V. waluCh
INOSCOPIE — L'inoscopie est une méthode imaginée par André Joussel en 1905, pour isoler le bacille de Koch dans les humeurs de l'organisme.
Quand il existe un caillot, ce caillot emprisonne les bacilles de koch: quand il n'y a pas de caillot, on en suscite la production, en ajoutant au liquide de la fibrine. Par condensation et expression du caillot, on concentre les bacilles. On fait digérer le caillot, aseptiquement, par du suc gastrique artificiel, à l'étuve. On soumet à la cenlrifugation le liquide de digestion, et ainsi les bacilles de Koch, d'abord épars dans un grand volume du liquide primitif, se trouvent réunis dans un faible volume de dépôt, où on le> recherché par frottis soumis à des colorations appropriées.
Nous passons sur les délails de technique, el nous omettons les critiques auxquelles l'inoscopie, au moins dans sa technique première, a donné lieu (Bezançon el Griffon). Ces! une méthode de laboratoire qui, dûmenl pratiquée, peul rendre des services quand les bacilles de Koch sont en très petit nombre. tiALLÏON.
77 Insolation.
INSOLATION. — L'insolation est l'ensemble des symptômes qui surviennent chez un sujet exposé, non pas exclusivement aux rayons du soleil (coup de soleil), mais à une chaleur atmosphérique exagérée, dont le degré, difficile à déterminer, peut être variable suivant les circonstances : Le « coup de chaleur » désigne encore ces accidents.
Ils peuvent se produire dans différentes conditions : quelquefois il s'agit d'ouvriers travaillant en plein air, au soleil ou à l'ombre, lors des heures les plus chaudes de In journée ; le plus souvent il s'agit de troupes en marche où les soldais victimes de la chaleur sont parfois nombreux. A l'arrivée à l'étape, ils n'y sont pas toujours soustraits; de même dans les camps, c'est souvent au moment du repos, sous latente, qu'ils éprouvent les phénomènes du coup de chaleur. Enfin la chaleur artificielle éprouve parfois d'une façon identique ceux qui y sont exposés (mécaniciens, chauffeurs, etc.).
Le degré de température capable de provoquer ces accidents est très variable ; ceux-ci peuvent survenir lors d'une chaleur tempérée, grâce à l'humidité atmosphérique qui les favorise, en diminuant l'évaporation sudorale. On peut au contraire s'exposer à une chaleur plus intense, mais par un temps sec, sans en éprouver de dommages.
Ne sait-on pas que la fonction sudorale est le véritable régulateur automatique de la chaleur organique chez les homéothermes?
Enfin ces accidents thermiques, en raison de leur gravité, doivent être promptement combattus et méritent au premier chef d'attirer l'attention des médecins de l'active et surtout ceux de la réserve, convoqués assez souvent pour accomplir « une période » durant les manœuvres.
Tableau clinique. — Le lableau clinique parait varier suivant l'intensité (\\\ calorique auquel l'homme esl exposé, comme aussi sa durée. Il faut tenir compte de l'état de santé habituel, de l'état fonctionnel des viscères, du rein en particulier, enfin du surmenage et du travail physique antérieur ou concomitant.
Les formes les plus bénignes se réduisent à un ensemble symplomalique assez, reslreinl : l'homme éprouve une sensation de faiblesse générale, des bourdonnements d'oreille, un état vertigineux, accompagné de gène respiratoire el d'angoisse précordiale. Le visage esl vultuettx et se couvre de sueur: les artères carotides el temporales battent vigoureusement. D'autres fois au contraire, le visage esl pâle el une syncope se déclare. Par un traitement approprié, ces phénomènes ne lardent pas à disparaître. G'esl dans ces formes légères que l'on assiste parfois à un délire professionnel (calenture).
Ces phénomènes se fetrouvenl dans les formes de moyenne intensité, dont ils sont les symptômes du début. Bientôt après leur apparition, le sujel marche comme un homme ivre, il chancelle, puis tombe brusquement sans connaissance: le coma se déclare en même lemps que les membres s'animent de mouvements convulsifs, ou bien encore restent en résolution complète.
On note mwc respiration dyspnéique, suspirieuse : des râles apparaissent, disséminés dans toute l'étendue du thorax. La face esl rouge, congés
Insolation. 778
lionnée, et se couvre de sueur. Le pouls est vibrant <-i rapide. La température s'élève (39°, 39°, 5) ; la |><';ui esl brûlante.
