E. SAUVEZ
GRENADIER (RACINE DE). — L'écorce de la racine de grenadier (Punica granatum, Myrtacées), de saveur amère et astringente, renferme deux alcaloïdes actifs, la pelletiérine et l'isopelletiérine.
C'est un ténifuge efficace contre le taenia armé (v. c. m.). La prescription la plus commode est Tapozème du Codex, avec 60 gr. d'écorce pour l'adulte et 20 gr. pour l'enfant; deux heures après son administration on donne l'huile de ricin.
La pharmacie retire de l'écorce de grenadier un mélange de sels de pelletiérine et cYisopelletiérine dit sulfate de pelletiérine. Cet excellent ténifuge (à séparer) a pour inconvénient sa toxicité, malgré l'atténuation que l'on en obtient en associant le tanin au sulfate de pelletiérine: des crampes dans les membres inférieurs, des nausées, des vertiges, des troubles visuels,
sont à craindre après l'administration du remède. Aussi est-i au patient de rester couché les yeux fermés.
Ténifuge.
Sulfate de pelletiérine
Tanin
Eau distillée . . .
•ecommandé
Apozème d'écorce de racine de grenadier (Codex).
Écorce sèche de racine de grenadier en poudre grossière .... 00 grammes.
Eau distillée 750
Faites macérer la poudre pendant 0 heures, dans la quantité d'eau prescrite. Chauffez le tout au bain-marie jusqu'à réduction aux deux tiers. Passez et filtre/..
0 gr. 30
1 gramme.
.. 10 grammes.
Sirop simple. . . . S
Alcoolature de citron X gouttes.
A prendre en 2 ou ." fois, à une demi-heure
d'intervalle. E, F.
GRENOUILLETTE. — La grenouillette est, d'après la définition classique, une tumeur enkystée d'origine salivaire, siégeant dans l'épaisseur du plancher de la bouche. Cette définition n'est pas tout à fait exacte, car il est d'usage de décrire, avec les grenouillettes, les kystes de la glande de Niihn- Blandin, — qui siègent à la langue et non pas au plancher. — el certains kystes à épithélium cilié qui sont manifestement congénitaux.
En l'ait, au point de vue anatomique et pathogénique. il y a lieu de démembrer ce groupe des grenouillettes qui renferme des kystes absolument dissemblables; en clinique, au contraire, ce groupe artificiel peul être
85 Grenouillette.
conservé, car toutes ces tumeurs ont une symptomalologie identique. Il faut cependant maintenir la distinction classique en grenouillette sublinguale et grenouillette sus-hyoïdienne ; nous étudierons successivement ces deux variétés.
Nous ne parlerons ni de la grenouillette aiguë, ni de la grenouillette congénitale; ces deux affections n'ont de commun que le nom avec les kystes dont nous nous occupons ici ; elles en diffèrent aussi bien anatomiquement que cliniquement. La première est cette tuméfaction diffuse et passagère qui accompagne souvent les coliques salivaires liées à la présence d'un calcul dans le canal de Wharton [V. Salivaire (Lithiase)]. La grenouillette congénitale est une malformation fort rare, due à l'imperforation du canal de Wharton et à la rétro-dilatalion consécutive.
I. — GRENOUILLETTE SUBLINGUALE. — La grenouillette sublinguale esl une maladie assez fréquente ; elle est, en tout cas, bien moins rare que la grenouillette sus-hyoïdienne. On la rencontre surtout chez des individus jeunes, plus souvent chez la femme que chez l'homme. On a incriminé, sans grandes preuves, comme causes prédisposantes, le surmenage vocal et les stomatites.
Lésions. — Il faut distinguer, dans les kystes décrits sous ce nom, deux variétés absolument différentes : la grenouillette à revêtement épi- Ihélial cilié et la grenouillette ordinaire.
1° Grenouillette à épithélium cilié. — Cette variété est très rare cl il n'en a été publié que quelques cas. Le kyste, toujours congénital, mais qui peut ne devenir apparent que pendant la seconde enfance ou à l'âge adulte, esl uniloculaire ; il renferme un liquide visqueux, jaunâtre, n'ayant aucun rapport avec la salive; sa paroi est revêtue d'une couche uniforme d'épithé- Miiin cylindrique à cils vibratiles. On admet que ces kystes ont pour origine les débris du canal thyréoglosse de Bochdalek ou de ses diverticules ; il serait donc logique de les décrire avec les kystes thyro-hyoïdiens et les kystes mucoïdes de la base de la langue plutôt qu'avec les grenouille! tes.
2° Grenouillette sublinguale ordinaire. — Siège. — La majorité des grenouillettes sont développées aux dépens de la glande sublinguale (Suzanne, von Hippel); le kyste siège au-dessous de la mi*queuse buccale, qui ne lui adhère pas, cl repose sur le mylo-hyoïdien; il repousse en bas cl en dehors les débris de la glande qui lui sont adhérents; en dedans de lui. on trouve le canal de Wharton, toujours perméable, et le nerf lingual.
A. côté de cette grenouillette vraimenl sublinguale, on peut observer des kystes plu- rares siégeanl dans la glande de Niihn-Blandin (Recklinghausen, Sonnenburg) nu dans la glande incisive (von Hippel, Suzanne) : ces derniers sont exactemenl médians.
Structure macroscopique. - Le K\>l<- esl presque toujours uniloculaire. Il renferme un liquide clair, Glant, parfois teinté de sang; ce liquide, très riche eu albumine ci en mucine, diffère de la salive normale par l'absence de sulfocyanure ci de ptyaline. La face interne du Kyste esl lisse : sa paroi esl he- mince.
