‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 3)Chapitre 20 sur 91 · HABITATION (HYGIENE · texte numérisé non relu

HABITATION (HYGIENE

EMPLACEMENT DE L'HABITATION. — Le choix de remplacement dune habitation est très important au point de vue sanitaire, bien que dans la pratique ce soient bien rarement des considérations hygiéniques qui le déterminent.

L'expérience a montré que les bords immédiats de la mer, des lacs et des cours d'eau, le fond des vallées rétrécies, le pied des montagnes et des coteaux, les dépressions en contre-bas des plaines sont trop humides. Par contre les hauts plateaux, les sommets des élévations de terrain sont battus par les vents et en conséquence trop froids. Il vaut mieux dans une région peu mouvementée choisir le sommet d'un dos de selle, dans les terrains accidentés construire à mi-flanc de coteau, à l'abri des vents violents et froids, en un point convenablement ensoleillé ; dans la plaine, surélever L'habitation en l'édifiant sur un tertre artificiel d'un mètre environ de hauteur.

L'humidité du sol est défavorable à la salubrité de l'habitation. Il faut donc éviter les terrains imperméables, surtout les sols argileux, qui ne se laissent traverser que par une quantité extrêmement faible des eaux pluviales et retiennent l'humidité au maximum. Si la nécessité commande de construire dans des terrains par trop humides, on aura recours à des drainages préalables qui assécheront le sol, l'aéreront et y faciliteront l'oxydalion des matières organiques. Les roches granitiques fournissent en général une pente assez prononcée pour que les eaux s'écoulent aisément et ne soient pas retenues sur place; elles peuvent donc, dans ces conditions, malgré leur imperméabilité, convenir à L'emplacement d'une habitation. Les terrains très perméables, comme le sable, le grès, le calcaire non marneux sont les meilleurs, à la condition qu'une couche imperméable trop voisine de la surface n'y retienne pas les eaux, car celle nappe d'eau souterraine trop superficielle entretiendrait forcément de L'humidité dans les premières couches de terrain. Ces observations montrent combien il esl nécessaire, avant de s'arrêter à un emplacement, d'y déterminer la profondeur de la première nappe d'eau souterraine. C'est qu'en effet les matériaux de construction usuels sonl plus on moins perméables à l'eau, et Lorsque le sol de L'habitation esl humide, les murs s'imprègnent d'eau par capillarité. L'humidité forme alors dans la maçonnerie <\o^ dépôts de salpêtre (nitrate de chaux), sel éminemment hygrométrique. Il <m résulte une évaporation

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constante à la surface des murs, qui refroidit L'atmosphère intérieure, expose les habitants au rhumatisme ei favorise la conservation des germes des maladies infectieuses. Sous la même influence, les parois finissent par se recouvrir d'une véritable flore de moisissures, <jui rongenl les papiers, les boiseries cl même la brique. Ce pouvoir d'ascension de l'eau du sous-sol varie beaucoup suivant la nature du terrain; il esl favorisé parles calcaires, réduit au minimum par le sable cl le gravier.

L'expérience a montré que pour que le terrain des caves cl les murs de fondation restent secs, il faut que le niveau le plus élevé de la première nappe d'eau souterraine reste toujours à 5 mètres au-dessous de la surface du sol. Ce chiffre n'est, suffisant que lorsque les fondations ne descendent pas au-dessous de la profondeur habituelle cl qu'il n'y a qu'un étage d<caves.

Il importe encore d'éviter de construire sur un emplacement qui a été contaminé par des souillures antérieures ou qui est exposé à en recevoir. Lorsqu'on se propose d'édifier une habitation sur un terrain où s'élevaient auparavant des constructions, on recherchera avec soin s'il n'y existai! pas des dépôts de fumier ou d'ordures, des fosses recevant les excréments et les matières usées, et on n'hésitera pas à pratiquer la désinfection du sol. On arrosera les terrains souillés avec du lait de chaux ou une solution de sulfate de cuivre à 5 pour 100. Pour les parties les plus polluées (fosses, puisards, caniveaux) on peut employer les mêmes désinfectants ou mieux encore une solution contenant de 2 à 5 pour 100 d'un mélange à parties égales d'acide phénique impur du commerce et d'acide sulfurique du commerce; puis on enlèvera ces terres au bout de quelques jours, lorsque le désinfectant aura bien pénétré, avant d'y porter la pioche. Cette mesure devrait être appliquée systématiquement à tout terrain avant une reconstruction, comme l'exigent les règlements de police de la Seine. De plus, on n'oubliera pas que les souillures peuvent être entraînées plus ou moins loin de leur origine par les eaux de surface, et on recherchera avec soin s'il n'existe pas quelque voisinage dangereux (cimetière, dépotoir, usine insalubre), placé de telle façon que la pente entraîne leurs eaux vers l'emplacement choisi.

Les dimensions du terrain devront autant que possible être telles que l'habitation soit entièrement entourée d'espaces libres (cours et jardins), la séparant des maisons voisines, de façon à permettre la libre circulation de l'air et l'insolation maxima des façades. De plus, la quantité de souillures se multipliant avec le nombre des habitants, il y aura avantage à ce que l'habitation n'abrite qu'une seule famille.

Ces conditions de salubrité sont aisément remplies à la campagne et dans les centres urbains de moyenne étendue, mais dans la plupart des grandes villes le terrain fait défaut. Non seulement il faut renoncer aux espaces libres autour des habitations, qui sont accolées côte à côte de chaque côté des rues et adossées à des maisons donnant sur des rues différentes; mais encore on en est réduit à accumuler les étages les uns au-dessus des autres: on construit des immeubles de 0 à 8 étages à Paris, de li à 10 en Amérique; enfin chaque étage, divisé en appartements, comprend souvent le logement de plusieurs familles. Cet encombrement diminue pour chaque

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habitant sa part d'air et de lumière, accumule les souillures de toutes sortes, multiplie les occasions de contact et favorise par suite la dissémination des maladies transmissibles.

Aussi dans les grandes villes est-on amené à recourir à la réglementation pour maintenir les constructions dans des limites qui ne soient pas tout à fait inconciliables avec les principes de salubrité les plus élémentaires. D'une façon générale l'hygiène exigerait que la hauteur d'un bâtiment n'atteignît jamais la largeur de l'espace libre qui s'étend devant lui (rue, cour ou jardin). En France, les règlements sanitaires municipaux, comptant avec les nécessités locales, se montrent sensiblement moins exigeants.

ORIENTATION DE L'HABITATION. — Dans les villes l'orientation de l'habitation est généralement imposée par la direction des rues. Ailleurs elle peut être influencée par la configuration du terrain, par le paysage, par des considérations esthétiques; mais il est le plus souvent possible de tenir compte dans une certaine mesure des indications que nous allons donner.

L'habitation peut être éclairée et aérée par ses quatre façades, ce qui est le plus avantageux. Dans des conditions moins favorables elle recevra la lumière et l'air par les ouvertures de trois ou de deux de ses façades; ce dernier cas est celui qui se rencontre le plus fréquemment dans les grandes villes. On évitera de n'ouvrir des orifices que d'un seul côté de la maison, car si l'éclairage peut encore être assuré d'une façon satisfaisante dans ce cas, on ne pourra réaliser la ventilation par des fenêtres opposées, qui est de beaucoup la plus efficace.

Deux principes doivent surtout régler le choix de l'orientation :

1° Dans les régions autres que les parties très chaudes de notre pays, la façade du nord ne recevra que des ouvertures peu nombreuses et d'importance secondaire. Elle n'est exposée en effet aux rayons solaires que pendant l'été, et encore trois ou quatre fois moins que les autres façades; elle esl donc mal éclairée pendant les deux tiers de l'année et, durant la saison froide, non seulement elle n'est chauffée à aucun moment par le soleil, mais encore elle est battue par les vents les plus glacés.

On réservera la façade nord aux locaux où peuvent se dégager des odeurs importunes, diffusant d'autant plus que la température est plus élevée, les cabinets, les cuisines (qui sont toujours trop chaudes); on y placera les vestibules, les escaliers, les paliers, les couloirs, où on ne fait que passer. Les ateliers de peinture ou de photographie, les laboratoires, qui ont besoin d'un éclairage uniforme sans que les rayons solaires y pénètrenl dune façon prolongée, seront avantageusement exposés au nord. Par contre, dans certaines parties du midi de la France, où les étés sont très chauds cl les hivers doux, l'orientation du nord donne pendant l'été une fraîcheur délicieuse à des pièces qui reslenl encore habitables pendant l'hiver.

2° Dans les localités mal abritées ci, principalement, sur le littoral cl les territoires qui ne sonl pas éloignés de la mer, il y a grand intérêt à ne pas

exposer l'une des façades principales aux \enls plu\icn\ (vents de sud-ouesl

en général chez nous). Une façade battue par la pluie reste en effet toujours

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humide, à Le] poini que dans les régions exposées, ou esl obligé de n'ouvrir aucun orifice sur colle façade cl d'en recouvrir la surface d'enduits imper' méables, de tuiles <lc bois, d'ardoises ou de briques vernissées,

Ces principes étanl poses, examinons maintenant les avantages et les inconvénients respectifs des autres orientations. La façade sud reçoit beaucoup plus de chaleur en hiver(cinq fois plus) cl pendanl les saisons du printemps et de l'automne (deux l'ois plus) que les façades de l'est ou de l'ouest, qui s'en partagent en toule saison sensiblement la môme quantité Tune que l'autre. En été la proportion esl renversée, el la façade sud ne reçoit plus que les quatre cinquièmes de la chaleur distribuée à la façade est ou ouest. Tout parait donc à l'avantage de l'exposition sud : chaleur plus grande pendant les saisons froide ou fraîche de l'année, moindre pendant la saison chaude. On a fait cependant remarquer que pendant l'été les rayons solaires brûlants n'atteignent, à cause de la grande élévation du soleil sur l'horizon que les parties les plus extérieures des pièces exposées au midi, tandis que le fond, restant constamment dans l'ombre, n'en esl que plus froid el plus humide. Cet argument n'a de valeur que dans les régions particulièrement humides où la fraîcheur présente des inconvénients, même en été. Partout ailleurs l'orientation au midi paraît présenter des avantages très appréciables sur les autres.

Enfin on a fait valoir en faveur de l'exposition à l'est qu'elle assure toute l'année l'insolation si gaie et si salubre du malin.

Envisageons maintenant le problème suivant le nombre de façades libres de l'habitation. Avec quatre façades il sera facile de concilier toutes les opinions. Il nous paraît rationnel d'adopter, dans les pays qui ne sont pas trop humides, l'orientation nord-sud pour les façades principales et est-ouest pour les façades secondaires. On bénéficiera ainsi de tous les avantages de l'orientation au midi et on remédiera aux inconvénients de l'exposition au nord en plaçant, sur celle façade, les locaux qui ne réclament pas une insolation vive et prolongée (cuisines, cabinels, etc.), la salle à manger, et la salle de bains, où on ne passe qu'un petit nombre d'heures de la journée; el enfin des pièces qui seront particulièrement agréables à habiter pendant la saison chaude et auxquelles on pourra donner un supplément d'éclairage el de calorique naturels, en y ouvrant une fenêtre donnant à l'ouest ou de préférence à l'est. Dans les contrées froides et très humides, on adoptera plutôt l'orientation principale est-ouest et l'orientation secondaire nord-sud pour les raisons que nous avons indiquées plus haut. L'affectation des locaux donnant au nord restera la même.

Lorsque trois façades sont libres et à plus forte raison deux seulement, on n'a souvent pas le choix de l'orientation qui est imposée par les circonstances. On aura avantage, quand cela sera possible, à élever les façades principales à l'est et à l'ouest ou mieux encore peut-être au sud-est et au nord-ouest; dans ce dernier cas on bénéficiera partiellement des charmes de l'exposition au midi, sans avoir à sacrifier toute une façade aux rigueurs de l'orientation au plein nord.

MATÉRIAUX DE L'HABITATION. — Les matériaux de construction doivent

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être choisis de façon à mettre les habitants à l'abri des écarts de la température extérieure et à ne pas conserver d'humidité.

Ces deux conditions s'imposent surtout pour la maçonnerie des murs(1) qui servent de parois à l'habitation. On peut établir comme règle générale que les matériaux les plus poreux, grâce à l'air qu'ils renferment dans leurs pores et qui est un excellent isolant, ne laissent passer que très lenlement la chaleur et le froid et conservent bien la température acquise. D'autre part, ils se débarrassent d'autant plus vite de Peau absorbée par eux que leurs pores sont plus grands.

Cependant, il ne faudrait pas, dans la pratique, en conclure que des murs construits en moellons tendres ou en briques spongieuses seraient les plus hygiéniques, surtout sous des climats humides ou pluvieux. Mieux vaut, en somme, choisir des matériaux moins poreux que de s'exposera emmagasiner dans les parois une humidité dont celles-ci ne se débarrasseraient que plus ou moins incomplètement dans la suite.

