‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 3)Chapitre 49 sur 91 · Hypnotiques (Médication · texte numérisé non relu

Hypnotiques (Médication

rapie sont accessoires, et seule l'hydrothérapie se trouve, parmi les méthodes de thérapeutique physique, présenter un appoint de valeur pratique.

Règles générales. Psychothérapie. — 11 est, dans à peu près toutes les insomnies, un élément psychique auquel il convient de s'attaquer tout d'abord. Cet élément psychique entraîne fréquemment, à lui seul, la privalion de sommeil. On s'efforcera, par suite, de saper l'idée fixe rebelle ou de détruire l'obsession toujours plus vulnérable. Beaucoup de malades frappés d'insomnie passagère, les surmenés, les candidats aux grands concours, les traumatisés, se figurent qu'ils ne pourront plus dormir : on leur démontrera la fausseté d'une telle illusion, on les entretiendra dans la croyance à l'action efficace de la thérapeutique instituée. Souvent, l'isolement du malade est nécessaire (phobiques, obsédés : nous négligeons à dessein le terme vraiment trop vague de « neurasthéniques »); il peut être également utile de prescrire le changement de chambre, d'appartement, de ville même, lorsque les idées nocturnes obsédantes sont trop directement inspirées et surtout entretenues par le milieu. Il en est ainsi chez tous ceux dont l'esprit lui ébranlé par un deuil récent, un choc moral violent, une tentative de suicide par exemple. La suppression de tout travail sera fort souvent encore indispensable. « Certaines insomnies au contraire paraissent dues au désœuvrement : retraités, négociants ou industriels qui, ayant l'habitude de mener une vie active, l'ont brusquement cessée, et, pendant au moins quelque temps, ne trouvent plus le sommeil. Il convient de traiter ces malades par un certain degré de fatigue, de distractions physiques, sport modéré, courses à bicyclette, promenades à pied, jardinage, etc.. (A. Moutier) ».

On s'efforcera enfin de lutter non seulement contre l'insomnie en soi, mais, s'il y a lieu, contre les troubles morbides souvent complexes qui la provoquent et l'entretiennent [V. Insomnie, Analgésique, Anaphrodisiaoue, Antispasmodique, Amttiiermique (Médications)].

Thérapeutique médicamenteuse. — Lorsque l'insomnie dépend étroitement de certaines affections pour lesquelles il existe une médication vraiment spécifique, le mieux esl d'instituer celle-ci. Ou pourra voir disparaître ainsi l'insomnie par le mercure (aidé parfois d'une ponction lombaire) dans la syphilis, la quinine dans le paludisme, le fer dans la chlorose, les antipyrétiques dans les affections fébriles, la digitale chez les cardiaques, le régime lacté chez les b ri gh tiques, le camphre, le lupulin dans L'aphrodisie, des pansements appropriés dans certains prurits.

Quoi qu'il en soit, l'administration des médicaments hypnotiques demande à être surveillée. On fera toujours absorber la substance active, cachet ou solution, avec mit' cerlaine quantité de liquide : une lasse de lisant1 chaude esl particulièrement recommandable. Cette pratique rend l'estomac plus tolérant pour une substance souvent fort irritante, él l'action de celle-ci se trouve renforcée, rendue tout à la lois plus prompte ci plus complète. On

ne donnera jamais aux malades d'hypnol ique à leur insu. On aura soin. d'autre part, d'interroger toujours avec soin Pétai du cœur, des poumon- h des reins. On demandera au malade s il ne présente point, à sa connais sance, quelque intolérance pour la substance proposée, si le réveil, no ta m ment, lui est ou non pénible. <m l'avertira soigneusement de l'effet des

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médicaments; il 8 e rail regrettable, en effet, de voir le malade, après absorption d'un gramme de sulfonal, par exemple, s'énerver «-n constatanl que le sommeil n'esl pas encore venu au boul de "20 minutes; le sulfonal, en effet, n iii; i l souvent qu'au boul d'une heure et demie. Enfin, on s'efforcera de cesser aussi tôl que possible la médication en cours, soil pour supprimer défini livemenl les hypnotiques, soil pour laisser l'organisme se reposer pendant quelques jours H reprendre ensuite le traitement, soil av«c la première substance employée, soil mieux encore, pour éviter l'accoutumance, avec quelque succédané de celle substance. On veillera également à ce que la constipation soil combattue soigneusement chez le malade que l'on suil : et l'apparition des symptômes d'intoxication (V. Poisons médicamenteux), troubles pùpillaires, agitation, céphalée, convulsions, délire, vomissements, albuminurie, etc., sera toujours étroitement surveillée.

Il esl impossible de donner une classification clinique satisfaisante des innombrables médicaments hypnotiques récemment proposés. Nous non- en tiendrons à une simple énumération de laquelle seront exclue- les substances dangereuses ou seulement inutiles.

Les bromwes,la valériane el ses composés se trouvent indiqués dans tous les états d'excitation nerveuse. Les bromures surloul peuvent rendre des services chez les mentaux; on les associe généralemenl au chloral, parfois à la jusquiame, à la belladone, au chanvre indien (V. formule du Bromidia in Insomnie). Ils sont également indiqués chez les malades présentant de Téréthisme cardiaque, de l'excitation génitale (de 1 à 5 gr. el plus en une ou plusieurs fois).

Le sulfonal, le trional, le véronal, sont, comme les bromures et comme la plupart des substances suivantes (les opiacés exceptés), à peu près ^an> action sur l'insomnie douloureuse, à moins qu'on ne leur associe quelque analgésique comme l'antipyrine, le pyramidon, la quinine. Os trois substances sont d'un usage courant ; elles représentent la médication courante de l'insomnie banale des surmenés, des nerveux, des convalescents, de ceux que fatigue une pyrexie atténuée, érysipèle léger ou bien angine de médiocre intensité.

