‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 3)Chapitre 53 sur 91 · HYSTERIE · texte numérisé non relu

HYSTERIE

problèmes soulevés par l'hystérie se p ré sent en I à chaque instanl dans la pratique journalière. Ils son! multiples el ils sonl graves. Multiples, parce qu'il a'esl peut-être pas un élal morbide dans lequel on n'ail élé amené a suspecter, bien souvent à tort, le pôle de l'hystérie; graves, surtoul par les conséquences médico-légales que peul entraîner un diagnostic inconsidéré d'hystérie. Toul médecin, soucieux <le mn devoirs professionnels, devoirs de praticien h <lc\<.irs d'expert, esl lenu, aujour

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d'hui plus encore qu'hier, de se montrer particulièrenienl circonspect en présence des cas où l'hypothèse <!<■ l'hystérie peul être soulevée.

('.cl averlissemenl esl surtout nécessaire pour <-cu\ qui onl acquis jadis sur l'hyslérie <l<is notions consacrées par un enseignement justemcnl célèbre, el <|u'ils peuvenl considérer encore connue faisant foi. Or, ils ne doivent pas ignorer que la conception de l'hystérie, telle qu'elle fut < * < 1 î ( i « * « ' sous l'impulsion de Charcol à I « 1 Salpêtrière, a été considérablement modifiée dans ces dernières années, ('.elle transformation n'offre pas seulement «le l'intérêt pour l'étude de l'évolution «les doctrines scientifiques, elle ;i suscité d'importantes modifications dans les méthodes d'examen clinique, dans l'interprétation des phénomènes observés et dans les conclusions thérapeutiques ou médico-légales <|ui s'en dégagent.

Une véritable révolution nosographique s'est donc opérée dans l'histoire de l'hystérie, et il faut la connaître.

Fait digne de remarqué; ce sont les neurologistes français, ceux-là mêmes qui, jadis collaborateurs de Charcot, avaient le plus contribué à illustrer l'hystérie de la Salpêtrière, ce sonl eux qui onl entrepris spontanément la critique de leurs anciens travaux, la réforme de leurs propres idées.

Babinski a été le promoteur de celle œuvre de révision. l)è> 1901, il attira l'attention sur la nécessité d'un examen plus attentif <\o> accidents qualifiés d'hystériques. Il n'hésita pas à abandonner lui-même une doctrine, qu'il avait d'abord acceptée sans réserve, le jour où il s'aperçut qu'elle ne s'accordait pas avec les faits rigoureusement contrôlés. Ses idées furent acceptées par un grand nombre de neurologues; il conseilla de modifier le> méthodes de contrôle et d'investigation. Bientôt, la plupart se prirent à douter du dogme nosographique, car ils y reconnurent des erreurs.

« Ces erreurs, dit Babinski, s'expliquent en partie par les idées théoriques fausses qui étaient ancrées dans l'esprit; elles s'expliquent encore parce que les faits sur lesquels elles portent ont parfois besoin d'être observés pendant plusieurs mois avant d'être rangés avec certitude dans la classe qui leur appartient et qu'on les perd de vue avant que la rectification du diagnostic se soit imposée; elles s'expliquent, enfin, par l'influence de la tradition à laquelle il est difficile de se soustraire. »

Et aujourd'hui, parmi ceux qui avaient contribué à enrichir le l'wi' de la grande névrose, la majorité, s'inclinant devant l'évidence des faits, a reconnu l'abus que l'on avait fait de cette étiquette d'hystérie, employée à tout propos, trop souvent hors de propos, pour désigner les accidents les plus disparates.

Mais c'est surtout dans le domaine pratique qu'on s'est aperçu des conséquences lâcheuses d'un tel excès, notamment en médecine légale. Brissaud, partisan des idées de Babinski, s'est surtout insurgé contre la conception traditionnelle de l'hyslérie. en montrant que ses applications inconsidérées dénaturaient l'appréciation des accidents du travail. 11 ne s'agissait plus seulement de discuter la valeur scientifique d'une doctrine que le contrôle des faits rendait de moins en moins plausible, mais bien d'envisager ses

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conséquences dans le domaine social. Dès lors, une mise au point de la question parut à tous nécessaire, inévitable.

La Société de Neurologie de Paris, en 1908, discuta les différents problèmes soulevés par l'hystérie. Si tous ne furent pas résolus, du moins s'en esl-il dégagé une série de notions capitales, qui tendent à confirmer les idées de Babinski.

D'abord, il a été reconnu que le mot d'hystérie, au lieu de devenir chaque année plus compréhensif, devait prendre un sens plus précis et singulièrement plus restreint. On ne remploiera désormais qu'avec une extrême réserve, dans des cas strictement déterminés, après un contrôle qui ne sera jamais assez rigoureux, sinon Ton contribuera à répandre des erreurs, non seulement des erreurs scientifiques, mais, ce qui est plus grave, des erreurs judiciaires.

Pour ne parler que des erreurs de diagnostic, on peut, avec Babinski, leur reconnaître trois causes principales :

1° « On a commis des erreurs de diagnostic en considérant comme hystériques des affections organiques. » — En conséquence, on devra multiplier et serrer de plus près les examens, si bien que le diagnostic d'hystérie se fera surtout par exclusion, lorsque l'on aura acquis la certitude de n'avoir pu constater aucun des signes actuellement connus qui permettent de révéler l'existence d'une affection organique.

2° « On a méconnu l'existence de la supercherie, et, faute d'une surveillance suffisante, on a rattaché à l'hystérie des phénomènes qui relevaient de la simulation. » — En conséquence, le clinicien ne doit pas seulement conduire ses enquêtes dans le domaine de la clinique; il doit pénétrer aussi dans le domaine moral et se mettre en garde contre toutes les supercheries, intéressées ou non, volontairement imaginées ou émanant d'une perversion psychopathique constitutionnelle.

5° « On a confondu des états nerveux qui doivent être distingués les uns des autres. » Il n'est pas douteux, en effet, qu'on ait mis sur le compte de i hystérie une foule d'accidents qui n'apparl ieimeiil nullement en propre à cel le névrose. Tout spécialement dans le domaine psychiatrique, de multiples confusions se sont produites. — En conséquence, le praticien, étant appelé à aborder, à propos de l'hystérie, des problèmes psychopathiques, souvent 1res délicats, devra posséder une éducation psychiatrique suffisante. Faire un diagnostic d'hystérie en se basanl sur une particularité psychique, sans connaître la valeur de <•<> signe en médecine mentale1, sérail aussi aventureux que de décréter qu'une hémiplégie esl d'origine hystérique sans avoir connaissance des caractères distinctifs d'une hémiplégie organique. Il n'est pas moins important de -a\<>ir analyser une obsession que de savoir rechercher le signe des orteils.

El déjà, già<-e à l'emploi judicieux de tous les moyens d'investigation psychologique H de contrôle clinique, on est parvenu à débarrasser l'hystérie d'une foule de manifestai ions parasites.

Il était indispensable de rappeler brièvemenl celle dernière étape de I histoire de l'hystérie afin de mettre le praticien sur ses gardes.

Définition de l'Hystérie. L'hystérie, a dil Lasègue, esl une « corbeille dans laquelle on jette les papiers qu'on ne --ail où classer «.Aussi,

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d'après l«' môme auteur, • la définition <!<• I hystérie n a jamais été donnée cl ne le sera jamais ».

Mettez ces aphorismes déconcertants en regard «lu prodigieux édifice nosographique qui fui construit pour l'hystérie sous I impulsion de Charcol ;i la Salpôtrière. Ne semble-t-il |>;is que ce dernier ail donné aux boutades de Lasègue un démenti irréfutable? L'hystérie n'est-elle donc pas une rutilé morbide parfaitemenl caractérisée* possédant même des signes pathognomoniqùes? Telle lui, en effet, la croyance universelle jusqu'à ces dernières années.

]\lais voici qu'aujourd'hui La création de Charcol ne paraîl plus intangible. L'hystérie traditionnelle est démembrée; le moi même d'hystérie n'a plus de signification précise. Et, par un retour <pii n'esl pas rare dans l'histoire des conceptions médicales, l'opinion de Lasègue tend à revenir en vogue. Ayant perdu la foi en l'hystérie d'an tan, cl désespérant de s'en faire une conception nouvelle, certains n'osent même plus prononce!- le mol d'hystérie. Ce scepticisme trop circonspect n'est pas moins regrettable qu'une foi trop aveugle, plus regrettable même, car il est stérile et stérilisant. Si la doctrine de L'hystérie traditionnelle paraît à bon droit critiquable aujourd'hui, ayant été trop schématique et trop hâtivement généralisée, elle eut du moins le grand mérite d'éveiller des curiosités légitimes, de développer cl de perfectionner les méthodes d'investigation clinique. On peut même soutenir sans paradoxe que les travaux suscités par l'hystérie, à la Salpêtrière, ont profité davantage à la pathologie nerveuse en général qu'à l'hystérie en particulier.

Si donc, à tous égards, il serait regrettable de continuer à accepter la doctrine de l'hystérie traditionnelle, ce serait une défection scientifique que de renoncer à étudier l'hystérie, sous prétexte que les travaux qui lui ont été consacrés, il y a quelques années, ne paraissent pas aujourd'hui à l'abri de la critique.

Après avoir fait œuvre de vérification et de sélection dans le domaine de l'hystérie traditionnelle, il fallait donc proposer une définition nouvelle des phénomènes proprement hystériques. Babinski encore eut le mérite de cette initiative. Pour rester dans le domaine des faits, sur le terrain de la clinique, pour ne pas faire de l'hystérie une abstraction, il a proposé de la définir par ses manifestations mômes, en choisissant parmi ces dernières les seules qui lui ont paru vraiment spécifiques.

Voici la défini lion de Babinski :

« L'hystérie es/ un ('lai psychique rendant /»' *nj>'i qui s'y trouve capable tir * autosuggestion ner<

« Elle se manifeste principalement par des troubles primitifs et accessoirement par quelques troubles secondaires.

« Ce qui caractérise les troubles primitifs, c'est qu'il est possible de les reproduire par suggestion avec une exactitude rigoureuse chez certains sujets cl de les faire disparaître sous l'influence exclusive de la persuasion,

« Ce qui caractérise les troubles secondaires, c'est qu'ils sont étroitement subordonnés à des troubles primitifs. »

Ainsi, la caractéristique d'un trouble hystérique est de pouvoir être

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reproduit par suggestion avec une exactitude rigoureuse el de pouvoir être guéri uniquement par la persuasion.

C/est pour mettre en lumière ce dernier caractère, capital, que Babinski a proposé de désigner les troubles en question sous le nom de troubles pithiatiques (guérissables par persuasion). Il propose même de renoncer au mot d'hystérie qui ne peut qu'entretenir les malentendus et de le remplacer par le terme de pithiatisme. « Cependant, ajoute-t-il, il est permis aussi de conserver le mot d'hystérie; mais, si Ton en veut faire usage, il est naturel de le réserver aux phénomènes pithiatiques, qui comprennent les troubles que Ton a toujours considérés comme les plus caractéristiques el les plus importants de l'hystérie et auxquels celte névrose doit surtout la curiosité, l'intérêt, je dirai même la passion, qui se sont attachés à cette étude..., laissant au temps le soin de décider, ee qui du reste est d'importance secondaire, si Ton devra conserver ces deux termes, hystérie el pithiatisme, ou l'un d'entre eux seulement. »

Pour bien préciser le sens des mots contenus dans la définition précédente, il faut ajouter que, d'après Babinski, le terme de suggestion implique un sens péjoratif, c'est-à-dire que l'idée que l'on cherche à insinuer est déraisonnable, nuisible à l'individu : l'idée d'une maladie, d'une paralysie, par exemple, chez un sujet bien portant. La persuasion, au contraire, représente une insinuation raisonnable, utile, comme l'idée de guérison.

On n'est pas toujours sûr de guérir par persuasion tous les phénomènes hystériques, mais il est permis d'affirmer leur nature hystérique si, au préalable, on a observé d'autres faits similaires, ayant un aspect clinique identique, qu'on a pu reproduire par suggestion et faire disparaître par persuasion.

Telle esl la conception nouvelle des troubles hystériques", infiniment plus restreinte, mais aussi beaucoup plus précise, qui fut proposée par Babinski. Bien entendu, clic a soulevé des critiques, et notamment on a discuté la valeur de la suggestion ou de la persuasion comme éléments de diagnostic. Nous ne pouvons aborder ici celle discussion.

Quoi qu'il en soit, la définition de Babinski offre un avantage incontestable : elle existe. El depuis lors nulle autre définition plus clinique n'a été proposée. Mlle a en aussi deux conséquences très appréciables : elle a conduit les observateurs à préciser leurs méthodes d'investigation, el de ee l'ail bien des diagnostics erronés oui élé déjà réformés; enfin elle a permis de débarrasser l'hystérie d'une foule d'accidents qui n'avaient rien ;i voir avec elle Ainsi, quel que soil l'avenir réservé à celle conception, dût-elle être modifiée, abandonnée même, <>u lui doit déjà des résultats pratiques d'importance.

Quels sont donc les troubles qui, seuls, méritent aujourd'hui d'être qualifiés d hystériques, ce mol ('tant compris comme synonyme de pithiatiques? Ce sont, avons-nous vu, ceux que la suggestion peut reproduire el que la persuasion pont luire disparaître : certaines crises convulsives, certaines paralysies, contractures, anesthésies, liypereslhésics, certains troubles des sens, du langage, enfin certains troubles respiratoires, digestifs, etc.; mais

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non pas toutes les crises convulsives, non pas ions les troubles moteurs ou sensitifs ou sensoriels, non pas ions les Lroubles organiques qui avaient été rattachés pêle-mêle à rhystérie traditionnelle, el non pas surtout les troubles de la réflectivité, de la trophicité, non pins que les troubles circulatoires H sécrétoires, sur lesquels la suggestion n'a aucune prise ni davantage la persuasion.