La pierre meulière, surtout la variété caverneuse, remplit bien les deux conditions requises; car elle protège à la fois contre les intempéries et contre l'humidité. Aussi est-elle par excellence l'élément de choix des maçonneries bien faites, d'autant que, de plus, elle est presque indestructible. Malheureusement ses gisements font défaut dans beaucoup de contrées.

Les pierres de grès et de granit sont très peu perméables à l'eau, mais s'assèchent lentement et difficilement, si elles absorbent de l'humidité; de plus, elles se laissent aisément traverser par la chaleur et par le froid. Il en est de même, mais à un moindre degré, de la brique de bonne qualité, c'està-dire celle qui est dense et bien cuite. Les pierres calcaires dures constituent d'excellents matériaux. Quand le calcaire est trop tendre, il retient l'humidité; c'esl pour cela qu'on le voit s'effriter au bout de peu de temps ou bien se fendre à la gelée. Lorsque les murs seront construits en blocages de moellons ou de caillasses réunis par un mortier ou autre liaison, leur valeur hygiénique dépendra surtout de la nature des éléments qui les corn" posent. Ces matériaux plus fractionnés apporteront aux murs ainsi construits les mêmes qualités ou inconvénients qu'ils présentent lorsqu'ils sont utilisés en blocs. Cependant l'effet de protection de ces murs sera notablement augmenté par l'emploi d'un bon mortier de chaux hydraulique, surtout si on a soin d'étendre à l'extérieur un enduit lisse au lieu de laisser In maçonnerie rugueuse.

On doit choisir avec beaucoup de soin les matériaux destinés aux murs de fondations. Celles-ci sont des assises de maçonnerie qui supportent tout le poidsde la construction. Elles descendent au moins à un mètre au-dessous de la surface du -<>l pour rester ;i l'abri de la gelée et elles reposenl sur un Ml de béton pour éviter l'ascension de L'humidité par capillarité à travers lc>> porosités de In maçonnerie. Cette humidité qui provient du sol est en effet redoutable pour h salubrité de l'habitation.

1. Pour la construction des murs extérieurs, on emploie rarement <i<-- métaux (pans «!«' fer, etc.), qui défendent mal contre les écarts «!<• la température extérieure, el on utilise de moins en moins le bois.

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ixr,

On ne saurai! donc prendre trop de précautions pour assécher les murs de fondation. Ils doivent être construits en matériaux aussi peu perméables à l'humidité <] uo possible lois que : la meulière, le granit, les gros cailloux siliceux ou le grès compact, et isoles du sol par un revêtement en ciment. Depuis quelques années l'usage des murs en béton moulé donne d'assez

bons résultats. A défaut de ces matériaux on peut user de la brique, mais à la condition qu'elle soit 1res cuite; encore sera-t-il prudent de la séparer du sol par un lil <le béton dans la profondeur et latéralement <le dehors on dedans par du granit et une couche isolante de laine de scories, comme l'indique la figure 55. En Angleterre, on complète ces précautions en disposant dans les murs, un peu au-dessus des fondations, une couche isolante formée de matériaux imperméables (brique vitrifiée, ardoise, etc.), qui interdisent absolument l'ascension de l'humidité.

Lorsqu'il s'agît de construire une fosse d'aisance on ne doit pas hésiter à n'employer que les matériaux les plus é tanches, dont on pourra disposer, pour établir les parois de cette excavation.

Cette maçonnerie sera doublée en dehors d'une couche de béton ou d'un épais corroi argileux. La capacité de la fosse doit être en général de 2/5 de mètre cube par habitant. Pour faciliter le nettoyage on donnera à la fosse une forme cylindrique, avec fond en cuvette. la hauteur restant toujours inférieure à la largeur. L'occlusion complète de la fosse sera assurée par une dalle en pierre ou une plaque de fonte.

Les éléments de la maçonnerie sont réunis et agglomérés au moyen de mortiers.

Les mortiers de terre ou de plâtre, très usités autrefois dans les petites constructions rurales, isolent bien des intempéries, mais ont le grave défaut de retenir l'humidité.

Le mortier de chaux hydraulique, le plus généralement employé actuellement, est très salubre, car il est mauvais conducteur de la chaleur et du froid et en durcissant devient à peu près impénétrable à l'humidité.

Le mortier de ciment est imperméable à l'eau, mais défend mal des écarts de température. Il est surtout employé comme revêtement dans les fondations et aux endroits exposés à l'humidité.

Pour défendre les assises de la maison contre les infiltrations de l'humidité extérieure, on établira sur le sol, au pourtour des murs, un pavage bien étanche et convenablement pente d'environ 2 mètres de large, ou encore un épais revêtement de béton ou de bitume.

Fig. 53. — A, couche d'asphalte; B, béton; G, granit; L, couche de laine de scories.

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De môme, pour empêcher l'humidité et les gaz du sol de s'élever à l'intérieur de l'habitation, on étend sur tout le terrain recouvert par celle-ci une couche de béton, revêtu de ciment ou d'asphalte.

Il ne suffit pas d'employer des matériaux appropriés pour conserver une température égale à l'intérieur de l'habitation. Il faut encore donner une certaine épaisseur aux murailles, car leur pouvoir isolant est en raison directe de leur épaisseur et, en réalité, là est le principal facteur de protection. A ce point de vue, les vieilles maisons étaient bien mieux construites que les habitations actuelles : on ne ménageait pas les matériaux pour construire de larges murailles qui assuraient à l'intérieur une douce température en hiver, une agréable fraîcheur en été. Il serait temps de réagir contre l'erreur actuelle qui consiste à réduire, autant que cela est compatible avec le maintien de la solidité de la bâtisse, l'épaisseur des murs, par raison d'économie. On a bien essayé de satisfaire à la fois les intérêts du propriétaire et le confort des habitants, en élevant des murs doubles très minces séparés par une couche d'air; mais à l'usage ces parois n'ont pas montré les qualités isolantes qu'on en attendait, à cause de l'humidité qui se développe fatalement dans l'espace libre et des condensations qui se font sur les murailles qui le limitent. Il faut donc revenir aux murailles suffisamment épaisses (0 m. 45 pour les murs de briques et au moins 0 m. 50 po iules murs de pierres ou de moellons).

Lorsque la maçonnerie est terminée, il faut de toute nécessité la laisser bien sécher avant de la recouvrir de revêtements. Cette précaution a une très grosse importance au point de vue de l'hygiène. Le mortier de chaux qui a servi à la construction renferme les 5/4 de son volume d'eau. Une partie de celte eau se combine à la chaux pour former de l'hydrate de chaux, mais le reste doit disparaître par évaporation. Il faut donc attendre que l'assèchement soit complet pour revêtir les murs d'enduits qu'on s'efforce de rendre aussi imperméables que possible. Sinon on enfermerai! l'humidité dans les murailles et on rendrait par la suite le séjour de l'habitation aussi insalubre que possible. Rien n'est plus dangereux que d'habiter ii ix' maison neuve avant que les murs soient secs; l'atmosphère humide prédispose au rhumatisme et à l'éclosion de nombre de maladies infectieuses; il est d'ailleurs de notion populaire qu'il ne fait pas bon « essuyer les pi A 1res ».

Pour que la maçonnerie puisse sécher rapidement el dans do bonnes conditions, il faut entreprendre les travaux de façon que la construction BÔil terminée nu début de la saison chaude cl (pie le soleil d'élé cl l'air sec puissent La débarrasser de sou humidité. A défaut de ce moyen el pour aller

plus vile, ou chauffe parfois artificiellement l'habitation, mais alors l'assé ehemenl de la maçonnerie se fait souvent aux dépens de la solidité du mortier, qui devient mou el friable.

Il est une cause qui empêche la maçonnerie de sécher rapidement, c'est la mauvaise confection du mortier pendant la construction des murs. Lorsque l'eau qui rentre dans la composition du mortierde chaux renferme nue trop glande quantité de matière organique, les nitro-bacléries interviennent pour former des nitrates de chaux dont les efflorescences salpétrent les

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murs el les laissent indéfinimenl humides. De même si l'eau du mortier contienl un excès de chlorures, ers sels essentiellement hygrométriques empêchent à leur tour l'asséchemenl des murailles. Lorsque la maçonnerie esl suffisamment sèche, on la protège par des

revêtements. On n'en mel pas extérieuremenl sur les murs de meulière ou de pierre de taille. Les revêtements extérieurs, aussi imperméables que possible, se fonl généralement en crépis au mortier <le chaux hydraulique. On leur donne une coloration claire pour limiter l'absorption de la chaleur pendant l'été.

A la face interne des murs l'enduit est de règle. Dans beaucoup de logements d'ouvriers et surtout de paysans, on se contente (rétendre sur l'enduit de mortier de la face intérieure du mur un badigeon au lait de chaux, qui est un bon désinfectant et donne un aspect propre el rianl aux locaux. Il est indispensable seulement de le renouveler dès qu'il se salit, tous les ans au moins et surtout chaque fois qu'un habitant aura été atteint d'une maladie Iransmissible. Habituellement l'enduit intérieur se fait en plâtre, excellent isolant contre les écarls de la température extérieure. Le plâtre sert aussi à recouvrir les plafonds. On aura bien soin de proscrire les moulures, corniches et macarons dont on ornait à profusion autrefois les plafonds : ce sont autant de dépôts de poussière. Pour la même raison on remplacera les angles des parois par des gorges arrondies.

Au-dessus du plâtre qui recouvre les murs, le mieux serait détendre un enduit lisse et imperméable, qu'on puisse laver fréquemment. Il a été démontré expérimentalement que les microbes ne survivent pas longtemps lorsqu'ils sont déposés sur les enduits lisses, à la condition que le mur sousjacent soit bien sec. Au contraire, un revêtement de simple mortier ou de peinture à la colle ne s'oppose pas à la longue persistance des germes. Les peintures à la colle contiennent de la gélatine, qui favorise la pullulation des germes; elles ne supportent pas d'ailleurs les lavages. Les peintures ordinaires à l'huile se détériorent vite lorsqu'on les lave souvent. Le mieux serait d'employer des peintures vernissées, d'un prix un peu plus élevé, mais qui sont réellement imperméables et se nettoient à l'eau très aisément.

On fabrique depuis quelque temps des toiles vernies, qui se collent aux murs, sont gracieusement colorées et ornementées comme les papiers peints, mais résistent bien aux lavages. Leur emploi est très recommandable, mais elles ont le défaut d'être d'un prix élevé.

Malgré tout, l'usage et l'économie conservent l'antique et insalubre papier peint sur la plupart des murs, bien qu'il devienne rapidement malpropre. qu'il absorbe l'humidité, que la colle, qui le fixe, soit un excellent milieu de culture pour les microbes, et qu'enfin on ne puisse pas même passer un linge humide à sa surface.

Les étoffes tendues sur les murs sont peut-être encore moins hygiéniques, car elles laissent entre leur tissu et la muraille un espace vide où se forment des amas de poussière; de plus, les mailles de ces étoffes en emprisonnent déjà une assez grande quantité.

On fabrique des papiers vernis, dits papiers anglais, qui retiennent moins

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les souillures que les papiers peiuls ordinaires, mais ils sont plus chers et ne résistent guère à des lavages sérieux et répétés.

Dans les installations luxueuses il faul donc s'en tenir au revêtement total avec des peintures vernissées ou des toiles vernies. Mais, ailleurs, il faudrait pouvoir trouver une solution moins onéreuse, tout en restant hygiénique. Voici ce qui nous semble à la fois le plus efficace et le plus économique. De nombreuses recherches bactériologiques ont montré que ce sont surtout sur les planchers et à la surface des parties inférieures des murailles que se déposent le plus grand nombre des microbes contenus dans une pièce ; à une hauteur de 1 m. 50 ou 2 mètres ils deviennent rares, pour disparaître à peu près au niveau du plafond, à condition que celui-ci ne soit pas orné de moulures et de corniches (véritables nids de poussière) et que ses angles soienl arrondis. Ces résultats expérimentaux s'accordent parfaitement avec ce que pouvait faire prévoir le raisonnement. Les parois doivent forcément être beaucoup moins souillées là où les habitants du local ne peuvent al teindre normalement, et cela doit être particulièrement exact pour les germes des maladies infectieuses qui ne peuvent guère être projetés par la toux ni déposés par les mains ou les objets souillés qu'à hauteur d'homme. Il semble donc suffisant d'appliquer sur les murs de la peinture vernissée jusqu'à hauteur d'homme, puis de tapisser au dessus avec du papier verni et imperméable.

Dans les logements de la classe ouvrière, il faudrait exclusivement adopter le badigeonnage à la chaux fréquemment renouvelé, que son aspect de propreté et ses qualités hygiéniques rendent spécialement recommandable.