Le plus souvenl ces phénomènes inquiétants s'amendent <-n quelques minutes ou quelques heures; mais parfois aussi ils peuvent s'aggraver h se terminer rapidement par la mort .
Dans les cas graves, L'individu est comme sidéré par l'action néfaste de la chaleur. Presque sans prodromes, le visage < 1 < - \ i < * 1 1 1 pâle, l'homme tombe sans connaissance, H la mort survient en quelques instants (insolés blan Ces manifestations suraiguës sont relativement rares. Le plus souvent, elles sont précédées par les symptômes décrits plus haut, mais dont l'intensité s'accuse et s'accroît rapidement. Ce n'est plus alors une syncope qui emporte le malade, c'est une asphyxie progressive, ainsi qu'en témoignent la vultuosité el la cyanose de la face (inso lés bleus), les râles de congestion ou même d'oedème pulmonaire que l'auscultation permet de percevoir. Les bruits «lu cœur battent d'une façon confuse, ils sont faibles et irréguliers. La peau devient sèche, brûlante. Les pupilles sont dilatées ou contractées : le coma absolu est la règle, et la terminaison fatale survient dans l'hyperthermie, qui peut persister après la mort.
Ce qui domine dans le syndrome dû au coup de chaleur, ce sont les phénomènes nerveux, qui semblent relever directement de l' auto-intoxication dont l'organisme paraît être le siège. A l'autopsie, on constate de l'hyperémie de tous les viscères, et principalement des méninges el du cerveau. On peut môme constater des lésions dé méningite ; cette altération est corroborée par la céphalée persistante qui suit fréquemment les cas de guérison, de même par les paralysies plus ou moins prolongées survenant en de telles conditions. La lymphocytose rachidienne souvent observée confirme ces données.
Traitement. — Traitement prophylactique. — Il est surtout applicable dans les troupes en marche, qui si souvent sont sujettes au coup de chaleur dans les périodes chaudes de l'année. Ces accidents peuvent être évités en prenant certaines précautions.
Il faut aérer les colonnes, marcher sur deux rangs en utilisant les accotements de la route, laisser les hommes marcher librement, sans contrainte^ ne pas faire de halte en plein soleil ou dans les endroits resserrés, faire des pauses plus fréquentes, empêcher les hommes de se coucher sur le sol surchauffé. Le bidon doit être plein d'eau ou mieux de café léger plus tonique, plus désaltérant, car les hommes qui transpirent beaucoup doivent boire souvent pour remplacer la sueur évaporée. Il faut boire par petites gorgées et non à longs traits. Se méfier du vin qui grise, et du lait froid qui provoque des indigestions. Se rappeler que la chaleur humide, l'alcool el la fatigue sont les trois plus grands ennemis des marcheurs et constituent une Irilogic morbide redoutable, parfois mortelle.
Avant le départ aux manœuvres, le médecin chef de service doil faire un choix méthodique des hommes qui pourront marcher. « Il faut laisser au dépôt, dil Hiller, tous les hommes qui. par Leur constitution, leurs fondions spéciales et certaines circonstances, soûl particulièrement prédisposés aux coups de chaleur ». Tels sont les malingres, les convalescents de maladies
779 Insolation.
graves (pleurésie, pneumonie, fièvre typhoïde, scarlatine, etc.), et les hommes sans entraînement suffisant.
En résumé, voici les conseils que l'un de nous a formulés dans une étude sur les coups de chaleur :
1° Une marche militaire bien conduite est la meilleure sauvegarde contre l'insolation.
2° Partir suivant l'étape, de telle façon qu'on soit le moins possible surpris par la grande chaleur. — Se rappeler pourtant que la privation de sommeil fatigue beaucoup les hommes. — Partir rarement avant ht heures du matin.
5° Au cantonnement, ménager le soldat, lui recommander la sobriété et punir avec la dernière rigueur tout excès alcoolique.
4° Ouvrir les rangs, supprimer les liens constricteurs, faire des pauses fréquentes, prendre le couvre-nuque.
5° Aux manœuvres, empêcher les hommes de prolonger les veillées chez l'habitant .