Il eûl (Hé désirable «le présenter l'étude <lu pilhiatisme suivant un plan nosographique nouveau. Malheureusement, à l'heure actuelle, l'enseignement traditionnel de l'hystérie est encore imprimé dans trop de mémoires. Mieux vaul suivre une méthode pins fructueuse aux époques de transition. \ons préférons passer en revue dans cet article les manifestations attribuées à torl ou à raison à l'hystérie dans l'ordre ou l'on avail coutume de les répartir. Mais, chemin faisant, à propos de chaque symptôme, nous ne manquerons pas de signaler sa valeur relative d'après les conceptions nouvelles; pour un grand nombre, (Tailleurs, nous aurons même à signaler le discrédit définitif où ils sont lombes.

Dans la description de l'hystérie traditionnelle on avail coutume de considérer deux sortes de symptômes : les signes permanents ou stigmates et les accidents ou paroxysmes. Nous allons remémorer ces différents phénomènes, tels qu'ils étaient décrits dans les traités classiques, mais en ayant soin d'indiquer pour chacun d'eux la valeur diagnostique qu'il convient de leur attribuer aujourd'hui.

Les prétendus Stigmates de l'Hystérie. Parmi les attributs distinctifs de l'hystérie figurait à la place d'honneur une série de signes dont la valeur était réputée pathognomonique ; ils semblaient si constants et si caractéristiques qu'on leur avait donné le nom de stigmates.

Ils comprenaient des troubles de la sensibilité, de la motilité, de la réflectivité et des troubles psychiques. Ils avaient pour caractère essentiel d'être permanents, discrets, c'est-à-dire presque toujours ignorés du malade, indifférents, c'est-à-dire n'exerçant aucune influence sur les fonctions vitales.

Hémianesthésie sensilivo-sensorielle, abolition du réflexe pharyngien, zones hystérogènes, rétrécissement du champ visuel, polyopie monoculaire, dyschromatopsie, etc., la constatation d'un seul de ces signes a maintes fois suffi pour faire porter un diagnostic d'hystérie, et quand plusieurs se trouvaient réunis chez un même sujet, c'était, disait-on. la « signature de la grande névrose ».

Aujourd'hui, ces stigmates ont beaucoup perdu de leur prestige. Non seulement on admet qu'aucun d'eux ne possède une valeur vraiment pathognomonique, mais la constatation de tous ces signes réunis chez un même sujet n'a pas une signification diagnostique décisive. L'évidence des faits a conduit à cette conclusion : Les prétendus stigmates de l hystérie ne sont que le résultat d'une suggestion inconsciente, et, qui plus est. cette suggestion est presque toujours d'origine médicale. Ils apparaissent à l'occasion d*un examen mal dirigé où, sans s'en douter, le médecin les /'"il éclore luimême.

Désormais, il est donc superflu de donner une description spéciale de ces

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prétendus stigmates de l'hystérie. Nous nous contenterons de les rappeler à l'occasion.

Troubles de la sensibilité. — Ces phénomènes extrêmement variés occupaient la première place dans les descriptions nosographiques. Ils intéressaient aussi bien la sensibilité générale (aneslhésies, hyperesthésies, paresthésies) que la sensibilité spéciale (troubles sensoriels).

Anesthésies. — L'histoire même des aneslhésies hystériques prouve, par ses vicissitudes, qu'il s'agit d'accidents provoqués par une suggestion, consciente ou inconsciente.

Elle a traversé deux périodes de splendeur. La première remonte au moyen âge. En ce temps-là, l'anesthésie était considérée comme un signe de la possession diabolique. Sorcières et sorciers, possédés cl démoniaques, turent copieusement transfixés par les aiguilles implacables des inquisiteurs cl des exorcistes. Malheur à ceux qui, suggestionnés par les récils du temps et les pratiques des juges, ne réagissaient pas congrûment aux piqûres. Déclarés suppôts de Satan, ils étaient infailliblement voués au bûcher. Le rôle de la suggestion, dans la genèse de ces troubles sensitifs, est ici incontestable.

Par la suite, la possession par le diable perdant de son crédit, il fut de moins en moins question de ces anomalies de la sensibilité; la suggestion disparaissant, ses effets ont cessé de se manifester. Et jusqu'à la seconde moitié du siècle dernier, ces troubles ne furent signalés que comme des curiosités épisodiques.

Mais vinrent les examens systématiques pratiqués à la Salpèlrière pour l'étude de l'hystérie. Aussitôt reparurent des anesthésies tout à fait analogues à celles des possédées du diable. On les analysait avec soin, on les reproduisait volontiers, on les cultivait : elles se multiplièrent à foison dans Ions les pays du inonde. In nouveau mode de suggestion était né, la snggestion médicale, qui lit éelore à profusion les aneslhésies hystériques. Et. pendant une longue période, les médecins devinrent à leur insu les imitateurs des démonologues. L'hystérie du xixc siècle prit à son compte les maléfices des démons du moyen Tige.

()r. depuis quelques années, depuis (pie l'on se met en garde contre les méfaits de la suggestion en recherchant les troubles de la sensibilité avec des précautions particulières, les aneslhésies hystériques se font chaque jour «le plus en pins rares, si rares même que bien (les observateurs déclarent qu à I heure actuelle ils ne les retrouvent (pie si quelque médecin les a lui-même inconsciemment provoqués. La littérature neurologique, où pullulaienl les relations de troubles sensitifs d'origine hystérique, reste maintenant presque muette à ce! égard.

Ainsi, jadis la démonopathie, puis, pins près de nous, l'hystéricullure, «•ni engendré, par d'involontaires suggestions, les mêmes désordres sensilifs, q«'i oui cessé de se manifester (\\\ jour où l'on a abandonné leur recherche, ou quand sonl devenus pins rigoureux les moyens de contrôle. Lea enseignements de l'histoire -mil donc corroborrés par ceux de l'observation clinique.

A l heure actuelle, l'opinion défendue par Bernheim tend ;'i prévaloir :

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«•lie/, les sujets, vierges de loute investigation antérieure, on ne retrouve presque jamais les anesthésies qui onl été considérées comme des stigmates pathoghomoniques de l'hystérie. El pour ce <|ui esl de la répartition de ces troubles sensitifs. on admet égalemenl qu'elle varie au gré du malade ou de l'examinateur. Il en est de même du mode de l'aneslhésie.

On admettait que l'anesthésie hystérique se présentait le plus souvent sous une forme dimidiée, frappant à la fois le revêtement cutané et les organes des sens : c'était Y hémianesthésie sensitivo-sensorielle, strictement limitée à la ligne médiane.

Mais l'hystérie réalisait aussi des anesthésies segnientaires, en gants, en manchettes, en manches de veste, en chaussettes, en bas. limitées sur les membres par des lignes circulaires comme celles des tracés d'amputation. Et, à défaut de Tune ou l'autre de ces localisations, on décrivait des anesthésies en îlots ou en plaques, irrégulièrement disséminées.

La variabilité même des répartitions topographiques, non seulement d'un sujet à l'autre, mais chez le même sujet d'un instant à l'autre, atténue >ingulièrement la valeur intrinsèque de ces symptômes.

L'anesthésie hystérique ne correspond jamais à un territoire anatomîque déterminé. Elle est essentiellement mobile; elle se métamorphose sous l'influence de toutes les causes capables d'agir sur la suggestibilité. Et elle esl paradoxale : le sujet n'en est pas incommodé : il esl exceptionnel qu'il en dénonce lui-même l'existence.

Enfin, tous les modes de la sensibilité "ont été trouvés annihilés ou amoindris : sensibilité au tact, à la douleur, à la pression, sensibilité thermique, électrique, etc., sensibilité cutanée et sensibilité des muqueuses (pharynx, cornée, langue), sensibilité musculaire, osseuse, sens sléréognostique, etc.... Il n'est pas un trouble sensilif par défaut qui n'ait été imputé à l'hystérie.

La raison de ce polymorphisme est facile à saisir : « L'anesthésie, dil Babinski, est de tous les troubles dits hystériques, celui que le médecin ou l'entourage du malade crée le plus aisément. Autrefois, quand je recherchais l'hémianesthésie suivant les procédés dont on faisait généralement usage, je la trouvais très fréquemment; puis, pelit à petit, en perfectionnant ma méthode d'examen, en me mettant de plus en plus à l'abri de la suggestion, le nombre des cas de ce genre s'est progressivement réduit et, dans ma stalistique de ces quelques dernières années, sur 100 sujets environ présentant chacun au moins un des troubles désignés sous le nom de stigmates, je ne trouve plus un seul exemple d'hémianesthésie sensitivo-sensorielle. Or, il serait évidemment absurde de supposer que la nature de celle catégorie de malades a changé, et la vérité qui s'est imposée à mon esprit à la suite de ces observations successives, c'est que, comme l'avait déjà dit d'ailleurs M. Bemheim, le rôle de la suggestion dans la genèse de celle hémianes- Lhésie est prépondérant, sinon exclusif. »

Dans ces conditions, on comprend qu'il importe de se mettre en garde contre loutes les causes d'erreur; on ne .saurait assez multiplier les précautions pour éviter toute suggestion capable d'influencer le sujet qu'on examine.

Voici, à ce propos, les conseils donnés par Babinski :

D'abord il faut éviter avec soin de poser au patient des questions de ce genre: « Sentez-vous bien? » ou encore : « Sentez-vous aussi bien d'un côté que de l'autre? » Ce mode d'interrogation suffit à lui seul pour faire naître dans l'esprit du sujet l'idée d'anesthésie. Bien entendu, s'il s'agit d'un malade entrant à l'hôpital, il est de la plus élémentaire prudence de ne pas le faire séjourner, ne fût-ce que quelques heures, dans une salle où se trouvent déjà d'autres malades capables de le suggestionner par leur conversation. Dans la clientèle privée, on évitera, au moment de l'examen, loute intervention de l'entourage.

Pour la recherche même des anesthésies, Babinski recommande de procéder de la façon suivante :

« Je fais fermer, dit-il, les yeux du malade que j'examine, puis je commence par le prier de poser l'extrémité de son index, gauche ou droit, sur l'endroit où je l'aurai touché; et souvent, pour exciter son attention ainsi que son amour-propre, je dis à ceux qui sont auprès de moi de manière à être entendu par lui, qu'à en juger par sa mine il doit être intelligent el qu'il me renseignera vraisemblablement d'une manière précise; je touche alors très superficiellement diverses parties du "corps, puis je pince la peau, je la pique, j'exerce des pressions avec le doigt, je croise les doigts les uns sur les aulres, je les écarte, je fléchis et j'étends les divers segments des membres, je fais palper des objets divers, ronds, carrés, allongés, etc., j'applique sur les téguments des corps chauds et des corps froids, tout cela tantôt à gauche, lanlôt à droite, et si le sujet ne me dit pas spontanémenl ce qu'il sent, je me contente de lui demander ceci : « Que sentez-vous maintenant 1 » ou bien : « Qu'est-ce que je vous fais? »

On élimine ainsi un grand nombre de causes de suggestion. Et lorsque l'examen est pratiqué de la sorte, on s'aperçoit que les anesthésies, si facilement constatées autrefois, sont en réalité rarissimes.

Les constatations de Babinski ont été confirmées par Brissaud, Ballet, Dupré, Souques, etc. Certaines réserves exprimées par Dejerine, Bayinond, Pitres, se bornent aux observations dans lesquelles il n'a pas été possible de démontrer l'existence d'une suggestion antérieure^ médicale ou autre, ayant pu provoquer des troubles sensitifs. Il est certain, en effet, que les enquêtes ne permettent pas toujours de reconstituer la suggestion originelle : mais ceci ne prouve nullement que celle suggestion n'ait pas existé. D'ailleurs, depuis que l'attention a été attirée sur la nécessité de rechercher l'anesthésie avec toutes les précautions désirables, aucun fait nouveau n'a été signalé venant à l'encontrc «le l'opinion émise par Babinski cl acceptée par la plupart des neurologis tes.

En somme, les anesthésies hystériques, qu'il s'agisse de L'anesthésie sensitivo-sensoriellc <>u d'anesthésies segmentaires, en gants, en gigots, en bas, en chaussettes, ou enfin d'anesthésies en Ilots, toutes <t< anesthésies peuvent être considérées désormais comme le résultai d'une suggestion inconsciente, le plus souvent d'origine médicale.

On saisit bien l'importance des nouvelles méthodes d'investigation quand on If- compare à ••elles qui étaient en usage, il \ ;» peu de temps. Tandis

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que, précédemment, l'examinateur recherchail systématiquement des désordres sensitif s dont les caractères et (autonomie ne lui semblaient pas discutables, et que, s'attendanl à les trouver, inconsciemment, par suggestion, il arrivait à les faire se réaliser, actuellement, l'examen se fait, sans idée préconçue, en évitanl d'orienter les idées <ln patienl dan- un sens <>u dans r autre, el sans qu'on veuille attribuer aux signes constatés une valeur vrai menl pathognomonique.

A.vec la doctrine traditionnelle, la constatation d'un seul des prétendus stigmates conduisail infailliblement au diagnostic d'une maladie, l'hystérie, avec toutes ses conséquences pronostiques, thérapeutiques, et médicolégales. Aujourd'hui, si, après un contrôle rigoureux, on se trouve en pré sence d'un de ces troubles anesthésiques, on doit encore se demander s'il n'est pas le résultai (lune suggestion méconnue.

Et, lorsqu'on parle de suggestion, il faut envisagera la fois Vhéiérosug gestion et Vauto-stig gestion. Nous venons de voir que l'hétéro-suggestion était fréquemment d'origine médicale; elle peut aussi provenir de L'entourage des malades. Mais l'auto-suggestion n'est guère moins fréquente el peut produire les mêmes effets. Les troubles de la sensibilité sont souvent simulés par des sujets qui, « soit par intérêt, par vanité, par désir d'exciter la curiosité, soil aussi par malignité, par esprit de mystification, soit même par cupidité » cherchent à profiter d'une manière ou d'une autre, de leurinventions mensongères.

En réalité, cette auto-suggestion n'est qu'une manifestation de cet étal psychopathique spécial, auquel E. Dupré a donné le nom de mytlwmanie (y. c. m.) : tendance constitutionnelle aux mensonges, à la simulation, à la fabulation, qui joue un si grand rôle dans le déterminisme des accidentdits hystériques el sur laquelle nous aurons à revenir à propos de l'état mental.