Dans les pièces où les parois sont facilement mouillées, comme dans les offices, les cabinets de toilette ou les salles de bains, ou encore dans les cuisines, où les grands lavages quotidiens sont nécessaires, on recouvre les murs à hauteur d'homme de carreaux de faïence ou de grès émaillés. Le stuc est moins employé parce qu'il se crevasse facilement; il en est de même des enduits de ciment qui, de plus, sont d'une teinte moins agréable. Le bois intervient de moins en moins dans la construction des parois de L'habitation et il est fréquemment remplacé par le fer dans la structure de la charpente. C'est qu'en effet le bois « joue » sous l'influence de l'humidité, se fend et se disjoint. De plus, il est facilement envahi par des parasites, qui le détruisent (bois vermoulu). En revanche, le bois reste d'un usage courant pour l'établissement des plandi ers. Les plus résistants à L'humidité el aux parasites sont les bois de teck (très dispendieux) el de chêne. Le pitchpin H surtoul le bois de pin foni un moins bon usage que le chêne, mais coûtenl près de moitié moins cher,

La figure 34 montre la disposition des différentes parties d'un plancher ordinaire. On distingue de haut en bas les Irises, puis les lambourdes, qui reposenl sur «!<■- solives en fer (jadis poutres en bois). Un hourdis en briques creuses rejoinl Les extrémités inférieures des solives ; a sa face inférieure se trouve i'enduil de plâtre du plafond. L'espace vide, qui s'étend entre !<■> lambourdes et l<' hourdis de briques creuses, s'appelle L'entrevous : il s'oppose aux échanges d'air, de calorique H de bruil avec L'étage iule-

Habitation (Hygiène),

pnpiltmiqa^"55n^iïDnDJjpF"-A.

Fig. 5i. — f. frises; l, lambourdes ; s, solives en 1er; e, entrevous; h, hourdis et briques

creuses; p, enduit de plâtre.

rieur. L'entrevous ainsi constitué ne tarde pas à devenir un véritable magasin de poussières. Celles-ci passenl aisément à travers les fentes des planchers disjoints et se soulèvent au moindre choc pour envahir L'atmosphère <lc la pièce placée au-dessus. On conçoil aisémenl comment an entrevous peut devenir une réserve <lc germes tenaces de maladies infectieuses (diphtérie, tuberculose, scarlatine, variole, etc.), réserve d'autant

plus riche que les microbes y trouvent dos conditions physiques de développement très favorables (obscurité, humidité, température élevée), et un milieu nutritif approprié, dû à l'abondance de la matière organique dans les poussières. Il est inutile d'aller chercher plus loin l'explication de l'insalubrité persistante de certains locaux, véritables foyers d'infection, où la même maladie frappe successivement, à intervalles plus ou moins éloignés, ceux qui viennent y demeurer : tels ces appartements où, chaque fois qu'il y a de nouveaux locataires, la diphtérie réapparaît; tels ces bureaux où le personnel est peu à peu décimé par la tuberculose, et cela malgré des désinfections répétées, mais impuissantes à agir sur le contenu de l'entrevous!

Pour se garder contre ces graves inconvénients il faut donc d'une part combler l'entrevous, de l'autre assurer le parfait assemblage et l'étanchéité des frises du plancher.

On remplit l'espace compris entre les lambourdes et le hourdis de briques de matériaux légers, imputrescibles, mauvais conducteurs de la chaleur et ne gardant pas l'humidité : aggloméré de liège ou d'amiante, laine de scories, terre d'infusoires, béton de pierre ponce ou de sable volcanique. Au rez-de-chaussée on peut remplir l'entrevous de béton, ce qui serait trop lourd aux étages supérieurs. Pour défendre le plancher contre l'humidité du sol il sera bon de placer les frises sur une couche imperméable d'asphalte ou de ciment.

Il est difficile d'obtenir un assemblage satisfaisant des frises; les meilleurs matériaux pour cela sont le bois de teck et le bois de chêne. Il se fait généralement à la longue un écart sensible entre les lames ; on a proposé de le combler au moyen de mastics, qui malheureusement ne tardent pas à s'effriter. Le mieux est d'imperméabiliser les planchers au moyen d'huile de lin bouillante ou de paraffine, ce qui permet de les laver fréquemment et de les nettoyer chaque jour à la serpillière humide.

On fabrique depuis quelque temps un aggloméré de magnésie et de sciure de bois ou d'autres substances (xylolithe, stucolithe, etc.) qui permet de remplacer le plancher par une matière qui donne une surface unie, imperméable et légère. Le prix en est aussi élevé que celui d'un plancher de chêne. Il a fallu renoncer à placer ce produit nouveau sur de vieux planchers, ce qui aurait été une solution très pratique dans beaucoup de cas; car, sous l'influence de l'humidité et de la chaleur, les bois, en jouant,

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déterminent de larges feules dans loule l'épaisseur de l'aggloméré. Celui-ci ne tient réellement bien que s'il est placé sur béton. Les lavages répétés lui donnent à la longue une couleur terne, peu flatteuse.

Le ciment, les mosaïques et surtout le carrelage (plus élégants) se lavenl très aisément et sont complètement imperméables; mais ils ont le défaul d'être plus froids que les planchers et aussi plus lourds. On les réservera pour les cuisines, les offices, les cabinets de toilette, les salles de bains et les waler-closets.

Quels que soient les matériaux qui recouvrent le sol des pièces, ils ne doivent en aucun cas rejoindre les murailles à angle droit; les poussière-; trouveraient en ces points un asile presque inviolable. On arrondit les angles de raccord au moyen de gorges en grès cérame ou en xylolithe, qui remplacent les plinthes de bois.

Les portes et leurs chambranles, les châssis et les croisillons des croisées, sont généralement en bois. Leur surface sera aussi lisse que possible, dépourvue de moulures, rainures ou ornements qui pourraient emmagasiner la poussière. Il est bon de les recouvrir de peintures vernissées, car toutes ces boiseries ont besoin d'être fréquemment lavées; on peut utilement placer des plaques de propreté en verre sur les parties des portes que l'on louche et que Ton salit habituellement avec les doigts.

Il vaut mieux disposer les croisées de façon qu'elles affleurent à la paroi interne du mur. On supprime ainsi les recoins des embrasures.

Si l'étage le plus élevé de l'habitation est directement placé sous le toit sans interposition de grenier, les chambres qu'il comprend ne sont protégées des intempéries extérieures que par la faible épaisseur de la couverture. Pourrendre ces locaux habitables, on les isole plus complètement en appliquant entre les chevrons de la charpente du toit une couche suffisante de matériaux appropriés, tels que la terre d'infusoires, la laine de scories, des agglomérés <|e liège ou d'amiante, mauvais conducteurs de la chaleur et du froid.

La toiture est formée d'une charpente qui supporte les matériaux de couverture. Pour faciliter l'écoulement dv^ eaux de pluie ou de neige, on donne une inclinaison plus ou moins forte aux pans de la toiture et on ne la recouvre que de matériaux bien lisses. On a renoncé avec raison aux toits de chaume des habitations de l;i campagne. Le chaume protège mal de L'humidité, esl très inflammable et devient rapidement un repaire de vermine. Les meilleurs matériaux de couverture sont les tuiles, <|ui isolent mieux L'habitation do la température extérieure que les ardoises cl surtout que les revêtements métalliques.

L'eau des loi I s s'écoule au bord libre des pans dans des chéneaux OÙ des

gouttières métalliques, qui Les déversenl dans des tuyaux de décharge bien é tanches. Les gouttières doivent avoir une pente suffisante cl ne pas Laisser stagner L'eau, sinon les moustiques pourraient y pulluler. C'est là une cause fréquente H peu connue de la présence dans une maison de ces hôles désagréables, ;i l'nris en particulier. Une canalisation souterraine amène Les

r;ni\ de pluie loin de Niabilalion : on évite ainsi L'écoulement direct de ce>

• •aux sur Le sol <pii entoure la maison et, en complétant de cette façon là

Habitation (Hygiène). 192

précaution déjà prise de recouvrir le sol au pourtour des murs d'un pavage ou d'un revêtement imperméable, on préserve l<- sous-sol de L'habitation d'une des principales sources d'humidité.

DISTRIBUTION HYGIÉNIQUE DE L'HABITATION. - La distribution de

l'habitation est généralement réglée suivant les convenances personnelles el les nécessités économiques. Certains principes hygiéniques méritent cependant d'être pris en considération.

Quelque humble que soit le logis, ses habitants ne devraient jamais être obligés de coucher là où ils l'ont la cuisine et prennent leurs repas. Pour comprendre cette règle de salubrité, il suffit d'avoir respiré une seule fois l'atmosphère de ces taudis, où toute une famille cuisine, mange et dorl dans la même pièce, où les relents de la soupe, l'odeur forte des enfants malpropres se mêlent à la buée des linges et des hardes qui sèchent audessus du fourneau. Tout logement comprendra donc au moins deux pièce-. Tune servant de chambre à coucher, l'autre de cuisine.

Pour défendre efficacement l'habitation contre l'humidité du sol, il faut bâtir sur caves. Quand on ne peut bâtir de cave, au moins doit-on laisser entre le plancher du rez-de-chaussée et le sol un espace qui pourrait rester vide à la condition de l'aérer par des soupiraux. Mais cet espace, impossible à nettoyer, deviendrait un réceptacle de poussières et de détritus. On pourrait le combler avec des cailloux ou du gravier.

S'il y a des caves on les aérera au moyen d'ouvertures communiquant avec l'extérieur et disposées sur les façades opposées autant que possible. Malgré cette ventilation les caves restent encore trop souvent humides, car, surtout pendant la saison chaude, l'air extérieur est à une température plus élevée que les parois et il se fait à leur niveau une condensation de vapeur d'eau. Cet inconvénient, ainsi que le risque toujours possible de dégagements gazeux insalubres venant du sol, commande de ne jamais permettre un séjour prolongé et à plus forte raison l'habitation de nuit dans ces locaux. Pour les mêmes raisons il est imprudent de laisser coucher une personne dans une pièce communiquant librement et constamment avec les caves.

Le séjour habituel dans les caves n'étant pas salubre, on ne peut les utiliser que comme magasins de réserves pour les boissons et les combustibles. Si toute la maison est bâtie sur caves, celles-ci couvrent souvent une superficie disproportionnée avec leur utilisation possible. Aussi a-t-on songé à modifier les caves de façon à pouvoir y placer certains locaux, en les élevant au-dessus de la surface du sol de façon à pouvoir établir des ouvertures d'éclairage et d'aération suffisantes; on atténue ainsi l'obscurité et on diminue l'humidité froide du local, qui prend alors le nom de sous-sol. Celui-ci ne peut servir à l'habitation de nuit, mais on peut y placer une lingerie, une chambre à bains, une cuisine, à la condition de lui donner une hauteur suffisante (2 m. 00 au moins). Les cuisines en sous-sol ont fréquemment l'inconvénient, lorsqu'elles n'ont pas un tuyau spécial de ventilation, de répandre dans le reste de la maison leurs odeurs; cela tient à ce que leur aération n'est jamais aussi complète que si elles se trouvaient au-dessus du sol.

195 Habitation (Hygiène).

Pour améliorer l'aération du sous-sol on peut, comme cela se pratique couramment en Angleterre, ménager tout autour de ses murs une large tranchée « area », dont le fond, placé au niveau du bas du sous-sol, et la paroi sont recouverts d'un enduit de ciment.

Quoi qu'il en soit, les pièces placées en sous-sol ne seront jamais très salubres, et il vaut mieux renoncer à cette disposition, à moins de nécessité absolue.

Autant que possible, les chambres à coucher seront placées au-dessus du rez-de-chaussée trop souvent humide du fait de son voisinage avec le sol. S'il est impossible de surmonter d'un étage le rez-de-chaussée, celui-ci sera surélevé dans le but d'atténuer l'inconvénient que nous venons de signaler. On ne doit pas non plus placer les chambres immédiatement au-dessous des toits, sans interposition d'un grenier, sinon elles seraient glaciales l'hiver et torrides l'été, parce qu'insuffisamment protégées des intempéries extérieures par la faible épaisseur de la toiture. Les chambres de domestiques, au faîte des maisons de rapport parisiennes, réalisent le plus souvent tous les inconvénients du logement dans les combles, d'autant qu'en général, par économie, on diminue l'épaisseur des murs aux étages supérieurs.

On réservera l'exposition la plus ensoleillée (midi et est) aux pièces où on séjourne le plus longtemps : chambres à coucher, salles de réunion et de travail. Dans les parties chaudes de la France, les pièces dont la principale façade est au nord, mais qui ont une ouverture à l'est ou à l'ouest, sont très habitables l'hiver et d'une fraîcheur délicieuse pendant l'été.

En général l'exposition au nord est réservée aux locaux qu'on ne fait que traverser et où on ne se tient qu'une faible partie de la journée. Nous les avons déjà indiqués en détail (V. Orientation de l'habitation).

Toutes les dépendances où peuvent se dégager des odeurs désagréables doivent, autant que possible, être isolées de la maison. Il serait avantageux de placer les cuisines au rez-de-chaussée dans un pavillon relié à l'habitation seulement par un passage couvert et les water-closets dans une tourelle presque indépendante. Le vestibule, l'escalier et les corridors servant de cheminée d<- ventilation pour l'habitation doivent être bien éclairés cl aérés.