Le sulfonal agit lentement, tardivement ; il s'accumule dans l'organisme, d'où les dangers éventuels d'intoxication, rares à vrai dire. Il est conl reindiqué chez les vieillards, les cardiaques (mais seulement s'il existe de l'asystolie), les brightiques. On surveillera de près son action chez la femme et chez l'enfant. Les doses ordinaires sont de I gr. ou 1 gr. 50, le soir, en un cachet. On fera prendre celui-ci environ une heure ou deux avant l'effet cherché. On peut, chez les aliénés, atteindre 2 et 3 gr. ; on se contentera de 0 gr. 10 à 0 gr. 20 chez l'enfant.

Le trional agit sensiblement plus vite (20 à 30 minutes) que le sulfonal. 11 s'élimine plus vile (pie lui, est en général mieux toléré. On s'y accoutumerait plus vite qu'au sulfonal en revanche. De toutes façons d'ailleurs, aucune de ces deux substances ne doit être continuée longtemps. Le trional agit peu chez les aliénés et les alcooliques ; il est contre-indiqué chez les tuberculeux el les as\ sloliques. Posologie : adultes, I gr. à I gr. 50 en un cache! : enfants (au-dessus de 2 ans) 0 gr. 10 à o <^v. 25.

5 \ \ ) Hypnotiques (Médication).

L'introduction du véronal dans la thérapeutique semble avoir réalisé un certain progrès. Ce sel agit à plus faible dose que les précédents (adulte : 0 gr. 50 à 0 gr. 75, en moyenne 0 gr. 40; enfant : 0 gr. 05 par année d'âge); il s'élimine vite, ne s'accumule pas, et l'accoutumance esl l'orl lente à se produire. Les malaises au réveil (céphalée, nausées, vertiges, somnolence dans la journée) seraient également plus rares, et disparaîtraient en tout cas rapidement à l'usage. De plus, le véronal semble n'être guère nocif sur le rein, et l'on peut l'employer chez les cardiaques. Il s'administre en cachets, environ une demi-heure avant l'effet cherché.

Le chloral, associé ou non au bromure, est par excellence le médicament héroïque des insomnies rebelles chez les aliénés. Il peut être également employé dans les insomnies nerveuses simples, dans les insomnies douloureuses; il est, dans ces dernières, peu efficace. Il est en revanche indiqué chez les alcooliques et contre l'insomnie délirante des convalescents. L'accoutumance au chloral est assez lente et l'on peut atteindre de fortes doses sans accidents toxiques (cf. tétanos, éclampsie). Mais il détermine de l'hypothermie (nécessité de préserver les malades chloralés contre le refroidissement pendant la nuit) et de l'hypotension. Les cardiopathies avec tendance au collapsus en contre-indiquent donc formellement l'emploi, et l'on sera de même très réservé sur son emploi chez les vieillards et les brightiques.

Le chloral est très irritant pour l'estomac; on l'administrera toujours dilué dans une certaine quantité de liquide, ou du moins l'on fera boire le malade après l'ingestion de sa potion. On peut également administrer le chloral en lavements. Les doses sont de 1 à 5 gr. chez les aliénés, de 0 gr. 05 par année dàge chez l'enfant (V. Chloral).

On peut formuler le chloral avec bromure, jusquiame, cannabis (V. Bromidia), on prescrire simplement le sirop de chloral du Codex, I gr. par cuillerée à soupe. On peui également formuler :

Hydrate de chloral k2 h i grammes.

Solution saturée de bicarbonate <le soude 10 grammes.

Sirop <le menthe 90 —

Chloroforme Il gouttes.

A prendre par cuillerées ."i soupe jusqu'à effet (Poucukt). S'abstenir toujours <l<> solutions alcooliques.

Le croton-chloral (2 à \ gr. en potion alcoolisée) déterminant de l'anes- Ihésie de la face, aurait une action heureuse sur les névralgies du trijumeau cl parlant une indication spéciale. Autrement, il n'esl en aucune façon supérieur au chloral. L'emploi de la chloralose, beaucoup trop toxique, esl désormais à proscrire.

Le monochloral-antipyrine nu hypnal^ convient particulièrement aux insomnies douloureuses, notammenl lorsque la toux esl en jeu. Il se prend

en <;ie|iols. ou mieux eu | >< > 1 i < > 1 1 . aux doses de 0 gr. 50 à I gr. 50 clic/

l'adulte, de 0 gr. 10 par année d'âge chez l'enfant (toujours en potion en ce cas). L'hypnal n'est à aucun degré irritant comme le chloral.

Signalons deux produits 1res peu toxiques, cl parlant d'un emploi recommandable chez l'enfant, d'un pouvoir hypnotique malheureusement assez incertain : I uréthane et son dérivé l'hédonal. Uuréthane peut être prescrit dans le délire alcoolique, dans I insomnie nerveuse; il procure un sommeil

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normal. Posologie : 3 à I gr. en potion. 0 gr. Ht par année »l 'âge chez l'enfant. Uhédonal, moins toxique encore que l'uréthane, sérail légèremenl diurétique. On le prescril de préférence smi- forme de cachets (i à 2 gr. en une seule lois clic/ l'adulte, o gr. H) par année d'âge chez l'enfant).