On peut donc dire que les anesthésies hystériques sont la conséquence d'une simulation consciente ou d'une simulation inconsciente. El. rien ne serait plus utile que d'arriver à établir une distinction entre ces deux ordres de simulation, surtout au point de vue médico-légal. Malheureusement, neurologisles et psychiatres s'accordent à considérer ce problème comme insoluble. « Pour moi, dit Babinski, il n'existe aucun critérium permettant de distinguer les phénomènes suggérés des phénomènes simulés; seules, des considérai ions d'ordre moral peuvent porter le médecin à écarter l'hypothèse de simulation. »

Pour en finir avec les anesthésies hystériques, il faut conclure au point de vue pratique :

I" Que le médecin ne saurait prendre assez de précautions dans la recherche des troubles de la sensibilité, quels qu'ils soient, particulièrement en matière d'expertise:

2° Que la constatation d'une de ces anesthésies qualifiées jadis d'hystériques, quelle que soit sa répartition el quel que soil son mode, ne saurait être considérée comme un xfi</i/ial<' permanent, indépendant de la suggestion.

3° Que, cependant, en présence d'une anesthésie manifestement provoquée capable de disparaître par la seule persuasion, alors.

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mais seulement alors, on est en droit de dire qu'il s'agit bien d'un phénomène pithiatiqvie ou hystérique. Mais on fera encore toules réserves sur la possibilité d'une simulation.

Hyperesthésies. — Ce que nous venons de dire sur les aneslhésies nous permettra d'être bref pour les autres troubles sensitifs décrits communément dans l'hystérie traditionnelle.

Parmi les hyperesthésies, on attachait surtout de l'importance à celles qui, localisées en certains points du corps, étaient considérées comme capables de provoquer, sous l'influence d'un attouchement ou d'une pression, les accidents convulsifs de la névrose. On les appelai! zones hystérogènes; leur siège de prédilection était chez la femme la région ovarienne, chez l'homme la région testiculaire; on en trouvait aussi dans la région mammaire, dans la région lombaire, le long de la colonne vertébrale et même sur les membres, sur les muqueuses aussi.

Ici encore, aucun doute que ces hyperesthésies. ainsi que leurs conséquences convulsives, fussent déterminées par des suggestions presque exclusivement médicales. Les questions trop explicites et toujours suggestives de l'examinateur, l'insistance que mettait ce dernier à localiser les points ou les zones sensibles et à provoquer par leur contact des attaques convulsives. tout cela réalisait une véritable éducation pathologique.

Points d'hyperesthésie et zones hvslérogènes ont donc la même valeur clinique que les aneslhésies.

Paresthésies. — On peut en dire autant des paresthésies de toutes sortes, dont il est superflu de reproduire la liste infiniment variée; elles reeonuaissent la même origine suggestive.

Algies. — L'énumération des troubles douloureux rattachés à l'hystérie conduirait à passer en revue toutes les douleurs qui, localisées en tous les points du corps, sous toutes les formes possibles, sont décrites dans toutes les maladies, internes et externes, aiguës ou chroniques. C'est uniquement pour mémoire que nous signalerons rapidement les principales algies qui ont été attribuées à l'hystérie.

La céphalalgie hystérique (clou hystérique de Sydenham) correspond à une zone hyperesthésique, superficielle ou profonde, pouvant siéger en différents points de la tête, plus généralement sur le vertex. Ces douleurs se confondent souvent avec1 la céphalée « en casque » des neurasthéniques. Lorsqu'elles sont plus aiguës, elles peinent même en imposer pour des accidents méningiliques ; car on a décrit une pseudo-méningite hystérique^ s'accompagnanl de photophobie, de raideur de la nuque, de contractures, de délire, etc. La confusion n'est vraiment guère possible entre celle contrefaçon de méningisme et les réactions méningiliques authentiques. An surplus. 1 examen du liquide céphalo-rachidien lève aujourd'hui toute hésitation.

La raehialgie hystérique, avec ses douleurs lombaires ou dorsales, exaspérées par la pression des apophyses épineuses, a pu faire songer à une myélite, à un mal de 1*011. par exemple; l'intégrité des réflexes ei des sphincters ne permet pas la confusion.

Dans la même série «le phénomènes douloureux attribués à la névrose

Hystérie. 592

figurait également V angine de poitrine hystérique, avec sa localisation précordiale, el ses irradiations dans le membre supérieur. Le diagnostic ne devient délicat « j » i<* si ces phénomènes douloureux coïncidenl avec une cardiopathie avérée, ou des houilles arthritiques.

Parmi les algies, il faul encore rappeler un groupe forl important, les arthralgies. Celles-ci pouvaienl occuper Ions les sièges el revêtir toutes les formes. La plus connue esl la coxalgie dite hystérique, qui se présente avec presque tous les caractères «le la coxalgie tuberculeuse déformalions, attitudes vicieuses, impotence fonctionnelle, semblenl s'allier pour augmenter les difficultés du diagnostic. Mais l'absence <le phénomènes inflammatoires el fébriles, la rapidité d'évolution des symptômes, l'acuité même <lc la douleur <pii permel de suspecter l'exagération, enfin la disparition de tous les signes objectifs sous le sommeil chloroformique, empêcheront de confondre une arthralgie <lc ce genre avec une véritable arthrite tuberculeuse.

L'hyperesthésie dite hystérique a élé rendue responsable <le toute sorte de névralgies : névralgie du trijumeau, névralgie scialique, etc. Et même. loules les névralgies viscérales ont figuré dans la série des phénomèneréputés hystériques : coliques hépatiques, coliques néphrétiques, gastralgies, crises vésicales, uréthrales, ovarie, hystéralgie, vaginisme, testicule irritable, etc.

Le polymorphisme de ces accidents douloureux est illimité. Aussi, a-lon sagement entrepris de réagir contre une tendance qui conduisail à rai tacher à l'hystérie toutes les douleurs dont on ne parvenait pas à dépister la cause. Que Ton soit arrivé à concevoir l'existence d'une hystérie mono-symptomatique, pouvant se manifester exclusivement par un seul signe, une douleur notamment, quelle qu'elle fût, cela semble à peine vraisemblable! On pourrait cependant retrouver plus d'un diagnostic de ce genre dans la littérature médicale. A fortiori, l'hystérie paraissaitelle indéniable quand on constatait par surcroît une anesthésie conforme aux notions classiques. Nous avons vu ce qu'il fallait penser de ces anesthésies, dont l'origine suggestive, extrinsèque ou intrinsèque, esl aujourd'hui reconnue. Il en est de même des algies diles hystériques, dans lesquelles le rôle de la suggestion, de laulo-suggeslion surtout, esl prépondérant.

Troubles sensoriels. — Les désordres sensoriels qui ont élé mis sur le compte de l'hystérie ne sont pas moins nombreux el variés que les troubles de la sensibilité générale.

On a signalé la disparition, totale ou partielle, el toutes sortes de perversions, du goût et de Yodorat. Dans l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle on trouvait l'abolition du goût et de l'odorat sur une seule moitié de la langue et pour une seule narine. Cette dimidiation, qu'on ne retrouve plusaujourd'hui, semble bien n'avoir été qu'un produit inconscient de la suggestion médicale.

Pareillement pour les troubles de l'audition. La surdité hystérique, le \erlige hystérique de Ménière, sont des phénomènes suggérés ou simulés. quand il ne s'agit pas, bien entendu, d'une lésion de l'appareil auditif ou labyrinthique ; mais alors l'hystérie n'esl plus en cause.

595 Hystérie,

C'est surtout du côté de la vue que furent poussés les examens des accidents réputés hystériques. L'un de ces troubles, notamment, avait été érigé au rang de stigmate : chacun connaît le fameux rétrécissement concentrique du champ visuel.

Or. il résulte des observations récentes, plus méthodiquement conduites, que ce symptôme est aussi peu caractéristique que les anesthésies sensilivosensorielles. On ne retrouve plus le rétrécissement du champ visuel, depuis que, dans cette recherche, on évite certaines pratiques, qui, communément employées jadis, suffisaient à créer de toutes pièces ce symptôme. Tout au plus, rencontre-t-on, exceptionnellement, des rétrécissements « de fatigue » (Rochon-Duvigncaud), conséquences d'un examen trop prolongé; la durée de ce trouble visuel est toujours éphémère, et il revêt des formes trop variables pour qu'on puisse lui attribuer une signification diagnostique certaine. Il serait donc superflu d'insister sur un symptôme, dont la valeur clinique est déchue, s'il ne fallait donner quelques conseils sur la façon de pratiquer l'examen du champ visuel, lorsqu'on veut se mettre à l'abri des causes d'erreur.

Voici comment Brissaud recommandait de procéder : Au lieu de placer devant le malade l'objet qu'il doit regarder, doigt ou index, et d'éloigner progressivement cel objet de la ligne médiane en lui demandant à quel moment il cesse de le voir, — méthode détestable, car elle est capable de suggérer au patient le trouble visuel qu'il s'agit précisément de rechercher. — on opérera de la façon suivante :

On se placera en face du sujet, on prendra sa nuque à deux mains, puis l'on écartera les deux mains, doigts fermés sauf le pouce, en décrivant deux arcs de cercle cl en ramenant progressivement les pouces vers la ligne médiane à 50 centimètres environ au-devant du sujet. Ce faisant, on lui demandera, non pas de dire à partir de quel moment il cesse de voir les pouces de l'observateur, mais en quelle position il commence à les voir. « En opérant de la sorte, dit Brissaud, j'ai constaté que le sujet voyait toujours les pouces dans les positions les plus extrêmes : bien plus, à quelques-uns il arrive de dire qu'ils ne voient plus les pouces, lorsque ceux-ci sont dans l'axe de la macula. » Par là. on se rend compte du rôle que jouai I la suggestion dans la production du rétrécissement concentrique du champ visuel. Car. les doigts ou les index du campimètre étant placés d'abord en l'ace du sujet, puis progressivement ramenés sur les côtés et en arrière, si on lui demandait d'indiquer le point où il cessait de les voir, on lui faisait prévoir ainsi une limite concentrique du champ visuel. Aussi trouvait-on presque toujours un rétrécissement.

D'ailleurs, la plupart des malades, mal renseignés sur ce mode d'examen, l'ont involontairement des réponses inexactes : ils déclarent ne voir les doigts on l'index qu'au moment où ils les perçoivent d'une manière très nette. Le réi récissement du champ visuel ainsi constaté n'est donc qu'apparent. Il suffît de quelques explications pour modifier du tout au tout les renseignements (Babinski, Rochon-Duvigneaud). Ce qui prouve combien de tels signes sont peu dignes de crédit.

La âyèchromalopsie fut aussi regardée comme nu des apanages presque

Hystérie. 594

exclusifs de L'hystérie. Or, il faut J>i<-n savoir que normalement tous les sujets ne voient pas 1rs couleurs exactemenl <!<■ la même façon, ni dans la même étendue. La diversité des couleurs employées dan- les examens esl déjà une cause d'erreur. La vision nette d'une couleur, très difficile à apprécier, varie suivanl la capacité d'attention des patients. Au surplus, on appareil Imaginé par Rémy (de Dijon), le diploscope, permet aujourd'hui d'éliminer toute supercherie ou toute cause d'erreur dans la recherche <l<la dyschromatopsie.

D'autres troubles oculaires attribués à l'hystérie méritent encore d'être mentionnés, notamment la diplopie ou polyopie monoculaire : un porteplume étant placé au-devant de l'œil et éloigné peu à peu, le patienl voit d'abord une seule image, puis bientôt il déclare en apercevoir une seconde; à mesure que l'objet s'éloigne, les deux images lui paraissent s'écarter; il arrive même qu'il en perçoive une troisième. Enfin, on a signalé l'asthénopie accommodative, la macropsie (les objets semblent grossis), la micropsie (les objets sont rapetisses). On a décrit une amblyopie hystérique: amaurose unilatérale ou amaurose bilatérale (cécité hystérique). Les mêmes remarques que nous avons faites à propos du rétrécissement du champ visuel sont applicables à tous ces troubles oculaires : les influences suggestives, et tout spécialement l'influence des examens ophtalmologiques, jouent un rôle prépondérant dans leur genèse.

Troubles de la réflectivité. — Dès 1895, Babinski avait mis en évidence cette notion capitale : chaque fois que l'on constate un trouble de la réflectivité par excès ou par défaut, surtout si ce trouble est unilatéral, on poit toujours songer à l'existence d'une perturbation organique. Et c'est un fait désormais reconnu par tous : Y affaiblisse nient, l'abolition ou l'exagération des réflexes tendineux n appartiennent pas à la symptomatologie de V hystérie.

L'exagération des réflexes, des réflexes patellaires notamment, lorsqu'elle est bilatérale, est un phénomène d'ordre banal. On la rencontre aussi bien chez des sujets normaux que chez des hystériques. Les examens médicaux réitérés ont même souvent pour effet d'augmenter l'amplitude des réflexes, de la même façon que la recherche souvent répétée de l'anesthésie ne fait qu'augmenter l'intensité de cette dernière.

La trépidation épileptoïde vraie (clonus du pied) n'appartient pas non plus à l'hystérie.

Quant aux réflexes cutanés, leur intensité peut, il est vrai, se modifier, surtout chez les hystériques anesthésiques; mais on ne saurait tirer de celle constatation une conclusion valable.

Il n'en est pas de même du phénomène des orteils. Le signe de Babinski n\a rien à voir avec Vhystérie. Sa constatation esl toujours l'indice «lune perturbation organique du système pyramidal; pareillement, pour le signe de Véventail (Babinski) (V. Réflexes). Toutefois, on se rappellera que, dans quelques cas, fort rares d'ailleurs, le réflexe de Babinski peut faire défaut; il faut savoir aussi que ce réflexe peut être simulé (Dupré).

L'abolition du réflexe pharyngien n'a aucune valeur diagnostique. Et cependant que de diagnostics d'hystérie ont été faits par cette simple constata-

595 Hystérie.

lion : la titillation du fond de la gorge ne s'accompagnant d'aucune réaction.