On établira la buanderie, les écuries ou les étables de façon que les ouvertures en soient aussi éloignées que possible de l'habitation. Le sol en sera rendu imperméable et les pentes devront être suffisantes pour assurer l'écoulement des liquides dans une canalisai ion qui les conduira dans la rosse à purin. On aura soin d'annexer à ces bâtiments une fosse à fumier bien clanche, suffisamment éloignée des murs.

Chaque fois qu'il scia impossible (le compter sur une évacuation des excréments à l'égout (V. Évacuation) et qu'on n'aura pas l'intention de les collecter dans des fosses mobiles, il scia absolument nécessaire <l<' construire en annexe de la maison une fosse fixe. Celle-ci scia constituée par une excavation creusée autant que possible un peu en dehors de l'aire de l'habitation, et au nord de préférence, cette exposition étant la moins favorable au dégagement d'odeurs incommodantes; c'est là qu'aboutiront le tuyau de chute ci le luyau d'évent dr> cabinets d'aisances.

N P. M. C. - iv r,

Habitation (Hygiène). 194

mobilier hygiénique (DE l'habitationi. — Le mobilier n'es! bygié nique qu'à la condition qu'on puisse le maintenir continuellement dans un <Mat de propreté absolue. C'est principalement dans les chambres à Coucher qu'il ne faut placer que les meubles indispensables au confort. Ils seronl ions en métal <>u en bois verni, peinl ou laqué, de façon à pouvoir être nettoyés chaque joui' avec un linge humide.

Le lit sera <le préférence en fer on en cuivre, muni d'un sommier entièrement métallique. Il n'est pas sain de coucher sur un lit trop mou, il vaut mieux qu'il soit un peu dur. La literie comprendra donc un seul matelas épais en laine, une couverture de laine, une couverture de coton, un couvrepieds plat, dit américain, et des draps de toile; on peut naturellement Taire varier le nombre des couvertures suivant les goûts de chacun; mais dans une habitation convenablement chauffée, il est inutile de se couvrira l'excès. C'est, ainsi couché, qu'on obtiendra le meilleur repos pendant les 8 heures de sommeil nécessaires à l'adulte. Le vieillard n'a pas besoin de dormir autant. Il n'en est pas de même de l'enfant, comme nous l'indiquerons plus loin à propos de l'hygiène de l'écolier (V. Hygiène scolaire).

Un guéridon placé à la tête du lit remplace la table de nuit, toujours difficile à désodoriser. Le vase de nuit reste sous la table de toilette.

Les chaises et le fauteuil seront cannés. Si on préfère un fauteuil rembourré, on le recouvrira d'une housse, qu'on changera fréquemment. La table et l'armoire seront en bois uni verni, peint ou laqué. Le dessus des meubles élevés est difficile à nettoyer; aussi les poussières s'y accumulentelles. Il vaudrait donc mieux, chaque fois que cela sera possible, remplacer l'armoire par une commode, et pendre les vêtements dans un placard dissimulé dans une paroi.

Les tentures, les rideaux,, les tapis cloués, véritables réserves de poussières, seront supprimés. On garnira simplement la partie inférieure des fenêtres de petits rideaux (brise-bise) en toile ou en mousseline, très souvent renouvelés. En cas de besoin on y ajoutera des rideaux clairs en coton, s'ouvrant en s'écartant latéralement.

Mieux vaut ne placer sur les planchers que le petit tapis mobile, dil descente de lit. Les personnes qui ne peuvent se passer de tapis y ajouteront une carpette qu'on peut enlever, secouer et battre chaque jour.

Le cabinet de toilette renferme la table de toilette et les ustensiles de toilette. On construit actuellement des tables de toilette en marbre, en grès vernissé ou en lave, qui sont très bien comprises, à la condition de ne pas être garnies d'un coffre en bois pour les ustensiles accessoires; car l'intérieur de ce coffre n'est pas toujours facile à nettoyer, et il est fréquemment souillé par les eaux de toilette. On peut établir à bon compte une table de toilette parfaitement ; hygiénique. Il suffit d'entourer une grande table de bois de rideaux légers, faciles à laver et à changer, dissimulant les accessoires (bidet, seau de toilette, bain de pieds, vase de nuit). On recouvre cette table d'une plaque de marbre blanc sur laquelle sont posés la cuvette, le pot à eau et la garniture. Un tub, un grand broc en métal et une chaise cannée complètent ce mobilier. Il est très commode de munir chaque cabinet de toilette d'un poste d'eau avec vidoir en grès vernissé à tuyau siphonné; on a ainsi

195 Hallucinations.

de l'eau propre à volonté et on évacue immédiatement les eaux de toilette. On peut supprimer alors le seau de toilette qui dégage parfois des odeurs désagréables, surtout s'il est en métal. On construit aussi des tables de toilette dont la cuvette se déverse en basculant dans un vidoir muni d'un tuyau siphonné.

Le nettoyage de l'habitation doit avoir pour but d'enlever les souillures et de supprimer les poussières déposées sur le sol, les parois et les meubles. Le balayage à sec, le brossage et l'époussetage n'aboutissent qu'à soulever les poussières et à les déplacer, sans les chasser de l'intérieur de l'habitation. On construit de petites balayeuses mécaniques qui emmagasinent les poussières recueillies; un manche en bois actionne une brosse rotative qui rejette la poussière dans un récipient métallique : celui-ci est vidé après le balayage. Mais ces balayeuses ont le défaut de ne pouvoir pénétrer dans les angles, où s'accumule justement le plus de poussière.

On pratique très hygiéniquement le nettoyage des tapis et des tentures au moyen d'appareils dans lesquels le vide est produit mécaniquement et qui aspirent toutes les poussières contenues dans les mailles des tissus. Ces poussières sont ensuite détruites par le feu; c'est la solution la plus pratique. Les planchers seront fréquemment lavés; chaque jour ils seront nettoyés avec un linge humide ou de la sciure de bois légèrement humectée d'eau. Les nettoyages à grande eau ne peuvent être pratiqués quotidiennement que dans les pièces dont le sol est recouvert d'un carrelage.

Tous les meubles doivent être essuyés chaque jour au linge humide. Le dessus des meubles élevés (armoires ou buffets) devrait être soigneusement nettoyé au moins une fois par semaine, ce qui est très difficile à obtenir. Il faut veiller avec soin également au nettoyage du plancher sous ces meubles.

Les couvertures de lit emmagasinent autant de poussière que les rideaux et les tentures, si on ne prend pas la précaution de les secouer et de les battre chaque jour hors de l'habitation, Le matelas et le couvre-pieds doivent être quotidiennement exposés à l'air. WURTZ et BOURGES.

HALLUCINATIONS. — Depuis Esquirol et Falret, l'hallucination se définit « une perception sans objet ». Cette définition la distingue de V illusion avec laquelle elle coexiste fréquemment et qui est raperception inexacte d'un objet réel. L'hallucination, c'est l'apparition du roi; l'illusion c'est le nuage où Hamlet montre à Polonius une baleine, un chameau, une belette. Cependanl la distinction des deux phénomènes n'est pas toujours évidente, et nombre d'auteurs ne les séparent pas dans leurs descriptions, comme nous li' ferons pour la commodité de l'exposé. Il est certain que, dans les c i- limites, il esl souvent difficile de les différencier.

Le mécanisme de L'hallucination est complètement inconnu; on ne L'explique <|ue par des hypothèses. L'hallucination pourrai! être d'origine -<»ii centrale, soit périphérique. A L'irritation (en prenant ce terme dans son sens le plus large) directe, autogène, des centres, à la mise «mi train spontanée de leur activité sérail <lue L'hallucination proprement dite; L'hallucination, qui a pour origine une excitation périphérique, esl déjà l'interpré-

Hallucinations. 196

talion d'une sensation exogène H se rapproche de L'illusion; on trouve un phénomène non sans analogie avec cette dernière catégorie dans les |>li<>>phènes qu'on obtient par une simple pression sur le globe oculaire. Les hallucinations sont indépendantes de toute lésion constatante du sens correspondant, mais d'autre part la perte d'un sens n'exclut nullement les hallucinations de ce sens (hallucinations visuelles des aveugles, auditives des sourds). Ces derniers cas, tout en n'étanl pas raies, son! une infime minorité des psychoses hallucinatoires, et rentrent apparemment dans les hallucinations d'origine périphérique. Les hallucinations qui sont rapportées aux viscères sont à rapprocher aussi de celles-ci, et l'interprétation de sensations réellement perçues, plus ou moins vaguement il est vrai, y joue un rôle qui a pu d'ailleurs parfois être constaté de façon certaine (exemple classique : un aliéné, atteint de cancer de l'intestin, entend tout un concile dans son ventre). (V. Génesthésie.)

Au point de vue séméiologique, on décrit des hallucinations de chaque sens, des hallucinations de la sensibilité générale ou cénesthésiques, et des hallucinations psychiques. Pour chaque catégorie, on distinguera les hallucinations élémentaires et les hallucinations complexes, qui se définissent par leur nom même. On admet aussi des hallucinations réflexes. Nous mentionnerons les pseudo-hallucinations.

L'hallucination de la vue est la première à étudier par le fait de sa simplicité, de la possibilité de la reproduire expérimentalement et de son existence consciente chez des individus non délirants. Le type le plus commun de l'hallucination chez l'individu non aliéné est Y hallucination /typnagogique; elle consiste en une apparition survenant au moment du sommeil; dans la règle elle est absolument stéréotypée : c'est la vision d'un être fantastique, de têtes, d'un visage familier; le patient la reconnaît comme hallucination, de la même façon que l'on reconnaît le rêve: elle est instantanée ou du moins extrêmement courte, immobile ou mobile, en général assez flou. Elle s'accompagne d'un sentiment d'angoisse. Elle se produit rarement d'une façon isolée, elle se répète en général, et peut être même quotidienne. C'est là souvent un symptôme pénible. Remarquons qu'une hallucination très semblable se rencontre dans l'épilepsie comme aura comitiale-, par [exemple, le malade voit un être fantastique, une lueur rouge, etc., et tombe en attaque. Les terreurs nocturnes des enfants ne seraient-elles pas en partie dues à un phénomène analogue? Ces rapprochements ne sauraient évidemment être faits que sous toutes réserves. L'hallucination hypnagogique joue-t-elle un certain rôle dans le développement de délires? Je ne sache pas qu'on l'ait dépistée bien spécialement chez les aliénés, sauf dans l'alcoolisme; pour notre part, nous ne l'avons rencontrée qu'une fois, indépendante de la maladie mentale, et antérieure à elle ; il est vrai que les malades ne savent guère la différencier de l'hallucination vulgaire, et je la crois plus fréquente en réalité.

Très proche parente en est Y hallucination spéculaire, c'est-à-dire celle dans laquelle le patient voit son sosie. Elle a été décrite d'une façon saisissante, avec quelques exagérations apparemment (le jeune enfant vêtu de noir), par Musset, chez qui elle semble avoir pris la forme obsédante.

197 Hallucinations.

Comme l'hallucination hypnagogique, elle est rapide, transitoire, et est reconnue comme irréelle, quoique avec sentiment d'angoisse.

Il existe encore quelques observations d'hallucinations de la vue, conscientes chez des individus non délirants. D'une extrême rareté, ces faits ne sont pas non plus sans exagération littéraire.

Ce sont surtout les intoxications, et les plus diverses, qui donnent naissance aux hallucinations visuelles. Le type en est celles de l'alcoolisme avec leurs spectacles mouvants et terribles; c'est dans l'alcoolisme que l'on touche du doigt les rapports du rêve et de l'hallucination; car là, le début se fait bien réellement par les cauchemars effrayants où se succèdent les animaux (zoopsie), les morts, les têtes coupées, les squelettes qui se représentent ensuite dans les hallucinations du délire alcoolique. Leur caractère pénible est presque pathognomonique. Elles sont très vivantes et ont un caractère de réalité intense. Le malade défile des écheveaux qu'il tire sous ses ongles, se voit entouré de toiles d'araignées, aperçoit des rats, des mouches auxquels il donne la chasse, des chats qui soufflent, des chevaux, des lions qui L'épouvantent, des singes qui sortent et rentrent dans le mur. des assassins, des gendarmes, réchafaud..., de la fumée, des incendies.... (V. Alcoolisme, Delirium tremens).

Les hallucinations des intoxications par les alcaloïdes végétaux sont d'une richesse aussi grande, mais sans caractère aussi pénible, et même au contraire elles sont agréables ou bizarres ou fantastiques; il suffit de citer les rêves des fumeurs d'opium (remarquer le terme de rêve employé ici classiquement), les hallucinations des haschischins, celles de l'empoisonnement par l'atropine et alcaloïdes voisins: une fillette de six ans intoxiquée par une potion belladonée cueillait joyeusement des fleurs dans son lit et les faisait admirera l'entourage. Chez tout individu ayant un délire hallucinatoire à prédominances visuelles, on doit songer à a ne intoxication.