6° Faire un choix méthodique des hommes qui doivent marcher.
7° Un long sommeil doit être le prélude obligé d'une longue marche.
8° Aux fontaines, il faut laisser boire par petites gorgées, car boire c'esl assurer l'action du régulateur thermique.
9° Quand une troupe est fatiguée, il faut renoncer au pas accéléré.
10° A la fin des rudes étapes, le chef doit souvent longer la colonne, s'arrêter, voir défiler les hommes, interroger leurs faces vultueuses, qui lui diront leur entrain ou leur souffrance.
H* Et si, après une longue manœuvre, une troupe en marche donne des signes évidents de fatigue, en égrenant sur sa route de nombreux traînards, il faut la faire arrêter, la laisser reposer pendant une demi-heure et préparer un café fortement sucré. Cet énergétique musculaire, si rapidement assimilable, relèvera très vite le potentiel de ces énergies abattues, et la marche pourra être reprise alors sans incidents nouveaux. C'est donc avec raison que l'un de nous a pu regarder le sucre comme V antidote des coups de chaleur.
Traitement curatif. — Dans les cas légers, faire transporter le malade à l'ombre, dans un endroil frais et aéré. Ouvrir ses vêtements, défaire La ceinture du pantalon. Le faire boire4 et pratiquer des allusions froides.
Dans les formes graves, ces indications thérapeutiques restent les mêmes. Employer la flagellation du visage avec une serviette mouillée, interpeller le malade à haute voix, lui faire respirer du vinaigre, de Péther, de l'ammoniaque, lui frictionner vigoureusemenl la région cardiaque, les bras, les jambes. — Injections d'éther el de caféine.
Lui faire boire ;i la cuiller du .thé. du café alcoolisé, de I eau de menthe, titiller son nez avec une paille. Éviter surtout que la foule ne fasse un
cercle autour du malade, ce qui empêche l'air d'arriver jusqu'à lui.
Si ces moyens simples ne suftisenl pas, il faut recourir à lu respiration artificiel h-, aux tractions rythmées de lu langue et aux ventouses scarifiées.
Enfin, si l'asphyxie semble continuer son œuvre, il ne faul pas hésiter à faire fa s<ii</>irr chez ces insolés « bleus ». « ivres de *>tn<j » (Récamier), qui
Insomnie. 780
râlent avec des spumes sanguinolentes aux lèvres, dans une anhélation com plète, dans un état comateux profond.
La saignée agit comme agent de désintoxication et d'excitation des centres hématopoiétiques. Mais son action déprime la tension sanguine et elle diminue l'hématose et l'activité des centres nerveux. A.ussi faut-il la faire suivre d'une injection de sérum artificiel. qui remplace le liquide perdu, de sorte que l'excitation vitale est accrue, que les phénomènes d'oxydation intra-cellulaire sont augmentés, et que l<* rein « se débloque* rapidement .
Nous basanl sur quelques résurrections obtenues par la saignée-transfu eion, nous n'hésitons pas à conseiller celle thérapeutique, qui atténuera encore dans l'avenir la mortalité assez lourde du coup de chaleur. Si elle est possible, la ponction lombaire, eu diminuant la tension du liquide céphalorachidien, amènera une notable détente.
Enfin, il faul surtout se rappeler que les soins doivent être donnas sans retard, car les accidents non soignés s'aggravent vite : aussi avons-nous proposé de placer dans le coffret de la giberne une trousse de secours contre l' insolation, construite sur nos indications et contenant deux tunnels horizontaux pour une seringue de Pravaz et un thermomètre et quatre trous cylindriques verticaux avec flacons bouchés à l'émeri pour éther, caféine, spartéine. huile camphrée xtérilisée, ces amis du myocarde, enfin une lancette avec gaze et lien.
Aux médecins de réserve convoqués pour les manœuvres, nous ne saurions trop leur recommander (remporter avec eux leur seringue de Pravaz. un thermomètre, une lancette, un flacon d'éther et quelques ampoules de caféine, actuellement réglementaires. Ainsi armés contre ces accidents thermiques, ils pourront souvent faire œuvre médicale utile et éviter ces morts lugubres, qui trouvent dans le pays un si douloureux écho.
GH. DOPTERet P. BONNETTE.