Or, en premier lieu, le réflexe pharyngien présente à l'état normal de grandes différences individuelles. De plus, rien n'est plus facile que de le supprimer par un effort de volonté ou par l'accoutumance. Enfin, il est nécessaire de s'entendre sur ce qu'on doit appeler réflexe pharyngien.

On doit d'abord le distinguer du réflexe nauséeux, qu'on a coutume de rechercher en appliquant sur la langue une substance d'un goût désagréable, du sulfate de quinine par exemple. Normalement, ce réflexe nauséeux ne se produit pas chez certains sujets; ceci n'implique nullement qu'ils ne sentent pas l'amertume; ils peuvent très bien percevoir la sensation sans faire la grimace du dégoût ou de la nausée (Brissaud).

D'autre part, comme le recommande Babinski, il ne faut pas confondre le vrai réflexe pharyngien, qui se manifeste par une contraction des piliers des voiles du palais, avec le mouvement général de défense qui suit l'excitation du fond de la gorge et qui se traduit par un recul de la tête : « On peut, avec l'habitude, arriver à résister à ce mouvement de défense, et il est facile d'obtenir ce même résultat par suggestion. Mais il n'en est pas de même pour le vrai réflexe. Faites l'expérience suivante : prenez un sujet, quelque suggestionnable qu'il soit, assurez-vous, après avoir abaissé sa langue, que la titillation du fond de la gorge provoque une contraction nette des piliers; cela fait, suggérez-lui de votre mieux que la gorge perdra sa sensibilité, puis faites une nouvelle exploration, et, si le sujet n'entrave pas l'observation par des mouvements volontaires, vous verrez que le réflexe pharyngien se manifeste tout aussi bien après qu'avant vos tentatives de suggestion » (Babinski). En somme, l'examen du réflexe pharyngien ne donne pas de résultats cliniquement utilisables.

Pour ce qui est des réflexes pupillaires, réflexe à la lumière, à l'accommodation, à la convergence, à la douleur, ceux-ci étant inaccessibles ;i toutes les suggestions, il ne saurait en être question à propos de l'hystérie.

Il n'y a donc pas de troubles de la réflectivité appartenant en propre à cette dernière. Si quelques phénomènes de ce genre oui élé signalés, c'est qu'il s'agissait, ou bien d'associations hystéro-organiques, ou bien de contatations erronées, ou encore de simulation. « Il est évident, comme dit Babinski, qu'on peut rendre impossible l'observation du réflexe rotulien ou du réflexe cutané plantaire en contractanl volontairement les muscles de la cuisse el ceux de la jambe et du pied. On pourrait de même, par une contraction volontaire, simuler un réflexe rotulien ou un signe du gros orteil qui sérail aboli. Mais il ne s'agirait alors que d'une contrefaçon bien imparfaite : un examen méthodique permettra toujours de distinguer le véritable réflexe physiologique ou pathologique des faux réflexes suggérés ou simulés. »

Troubles moteurs. - De même que toutes les variétés possibles des troubles de la sensibilité on! élé rattachées à l'hystérie, <le même celle-ci a été pendue responsable d'un nombre presque Illimité de désordres moteurs.

CeUX-ci ont subi les mêmes vieissi I mies (pie les troubles scnsilils. Tandis qu'on en rencontrai! ;'i profusion à l'époque où la suggestion, religieuse an moyen âge, médicale au siècle dernier, les entretenail el les propageait, pou à peu ils sont devenus de plus en pins rares.

.Mais on les observe encore chez les accidentés <lu travail où ils sonl entretenus, sinon engendrés, par des examens médicaux malavisés el par l'appât des indemnités.

Ces phénomènes ne sonl pas plus difficiles à faire éclore ni à faire disparaître aujourd'hui qu'autrefois chez les sujets suggestionnâmes; mais il> attirent moins l'attention, étant en quelque sorte passés de mode. Les médecins s'attardent moins à les provoquer ei à les cultiver; il- se hâtenl au contraire do mettre tout en œuvre pour les faire disparaître. La suggestion pathogène va décroissant, les suggestions curatives se perfectionnent et se multiplient. Ainsi s'explique, comme pour les troubles sensitifs, la diminution progressive des accidents moteurs de l'hystérie.

Ceei dit, pour bien préciser l'origine et la nature de ces troubles, on ne peut nier cependant leur existence : ce sont au premier chef des phénomènes pithiatiques. Rappelons les plus communs.

Paralysies. — Hémiplégies, monoplégies, paraplégies, toutes les localisations paralytiques ont été décrites dans l'hystérie.

L'hémiplégie hystérique a suscité de nombreux travaux. On en a décrit de flaccides et de spasmodiques, de complètes et d'incomplètes, d'éphémères et de durables, de subites et de progressives. En général, l'hémiplégie hystérique s'accompagnait d'une hémi-anesthésie sensitivo-sensorielle ; elle altei gnait rarement la face.

Avant la connaissance de tous les signes cliniques qui permettent de dépister aujourd'hui les hémiplégies organiques, on faisait le diagnostic de l'hémiplégie hystérique par les caractères de la démarche. Todd avait montré que l'hémiplégique hystérique traîne derrière lui son membre paralysé, tandis que l'organique exécute un mouvement de circumduction : il marche en fauchant. Celte distinction est exacte, mais non pas absolue, la marche en fauchant pouvant cire facilement simulée. Grâce à la connaissance du signe de Babinski, de la flexion combinée de la cuisse et du bassin, on peut aujourd'hui reconnaître avec certitude une hémiplégie organique. Mais ici encore, surtout dans les cas frustes, lorsqu'il s'agit de lésions peu profondes, peu durables, il importe de multiplier les examenot de varier les moyens de contrôle, afin de ne pas omettre un seul des signes qui peuvent faire supposer l'existence dune lésion nerveuse (V. Hémiplégie, Névhoses traumatiques).

Les monoplégies hystériques sont encore assez fréquentes actuellement à la suite des traumatismes; elles sont presque toujours accompagnées de troubles sensitifs à répartition segmentaire; ce sont les plus tenaces, les monoplégies brachiales surtout, chez les accidentés du travail. Mais elles ne s'accompagnent pas d'atrophie musculaire, de rétractions tendineuses, de griffes, de troubles de la réflectivité. Enfin, elles disparaissent souvent par la seule solution du litige qui a contribué à les faire éclore et à les entretenir.

Voici comment Babinski conseille de procéder pour dépister une paralysie brachiale d'origine suggestive : « Je soulève, dit-il. le bras paralysé et je l'abandonne ensuite à lui-même; je répète la manœuvre un grand nombre de fois, et, en même temps, par des questions el des ordres de toute sorte,

597 Hystérie.

je cherche à détourner l'attention du malade de ce qui fait l'objet principal de la mienne; je constate généralement que, d'une manière intermittente, pondant un laps de temps plus ou moins long-, le bras, privé de soutien, au lieu de tomber comme un corps inerte, ainsi que cela a lieu infailliblement à chaque essai dans les paralysies organiques, se maintient dans l'espace, à l'instar du bras d'un homme normal qui ferait un effort pour le tenir dans cette attitude. L'expérience est absolument concluante, el il me paraît facile d'interpréter ce fait : cette paralysie d'origine suggestive qui, comme je l'ai fait remarquer, est une sorte de simulation, insconsciente ou subconsciente, a besoin, pour subsister, de l'attention du malade concentrée sur ce point; celle-ci vient-elle à être mise en défaut, la paralysie disparaît. »

Plusieurs signes cliniques permettent d'ailleurs de reconnaître l'origine organique d'une monoplégie brachiale. Souques a décrit le « phénomène des doigts » ou « phénomène des inlerosseux » qui consiste dans une abduction forcée des doigts, du côté de l'hémiplégie, apparaissant quand le malade cherche à lever le bras paralysé. On observe aussi ce phénomène chez certains hémiplégiques, lorsqu'ils étendent les doigts el même à l'état de repos (Babinski). Le « signe de la pronation de la main « a été encore décrit par Babinski, dans l'hémiplégie organique, avant même l'apparition de la contracture. On recommande au malade de laisser inertes ses membres supérieurs; puis on place les avant-bras en supination; on les soutient avec ses propres mains par leur face dorsale au niveau du poignet, et on leur imprime plusieurs secousses successives; on voit alors la main du côté de l'hémiplégie se porter en pronation.

L'hystérie simule aussi toutes les paralysies d'origine périphérique] mais généralement elle les simule mal. C'est ainsi qu'elle ne fait qu'une mauvaise contrefaçon de la paralysie radiale. Il est en effet impossible de dissocier à volonté la contraction des muscles de la région antérieure et celle du long supinaleur. Chez l'hystérique, tous les muscles restent inertes.

Lorsqu'il s'agit de paralysies oc ulaires, l'hystérie est incapable de réaliser les troubles pupillaires, comme le myosis, la mydriase. ou l'immobilité de la pupille. Elle ne peut pas réaliser davantage le signe de Charles Bell dans la paralysie faciale (v. c. m.).

En somme, dans un examen bien conduit, il ne faut pas procéder d'abord ;« la recherche de symptômes qui, généralement à tort, ont été considérés comme propres ;i 1 hystérie; il importe surtout d'avoir présents à l'esprit les signes caractéristiques des nffcclions nerveuses organiques bien définies. Lorsqu'après des examens minutieux et réitérés, on a acquis la certitude que lous ces signes font défaut, alors seulement on peut envisager l'hypothèse que la suggestion est en cause et que l'on a affaire à un trouble pithiatique; encore faut-il avoir écarté, par une surveillance avisée et Inflexible, tout soupçon de simulation.

Contractures. On ne pourrait que répéter, à propos des contractures hystériques, ce qui vient d'être dil au sujel des paralysies. Mlles présentent toutes les variétés possibles de localisation, d'intensité, de durée. On en m vu qui persistaient pendant plusieurs années .née une ténacité et une permanence surprenantes. Mais elles n'ont ni In même apparence ni exacte-

Hystérie.

ment la môme localisation que les contractures d'origine organique. D'ailleurs, ces contractures, même les plus invétérées, cessent pendanl le sommeil ( Babinski).

On signalai! chez les hystériques an phénomène auquel on avait donné le nom particulier de diathèse ou opportunité de contracture : la compression, le choc ou la faradisation d'un muscle ou d'un nerf pouvaient déterminer chez eux une contracture. On s'accorde à reconnaître maintenant <ju<' ce phénomène se produit uniquement sous L'influence de la suggestion, de la suggestion médicale.

Autres troubles moteurs attribués à l'hystérie. C'est uniquement pour mémoire et afin de mettre en garde contre les innombrables attributions pathologiques < jui ont été trop libéralement octroyées à l'hystérie que nous signalerons brièvement ces principaux désordres moteurs.

D'abord, un grand nombre de phénomènes convulsifs parmi lesquels l'un d'eux fut considéré en son temps comme exclusif de la névrose : c'est le soi-disant hémi-spasme glosso-labié, dont on a voulu retrouver la trace jusque dans les œuvres d'art. Il s'agit bien en effet d'une grimace familière aux possédées du moyen âge que reproduisaient les malades hospitalisées à la Salpêtrière. Cette convulsion, plus ou moins violente, intéressant les muscles de la face et ceux de la langue, ne répond nullement aux localisations spasmodiques aujourd'hui admises. Elle n'a rien de commun avec l'hémi-spasme facial périphérique, dont elle diffère par la localisation des mouvements convulsifs et par les caractères objectifs des contractions [V. Facial (Spasme)]. Le soi-disant hémi-spasme glosso-labié se rapproche davantage des tics. Or, les tics n'ont rien à voir avec l'hystérie (H. Meige).

On peut en dire autant du torticolis hystérique. Toutes les observations publiées sous ce nom sont rattachées aujourd'hui au torticolis convulsif (torticolis-spasme ou torticolis-tic, torticolis mental de Brissaud) (v. c. m. . Même remarque pour le trismus hystérique (V. Trismus mental) ; pour l'astasie-abasie (v. c. m.).

Chorée hystérique. — Existe-t-il une chorée hystérique, c'est-à-dire une chorée appartenant en propre à l'hystérie et qui soit caractéristique de cette dernière? Pour répondre à cette question, il importe d'abord d'établir une distinction entre deux types de chorée, la chorée rythmique et la chorée arythmique.

La chorée rythmique, qui apparaît par accès, pouvant durer de quelques minutes à plusieurs jours, qui est tantôt unilatérale, tantôt bilatérale, tantôt même n'atteint qu'un seul membre, est caractérisée par des mouvements dont la coordination systématique rappelle l'exécution d'un acte déterminé : ce sont des mouvements de danse, comme dans la chorée saltaloire. ou de natation, comme dans la chorée natatoire, ou des mouvements de bras rappelant le martellement des forgerons (chorée malléatoire), etc. Les conditions dans lesquelles apparaissent ces chorées rythmiques, la tendance qu'elles ont à se propager à la manière des épidémies de choréomanié relatées au moyen âge, l'influence non douteuse de la suggestion sur la production comme sur la cessation de ces accidents, permettent de les considérer comme étant de même nature que les anesthésies, les

599 Hystérie.

paralysies ou les contractures dont nous avons parlé précédemment.

Quant aux chorées arythmiques, qui ont été rattachées à l'hystérie, il faut faire toutes réserves sur cette interprétation. En ce qui regarde la chorée de Sydenham que l'hystérie, disait-on, pouvait simuler à la perfection, un ce ila in nombre de constatations récentes permettront aux cliniciens d'éliminer à coup sûr l'hypothèse de l'hystérie. Babinski d'abord, André Thomas ensuite, ont attiré l'attention sur plusieurs signes objectifs qui, non seulement facilitent le diagnostic de cette affection, mais autorisent à la considérer comme dépendant d'une irritation des centres nerveux, de durée et d'intensité variables. Or, si l'on peut fort bien admettre qu'une hystérique soit capable de simuler avec exactitude les mouvements de la danse de Saint-Guy, elle ne parviendra jamais à simuler des phénomènes tels que la flexion combinée de la cuisse et du bassin ou le signe de Babinski, comme l'hypotonie, les syncinésies, la dysmétrie, l'adiadococinésie, qu'André Thomas a retrouvées dans nombre de cas de chorée de Sydenham. Enfin, la lymphocytose n'est pas rare dans la chorée de Sydenham. Celle-ci peut être désormais considérée comme distraite du cadre des névroses; elle appartient dûment aux affections organiques du système nerveux (V. Ciiorées).