La paraldéhyde esl sans nocuité vis-à-vis du cœur. On l'emploie contre l'insomnie avec excitation des aliénés, des alcooliques, des tétaniques. Elle esl par contre à proscrire chez les fébricitants. chez les bronchitiques eî les emphysémateux. Très pure, elle esl peu toxique; mais l'accoutumance esl rapide. Les doses sonl de 2 à I gr. en potion ou solution, de 0 gr. 50 a I gr. clic/, l'enfanl : la paraldéhyde esl en effel 1res employée en médecine infantile.

Paraldéhyde cristallisée 20 grammes.

Alcool à 00° 100

Sirop simple 75 —

Teinture de vanille 5

1 gr. 50 par cuillerée à soupe, pour l'adulte. (Pouchet).

Paraldéhyde 10 grammes.

Alcool à 00° 18

Sirop simple. . . . 00

Teinture de vanille •' —

Eau 50

1 cuillerée à soupe renferme 1 gr. : élixir recommandable pour l'enfant.

On peut associer le Irional et la paraldéhyde. celui-là étant soluble dans celle-ci : paraldéhyde 2 gr., trional 1 gr., huile d'amandes douces 15 gr.

Solution huileuse de paraldéhyde et trional 45 grammes.

Mucilage de carragaen 90 —

Kirsch . . . .# 15

1 cuillerée à soupe le soir, chez l'enfant. (Ropiteau).

Uhydrate d'amylène est surtout indiqué chez les alcooliques et les aliénés; il peut être prescrit chez les cardiaques, étant sans influence fâcheuse sur l'appareil circulatoire. Il n'existe aucun malaise au réveil, mais l'accoutumance est rapide. Posologie : 2 à 4 gr.

Hydrate d'amylène 10 grammes.

Extrait de réglisse. '20 —

Potion gommeuse ' 120

1 à 5 cuillerées à soupe. (Vaquez).

Le neuronal (0 gr. 50 à 2 gr. en cachets) sérail à préconiser chez les nerveux, parce que l'accoutumance est nulle ou lointaine.

Dans les pages précédentes, nous n'avons pour ainsi dire rencontré aucun médicament qui fût efficace contre les insomnies douloureuses, hesopù qu'il nous reste à étudier, sont la médication par excellence de la douleur cl de la privation de sommeil qu'elle entraîne. Nous les prescrirons donc lorsque l'insomnie scia sous la dépendance de névrites, crises tabétiques, douleurs cancéreuses, crises viscérales diverses (coliques néphrétiques, hépatiques), névralgies dentaires, phénomènes angineux. Leur action congestionnante sur les centres nerveux en fait recommander également l'emploi chez les anémiques, dans le délire asthénique de la convalescence. Ils sont en revanche contre-indiqués lorsqu'il existe de la congestion des centres nerveux, de l'œdème du poumon, de l'albumine, de l'insuffisance

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mi traie avec asystolie. Leur efficacité n'est point douteuse, au contraire, chez les malades atteints d'insuffisance aortique d'origine purement valvulaire. Chez les vieillards, chez l'enfant, les doses réfractées seront seules autorisées. Chez les alcooliques, leur emploi peut être parfois la ressource suprême; chez les fébricitants enfin, on les prescrira seulement si la fièvre est modérée.

On peut employer soit l'opium, soit quelqu'un de ses nombreux alcaloïdes et de leurs sels. L'extrait thébaïque, la morphine, l'héroïne, sont particulièrement efficaces contre les paroxysmes aigus; la codéine, la dionine, la narcéine, pourront être employées pour calmer la toux, les douleurs atténuées mais incessantes. Il sera particulièrement important de surveiller la diurèse et l'évacuation intestinale pendant l'emploi des opiacés. On se souviendra de plus que l'accoutumance est ici particulièrement rapide.

Posologie chez l'enfant (d'après Comby) : teinture d'opium, I goutte par année d'âge; élixir parégorique, X à XX gouttes; sirop diacode, 4 gr. ; laudanum, I goutte; sirop de codéine, 2 gr. ; sirop de narcéine, 2 gr.

Hydrothérapie. Électrothérapie. — L'usage des bains tièdes (54° à 56°) prolongés est souvent d'une efficacité remarquable chez les nerveux et les excités. On prendra un bain de 20 minutes, le soir, avant le dîner; le malade aura soin de réchauffer l'eau du bain de façon que la température demeure constante. Dans certains cas, chez l'enfant notamment et chez la femme, le drap mouillé, le soir, en se mettant au lit, ou bien la compresse froide entourée de toile chiffon et laissée toute la nuit à demeure, se montreront plus efficaces que la balnéation tiède. Chez certains malades, il conviendra de demander à l'hydrothérapie un effet tonique et stimulant, bains de piscine dans la matinée, douches froides (V. Hydrothérapie).

Le bain statique, chez les nerveux excités, possède un effet sédatif parfois remarquable; la d'Arsonvalisation pourrait donner quelque résultat chez les hypertendus (V. Électrothérapie). FRANÇOIS MOUTIER.