INSOMNIE. — On a coutume, depuis Marvaud (1881), de répartir les insomnies en trois groupes : on distingue celles qui relèvent de causes périphériques, celles que provoquent les intoxications et les maladies infectieuses, les insomnies nerveuses enfin. Cette classification n'ayant pas d'importance thérapeutique absolue, nous ne nous astreindrons pas à la suivre [V. également Hvpnotioue (Médication)].
Traitement général.— Les causes d'une insomnie donnée peuvent se diviser en deux catégories : d'une part ce qui dépend de la maladie, de la cause immédiate, et d'autre part ce qui dépend du terrain et des ambiances, des causes médiates. Pour répondre aux questions du malade qui ne dort plus, il faul donc tout d'abord examiner chaque viscère, analyser soigneusement les urines, — cl cela toujours, quelle que soit l'hypothèse émise, — scruter enfin l'état moral et intellectuel, s'informer du genre de vie mental et physique. Aucun point ne doit être négligé, et certains détails, tels que les promenades du sujet ou la mollesse de son oreiller, doivent être envisagés sans négligence,
11 est donc certaines données générales applicables à tous les cas. La plus
7*1 Insomnie.
importante de toutes concerne l'hygiène intellectuelle; on doit éviter les émotions, les préoccupations, les veillées tardives, dangereuses par la fatigue cérébrale et la viciation de l'air respiré. 11 est bon de recommander parfois les promenades post prandium; enfin, l'aération de la chambre à coucher sera surveillée. On prohibera le feu qui brûle toute la nuit, l'oreiller trop mou dans lequel s'enfonce et suifoque la tête, les rideaux qui font du lit une alcôve insalubre. Enfin, l'hygiène alimentaire sera très stricte, au repas du soir surtout; le dîner sera simple et pauvre en viande et eu vins généreux; Ton surveillera et limitera au besoin l'usage du tabac, du café, du thé. Ajoutons que beaucoup de malades se trouvent parfaitement d'une pratique facile : prendre avant le dîner, qui sera léger, un bain tiède un peu prolongé (20 à 7)0 minutes et plus).
Au contraire des cas précités, il peut se présenter des malades non plus suralimentés, mais inanitiés; l'insomnie est de règle dans ces cas, et si la thérapeutique en est facile, on se rappellera toutefois à quel point il est fréquent de voir l'insomnie être la cause et non pas l'effet de l'inanition. On s'inquiétera toujours également des médications en cours chez le malade qui vient nous consulter; un médicament (spartéine, digitale, cacodylate par exemple) trop longtemps administré peut déterminer de l'insomnie, et cela se verra particulièrement dans ces cas où le malade possède deux médecins ou plus, chacun pouvant ignorer les formules de son confrère (Legendre). Dans ce cas encore, il est facile à peu de compte d'obtenir quelque succès thérapeutique en mettant le malade au repos.
On se rappellera enfin l'influence défavorable au sommeil des voyages, des changements de climat et d'altitude.
Traitements particuliers. — Une insomnie dont la cause est évidente et saule aux yeux à proprement parler, est celle qui dépend des blessures, des traumatismes, des infections localisées telles que panaris, anthrax ou phlegmon. Ici, supprimer la douleur sera rendre le sommeil. Aucun médicament n'est supérieur à l'opium et surtout à la morphine. L'alcaloïde sera administré selon le mode1 habituel; on s'efforcera de ne donner que les doses strictement nécessaires, de façon à ne pas conduire irrémédiablement à la morphinomanie. La crainte de celle-ci ne saurai! évidemment nous influencer dans le traitement d'un incurable quelconque, cancéreux ou autre.
Dans les fièvres et infections en général, soigner la pyrexie sera le meilleur procédé de procurer des nuits paisibles au malade: à ce! égard, les bains constituent une médication incomparable.il faut s'abstenir en général des somnifères directs, sulfonal, uréthane, chloral, dont l'action nocive au cœur peut être dangereuse. Quand l'alcoolisme joue un certain rôle dans Vagrypnie (à, privatif: ù'tivoç, sommeil), les potions au Todd ou quelque prescription analogue seront à essayer parfois. Dans la convalescence enfin. l'irritabilité entretenant l'insomnie sera favorablement influencée par la réalimentation. Notons l'action choisie de la quinine chez les paludiques dormant peu on point .