Tremblement. — On a dit que l'hystérie était capable de reproduire tous les tremblements possibles, partiels ou généralisés, rapides ou lents. On a dit que l'hystérie pouvait simuler la paralysie agitante, la maladie de Basedow (tremblement vibratoire), la sclérose en plaques, les tremblements d'origine toxique (alcoolique, mercuriel, saturnin, etc.) et môme le tremblement essentiel, le tremblement sénile De deux choses l'une, ou

bien l'on a affaire à l'une quelconque de ces différentes affections, et alors chacune d'elles se traduit par un ensemble de symptômes suffisamment caractéristiques pour qu'il ne soit nullement nécessaire de mettre l'hystérie eu cause, ou bien l'on a affaire à l'un de ces tremblements de cause inconnue qui s'observent chez les névropathes et les prédisposés en général. Dans les deux cas, il n'y a aucune nécessité de faire intervenir l'hystérie.

Toutefois, certains Iremblements qui se développent, à la façon des ânesthésies ou des paralysies, à la suite d'un traumatisme, peuvent cire considérée comme étant de la même nature et de la même origine suggestive.

On doit cependant être circonspect à leur égard, et l'on recherchera avec grand soin, dans les cas litigieux, tous les symptômes qui appartiennent aux affections dans lesquelles on observe du tremblement. On n'oubliera pas d'ailleurs que le tremblement, quel qu'il soit, est beaucoup moins difficile ;i simuler qu'on ne serait tenté de le croire. Enfin, l'on tiendra compte du rôle que joue dans les tremblements un trouble psychopathique qui s'y associe souvent, la trémophobie (H. Meige).

Troubles trophiques et vaso-moteurs Le nom menu4 de

stigmates, employé pour désigner un certain nombre de symptômes considérés comme caractéristiques de l'hystérie, suffit à rappeler une croyance universellement admise, il ,\ a quelques années : mil ne doutait que l'hystérie ne fût capable de réaliser des troubles trophiques comparables à ceux des stigmatisées du moyen Age : phlyetènes, ulcérations apparaissant en certains

Hystérie. 600

point s du corps, s;in> qu'on pût en déterminer la cause, el disparaissant de même.

Dans ce! ordre de phénomènes, l'hystérie semblait toute puissante. Kll<è créait, comme à plaisir, des érythèmes, du pemphigus, <!<■ l'urticaire, des ecchymoses, des plaies, des gangrènes au besoin. L'hystérique ;» \ ;i i t desueurs de sang, des larmes de sang, des vomissements de sang, des selles sanglantes. Ainsi fui édifiée une symptomatologie vraiment impressionnante de tous les méfaits trophiques de L'hystérie. Le temps n'est pas loin encore où Ton pouvait voir dans les services hospitaliers des sujets qui reproduisaient, en les modernisant, les bulles, les plaies, les ulcères des stigmatisés du temps passé.

On connut aussi les œdèmes hystériques : l'œdème blanc décrit par Sydenham, puis l'œdème rouge, et aussi l'œdème bleu. Enfin, on vit le sein hystérique, tantôt pale et tantôt rouge, avec son cortège d'hyperesthésies et de paroxysmes névralgiques. El, bien entendu, tous les dermogretr phismes, qu'ils soient rouges ou qu'ils soient blancs, furent attribués à l'hystérie.

« Les élèves ou les jeunes médecins qui lisent, dans les ouvrages de l'époque, la description de ces troubles, ont l'impression qu'il s'agit là de paléopathologie. » (Babiuski).

Que devons-nous penser aujourd'hui de ces faits dont certains semblent confiner au merveilleux? — Ceci : ils ont été réellement observés et même décrits avec exactitude; mais on s'est trompé dans leur interprétation.

Si quelques auteurs hésitent encore à le reconnaître, la majorité admet, sans contestation possible, que ces troubles vaso-moteurs et trophiques n'ont rien à voir avec l'hystérie : d'une façon générale, tous ces accidents ne sont que des produits de la simulation.

D'abord, au point de vue expérimental, on doit reconnaître avec Hallion que l'on ne peut déterminer par suggestion, môme chez les individus qui méritent le plus d'être qualifiés d'hystériques, aucune modification vasomotrice différant de celles qu'on observe chez les sujets normaux. Mais il y a plus. Tous les observateurs qui ont eu recours à des moyens de contrôle suffisamment rigoureux sont parvenus à dépister la supercherie. S'agit-il d'un œdème que l'on eût certainement taxé d'hystérique, il y a peu d'années? Si l'on exerce une surveillance inexorable sur le patient, de deux choses l'une : ou bien l'œdème disparaît rapidement, ou bien l'on découvre qu'un subterfuge de compression en est la seule cause provocatrice. S'agit-il d'un abcès, et surtout de ces abcès à répétition dont la production n'eût paru compréhensible qu'en invoquant le merveilleux pouvoir de l'hystérie? Si l'on s'adresse à la radiographie, on voit que chaque abcès est provoqué par l'introduction clandestine d'un corps étranger sous la peau, —d'un fragment d'aiguille dans une observation relatée par Brissaud, et confirmée d'ailleurs par les aveux de la malade.

S'agit-il de phlyetènes, d'escharres? Des enquêtes bien conduites finissent toujours par révéler les stratagèmes que les patients, habiles à déjouer la surveillance, ont employés pour appliquer sur leur peau soit un fer rouge, soit un caustique. Témoin le cas célèbre rapporté par Dieulafoy, et à propos

COI Hystérie.

duquel il a proposé de désigner de tels malades sous le nom expressif de pathomimes.

Quant aux éruptions de toutes sortes qu'on a mis trop hâtivement sur le compte de l'hystérie, les dermatologistes sont unanimes pour nier leur existence. Une enquête faite à ce sujet, en 1907, par Mendicini Bono, a élé particulièrement concluante.

Au surplus, ceux-là mômes qui hésitent encore à abandonner cette idée que l'hystérie joue un rôle dans la production de pareils troubles réputés trophiques, avouent que la suggestion ne suffit pas à elle seule pour les faire éclore; ils croient toutefois qu'elle est capable de les faire disparaître. Oui. en ce sens qu'on peut, par persuasion, faire renoncer le maiade à fabriquer un œdème ou une escharre. Mais, rien ne prouve que la suggestion suffise à produire des troubles trophiques. En fait, tandis que les cas de ce genre étaient fréquemment relatés, avant qu'on ait mis les observateurs sur leurs gardes, depuis plusieurs années il n'en a pas été publié un seul, sauf pour mettre en évidence le rôle de la simulation.

En résumé, il résulte des observations les plus récentes, conduites avec toute la rigueur désirable, comme aussi de la discussion qui s'est élevée à ce sujel à la Société de Neurologie de Paris en 1908 :

1° Que les troubles vaso-moteurs et trophiques autrefois rattachés à l'hystérie ne se présentent pas avec les mêmes caractères que les paralysies, contractures ou anesthésies dites hystériques;

2° Qu'on ne peut pas reproduire par suggestion ces troubles vaso-moteurs ou trophiques ;

5° Qu'on ne peut fournir aucun fait permettant d'établir un lien de causalité ou d'interdépendance entre les troubles vaso-moleurs ou trophiques et les paralysies ou anesthésies dites hystériques;

4° Enfin et surtout, une observation attentive a toujours permis de découvrir la supercherie à l'origine des œdèmes, phlyetènes, ulcéra lions. gangrènes, etc., soi-disant hystériques.

Il y a donc lieu de retrancher de la symptomatologic de l'hystérie tous les troubles trophiques et vaso-moteurs qui lui avaient élé rattachés indu ment. Tous ces fails font retour au domaine de la mythomanie pathomimique, c'est-à-dire à la simulation.

Quanta l'hypothèse de l'existence d'une névrose vaso-motrice particulière, dislincte de l'hystérie proprement dite, mais pouvant coexister avec celle dernière, et capable de donner naissance à des troubles trophiques et vasomoleurs, cette hypothèse n'a pas encore reçu la confirmation des fails qui sérail nécessaire pour l'accréditer.

A la vérité, il existe des troubles vaso-moleurs dont la nature est encore mal définie, de forme aiguë, comme les œdèmes angioneurotiques, la maladie de Quincke, ou de forme chronique comme les Lrophœdèmes Il Meige). Mais ces accidents n'ont aucun lien de parenté avec les troubles proprement hystériques. Si. dans certaines observations déjà anciennes, ils ont élé attribués à l'hystérie, rien ne démontre l'exactitude «le celle attribution. Toul porte à croire, au contraire, qu'il s'agil dune interprétation erronée.

Hystérie. 602

Atrophie musculaire. — L'atrophie musculaire, signalée dans l'hystérie, ne peul p;i^ être considérée comme un trouble d'origine trophique. Sans doute, <»ii constate parfois un certain degré d'atrophie (huis les muscles d'un membre atteinl d'une paralysie hystérique de date ancienne; mais cette atrophie est toujours t^ 1<>I >;» 1<* H peu accentuée, elle ne s'accompagne pas de réaction de dégénérescence. Elle ne diffère pas, <mi somme, de l'atrophie musculaire qui survient lorsqu'un membre esl immobilisé, dans un appareil, par exemple : c'est une atrophie fonctionnelle. El elle disparaît dès que 1;< l'onction a récupéré son intégrité.

Quanl aux rétractions fibro-tendineuses qui accompagnent quelquefois \c> contractures hystériques, elles ne s'observent que quand ces dernières son! de très longue durée. Il est nécessaire de s'assurer de leur persistance sous le sommeil chloroformique. Elles sont, elles aussi, la conséquence d'une immobilisation prolongée, et ne peuvent être rangées parmi les vrais troubles trophiques. Toutefois, il importe de vérifier s'il n'existe pas une affection concomitante des articulations ou des tendons.

Atrophies musculaires et rétractions fibro-tendineuses sont rangées par Babinski dans les troubles pithiatiques secondaires. En réalité, ces accidents ne sauraient être reproduits directement par la suggestion : ils ne sont que consécutifs à des phénomènes (paralysies, contractures) que la suggestion peut produire, et encore dans des cas qui deviennent de plus en plus rares.

Fièvre hystérique. — Il n'y a pas de fièvre hystérique. Tous les faits publiés sous ce nom sont sujets à caution. Dans la majorité des cas, l'élévation thermique est provoquée par un stratagème habilement dissimulé. La fièvre n'a jamais pu être réalisée par la seule suggestion. Sans doute on peut observer de la fièvre chez les hystériques; mais cette fièvre reconnaît alors les mêmes causes que lorsqu'elle survient chez des sujets sains. D'ailleurs, la soi-disant fièvre hystérique ne date guère que de l'époque où fut vulgarisé l'emploi du thermomètre, et où les sujets en observation ont pu imaginer différents subterfuges pour faire monter artificiellement la colonne mercurielle.

Dans les cas qui peuvent sembler douteux, il suffit, comme le recommande Babinski, de prendre soi-même la température du malade avec un thermomètre ordinaire et étalonné; on ne devra jamais se contenter des indications d'un thermomètre à maxima, trop aisément faussées par le patient. Au surplus, depuis que l'on se met en garde contre les causes d'erreur, la prétendue fièvre hystérique paraît avoir complètement disparu.

Troubles viscéraux. — Nous nous bornerons à énumérer brièvement ceux qui ont eu les honneurs de travaux d'une certaine importance, sinon il nous faudrait passer en revue la pathogénie interne tout entière. Nul organe n'a été épargné par l'hystérie, nul trouble fonctionnel qui n'ait été mis sur son compte.

Dans les affections hystériques de l'appareil circulatoire, on a fait figurer la fausse angine de poitrine, les palpitations, la tachycardie, Yarythmie, manifestations qui peuvent être d'origine névropathique, sans que l'hystérie soit en cause.

Dans les maladies de l'appareil respiratoire, Yaphonie hystérique a tenu

603 Hystérie.

une large place; on décrivait son début brusque à la suite d'une émotion ou d'un traumatisme, les malades incapables de parler à voix haute pouvaient cependant chuchoter les mots, la voix était conservée pendant le sommeil et quelquefois même dans le chant. On ne trouvait d'ailleurs au laryngoscope aucune paralysie des cordes vocales. Ce n'est là qu'une fantaisie dysphonique, généralement passagère, dans laquelle la mythomanie est seule en jeu.

A un degré plus accentué le trouble de la parole se traduisait par le mutisme. Ce dernier, qu'on avait rapproché de l'aphasie, est plutôt comparable au mutisme qui se rencontre dans différentes formes vésaniques, quand il n'est pas, lui aussi, l'oeuvre de la simulation.

La toux hystérique de Lasègue, n'est qu'une sorte de tic, quelque forme qu'elle revête, fût-elle accompagnée de dyspnée ou de quintes coqueluchoïdes; aucun signe stéthoscopique ne l'accompagne. Caprices fonctionnels aussi, produits d'une imagination pathomimique sollicitée par quelque suggestion, ces hoquets hystériques, ces bâillements hystériques, ces aboiements, hurlements, miaulement*, mugissements, inventés à plaisir par des mythomanes en quête de toutes les bizarreries capables d'attirer sur eux l'attention ou la commisération d'autrui. Limitation suggestive en est fréquemment la cause. Tous ces accidents disparaissent pendant le sommeil, et il n'est pas rare qu'ils disparaissent également à dater du moment où ils ne produisent plus l'effet que leur auteur en attend, ou quand survient pour lui une bonne raison de les faire cesser.

Les hémoptysies hystériques ne sont plus admises par personne aujourd'hui. Et cette notion nouvelle est grosse de conséquences. En effet, des observalions soigneusement poursuivies ont démontré que nombre d'hémoptysies attribuées à l'hystérie, faule de signes pulmonaires suffisamment probants, étaient bel et bien les avant-coureurs d'une tuberculose qui s'est affirmée par la suite.

