‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 4)Chapitre 70 sur 89 · PIED (LUXATIONS DU COU DE PIED · texte numérisé non relu

PIED (LUXATIONS DU COU DE PIED

A) Luxations de l'articulation péronéo-tibiale inférieure. — Elles sont très rares. Le malade de Tillaux dont on pouvait écarter la malléole en dehors el la porter en avant ou en arrière avait plutôt un diaslasis qu'une luxation.

Dans le cas de Nélaton, sur la malléole une forte pression avait été exercée d'avant en arrière (roue de voiture). La malléole était luxée en arrière près du bord externe du tendon d'Achille; la face externe de l'astragale était exploitable au doigt.

B) Luxations tibio-tarsiennes, ou de l'extrémité inférieure du tibia. — C'est par un étrange abus qu'on les considère comme des luxations du tibia : car il est bien évident que ce n'est pas le tibia qui se luxe sur l'astragale, mais celui-ci qui se luxe sur le tibia. Ce sont des luxations sus astragaliennes du pied.

Pour suivre les auteurs, nous distrairons donc ces déplacements des luxations de l'astragale, mais i incisant les termes, nous rapporterons la luxation au pied.

1° Luxation du pied en dehors (du tibia en dedans). — Elle naît par chute sur le pied avec renversement ou torsion de celui-ci en dehors.

Pied (Luxations du cou-de-pied).

Fig. 515. — Luxai ion du pied en dehors avec fracture du péroné et arrache ment de la malléole tibiale.

C'est presque toujours une complication de la fracture du péroné à 0 centimètres de sa pointe (fracture de Dupuytren) avec fracture de la malléole interne et détachement d'un fragment libial par le ligament péronéo-tibial inférieur; ce dernier est très important, car c'est lui qui souvent gêne la réduction. Parfois cependant le péroné est intact : l'astragale en rotation en dedans est fortement projeté en dehors; des lésions osseuses libiales existent toujours (arrachement de malléole ou détachement d'un fragment plus considérable par un trait sus-malléolaire) (fîg. 313).

En clinique, elle peut revêtir deux formes. Dans les deux, la saillie en dedans du tibia, plus ou moins décapité de sa malléole, est toujours considérable, et menace toujours, perfore quelquefois la peau. L'élargissement du cou-de-pied est toujours considérable. Mais la' situation du pied est différente. Tantôt il est simplement porté en dehors et l'axe de la jambe tombe plus ou moins près de son bord interne; mais sa plante regarde

loujours en bas : il y a déplacement externe simple : ce type- est le plus souvent réalisé dans les fractures de Dupuytren avec luxation en dehors.

Dans le deuxième cas, le pied est en forle rotation externe et la plante regarde en dehors : l'astragale a changé son orientation par rapport au tibia, sa face péronière regarde en haut et en dehors, et son bord inféroexterne est au contact du tibia, sa face tibiale regarde en dedans, et sa face malléolaire interne, en bas. Il y a luxation externe avec rotation.

Dans ce cas, la réduction n'est pas toujours facile, cependant la trac lion avec torsion en dedans suffit presque toujours. Dans la luxation sans rota- Lion, la réduction est extrêmement facile : il suffit de porter en masse le pied en dedans et de presser sur les régions malléolaires. Mais la difficulté est dans la contention. Il faudra mettre une gouttière plâtrée. Au moment de la dessiccation, on maintiendra le pied en bonne situation sur la jambe H. par des pressions soutenues et concentriques, on resserrera les régions malléolaires. Il sera bon de placer, quand la dessiccation est à moitié l'aile, ri que la région malléolaire a élé bien comprimée, une atlelle interne pour bien maintenir le pied. On suivra de près le malade, on vérifiera souvent L'appareil et, à la moindre défectuosité, on le remplacera totalement. Même m la consolidation se fail bien et en bonne position, il y aura toujours une longue période de raideurs, cl le pronostic fonctionnel doit toujours être réservé.

S'il y a plaie des téguments, il devienl autremenl sérieux : car il s'agit

d'une fracture compliquée cl d'une fracture articulaire. Il faudra, sous

chloroforme, essayer de réaliser l'asepsie (Y. Frai m m- compliquées), car

loni dépend du premier pansement et Immobiliser dans un plaire. Malgré

V" i*. m « VI.