HYPNOTISME. — Les écoles de la Salpê trière et de Nancy a va ici ii étudié l'hypnotisme ou « sommeil provoqué » à des points de vue trop différents et expérinienté sur des sujets trop dissemblables pour aboutir à des conclusions identiques. D'après Charcot, il s'agissait d'une névrose provoquée que l'on pouvail identifier avec l'hystérie (v. c. m.). Hypnotiser un sujet, c'était lui donner artificiellement une attaque de sommeil (Pitres), c'est-à-dire un fragment ou un équivalent de la grande attaque d'hystérie. Cherchanl ;i classer, l«'- différents phénomènes qu'il provoquai! chez les grands hystériques de son service, Charcot tenta de s'appuyer sur des signes somatiques fixes, indépendants <!•' la volonté du sujet el par conséquent impossibles à simuler, pour caractériser plusieurs états types qui seuls lui paraissaient mériter le nom de grand hypnotisme <>u d'hypnotisme scientifique et autour desquels pouvaient être groupés i<>us les états intermédiaires. Tous les hystériques n'étaient p;i^ hypnotisables, mais tous les sujets hypnotisables étaient <!<•- hystériques avérés ou latents, et chez !<•> sujets sains on ne pouvail guère obtenir que <lo états frustes et mal déliuis. Pour l'école de \anc\ (Liébeault, Bernheim, Liégeois, Beaunis). aucun

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Iraire, l'hypnotisme n 'avait rien de pathologique el ne serait que la mise m activité d'une propriété normale <Im cerveau, la suggestibililé. « II n'y ;i pas d'hypnotisme, il n'ya pas d'étal spécial mérita ni ce nom », disait Bernheim; il n'y a que des sujets pinson moins suggeslibles. Certains sujets deviennent plus suggestibles quand on peut leur suggérer préalablement L'idée de sommeil, mais il n'esl pas toujours nécessaire de le faire el les phénomènes dits hypnotiques peuvent exister sans sommeil. Presque ions les individus sains seraient hypnotisables. La proportion serait de <s<> pour loti, en comptant les étals superficiels de l'hypnose.

En résumé, le mot hypnotisme servait à désigner pour les uns une série d'étals à caractères fixes bien définis que l'on provoquait artificiellement chez certains sujets dits hystériques; pour les autres, il s'agissait des phénomènes de suggestion que Ton peut rencontrer plus ou moins développés chez presque tous les individus.

Tout dernièrement, Babinski, dont les importants travaux ont complètement modifié l'ancienne conception de l'hystérie (v. c. m.) a envisagé la question de l'hypnotisme, au point de vue pratique. Voici, d'après lui, les caractères assignés à l'état ou aux états que l'on dénomme sommeil hypnotique :

« Lorsque, après avoir fait fixer à un sujet un point brillant, ou après l'avoir regardé avec persistance, ou encore après lui avoir affirmé qu'on allait l'endormir, on constate qu'il ferme les yeux et semble ne plus pouvoir les ouvrir, que ses membres paraissent inertes et insensibles, etc., on a l'habitude de dire qu'il est hypnotisé.

« L'hypnotisme, d'ailleurs, se présente sous des formes très variées, plus ou moins parfaites, plus ou moins frustes. Tantôt le sujet semble étranger à ce qui se passe autour de lui ; il serait comme inconscient, inerte (léthargie | : tantôt on entre facilement en communication avec lui, mais sa volonté deviendrait esclave de l'hypnotiseur qui la suggestionnerait à sa fantaisie (somnambulisme). Dans la salle où a lieu l'hypnotisation, on montre par exemple au sujet, sur le parquet, une corbeille de fleurs imaginaires, aux couleurs vives; on lui demande d'en cueillir quelques-unes, de les réunir en bouquet et d'en respirer le parfum. On le voit bientôt se baisser vers le mirage des fleurs, faire plusieurs fois le geste de briser une lige el revenir à sa place en humant avec délices la gerbe illusoire.

« L'hypnotisé serait contraint, suivant le désir de l'hypnotiseur, d'exécuter ses injonctions, soit immédiatement, soit après le réveil. Il accomplirait en automate les actes suggérés, ne se souviendrait pas d'avoir été endormi et ne se rendrait pas compte qu'il agit à l'instigation d' autrui (amnésie au réveil). Enfin, certains individus n'auraient pas le pouvoir, malgré tous leurs efforls, de résister à l'hypnotisation et seraient ainsi susceptibles de s'endormir contre leur gré. »

Il est nécessaire de se demander si l'hypnotisme constitue bien une réalité. Ne faut-il pas y voir, comme quelques-uns de ceux qui assistèrent aux premières expériences, une simple fiction? « On peut, en effet, dit Babinski, simuler l'hypnose, fermer les yeux, se donner volontairement l'attitude d'une personne quasi étrangère au monde extérieur, ou bien

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feindre une obéissance passive aux commandements de l'hypnotiseur, prendre un air terrifié quand on vous suggère qu'un chien enragé vous poursuit ou que les flammes d'un incendie vous menacent: il est facile aussi d'affirmer qu'on a été endormi contre sa volonté et qu'au réveil on ne se rappelle aucun des actes commis, aucune des paroles prononcées pendant le prétendu sommeil hypnotique. Charcot, dès ses premières invesliga lions sur les étals dits hypnotiques, avait élé frappé par la valeur d'une pareille objection, et son souci primordial consista dans la recherche de signes permettant de distinguer l'hypnotisme vrai, s'il en existe un, de l'hypnotisme simulé. Il crut en trouver; il décrivit ce qu'il appela les phénomènes somatiques du grand hypnotisme : l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, la plasticité cataleptique. »

Mais aujourd'hui, on est obligé de reconnaître L'inexactitude des faits qui servaient de fondement à cette doctrine. L'observation rigoureuse montre que les états hypnotiques ne possèdent pas de caractères somatiques objecli fs que la volonté soit impuissante à reproduire.

