‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 2)Chapitre 45 sur 80 · ETIENNE MARTIN · texte numérisé non relu

ETIENNE MARTIN

MORT SUBITE DE LA FEMME ENCEINTE. — V. Grossesse.

MORTON (MALADIE DE). — V. iMétatarsalgie.

MORVAN (MALADIE DE). — V. Panaris, Syringomyélie.

MORVE. — La morve est une maladie contagieuse, commune à l'homme et aux animaux, et due à la présence au sein des tissus d'un bacille spécifique en forme de bâtonnet à extrémités arrondies; sa culture sur pomme de terre donne, au bout de trois jours, une coloration chocolat caractéristique.

Étiologie. — Les chevaux et les ânes en sont souvent atteints. L'animal morveux présente deux ordres de symptômes, la morve, qui se traduit par des sécrétions nasales, fétides et abondantes, le jetage, et le farcin, caractérisé par des boutons, tubercules, abcès et ulcères de la peau et des muscles, parfois généralisés; le système lymphatique est le siège primitif du mal, les ganglions sont engorgés, c'est le glaudage; il y a souvent gonflement testiculaire précoce. Tout animal suspect doit être soumis à l'épreuve de la malléine, qui est au bacille morveux ce que la tuberculine est au bacille de Koch.

Les sécrétions nasales et le pus des ulcères farcineux sont les causes de contagion habituelles; la viande est dangereuse, à cause des débris de moelle osseuse et de lymphatiques qui peuvent s'y trouver mêlés, et sont riches en bacilles, et on a signalé la transmission de la maladie à la suite de sa consommation. Mais le plus souvent c'est par inoculation cutanée que l'homme s'infecte; les palefreniers, les gardeurs de bestiaux, les bouchers y sont surtout exposés ; les morsures de chevaux morveux sont particulièrement dangereuses. On a observé des cas de morve sans solution de continuité des téguments, le bacille, très virulent, pénétrant par les follicules pileux, s'y développe, et détermine l'angioleucite initiale. Enfin les peaux, les cuirs, les crins des animaux malades peuvent pendant longtemps rester des objets de contagion.

Symptômes. — .Morve et farcin peuvent se succéder et coexister, l'un et l'autre, à l'état aigu ou chronique; mais la morve est le plus souvent

IVIorve. 496

aiguë et le farcin chronique. Aussi n'aurons-nous que ces deux formes en vue dans notre description.

Morve aiguë. — Elle débute comme toute infection par de graves phénomènes généraux; puis se montre, au bout de quelques jours, une rougeur érysipélateuse de la face, sans bourrelet, sans limites précises : elle est tachetée de plaques violacées qui peuvent se gangrener; chez quelques malades, elles se généralisent, en donnant une éruption dont l'aspect rappelle la variole. Puis le malade ressent une gêne dans la région nasopharyngienne, tandis qu'apparaît le signe pathognomonique, le jetage. Il consiste en une abondante sécrétion nasale, muco-purulente, sanieuse, sanguinolente; les fosses nasales ulcérées sont encombrées de muco-pus; la déglutition devient douloureuse. En même temps, les lèvres et les gencives s'ulcèrent, deviennent fuligineuses, l'haleine est d'une odeur repoussante, les glandes salivaires sont tuméfiées, les voies respiratoires se prennent, on perçoit les signes d'une pneumonie, le malade expectore des crachats sanguinolents et fétides.

L'état général devient précaire, diarrhée profuse, fièvre intense, céphalalgie, délire. Quatre à cinq jours après le début de la maladie, la mort survient dans le coma. La guérison est exceptionnelle.

Farcin chronique. — Il débute par des accidents généraux mal caractérisés et des douleurs rhumatoïdes; de la plaie d'inoculation part une traînée lymphangi tique, les ganglions sont tuméfiés; bientôt se montrent à distance des ulcérations rebelles, dues à l'ouverture d'abcès profonds, musculaires, péri-articulaires, quelquefois généralisés. Les ulcères sont rebelles, suintants, phagédéniques. La marche est lente, dure plusieurs mois. De temps en temps, de nouvelles tumeurs sous-cutanées se développent, s'abcèdent et s'ulcèrent, et les malades finissent par succomber dans le marasme et par fièvre hectique. Cependant la guérison est plus fréquente que pour les formes aiguës, la maladie pouvant, en effet, se localiser à la région blessée.

