‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 3)Chapitre 4 sur 91 · V. Phosphore · texte numérisé non relu

V. Phosphore

GLYCOSURIE. - V. Urines (Examen), Diabète, Grossesse (Pathologie),

GOITRES. Les goitres sonl des tumeurs du corps thyroïde caractérisées anatomiquement par l'hypertrophie circonscrite ou diffuse du tissu glandulaire, et sa dégénérescence fréquente suivant des types variables; clinique meut par la tuméfaction partielle ou totale de la glande et l'évolution ordi mûrement bénigne de la tumeur.

Étiologie. - Certaines conditions de sexe, d'âge, d'hérédité oïd une influence prédisposante.

L'accord est unanime pour admet lie une grande prédominance du goitre «lie/ la femme. Baillarger, sur 15000 cas, a trouvé 8484 femmes, un peu

plus des deux tiers. D'autre part, si le goitre peut exister exceptionnelle meiil à la naissance, la puberté et la grossesse sonl les deux époques de

prédilection pour son apparition, comme si la congestion thyroïdienne intense qu'entraînent ces deux (dais physiologiques favorisait la néoforma lion ou la incitait en évidence. Par contre, l'influence de l'hérédité est fort

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difficile a apprécier, parce que les enfants, dès leur naissance, se trouvent dans les mêmes conditions d'habital que leurs parents.

Les causes déterminantes de l'affection sonl encore mal connues.

Elle se montre, à l'étal endémique, dans certaines contrées montagneuses (en France les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, le Plateau central), alors que les zones maritimes sont indemnes; dans ces régions goi tri gènes ce n'esl pas sur les liauls plateaux que gîtenl les goitreux mais dan- les vallées profondes encaissées entre do hautes montagnes, non pénétrées par la lumière, humides, voire même marécageuses el donl les habitants se nourrissent mal el vivent dans l'oubli de toutes les règles do la propreté.

A l'étal sporadique, le goitre a élé rencontré exceptionnellement chez (\<-< sujets n'ayant jamais quitté leur pays natal, plaine éloignée des montagnes ou même bord de la mer; le plus souvent, les goitres sporadiques ne le sont qu'en apparence; les malades ont fait dans leur enfance un séjour de quelques années ou de quelques mois dans un pays à goitre et y ont contracté le germe de la maladie.

Enfin, le goitre peut apparaître parfois à l'état épidémique dans les casernes, les collèges, les prisons et y frapper la moitié ou les deux tiers des individus, mais la chose ne s'est présentée jusqu'ici qu'en des pays infestés par l'endémie.

Tous ces faits doivent faire admettre que des influences telluriques président à la formation du goitre; mais comment agissent-elles?

Pathogénie. — La croyance populaire, les conclusions des deux grandes commissions française et piémonlaise, un ensemble de faits indiscutables semblent prouver que l'eau est la grande coupable; mais le mécanisme de sa nocivité est loin d'être élucidé.

Elle peut s'expliquer soit par sa composition chimique, soit par son infection par des agents microbiens.

La composition chimique de l'eau a probablement une grosse importance ; mais on ignore encore quels sont les éléments dont l'excès ou le défaut peut déterminer la formation du goitre. La faible teneur en iode des eaux de montagne, dûment constatée par Chatin en 1852, a été longtemps invoquée et semblait une explication d'autant plus satisfaisante qu'elle cadrait fort bien avec les bons effets que produit la médication iodée et la richesse en iode du corps thyroïde lui-même. Mais il y a contre elle de graves objections : le goitre disparaît sur les hauts plateaux et les sommets élevés, où l'iode est pourtant très rare ; et les iodures que contient l'eau de l'Allier n'empêchent pas le développement du goitre sur ses rives. Bien plus, des animaux ont pu être abreuvés durant des mois et des années avec de l'eau distillée sans jamais devenir goitreux; et tout récemment l'usage exclusif de l'eau distillée a été préconisé avec succès dans le traitement des goitres.

L'eau peut, d'autre part, exercer son influence nocive en servant de véhicule à des microbes spéciaux : staphylocoques de virulence atténuée. Carie et Lustig, Kocher et Tavel, Jaboulay ont soutenu cette théorie parasitaire que Combes admet aussi, mais en considérant l'air comme le principal agent de transport des microbes. Les recherches de Rivière ont paru tout

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d abord lui cHre favorables en décelant la présence de micro-organismes dans de nombreux goitres; mais Rivière lui-même, et peu après Dor et Bérard ont montré que l'existence des microbes n'était pas constante et que l'inoculation aux animaux de ceux qu'on y rencontre parfois était toujours restée sans résultat.

La découverte, déjà vieille de quinze ans, de combinaisons iodées dans la glande thyroïde et dans les glandules a orienté dans une autre voie l'étude de la pathogénie des goitres. On en est venu à considérer ceux-ci non pas comme les types particuliers d'une affection bien définie, mais comme un ensemble de lésions consécutives à un défaut d'assimilation puis d'utilisation de l'iode dans l'organisme (Bérard). Les uns, avec Louis Dor, admettent la présence dans les eaux goitrigènes de principes solubles sous l'action desquelles l'iodothyrine, produit de transformation de l'iode par les cellules thyroïdiennes, est précipitée dans le sang et ne peut aller aux autres cellules de l'organisme, à la vie desquelles elle est pourtant indispensable. Reprise par des phagocytes, l'iodothyrine est transportée par eux vers des organes hématopoié tiques. 11 naît là des anticorps, qui provoquent, au niveau de la glande, une réaction de défense, une prolifération cellulaire. L'hypertrophie simple ainsi déterminée est bien vite transformée par des infections microbiennes ou des auto-intoxications, et ces transformalions multiples sont l'origine des diverses variétés de goitre. D'autres, avec Répin, rapportent l'action des eaux goitrigènes à la soustraction qu'elles effectuent d'un élément iodé, indispensable à l'économie. « L'hyper- Irophie de la thyroïde serait une hypertrophie fonctionnelle, de compensation, suite de la raréfaction de la combinaison iodée qui est en quelque sorte la matière première élaborée par la thyroïde. » (Répin.)

Lésions. — Deux faits capitaux dominent l'histoire anatomo-pathologique du goitre : l'un d'importance surtout doctrinale, l'autre particulièrement intéressant au point de vue opératoire. En premier lieu, comme l'a démontré Virchow, il faut admettre (pie toutes les variétés de goitre résultent de transformations évolutives ou de modifications régressives ayant pour base originelle la prolifération de l'épi I hélium glandulaire.

En second lieu, chacune de ces formes différentes peut se présenter de deux façons distinctes : la tumeur est nodulairc, encapsulée et par conséquent énucléable du parenchyme glandulaire ; ou diffuse, suns aucune délimitai ion, sans plan de clivage permettant de la séparer du tissu thyroïdien, -i bien que son ablation nécessite l'excision de la portion de la glande atteinte.

Ceci dil. nous allons examiner rapide ni : I" la lésion élémentaire ci

son origine histologique; i)(' les formes anatomiques qu'elle revêt et les dégénérescences dont elle est susceptible; 5° son siège; 1° ses rapports avec les organes voisins.

1° Histogenèse. — En principe, l'hypertrophie glandulaire peut avoir deux origines: l'hypertrophie de vésicules thyroïdiennes adultes, don! les cellules, en proliférant, peuvent augmenter le volume ci même le nombre : la néopla&ie ou prolifération pathologique de débris thyroïdiens embryonnaires qui sommeillent normalement dan- !;i couche corticale de la glande.

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