Pied (Luxations du cou-de-pîed). 722

les soins les plus attentifs, L'asepsie m- pourra pas toujours être réalisée et, si l'infection esl intense ou L'étal général du malade précaire, on devra se résoudre à l'amputation.

Nous ne sommes pas partisan de la résection. La résection primitive doil céder le pas à la conservai ion. Ouanl à la résection secondaire, les déviations auxquelles elle donne lieu et dont la section des tendons péroniers el jambiers nous semble un traitement, curatif peut-être, mais fonctionnel lement un peu radical, nous semblent lui devoir Taire préférer l'amputation. 2° Luxation du pied en dedans (du tibia en dehors). — Elle est moins fréquente que la précédente, mais en revanche les fractures malléolaires sont moins constantes. Seule la malléole externe est parfois détachée à sa l>a>e. Elle succède à une chute sur le côté externe du pied tourné en dedans, ou à un choc atteignant la partie inférieure et interne de la jambe.

11 peut y avoir, comme dans le cas précédent, déplacement simple ou déplacement avec rotation du pied en dedans. Dans les deux cas, le tibia disparaît dans l'angle rentrant que forme le pied avec la jambe, la malléole externe fait fortement saillie, et au-dessous d'elle se forme une profonde dépression.

La réduction se fait par traction et rotation en dehors. Le traitement

s'inspirera de celui de la forme précédente : les mêmes dispositions seront

prises, mais en sens inverse, pour corriger la reproduction du déplacement.

5° Luxation du pied en arrière (du tibia en avant). — Elle succède à une

extension forcée du pied (chute en arrière, le pied fixé) ou à un choc jam-

bier postérieur.

Souvent le déplacement est incomplet, le bord antérieur du tibia s'avance sur le col de l'astragale et répond au scaphoïde.

le bord postérieur, ordinairement fracturé, est au contact du milieu de la poulie astragalienne : les ligaments péronéo et tibio-astragaliens sont arrachés : les libio et péronéo-calcanéens sont sim- Fig. 314. -Luxation du pied en arrière. plement redressés et tendus.

Dans la luxation complète, le bord postérieur du tibia répond au col de l'astragale. Tous les ligaments du cou-de-pied sont rompus. Dans les deux cas, il y a diastasis tibio-péronier, et arrachement parcellaire des malléoles ou fracture partielle sus-malléolaire (fig, 514) [voyez aussi fig. 1 et 5 de la planche Pied (Luxations), p. 710".

Les symptômes capitaux sont le raccourcissement du dos du pied el la concavité en arrière marquée que présente le tendon d'Achille. Ces symptômes sont plus ou moins évidents suivant le degré de la luxation (fig. 515). La réduction du déplacement est en général facile (sauf diastasis peu marqué), mais la contention est de la plus haute difficulté, à cause du diastasis tibio-péronier, et cependant il est capital pour le fonctionnement ultérieur que la luxation postérieure soit complètement corrigée. Nous repous-

Tlb

Pied (Luxations du cou-de-pied).

sons toute section tendineuse (tendon d'Achille), et pensons qu'il suffit de bien maintenir la réduction pendant la dessiccation d'un appareil plâtré. Quand la gouttière bien moulée au niveau des malléoles commence à sécher, il faut mettre le membre sur une gouttière de Bœckel, en plaçant le talon sur un fort tampon de ouate qui le repoussera en avant, tandis que les tours de bande jetés sur la jambe tireront celle-ci en arrière; au bout de quelques jours (10 à 15 jours), il sera bon d'enlever l'appareil pour vérifier si la correction est bonne, et d'en mettre un autre dans les mômes conditions.

¥ Luxation du pied en avant (du tibia en arrière). — Cette luxation est beaucoup plus rare que la précédente. Elle suit une flexion forcée du pied (glissement oblique d'Huguier), ou un choc antérieur sur la jambe (glissement direct). Souvent il

' ■> p , il ' i • • Fie. 515. — Luxation du pied en arrière.

n y a aucune Iracture malleolaire; si ° '

une malléole cède, c'est la malléole tibiale. La luxation peut être incomplète (le bord antérieur du tibia reposant sur le milieu de la poulie astragalienne) ou complète (les deux surfaces articulaires s'étant complètement abandonnées) (fig. 316) [voyez aussi fig. 2 de la planche Pied (Luxations), page 710].