Au cours du farcin chronique peut se déclarer la morve chronique, avec son jetage et ses ulcérations naso-pharyngiennes caractéristiques, ou bien le farcin peut passer à Y état aigu ; la fièvre est intense, rappelle la fièvre typhoïde, les abcès multiples évoluent rapidement, indolents, contenant un pus sanguinolent; des plaques gangreneuses se montrent de place en place, et le malade meurt au milieu de symptômes ataxo-adynamiques.

Le diagnostic de cette affection est relativement facile; on pourrait, au début, penser à une fièvre typhoïde, à un rhumatisme articulaire, à un érysipèle de la face, à une syphilide ulcéreuse des fosses nasales, suivant la forme que prend la maladie. Il faudrait alors recourir à l'inoculation au cobaye des produits morveux; cette inoculation est suivie très rapidement d'une orchite avec vaginalite aiguë, à laquelle l'animal succombe au bout de peu de jours. Les conditions étiologiques doivent toujours être recherchées.

Traitement. — Le traitement prophylactique est de grande importance; tous les foyers de contagion doivent être supprimés, les animaux abattus, les cadavres incinérés ou enfouis à une grande profondeur. Toute plaie suspecte chez les individus en contact avec des animaux morveux

197 Motilité (Examen).

doit être immédiatement cautérisée au fer rouge. Quand la maladie est déclarée, il faut cautériser, faire des attouchements à la teinture d'iode, gratter et panser les plaies antiseptiquement. On a essayé l'iode à l'intérieur, les frictions mercurielles sans grand profit; quant au traitement spécifique de cette affection, il attend encore des recherches sérothérapiques qui, chez les animaux, n'ont donné que des résultats inconstants.

A MÉDÉE BA UMGAR TNER.

MOTILITÉ (EXAMEN). — L'examen de la motilité comprend à la fois l'étude de l'état des muscles et leur examen fonctionnel.

État des muscles. — L'inspection du sujet révélera des anomalies dans la morphologie des muscles et montrera souvent au premier coup d'oeil Yatrophie ou Y hypertrophie musculaires. Quelquefois l'atrophie ou l'hypertrophie musculaires sont légères, et il est nécessaire alors de recourir à la mensuration circonférentielle des membres, de palper les muscles par comparaison avec les muscles sains, de rechercher l'état de la contractilité faradique et galvanique des nerfs et des muscles.

L'atrophie musculaire (v. c. m.) peut être alors l'indice d'une maladie du muscle (myopathie), de la moelle (poliomyélite, sclérose latérale amyotrophique, atrophies myélopathiques, syringomyélie), des nerfs (névrites alcooliques) ou du cerveau (atrophie des hémiplégiques).

L'hypertrophie musculaire (v. c. m.) peut se rencontrer aussi dans les myopathies, dans les myosites primitives ou consécutives aux lésions vasculaires, etc.

L'inspection révèle aussi les tremblements (v. c. m.), et l'examen attentif permet de découvrir les tremblements fibrillaires, secousses brusques du muscle qui provoquent des ondulations sous la peau et qui révèlent souvent un processus pathologique du muscle en évolution et se voient en particulier dans les amyolrophies d'origine spinale. Enfin les attitudes des membres mettent sur la voie d'altérations et de troubles fonctionnels musculaires.