Ce n'est pas à dire pourtant que l'hallucination visuelle soit le propre de tels délires, car elle est quasiment universelle; on en voit même le type simple dans la vulgaire carphologie des délires fébriles (v. c. m.).

Des hallucinations visuelles sont fréquentes dans les délires mystiques el d'une couleur appropriée (Dieu, les Auges, la Vierge, Satan, etc.).

Les auto-intoxications peuvent s'accompagner d'hallucinations de la vue, et l'on a décrit par exemple un delirium uvémique, rare d'ailleurs.

Bien singulières sont les hallucinations visuelles des aveugles] <>n a mal départagé jusqu'ici celles d'origine périphérique el celles d'origine centrale, qui prêteraient cependant à des différenciations intéressantes. Elles sont d'ordinaire extraordinairement riches et mouvantes, et non pénibles. Ce sont des masses d'hommes, «les Coules, des armées, qui défilent devant le

regard aveugle. Les opérés de la cataracte présentent parfois un délire hallucinatoire de ce genre.

Plus Curieuses encore, les hallucinations qui n'occupent que la portion

aveugle «lu champ \ isuel chez les hémianopsiques | Lamj >: elles sont immo biles, stéréotypées; de semblables hallucinations se retrouvent aussi chez certains amaurotiques dans «les conditions encore mal définies (amaurose par tumeurs cérébrales et cérébelleuse

Hallucinations.

lïix

Nous avons cité ;'i l'instant les auras visuelles des épileptiques ; Ic.^ Iivsiériques présentent aussi «les crises hallucinatoires; la période passionnelle peul être uniquement hallucinatoire visuelle; d'autres hystériques <mi dehors

des crises ont des délires fantastiques où se déroulent des tableaux sans fin (V. Hystérie).

Les hallucinations de l'ouïe sont, en aliénation mentale, d'une fréquence égale à celles de la vue; elles se combinent souvent avec celles-ci. principalement dans les intoxications. Les hallucinations élémentaires (acoasmes)

ont un caractère musical ou non. Ce sont des tintements, des sons de cloches (le type s'en trouve dans ces sons de cloches du début de la narcose chloroformique, des bruits vagues, un murmure, puis apparaissent de brèves interpellations, des injures. Il est accoutumé que l'hallucination auditive débute par des hallucinations élémentaires dans les affections mentales destinées à une évolution chronique, et leur développement paraît souvent lié autant à des interprétations surajoutées qu'à leur propre perfectionnement.

Les hallucinations complexes (phénomènes) sont entendues comme des voix (c'est l'expression habituelle des malades) venant du dehors, paraissant sortir du plafond, du mur, du parquet, ou de quelque objet voisin ; tantôt elles sont très proches, tantôt très éloignées; ce sont des voix chucholées ou très distinctes au contraire, le malade entend la voix d'une ou plusieurs personnes colloquant entre elles ou avec lui ; ou encore répétant sa pensée (éc/io de la pensée) ou la lui dictant.

L'halluciné de l'ouïe a une allure très typique, l'air attentif, quelquefois souriant, plus souvent inquiet ou irrité, il prête, muet, l'oreille à ses voix ou converse avec elles (fig. 35); beaucoup s'habituent à leurs hallucinations au point de vivre d'une vie à peu près normale en compagnie de leurs interlocuteurs imaginaires, sauf paroxysmes transitoires : une malade fait tranquillement le ménage, et, sa besogne soigneusement finie, va téléphoner dans le calorifère ; une autre interrompt subitement sa couture pour frapper à tour de bras le sol à coups de pantoufle afin d'imposer silence aux voix souterraines; d'autres les fuient au contraire et se bouchent les oreilles; certains de ces malades sont dans un étal d'excitation permanente, un petit

Fig. 35. — Excitation avec hallucinations intenses de l'ouïe. Confusion dans les idées (Trénel).

199 Hallucinations.

nombre cherchent à leur échapper en déménageant, en voyageant [aliénés migrateurs (Faville)]. Les hallucinations sont le plus souvent incessantes. Il arrive qu'elles ne surgissent qu'à l'occasion de quelque bruit extérieur, une voiture qui passe, le tic-tac de la pendule, le roulement d'un train. Un malade ne pouvait supporter le bruit de la pendule qui lui répétait d'une façon scandée : vo-leur, vo-leur. Souvent le malade attribue ses hallucinations à des agents physiques ou surnaturels (téléphone, etc.)

C'est dans les délires systématisés que les hallucinations de l'ouïe se montrent dans toute leur ampleur; elles sont même le symptôme prédominant pendant une période parfois longue de la maladie (Y. Délire systématisé). Elles y sont habituellement accompagnées d'hallucinations des autres sens et de la sensibilité générale et génitale à l'exclusion des hallucinations de la vue. Elles y prennent un caractère d'intensité et de précision extrême au point de commander entièrement les actions des malades : dans certains cas, elles méritent le nom d'hallucinations irnpéralives, sous l'influence desquelles ces malades commettent souvent des actes singuliers, des agressions contre les individus désignés par le délire; ou elles imposent au délirant sa personnalité nouvelle. Ces hallucinations impératives se retrouvent d'ailleurs dans d'autres formes mentales, se rapprochant de l'obsession (obsessions hallucinatoires, hallucinations obsédantes. Séglas). La teneur des hallucinations de l'ouïe est différente suivant l'affection mentale où elles apparaissent : dans la mélancolie elles sont menaçantes, accusatrices, et ces accusations sont acceptées, ces menaces sont reconnues comme motivées: dans les délires systématisés elles provoquent, au contraire, des protestations, et souvent des réactions, parfois violentes, de la pari des malades. Dans des cas rares, les hallucinations de l'ouïe sont unilatérales, dédoublées, antagonistes, (les divers termes désignent des symptômes très voisins: le fait de n'avoir d'hallucinations que d'un côté, celui d'avoir des hallucinations différentes des deux côtés qui parfois se combattent; les deux élals peuvent se succéder. Ces cas sont rares, et leur pathogénie est loin d'être élucidée.

Les hallucinations du goût jouent un rôle particulièrement important dans le développement des idées de persécution, elles suscitent des idées d'empoisonnement, des refus de nourriture. Elles sont par leur nature même en général très élémentaires, très monotones, c'est toujours quelque goût de brûlé, de poison, de matières fécales, de viande pourrie, un goût fade ou acre, etc.: elles sont particulièrement pénibles chez les alcooliques, les persécutés systématisés.

Les hallucinations de l'odorat ont des caractères analogues el se constatent dans les même cas ; c'est l'odeur de fumée, de brûlé, de soufre, ou quelque chose d'approchant. Comme celles du goût, elles restent Lrès élémentaires h ont un caractère pénible, rarement agréable, sauf peut-être dans la paralysie générale.

L hallucination tactile, quoique existant parfois à l'état pur. se confond habituellement avec les hallucinations de la sensibilité générale et du sens génital. A l'état élémentaire c'est une sensation de contact, une horripila tion, des fourmillements, se compliquant facilement d'interprétations délirantes; c'est un fluide, l'électricité, les rayons \ qui donnent lieu ;'i des

Hallucinations. 200

sensations que les malades expriment plus fréquemmenl que toutes autres par des néologismes. Elles m* coïncidenl <j 1 1<- raremenl avec des troubles objectifs de la sensibilité, sauf chez les hystériques ou, au contraire, les plaques d'anesthésie en soi il parfois le point de départ. Dans certaines conditions, le siège en esl sous-cutané, entre cuir el chair si Ton peut dire : le type le plus remarquable s'en rencontre dans la cocaïnomanie (le malade cherche à extraire avec une épingle les vers qu'il senl sous sa peau), parfois aussi dans l'alcoolisme. Des mutilations volontaires et aussi des réactions violentes, suicides el homicides, peuvent être la conséquence de toute hallucination de nature sensilive. Une mention spéciale, à ce point de vue esl à faire des hallucinations génitales. Celles-ci sont d'une extrême fréquence, el nulles ne sont accompagnées de plus d'interprétations délirantes. Elles eurent une floraison particulièrement riche au moyen âge chez les possé dées, les sorcières incubes et succubes (V. Démonomanie). Elles se rencontrent chez les délirants systématisés. Chez les mystiques elles peuvent atteindre une intensité extrême (sainte Thérèse). Les rêves erotiques en sont sans doute fréquemment le point de départ.

L'homme explique ses pertes séminales parce qu'on lui suce le sperme la nuit; la femme se sent violée. Ces malades sont particulièrement dangereux par leurs tendances à la vengeance contre leurs ennemis imaginaire-.

La sensibilité générale et viscérale est affectée dans la plupart des cas de délires systématisés (v. c. m.). L'intensité des hallucinations de ce genre est des plus variables ; elles vont de la simple fatigue du neurasthénique aux sensations anormales de l'hypocondriaque, sensations qui atteignent chez les persécutés les modes les plus étranges, préparant les transformations delà personnalité; elles s'accompagnent généralement d'interprétations délirantes qui, dans les récits de malades, s'intriquent intimement avec elles. Elles sont parfois le point de départ d'idées de possession, de zoopathie interne, de négation.

Les hallucinations du sens musculaire se rattachent intimement aux hallucinations cénesthésiques, se confondent même avec elles ; elle> se traduisent par des fausses sensations de déplacement, de transport, soil partielles, soit de tout le corps; dans ce dernier cas, on peut se demander s'il ne s'agit pas, non de véritables hallucinations musculaires, mais de troubles ayant leur origine réelle dans les organes de l'équilibre. On en retrouve le type dans la sensation de chute, de planement que chacun peut avoir éprouvé dans le rêve ; il semble même que, chez les aliénés qui accusent de semblables symptômes, il n'y ait là que des souvenirs de rêves.

Les hallucinations psycho-motrices forment une classe à part; on désigne sous ce nom le phénomène par lequel le malade entend comme partant non point de l'extérieur, mais de son organisme même, les sons hallucinatoires. Il les localise, non dans ses organes auditifs, mais dans sa tête, sa bouche, sa poitrine, son abdomen (fig. 3G). Il ne les extériorise pas. On peut conserver l'ancien terme d'hallucination psychique, imposé par Baillarger à tous les faits de cet ordre, pour désigner ceux dans lesquels il n'existe qu'une image tonale ainsi localisée ; les hallucinations psychomotrices (Séglas) seraient alors celles dans lesquelles ce phénomène sac-

Hallucinations.

compagnerait de symptômes verbaux-moteurs. A l'heure actuelle, on a tendance à confondre ces deux espèces, el de l'ail elles coexistent souvent.

La teneur des hallucinations psychiques est identique aux hallucinations auditives vulgaires: mais, plus fréquemment peut-être, elles affectent le mode de colloques entre le patient el son hallucination

Souvent elles se présentent sous la forme bien spéciale, dont il a déjà été question plus haut, dénommée par les malades mômes, écho de la pensée, ou encore double pensée \ le phénomène se présente sous deux formes, soil que la pensée du malade soit répétée par l'hallucination, soit que celle-ci lui paraisse précéder la pensée, la deviner. On conçoit facilement les troubles intenses et les réactions qui peuvent accompagner de semblables symptômes; parfois cependant les malades se bornent à s'en étonner, quelques-uns s'en glorifient, trouvant là un indice de supériorité mentale (prophélisme). Suivant les cas, les malades les manifestent de la façon la plus évidente dans leurs gestes et leurs discours (fig. 37) ; ou au contraire tout à fait réticents, ne les laissent deviner que par leur attitude et un marmottement perpétuel. Ils expriment leurs sensations (Tune façon pittoresque : cela leur parle dans les dents, dans la tête, cela fait marcher la langue malgré soi; ou bien ils les -attribuent à des puissances occultes: c'est Satan, c'est les broyeurs de dénis, etc. Le prophétisme s'accompagne souvent d'hallucinations psychomotrices. Une formule consacrée des prophètes hébreux est textuellement: « Ainsi parla Jahvé 'fans ma bouche. » Les hallucinations psychomotrices s'accompagnent parfois d'hallucinations musculaires vulgaires el de mouvements inconscients, comme certains spirites en montrent un exemple typique (V. Spiritisme).

Les hallucinations psycho-motrices appartiennenl essentiellement aux cas chroniques; néanmoins, on ne doil pas les considérer comme un indice certain de chronicité, car elles s'observenl à l'état sporadique, dans quelques hallucinoses curables. Elles ne sont pas, comme on tend à l'admettre, un phénomène lardif uniquement, mais aussi, el même souvent, un symptôme précoce. Elles peuvenl prédominer à ce point la scène morbide «pie dans nombre de cas on serait Lente de distinguer une hallucinose psycho -motrice pure : parmi ces cas, de très frappants se présenlenl dans le jeune âge, el il existe, -;m^ nul doute à mon a\i>. une hébéphrénie se caractérisant principalement par le syndrome psycho-moteur (fig. 56)

La nature de l'hallucination psycho-motrice esl certes bien spéciale. <m est <'ii droil de considérer cette hallucination comme due au fonction-

ig. 36.

avant <lr?

motrices.

mains su les halluî

Vttitude d'une malade hallucinal i<>ns psycho- Elle presse des deux abdomen d'où parlent nal i< mi- Trénel .