Le symptôme saillant est rallongement du dos du pied (2 à 5 centimètres). L'astragale fait fortement saillie et est facilement reconnaissable en a vaut des os de la jambe : les malléoles sont reportées en arrière, et leur pointe est plus rapprochée de la plante : elles semblent s'être abaissées. Elles sont enfin très voisines du tendon d'Achille qui ne présente plus sa légère concavité postérieure normale (effacement du talon), el qui semble peu tendu par suite de l'ascension légère du pied, dans les luxations complètes.

La réduction est, dit-on, assez facilement obtenue.

Il esl bien entendu que dans toutes les luxations, après l'immobilisation, il faudra user largement des bains [chauds el [«lu massage pour assouplir l'article qui sera toujours liés enraidi,

Nous avons dit. aux luxations en [dehors, la conduite qu'il convenait de tenir en face des luxations compliquées ou ouvertes.

CHEVRIERi

Fie. 316.

Luxation du pied en ;i\ anl ,

Pied bot congénital. 7L>{

PIED BOT ACQUIS. — Il \ a deux variétés de pied bol qui méritent to il ; rail d'être opposés l'un à l'autre, le pied bol congénital et le pied bol acquis.

Le pied bol acquis reconnaîl des causes extrêmement nombreuses; eelle qui èsl de beaucoup la plus fréquente esl la paralysie infantile, j'ai étudié cette variété à pari (V. Pieh bot paralytique).

a) Pied bot cicatriciel. — La rétraction de la peau, à la suite d<> brûlure étendue, peul produire une variété de pied bol qu'on ne peu! guérir ue par une autoplastie.

b) Pied bot arthropatique. — Dans toutes les arthrites chroniques (v. c. m.) du pied, une mauvaise attitude persistante produit une rétraction des tendons. Colle variété ne peut être guérie que par le redressement ou une ténotomie.

c) Pied bol osseux. — Les fractures mal consolidées (v. c. m.) créent des pieds bols: le plus fréquent esl le pied plat valgus consécutif aux fractures de Dupuytren. Les ostéites juxta-épiphysaires peuvent être la cause du pied bot quand le cartilage de conjugaison d'un des os de la jambe est détruil, l'autre os en s'accroissant dévie le pied du côté opposé.

d) Pied bot musculaire. —a Les altérations des muscles en dehors de la paralysie infantile produisent souvent le pied bot. La phlegmasie par ses contractures peut produire un pied bot phlébitique. Toutes les myosiles provoquent des rétractions qui dévient le pied. C'est par les muscles (pie toutes les maladies de la moelle peuvent produire le pied bot [V. Littij: (Maladie)]. L'hystérie même peut provoquer des contractures loealisées qui aboutissenl au pied bot. Les paralysies partielles comme on les observe par exemple après les sections nerveuses provoquent des pieds bots par Faction prédominante des antagonistes. VICTOR VEAU.

PIED BOT CONGÉNITAL. — Le pied bot congénital est la plus fréquente de toutes les malformations congénitales (I sur 10). Il est dit :

Varus quand le pied porte sur le sol par son bord externe.

Valgus quand il porte par son bord interne.

Talus quand le talon touche le premier.

Equin quand le malade marche sur les orteils.

Presque toujours il y a association de deux espèces de déviation. Le varus équin est de beaucoup le plus fréquent (86 pour 100), puis vient le valgus plus ou moins associé au talus (11 pour 100). Les autres variétés sont des curiosités pathologiques.

Je ne parlerai que du varus équin; du reste, les autres variétés ont les mêmes indications thérapeutiques.

Étiologie. — L'influence de l'hérédité est peu marquée (i sur I6G cas. Kirmisson). L'affection est plus fréquente chez les garçons (2 sur 3). Elle est souvent bilatérale (00 pour 100). Elle est plus fréquente à gauche qu'à droite.

Un certain nombre de pieds bots des nouveau-nés sont de véritables pieds bots acquis pendant la vie intra-utérine [V. Nouveau-né (Pathologie)]. C'est ainsi que le pied bot s'observe dans les affections congénitales des centres nerveux : hydrocéphalie, spina bifida: d'autres fois ils son! produits par

i'Lô

Pied bot congénital.

des brides congénitales qui ont laissé leur empreinte sur les membres.

Dans quelques cas rares, le pied bot est la conséquence de l'absence d'un os (péroné, tibia, astragale). Le vrai pied bot congénital s'observe chez des nouveau-nés vigoureux, indemnes de toute autre lésion.