« On se trouvait, par exemple, en présence dune jeune lille ayant une hémoptysie, dans la famille de laquelle il n'y avait pas d'antécédents bacillaires, dont l'état général était satisfaisant et chez qui on ne constatai! aucun signe sléthoscopique net de lésion pulmonaire, ce qu'on observe parfois au début de la tuberculose; si cette malade avait eu des crises hystériques, si, de plus, il existait chez elle une hémianesthésie sensitivosensorielle. on était presque infailliblement conduit à attribuer l'hémoptysie ;i l'hystérie. La lièvre même, s'il y en avait, ne faisait pas repousser un pareil diagnostic, car il était tout naturel, après avoir admis que l'hystérie lui aple n exercer une action perturbatrice sur les centres des réflexes tendineux cl sur les centres vaso-moteurs, de penser aussi qu'elle pùl amener une perturbation dans les centres régulateurs de la température. Toutes ces déductions, étant logiques, oui été laites et acceptées par les meilleurs esprits; leur seul loi-' était d'avoir une erreur à leur point de départ, et elles sont pour ce motif entachées de nullité. » Babinski .

Donc, ici encore, le praticien se gardera du diagnostic d'hystérie qui conduirait à négliger «les précautions essentielles; il multipliera les examens stéthoscopiques, en supposant toujours qu'une lésion profonde lui échappe,

Hystérie. MM

et, sans effrayer inutilement !<• malade, il l'observera avec vigilance.

En ce qui regarde l'appareil digestif, il suffira d<> renvoyer 1«" lecteur aux différentes affections qui fonl 1 " < >1 »j « - 1 d'articles spéciaux. De chacune d'elles, l'hystérie a été rendue responsable; La sialorrhée, V aérophagie, Vœsophagisme (v. c. m.) son! des phénomènes que l'on observe chez les névropathes en général; il n'esl pas nécessaire de l'aire intervenir l'hystérie pour les expliquer.

Les mêmes remarques que nous avons faites à propos de l'hémoptysie dite hystérique sonl applicables aux vomissements, aux hématémêses, imputés à l'hystérie. En pareil cas, il faut se méfier autant des inventions pathomimiques que de l'existence d'une affection organique latente.

L'anorexie (v. c. m.) ne s'observe pas seulement dans l'hystérie, mais dans différentes psychopathies. Elle peut représenter un Lrouble mental isolé (délire de maigreur de Souques).

Quant aux accidents abdominaux, il n'en est peut-être pas un seul qui nait été qualifié d'hystérique; la péritonite, Y appendicite , disait-on, peuvent être exactement simulées par l'hystérie. N'est-elle pas capable de fabriquer de fausses grossesses? Mais peut-on soutenir que l'appendicite-fantôme (Brissaud) ou une grossesse nerveuse sont des troubles essentiellement hystériques?

Il n'esl pas non plus d'affections des organes génito-urinaires dont l'hystérie n'ait été rendue responsable. La polyurie dite hystérique se confond avec la polyurie nerveuse {polyurie des dégénérés de Brissaud). Pour Yanurie, on peut affirmer, que, dans la majorité des cas, il s'agit d'une supercherie qu'une surveillance attentive finit toujours par faire découvrir. On peut voir, comme le dit Gestan, de l'anurie chez des hystériques, mais on ne saurait affirmer la nature hystérique de ces anuries.

Il est presque superflu d'ajouter que les altérations qualitatives de l'urine n'ont rien à voir avec l'hystérie; la formule urinaire de l'hystérie que Gilles de la Tourette et Catelineau se sont efforcés d'établir n'a pas eu de valeur diagnostique durable. Et pour ce qui est de l'albuminurie ou de l'hématurie, leur constatation doit toujours faire songer, non pas à l'hystérie, mais à une maladie surajoutée, étant prouvé, bien entendu, que la supercherie n'est pas en cause.

Il est à peine besoin de dire que l'on ne rencontre clans l'hystérie aucune modification des caractères du sang, ni du liquide céphalo-rachidien, ni de la plupart des humeurs.

En somme, il n'y a pas, à l'heure actuelle, un seul trouble sécrétoire ou viscéral dont on puisse dire qu'il est essentiellement de nature hystérique. Souques, qui jadis consacra une belle étude aux syndromes simulateurs de l'hystérie, a loyalement déclaré que depuis ces dernières années, en observant les faits avec plus de rigueur, il avait modifié de tout point son opinion première, et cette nouvelle manière de voir est actuellement partagée par la majorité des neurologistes français.

Que la suggestion puisse jouer un rôle, un rôle capital, dans la genèse de ces affections sine materia, cela n'est ni contesté, ni contestable. Mais point n'esl besoin, pour expliquer ces I roubles, d'invoquer le pouvoir mystérieux de la « grande simulatrice ».

605 Hystérie.

La clinique psychiatrique montre tous les jours des faits du même genre qui sont, à juste litre, rattachés à des désordres psychopalhiques bien connus : idées fixes, obsessions, phobies, et surtout tous les troubles cènes thopathiques, dont E. Dupré a montré la fréquence dans la plupart des psycho-névroses (V. Cénesthésie). Un très grand nombre de ces faits ont été attribués à tort à l'hystérie. Celle-ci ne sera donc mise en cause que si Ton peut établir le rôle joué par la suggestion à l'origine des accidents, et obtenir par la persuasion leur guérison rapide.

La rapidité de l'éclosion comme celle de la disparition des troubles pithiatiques est en effet une particularité dont il faut tenir compte dans le diagnostic. S'il n'est pas un critérium absolu, le facteur temps n'es! cependant pas négligeable.

Troubles mentaux. — L'étude de l'état mental des hystériques a fail éclore un nombre considérable de travaux, parmi lesquels ceux de Pierre Janet ont eu un légitime succès de nouveauté.

Pour lui, le principal facteur de l'hystérie serait un trouble psychique, « un affaiblissement de la synthèse psychologique, une aboulie, un rétrécissement du champ de la conscience », survenant chez des sujets qui présentent un certain degré de faiblesse ou d'épuisement cérébral. Chez les hystériques, admet-il, nombre de sensations et d'images cessent d'être perçues; il en résulte une tendance à la désagrégation mentale, au dédoublement permanent et complet de la personnalité, à l'éclosion et au développement d'idées parasites, en dehors du contrôle de la conscience. Ce désarroi mental se manifesterait par les troubles les plus variés d'apparence uniquement physique.

La théorie de Pierre Janet, fort ingénieuse au point de vue psychologique, n'est pas universellement admise. On est d'ailleurs loin de s'entendre aujourd hui sur la formule mentale des hystériques. 11 n'en est pas moins vrai que l^s sujets prédisposés aux troubles hystériques présentent une disposition psychique particulière, et il importe de la préciser.

D'abord, tout le monde s'accorde à reconnaître que la dominante psychopathique est une tendance excessive à la suggeslibilité; d'aucuns disent hyper-suggestibilité. E. Dupré emploie le terme expressif de psycho-plasticité anormale. L'hystérique est éminemment accessible à toutes les sortes de suggestions: hétéro-suggestions ou auto-suggestions. De celle disposition mentale découle une aptitude toute spéciale à réaliser de<, phénomènes insolites, el notamment des troubles morbides, comme aussi à les faire disparaître, en apparence miraculeusement.

\ la malléabilité mentale de l'hystérique se joint une grande versatilité,

qui se traduit, dans le domaine pathologique, par des variantes objectives

infinies. Qu'on y ajoute la disposition mythomaniaque, et l'on aura réduit

à leurs éléments essentiels les caractéristiques mentales de l'hystérie.

On peut doue considérer, avec E. Dupré, l'hystérie comme « un étal

plu- ou moins conscient et volontaire de simulai ion-fabulal ion des syndrome- neuro-psychiatriques ». En vertu de leur suggestibilité, de leur psycho-plasticité particulière, les hystériques parviennent à réaliser et à entretenir une infinie variété de troubles moteurs ou sensitifs, paralysie-.

Hystérie. 606

contractures, attitudes anormales, anesthésies, hyperesthésies, etc. Mais dans le déterminisme des accidents hystériques, on ne peul apprécier exaclemenl le rôle de la conscience <-i de la volonté.

L'hystérie n'est, en somme, qu'une manifestation de celle variété de déséquilibre psychique qu'es! la mythomanie : tendance constitutionnelle & l'altération de la vérité, au mensonge, à La fabulation et à la simulation. Les désordres hystériques apparaissent sous l'influence i\c^> mêmes mobiles (vanité, malignité, cupidité, Lubricité, etc.), qui objectivent tous les autres troubles mythopathiques. Enfin, les processus morbides de l'imagination, les délires d'imagination, récemment mis en valeur par E. Dupré et Logre, affectent les rapports les plus étroits avec l'hystérie.

Cette conception de l'état mental des hystériques paraît bien conforme aux données de la clinique psychiatrique. Elle se rapproche d'ailleurs d'une opinion souvent formulée jadis. Ne disait-on pas couramment que l'hystérie n'était faite que de mensonge et de simulation? Cependant, il semblait que les travaux de la Salpêtrière eussent à jamais fait répudier cette idée. On la voit reparaître aujourd'hui, avec ce correctif : la tendance au mensonge est indéniable chez les hystériques ; mais ce mensonge est souvent involontaire et inconscient; c'est un accident morbide, expression d'un trouble psychopatique particulier, la mythomanie.

Quanta la suggeslibilité qui se manifeste avec tant d'évidence dans les phénomènes hystériques, elle apparaît comme la conséquence d'un déficit constitutionnel ou d'une perturbation du contrôle cortical. A bien des égards, la mentalité des hystériques se rapproche de la mentalité enfantine : il semble que chez eux le développement des fonctions cérébrales régulatrices soit demeuré imparfait. On peut dire qu'ils présentent tous des signes d'infantilisme psychique. La constatation de cette imperfection mentale permet de supposer que les voies d'associations corlicales ont subi un arrêt dans leur développement (H. Meige).

Infantilisme psychique, malléabilité mentale excessive, tendances mythomaniaques, telles paraissent être les principales caractéristiques mentales de l'hystérie.

Ce serait temps perdu que de faire même une simple énumération de lous les autres désordres psychiques qui ont été mis sur le compte de l'hystérie. Ce qu'il faut bien savoir, c'est qu'un très grand nombre de troubles mentaux, légers ou graves, passagers ou tenaces, ont été considérés à tort comme appartenant en propre à celle psycho-névrose, et qu'on les retrouve aussi nettement caractérisés dans d'autres formes mentales. Par exemple, les idées fixes, auxquelles on a fait jouer un si grand rôle dans la genèse des phénomènes hystériques, se retrouvent dans une foule de psychopalhies, de même pour les hallucinations. On ne peut pas dire davantage qu'il existe un délire hystérique et moins encore une folie hystérique.

Les variantes psychopathiques de l'hystérie ne se prêtent pas à une délimitation psychiatrique rigoureuse; il n'en faut pas conclure qu'on doive négliger d'analyser l'état mental des sujets qu'on soupçonne d'être entachés d'hystérie. Mais on aurait tort de se baser uniquement sur les renseigne-

607 Hystérie.

ments de cette enquête mentale pour affirmer que les phénomènes observés sont de nature hystérique. Nous avons assez longuement insisté sur la nécessité des investigations cliniques objectives pour n'avoir pas à rappeler ici encore leur valeur prépondérante au point de vue diagnostique. Il n'est pas moins important que, parallèlement, le clinicien se préoccupe de reconnaître l'état mental du sujet qu'il examine; cette connaissance le secondera souvent dans ses appréciations.

Accidents ou paroxysmes hystériques. — On a rangé sous ce nom les manifestations bruyantes et tapageuses de l'hystérie. Elles font partie au premier chef des accidents pithiatiques de Babinski, car leur origine suggestive est notoire. On les fait apparaître et disparaître à volonté chez les sujets prédisposés.

L'étude de ces accidents offre surtout un intérêt historique, en raison des conséquences judiciaires qu'ils ont eues aux siècles passés, et aussi à cause des nombreux travaux dont ils ont été l'objet.

Les plus célèbres sont les grandes attaques d'hystérie. Nous rappellerons pour mémoire les caractères qui leur ont été attribués par Charcot et Paul Richer à la Salpê trière.

D'abord, une aura prodromique, de forme infiniment variable, le plus souvent à point de départ abdominal ou ovarien, et s'accompagnant d'une « sensation de boule », remontant de l'épigastre jusqu'à la gorge.

Puis, la première période de l'attaque, période épileptoïde : perte de connaissance, abolition de la sensibilité générale et spéciale, convulsions traversant une phase tonique et une phase clonique, se terminant enfin par la phase de résolution musculaire.

La deuxième période, période de cloionisme, divisée en deux phases : phase des « altitudes illogiques » (l'arc de cercle), et phase des « grands mouvements », gesticulations incohérentes et excessives accompagnées de cris bizarres, inarticulés.

La troisième^ période des attitudes passionnelles, où le sujet exprime par sa mimique les hallucinations de toutes sortes qui l'assaillent.

Enfin la quatrième période, période de délire, qui peut se combiner à la précédente et se traduit surtout par un flux de paroles incohérentes.

En dernier lieu, le malade reprend progressivement connaissance et revient à l'état normal, sans présenter la prostration qui suit généralement la crise épileplique.

Cette description, qu'il eût été injuste de ne point rappeler, tant elle eut de retentissement, correspond à un type que l'on considère, à bon droit, comme entièrement artificiel. On ne l'observe guère que dans les milieux où l'hystériculture étail en faveur. Les grandes al laques ont sévi dans les mêmes circonstances H aux mêmes époques que les anesthésies. Elles

furent de mise an moyen âge, chez les sorcières et les possédées, parce

qu'elles étaient considérées comme des manifestations <\n malin esprit el entretenues par toutes sortes de facteurs suggestifs; puis, après être tombées en discrédit, elles reparurent sons l'influence de la suggestion médicale à la lin du siècle dernier. De nos jours il n'en est presque pins question.

Hystérie. 608

(>n ne voil plus que <l<- petites attaques, sans forme précise, des « crises de nerfs » plus ou moins généralisées H bruyantes, mais il semble même que le nombre cl L'intensité de ces paroxysmes aillent chaque jour en déclinant. La moindre attention qu'y porte le médecin, sachant le peu de gravité de ces agitations capricieuses, n'est pas étrangère à leur diminution. A l'hôpital comme à la ville, la mode des gesticulations convulsives, si l'on peu! ainsi dire, tend à se passer.