La palpation du muscle permet non seulement d'en vérifier le volume dans les atrophies ou hypertrophies, mais encore d'en apprécier la consis-

I tance (contracture, tumeurs, myosite ossifiante). La percussion ou le pincement brusque du muscle provoque quelquefois une contraction idiomusculaire ou myoœdème qui peut s'observer dans les infections (en particulier^dans la fièvre typhoïde), ou dans les intoxications. Les troubles fonctionnels des muscles peuvent se révéler à l'occasion de la mise en activité du muscle (paralysies) ou bien pendant l'activité con-

Jtinue du muscle. Dans ce dernier cas, ce sont des troubles portant sur le tonus : contracture, hypertonie, tremblements, etc. 1° Troubles dans l'activité volontaire des muscles. — Nous rechercherons les paralysies aux membres inférieurs, à la face, au thorax et à l'abdomen, puis aux membres supérieurs.

A) Etude de la démarche. — C'est dans la démarche que se révèlent les troubles paralytiques des membres inférieurs. C'est le plus souvent par cet examen de la démarche que se reconnaît la paralysie chez un malade qui se présente pour une première fois au médecin.

Motilité (Examen). 498

La démarche de V hémiplégique est caractérisée, dit Tod, par une allure particulière qui a pour but de porter la jambe paralysée en avant. L'hémiplégique porte son tronc sur le côté opposé à la paralysie et repose le poids du corps sur la jambe saine, puis il jette en avant la jambe paralysée el lui l'ait décrire un mouvement de circumduction en arc en cercle. C'est la démarche en fauchant ou la démarche hélicopode (pied qui tourne en hélice). La démarche de Yhystérique hémiplégique est cependant différente : ce n'est plus la démarche en fauchant, c'est la démarche en draguant, le pied traîne après le membre paralysé, on l'appelle encore la démarche helcopode (pied qui traîne). Cependant d'après les études photographiques et cinématographiques de Néri, on ne peut admettre qu'il y a une démarche hystérique. La démarche des hystériques est essentiellement paradoxale.

Quelquefois, une paralysie peu évidente d'un membre inférieur peut être révélée par la marche de liane (Schuller, C.-M. Campbell et Crouzon).

La démarche des lacunaires c'est-à-dire des malades dans le cerveau duquel se trouvent des foyers lacunaires (Pierre Marie) est une démarche à petits pas. Albert Charpentier, a cependant signalé une démarche à petits pas qu'il considère comme une phobie hystérique de la marche.

La démarche du tabélique est caractérisée par le lancement des jambes et le Jalonnement. La description détaillée en est donnée ailleurs (V. Tabès). Pour révéler ces troubles, il faut quelquefois recourir à certaines manœuvres (marche au commandement, signe de l'escalier), que l'on désigne sous le nom à' exercice à la Fournier.

La démarche des scléroses combinées tabétiques est différente de celle du tabès, dans un certain nombre de cas (Pierre Marie et Crouzon). Il s'agit non plus d'une démarche ataxique, mais d'une sorte de démarche paraplégique avec trainement des jambes.

La démarche des paralytiques généraux est raide, gauche, trébuchante, incertaine, mal équilibrée, faite de mouvements brusques, de décharges saccadées (E. Dupré). Paul Blocq la compare à l'allure conventionnelle des acteurs dans une obscurité supposée.

La démarche spasmodique est caractérisée par la peine infinie qu'a le malade à détacher le pied du sol ; l'extrémité des orteils frotte faiblement quand le malade porte son pied en avant. Quand cette démarche spasmodique n'existe qu'à un faible degré, elle donne au malade l'allure sautillante. Elle est commune à toutes les paraplégies spasmodiques : sclérose en plaques, compression de la moelle, syringomyélie (v. c. m.). Dans la paraplégie syphilitique, on l'observe également, mais elle est produite là par la paralysie des fléchisseurs de la cuisse et de la jambe (Pierre Marie).

Dans la maladie de Little, il y a, à l'état statique, une rigidité musculaire avec rotation en dedans des membres, adduction permanente des cuisses el un certain degré d'équinisme des pieds. Pendant la marche, la pointe du pied traîne sur le sol en décrivant un arc de cercle en même temps que le tronc s'incline du côté opposé. Les deux cuisses frottent l'une contre l'autre. La partie supérieure du tronc s'incline en avant et les pas se précipitent.

