B. — HYDROPISIES
Œdèmes. -- L'œdème, pendant la grossesse, peut atteindre toutes les parties du corps. Il est la plupart du temps mécanique, mais aussi peut venir d'une cause générale. Il faudra donc d'abord, chez une femme qui se plaint de cette complication, en reconnaître la cause. Son siège aura, sur le diagnostic, une importance considérable. Les œdèmes des pieds, des jambes, des membres inférieurs, des organes génitaux et de la partie inférieure du ventre, seront presque toujours causés par la compression de l'œuf sur la circulation veineuse ou par des varices. Plus l'utérus sera distendu
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par une grossesse gémellaire, de l'hydramnios ou une complication de tumeur, plus aussi le gonflement sera prononcé puisqu'on en a fait même un élément de diagnostic de la grossesse multiple. Mais si cet œdème inférieur se généralise, s'il atteint les doigts, ce qui frappera la malade qui ne pourra plus mettre ses bagues, ou bien la face et en particulier les paupières et le dessous des yeux, il faudra s'en préoccuper sérieusement. Souvent la malade se félicitera devant vous d'avoir engraissé, mais vous ne vous y tromperez pas en examinant la bouffissure des traits, l'effacement des rides, les yeux moins ouverts, les lignes du nez moins nettes et l'élargissement de la face. Ce signe éveillera donc l'attention et l'on pourra être, si l'on n'est pas prévenu, étonné de ne pas trouver d'albumine dans les urines. Il faut savoir qu'elle manque très fréquemment, mais les autres signes chimiques de l'urine existent, et une analyse complète faite par un chimiste les révélera. Ensuite, il est très rare qu'il n'existe pas, en même temps, quelque autre des phénomènes que nous venons de passer en revue. L'œdème aura donc servi à appeler l'attention et c'est l'un des meilleurs signes de l'intoxication gravidique. Il nécessitera un traitement sévère, presque aussi sévère que s'il existait de l'albuminurie; du reste, il Vendra nécessaires des examens d'urine journaliers, quoique l'apparition de l'albuminurie ne doive pas assombrir particulièrement le pronostic, mais compléter le tableau clinique.
On appelait autrefois cachexie séreuse l'état consécutif à cette intoxication non traitée et caractérisée par de l'anasarque, de l'amaigrissement, de la faiblesse, de la pâleur.
Le diagnostic pourra ainsi être établi d'une façon très précoce, et il est presque inutile de dire que plus vite on pourra agir par un traitement rationnel, et plus vite on sera maître des accidents pour les guérir ou pour les prévenir. Mais il existe encore bien des cas, dans lesquels le médecin aura négligé d'interroger ou de surveiller les femmes grosses, ou bien celles-ci auront omis de se faire soigner, le jugeant inutile, ou encore, les accidents prémonitoires auront été si peu intenses, qu'ils n'auront pas attiré l'attention, enfin les faits graves se présenteront avec une telle brusquerie, dans l'intervalle de deux visites du médecin, qu'on ne pourra éviter toujours de graves complications.
Urines des intoxiquées. — Les urines décèleront des signes chimiques 1res importants en dehors de la présence de l'albumine. L'urée diminue considérablement, et son abaissement progressif serait la mesure de l'altération des cellules. On constate en même temps la présence d'une grande quantité de sels biliaires qui pourraient causer le prurit préhépatique de Hanoi. Le rapport azoturique (Hélouin), [c'est-à-dire le rapport de la quantité d'azote éliminé sous l'orme d'urée à celle de L'azote urinaire total, traduit exacte m en 1 le travail de la cellule hépatique. Ce rapporl varie suivant le régime, I*' travail musculaire, l<i poids corporel, etc., entre Ni H 90, mai-, quand il atteint une valeur inférieure à ni», l'insuffisance hépatique «'-i certaine.
La quantité d'acide urique est considérablement accrue, H les matières exlractives apparaissent dans L'urine H augmentent sa toxicité, leucine, xanlhine. Iiypoxanthine, tyrosine. Apparaissent encore l'urobiline, l'indican
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el de la glycosurie alimentaire. La toxicité urinaire augmente au moment où survient l'insuffisance hépatique, et diminue quand le rein devienl insuffisant. Quand donc le coefficient urotoxique diminue, après une augmentation, le pronostic est mauvais. L'hydrogène sulfuré Roger) pas
rait directement dans le sang des intoxiqués du foie : enfin l'épreuve du bleu de méthylène ne pourra renseigner que sur la perméabilité du rein.
La glycosurie, reconnue par Blot chez beaucoup de femmes enceintes, et annoncée d'habitude comme un phénomène normal et adjuvant de la sécrétion lactée, ne doit pas être considérée comme un phénomène sans importance.
La cellule hépatique malade ne fixe plus le glycogène et laisse passer le sucre dans le sang, et Hanot disait que si cette glycosurie coexistait avec l'urobilinurie et l'hypoazoturie, c'était un élément important de diagnostic. On a dit que le sucre, étant de la lactose, venait des seins. D'abord on y trouve également de la glucose, puis quand bien même le lait ou la sécrétion lactée inemployée jetterait dans la circulation de la lactose en abondance, le fait de sa non- transformation prouverait l'insuffisance de la cellule du foie, car un foie incapable de fixer le sucre est en même temps incapable d'arrêter le poison (Roger et Surmont). Comme conclusion, la présence du sucre dans les urines d'une femme enceinte ne peut être considérée comme un phénomène normal, mais n'implique pas non plus l'existence du diabète. Il faut rapprocher ce fait des glycosuries anhépaliques de Gilbert et Lereboullet, transitoires et sous la dépendance d'une fatigue ou d'une insuffisance de la cellule hépatique. Les femmes gravides deviennent ainsi des cholémiques avec toutes les conséquences.
Hydropisie des séreuses. — On ne peut en faire une maladie particulière, elles ne sont que des complications d'une maladie du cœur ou du foie, au même titre que l'anasarque, et il n'y a ici, encore une fois, rien de spécial à la grossesse. Cependant, l'ascite pourra, survenant chez une femme enceinte, devenir très rapidement intolérable. On sera peut-être plus tôt forcé de pratiquer une ponction, surtout si les fonctions du coeur et du poumon en sont gênées. La production de ces épanchements pourra être un élément de discussion pour la provocation de l'avortement ou de l'accouchement.