De plus, Babinski a établi, contrairement à ce qu'on pensait autrefois :

1° Que l'hypnotisa tion ne peut être opérée contre le gré du sujet;

2° Qu'un sujet hypnotisé n'a pas perdu au réveil -le souvenir des événements accomplis pendant le sommeil;

5° Que dans l'état léthargique, le sujet n'est pas inconscient;

1° Que dans l'état dit somnambulique le sujet ne perd pas le contrôle de sa volonté et qu'il n'est pas contraint d'accomplir pendant l'hypnose ou après son réveil les actes qui lui ont été suggérés.

Dans ces conditions, l'hypnotisme a bien les apparences d'un produit de la simulation; il a les mêmes allures que l'hystérie avec laquelle il se confond.

« Les sujets hypnotisables et les sujets hystériques sont susceptibles de présenter des troubles à la réalité desquels ils croient, mais seulement dans une certaine mesure; leur sincérité connaît des limites. » (Babinski).

Toutefois, conclut Babinski :

« L'existence effective d'un état qu'on peut appeler sommeil hypnotique, différant d'ailleurs notablement de toutes les autres espèces de sommeil, et susceptible d'être aisément simulé, me paraît 1res vraisemblable. »

Selon Deny, il est impossible de distinguer l'hypnotisme de l'hystérie. Dans les deux cas, le sommeil se produit par suggestion: il \ a donc entre les deux phénomènes, tout au moins, identité de nature. Leur évolution est la même; ils disparaissent par contre-suggestion. On ne peut pas développer l'hypnose chez un sujet sain, et il n'y a pas <le critérium permettant de reconnaître le sommeil (le l'hypnose, qui n'est, bien souvent, qu'une simulation.

L'hypnotisme, d'après E. Dupré, n'est qu'un (\(^ modes de manifestation de cet état psychopathique qu'il a désigné sous le nom de mythomanie (v. c. m.). Par suite d'une tendance morbide à la simulation, au mensonge, à la fabulation, certains mythomanes sont amènes à réaliser «les phénomènes qui, par leur étrangeté, éveillent l'intérêt ou la compassion. C'est ce besoin morbide de se rendre « intéressant », de quelque façon que ce soit, qui représente le fond même de la constitution mylhomaniaque.

Hypochlorites alcalins. 554

Les manifestations hypnotiques donnent à <•<•! égard toute satisfaction aux mythomanes. Quand elles ne sont p;i> provoquées par le médecin, elles sonl souvenl entretenues par lui. Le médecin devient ainsi le collaborateur, généralement inconscient, d'un phénomène, <|ui n'est pathologique qu'en apparence.

El c'est ainsi qu'on en est arrivé aujourd'hui à ne presque plus utiliser l!i\ pnotisme en thérapeutique.

Il semble bien, en effet, que « L'hypnotisme ne crée ni n'augmente la suggestibilité »; dès lors « il paraîl sans objet. Autrefois, il esl vrai, on a guéri un grand nombre d'hystériques après les avoir hypnotisés; mais la guérison n'était pas la conséquence de l'hypnotisme, elle provenait «lu fait que les malades étaient suggestionnâmes ou susceptibles «le subir l'influence de la persuasion. Des pratiques de psychothérapie à l'état de veille les auraient tout aussi bien débarrassés de leur mal.... Pourtant quelques hystériques, après avoir en vain essayé la plupart des modes de traitement, se suggèrent que seul l'hypnotisme pourrait leur rendre la santé; on pareil cas, l'hypnotisme devient tout à fait légitime. » (Babinski).

L'hypnose est d'ailleurs fréquemment illusoire. Dune façon générale, on doit donc s'en abstenir.

Médecine légale. — 11 résulte de la conception actuelle de l'hypnotisme ({u'on doit considérer comme responsable de son acte un individu qui prétend avoir commis un délit ou un crime sous l'influence d'une suggestion hypnotique. Tout au plus, de l'avis de Babinski, pourrait-on quelque peu limiter la responsabilité d'un tel individu en raison de son hypersuggestîbilité pathologique. En fait, on est en droit de se demander si, dans bien des cas, la sévérité de la peine ne serait pas le meilleur remède aux mauvaises tendances de l'inculpé.

Comme le soutenait déjà l'Ecole de la Salpêtrière, la suggestion ne fait commettre que des crimes fictifs : des « crimes de laboratoire ».

Quant à la responsabilité d'un hypnotiseur, ayant cherché à suggérer un acte coupable, elle est égale à celle de tout individu qui pousserait autrui, sans hypnotisme préalable, à accomplir un acte interdit par le Code.

Les magnétiseurs ou hypnotiseurs non diplômés peuvent être poursuivis pour exercice illégal de la médecine (Cassation, 1901).

//. MEIGE et A. BAUER.

HYPOCHLORITES ALCALINS. — Ces corps dégageant facilement du chlore en se décomposant, c'est à eux que l'on s'adresse lorsqu'on désire utiliser les propriétés désinfectantes de cet élément.

Hypochlorite de chaux. — Le chlorure de chaux sec (poudre de Javel), constitue une poudre blanche amorphe, exhalant une odeur chlorée. C'est un oxydant et un décolorant énergique, attaquant rapidement les matières organiques, d'où son utilisation pour la désinfection des fosses ou des sols ayant porté des ordures.

Le chlorure de chaux dissous s'obtient en traitant une partie de chlorure de chaux sec par 45 parties d'eau. 11 a été fort employé pour le pansement

55o Hypocondrie.

des ulcères putrides; il est recommandé pour le traitement des morsures venimeuses.

Hypochlorite de soude. — La liqueur de Labarraque s'obtient en faisant agir le carbonate de soude sur i'hypochlorite de chaux. C'est un liquide incolore ou légèrement jaunâtre, employé surtout comme désinfectant externe pour le traitement des plaies putrides.