La démarche cérébelleuse est caractérisée par la titubation : le malade avance à petits pas, lourdement, en s'écartant d'une ligne droite tracée

490 Motilité (Examen).

devant lui, festonnant à droite et à gauche. Il éprouve également de la peine à se tenir debout et écarte les jambes : il se retourne avec peine et perd l'équilibre : c'est là une démarche commune aux affections cérébelleuses, et à certaines maladies de X oreille qui provoquent des troubles de l'équilibre. La démarche cérébelleuse peut être associée à la démarche spasmodique : c'est la démarche cérébello-spasmodique qui se rencontre dans la sclérose en plaques.

Dans Yasynergie cérébelleuse (v. c. m.), la démarche est différente : le malade s'avance en talonnant pendant que le haut du corps reste renversé en arrière.

La démarche dans la maladie de Parkinson est caractérisée le plus souvent par la propulsion : le malade court après son centre de gravité (Trousseau). Si le malade veut avancer, il se porte sur la partie antérieure du pied et sur les orteils, et, en danger de tomber à chaque pas sur la face, il se voit contraint d'adopter le pas de course (Parkinson). Il choisit un but peu éloigné et court s'y accrocher, et repart après avoir choisi un autre but. Cette propulsion n'est pas toujours aussi accentuée et peut exister à un moindre degré. Elle peut faire défaut et être remplacée par la rétropulsion ou la latéropulsion.

La démarche dans les névrites des membres inférieurs est désignée depuis Charcot sous le nom de stejjpage : le malade, ne pouvant fléchir le pied par suite de la paralysie des muscles antéro-externes de la jambe, est obligé, pour éviter de heurter la pointe contre le sol, de faire un mouvement exagéré de flexion de la cuisse sur le bassin et d'élever le genou.

La démarche des myopathiques est caractérisée par un dandinement qui esl dû à une chute du bassin du côté de la jambe oscillante et à une inclination compensatrice du tronc du côté opposé : c'est la démarche de canard.

La démarche des choréiques ressemble à un sautillement perpétuel (Trousseau) : ou bien le sujet lève une jambe plus haut qu'il ne faudrait ou la jette de côté, ou bien il précipite sa marche, puis la ralentit. Dans les chorées hystériques, la marche peut être encore plus troublée et prendre le type sallatoire.

La démarche de Vastasie-abasie peut être choréiforme, trépidante ou sautillante.

La démarche de la maladie de Thomsen est difficile dès le départ : le malade éprouve un retard pour se lever, le premier pas tarde à se produire par suite de la raideur musculaire, puis les pas suivants sont déjà plus libres et enfin la marche devient normale. Les mêmes troubles apparaissent si le malade accélère ou ralentit son allure.

B) Examen fonctionnel des groupes musculaires du membre inférieur. — La démarche vient de nous permettre un diagnostic approximatif des troubles musculaires des membres inférieurs. Il est nécessaire de préciser les groupes musculaires atteints. Pour cela, on fera exécuter au malade un certain nombre de mouvements simples et on s'opposera à ces mouvements ou bien on tentera de changer la position d'un segment de membre en demandant au malade de s'opposer à ce mouvement : flexion et extension de la cuisse sur le bassin, flexion et extension de la jambe sur la cuisse,

Motilité (Examen).

flexion et extension du pied sur la jambe. Prenons comme exemple une paraplégie syphilitique spasmodique cl'Erb : si le malade fléchit la cuisse sur le bassin et si l'observateur tente d'abaisser le genou du malade en étendant cette cuisse, il le fait très facilement : il y a paralysie des fléchisseurs de la cuisse. Si le malade étend vigoureusement la cuisse sur le bassin, l'observateur tentera vainement de fléchir la cuisse, les extenseurs sont conservés. Ainsi apparaît la localisation aux fléchisseurs de la paraplégie syphilitique (Pierre Marie). On procédera de môme pour les autres groupes musculaires de la jambe et du pied.