Lésions. — La déviation du pied bot varus équin congénital est constituée par 5 mouvements : a) la flexion (varus) qui se passe entièrement dans l'articulation tibio-tarsienne: b) l'adduction qui porte en dedans la pointe du pied (équinisme); c) la supination ou enroulement du pied, de sorte que le malade, au lieu de reposer sur le bord externe du pied, appuie sur le sol par la face supérieure des cuboïdes, qui est devenue inférieure par suite de celte torsion. L'ensemble de ces mouvements d'équinismc et de supination se passe dans la sous-as tragalienneella médiotarsienne.

L'étude des lésions nous montre quels sont les obstacles à la réduction qu'on doit vaincre ou supprimer par l'intervention,

L'astragale par la flexion a basculé en bas, la partie antérieure de la poulie est subluxée en avant de la mortaise, bientôt cette portion libre s'hyperlrophie en dedans et en dehors cales pré -pémniennc et pré-tibiale) ; ce sonl là les obstacles osseux à la réduction de la flexion, ils peuvent être forcés pendant longtemps; au cou traire, la rétraction du tendon d'Achille fixe l'équinisme, H <\r± la 2a année cette rétraction esl telle qu'il faut sectionner le tendon (fig. r» 1 7 ) .

L'équinisme crée aussi des modifications de l'astragale. Comme le scaphoïde esl subluxé eu dedans de la tête, la partie externe de celle tête

Fig. 317.— Pied bot gauche varus équin disséqué, capsule articulaire fenêtrée pour montrer les surfaces articulaires. On voit notamment la tète a de l'astragale et c du calcanéum en partie abandonnée par les os sca phoïde s et cuboïde cub, sur lequel les derniers métatarsiens sont aussi subluxés. I\ origine du muscle pédieux. Le scaphoïde esl appliqué au côté interne du col de l'aslragale, sa tubérosité s toucherait la malléole tibiabl si le ligament latéral interne n'était interposé comme un disque. Le ligament annulaire est épaissi. Son faisceau profond jugule l'astragale an point d'y avoir poli une large surface à l'aide d'une petite ml nie o>^cn-.< (pie l'on voit sous ce faisceau calcanéo-libial coupé cl relevé. (Farabeuf.

Pied bot congénital. 72<î

déhabitée s'atrophie, un sillon la sépare <!•' la partie interne qui s'hyper- Lrophie; il en résulte une espèce d'incurvation du col aslragalien qui esl plutôt secondaire que primitive.

Le calcanéum esl renversé par L'équinisme el modifié par le varus. Sa face interne arrive au contact do la pointe dé 1;» malléole tibiale el souvent s'articule avec elle. Le corps de l'os tend à se couder en dedans pour aider au varus. Les facettes pour l'astragale s'élargissent. La surface articulaire pour le cuboïde se modifie comme celle de l'astragale pour le scaphoïde : elle perd en dehors ses caractères articulaires et se prolonge en dedans sur la petite apophyse creusée par l'apophyse du cuboïde.

Le scaphoïde subluxé, puis luxé, se porte en dedans jusqu'au voisinage de la malléole interne dont il est toujours séparé par du tissu fibreux.

Le cuboïde participe le plus au mouvement de supination; d'une part, il se subluxe en dedans du col du calcanéum, et, d'autre part, il tourne autour de son axe horizontal antéro-postérieur; il s'élargit en dehors.

En résumé, l'obstacle à la réduction du varus est dans les os (col de l'astragale, cuboïde, scaphoïde). Une tarsectoinie cunéiforme est une opération économique qui peut amener la guérison.

Chez l'enfant, les os sont encore cartilagineux, malléables. Chez l'adolescent, les lésions sont constituées définitivement, les ligaments se transforment : atrophie des ligaments dorsaux, hypertrophie des ligaments plantaires, les muscles se rétractent, s'atrophient. Chez l'adulte, des phénomènes d'arthrite sèche avec ankylosc compliquent encore l'état du malade, qu'il eût été facile de guérir dans l'enfance.

Pathogénie. — On peut ramener à trois les théories émises pour expliquer le pied bot congénital. Chacune ne s'applique incontestablement qu'à un très petit nombre de cas :

1° La rétraction musculaire est indiscutable dans les cas où on trouve des modifications des muscles ou de la moelle;

2° L'arrêt du développement n'est pas prouvé, car les recherches récentes montrent que le pied n'est à aucun moment en position de varus équin. Mais un certain nombre de pieds bots sont la conséquence d'anomalies osseuses :

3° La compression du pied du foetus est l'hypothèse la plus séduisante, mais impossible à prouver. On a soutenu que cette compression se ferait dans les premières semaines de la vie intra-utérine, et qu'elle pourrait être produite par le cordon.