Nous étudierons dans un môme ordre d'idées les troubles rencontrés chez les dyspeptiques, les rénaux cl les cardiaques, ('-lie/ tous ces malades, l'or
Insomnie. 78c2
ganisme esl plus ou moins intoxiqué; aussi convient-il avanl tout d établir des régimes appropriés. Le meilleur hypnotique des rénaux el des artérioscléreux esl l<i lait; el beaucoup de vieillards recouvrent le sommeil dès qu'ils son! au régime lacté. ( Ihez les cardiaques, en dehors du régime, on se trouve bien <le la digitale, seule ou associée au bromure.
Teinture de digitale Xà XXX gouttes.
Bromure de potassium 2 à 4 gramm<
Eau de laitue 120
On peu! encore employer l'hédonal (2à 3 gr. le soir, en cachets, dans un grog chaud), la paraldéhyde. Cette dernière sera contre-indiquée chaque fois que l'appareil respiratoire sera touché [dyspnée, emphysème (Pouchet)]. Elle esl bien supportée par l'estomac, mais donne à l'haleine une odieuse odeur d'ivrognerie ; on la prescrira dans une potion alcoolique, à la dose de l à 3 gr. en une loi-.
Paraldéhyde 2 grammes.
Teinture de vanille XX gouttes.
Sirop de laurier-cerise . . . ."»() grammes.
Eau de tilleul 70 —
(YVOB
On peut la donner également en lavements.
L'état du cœur, notamment dans l'insuffisance mitrale, doit faire rejeter l'opium, le chloral, la chloralose, le sulfonal, la plupart des nervins couramment employés. Quant aux affections aortiques et valvulaires à un stade aigu (endocardites), elles se trouvent bien de l'emploi de la morphine à petites doses, et c'est l'alcaloïde que nous conseillerons de prescrire, seul ou associé à la caféine, dans les cas où la dépression cardiaque serait trop intense.
Nous n'avons pas à insister de nouveau sur la nécessité d'un régime strict pour les dyspeptiques. Certains d'entre eux sont régulièrement réveillés enlre minuit et 2 heures du matin par d'atroces brûlures; il s'agit ici du syndrome des douleurs tardives, lié le plus souvent à l'hyperehlorhydrie. Le bicarbonate de soude ingéré au moment du réveil amènera une sédation suffisante ; mais c'est au régime, à l'usage prolongé des sels de bismuth, de la belladone, des solutions alcalines ou alcalino-terreuses, qu'il faudra demander la disparition de l'insomnie par atténuation de l'hyperacidité et du syndrome douloureux qui la traduit.
Quand il y a hypochlorhydrie, on recommandera l'usage des cachets suivants, à prendre au moment de se coucher :
î^faï"e | & 25 centigr.
Chloralose )
(Lemoine.)
Chez tous les agrypniques enfin, on régularisera, s'il y a lieu, les fonctions intestinales : les constipés étant essentiellement des intoxiqués.
Il est d'autres intoxiqués chez lesquels l'insomnie peut se rencontrer; ce sonl les goutteux et les diabétiques. Chez ces malades comme chez les brightiques, l'insomnie peut acquérir une valeur pronostiquet et annoncer l'imminence de l'urémie, de l'attaque goutteuse ou du coma. Chez les goul-
785 Insomnie.
teux, on donnera surtout des diurétiques, et des alcalins chez les diabétiques, en dehors naturellement des régimes appropriés. (V. Goutte, Diabète).
L insomnie est encore tourment trop habituel chez les tuberculeux, et l'accoutumance aux médicaments est, chez eux, tout particulièrement rapide. On devra s'efforcer d'abord de calmer la toux, les névralgies, tout ce qui, en un mot, entretient l'excitation du malade. A ce point de vue, les opiacés sont excellents ; avant d'employer la morphine, on utilisera l'extrait thébaïque à la dose de 1 centigr. à 5 centigr. par jour en i ou 2 pilules. Ces préparations seront administrées dès 5 ou 6 heures de l'après-midi, car leur action est lente, et de nombreux insuccès dépendent d'une ingestion beaucoup trop tardive du médicament. On retirera encore d'excellents résultats du véronal, qui présente l'avantage de modérer la sécrétion sudorale des phtisiques; l'accoutumance y est peu sensible, et les doses nécessaires peu élevées. On en donne chaque soir un cachet de 40 à 00 centigr. avec une boisson chaude, il n'y a pas de contre-indication; au contraire, les opiacés sont peu recommandables quand il y a expectoration abondante, parce qu'ils favorisent la rétention des sécrétions bronchiques.