C) Examen fonctionnel des muscles abdominaux et thoraciques. — Les muscles abdominaux peuvent être paralysés, dans l'hémiplégie par exemple (Sicard). Pour mettre en évidence cette paralysie, il faut recourir à certains artifices : respiration ample, toux répétée, acte de rentrer le ventre, palpation de l'orifice inguinal. De môme l'ampliation thoracique peut être diminuée : elle est mesurée par l'excursion du diaphragme et par le phénomène de Litlen (jeu d'ombres sur les côtés du thorax, allant de haut en bas pendant l'inspiration et de bas en haut pondant l'expiration).

D) Examen fonctionnel de la motilité du membre supérieur. — On appréciera la motilité du membre supérieur en commandant un acte simple,

par exemple, celui du serrement de main. La force musculaire déployée dans ce mouvement pourra être mesurée au dynamomètre (fig. 115).

On pourra aussi mesurer la motilité en faisant exécuter au malade, non pas un seul mouvement de serrement de la main, mais une série de mouvements jusqu'à épuisement de la force musculaire. On pourra ainsi établir une moyenne et apprécier la rapidité de l'épuisement.

On poura commander au malade un acte plus compliqué, par exemple celui de boutonner un vêtement ou une chemise. C'est là une épreuve souvent décisive pour l'appréciation d'une hémiplégie légère, comme celle des lacunaires (Pierre Marie). L'acte de boutonner un vêtement nécessite une série de mouvements qui mettent en jeu les muscles court abducteur du pouce, opposant du pouce, etc., qui sont parmi les plus atteints dans l'hémiplégie. Les troubles de la motilité seront aussi révélés par l'écriture.

Enfin le trouble musculaire du membre supérieur étant constaté, il faut, comme pour le membre inférieur, apprécier les groupes musculaires touchés par la paralysie. Prenons comme exemple la paralysie radiale (v. c. m.), on mettra facilement en évidence l'impossibilité de l'extension des doigts et de la main. On mettra en évidence la paralysie du long supinateur en constatant que le muscle reste flasque lorsqu'on commande au malade de fléchir le coude, l'avant-bras étant en pronation.

E) Examen fonctionnel de la motilité de la face. — La paralysie

Fig. 115.

5 0 1 motilité (Examen).

feu-laie (v. c. m.) sera appréciée par l'attitude que prend le visage par suite de l'état de relâchement de la moitié de la l'ace et par la déviation de la langue, par l'impossibilité de faire certains actes : siffler, souffler, fermer l'œil, articuler les labiales, etc.

Cependant dans Y hémiplégie (v. c. m.), la paralysie faciale se présente avec intégrité apparente de l'orbiculaire des paupières : pour apprécier l'atteinte légère de ce muscle, il faudra rechercher l'abaissement du sourcil, le ptosis, l'impossibilité de fermer isolément l'œil du côté paralysé.

Enfin à la paralysie faciale- se rattache le signe du peaucier (Babinski) : quand le malade ouvre la bouche grande, ou quand il fléchit la tête et s'oppose au mouvement d'extension qu'on cherche à lui imprimer, le peaucier se contracte à l'état normal : sa contraction fait défaut à l'étal pathologique.

F) Mouvements associés (syncinésie). — Quand on s'est assuré de l'état fonctionnel des muscles, il faut rechercher l'existence des mouvements associés. Ces mouvements associés s'observent le plus souvent dans les hémiplégies infantiles. Pendant que le membre sain exécute un mouvement, le membre malade reproduira en réduction le même mouvement ou un autre mouvement : le mouvement associé peut se produire dans le pied alors que le mouvement primitif résidait dans la face ou dans le membre supérieur ou inversement. Ces mouvements associés n'ont aucune signification particulière : on les explique par une hyperexcitabilité particulière de la substance grise de la moelle.

Toutefois certains d'entre eux ont une certaine importance diagnostique : tels sont la flexion combinée de la cuisse et du tronc de Babinski et le phénomène de Strumpell qui se rencontrent dans l'hémiplégie de l'adulte et des enfants.

