernard, les lésions des surrénales seraient fréquentes et la mort subite ferait partie du syndrome surrénal qu'ils ont décrit.
Une autre donnée bien intéressante a été fournie par l'étude de l'hérédité des gens frappés de mort subite. Cullerre a insisté sur la fréquence de la mort subite dans les familles de dégénérés. Gilbert et Baudouin ont montré, par des observations longuement suivies, que certains membres d'une même lignée sont sujets à des tendances syncopales qui tout à coup déterminent la mort subite. Les descendants de ceux-ci présentent les mêmes
Mort subite (Médecine légale). 49 i
phénomènes sans que nous sachions au juste à quelle altération organique rattacher pareil accident. Gilbert et Baudouin en font une véritable diathèse de rnort subite.
Cette prédisposition héréditaire, peut-être plus fréquente qu'on ne l'a signalé jusqu'ici, permet d'expliquer les cas de mort subite où l'autopsie est négative, et aussi comment, sous l'influence occasionnelle d'une infection ou d'une auto-intoxication, la vie cesse brusquement chez certains individus.
Mort subite chez les vieillards. — Le vieillard meurt très souvent subitement. Sous l'influence de causes occasionnelles minimes, ces organismes usés s'affaissent brusquement. Ils sont très susceptibles au froid, et les intoxications les plus légères les sidèrent radicalement. En hiver, comme nous avons essayé de le démontrer avec MM. Lacassagne et Nicloux, de nombreux vieillards succombent à des intoxications oxy-carbonées méconnues. Ils restent au coin du feu, couchent dans des pièces chauffées par des poêles défectueux. Ils meurent brusquement. Comme des émanations très minimes d'oxyde de carbone suffisent à les tuer rapidement et qu'il n'existe sur le cadavre aucune lésion caractéristique de cette intoxication, elle est très souvent méconnue.
La cause la plus fréquente de la mort subite des vieillards, c'est la pneumonie. L'affection, comme l'ont montré Dechambre et Charcot, évolue dune façon tout à fait latente et sans fièvre ou avec de l'hypothermie. Le vieillard mène sa vie habituelle, puis tout à coup s'affaisse, il est mort. A l'autopsie, on trouve une pneumonie en pleine évolution.
Le catarrhe suffocant ou l'œdème aigu du poumon qui les frappent rapidement ont surtout pour cause la dégénérescence sénile des reins et du myocarde.
Certains individus de la même famille succombent à un âge avancé à l'hémorragie cérébrale. Dieulafoy a insisté sur cette hérédité de l'hémorragie cérébrale.
A côté des infections et des intoxications, il existe de nombreuses causes occasionnelles de la mort subite : les excès de table, de coït chez les vieillards, la fatigue, le surmenage, le froid et les modifications brusques de la pression barométrique. Pour M. Lacassagne, les adhérences pleurales étendues et la réplétion de l'estomac joueraient un rôle considérable.
Interprétation des résultats de l'autopsie. — La docimasie hépatique dans les cas de mort subite. — D'après ce que nous venons de dire, on voit donc que l'autopsie, dans certains cas de mort subite, peut être complètement négative. La syncope mortelle, saisissant un organisme en pleine santé, ne laisse aucune trace sur le cadavre. Mais l'épreuve de la docimasie hépatique (v. c. m.) positive est une indication dont le médecin expert doit tenir le plus grand compte. Le foie est gorgé de glycogène et de glucose, il n'y a pas eu intoxication lente de l'organisme, ni souffrance prolongée.
Lorsqu'on découvrira, au contraire, une infection latente ou une intoxication progressive par altération des reins, du foie, etc., on aura, parla recherche des matières sucrées dans le foie, l'indication que la mort subite
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a été la terminaison soudaine et imprévue d'une maladie aiguë ou chronique en évolution. On ne trouvera pas une glande hépatique totalement dépourvue de matières sucrées, il y aura du glucose, très souvent absence de glycogène ou des traces difficiles à mettre en évidence. Contrairement à ce qui se voit à la suite des longues agonies, la glande avait encore des réserves sucrées, peu abondantes il est vrai, au moment où la syncope mortelle est survenue.
En résumé, il est impossible par la levée de corps de fixer exactement les causes de la mort subite. La levée de corps permet cependant d'éliminer l'hypothèse de mort A-iolente, en montrant l'absence d'ecchymoses ou de blessures extérieures. L'autopsie seule peut fixer les causes du décès, et encore il ne faut pas oublier qu'il existe des cas où ses données sont absolument négatives dans l'état actuel de nos connaissances.