C'est seulement encore pour mémoire que nous rappellerons les différentes formes attribuées à l'attaque d'hystérie: attaque de spasme, attaque démoniaque, attaque d'extase (v. c. m.), attaque syncopale, attaque de délire, etc.

L'attaque de sommeil se rattache à la léthargie hystérique dont 1<-exemples ont toujours excité la curiosité populaire (V. Léthargie, Narcolepsie). Les attaques cataleptoïdes, qui ont été si souvent attribuées à l'hystérie, sont rattachées aujourd'hui soit à la catatonie, soit à la démence précoce, soit aux catalepsies symptomatiques (v. c. m.).

Enfin, les attaques épileptoïdes présentent plus d'intérêt, en raison de la difficulté qu'on éprouve souvent à faire le diagnostic avec les attaques p'épilepsie vraie. C'est surtout par l'examen des réflexes tendineux, cutanés et oculaires, qui ne sont jamais modifiés dans l'hystérie, qu'on éliminera cette dernière. Notamment, on ne constate jamais dans l'hystérie le phénomène des orteils, tandis qu'on l'observe, non toujours, mais fréquemment, dans l'attaque d'épilepsie. De môme, certains troubles circulatoires, la lividité de la face et surtout celle des lèvres, appartiennent à l'épilepsie (v. c. m.).

Nous ne ferons que rappeler ici les relations intimes de l'hystérie avec V hypnotisme et le somnambulisme. L'étude de ces états est en voie de revision. Dans les nombreux travaux qu'ils ont suscités, un petit nombre de faits seulement paraissent aujourd'hui à l'abri de la critique. En pratique, il convient d'observer la plus grande réserve à ce sujet. (V. Hypnotisme, Spiiutisme, Somnambulisme).

Étiologie. — Dans l'état où se présente actuellement la question de l'hystérie, il n'est guère possible de donner des notions précises sur sa fréquence. Comme le dit Babinski, « les troubles hystériques sont en quelque sorte à la portée de tout le monde; seuls les accidents qui furent jadis raltachés à la grande hystérie paraissent l'apanage d'une aristocratie névropa- Ihique ». Dans quelques années, lorsque l'hystérie, telle qu'on est amené à la concevoir aujourd'hui, aura été débarrassée de tous les accidents qui lui avaient été prématurément rattachés, peut-être pourra-t-on recueillir des renseignements valables sur sa fréquence. Pour le présent, il suffit de remarquer que les troubles hystériques se sont toujours montrés d'autant plus fréquents que l'attention était davantage attirée sur eux. Ce qui confirme bien encore leur nature suggestive.

On peut observer les phénomènes hystériques à tous les Ages; ils sont cependant plus fréquents à partir de l'Age de la puberté et semblent s'atténuer aux confins de la vieillesse.

Jadis, la femme seule paraissait exposée aux accidents de l'hystérie, lue

609 Hystérie.

vieille croyance, qui rattachai L les phénomènes hystériques aux troubles de la fonction utérine (le mot même d'hystérie confirme cette tradition), a fail croire que ces accidents étaient uniquement réservés au sexe féminin. On sait aujourd'hui que l'hystérie masculine est loin d'être rare; pour certains auteurs les phénomènes hystériques seraient plus fréquents chez l'homme que chez la femme.

Dans tous les milieux, dans toules les professions, on peut retrouver les phénomènes hystériques. On les retrouve à tous les âges : l'antiquité connut les « possédées des dieux » (H. Meige), le moyen âge les « possédées du diable ». On les retrouve dans tous les climats, dans toutes les races : nous avons fait connaître jadis les « possédées noires ».

La prédisposition névropalhique et l'hérédité neuro-arthritique jouent dans l'étiologie de l'hystérie, comme dans celle de toutes les affections nerveuses et mentales, un rôle prépondérant; mais l'hérédité similaire est loin d'être une règle.

Les tranmatismes ont été rendus responsables de presque tous les phénomènes hystériques. On connaît les méfaits de Yhystéro-traumatisrne. Pour cette question d'importance capitale en médecine légale, v. les art. Névrose

TRAUMATIQUE, SlNISTROSE.

Les causes susceptibles de provoquer les accidents hystériques sont véritablement innombrables, si l'on s'en réfère aux observations publiées. G. Guinon a fait une longue étude des agents provocateurs de V hystérie. Leur énumération dépasserait les limites de cet article. Toutes les causes capables de déterminer un affaiblissement passager ou durable de l'organisme, de son fonctionnement nerveux surtout, ont pu être invoquées comme capables de favoriser l'apparition des troubles hystériques. La multiplicité même de cv> causes tend à prouver qu'aucune d'elles n'a de valeur spécifique : la prédisposition individuelle constitue l'élément éliologique principal. On a admis l'action provocatrice de toules les intoxications, aiguës ou chroniques, comme aussi de toutes les infections, et l'on peui dire de toutes les maladies. On a décrit des hystéries toxiques et des hystéries infectieuses, des hystéries par surmenage et des hystéries par imitation....

Les troubles hystériques, selon Dufour, qui adopte une idée déjà émise par Sydenham, résulteraient d'un véritable besoin morbide d'imitation. 11 est certain que l'imitation joue un rôle important dans la genèse des acci dents hystériques collectifs dont on trouve des exemples à la fois dans les récils du passé H dans certaines épidémies hospitalières contemporaines ; mais l'imitation a'esi guère qu'une modalité de la suggestion^ et c'est loujours à celle dernière qu'il faut en revenir lorsque l'on cherche à découvrir une cause aux phénomènes hystériques. Tantôt celte suggestion vient do l'extérieur, tantôt il s'agit d'une auto-suggestion, bien souvent ces deux influences se combinent, de telle sorte qu'il est impossible de savoir si la cause première de ce- accidents esl extrinsèque ou intrinsèque.

L'étiologie de l'hystérie comporte un problème particulièrement difficile .1 résoudre : quel <•-! le rôle joué par Vémotion dans la genèse des accidents hystériques? Celte question a été tout récemment l'objet d'un examen

Hystérie. 610

approfondi dans une réunion tenue en commun par les membres de la Société de Neurologie de Paris et dé la Société de Psychiatrie <l<- Paris (décembre 1909-janvier I9i0).

Un des rapporteurs de cette question a formulé la conclusion suivante : « L'émotion ne crée pas l'hystérie, mais peul provoquer les manifestations hystériques « * 1 h * / un sujel donl l'émotivité était préalablement troublée.... Il no paraît pas douteux que certains accidents rangés, d'une façon unanime, dans le cadre de l'hystérie, tels que crises convulsives, paralysies, contractures, puissent être produits par une émotion, en dehors de toute suggestion. » (II. Claude.)

Ainsi, un des caractères particuliers de l'état hystérique consisterait dans « la faculté d'isoler, amplifier et fixer à un degré excessif certaines sensations, certaines images. L'hystérique pourrait donc présenter dune façon intense et prolongée les diverses expressions de l'émotion ». (H. Claude.)

La discussion qui s'est engagée à ce propos n'a pas abouti à des conclusions univoques.

Tous les auteurs sont d'accord sur ce point que l'émotion ne crée pas de loutes pièces l'hystérie; mais l'émotion est-elle capable de déterminer, à elle seule, certains accidents hystériques? Pour les crises hystériques, par exemple, plusieurs admettent que l'émotion seule suffit à la provoquer (Dejerine, Solfier, Claude, Janet). Babinski, au contraire, soutien I que « l'émotion, à elle seule, est incapable de créer une de ces attaques hystériques bien caractérisées, bien réglées, si soigneusement décrites.... Quand on est en présence d'une pareille crise, on peut affirmer, abstraction faite de la simulation toujours possible, que la suggestion, dont l'imitation demi consciente est une des formes les plus communes, a joué dans sa genèse le rôle essentiel ».

Et, comme preuve, Babinski apporte l'observation suivante : Les grandes attaques, si fréquentes autrefois, ont complètement disparu aujourd'hui. En procédant à des enquêtes rigoureuses, dans des circonstances où il semble que les réactions émotives puissent atteindre leur maximum, on s'aperçoit que les attaques d'hystérie ne se produisent pas. ou sont de rarissimes exceptions. C'est ainsi que, dans les grandes calastrophes particulièrement impressionnantes, comme fut le tremblement de terre de Messine, et malgré l'intensité et la variété des émotions, V. Neri n'a jamais constaté l'apparition de crises d'hystérie. C'est ainsi également que Babinski, interrogeant les garçons préposés, dans les hôpitaux de Paris, à la garde des morts, a obtenu de ces derniers des réponses identiques : jamais ils n'ont vu se produire d'attaques d'hystérie chez les innombrables personnes venues pour reconnaître leurs parents décédés. Aussi. Babinski se croit-il en droit de conclure : « Il est très possible que les émotions soient capables, en ébranlant le système nerveux, d'atténuer la faculté de contrôle et d'augmenter la suggestibilité. 11 est très acceptable aussi que les phénomènes émotifs constituent une épine à laquelle la suggestion soit capable de s'accrocher, que, par exemple, la constriction émotive de la gorge puisse être l'origine d'une suggestion provoquant un mutisme hystérique (une sorte d'association hystéro-émotive). Mais, il me paraît de plus

611 Hystérie.

on plus douteux que l'émotion, par ses propres forces, soil capable d'engendrer des phénomènes tels que des paralysies ou des contractures, par exemple. »

Quant à l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle, il n'y a de doute pour personne qu'elle soit, dans la majorité des cas, la conséquence d'une suggestion, hétéro-suggestion ou auto-suggestion.

En somme, le rôle de l'émotion dans la genèse des accidents hystériques proprement dits n'est pas nettement démontré.

Par contre, l'observation nous fait connaître que certains sujets présentent un état psychopathique particulier qui les prédispose aux réactions émotionnelles. C'est la constitution émotive que E. Dupré a bien analysée et justement mise en valeur; elle représente une des variétés les plus fréquentes du « nervosisme » des anciens auteurs. C'est « un mode de déséquilibration psychique, le plus souvent héréditaire, souvent associé à d'autres lares dégénératives, telles que la débilité ou la déséquilibration de l'intelligence ou de la volonté. Ces anomalies psychiques sont elles-mêmes associées fréquemment à des anomalies également constitutionnelles de la sensibilité viscérale, de la motilité ou de la nutrition.

« Les signes par lesquels se révèle la constitution émotive sont : l'exagération, dans leur instantanéité et leur amplitude, plutôt que dans leur vitesse, des réflexes tendineux, pupillaires ou cutanés, l'hyperesthésie sensorielle; le déséquilibre des réactions vaso-motrices et sécrétoires, la tendance aux spasmes, enfin l'intensité et la diffusion anormales des effels physiques et psychiques, des émotions.

« La constitution émotive semble donc caractérisée non seulemenl par l'éréthisme diffus de la sensibilité, mais encore par l'insuffisance de l'inhibition motrice, réflexe et volontaire. Elle s'associe souvent à une intelligence normale et parfois supérieure, et n'arrive à troubler la lucidité de la conscience que dans ses manifestations violentes cl ses paroxysmes aigus. » (E. Dupré).

Or, parmi les modes des manifestations de l'émotivité constitutionnelle faut -il ranger les phénomènes hystériques (pithiatiques de Habinski), autrement dil. l'hystérie peut-elle naître de l'émoi ion? Sur ce point, les observateurs ne son! pas entièrement d'accord. En tout état de cause, on peut dire que, si l'émotion représente un facteur étiologique de haute importance dans la production des (roubles névropathiques, quels qu'ils soient, ce facteur ne semble pas posséder un déterminisme particulier dans la production i\v> phénomènes hystériques. Pour que ces derniers apparaissent, la suggestion sous forme directe ou indirecte doit toujours intervenir.

Diagnostic. Pronostic. Toute une série de phénomènes dans

lesquels l'hystérie ;» été mise en cause se trouvent décrits dans des articles spéciaux (V. Aphasie, Bégaiement, Amnésie, Automatisme \mbulatoire, Hypnotisme, Somnambulisme, etc., etc.),

\\;uii signalé, chemin faisant, l<-s principaux éléments de diagnostic, nous n'avons pas ;'i \ revenir.

Rappelons seulement que la thérapeutique même peut servir pour le diagnostic. C'est ainsi que les guérisons subites, miraculeuses, seront en

faveur de la nature hystérique d'un accident. Par contre, l'échec de la psychothérapie, pratiquée dans dé bonnes conditions el avec persévérance, doil faire incliner vers l'hypothèse, soil d'une psychopathie tenace, soil aussi, car il ne Paul jamais l'oublier, vers l'idée d'une simulation.

Il n'esl guère possible de parler du pronostic en présence d'une affection aussi capricieuse dans son évolution el aussi polymorphe dans ses manifestations. Nul n'esl en mesure de prévoir les influences suggestives qui peuvenl surgir d'un jour à L'autre et se traduire suivanl les sujets el suivant les circonstances par tel ou tel phénomène pithiatique. Ce qu'on peut affirmer, c'est que, sauf de rares exceptions, les manifestations hystériques, même el peut-être surtout les plus tapageuses, ne paraissent pas compromettre la santé générale.

Quant à la durée d'un trouble hystérique en particulier, elle ésl aussi fonction de la durée et de l'intensité de la suggestion. C'esl surloul à propos des accidents du travail que cette vérité clinique se manifeste. Brissaud l'a mise en lumière de façon éclatante. Cette question est traitée en détail à l'article Sinistrose.

Médecine légale. — Comme nous l'avons dit en commençant, les problèmes médico-légaux que soulève l'hystérie sont aussi fréquents que variés. Nous y avons fait plus d'une fois allusion, à propos d'exemples particuliers. On trouvera de plus amples renseignements à ce sujet dans learticles : Accidents du travail, Expertises, Incapacités, Névrose traumatioue, Blessures, Simulation, Sinistrose.

D'une façon générale, en présence d'un trouble dont on peut suspecter la nature hystérique, le médecin expert aura à se poser les questions suivantes :

1° S'agit-il d'une simulation ? Celle-ci est-elle manifestement volontaire ? Ou dépend-elle d'une disposition psychopathique particulière?