La flexion combinée de la cuisse et du tronc de Babinski se recherche de la façon suivante : le malade est étendu sur le dos, les bras croisés, les jambes écartées, on lui commande de s'asseoir sans s'aider de ses mains : si, au cours de l'effort qu'il fait, la cuisse paralysée ou parésiée se fléchit fortement et, si tout le membre du même côté s'élève au-dessus du sol, c'est là un signe d'hémiplégie organique.

Le phénomène de Strumpell a la même signification : quand le malade est couché sur un plan dur et qu'on lui demande de fléchir la jambe sur la cuisse, si l'on s'oppose à ce mouvement en exerçant une pression sur la cuisse, il se produit un mouvement d'élévation du bord interne du pied et de rotation en dedans : le pied prend l'attitude du varus'par contraction du jambier antérieur.

Tout récemment, Pierre Marie et Foix viennent de signaler dans les lésions organiques du faisceau pyramidal le phénomène du retrait de la jambe qui se produit par la flexion forcée des orteils. Enfin, dans le même ordre d'idées, Grasset et Gaussel ont signalé dans la paralysie organique des membres inférieurs l'impossibilité où se trouve le malade de maintenir soulevés en même temps les deux membres.

L'étude des muscles à l'état d'activité volontaire comprendrait encore l'étude des troubles de la coordination, c'est-à-dire de Yataxie (v. c. m.), de

Motilité (Examen). 502

Yasynergie (v. c. m.), de l'équilibre, du vertige (v. c. m.), de la latévo-pulsion, de la chorée (v. c. m.). Nous renvoyons aux descriptions qui ont été faites de chacun de ces troubles.

2° Troubles dans l'activité continue du muscle. — Les troubles dans l'activité continue du muscle consistent dans l'exagération ou la diminution du tonus musculaire. La diminution produit l' hypotonie musculaire (v. c. m.) qui s'observe dans les maladies nerveuses; l'abolition du tonus ou résolution musculaire s'observe dans les comas.

L'exagération du tonus peut se traduire par la trépidation épileptoïde (V. Ci onus du pied) par les secousses (v. c. m.), les tremblements (v. c. m.), Vathétose (v. c. m.), la contrai- fuie et la catalepsie.

Nous ne ferons ici que l'étude de la contracture et de la catalepsie.

Contracture. — La contracture est l'état pathologique du muscle caractérisé par sa raideur involontaire et durable (Paul Blocq).

La contracture est facilement reconnue par l'attitude qu'elle donne aux membres : flexion permanente aux membres supérieurs, extension aux membres inférieurs. Elle est caractéristique de l'hémiplégie (v. c. m.), deux à trois mois après son début; elle est caractéristique des paraplégies spasmodiques; elle s'observe enfin dans les anciennes paralysies faciales (v. c. m.).

Elle est reconnue de la façon suivante :

1° Si l'on palpe les muscles contractures, on trouve leur consistance augmentée ;

i2° Les mouvements actifs sont diminués. Les mouvements que l'on imprime au membre sont également difficiles ou modifiés : on a la sensation de la résistance d'un ressort dur, mais élastique;

5° L'auscultation du muscle contracture a montré à Brissaud une différence avec l'auscultation du muscle normal. Alors que, dans ce dernier cas, on entend avec le microphone, un roulement régulier et sonore, dans le muscle contracture, on entend un son faible et inégal;

4° La contracture s'accompagne d'exagération des réflexes tendineux, de trépidation épileptoïde (clonus du pied au membre inférieur) et du signe de Babinski ;

5° La contracture n'est pas constante : elle est plus ou moins marquée, suivant les jours ou les périodes; elle peut s'exagérer sous l'influence de certains médicaments ;

6" La contracture disparaît par l'application de la bande d'Esmarch qui amène l'ischémie du membre. Elle disparaît enfin par l'anesthésie générale;

7° Enfin la contracture est rarement localisée et par son évolution tend à se généraliser.