Structure histologique (fig. 20). La paroi d'une grenouillette subi in
Grenouillette.
g»uale ordinaire esl formée par la superposition de trois couches qui sonl, en allant de dehors en dedans, nn<* couche fibro élastique , renfermant des vaisseaux el parfois des fibres musculaires striées (Recklinghausen.
Suzanne), une couche embryonnaire , d'épaisseur variable, riche en capillaires très friables, une couche épithéliale, i rès variable avec les cas (couche uni ou pluristratifiée de cellules cylindriques, polyédriques, etc. ): cette couche épithé liale peul faire défaut en certains points et même (Imbert et Jeanbrau, Mintzj dans Loute l'étendue du kyste.
On rencontre parfois, dans l'épaisseur de la paroi kystique, des culs-de-sac glandulaires qui sont tantôt normaux, tantôt atrophiés, lanlôl enfui kystiques; ils constituent, dans ce dernier cas, de véritables « grenouillettes en miniature » Clivant l'expression de Bazy, et leur présence explique peut-être les récidives après ablation incomplète de la poche.
Pathogénie. — Deux théories principales ont actuellement cours au sujet de l'origine de la grenouillette ordinaire.
Les uns admettent que ces kystes, comme les kystes salivaires de la parotide, onl une origine glandulaire: ils sont 1 aboutissant d'une transformation muqueuse de tous les éléments de la glande (Suzanne), ou d'une sclérose interstitielle inflammatoire qui étouffe les canaux excréteurs et provoque ainsi la dilatation des acini (von Hippel .
Pour d'autres (Imbert et Jeanbrau, Cunéo et Veau), la grenouillette ordinaire, tout comme la grenouillette à épithélium cilié, aurait une origine embryonnaire ; elle proviendrait de débris de l'épithélium buccal inclus dans le fond du sillon paralingual externe, aux dépens duquel se développe la glande sublinguale, d'où ses rapports constants avec cette glande.
Symptômes. — Le début de la grenouillette esl insidieux: comme elle esl toujours parfaitement indolente, il faut, pour qu'on la reconnaisse, qu'elle soit devenue assez grosse pour gêner les mouvements de la langue.
Les troubles fonctionnels restent modérés, car on intervient toujours avant que la tumeur soit devenue très volumineuse: le malade bredouille, se mord la langue en mangeant, a quelque peine à effectuer le premier temps de la déglutition; il a surtout une sensation de gène assez désagréable due à la présence de la tumeur et à la maladresse de la langue. 3 Les signes physiques sont, au contraire, tout à fait caractéristiques et permettent un diagnostic immédiat (fig. 21). La tumeur est toujours latérale (sauf le cas exceptionnel de grenouillette de la glandule incisive) et il faut qu'elle soit relativement très grosse pour atteindre la ligne médian,' el
Fig. 20. — Coupe de la paroi d'une grenouillette sublinguale : en haut, la muqueuse buccale normale; en bas, le revêtement de la paroi kystique de la grenouillette ; au milieu, quelques acnées de la glande sublinguale atteints d'inflammation chronique. (Lenormant, in Précis Paih. chir.)
Grenouillette
Fiff.21.
- Grenouillette sublinguale.
(Follin et Duplay.)
soulever le frein de la langue. Sa surface est lisse et unie. La muqueuse buccale, qui la recouvre, conserve toute sa mobilité et laisse voir, par transparence, la coloralion bleuâtre de la poche kystique. — A la palpalion, la lumeur est manifestement liquide; habituellement peu tendue, elle est molle, dépressible, 1res fluctuante; plus rarement elle est réni tente ; la palpa lion n'est aucunement douloureuse.
La sécrétion salivaire ne paraît pas modifiée ; la lumeur n'augmente pas de volume au moment des repas. Le canal de Wharton peut être calhétérisé sans difficulté ; on peut aussi mellre en évidence sa perméabilité, en provoquant un afflux de salive à son embouchure par le contact d'un grain de sel avec la langue.
Le kyste s'accroît lentement, peut rester slationnaire, mais ne régresse jamais. On a vu quelquefois la rupture spontanée de la poche dont le contenu se vide dans la bouche : la tumeur s'affaisse, mais se reproduit bientôt quand la rupture s'est cicatrisée.
L'infection du kyste et sa suppuration sont rares et constituent un accident généralement sans gravité, qui guérit rapidement après ouverture spontanée ou chirurgicale de la poche ; il est exceptionnel d'observer la diffusion de l'infection au plancher de la bouche.
Il faut signaler encore, à titre de complication rare, une déformation mécanique du maxillaire et des dents, qui s'éversent en avant, quand une grenouillette volumineuse se développe chez un enfant, avant la fin de la croissance (Kûttner, Morestin).
Mais il faut bien savoir que toutes ces complications sont rares, et presque toujours peu graves. Le pronostic de la grenouillette sublinguale est donc absolumenf bénin; le seul ennui est la fréquence des récidives quand la poche n'a pas été très complètement enlevée au cours de l'intervention. Diagnostic. — Les caractères objectifs de la grenouillette sublinguale sont trop nets pour que le diagnostic en soil bien difficile : les affections avec qui elle pourrait être confondue sont d'ailleurs beaucoup plus rares qu'elle. Les kystes dermoïdes 'lu plancher de lu bouche sont presque toujours exactement médians : ils pointent vers la peau plus que vers la muqueuse H ne formenl jamais, du côté de la bouche, une saillie molle et bleuâtre semblable à la grenouillette ; ils adhèrent au maxillaire inférieur on à l'os hyoïde.
Les autres kystes du plancher (hydatiques, mucoïdes, etc.) sont trop rares pour être discutés; les lipomes cl les angiomes du plancher sont <1<^ tumeurs molasses, mal limitées, non fluctuantes.