2° La suggestion est-elle en cause 1

Mais ces questions que l'examinateur doit avoir présentes à l'esprit, non seulement il ne doit pas laisser soupçonner au malade qu'il se les pose, il doit se garder lui-même d'en être inlluencé.

S'il est vrai que l'on peut toujours envisager que la suggestion ou la simulation, consciente ou inconsciente, sont capables de réaliser tous les tableaux cliniques, cette hypothèse ne doit jamais faire perdre de vue la possibilité de l'existence d'une lésion véritable; on ne doit abandonner cette dernière idée qu'après avoir mis en œuvre tous les moyens de contrôle.

En effet, c'est à juste raison qu'on a signalé la fréquence des associ liions Jty*lé)'o-organic/ues; par cette denominalion.il faut entendre : l'existence d'une perturbation organique réelle dont les symptômes sont amplifiés par une disposition particulière du sujet à exagérer, sciemment ou non, les sensations qu'il perçoit. Or, rien n'est plus délical que d'établir une distinction entre la réalité et l'exagération, surtout lorsqu'il s'agit de troubles subjectifs sur lesquels le patient seul peut renseigner l'observateur. Ce dernier devra donc multiplier les enquêtes et n'ignorer aucun des moyens d'investigation clinique.

Surtout, qu'il ne se contente pas d'une étiquette nosographique trop facile à appliquer, car le diagnostic d'hystérie n'esl pas seulement capable

Hystérie.

d'engendrer des confusions; il peut, s'il esl Irop hâtivement porté, faire négliger des précautions essentielles, compromettre la vie même du malade. Si la cause échappe au premier examen, c'est une faute de conclure aussitôt qu'elle esl inexistante. Il faut chercher, chercher encore. Mais, dans ces recherches réitérées, il sera indispensable de prendre toutes les précautions requises afin d'éviter que l'examen lui-même puisse aggraver la suggestion, si elle existe, ou même, si elle manque, la faire éclore. En d'autres termes, le praticien doit avoir toujours présente à l'esprit l'hypothèse d'une exagération, volontaire ou involontaire, des souffrances dont se plaint un patient, mais il ne doit jamais envisager celte seule hypothèse; il supposera aussi qu'il existe au mal une cause réelle qui lui échappe; il ne se lassera pas de la chercher, en ayant grand soin de dissimuler ses soupçons.

Pour ce qui regarde les phénomènes douloureux dont l'hystérie a été rendue responsable, il est prudent de se rappeler qu'en clinique les signes objectifs seuls ont une valeur indiscutable. La douleur, par contre, est un phénomène subjectif : on peut toujours suspecter sa réalité; mais on ne peut pas toujours démontrer qu'elle n'est pas réelle. C'est pourquoi l'on ne saurait assez se méfier des conclusions qu'on en peut déduire, surtout en médecine légale.

Ces remarques et ces conseils, qui s'appliquent à tous les cas de la pratique courante, sont surtout de mise lorsqu'il s'agit de troubles consécutifs à des traumatismes, et plus spécialement encore lorsqu'on a affaire à des accidentés du travail. Ici, la responsabilité du médecin est particulièrement grave : toute faute commise dans l'examen, toute interprétation hâtive des phénomènes observés pouvant avoir des conséquences judiciaires. Le médecin experl devra donc se garder plus qu'aucun autre d'employer à la Légère le mot d'hystérie qui, malheureusement, peut prêter encore à des interprétations regrettables.

Tout praticien trouvera profit à méditer les sages conseils pratiques donnés par Babinski aux médecins commis comme experts dans les procès relatifs aux accidents du travail.

« 1° D'une part, l'expert ne commettra pas l'erreur d'attribuer à l'hystérie des (dais se manifestant par des caractères que la volonté est incapable de faire uaître el qui ne son! pas pithiatiques. 11 sera ainsi, moins que par le passé, sujel à méconnaître l'importance de préjudices causés par des accidents el à priver ceux qui en oui été victimes d'un dédommagement légitime.

« 2° D'autre pari, il sera plus en mesure qu'autrefois de faire obstacle aux abus que la loi sur les accidents du travail a engendrés, el don! la conception ancienne de l'hystérie esl nue dos causes principales.

« a) Sachant que tous les phénomènes pithiatiques peuvenl être rigoureusement reproduits par la simulation, il devra être sur ses gardes Lorsqu'il aura affaire i\ un sujel présentant des troubles ayanl les caractères qui appartiennent à ce genre de phénomènes. Il le soumettra à une observation très attentive, qui parfois permettra de déceler la fraude; mais, môme dans le cas contraire, il ne se portera jamais garant de sa sincérité. D'ailleurs, lorsqu'il n'aura constaté aucun l'ail l'autorisanl à suspecter la bonne foi de

Hystérie. 6N

riniéréssé, il devra déclarer que le préjudice causé es! minime; <;n- les troubles hystériques cèdent ;'i une psychothérapie pratiquée dans <l<- bonnes conditions H. en ce qui concerne particulièrement les manifestations hystériques post-trau ma tiques, l'expérience montre qu'elles disparaissent, pour ;iinsi dire toujours, après l'arrêt <lu tribunal qui, réglant définitivement la situation du plaignant, le débarrasse de la préoccupation occasionnée par l'attente du jugement et supprime s;ms doute la principale entrave à la guérison.

« h Bien pénétré de <<'l le idée que « les troubles vaso-moteurë el les troubles trophiques hystériques » ne sont que des fictions dont ont bénéficié injustement, au détriment d'autrui, de soi-disant victimes d'accidents du travail, que la notion de ces prétendus troubles hystériques repose sur des erreurs do diagnostic et sur la méconnaissance de la supercherie, l'expert saura mieux orienter ses recherches, quand il aura affaire à un sujet atteint, consécutivement à un accident, soil d'hémorragies viscérales, soit d<- phlyclènes, d'ulcérations, de gangrènes, d'hémorragies cutanées, soil d'oedème d'un membre. S'il lui semble impossible d'établir une relation directe entre le trouble observé el l'accident subi, si le trouble ne lui paraît pas dépendre de quelque affection bien déterminée qui, tout en ayant précédé L'accident, aurait pu être influencée par lui, il doit songer à la possibilité d'une tromperie el employer lous les moyens nécessaires pour vérifier celle hypothèse. »

Traitement. — Si Ton envisage l'hystérie d'après les conceptions traditionnelles, l'exposé de sa thérapeutique entraîne à passer en revue lous les procédés, toutes les méthodes, toutes les médical ions qui ont élé mis en œuvre conlre tous les états que Ton désigne sous les termes vagues de névropathies ou de nervosisme.

Toutes les variantes possibles des agents physiques ont été mises en œuvre avec des succès divers, tantôt éclatants, parfois miraculeux, mais tantôt aussi fort médiocres, ne se manifestant qu'à de longues échéances, et souvent enfin tout à fait nuls. Aucun de ces moyens thérapeutiques, il est presque superflu de le dire, ne possède une vertu curative spécifique : leur action est presque uniquement subordonnée à l'efficacité des influences persuasives qui les accompagnent.

L'hydrothérapie, l'électro thérapie, la massothérapie, etc., n'agissent ici qu'en raison directe de la dose de suggestion qui s'y ajoute. Il est à peine besoin d'ajouter qu'on devra s'abstenir de médicaments, sauf à doses anodines et dans un but psychothérapique.

La psychothérapie est en effet le seul traitement logique des phénomènehystériques. C'est aussi le plus efficace, à la condition que les influences persuasives soient dispensées avec discernement. Ecoutons encore à ce sujet les conseils donnés par Babinski :

« Si l'on considère (pie les phénomènes pithiatiques peuvent imiter plus ou moins les troubles fonctionnels des maladies les pins diverses, qu'ils peuvent s'associer, non seulement aux affections nerveuses, mais à toutes les affections viscérales, thorâciques el abdominales, qu'ils sont susceptibles de guérir rapidement, instantanément même, ou de durer indéfiniment suivant qu'on en reconnaît ou non la nature el qu'on se comporte ou non en

015 Hystérie

lion psychothérapeute, on est amené à soutenir qu'il n'est permis à aucun clinicien de se désintéresser de leur étude. Cela me paraît d'autant plus juste qu'un médecin en contact avec un sujet suggestionnable exercera inévitablement sur lui par ses paroles ou par son silence, par son zèle ou par son insouciance, une influence qui, si elle n'est pas bonne, sera mauvaise; que la présence de ce médecin sera nuisible ou utile et qu'elle ne pourra guère rester indifférente.

« Connaissant l'action qu'il exerce sur les sujets suggestionnables et le rôle qu'il est involontairement exposé à jouer, s'il ne prend pas garde, dans la genèse des phénomènes pilhialiques, le médecin, tout en observant ses malades, doit s'observer lui-même; il surveillera attentivement ses paroles, se rappelant toujours qu'une question mal posée ou une réflexion inopporlune peut être la cause d'une suggestion. Il y a là un danger qu'il ne doit pas perdre de vue, qu'il évitera en se conformant dans son interrogatoire et son examen à des règles que j'ai déjà indiquées autre part dans leurs grandes lignes.

« Sachant qu'un sujet suggestionnable subit très facilement l'influence de son entourage, il ne se contentera pas d'agir en personne, par des pratiques psychothérapiques, sur les malades atteints de troubles pithiatiques; il s'ingéniera encore pour leur créer, par tous les moyens possibles, un milieu psychique qui leur soil salutaire.

« Convaincu que les troubles pilhialiques vrais doivent céder rapidement à une psychothérapie habilement pratiquée, le médecin, qui, dans un cas de ce genre, aura vu échouer ses tentatives thérapeutiques, sera conduit à penser que le succès a été entravé par quelque action contre-psychothérapique; il cherchera à la découvrir pour la faire disparaître el réaliser ainsi les conditions qui assureront la guérison.

« Connaissant les limites du pi thiatisme, il saura distinguer les troubles qui ne font pas partie de ce domaine, et ne se fera pas fort de les guérir par la psychothérapie. S'abstenant de promesses qu'il n'est pas en mesure de tenir, il évitera de se discréditer. En outre, cl cela est encore plus important, n'ayant pas d'illusions sur les effets à attendre d'un pareil traitement, il sera moins exposé à négliger les moyens thérapeutiques (pie peuvenl réclamer les affections non pilhialiques. »

Telles sont les idées directrices dont doit s'inspirer le praticien pour le traitement des accidents hystériques, quels qu'ils soient.

Dans la pratique, il est nécessaire de recourir à un certain nombre de procédés thérapeutiques, dont on peut dire (pie l'efficacité est en raison directe de la dose de suggestion qui s'y rattache. Les paroles, en effet, même les plus autorisées, ne sont pas toujours suffisantes; on agit plus utilement -ml esprit des malades par des prescriptions objectives précises et détaillées.

De tous les moyens curalifs, le plus précieux est certainement ['isolement (\. c. m.).

L'isolement a pour bui et pour résultat de soustraire l'hystérique aux influences du milieu où ses accidents oui germé cl se sont développés peu à peu. Il n'esl pas toujours aisé de dépister ces influences; si parfois elles -«.ni évidentes, dans d'autres <;i^ on ne peut que les soupçonner cl !<■>

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enquêtes de ce genre sont toujours lellemenl délicates qu'il esl sage <l<- ne les aborder qu'avec une extrême circonspection. Mais, d'une façon générale, on peu 1 affirmer que l'éloignemenl du milieu habituel aura toujours des effets favorables. Sans doute, on éprouve plus d'une difficulté à le faire accepter par les intéressés comme par leur entourage. Les premiers jours d'isolemenl sont quelquefois pénibles; mais l'adaptation 8e fail vite el les bienfaits de cette mesure ne tardent pas à se manifester. Les malades euxmêmes, une lois guéris, son! les premiers à reconnaître les bons effets de cette méthode.

On pèul pratiquer L'isolement de deux manières. La première, la plus sévère en apparence, mais aussi la pins rapidement fructueuse, esl ['isolement absolu, dans un établissemanl spécial, une maison de santé par exemple, où non seulemenl les malades peuvent être complètement séparés d'un entourage pour eux défavorable, mais où ils trouvent aussi des soins spéciaux dans des conditions excellentes, cl surtoui une surveillance médicale permanente qui permet de multiplier les interventions psychothérapiques indispensables,

L'isolement peut n'être que relatif. Le sujet, changeant de résidence et de genre de vie, bénéficie souvent de ce changement radical de ses habitudes et de ses relations. Les voyages, les séjours à la campagne, à la montagne, etc., réalisent ces conditions et donnent parfois d'excellents résultats. Mais il est plus difficile d'assurer dans ces conditions la discipline mentale nécessaire.

En matière d'isolemenl, il n'est pas de règle absolue. Chaque cas particulier réclame des prescriptions particulières : question de bon sens et de doigté médical. Quoi qu'il en soit, d'une façon générale, pour un sujet enclin aux accidents hystériques, surtout lorsque ceux-ci sont déjà de date ancienne, les mesures d'isolement, absolu ou relatif, doivent être conseillées avant toute autre chose.

Les autres moyens thérapeutiques mis en usage de façon courante, il y a quelques années, n'offrent pas, avons-nous dit, d'efficacité certaine. Il ne faut pourtant pas les négliger; ils ont en effet l'avantage d'occuper utilement l'esprit du patient et de dériver ses préoccupations mythomaniaques ; il ne songe plus autant à cultiver son mal, il travaille à le guérir.

L' hydrothérapie rend à cet égard de signalés services.

On a beaucoup abusé jadis des douches froides que l'on prescrivait à lous les hystériques avec une libéralité vraiment excessive; elles sont encore de mise dans quelques cas, d'ailleurs très rares, notamment chez ceux qui présentent des accidents paroxystiques à grand tapage. Dans la plupart des cas, on conseillera de préférence <hvs douches tièdes : douche en jet brisé sur tout le corps sauf la tête, d'une durée de ."0 à 00 secondes au maximum, en terminant par un jet assez chaud sur les pieds.

Chaque douche doit être suivie d'une forte friction sur tout le corps avec un linge de toilette. Ces douches tièdes sont bien supportées cl n'offrent aucun inconvénient, sauf de rarissimes exceptions.

L'électricité est un précieux agent psychothérapique [V. Hystérie (Trait

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