Au début de la période secondaire, les syphilitiques présentent souvent de l'insomnie; celle-ci peut dépendre de deux causes, soit des douleurs ostéocopes, de la céphalée qui toutes présentent la classique exacerbation nocturne, soit d'une influence encore inconnue. Il s'agit alors d'une insomnie pour ainsi dire idiopathique, sans raison, mais qui cède, comme la première du reste, au traitement spécifique.
Le cours des dermatoses prurigineuses amène fatalement l'insomnie; celle-ci sera naturellement améliorée par la thérapeutique dirigée contre l'élément périphérique, et à ce point de vue, les bains, ici comme dans les brûlures, seront donnés tièdes et prolongés chaque fois que cela sera possible. D'une façon générale, on se défiera de la morphine à c;uise de l'accoutumance: le trional, le véronal donneront quelque succès; la ponction Lombaire (Thibierge et Ravaut) pourrait sans doute, en diminuant le prurit, ramener le sommeil.
Il est enfin une série d'excitations spéciales qui troublent maintes fois le sommeil, tant par elles-mêmes que par la douleur provoquée; chez un blen- Qorragique, par exemple, ce sont les erritations génitales, l'éréthisme des organes sexuels. Nous avons ici à notre disposition une série de médicaments spéciaux : le lupulin, les bromures et notamment le bromure de camphre, h' chanvre indien. On formulera par exemple :
Lupulin ) ^ ,
Sucre i aa ' ^""»">-
Bromure de potassium 2 grammes.
A prendre en un paquet le soir. (Lyon.
Bromure de camphre lu centigr.
Extrail <l<- cannabis indica ... '2 —
Extrail <!<• jusquiame ;> milligr.
Excipienl Q, s.
Pour une pilule. I><' I à - dans la Soirée.
Lupulin '»;) centigr.
poudre d'opium '2 —
Pour tift paquet. Vvant de se coucher.
Insomnie. 784
Il nous reste ;i étudier les insomnies nerveuses proprement dites, celles oii aucune cause périphérique ou toxique, «lu moins appréciable en l'étal de ii"-- connaissances actuelles, n entre <'n jeu. Mais auparavant, il convient de mentionner *\\\ il esl une insomnie essentielle : certaines personnes dormenl peu, quelques heures seulement. Le sujel n'est généralement pas incommodé de « •< ' M «* manière d'être. Très souvent au contraire, Yinsomnie dépend de causes légères, névralgie, gastralgie, crises angoissantes d'aérophagie, malaises qui valent surtout par l'importance que leur accorde un organisme affaibli <>u prédisposé. Dans ces conditions, on se trouve bien de L'administration, au cours de la journée, de quelqu'un des médicaments suivants. L;> codéine sera prescrite à la dose de iàx cuillerées à café de la formule suivante :
Codéine 40 centigr.
Eau de laurier-cerise 20 grammes.
Eau distillée o. s. p. 200.
I ne cuillerée à cale renferme 1 centigr. <lc codéine. Mathieu.
Ou peut encore associer la stovaïne el la morphine :
Stovaïne ) - . ..
Chlorhydrate «le morphine ) aa ° cenll^r-
Eau distillée 150 grammes.
De \ à 6 cuillerées à cale par jour.
La dionine sera donnée seule ou avec l'héroïne.
Dionine 10 centigr.
Eau de laitue 10 grammes.
X à XXX gouttes par jour.
Dionine 1 centigr.
Héroïne 1 millier.
Pour une pilule; de 1 à 5 par jour.
On peut également, clans la formule précitée, remplacer la codéine par la dionine. On se rappellera que la dionine, parfois plus efficace que la codéine, constipe beaucoup plus que celle-ci et provoque parfois un étal nauséeux que la codéine paraît bien ne provoquer jamais.