La 'Mutation kystique du canal de Whartonesi forl rare, cl son existence, en dehors de la lithiase salivaire, n'esl pas démontrée : on la distinguerait facilement de la grenouillette par l'impossibilité de faire le cathétérisme «In canal.
Grenouillette.
11. — grenouillette sus-hyoïdienne. Sauf dans des cas exceptionnels, la grenouillette sus-hyoïdienne n'a jamais été rencontrée à L'état isolé. Toujours Hic est associée à une grenouillette sublinguale : tantôt les deux kystes coexistent, tantôt la grenouillette sublinguale est apparue d'abord seule, ;i élé opérée, et c'est après sa guéri son que se développe la grenouillette sus-hyoïdienne.
Anatomie pathologique et pathogénie. — Le kyste, dans la grenouillette sus-hyoïdienne, est situé au-dessous du muscle mylo-hyoïdien : il est recouvert par l'aponévrose superficielle et par la peau.
Il est démontré aujourd'hui que, malgré son siège, la grenouillette sushyoïdienne se développe, elle aussi, aux dépens de la glande sublinguale. Cadiot et Gosselin croyaient qu'elle est une récidive de grenouillette sublinguale qui, gênée dans son développemenl vers la bouche par la cicatrice d'une opération antérieure, s'est insinuée à travers les fibres du mylo-hyoïdien et vient pointer sous la peau ; cette conception paraît juste dans bien des cas ; mais elle n'explique pas ces grenouillettes qui, sans avoir jamais
été opérées, comprennent deux poches, communicantes ou non l'une au-dessus et l'autre au-dessous du mylo-hyoïdien. Morestin a eu le mérite de mettre en évidence un fait anatomique qui explique clairement cette disposition : il a vu, chez beaucoup de sujets, des prolongements de la glande sublinguale qui font hernie à travers les insertions maxillaires du mylo-hyoïdien, et s'étalent au-dessous de ce muscle (fîg. 22) : il est facile de comprendre qu'un de ces prolongements peut dégénérer en même temps que la partie principale de la glande ou après elle ; il est même possible qu'il subisse seul la transformation kystique, la glande principale restant indemme : on aura alors une grenouillette sus-hyoïdienne isolée, comme dans un cas de Gross.
La structure du kyste et son contenu sont les mêmes dans la grenouillette sus-hyoïdienne que dans la grenouillette sublinguale.
Symptômes. — Qu'il y ait ou non coexistence d'une grenouillette sublinguale, dont les caractères cliniques ont été indiqués plus haut, le kyste sushyoïdien se présente comme une tumeur toujours latérale, étalée dans la région sous-maxillaire où elle forme une saillie plus ou moins considérable. La peau qui la recouvre est normale. La consistance de kyste est très molle, fluctuante et dépressible ; on a l'impression d'une poche renfermant un liquide peu abondant, sous une tension très faible; parfois. lorsqu'il y a coexistence d'une grenouillette sublinguale, on peut faire refluer le liquide d'une poche dans l'autre.
11 n'y a ni douleur, ni trouble fonctionnel d'aucune sorte. Le canal de Wharton est perméable au cathétérisme. L'évolution est la même dan- la grenouillette sus-hyoïdienne que dans la grenouillette sublinguale.
Fig. 2"2. — Prolongements de la glande sublinguale à travers le mylo-hyoïdien (d'après Morestin).
87 Griffes nerveuses.
Diagnostic. — La confusion avec un kyste dermoïde ou un lipome du plancher de la bouche serait ici plus excusable que dans la grenouillette sublinguale; les éléments du diagnostic différentiel de ces affections ont été indiqués plus haut (siège médian du kyste dermoïde, adhérence osseuse, etc.). L'erreur qui consisterait à prendre une adénite pour une grenouillette sus-hyoïdienne, ou réciproquement, semble bien difficile à admettre.
Traitement des grenouillettes. — La ponction et Yincision simple de la poche sont constamment suivies de récidive rapide.
L'injection dans le kyste, non vidé de son contenu, de quelques gouttes d'une solution concentrée de chlorure de zinc a été recommandée par Th. Anger et Le Dentu ; mais ce procédé, qui a donné autrefois des succès, est complètement abandonné aujourd'hui.
L'excision large de la partie saillante de la poche, suivie d'une cautérisation énergique de la partie restante, est un assez bon moyen de traitement ; son exécution est facile et se fait par la bouche (grenouillette sublinguale) ; mais ce procédé, comme les précédents, expose aux récidives.
Seule Yextirpation complète de la poche assure une guérison certaine et définitive. Elle est, à l'heure actuelle, le traitement de choix de toutes les variétés de grenouillettes. On se contente en général d'exciser la paroi kystique ; peut-être est-il plus prudent d'enlever avec elle la totalité de la glande sublinguale, comme le conseillent von Hippel et Mintz. L'opération se fait, d'ordinaire, par la bouche pour la grenouillette sublinguale et par la voie cutanée pour la grenouillette sus-hyoïdienne. Quelle que soit la voie d'accès, cette extirpation est toujours assez délicate, parce qu'il faut qu'elle soit complète et qu'elle doit cependant ménager les organes voisins de la tumeur, tels que le canal de Wharton, le rrerf lingual, Fart ère sublinguale. Avant de l'entreprendre, le chirurgien doit être prévenu qu'elle peut s'accompagner d'une hémorragie assez abondante et dont il n'est pas toujours facile de se rendre maître. Bien que sans danger, cette petite intervention demande une certaine habitude de la technique chirurgicale, faute de laquelle il vaut mieux recourir à la simple excision partielle du kyste. CH. LENORMAKT.