Le chlorure de soude, moins caustique que le chlorure de chaux, est tout aussi antiseptique; la solution de liqueur de Labarraque au dixième est ulilisée pour, les pansements, la solution au vingt-cinquième en injections urélrales et vaginales. La liqueur de Labarraque étendue peut être également utilisée en lavages pour désinfecter les cavités buccale et pharyngienne (V. Diphtérie).

L'ingestion de notables quantités d Tiypoehlorites, donne lieu à des accidenls graves (V. Empoisonnements). e. F.

HYPOCONDRIE. — L'hypocondrie est un trouble mental caractérisé par des préoccupations nettement exagérées ou sans fondement relatives à la santé. Elles peuvent concerner aussi bien le fonctionnement du cerveau (hypocondrie intellectuelle) que celui de n'importe quel autre organe (hypocondrie corporelle). Parmi les auteurs, les uns ne la considèrent plus actuellement comme une entité morbide, mais seulement comme un syndrome; il n'y aurait plus de maladie dénommée hypocondrie, mais seulement des états hypocondriaques symptomatiques pouvant se manifester dans le cours de divers états psychopalhiques. Les autres admettent l'existence d'un délire systématisé hypocondriaque.

Deux facteurs paraissent nécessaires au développement de l'idée hypocondriaque (Roy) : 1" une constitution psychique spéciale; c2" des troubles de la cénesthésie (v. c. m.), sentiment que nous avons de notre existence, grâce à la sensibilité organique vague et faiblement consciente à l'état normal, qui dérive de tous nos organes et tissus, y compris les organes des sens (Denv cl Camus). Exislc-l-il une hypocondrie d'origine purement psychique, sans aucun fondement organique ? Cette question est encore trop discutée pour (pie l'on puisse donner des conclusions définitives.

Formes cliniques. -- L'idée hypocondriaque se présente sons des aspects variables, en rapport avec le terrain sur lequel elle se développe: aussi est-il possible de distinguer une série de types cliniques (Ballet). Dans la petite hypocondrie (hypochondria minor), souvent justifiée par quelque infirmité sans gravité (troubles digestifs, hémorroïdes, palpitations, etc.),

le malade -c préoccupe de sa santé pins qu'il ne conviendrait, mais il s'agit

d'une appréhension, d'une crainte, plutôt que d'une véritable conviction et il -e laisse facilemenl convaincre, du moins pour un temps, par les arguments <le son médecin (neurasthéniques, certains arthritiques, dyspeptiques). Dans une forme voisine, l'idée hypocondriaque prend tous lescarac tères dune phobie] le malade sait qu'il se trompe, mais l'obsession angoissante et tenace esl plus forte que tout raisonnement (dégénérés) : ['hypocondrie génitale dont le type le plus fréquenl est la sy philophobie, rentre dans cette catégorie. Dans la grande hypocondrie (hypochondria major) au

Hypocondrie. 556

contraire, le malade esl un convaincu; l;i preuve de la maladie esl faite H les meilleurs arguments reslenl sans effet. L i< l<*<* hypocondriaque esl généralement plus systématisée, localisée à un organe ou à une maladie. Par exemple, un des poumons ne fonctionne plus cl le malade prend une attitude spéciale, el organise sn vie de façon à ménager le poumon qui lui peste. Très proche du malade précédent, esl Y hypocondriaque délirant chez qui la conviction n'est plus seulement fausse, mais absurde : par exemple, les ali ments tombent dans le corps <pii esl vide, la défécation ne peut se faire I .unis étant bouché, etc. (paralysie générale, démences, mélancolie).

On rapprochera de ces idées hypocondriaques délirantes, les idées de négation Y. Délire m:s négations), les malades déclarant n'avoir plus d'organes, plus de cerveau, de cœur, etc., qui sont tantôt diffuses el incohérentes (paralysie générale, démence sénile, débilité congénitale confusion mentale, délires fébriles, manie, alcoolisme), lantôt systématisées (syndrome de Cotard, mélancolie, folie hypocondriaque systématisée), te délire métabolique de la personnalité ou de transformation des organes, le malade croyant être en verre, en bois, en caoutchouc, etc., le délire zoopatiàque et la perte de la conscience du corjjx (aschématie de Bonnier, délires cénesthésiques de Raymond et Janet, afonction de la somatopsyche ou syndrome de Fœrsler de Deny et Camus), le malade anxieux élanl amené à douter de tout, de sa propre existence corporelle, comme de celle du monde extérieur.

Chez certains psychopathes constitutionnels, les idées hypocondriaques constituent la manifestation principale, sinon unique de la psychose et permettent de distinguer, à côté du type du paranoïaque persécuté, celui plus rare du paranoïaque /hypocondriaque (folie hypocondriaque, délire hypocondriaque systématisé). On a décrit des formes aiguës avec crises paroxystiques (anxiété, agitation, hallucinations), idées de persécution et tentatives de suicide au moment des paroxysmes, mais il s'agit plutôt dune affection à évolution chronique, survenant chez des malades à « tempérament hypocondriaque », c'est-à-dire ayant montré pendant toute leur vie et dès leur enfance un souci exagéré de leur santé. Une fois constitué, le délire hypocondriaque systématisé demeure d'une fixité remarquable; on l îouve tous les intermédiaires depuis les idées hypocondriaques simples jusqu'aux idées de négation les plus absurdes. Ce sont souvent des malades d'humeur hargneuse et agressive; ayant tendance à attribuer leurs souffrances à des influences extérieures, ils peuvent devenir des persécuteurs redoutables, surtout pour leur médecin. Dans certains de ces cas il s'agirait (Sérieux et Capgras) d'une des formes du délire d'interprétation (v. c. m.).