Diagnostic de la contracture. — La contracture ne doit pas être confondue avec la pseudo-contracture des rétractions fibreuses ou tendineuses, telles que celles qu'on observe dans la myopathie atrophique progressive (Landouzy, Dejerine) ou chez les parkinsoniens.

A tous les caractères de la contracture vraie que nous avons énumérés, nous pouvons opposer ceux de cette fausse contracture :

1° La résistance des muscles aux mouvements passifs est d'une dureté invincible;

503 IVIotilité (Examen).

c2" La pseudo-contracture s'accompagne d'abolition dos réflexes tendineux ;

5° Elle est constante ;

i° Elle ne disparaît pas par l'application de la bande d'Esmarch, ni sous le sommeil chloroformique;

5° Enfin elle est et reste localisée.

On ne confondra pas davantage la contracture avec les crampes qui sont passagères et douloureuses, avec la contraction persistante de la maladie de Thomsen (v. c. m.) qui ne se produit qu'à l'occasion de mouvements volontaires qui ne durent que quelques secondes : c'est une décontraction lente et non une contracture.

Variétés de contracture. — La contracture peut être provoquée par une lésion osseuse (le mal de Pott cervical peut provoquer le torticolis), par une lésion articulaire (coxalgie, tarsalgie, tumeur blanche du genou).

Elle peut reconnaître encore une origine réflexe : tel le blépharospasme dans les affections oculaires; tel le vaginisme.

La contracture peut être l'indice d'une irritation spinale : le signe de Kernig en est un exemple. Si le malade est dans le décubitus dorsal, on peut étendre ses jambes et les maintenir étendues sans rencontrer la moindre résistance musculaire, si l'on fait asseoir le malade, les jambes se fléchissent sur les cuisses et les cuisses sur le tronc : c'est une contracture de flexion. On peut encore rechercher le signe de Kernig par la manœuvre de Lasègue : le sujet étant étendu, on soulève ses membres inférieurs en fléchissant ses cuisses sur le bassin, on cherche à maintenir les jambes Fig. ii6. - signe de Kernig (Dieuiafoy). étendues sur la cuisse : invinciblement, les jambes se fléchissent quand on fléchit la cuisse sur le bassin. Ce signe de Kernig est l'indice d'une participation des méninges médullaires dans une méningite aiguë cérébro-spinale ou tuberculeuse (Dieuiafoy).

La contracture s'observe dans les paraplégies (v. c. m.), dans Y hémiplégie (v. c. m,). Elle peut faire partie des signes somatiques de la paralysie générale; enfin, dans la période d'apoplexie de l'hémorragie cérébrale (v. c. m.), elle est un bon signe d'inondation méningée ou ventriculaire.

La contracture généralisée est un symptôme du tétanos (v. c. m.) ou de la tétanie (v. c. m.).

Enfin la contracture s'observe dans Y hystérie (v. c. m.). Elle apparaît brusquement, disparait brusquement, spontanément ou sous l'influence de la suggestion.

Il est enfin des contractures dues aux infections et aux intoxications, telle la contracture du tétanos, telle la contracture tétanique des affections gastro-intestinales.

Moules (Intoxication). 504

Catalepsie (v. c. m.). — La catalepsie est un trouble caractérisé par la coexistence de la perte de la contraction volontaire des muscles et de l'aptitude à conserver l'attitude qu'on leur imprime.

Le sujet cataleptique est immobile : ses membres ont conservé leur souplesse et sont maniables coin me la cire, ils conservent les attitudes qu'on leur donne, sauf incompatibilité avec les lois de l'équilibre. Quelquefois ils continuent les mouvements alternatifs de flexion et d'extension qui ont été amorcés.

La catalepsie s'observe dans Yhystérie (v. c. m.), dans certaines maladies infectieuses.

Il existe un type d'aliénation mentale avec catalepsie auquel on donne le nom de catatonie (v. c. m.) : on l'observe au cours de certains états mélancoliques et dans la démence précoce.

Page 1