GRIFFES. — Y. Cicatrices.
GRIFFES NERVEUSES. La griffe nerveuse est caractérisée par l'extension <l<^ phalanges sur le métacarpe et la flexion des phalangines et phalangettes sur les phalanges. En un mol. c'esl le syndrome caractéristique de Vcttrophie des interosseux. Mais il est exceptionnel que la grille existe aussi pure ei aussi complète. Souvent quelques doigts seulemenl sonl déformés, souvenl encore d'autres atrophies atteignent différentes régions «le la main, de l'avant-bras, atténuanl ou compliquant le schéma tracé plus haut. \<>u^ examinerons rapidement les différentes modifications de la main dépendant d'atrophies musculaires; les figures ci-jointes nous dispenseront d'ailleurs de longs développements. Remarquons encore que l'atrophie peul n'être point seule eu cause : <!<■-> contractures réalisent des attitudes analogues.
Griffes nerveuses.
el tardivement enfin des rétractions el des adhérences tendineuses en assu renl la pérennité.
Main simienne avec griffe. Elle esl caractérisée par l'atrophie des niasses Ihénarienne, hypothénarienne el des différents interosseux (fig. "27),. Cette atrophie esl raremenl égalemenl répartie. Elle commence el prédomine au niveau de l'éminence thénar, el le résultai immédiat en esl la perte des mouvements d'opposition du pouce. La prédominance du long extenseur accole ce dernier à l'index, la lace palmaire sur le plan des autres doigts, d'où l'aspect simiesque pris par la main. La paume esl en
même temps flasque, aplatie.
L'atrophie des interosseux n esl pas liés marquée d'ordinaire; elle se caractérise tout d'abord par l'impossibilité <le rapprocher les doigts préalablement écartés, plus lard seulement par une griffe plus ou moins accusée. Les doigts sont étendus, leurs phalanges extrêmes infléchies vers la paume de la main.
Enfin, il peut y avoir hyperextension des phalanges avec renversement sur la tête des métacarpiens; la griffe est alors tout à t'ait caractéristique. Ajoutons qu'avec l'impossibilité d'étendre les 2ea el r>es phalanges, de fléchir les ll,s, coïncide l'impossibilité non plus seulement de rapprocher les doigts, mais encore de les écarter.
Celle main de singe est typique dans l'atrophie musculaire progressive; on l'appelle communément main de Duchenne-Aran. Il convient de noter toutefois que la main, considérée jadis par Duchenne comme caractéristique de son atrophie progressive, appartenait probablement à quelque syringo-myélique (P. Marie). Du resle, la main simienne avec griffe n'a aucune valeur spécifique; on peut la rencontrer dans de très nombreuses affections. Le plus ordinairement, on l'observe dans celle sclérose h<h>ra1<> amyotrophique qui absorbe de plus en plus les cas de poliomyélite antérieure chronique ou atrophie musculaire progressive. Mais elle esl également belle dans la syringomyélie, dans l'atrophie du type Chaycot-Marie. Nous ne pouvons d'ailleurs insister sur toutes les maladies capables de réaliser le syndrome décrit. Celui-ci peul en effel dépendre de lésions médullaires, comme celles que nous venons de décrire el auxquelles il convient «le joindre V hématomyélie et la paralysie infantile, aussi bien que de lésions névriliques el même de myopathies. L'atteinte des nerfs est elle-même innombrable en ses causes : pachyméningite, mal de Pott, fractures, névrites infectieuses (lèpre) ou toxiques, lésions traumatiques du plexus brachial ou
Fig. 25. — Main simienne avec griffe : A, main appelée communément « main de Dnchenne-Aran » ; B, main que Duchenne considérait comme typique de son atrophie musculaire progressive : elle appartenait, selon tonte probabilité, à un syringomyélique (P. Marie et A. Léri).
Griffes nerveuses,
des nerfs périphériques. C'est ainsi que le saturnisme (névrite toxique) peut donner lieu au syndrome simien; mais le tableau clinique est parfois un peu différent. Le plomb atteignant fréquemment les muscles extenseurs, et
Fig. 24. — Mains simiennes dans la sclérose latérale amyotrophique. La main droite (à gauche sur la ligure) représente la « main de cadavre » (Dejerine).
ceux des doigts médians de préférence, il en résulte une attitude spéciale : le malade fait les cornes. Dans la lèpre (fig. 24) comme dans la syringomyélie, la griffe peut être secondairement modifiée par des I roubles trophiques résorbant les articles osseux ou amputant les doigts (panaris .
Main de cadavre. - La main de cadavre, de squelette, n'est qu'une variété de la précédente (fig. 25). L'atrophie des masses du talon de la main
1 - - » Griffe lépreuse. Disparition «lu premier interosseiu dorsal : résorption partielle des phalangettes Jeanselme
'•-' ;i son maximum, et l'ossature tout à fait décharnée. Il n'y a pas de griffe a proprement parler. 1rs doigts sont allongés, légèrement concaves mu- leur face palmaire.
Griffes nerveuses.
Main de prédicateur. Elle se rencontre surloul dans la syringomyélie fig. 26), sans doule également dans la pachyméninyite cervicale hypertro-
l>li iqui
existe une griffe des plus marquées; mais si !<' médian <il
Main de prédicateur dans la syringomieyél (Dejerine).
cubilal sont atteints, le radial est intact, et cette intégrité détermine la déformation étudiée. Charcot l'appelait main du prédicateur emphatique.