La nàrcéine (2 à 3 centigr. par jour en pilules), la solanine (2 à ô cachets de 2 centigr. par 24 heures), le bromidia (1 ou c2 cuillerées à soupe le soir. pourront agir également soit en modifiant l'état général ou local, soit en influençant directement l'insomnie. A ce point de vue, le bromidia esl assez efficace; nous donnons sa formule parce que sa tessiture permet, le cas échéant, de formuler des combinaisons médicamenteuses analogues.
Bromidia :
Bromure de potassium ) ~ ...
T, , . , u, , [ aa *20 grammes.
Hydrate de chloral )
Extrait de chanvre indien • • / - on .
... aa 20 centigr.
— de jusquiame \
Eau distillée. Q. s. pour 300 c. c.
On voit que les calculs sont simples, le tout représentant 30 cuillerées à soupe.
Les somnifères proprement dits trouvent leur emploi le mieux spécifie
785 Insomnie.
clans l'insomnie des neurasthéniques. Ici, en plus de l'hygiène générale à observer, une médication est presque constamment nécessaire, et nous étudierons les principales substances qu'il est indispensable de connaître. Notons seulement que l'insomnie des psychopathes est fréquemment une fausse insomnie. Beaucoup de douteurs, d'obsédés, d'hypocondriaques, prétendent, de bonne ou de mauvaise foi, ne point dormir. On se méfiera donc des mentaux chez lesquels échouent par trop tous les médicaments.
Le sulfonal est à proscrire dans tous les étals dépressifs, de même que les opiacés sont à interdire chaque fois qu'il y a congestion des centres. Le sulfonal se prend à la dose de 1 gr. à 1 gr. 50. Notons ici, comme pour les autres sels voisins, qu'il y a intérêt à prendre le premier soir une dose un peu forte, 1 à 2 gr., pour diminuer plutôt ensuite; les sels seront pris en cachets, purs ou avec un peu de bicarbonate, afin de ménager l'estomac. Une tasse de tisane ou de bouillon chauds seront ingérés en même temps ; enfin, l'on aura intérêt à suspendre la médication tous les trois jours, par exemple pendant un jour ou deux, de façon à éviter les accoutumances si faciles chez les nerveux, et de façon à éviter les accidents toxiques, rares mais possibles. On pourrait encore alterner les médicaments et employer successivement le sulfonal, le trional, le véronal, etc.
Chacun des sels nommés a cependant quelque indication spéciale; le sulfonal a une action un peu lente, et convient bien à ceux dont le premier sommeil est naturel mais court, et prend fin vers minuit ou 1 heure. Le Irional (1 gr. à 50 centigr.), beaucoup moins toxique que le sulfonal, a une action rapide; le sommeil est provoqué en une demi-heure en moyenne; il convient donc à ceux que fuit d'emblée le sommeil. Quant au tétronal, il sieil aux nerveux à nuits courtes (Brissaud); on l'emploie à doses un peu inférieures (50 centigr. à 1 gr.). Le véronal est, à côlé de ces différents médicaments, tout à fait recommandable; on en donne en général 40 centigr. le soir; l'accoutumance est très faible. En général, les intolérances ou l'intoxication se révèlent par de la lourdeur, des vertiges, de l'ébriété; il peut y avoir de l'hypothermie, de l'albuminurie, de l'ataxie (sulfonal), de l'hématoporphyrinurie (Irional), des vertiges avec subdélire, vomissements, crampes cl com ulsions véronal), divers troubles gastro-intestinaux.
Nous ne pouvons insister ici sur les innombrables médicaments hypnotiques: beaucoup onl des partisans convaincus, beaucoup son! peu employés. Nous renverrons donc aux formulaires spéciaux pour la posologie de l'uréthane, de l'hypnal, de l'hydrate d'amylène, du somnol, du dormiol, pour ne citer que les principaux de ces produits [Y. Hypnotique ( Médication)].
('-liez les nerveux enfin, il faul mettre en usage autant que possible les moyens physiques pour déterminer le repos. Les douches tièdes, les bains Lièdes prolongés (I heure parfois), l'enveloppemenl froid au drap mouillé sonl d'excellents procédés. Pour administrer le drap mouillé, voici com-
menl Ton procédera : un drap bien essoré esl étendu SUT une couverlure de laine, cl Ton y enroule le malade : ou bien on peu I, sur le malade étendu,
répandre un peu d'eau. I>e toutes façons, l'application humide sera de 10 à
Insomnie. 786
20 minutes. Le maintien de compresses chaudes à L'épigastre agit avec succès chez certains dyspeptiques neurasthéniques.