Le délire hypocondriaque pourrait, dans quelques cas, aboutir à un délire de persécution secondaire avec idées d'auto-accusation (hypocondriaques persécutés auto-accusateurs. G. Ballet).

Diagnostic. — L'hypocondrie esl généralement assez facile à reconnaître, qu'il ne s'agisse que d'un syndrome dont on devra faire le diagnostic étiologique ou qu'elle soit une maladie différenciée.

On l'observe dans la neurasthénie (petite hypocondrie et phobies) el Vhystéro-neurasthénie d'origine (raumatique, dans Vépilepsie soit comme aura.

res î-

v)57 Hypocondrie.

soit comme équivalent de l'accès), dans les toxi-infee lions : alcoolisme chronique (par poussées aiguës, de couiie durée), délires fébriles, dêli toxiques, dans les états mélancoliques (mélancolie hypocondriaque, mêlai colie présénile), dans la folie périodique comme symptôme prédominant de certains accès, dans la débilité mentale (conceptions absurdes en rapport avec l'état de la mentalité) ; dans les démences : paralysie générale (surtout fréquente dans la forme dépressive : idées hypocondriaques absurdes, mobiles et contradictoires), démence sénile, démenée précoce, etc. Le délire systématisé hypocondriaque, si tant est que Ton doive en accepter l'existence, se qualifiera par sa systématisation même, sa fixité.

Le délire chronique à évolution systématique s'accompagne fréquemment soit au début, soit au cours de son évolution, d'idées hypocondriaques, qui tantôt ne jouent qu'un rôle secondaire tantôt, venant au premier plan, par une singulière transformation jouent au contraire le rôle principal dans la construction des idées de grandeurs.

Pronostic. — L'évolution du syndrome varie avec la maladie causale. Habituellement insupportables pour leur entourage, les hypocondriaques sont rarement dangereux pour les autres, sauf quand ils sont persécutéspersécuteurs. Par contre ils sont souvent dangereux pour eux-mêmes; les auto-mutilations (spécialement chez les paralytiques généraux) et les suicides, surtout à la suite de paroxysmes anxieux sont relativement fréquents, On devra toujours se méfier d'un hypocondriaque exprimant des idées de suicide et on se souviendra que le danger n'est nullement proportionné à l'intensité de l'idée délirante.

Les idées hypocondriaques sont courantes dans l'hystéro-neurasthénie d'origine traumatique; il peut en résulter, dans les accidents du travail, une diminution de la capacité professionnelle que le médecin aura à constater. 11 sera prudent dans ces cas, souvent très embarrassants pour l'expert, de réserver le pronostic, car ces idées font partie du cortège des psychoses traumatiques proprement dites.

Traitement. — Le traitement moral et physique varie avec la maladie causale. Tous les auteurs sont d'accord pour insister sur ce point, (pion ne doit jamais traiter les hypocondriaques en malades imaginaires (Y. Neurasthénie, Isolement).

Le grand hypocondriaque avec idées de suicide sera l'objet d'une surveillance rigoureuse : c'est surtout pour lui que pourra se poser la question de l'internement. Dans la multitude des petits hypocondriaques, les uns se contenteront de conseils et d'un traitemenl banal, quitte à obséder quelque

peu leur médecin qui doit s'armer de patience, ne jamais les rebuter tout en tentant de lutter contre les idées fausses ou de les canaliser, d'autres courront d'un praticien à l'autre, ou feronl la fortune des charlatans de la i' page des journaux. Pour certains, il peut être sou venl utile, sinon nécessaire, de recourir à un traitement qui ne peut guère être appliqué dans les familles et qui, sans exiger l'internement, ne peut se prat iquer que dans un isolement relatif. Il esl curieux de voir combien actuellement ['hypocondrie scienti fi que, pourrait-on dire, augmente en raison de la vulgarisation des connais sances médicales dans la classe éclairée, combien les enfants même mani-

Hypoglosse (Paralysies). 558

Pestenl d'une façon précoce des préoccupations <!<• santé, telle une fillette

de I- ans (|ui. à la suite d'une leçon d'hygiène, esl prise <l<- l;i crainte obsédante des microbes (Briand el Brissot).

Les interventions chirurgicales ne seront pratiquées qu'avec beaucoup de circonspection. Si dans le <-;is de préoccupations hypocondriaques légi Limées, malgré leur exagération, par une infirmité réelle, elles peuvent améliorer l'état mental du malade, le plus souvent elles n<' font que l'aggraver comme dans les cas où le chirurgien, bien intentionné mais mal renseigné, simule l'ablation par laparotomie d'un lézard ou d'un serpent chez une hypocondriaque à idées de possession zoopathique; il n'est pas rare de voir alors l'hypocondriaque, devenu un persécuté, vouer une haine féroce à son opérateur, comme celle malade qui persécuta un des maîtres de la chirurgie moderne qui l'avait laparotomisée, l'accusanl de lui avoir laissé un ovaire pour la lier indissolublement à lui.' Dans de semblables circonstances, un cas de conscience en même temps qu'un cas de secret professionnel se pose devant le médecin : doit-il provoquer, en avertissant la police, l'internement du malade qu'il a soigné et qui maintenant menace sa vie? BRÉCY-TRENEL.

HYPOGLOSSE (PARALYSIES). — Les paralysies de l'hypoglosse peuvent être

unilatérales ou bilatérales.