Symptômes. — A) Chez le nouveau-né. — La déformation en varus est la plus caractéristique, l'avant-pied se porte en dedans, formant avec l'arrière-pied un angle au sommet duquel est un pli profond. La supination fait que la face plantaire regarde plus ou moins directement en dedans. L'équinisme, souvent peu évident à première vue, ne se révèle que si on corrige le varus. Le talon reste élevé, le tendon d'Achille forme une corde rigide.

Le pied dans son ensemble paraît court. Sa face plantaire creuse contraste avec sa face dorsale très arrondie. On y sent facilement trois saillies osseuses très superficielles : la tête de l'astragale, la tubérosité antérieure du calcanéum, le cuboïde [V. Nouveau-né (Pathologie)].

727 Pied bot congénîtaf.

Tous les mouvements qui tendent à exagérer la déformation sont faciles, ceux qui cherchent à la corriger sont très limités. Dans les cas heureux, la réduction peut néanmoins être obtenue, mais généralement l'équinisme ne peut être vaincu complètement.

B) Chez l'enfant qui a marché. — L'équinisme s'exagère peu, mais le varus et la supination ont tendance à s'aggraver, le pli d'adduction se creuse, il se forme des saillies, des durillons au niveau des points qui reposent sur le sol (bord externe du 5° métatarsien, face supérieure du cuboïde...).

Avec l'âge l'atrophie musculaire augmente. Les malades sont très gênés et deviennent de véritables infirmes, si le pied bot est bilatéral. Pour la marche, le varus est beaucoup moins gênant que l'équinisme: les malades sont obligés de passer chacun de leur pied au-dessus, puis en avant de l'autre, mais le moindre degré d'équinisme crée un allongement apparent que le malade ne peut compenser.

Traitement. — Bien soigné dès les premiers jours le pied bol guérit généralement par le massage forcé. Mais ce traitement est très long et pour <Hre efficace il faut le prolonger pendant des années. Très vite les lésions sont constituées. Dès la deuxième année elles ne sont susceptibles que d'un traitement chirurgical : Ténotomie. Arthrotomie. Résection.

1° Massage forcé. — Le massage d'un pied bot doit commencer aussitôt après l'accouchement. Prenant la région malléolaire et le talon d'une main, lavant-pied de l'autre, on commence par corriger le varus, puis, dans un second temps, l'équinisme. Quelquefois les premières séances exigent une force notable, s'accompagnent de craquements. Il faut pendant les premiers temps que le chirurgien fasse lui-même au moins une séance tous les deux jours (Broca), et il est indispensable qu'une personne de l'entourage immédiat de l'enfant redresse le pied malade de la même façon. On peut chercher à obtenir une immobilisation en bonne position, mais tous les appareils sont défectueux sur ces pieds qui ne peuvent supporter aucune pression. Le mieux est de répéter très fréquemment les séances de redressement.

Les cas moyens guérissent facilement par cette méthode, mais il faut beaucoup de patience, car le traitement doit durer plusieurs années. Les cas graves peuvent encore guérir, mais il est tellement difficile d'obtenir un massage suffisant qu'il est préférable de ne pas compter sur celte issue favorable : il faudrait un masseur attaché à la personne de l'enfant.

2° Ténotomie du tendon d'Achille. — Cette petite intervention est presque toujours nécessaire comme complément du massage forcé dans les premières .muées. Elle est très facile et absolument inoffensive, tout praticien doit la faire. Elle complète toujours les interventions portant sur les os v. c. m.)

Chez les enfants plus âgés il faut intervenir plus activement par l'arlhrotomie médio-tarsienne, la tarsectomie cunéiforme, la résection de l'astragale.

5° L' arthrotomie médio-tarsienne (Phleps-Kirmisson) consiste à ouvrir l'interligne astragalo-scaphoïdien et plus en dehors à couper les liens qui s'opposent au déroulement du pied, elle corrige le varus et a l'avantage de rendre au pied sa longueur normale, mais elle est souvent insuffisante car

les os du bord du pied calcanéuin cuboïde) s'opposent à la correction

complète.