Hallucinations.

écorce, el . plus élroite- Les cas de paralysie lallucinations psycho-motrices, où Sérieux a trouvé des

nemenl anormal de certains Lerritoires limités de ment, des lerritoires de la zone motrice verbal* générale avec hallucina'

lésions localisées aux régions susdites, viennenl à l'appui de cette opinion el éclairenl singulièrement toute la question de l'origine des hallucinations.

On rapproche en \ 1 1 <*magne les hallucinations psychiques des pseudo - hallucinations ( Hayem, Kandinsk) |, dites encore hallucinations de Vaperception (Kahlbaum), hallucinations imaginatives (Kraepelin), qui ne seraient que des représentations mentales très vives, mais n'atteignant pas la dignité dan phénomène sensoriel comme l'hallucination vraie.

Les hallucinations

réflexes ou combi-

% JfcjBak^-' \ nées sonl celles qui

sont produites dans un sens à la suite d'hallucinations d'un autre sens. Ces faits rares sont d'une interprétation discutable. Le phénomène connu sous le nom d'audition colorée en est comme la forme élémentaire : il consiste à percevoir telle ou telle couleur définie en entendant tel ou tel son défini. Des hallucinations de tous les sens, et en particulier de la vue, peuvent êlre suscitées par des hallucinations de l'ouïe; nous proposons pour ce phénomène le terme de visualisation ou de reflet de la pensée (par imitalion d'écho de la pensée) ; les hallucinations verbales graphiques (Séglas) sont du même ordre. Ce sont surtout les hallucinations psycho-motrices qui se présentent sous la forme combinée (Séglas). Mais on doit se garder de prendre pour des hallucinations véritables ce qui n'est souvent qu'interprétations variées consécutives à des hallucinations. Le malade renchéri l fréquemment sur son délire, il le perfectionne, le complète pour ainsi dire.

Diagnostic des hallucinations. -- L'existence des hallucinations csl en général évidente ; elle se traduit par des attitudes, des gestes, une mimique, des discours pour le détail desquels nous renvoyons aux articles sur les diverses maladies mentales. Mais parfois les malades les cachent

Fie. 5'

Attitude d'une malade ayant des hallucinations psycho-motrices (Trénel).

9()5 Hallux valgus.

volontairement pour donner le change, et une observation prolongée peut seule permettre de les surprendre. D'ailleurs, chez les malades les plus réticents même, on finit toujours par les dépister. Comme nous l'avons indiqué chemin faisant, il peut être difficile de distinguer nettement dans certains cas ce qui appartient à l'hallucination même et ce qui n'est que phénomène surajouté par les interprétations délirantes. Mais il n'y a là que des nuances qui n'influent guère sur le diagnostic même des affections où on les rencontre, tels que les délires systématisés. .1/. TRÊNEL.

HALLUX VALGUS. — L'hallux valgus est la déviation en dehors du gros orteil. Cette affection très fréquente s'observe plus souvent chez la femme. On signale des cas congénitaux, ils sont tout à fait rares et s'accompagnent toujours d'autres malformations. L'hallux valgus est une affection de l'adulte et du vieillard. Il semble que les individus qui marchent beaucoup y sont prédisposés.

Les lésions siègent principalement sur la tête du 1er métatarsien, qui saillant en dedans n'est plus articulaire que dans sa partie externe. Il y a presque toujours torsion de cet os dont la face supérieure devient interne. Les sésamoïdes se sont déplacés, l'interne passe sur la face antérieure de la tête métatarsienne, l'externe s'enfonce comme un coin entre les deux premiers métatarsiens qui s'écartent souvent de 2 à o centimètres. L'articulation est le siège de lésions d'arthrites sèches. La phalange est peu modifiée, elle est seulement déplacée en dehors ; le tendon inférieur (fléchisseur de l'orteil) reste dans sa gaine, tandis qu'en haut l'extenseur se luxe en dehors, si bien que par sa contracture il exagère la déformation. La peau est épaissie sur la saillie métatarsienne et presque toujours il se forme un durillon au-dessous duquel est une bourse séreuse.

L'hallux valgus peut reconnaître des causes multiples. Le port de chaussures trop (droites est quelquefois incriminé et 'généralement sans raison. La contracture des muscles abducteurs ou la paralysie des abducteurs peut être une cause d'hallux valgus; dans tous les cas l'action de l'extenseur contribue à maintenir et à aggraver la lésion.

Le relâchement des ligamenls externes ou la rétraction des ligaments internes produisent l'hallux valgus. Le rhumatisme chronique en déterminant des lésions articulaires, peut être la cause d'hallux valgus. Mais il esl probable que généralement la déformai ion es! produite par une hyperostose de la partie interne de la tète métatarsienne.

Cliniquement, l'affection est des plus faciles à reconnaître. Le gros orteil

B6 place à angle obtus ou droit sur le deuxième : il passe presque toujours

au-dessous des orteils voisins, mais il peut se placer au-dessus. Au début, l'affection esl indolore, mais, quand il s'est formé un durillon, les douleurs peuvent être très \i\es sous l'influence de chaussures trop étroites ou dans certaine- conditions climatériques.

L'affection esl généralement symétrique, mais un côté se développe davantage, ^près des années, quand le malade esl trop gêné, il réclame une intervention. C'esl souvenl à cause de la suppuration de l'hygroma que le malade esl appelé à consulter le médecin.

Hamamélis de Virginie.

valgus, il faut

Traitement. Pour prévenir la production de l'hallux recommander au malade de porter des chaussures larges à talon bas. Quand la lésion est peu accentuée, on peul construire un petit appareil en guttapercha prenant point d'appui sur le bord interne du pied h redressant l'orteil. Le traitement opératoire est la seule manière de guérir l'hallux valgus confirmé. Il est toujours bon de fixer le tendon extenseur pour empéchersa déviation en dehors. On a proposé de faire une résection typique de l'extré-

Fig. 38. — Traitement opératoire de l'hallux valgus. Incision qui permet de réséquer la bourse séreuse sous-cutanée (Labey).

zr.*i

Fig. 59. — L'articulation est ouvert (Labey.)

Fig. 40. — Les plans fibreux qui s'insèrent sur la tête sont désinsérés (Labey).

Fig.il.

La tête est fixée prête à èlre réséquée (Labey).

mité du 1er métatarsien (fig. 58, 59, 40, 41). Par cette intervention on réduit facilement la déformation, mais il reste une ankylose ou une pseudarthrose qui peut être douloureuse.

Le mieux est de conserver les mouvements de l'articulation en respectant le segment articulaire du Ier métatarsien. VICTOR VEAU.

HAMAMÉLIS DE VIRGINIE — Les feuilles de VHamamelis virgmka (Hamamélidées) servent à préparer un extrait, un extrait fluide et une teinture, qui s'emploient à la dose de 4 à 12 gr. par jour. On utilise leur effet vaso-constricteur contre les hémorragies veineuses ou capillaires, les poussées con-

gestives variqueuses ou hémorroïdaires, contre certaines métrorragies. laines hémoptysies.

cer-

Hanche (Luxation congénitale).

Élixir (hémorroïdes).

Extrait fluide d'hamamélis 50 grammes.

Teinture de bourgeons de peupliers 90

Sirop d'écorces d'oranges amères 60 —

ù à 4 cuillerées à soupe par jour.

Potion (Dujardin-Beaumetz).

XX gouttes.

Teinture de vanille.

Extrait fluide d'ha-

mamelis virginiea. / Sirop d'écorces d'o- ^

ranges amères . .

à 6 cuillerées à café par jour.

50 grammes.

On se trouve bien parfois de faire alterner l'hamamélis avec l'ergot de seigle et l'hydrastis canadensis (v. c. m.) ou d'associer les trois médicaments ; le mélange noir et trouble des extraits fluide d'hamamelis virginiea et d'hydrastis canadensis se clarifie par addition de quelques gouttes d'un acide fort ou d'une certaine quantité de glycérine.

Potion (Martinet).

Extrait fluide d'ha- \

mamelis virginiea. ra 20 grammes.

Extrait luide d'hv- i

drastis canadensis Glycérine neutre O.

Une cuiller à café 3 ou

fois par jour.

Pommade contre les hémorroïdes (Brocq).

Ergotine

Extrait fluide d'hamamelis virginiea. )

Teinture de benjoin. 10

Lanoline ....

Vaseline ....

Usage externe.

> aa 2 grammes.

Mixture (métrorragies). Teinture d'hamamelis. 20 grammes.

— d'hydrastis. . 7

Ergotine .10

Alcoolat d'essence de

térébenthine 40

Cuiller à café, 6 à 8 fois par jour, dans un demi-verre d'infusion sucrée de petite centaurée.

Suppositoires.

Extrait de belladone. . .

Chlorhydrate de cocaïne.

Extrait sec d'hamamelis.

Orthoforme

Beurre de cacao

Pour un suppositoire.

0 gr. 02 0 gr. 05 0 gr. 10

Ta C». S.

HANCHE (ARTHRITES). — V. Akthrites, Coxalgie, Coxa vara.

HANCHE (LUXATION CONGENITALE)

La luxation congénitale de la hanche.

étudiée depuis longtemps par Dupuytren, Humberl (de Morlay), Pravaz, Jules Guérin, Verneuil, n'est bien connue que depuis une vingtaine d'années, quand on commença à la traiter et qu'on sut la guérir (Paci, Hoffa, Lorenz).

Étiologie. — La luxation congénitale ne s'observe guère qu'à la hanche. Sur 100 luxai ions congénitales il y en a 91 à la hanche (Kronlein). — D'après Lorentz il y aurait 1 luxation congénitale sur 100 filles.

Le sexe a. (Mi effet, une importance considérable, l'affection es I 7 l'ois plus fréquente chez les filles que chez les garçons. Elle s'observe nussi bien ;• droite qu'à gauche : elle esl double dans I 3 des cas.

L'influence de L'hérédité esl plus considérable que pour toutes les autres malformations. Le médecin doit examiner très minutieusemenl les jeunes enfants dans nue famille prédisposée. C'est probablement pour celle raison <pie la luxation congénitale esl Lrès fréquente dans certaines contrées (Bretagne).

\<>ii> sommes mal !i\és sur le rôle <\<^ r;ic<>->.

Pathogénie. Le traumatisme ;» été invoqué pendant la grossesse (Cruveilhier) cl surtoul au momenl de l'accouchement (J.-L. Petit, Bro

Hanche (Luxation congénitale). 206

dhurst). Mais les luxations traumaliques au cours de l'accouchemenl sonl très exceptionnelles et n'ont pas les caractères <1<- la luxation congénitale. Dupuytren ei l'oser incriminenl sans preuve une position anormal*' du fœtus (flexion forcée el adduction de la cuisse).

Diverses altérations primitives de la jointure oui été accusées de produire la luxation congénitale : hydarthrose intra-utérine | Parise). coxalgie | Broca). ossification prématurée du cartilage en Y (Dôllinger, Grawitz).

'La théorie de Verneuîl a joui d'une grande faveur. La luxation sérail l<résultai d'une paralysie des fessiers consécutive à une altération du système nerveux, ('elle théorie explique ce l'ait que la luxation n'est pas effectuée à la naissance, elle s'accuse progressivement quand reniant tend à marcher. On lui objecte que l'examen histologique des muscles a toujours été négatif cl que les vraies luxations paralytiques ont une autre allure clinique.

La luxation congénitale est un arrêt de développement régional | Kirmisson). Le Damany a montré (1904) qu'elle tient à l'évolution phylogéné tique de la cavité cotyloïde qui regarde en avant chez les animaux (situation définitive) et chez le jeune fœtus (situation transitoire). La cavité -<• déplace pendant la vie intra-utérine pour regarder en dehors : il s'ensuit une torsion de compensation dans le col du fémur. Si l'évolution de ces deux segments ne concorde pas, il y a amorce de luxation (luxation anthropologique).

Lésions. — La luxation congénitale de la hanche se fait toujours en haut ou en arrière. Les cas de luxation antérieure pubienne ou inférieure ischiatique sont des curiosités pathologiques. La luxation supérieure (suscotyloïdienne) s'observe surtout chez le jeune enfant. La variété postérieure (iliaque) est la règle chez l'adolescent ou l'adulte, comme si la tête sortait par le pôle supérieur de la cavité et se déviait ensuite en arrière. En effet, la tête évolue avec l'âge : la luxation n'existe pas encore à la naissance, elle se forme dans les premières années et se transforme pendant l'adolescence.

A la naissance il n'y a pas encore de vrai déplacement, la tête est en regard de la cavité cotyloïde ou chevauche à peine sur le rebord postérosupérieur. Cette cavité n'a pas la même profondeur, les bords sont sans relief. La tête fémorale, plus petite, n'est pas régulièrement sphérique, mais aplatie. La cavité aplatie est trop grande pour une tête petite. La capsule est peu modifiée, mais elle est plus lâche que normalement et se laisse facilement effondrer par la tête du côté de la fosse iliaque externe : le ligament rond manque rarement.