Griffe cubitale. — La paralysie du radial détermine la chute de la main; l'intégrité du médian permet l'extension relative des phalanges extrêmes de
Fig. -27. — Griffe cubitale (Dejerine .
l'index el du médius; l'atteinte du cubital, traumatisme, section, névrite, produit une déformation typique, dite griffe cubitale (fîg. 27). L'index et le médius sont légèrement fléchis, ('annulaire l'est presque complètement, le
Griffes nerveuses.
petit doigt Test au maximum; l'adduction du pouce est impossible. La main est penchée faiblement sur le bord radial. Cette déviation augmente dans la flexion volontaire sur l'avant-bras; elle dépend de la paralysie du cubital antérieur.
Déformations de la main par contractures. — Les déformations de la main peuvent devenir excessives; il s'agit alors le plus souvent de contractures en flexion. Ces déformations s'observent chez les lépreux, les syringomyéliques, les parkinsoniens, dans Y hystérie et Y hémiplégie organique surtout (fig. 29).
Il peut en résulter des altérations extraordinaires avec pénétration des ongles dans la paume {main de fakir) (fig. 28). Dans ces différents cas, on ne discerne plus de griffe à proprement parler. Certaines déformations les rappellent pourtant. C'est ainsi que le doigt en
Fig. 28. Main «le fakir (Dejerine).
Fig. 29. — Main d'hémiplégique (Dejerii
baïonnette esl caractérisé par la flexion palmaire de la 5e phalange; « la 2e, au contraire, est en hyperextension telle sur la lre que la face dorsale du doigi est concave, el qu'à la l'ace palmaire il y a une véritable subluxation de la 2e phalange sur la lrequi esi en flexion palmaire ». (Dejerine.) On peul voir encore dans la syringomyélie les 5 doigts extrêmes fermés par flexion maxima; le pouce écarté, l'index à demi lléelii. formenl une sorte de pince lonl à Pail caractéristique [main en pince de homard (Marie el Guillain) .
Diagnostic différentiel. Certaines déformations digitales d'origines diverses ne doivenl pas être désignées du nom dégriffés. Le rhumatisme chronique déformant (v. c. m.) détermine des altérations beaucoup plus polymorphes, H ne s'accompagne |>a> primitivemenl d'atrophie musculaire. La sclérodermie (v. c. m.) immobilise 1rs doigts, les fige ><>u- un tégumenl I isso el dur, qui éclate au niveau des articulations phalangiennes. Enfin, la rétraction de V aponévrose palmaire (v. c. m. , qu'on l'attribue au
Grippe.
rhumatisme chronique, à la pellagre, à la syringomyélie. <'-i facile à recon naître; el les mutilations lépreuses ou gliomateuses trophiques présentenl en généra] un toul autre aspecl clinique (V. Lèpre, Syringomyélie).
/ /; l.\v OIS MOUTIEH.
GRINDÉLIA. Les soin in i 1rs fleuries <l<' Grindelia robusta (( lom posées), agglu tinées par le produit des sécrétions de la plante, servent ;i préparer un extrait fluide el une teinture donl les effets antispasmodiques sont utilisés contre la coqueluche, l'asthme, l'emphysème, les dyspnées de différente nature. L'extrail fluide se donne à la dose de 50 centigr. ;i 2 gr. par joui- el la teinture à celle de XXX à LX gouttes; aux enfants on donne 5 à 10 cenligr. d'extrait ou V à X gouttes de teinture par année d'âge.
Potion (asthme infantile).
) aa 1 gramme,
2 grammes.
Extrail fluide de grin- j délia .......
Teinture de lobélia. '
Alcoolature d'anémone pulsatile . .
Sirop de fleurs d'oranger
Eau de tilleul. . . .
A prendre en 1 ou 2 jours.
Mixture (dyspnée de l'artério-sclèrose).
Extrait fluide de grindelia 10 grammes.
Extrait de convallaria . 5 —
Teinture d'opium camphrée . W —
Potion (coqueluche).
grammes.
Extrait fluide de grin-
délia
Teinture de drosera . . 2
Teinture de lobélie. . . 5
Infusé d'hysope .... 00
Sirop de codéine. . . . X0
3 à G cuillerées à soupe par jour.
Pilules (asthme).
Extrait de grindelia 0 gr. 10
Scille pulvérisée (). S.
2 à 5 pilules par jour.
GRIPPE. — La g lippe ou influenza est une maladie toxi-infectîeuse générale qui est à la ibis épidémique, pandémique, endémique et contagieuse, qui peut ne se traduire que par une sorte de fièvre essentielle à seuls symptômes généraux, sans aucune localisation appréciable, véritable septicémie, mais qui se manifeste le plus souvent sur tel ou tel organe ou sur plusieurs, à la l'ois ou successivement. Capricieuse, polymorphe, véritable protée, elle se présente sous les aspects les plus variés. Mais toujours, quel que soit le masque qu'elle emprunte, une caractéristique la trahit au clinicien : c'esl Y intoxication immédiate plu* ou moins profonde, mai* durable, du système nerveux. C'est là ce qui véritablemenl fait la grippe et donne à ses diverses localisations un cachet tout spécial.
Peu de maladies ont une synonymie aussi riche : tac ou horion, coqueluche, catarrhe épidémique, follette, cocote, etc.
Épidémicité. Bactériologie. — L'histoire de ses épidémies est aussi fort longue. Depuis N7(>, un grand nombre, venues presque toujours d'Orient, se sont abattues sur l'Europe. A retenir celles de : 1580 qui lit 1)000 \iclimes à Home el ravagea bien des pays: l(>7<>. magistralement décrite par Sydenham; 177)0, qui éclata en Russie; 1773-75, étudiée par Stoll el Heberden; 1802, IS.'.O, 1853 (Prian, Pétrequin, Bourgogne : 1835, la grande épidémie du siècle dernier dont Graves sVsi fait L'immortel historien; enfin 1889-90, la plus récente et une des plus meurtrières, où notre
95 Grippe.
génération a l'ait de la maladie qu'elle ne connaissait guère que par les livres une expérience étendue et une étude instructive. Avec les quelques épidémies postérieures, moins importantes, elle a ouvert l'ère des recherches microbiennes qui est loin d'être close encore aujourd'hui.
