J.-L. F AU RE
HÉMATOME. — V. Contusion et Hémorragie.
HÉMATOMYÉLIE. — L'hématomyélie est l'hémorragie de la moelle. Le sang s'épanche le plus souvent au niveau du segment postérieur médullaire, sub slance grise postérieure, cordons blancs postérieurs. Il a une grande ten dance à fuser jusqu'au canal épendymaire (J. Lépine).
L'hématomyélie est à opposer à l'hématorachis. Dans l'hématorachis, en effet, l'épanchement sanguin n'est pas inlra-médullaire : il reste immédiate ment extra-médullaire, se cantonnant au sac arachnoïdo-pic-mérien, aux feuillets dure-mériens, à l'espace épi durai.
Étiologie — Selon que le raptus hémorragique se produit au cour d'une maladie confirmée de la moelle ou en tissu médullaire apparemmen* sain (au moins cliniquement), on dit que l'hématomyélie esl secondaire ou primitive.
L'hématomyélie secondaire a été signalée dans l'évolution des différentes variétés de myélites; myélites aiguës, chroniques, méningo-myélites de nature diverse ; notons également la part de la syringomyélie (Brissaud) dans la genèse de celte affection.
247 Hématomyélie.
Les hématomyélies primitives peuvent être soit spontanées, soit traumatiques. Les spontanées sont évidemment précédées d'une friabilité particulière des vaisseaux spinaux, mais friabilité tout histologique, non décelable cliniquement, et c'est au cours d'un état médullaire, en apparence parfait, que la maladie se déclare. Les causes occasionnelles sont un effort brusque, le coït, un excès de marche, une quinte de toux violente, etc. Les tramnatiques sont dues à une action directe, coup, chute, fracture, luxation, ou à une action indirecte, élongation de la moelle, élongation des racines, surtout <hcz les nouveau-nés, par manœuvres externes au moment de l'accouchement, application de forceps, flexions exagérées de la tête, tractions vives sur les membres, principalement sur les membres supérieurs.
Une cause plus singulière d'hématomyélie est celle que crée, pour ainsi dire, expérimentalement la décompression. Tous les appareils, en effet (scaphandres, caissons, caisses à plongeurs), dans lesquels le sujet est soumis à une pression atmosphérique considérable, sont susceptibles d'occasionner de graves accidents nerveux, au cours d'une décompression trop brusque (P. Bert, Lépine, Boinet). Ces hématomyélies sont dues soit à l'ischémie et au ramollissement médullaire par embolie gazeuse, soit au dégagement in situ de gaz dissous dans les vaisseaux eux-mêmes, soit encore au refoulement brusque et très abondant du sang abdominal vers la moelle, sous l'influence de la distension gazeuse intestinale.
Lésions — La substance grise, plus vascularisée que la substance blanche, est le lieu de prédilection des hémorragies médullaires. En règle générale, la substance grise est détruite au niveau de la colonne de Clarke (cornes postérieures) et de la commissure grise postérieure. De telles hémorragies se développent surtout en hauteur, se présentant sous la forme tabulaire fusiforme, et sont réparties parfois comme en une série de districts séparés et allongés verticalement.
Quand les lésions ont le temps d'évoluer, le ramollissement blanc fera suite au ramollissement rouge, puis se succèdent l'état lacunaire jaunâtre avec hématoïdine, enfin l'état lacunaire kystique avec ses conséquences : dégénérescence ascendante (cordons postérieurs, faisceaux cérébelleux, etc.) et descendante (faisceaux pyramidaux).
Cet ancien foyer hémorragique médullaire peut-il encore, en tant que cause constante d'irritation pour la névroglie, susciter, provoquer un processus de gliose ? Cette question n'a reçu aucune sanction définitive. Cependant Brissaud tient cette hypothèse pour vraisemblable; il s'agirait même dans ce cas de gliose légitime, de vraie syringomyélie se déclarant ultérieurement. Pour d'autres auteurs, un processus de fausse gliose Berait à invoquer.
Symptômes. — Le début de riiématomyélie secondaire passe souvent inaperçu au milieu <l<> autres signes de myélite, méningo-myélile, etc., dont l'hémorragie médullaire, en général Légère, n'esl qu'un épisode.
L'hématomyélie i>>i>,iiiir,\ Lraumatique ou par décompression, a un début instantané ou ;'i peu près instantané. La paraplégie es! brusque el associée à une anesthésie correspondante V. Moelle [(Compressions), pour l<> tableau clinique de ces paraplégies].
Hématomyélie.
Évolution. — La terminaison fatale dépend de L'abondance <!<• l'hémorragie el de sn localisation è la moelle cervicale, près de la région bulbaire. Dans 1rs autres cas, l'amélioration es! le plus souvent lu règle. A la paraplégie flaccide <lu début (shok inhibiloire) fait place un certain étal spasmodique (dégénérescence pyramidale) el le sujet recouvre eu partie la liberté relative de ses membres inférieurs. La guérison peut chez certains sujets même être complète.
Formes. — L' hématomyélie centrale (Minor) se traduit par des synv plômcs moteurs peu accusés et par des signes sensitifs importants el durables. La dissociation sensitive syringomyélique y est à peu près constante.
Les hématomyélies avec syndrome de Brown-Séquard[\\ Moelle (Compressions)] sont limitées à une moitié de la moelle.
Les hématomyélies lombaire et cervicale sont les plus fréquentes. Celles-ci s'accompagnent fréquemment de troubles oculo-pupillaires (myosis. exophtalmie, rétrécissement de la fente palpébrable) dus à la destruction des cellules d'origine du sympathique cervical. Également les muscles des mains s'atrophient rapidement (atrophie du type Aran-Duchenne).
Traitement. — Il faut à tout prix immobiliser le malade, lui éviter le moindre mouvement, heurt ou secousse, tout ce qui peut en un mot être l'occasion d'une hémorragie nouvelle. « Je crois que l'emploi de la gouttière de Bonnet, est, en présence de pareils accidents, le procédé de choix » (Brissaud).
Enfin, il faut prohiber les révulsifs vertébraux, pointes de feu, vésicatoires. Dans tous les cas de paraplégie subite, le plus anodin révulsif en apparence peut être le point de départ d'une escarre profonde, incurable, môme mortelle, « primo non nocere ».
La ponction lombaire est également à déconseiller dans les premiers jours. Elle pourrait ultérieurement avoir son utilité.
Il est bien évident qu'au premier soupçon de syphilis, et même, systématiquement, dans certains cas, la cure hydrargyrique s'impose, suivie ultérieurement de légère ioduration.
Mesures prophylactiques concernant l'hématomyélie des plongeurs. — M. Boinet (de Marseille) base les mesures prophylactiques sur une enquête