Chez l'enfant, à l'âge où on traite la maladie, les lésions sont tout autres. La tête est sortie en refoulant la capsule qui la coiffe, elle est dans la fosse iliaque externe.

La cavité cotyloïde existe encore, mais petite et moins profonde que normalement, elle commence à devenir triangulaire. Un bourrelet net limite cette cavité. Ce rebord a une grosse importance pour la réduction et le maintien de la tête réduite. Généralement il est très net en avant et en haut; il est souvent assez marqué en arrière. Au moment de la réduction il faut que la tête s'abaisse pour qu'elle dépasse ce butoir postérieur. Si le

207 Hanche (Luxation congénitale).

rebord est saillant, la réduction est difficile, mais le maintien en bonne position est assuré.

D'autres fois, surtout dans le jeune âge, la saillie est peu marquée, la réduction peut être très facile, mais alors elle se reproduit facilement.

La tête se place quelquefois au-dessus du cotyle (fait rare), elle est généralement en arrière dans la fosse iliaque externe, mais non au contact de l'os, puisqu'elle a entraîné avec elle la capsule qui la coiffe. Comme elle n'a contact que par sa face antérieure elle s'aplatit, le cartilage disparaît sur sa face postérieure, elle est petite, mais jusqu'à 10 ans elle est presque toujours suffisante pour être réduite.

Le col est aussi très modifié, toujours plus court, tantôt plus horizontal (Lorentz), tantôt plus vertical (Kirmisson). Il est généralement déjeté en arrière ; aussi, quand on aura réduit cette luxation, la cuisse sera souvent en rotation externe.

La capsule s'est modifiée très inégalement. En avant, le ligament de Bertin se trouve relâché, puisque son insertion s'est élevée et reportée en arrière, il passe comme un voile sur la cavité déshabitée ; il se sclérose. s'épaissit avec l'âge et peut constituer un obstacle à la réduction. Inversement, la partie postéro-supéricure de la capsule s'est laissée effondrer ; elle s'amincit et forme une coque qui sépare la tête de la paroi iliaque ; entre la cavité ancienne déshabitée cotyloïdienne et la cavité normale iliaque, il y a une amorce de rétrécissement (disposition en sablier) ; mais, chez l'enfant, le rétrécissement n'est pas tel que la tête ne puisse le franchir. La capsule est très vasculaire et saignait beaucoup quand on faisait des interventions sanglantes.

Ed résumé, l'examen anatomique montre que la réduction est possible. J'ai pu le constater sur une pièce provenant d'un enfant traité par M. Brun. Les discussions semblent donc tranchées. Ce n'est pas toujours une reposition; comme le prétendait Paci, mais. souvent une réduction, comme le soutenait Lorentz.

Chez l'adolescent et chez l'adulte, les lésions sont, définitives. La cavité déshabitée est réduite à une dépression qui a la forme d'un triangle à base postéro-supérieure ; elle a perdu son cartilage et est comblée par nue épaisse masse fibreuse, reliquat du ligament de Bertin.

La tête a perdu droit.de domicile dans l'ancienne cavité. La nouvelle cavité se présente sous deux formes tirs différentes : tantôt il existe un loil osseux sur lequel s'appuie la tête ; ce fait s'observe surtout dans les luxa lions supérieures. La luxation appuyée n'a pas tendance à s'exagérer. La malade marche 1res convenablement. Tantôt la tète n'esl arrêtée que par des plans fibreux (capsules, muscles fessiers) qui se laissent effondrer progressivement. La tête est folle le plus souvent dans la luxation iliaque. Les malades sont de véritables infirmes.

Les muscles se rétractent ; les adducteurs, le pectine, sont particulièrement atteints ; il faut les rompre on les sectionner lors de la réduction.

Symptômes. — La luxation congénitale n'esl pas reconnue à la nais sanre. puisque nous. avons vu «pie la malformation n'esl pas encore consti Luée. L'enfanI commence ;i marcher lard, vers l'âge de is mois on «!<•

Hanche (Luxation congénitale).

Wx

2 ans. D'où celle règle de conduite donl le médecin ne devrai! jamais se départir : faire radiographier Ions les enfants qui ne marchent pas à 16 mois (fig. \-l). On pourrai! souvent prévoir l'infirmité grave qui menace l'en fa ni el en prévenir les parents.

La claudication esi caractéristique quand la jambe malade repose à terre an moment où elle devrai I supporter le poids <ln corps, le Lronc s'effondre brusquement <lu côté correspondant. Quand la luxation est bilatérale, la

Fig. iv2. — Radiographie d'une luxation congénitale de la hanche.

démarche de l'enfant rappelle celle des canards. Celle claudication est d'autant plus marquée que la luxation est plus postérieure et moins appuyée. Il est à remarquer que l'enfant boite moins quand il marche vite ; la claudication peut même disparaître pendant la course, la danse.

L'enfant se fatigue vite, tombe souvent.

La déformation s'accentue avec l'âge. C'est debout qu'elle est le pins marquée. Dans la luxation unilatérale, il faut avoir soin d'examiner l'enfant reposant sur la jambe malade. La déformation esl constituée par trois facteurs: ascension du trochanter, vacuité de la cavité cotyloïde, ensellure lombaire.

La Ggure i."> montre la saillie du grand trochanter, accentuée encore dans la figure 44. Il s'ensuit que la région semble élargie. Le pli inguinal est déformé, et souvent une dépression manifeste se voit au niveau de la cavité

Hanche (Luxation congénitale) ,

cotyloïde, que la palpation montre déshabitée. L'ensellure lombaire est toujours marquée ; elle est d'autant plus évidente, que la tête est plus postérieure ; elle s'accentue avec l'âge.

Le raccourcissement est apparent à la vue, et la mensuration le montre variant de quelques millimètres chez les jeunes enfants, jusqu'à 0 ou 8

centimètres chez l'adolescent. On trouve cette longueur en mesurant la hauteur du trochanter au-dessus de la ligne de Nélaton-Roser.

Flg. 15. Luxation congénitale <!<■ la hanche gauche, abaissement considérable du bassin <lu côté malade Kirmisson .

Fig. il.

Double luxation congénitale <lo la hanche

Kirmisson).

La palpation permel de reconnaître la situation de la tête. Dans la variété sus cotyloïdienne, cette tête es! sentie en dehors <le l'artère fémorale, mais elle <isl masquée par les muscles couturier, tenseur du fascia lata. Dans la variété iliaque, la tête es! facilement reconnue sur la face externe <!<• l'os iliaque lantô! près <lu cotyle, d'autres fois plus en arrière el plus haut.

Les mouvement* doivent être recherchés : ils indiquent le degré de rétractions musculaires. Pendant les premières années, les mouvements

Hanche (Luxation congénitale). 2 1 0

normaux d'adduction, de flexion, de rotation externe, peuvent être exagérés. Mais, à partir de ."> ;ms. l'abduction commence à se limiter.

En tirant suivant l'axe <lu membre, on peut l'allonger de 3 ou \ centimètres.

La radiographie esl le complément nécessaire de tout examen de luxation congénitale.

Pronostic. Évolution Complications. La luxation congénitale de la hanche est une affection grave ; les médecins ne sauraient trop insister auprès des parents sur cette infirmité qui rendra le malade impotent. Cette gravité est une raison qui milite en faveur du traitement, quelque incertain que puisse être le résultat.

Le sort de ces malades est d'ailleurs .variable suivant que la luxation esl appuyée ou ballante. La luxation appuyée est compatible avec une existence active. Le malade conserve une claudication disgracieuse, mais il peut marcher. Au contraire, dans la luxation ballante, la tête remonte progressivement, les déformations s'accentuent, les douleurs provoquées par l'arthrite font de ces malades de véritables impotents qui passent leur vie couchés ou assis.

Les attitudes vicieuses que prend l'enfant pour corriger la malformation créenl des dé formations qui peuvent devenir des complications. Le pied sain s'aplatit en raison de la surcharge, le genu valgum n'est pas rare. Le pied du côté malade se place en équinisme pour suppléer au raccourcissement de la jambe, il se creuse et bientôt le tendon d'Achille se rétracte : la déformation est définitive.

Du côté de la colonne il y a scoliose, en cas de luxation unilatérale : la lordose, dans les luxations bilatérales, peut atteindre de grandes proportions.

L'aplatissement du bassin peut être une cause de dystocie.

V arthrite est la complication la plus à craindre, car elle crée l'impotence; elle succède quelquefois à un traumatisme, elle peut être tuberculeuse. Elle ne s'observe guère qu'à partir de l'adolescence.

Diagnostic. — La fréquence de la luxation congénitale comparée aux autres affections de la hanche rend le diagnostic facile. J'ai montré qu'il était impossible à la naissance, et très difficile à la fin de la première année. On devrait faire une radiographie de tout enfant (surtout les filles) qui ne marche pas au 15e mois.

La coxa vara (v. c. m.), l'inégalité de longueur des membres inférieurs peuvent simuler la claudication de la coxalgie. L'arthrite suppurée de la hanche chez les nourrissons peut détruire la tête et provoquer une pseudoluxation (Ducroquet). La paralysie des muscles fessiers est très rare. On sera facilement fixé par l'examen clinique et radiographique.

Traitement. — La gravité de la luxation congénitale est telle que le praticien commettrait une lourde faute de ne pas conseiller le traitement. Sans doute on ne guérit pas facilement et sûrement les enfants atteints de cette infirmité, mais on améliore toujours.

La réduction sanglante (méthode de Hoffa) est actuellement abandonnée, les dangers de l'intervention, la fréquence des récidives et surtout les rai-

Hanche (Luxation congénitale),

deurs et les ankyloses qui comprome liraient le résultat clans les cas les plus heureux firent de plus en plus réduire ses indications (Nové-Josserand).

La réduction non sanglante (Paci-Lorenz-Brun) est la méthode de choix.

L'âge de l'enfant a une très grosse importance sur les résultats. Il faut attendre que les enfants soient propres, aussi n'opère-t-on guère avant 2 ans. Passé 6 ans, les difficultés sont croissantes et à 10 ans la réduction est possible mais très aléatoire. C'est dans ces cas qu'on a observé les blessures des nerfs.

Dans les luxations bilatérales, chaque côté sera traité alternativement.

1° Immobilisation du bassin (fig. 45). — L'aide appuie très fortement sur la cuisse fléchie, comme s'il voulait l'enfoncer dans l'abdomen. Cette immobi lisation a une très grosse importance, l'aide qui l'assure doit être vigoureux.

2° Rupture des muscles qui s'opposent à la réduction.

Les adducteurs sont le principal obstacle, ils se tendentquand la cuisse est placée en demiflexion et abduction. Dans cette altitude le chirurgien les rompt <*n exécutant sur eux avec le poing fermé un mouvement <l<' vaet-vient comme s'il voulait les scier, pendant que sa main gauche, cramponnée au genou, cherche ;'■ exagérer l'adduction(fig.46):

il se forme bientôt Fig. 46. — Rupture des adducteurs (Brun et Ducroquel

une encoche correspondant à la rupture. Ce temps est long, toujours pénible. Pour compléter la mobilisation, <>n exécute des mouvements étendus de circumduction.

5° Réduction. - - On l'ail cheminer la tête le long du bord postérieur du cotyle h, quand elle est assez abaissée, on lui fait sauter ce bord.

a) L'opérateur, saisissant ;i pleine main droite l'extrémité inférieure de la cuisse demi-fléchie, exerce un triple mouvement de traction, flexion, rotation

Fig. 45. — Immobilisation du bassin (Brun et Ducroquet).

Hanche (Luxation congénitale).

Fig. 47. — Première manœuvre et réduction. Flexion (Brun et Ducroquet).

externe (fig. 17), pendanl que niiiiii gauche embrassant le trochanter cherche ;i l'abaisser.

b) Quand la tête est arrivée en regard du serment inférieur du co- Lyle, l'opérateur porte la cuisse en abduction (fig. 48) ; généralement la réduction s'opère à ce moment, on perçoit un craquement particulier,

quelquefois assez fort pour être entendu des assistants, en même temps on constate un ressaut de l'extrémité fémorale et un effacement de la région trochantérienne.

Si la réduction ne se produit pas au moment de

is.

Deuxième manœuvre. Abduction (Brun et Ducroquet).

Fjg. 19.

Propulsion de la tète en avant (Brun et Ducroquet).

l'abduction de la cuisse, on peul exécuter la manœuvre indiquée figure 49.

Généralement, quand la lèle est bien réduite, elle est fixée dans l'attitude d'abduction. Pour contrôler la réalité de la réduction, on

Hanche (Luxation congénitale),

provoque la luxation en diminuant l'abduction et la rotation externe. On la réduit de la façon que j'ai indiquée.