Ce n'est pas que l'idée d'un coulage dans la grippe ne soit très ancienne. Du temps de Kant on invoquait la présence d'insectes qu'on accusait les commerçants russes d'avoir rapportés de la (mine. Mais les faits positifs ne commencent qu'en 1885, avec Seiffert, qui décrit comme spécifique un coccus en chaînettes trouvé dans les crachats et le mucus nasal. Depuis 1889, successivement on a cru spécifiques un hématozoaire (Klebt), des diplocoques (Fischel), le streptocoque (Ribbert, Finkler,Yaillard et Vincent), des pneumocoques, encapsulés ou non (Weichselbaum, Prior, Lévy, Jolies, etc.), une iliplobactérie (Teissier, Roux et Piltion).
Aucun de ces agents n'ayant été reconnu vraiment spécifique, puisque aucun n'existait dans la grippe à l'exclusion des autres et qu'on pouvait les y trouver tous isolément ou simultanément (Bouchard, Netter, Ménétrier. Leyden, Friedreich), on se contenta de leur attribuer un rôle important dans les diverses infections secondaires de la maladie, reconnaissant que le microbe inconnu de l'influenza leur donnait un renforcement de virulence tout spécial. — Certains auteurs (Kiihn, Weichselbaum) nièrent même qu'un organisme spécifique lut nécessaire, se demandant si cet accroissement de virulence des divers micro-organismes, hôtes habituels de nos cavités normales, ne se produisait pas simplement sous des influences météorologiques et ne suffisait pas à expliquer les diverses manifestations ainsi que le caractère épidémique et contagieux.
Mais, en 1892, Pfeiffer (de Berlin) décrit son cocco-ba<i/l<\ bâtonnet très court, 1res fin, à peine plus long que large, arrondi à ses extrémités, paribis associé par deux (diplobacilles), immobile. Pur ou associé, il se rencontre très abondant dans la salive, le mucus bronchique et le suc pulmonaire des grippés.
Il se colore assez mal par les couleurs basiques, mais 1res bien par la fuchsine phéniquée étendue de Ziehl.
Aérobie, il es! 1res difficile à cultiver et à repiquer, ne poussant pas sur les milieux ordinaires, mais seulement sur des milieux ensanglantés (gélose recouverte d'une mince couche de sang d'homme, de Lapin, surtout de pigeon), à une température de 57°, lentement (24 heures).
Les colonies sonl extrêmement petites, souvent invisibles sans la loupe. transparentes, arrondies, ne confluant pas. Les cultures vieillissent vite el ne se repiquent plus au bout de quelques jours; elles présentent bientôt un polymorphisme très marqué (formes filamenteuses, allongées ou enchevêtrées
Il n'est pas pathogène pour les animaux de laboratoire, ou, du moins, ne tue les animaux que par toxhémie et à hautes doses. Mais, chez le singe, il détermine des accidents comparables à ceux de l'influenza humaine.
La découverte de Pfeiffer lut confirmée par de nombreux auteurs. Pfeiffer n axait jamais trouvé son bacille dans le sang. Mais Canon, Bruschetli, Borchardt, Chantemesse et Cornil, enfin II. Meunier <le Pau) L'ont décelé dans le torrent circulatoire.
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II. Meunier a pu reproduire chez le lapin une maladie loxhémique (par injections de cultures stérilisées), caractérisée par une hyperthermie intense, de I anorexie el de rabattement : exceptionnellement (par cultures vivantes), des lésions anatomiques pinson moins graves des poumons el îles reins. Il a aussi constaté que le sérum des malades ou des animaux inoculés n avail pas de propriétés agglutinantes pour le cocco-bacille.
La spécificité du microbe de Pfeiffer fui très discutée en 1900 par Rosen- Lhal qui le considéra comme un simple saprophyte (cocco-bacille hémophile . microbe banal de la flore pathologique du poumon. Cependant, Slatinéano (1901 ayanl exalté sa virulence en utilisant la propriété chimiolaxique uégative de l'acide lactique, a obtenu une septicémie qui tue les animaux en 6 à 24 heures : ils succombent avec une péritonite intense, une hypothermie d'ordre essentiellement toxique, le microbe n'existant ni dans le sang, ni dans les organes. Les quelques animaux qui ont échappé à l'infection immédiate finissent par succomber au bout de 10 à 12 jours, en proie à une cachexie intense qui leur l'ait perdre presque la moitié de leur poids. Cantani a pu, par l'injection intra-méningée de cultures de Pfeiffer, vivantes ou stérilisées, déterminer chez 350 animaux, avec une forte élévation de la température, une paralysie progressive se terminant par la mort (').
Des tentatives intéressantes d'immunisation ont élé faites par Bruschetti, Cantani, Slatinéano.
Bezançon et Israëls de Jong (1905) ont dénié au bacille de Pfeiffer (ouïe spécificité, sous prétexte qu'ils ne l'avaient trouvé que rare et associé à d'autres espèces microbiennes bien plus abondantes dans une série de déterminations pulmonaires, et sont revenus à l'idée de Kiihn et Weichselbaum ({ne la grippe n'est pas une maladie spécifique, et qu'elle est produite par un accroissement de virulence des divers agents microbiens ordinaires sous <W> influences météorologiques. Certains médecins ont même, à leur suite, nié l'existence de la grippe elle-même (2). La clinique se chargera de nous la d*1 montrer.