Nous étudierons d'abord les paralysies bilatérales. Dans certains cas, l'atrophie, les contractions fibrillaires, la réaction de dégénérescence font défaut. L'impotence est néanmoins très grande, la langue sort à peine de la bouche ou même s'y immobilise et la mastication, la déglutition sont gênées. Il existe tout particulièrement de la dysarthrie. Un tel ensemble témoigne de lésions supra-bulbaires, hémisphériques, corticales ou centrales. Il sagit le plus souvent d'individus atteints de foyers de ramollissement multiples, présentant de la démarche à petits pas, du rire et du pleurer spasmodiques ; ce sont des pseudo-bulbaires . Il peut également exister un certain degré de glossoplégie dans la syphilis cérébrale et dans la paralysie générale.

Au niveau du bulbe, les lésions déterminent un tout autre syndrome; la langue est atrophiée, et la muqueuse, devenue trop large, se drape en nombreux replis. On constate de vives secousses fibrillaires, et la réaction de dégénérescence existe. La maladie où se rencontre le plus fréquemment cet ensemble clinique est la sclérose latérale amyotrophique : la langue, au début, peut être encore poussée hors de la bouche, elle demeure plus tard collée au plancher de celle-ci. On peut retrouver ces caractères dans la paralysie bulbaire progressive de Duchenne, mais l'immobilisation de la langue est plus précoce et plus complète. De la parésie, sinon de la paralysie de la langue, s'observe encore dans un grand syndrome bulbaire. Yasthénie d1 Erb-Goldflam. Llle est en revanche tout à fait exceptionnelle dans la poliomyélite antérieure chronique.

Les paralysies bilatérales de l'hypoglosse d'origine périphérique sont trop rares pour que nous insistions sur leurs caractères.

Les paralysies unilatérales de la langue se rencontrent plus fréquemment que les bilatérales. Elles se révèlent de prime abord par une atrophie

Hypoglosse (Paralysies).

unilatérale de l'organe atteint. Celte atrophie peut être faible: il convient, pour l'apprécier mieux, de saisir entre deux doigts et de comparer l'une à l'autre chaque moitié linguale. La diminution d'épaisseur, une flaccidité plus grande se décèleront ainsi qui pourraient autrement passer inaperçues (fig\ 190, 191). Cette hémiparalysie ne laisse point que de déterminer des troubles fonctionnels; les aliments s'accumulent eii dehors des arcades dentaires, et la déglutition est pénible, mais moins cependant qu'en ces cas où la langue est paralysée en entier. La prononciation de certaines lettres esl néanmoins très altérée ; les altérations portent tout d'abord sur les consonances /, .s, sch, r,t, e, i, plus tard sur le k, le g et IV.

La langue est déviée du côté malade quand on la porte hors de la bouche; cette action est due à la contraction du génioglosse sain qui pousse la langue du côté malade. Au repos, sur le plancher buccal, la langue n'est point déviée ou l'est du côté sain (Babinski). — Il ne faudrait pas prendre pour une glossoplégie les troubles linguaux dans la paralysie de la VIIe paire. Le facial innerve en effel le styloglosse, et dans ce cas la langue esl déviée, ou plutôt tirée en masse du côté sain, par action tonique du styloglosse opposé au côté de la paralysie faciale.

Il existe également des paralysies unilatérales de l'hypoglosse d'origine centrale, caractérisées comme plus haut par l'absence de réaction de dégénérescence cl de secousses fibrillaires. L'atrophie est nulle ou peu accusée. Quelle (pie soil la cause, hémorragie ou ramollissement, les commémoratifs, ictus, hémiplégie, etc., faciliteront le diagnostic. D'ailleurs, les troubles de la langue resteront au second plan souvent, si l'on en excepte toutefois la dysarthrie.

Quand le noyau bulbaire de la Mb paire est atteint, on constate fréquem menl une atrophie liés marquée de la moitié homonyme de la langue. Celle-ci prend alors la forme d'un croissant, donl la concavité esl le côté

malade inscriï dans le eôlé sain. In semblable aspeel doit Taire rechercher

d autres signes éventuels de pachyméningite cervicale hypertrophique H sur loui «le syringomyélie cl de tabès.

L'aspect de la langue lorsque l'hypoglosse esl atteinl dans son trajel péri phêrique esl identique au précédent, compression par gommes, anévrismes,

Fig. I!»0. — Hémiatrophie droite de la langue, chez un homme de quarante-deux ans [Dejerine .

Hypospadias.

abcès froids d'un Lai ive de suicide,

Pot!

par coup <><

sous-occipital, section par balle tirée dans une tenle couteau, par incision au coure <l une ablation de néoplasme ou d'adénites. En de tels cas, le diagnostic peul être difficile : l'association à des paralysies «lu facial, de roculo-moteur externe, du pneumogastrique, du spinal permettraienl une localisation.

On rencontre les combinaisons les plus diverses de paralysies linguales el de paralysies des X el XIe paires. Ainsi peuvent s'observer la paralysie d'une corde vocale H de la moitié de la langue homouyme sans paralysie du voile ave.c hémiplégie alterne (syndrome de Tapa), hémiparalysie homonyme du larynx, du voile el de la langue (syndrome de .Jackson).

Il ne faut pas confondre spasme el paralysie. Dans le soi-disanl spasme glosso-labié hystérique, la langue est déviée du côté de la contracture; il existe généralement des secousses des lèvres.

parfois môme de la contracture des zygomatiques.

Le traitement est variable selon la cause; en tous cas douteux, le traitement spécifique contre la syphilis est indiqué. Symptomatiquement, on pourra employer l'électrisation du tronc nerveux au-dessus et en arrière de la grande corne de Fos hyoïde.

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