Les hystériques pourront dormir par ces simples moyens; <>n peut leur donner égalemenl du véronal, du Lrional seul <»u dissous dans la paraldéhyde; mais la valériane, les bromures seronl employés de préférence quand les procédés physiques ou la persuasion auronl échoué.
Les bromures conslituenl dans Lous les cas d'excitation cérébrale, dans Vépilepsie, la médication la plus recommandable. On donne le bromure de potassium <>u les mélanges tribomurés, associés parfois au chloral ou à la valériane. Quanl aux aliénés, pour câliner leur agitation, la morphine esl parfois le seul recours. Le bromhydrate d'hyoscine a donne quelques résul lais; on en injecte de 1/10 à l/c2 milligr. par jour. La paraldéhyde réussi I encore assez bien à la dose de I à 3 gr.
Quant aux manifestations dépendant de V alcoolisme chronique, il n'esl guère que la strychnine ( I à *2 milligr. par jour, cl cela pendanl des mois qui donne quelque succès. Les bains, dans de semblables cas, donnent encore d'heureux résultats. L'opium, les boissons alcooliques seront prescrits s'il y a lieu.
L'insomnie dut'/e///art/etde Yen faut réclame quelques considéra lions spéciales; on doit chez l'un comme chez l'autre s'al lâcher tout spécialement à dépister la cause vraie de la privation de sommeil. Normalement, l'homme Agé dort peu; mais quand celte insomnie normale s'exagère, l'arlério-sclérose, le brighlisme en sont fréquemment la cause, à moins qu'une pyrexie ignorée, pneumonie ou infection urinaire, n'évolue insidieusement. Il n'esl pas d'hypnotiques spéciaux à prescrire. On emploiera peu les opiacés, trop capables de tarir les sécrétions bronchiques, comme nous l'avons déjà vu à propos de la tuberculose; mais certaines insomnies du vieillard sont justiciables de l'iodure.
Chez l'enfant, il faut s'assurer tout d'abord que l'alcoolisme de la nourrice n'est pas en cause; on se rappellera d'autre part, pour apprécier le degré de l'insomnie, que, jusqu'à 3 ans 1/2, l'enfant dort et doit dormir pendant la journée et pendant la nuit. Après cet âge, la cessation du sommeil diurne n'est plus une anomalie. L'insomnie de l'enfant peut dépendre de causes multiples; végétations adénoïdes tout particulièrement, puis fièvres éruptives, dentition, helminthiase, paludisme. Elle peut être l'avantcoureur des méningites et de crises d'épilepsie. Chez l'enfant plus âgé, elle relève souvent d'alimentation excessive ou impropre; les friandises. le>> vins médicamenteux toujours plus dangereux qu'indifférents, en sont parfois la cause. La constipation est également une cause très fréquente d'insomnie, surtout chez la jeune fille. Plus tard encore, l'adolescent surmené ne dormira point parce que sa vie se traîne entre ses livres, dans une atmosphère pauvre en oxygène, mais riche en oxyde de carbone.
Dans lous ces cas, il est des indications symplomatiques à remplir sur lesquelles nous n'avons pas à insister. Mais d'une façon générale, les bromures seront recommandables chez les petits nerveux, notamment lorsque l'épilepsie est plus ou moins probable, même sans être avérée (.1. Simon). On peut d'ailleurs, comme chez l'adulte, reconnaître l'utilité de tel médi-
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cament plutôt que de tel autre, et nous donnons en terminant un court aperçu de posologie infantile.
Bromures. 20 centigr. à 1 gramme par année d'âge.
Trional . . 10 — à 20 centigr. par année d'âge à partir de 2 ans.
Véronal . . 5 — par année d'âge à partir de 2 ans.
Sulfonal. .15 — — au-dessus de 5 ans.
' Chloral . . 5 — — (Comby).
Codéine . 2 grammes de sirop par année d'âge.
Uréthane . 10 centigr. (assez recommandé chez l'enfant).
On peut formuler :
Uréthane 2 grammes.
Eau distillée 100 —
Une cuillerée à café le soir; elle renferme 10 centigr. de sel.