Mais les recherches de Guedini (11)07) paraissent décisives pour la spécificité. Non seulement il a retrouvé le B. de PfeiiYer dans les crachats de tous les cas de grippe qu'il a examinés, mais encore 18 l'ois sur w28 dans le sang et 8 fois sur 14 dans le suc splénique chez des malades atteints de formes sévères et pendant la période fébrile. L'influenza vraie, dit-il, est causée par le B. de Pfeiffer comme la pneumonie est causée parle pneumocoque.
Ce qui est certain, c'est qu'à coté du B. de Pfeiffer, il n'est pas de maladie où les infections secondaires soient plus nombreuses, plus variées, el jouent un rôle aussi considérable : pneumocoque, streptocoque, staphylocoque, pneumo-bacille de Friedlànder, entérocoque, pseudo-diphtériques,
1. D'où l'on peut conclure que la fatigue, qui accumule dans l'organisme «le l'acide sarcolactique, est une condition favorable de réceptivité cl d'exaltation de la virulence 'lu microbe de la grippe, corni les autres maladies infectieuses.
2. Voir : E. Boix. La grippe existe-t-elle? Archives générales de médecine, ^ 17,25 avril 1905, p. 1(H7.
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micrococcus catarrhalis, para-tétragène-zoogléique, etc. Ces divers microorganismes, mais surtout le streptocoque, semblent trouver dans le bacille de la grippe un puissant auxiliaire pour se manifester au plus haut degré de leur virulence, tantôt réalisant pour leur compte l'infection générale ou la septicémie, tantôt créant des infections locales : pleurales, pulmonaires, méningées, tantôt enfin jouant le rôle de simple agent pyogène. « Dans bien des cas, le streptocoque se substitue au bacille de l'influenza et commande seul à la fois la symptomalologie et le pronostic de l'infection. » (Hanot.)
On peut, en effet, considérer l'agent spécifique de la grippe comme jouissant, vis-à-vis des autres microbes, saprophytes ou spécifiques eux-mêmes, d'une propriété d'exaltation remarquable. C'est ce qu'a démontré Livierato (1907) en injectant aux animaux, en même temps que des cultures de différents microbes pathogènes (pneumocoques, B. d'Eberth et de Koch), des toxines artificiellement préparées du bacille de la grippe. Ses expériences confirment merveilleusement les données de la clinique. On peut aussi, se rappelant quel poison du système nerveux et sans doute des leucocytes est la toxine grippale, comprendre que les agents secondaires aient plus facilement raison d'un organisme de résistance ainsi amoindrie et livré sans défense aux parasites habituels. Les deux processus peuvent d'ailleurs entrer enjeu simultanément et l'on peut dire avec H. Meunier que c'est la grippe qui condamne et la surinfection qui exécute.
Symptômes. — La période d'incubation est si courte d'ordinaire qu'elle ne dépasse pas 24 heures (cas précis de contagion).
L'invasion, quelquefois marquée par des prodromes tels que frissonnements, malaises, etc., n'existe pour ainsi dire pas. car le début de la maladie est d'une brusquerie pathognomonique. Même quand un léger coryza, un malaise insignifiant existent depuis 1 ou L2 jours, la grippe proprement dite entre bruyamment H soudainement en scène cl terrasse pour ainsi dire le malade par quelque coup solennel : frisson violent avec refroidissement des extrémités (raremenl série de petits frissons), défaillance subite, syncope même, courbature généralisée, rachialgie plus ou moins intense, céphalalgie générale ou localisée, douleurs oculaires temporales ou occipitales, névralgies dentaires, douleurs irradiées aux membres, point de côté, constriclion thoracique douloureuse, angoisse mortelle, angine de poitrine, délire, convulsions (chez les enfants), torpeur, coryza, épisiaxis, vomissements, tels sont les symptômes qui, associés ou isolés, marquent la capitulation de l'organisme.
« Mai- ce qui semble être le caractère prodromique propre de la grippe cl ce qui la distingue ;i cet égard des autres maladies aiguës analogues, c'est une sensation de faiblesse profonde, avec une paresse et nue gêne des mouvements allant quelquefois jusqu'à la douleur, une sorte de prostration accompagnée d'inquiétude H d'anxiété, phénomènes qui >«>ni en dispropor lion manifeste avec 1<' peu de gravité réelle de la maladie, mais qui semblent révélera La loi-, dès !<• début, une influence pathogénique générale portant, non sur un seul organe ou système d'organes, mais sur l'organisme lout entier; c'est, en un mol. le caractère asthénique de l'affection qui \;i se
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développer. A ces prodromes sejoinl parfois une sorte d'efforl <>u de moliincii hémorragique vers les membranes muqueuses, se terminant par une épistaxis on une hémoptysie, qui semble ajouter encore à la signification caractéristique <le ces prodromes. L'étal normal des sujets, pendant cette période, répond à cel ensemble de signes plus ou moins sérieux en apparence. Us sont en proie à une vague inquiétude, comme s'ils avaienl le pressentiment qu'ils vonl subir une affection grave. » (Brochin. I). [).)
Une courbature 1res accentuée, dil Widal, puis une lassitude, une fatigue invincible^ s'emparenl du malade; même dans les cas légers, l'anéantisse ment, la dépression physique el intellectuelle, le manque d'énergie, l'impossibilité de réagir, son! tout à l'ail hors de proportion avec le caractère bénin de la grippe.