4° Immobilisation. — Premier appareil plâtré. — L'enfant est porté sur le pelvi-support (fig. 50) dans l'attitude d'abduction et rotation externe, un aide

Fig. 50. — Position de l'enfant pendant l'application de l'appareil plàtiv (1™ position) (Brun et Ducroquet).

l'immobilise très soigneusement dans cette attitude. C'est généralement à ce moment que la luxation se reproduit; aussi a-t-on construit des tables de réduction compliquées mais souvent utiles (Schedé, Ducroquet). Sur un

Fig. 51. L'enfanl r^i placé sur le petil support de Ducroquet. Il est habillé d'un maillot, dans l'attitude fixe où sera confectionné l'appareil plâtré.

maillot très tendu on place un appareil plâtré descendant jusqu au mollet et montant bien les épines iliaques, le pubis et la rotule (fig. M ).

Pendant 2 à 3 mois l'enfanl est maintenu an lil dans ce! appareil.

Le second appareil se place en extension, rotation externe. L'enfanl esl

Hanche (Luxations traumatiques).

endormi, on enlève le plâtre et on procède avec précaution ;i ce changement déposition (fi g. 52). Les manœuvres nécessaires son! parfois assez laborieuses el il faul agir avec prudence, car on produil souvenl des décollements épiphysaires des extrémités supérieures ou inférieures du fémur. Un nouvel appareil esl confectionné, il pestera en place 6à 8 semaines.

La troisième position peut être obtenue sans Hdoroforme chez les sujets résis tants. Le membre est placé dans la rectitude el en rotation interne (fig. 53).

Ce nouvel appareil est enlevé après 6 semaines. Alors commence un traitement long, pénible et très important, qui doit faire disparaître la raideur de la hanche toujours considérable et reproduire les muscles de la fesse et de la cuisse atrophiés.

L'enfant sera condamné au repos absolu pendant quelques semaines, on fera des massages sans chercher à mobiliser la hanche, puis peu à peu on fera de très légers mouvements de flexion; quand celle-ci sera possible, on essaiera l'abduction. Ce traitement consécutif est très délicat, sa durée est variable. Le traitement d'une luxation congénitale est rarement inférieur à une année.

Traitement palliatif. — Quand les enfants ont dépassé l'âge de 1:2 ans. on ne peut provoquer qu'un traitement palliatif commandé souvent par les complications. La résection de la tête n'est indiquée que si les douleurs sont violentes et tenaces. L'ostéotomie sous-trochantérienne (Kirmisson) améliore l'état des malades chez qui l'adduction est très marquée.

L'immobilisation dans un appareil plâtré est la seule ressource dans les arthrites.

La ceinture orthopédique soulage les malades. Dupuytren a construit un appareil qui cherche à soutenir le trochanter en prenant point d'appui sous les aisselles. Lange, Schedé ont imaginé des ceintures légèrement différentes. VICTOR VEAU.

Fig. 52. — Immobilisation en seconde attitude (Ducroquet).

mmobilisation en troisième attitude (Dueroquet).

HANCHE (LUXATIONS TRAUMATIQUES). — On les divise avec les classiques, depuis Bigelow, en luxations irrégulières, dans lesquelles le ligament antérieur en Y ou en V de Bertin est arraché, ce qui permet à la tête de prendre une position quelconque avec une attitude quelconque du membre, — et en luxations régulières, dans lesquelles l'intégrité du ligament de Bertin impose au membre une position toujours fixe pour une situation donnée de

Hanche (Luxations traumatiques).

la tête fémorale. Ces luxations régulières peuvent être primitives ou secondaires. Dans les primitive*, la tête sort par un point variable de la capsule pour occuper directement sa position fixe extra-articulaire. Dans les secondaires, la tête sort de la capsule, toujours par le même point, par la face inférieure, et n'atteint qu'indirectement sa situation définitive, après avoir occupé des positions intermédiaires et temporaires.

C'est à peu près uniquement des luxations régulières et secondaires que nous entendons parler.

Étiologie. — Cette lésion traumatique est relativement rare. C'est un accident de l'âge adulte, bien qu'on en connaisse des cas exceptionnels dans le jeune âge; on la trouve avec une grande prédominance chez l'homme. On la rencontre à la suite de violents traumatismes (éboulement, chutes de grande hauteur, écrasement sous une voiture très chargée). Ces traumatismes agissent directement sur la hanche, ou indirectement, sur le fémur, le bassin étant fixe — ou sur le bassin, la cuisse étant fixe.

Mécanisme. Lésions. — Il est essentiel à connaître, car on doit raisonner les manœuvres de réduction dans chaque variété, pour faire parcourir en sens inverse, à la tête luxée, le chemin qu'elle a fait, lors de son déplacement traumatique.

1° Luxation primaire par flexion directe. — Dans la flexion forcée sur le bassin, la tête fémorale saille à la partie inférieure de l'acétabulum, distendant la capsule dans sa partie la plus mince; celle-ci peut céder, la tète fémorale sort après déchirure du ligament rond et se place juste au-dessous de la cavité cotyloïde, s'arc-boutant contre le bord de l'acétabulum sur un point d'appui étroit et glissant : aussi cette forme, luxation sous-cotyloïdienne, est-elle très instable (fig. 54).

La capsule esl intacte partout, sauf au niveau de l'orifice de sortie inférieur. Le fémur figure désormais un levier coudé à blanches l îès inégales dont le point d'appui voisin de la coudure répond à l'insertion de La capsule et des muscles périarticulaires. Les 2 branches du levier se déplaceront toujours en sens inverse.

2° Orientation secondaire de la luxation par rotation dans la flexion directe. — Après la sortie de la tête, le moindre mouvement de rotation de la cuisse poussera la tête hors de sa situation sous-cotyloïdienne si instable et ceci sans augmentation sensible des lésions capsulai res. Une rotation interne de la cuisse porte la tête fémorale en arrière et en dehors sur la tube rosi té de l'ischion : c'est la luxation $ous-i$ckiatique\ désormais le déplacement esl amorcé par celle rotation surajoutée à la flexion, en arrière du plan passant par le centre de la cotyloïde, dans le sens dorsal par conséquent.

Fiff.54.

.ii\;iii(iu sous-cotj loïdienne (Bigelow .

Hanche (Luxations traumatiques).

Une légère rotation externe de la cuisse déplace d<- même la tête dans le sens ventral : celle-ci se porte en regard H un peu en dehors de la branche ischio-pubienne, au voisinage du périnée : d'où le nom de luxation périnéale latérale : peut-être vaudrait-il mieux dire luxation ischio-pubienne.

3° Évolution tertiaire par extension progressive. La force qui agil alors sur le membre el qui es! ou bien le simple poids du membre, si le traumatisme esl (''puis*'', ou bien la force traumatisante elle-même, se décompose par suite do la résistance que forment les ligaments el les muscles en deux forces, l'une verticale, l'autre horizontale, dont la résultante est variable. On peu! dire, en tous cas, que, grâce ;'i la résistance de la capsule et des muscles, ['extension ne peut jamais se faire directement : elle se fait pour les déplacements ventraux par abduction, pour les déplacements dorsaux par adduction, et le mouvement de latéralité de la cuisse esl d'autant plus accusé que le degré d'extension permis par les lésions capsulaires est moins accentué : il y a entre les deux mouvements un rapport inverse. a) Déplacements ventraux. — Si la capsule articulaire et les ligaments résistent obstinément, la force verticale ne peut se satisfaire, l'extension est impossible, la cuisse reste en flexion à angle droit, toute la force traumatisante agit dans le sens horizontal:

l'abduction est très marquée : la tête fémorale ne peut pas remonter (puisque la cuisse ne descend pas), mais elle se porte beaucoup plus loin en dedans et en avant : on peut la trouver sur la ligne médiane du périnée.

Pope l'a rencontrée sous le scrotum. Hodder sous le pubis. C'est la luxation périnéale médiane ou périnéale vraie.

La capsule peut céder plus largement en bas ; sa partie antérieure s'arrache jusqu'au ligament pubo-fémoral qui est éraillé. Un peu d'extension est possible ; la cuisse se met en demiflexion : l'intégrité du faisceau vertical du ligament de Berlin ne permettrait plus d'extension que si la tête pouvait monter plus haut, car celle-ci est arrêtée par la capsule qui la bride et le point d'appui qu'elle prend sur le bord antérieur de la cavité cotyloïde : elle est en regard du trou ovale. La cuisse demi-fléchie est dans la rotation externe et en abduction moyenne. C'est la luxation obturatrice ou oualaire (fig. 55).

Si tout le ligament pubo-fémoral cède ainsi que la partie antéro-interne de la capsule, la tête, n'étant plus bridée, perd son contact osseux et peut monter. Elle vient se placer au-devant de la branche horizontale du pubis :

Fis.

Luxation obturatrice (Bigelow).

Hanche (Luxations traumatiques),

c'est la luxation pubienne (fig. 56). La lête étant montée, le faisceau vertical de Berlin permet une extension beaucoup plus étendue sinon absolument complète. La cuisse est donc presque droite en abduction très légère et toujours en rotation externe.

Si toute la partie antéro-interne de la capsule a cédé jusqu'à l'insertion du ligament de Berlin, la tête peut monter encore plus haut et venir reposer sur le bord supérieur du cotyle, juste au-dessous de l'épine iliaque antéroinférieure repoussant le ligament de Berlin : c'est la luxation sous-épineuse. La cuisse est en extension complète, l'abduction est minima, la rotation externe accentuée. C'est là d'ailleurs une variété exceptionnelle.

Toutes les luxations ventrales restent antérieures, c'est-à-dire que les déplacements de la tête par la voie antérieure ne peuvent jamais atteindre une demicirconférence, parce que le ligament de Berlin est antérieur et ne permet pas une excursion plus grande. Aussi dans toutes les variétés trouve-t-on un caractère fixe : la rotation externe associée à

un

Luxation pubienne (Bigelov i.

degré variable <!<> flexion-abduction, le degré d'extension et l'abduction étant en rapport inverse.

b) Déplacements dorsaux. Après

son oriental ion postérieure <mi position sous-ischiatique par rotation interne, la

.&t È0^t- jsfflÈ&ÊËBii&*m~'^ '(1'e Par su''<4 ('u mouvement d'extension remonte. La partie postérieure de la capsule se désinsère, la tête charge le muscle obturateur interne, mais ne l'arrache pas : aussi ne peut-elle monter pins haut. Elle déborde légèremenl la grande échancrnre scialiqne. C'esl la luxation ischiatique. Le col esl solidemenl soutenu par le ligament de Berlin dont le faisceau vertical ;irrèie très vite l'extension commencée, la tête n'étanl pas montée assez haut. La cuisse esl doue en demi-flexion, en adduction très

marquée el en rotation interne. Cette dernière esl maintenue par le faisceau

horizontal du ligamenl de Bertîn (fig. 57).

Fig. 57 Luxati

Bigelo* .

Hanche (Luxations traumatiques).

Si l'obturateur interne el les jumeaux cèdenl sous la pression de la tête, la paiiic postérieure de la capsule, moins résistante, se déchirant aussi, la tête monte plus haul el vient se placer en arrière et au-dessus de la partie

postérieure <l<i la <-;i\ii»'- cotyloïde.

débordant légèrement dans l'échan-

Fig. 58. — Luxation iliaque (Big<

crure sciatique ; elle repose sur les moyen et petit fessiers plus ou moins déchirés. C'est la luxation iliaque.

Le faisceau vertical <lu ligament de Bertin, relâché |>ar l'ascension de la tête, permet une extension presque complète; de ce fait l'adduction est peu marquée. La rotation interne est maintenue intégrale par le faisceau horizontal de Bertin. Exceptionnellement, par rupture de ce dernier, la rotation externe est rendue possible (luxation de Monteggia) :

toutes ces luxations dorsales sont postérieures : la tête n'a pas encore parcouru dans son déplacement une demi-circonférence, elle est restée en arrière du plan passant par le centre de la cotyloïde, et ces luxations dorsales postérieures régulières ont des caractères constants : rotation interne associée à un degré variable de flexion-adduction, le degré-d' extension et Vadduction étant, comme toujours, en rapport inverse (fig. 58).

Mais le déplacement peut aller plus loin, et la tête peut passer en avant de ce plan, la luxation dorsale devient antérieure. Pareille transformation ne peut s'effectuer qu'avec un changement profond des caractéristiques si constantes des luxai ions dorsales postérieures : bien que la tête soit en situation très haute, il va y avoir flexion très accentuée ; cependant, mise à pari la transformation soudaine de l'extension à la flexion extrême, qui caractérise le passage de la dernière variété dorsale postérieure à la première variété dorsale antérieure, dans les formes de cette dernière, la loi générale se retrouve qui veut que la flexion soit d'autant moins marquée que la tête fémorale est plus haute.

De plus, la rotation interne caractéristique des luxations dorsales postérieures se transformera en rotation externe : seule l'adduction persistera. Dans la luxation oblû/ue antérieure, la tête fémorale est au-dessus et un

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