Tons les auteurs dénoncent, en y insistant, cette atteinte profonde, dès le début, <ln système nerveux : « Je crois, et c'est chez moi une conviction absolue, que le poison qui cause Vinfluenza agit sur le système nerveux. » (Graves.) Peter la met en relief d'une façon saisissante. C'esl qu'en réalité c'est là la signature, l'essence même de la maladie, dette asthénie se prolonge à travers les divers symptômes jusqu'à la convalescence, dominant chaque forme et donnant à chaque localisation une allure toute particulière, une note dépressive caractéristique.
La fièvre fait presque aussitôt après son apparition et achève de constituer la période d'état. On ne peut donner de la courbe thermique un type valable. Elle oscille, en général, entre 38°,5 et 59°,5, mais atteint souvent 10° et il0. Tantôt c'est une ascension subite atteignant le maximum dès le premier ou le second jour pour descendre ensuite presque immédiatement par un lysis oscillant, cet accès restant unique; les températures matinales et vespérales peuvent constituer une sorte de plateau ou présenter entre elles de grandes différences; on a vu aussi le type inverse : ascension matinale, déclin vespéral. Tantôt c'est une fièvre quasi continue, avec des rémissions plus ou moins fréquentes, sorte d'accès successifs, inégale d'ailleurs en intensité et en durée. Tantôt, après quelques jours d'une lièvre intense, une crise ramène brusquement le chiffre normal. Enfin, selon la participalion de tel ou tel organe, des ascensions se produisent au cours de la maladie et la courbe prend sensiblement l'allure d'une pneumonie, d'une pleurésie, d'une fièvre typhoïde même. On comprend cette variété en songeant aux multiples facteurs microbiens qui interviennent dès le début, au cours ou à la lin de la maladie, et qui laissent si rarement l'agent spécifique seul maître du terrain. La durée de la lièvre est donc, comme sa forme, fonction des infections secondaires et des complications, d'où l'absence d'un type unique.
Le pouls, quelle que soit la forme, est aussi capricieux que la température et son accélération n'est pas toujours, comme dans d'autres affections, proportionnée à celle-ci. Presque toujours rapide an début, plein ou non. bien souvent déprimé ou dépressible. avec des intermittences, il peu! se ralentir parla suite, puis reprendre ou rester lent, on an contraire garder sa fréquence après la chute de la lièvre (tachycardie prolongée)- Il peut être instable, normal comme rythme el comme fréquence lorsque le malade est
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couché, mais montant soudain de c20 à 120 pulsations lorsqu'il se met sur son séant (Huchard).
La tension artérielle est souvent diminuée. Le cœur a tendance à l'embryocardie, fréquemment réalisée. C'est que. en raison même de la dépression nerveuse, et aussi, parfois, à cause de la myocardite possible, les symptômes cardiaques jouent dans la grippe un rôle important et commandent dans une certaine mesure le pronostic. Les syncopes ne sont pas rares.
Les urines présentent le caractère fébrile : rares, hautes en couleur, contenant toujours de l'urobiline, assez souvent de l'albumine et des urates.
Même en dehors de toute complication digestive, l'état de la langue est spécial et la description de Faisans mérite d'être reproduite, pour bien fixer le clinicien sur la langue grippale, langue opaline, langue de porcelaine « Cette langue n'est pas altérée dans sa forme; elle n'est pas large et épaisse comme dans l'embarras gastrique, ni petite, contractée et pointue comme dans la fièvre typhoïde. Peut-être, dans certains cas, est-elle très légèrement étalée; le plus souvent elle conserve sa forme et ses dimensions normales. Elle est toujours humide, ou tout au moins présente l'état d'une langue qu'on vient d'essuyer avec une compresse. Quand elle a tendance à sécher, c'est qu'une complication phlegmalique est imminente ou déjà réalisée. Elle est lisse et unie, sans aspérités et sans sillons, et les saillies des papilles n'y sont point apparentes.
« Mais ce qui fait la caractéristique de cette langue, c'est sa coloration : c'est une teinte d'un blanc bleuté, assez analogue à celle de la porcelaine: cette teinte rappelle celle de certaines leucoplasies buccales, ou mieux encore, celle des plaques muqueuses bucco-pharyngées : en un mot, elle est opaline.
« Cette coloration opaline est tantôt uniforme et tantôt tachetée; dans le premier cas, l'organe est comme recouvert, sur toute sa surface, d'un 1res mince émail blanc bleuté transparent qui a partout la même apparence; dans le second cas, la partie médiane de la langue et sa base sont uniformément opalines, mais ses parties latérales et son extrémité sont comme tigrées de 1res petites taches arrondies, Lesquelles présentent la mêmecolo ration opaline, mais plus claire, ou bien une couleur rouge vif.
« La coloration opaline de la langue ne tient pas à la présence d'un enduit surajouté : on peut exercer sur l'organe les frictions les plus éner giques sans en diminuer <>u modifier la coloration.
« Si la grippe s'accompagne de catarrhe des voies digestives, la langue devienl pins large, plus épaisse, cl se recouvre à la base cl jusqu'à la partie moyenne d'un enduit saburral. Mais elle ne cesse pas. pour cela, d'être caractéristique, car on observe toujours sur ses parties Latérales, au voisi
nage des bords cl de la pointe, la teinte opaline, uniforme ou tigrée.
« La langue opaline apparat! dans les deux ou trois premiers jours de la grippe. Elle dure autant (pie la maladie elle-même et elle <«sl SOUVenl le
seul signe qui permette de dire que celle-ci n'est pas terminée. Il n'esl pas rare de l'observer encore plusieurs jours el même plusieurs semaines après que les malades sonl débarrassés de toute souffrance h se croient complè