Pied bot paralytique. 728

1° La tarsectomie cunéiforme consiste à réséquer un coin ;i base supé ijeure el externe sans se préoccuper des os qui sonl ainsi intéressés. L'opération es! facile el donne de très l><>n- résultats «lu-/, l'enfanl el l'adolescent.

5° La résection de V astragale esl la méthode de choix quand les os onl acquis loul leur développement. On esl obligé souvenl d'enlever tout ou partie du cuboïde el du scaphoïde, la partie intérieure <lu calcanéum; plus l'extirpation esl large, meilleures! le résultat.

Le porl de chaussures orthopédiques esl généralement nécessaire, même dans le< cas heureux, VICTOR VEAU.

PIED BOT PARALYTIQUE. La paralysie infantile h. c. m.) crée des variétés nombreuses de pied bot qui ne ressemblent nullement au pied bot congénital. H l'aul distinguer par ordre de fréquence : le pied bol équin généralement associé au varus : le pied bot talus avec ou sans valgus, le pied bol ballant, le pied creux.

A) Le pied bot équin paralytique est produit par la paralysie des extenseurs du pied : jambier antérieur, extenseur commun. L'extenseur propre est souvent conservé et provoque un redressement du gros orteil.

Quand les péroniers latéraux sont en même temps paralysés, le pied se dévie en varus équin et rappelle à s'y méprendre le pied bot congénital, mais alors la déformation n'est pas congénitale et la déformation est plus facile à corriger.

B) Le pied bot talus est produit par la paralysie du triceps sura.. Cette variété se présente sous deux formes : ou bien le pied reste rectiligne, ou bien la voûte plantaire se coude en son milieu, lavant-pied faisant avec l'arrière-pied un angle droit ou même obtus.

Généralement le talus s'accompagne de valgus, car le poids du corps transmis par l'astragale fait basculer le calcanéum en dehors.

C) Le pied est ballant quand tous les muscles sont paralysés, souvent la déformation est insignifiante. Le symptôme dominant est la mobilité exagérée du pied. Si la paralysie ne s'est pas étendue à la cuisse, la marche est possible, mais peu à peu le pied se transforme, les os se déplacent et le pied se fixe en mauvaise attitude, le malade devient un infirme.

Traitement. — Dans la paralysie infantile, il faut savoir préserver la pied bot en protégeant le pied contre les actions mécaniques capables de le déformer, et en luttant par le massage contre la tendance à la rétraction t\cs muscles sains. Naturellement, on traitera les muscles paralysés par l'élecirjsalion.

La ténotomie est indiquée dans le pied bot quand on espère pouvoir rétablir la forme en allongeant un muscle. Mais il faut s'assurer auparavant que les antagonistes sont suffisants pour fixer le pied (Kirmisson).

Larlhrodèse ou ankylose des articulations est le traitement de choix de pieds ballants. Elle se fait sur la tibio-larsienne et sur les médio-tarsiennes. Elle est difficile, car souvent l'ablation des cartilages, l'enchevillement, ne suffisent pas pour assurer la fixalion articulaire, elle ne doil pas être tentée avant 1 ou "2 ans.

Depuis quelques années on s'est attaché à opérer sur les muscles sains.

729 Pigmentation (Troubles).

L'anastomose musculaire n'a pas donné les résultats qu'on espérait. La transplantation du tendon en totalité mérite seule d'être conservée. Malheureusement les indications d'une pareille intervention sont relativement rares : il faut que la paralysie soit localisée à un muscle ou un groupe de muscles.

Les transplantations nerveuses n'ont été que des tentatives isolées dont nous ignorons la valeur. VICTOR VEAU.

PIED DE MADURA. — V. Mycétome.

PIEDRA OU TRICHOSPORIES. — Ce sont des maladies du cheveu dues à des champignons inférieurs du genre Trichosporum. Ces champignons en se développant sur le cheveu forment des nodosités petites et pierreuses étagées à intervalles irréguliers le long du cheveu. Elles sont à peine visibles à l'œil nu; on les aperçoit surtout, lorsqu'on étire le cheveu et qu'on le fail glisser entre les doigts : elles engainent le cheveu totalement ou partiellement sur une longueur de 10 à 15 millimètres. Elles sont brunâtres el brillantes, plus pâles que le cheveu ; leur consistance dure leur a fail donner le nom de pièdra (en espagnol == pierre) ; les cheveux sont tordus et tendent à se nouer, mais le parasite ne détruit pas le poil qui reste intact, il dilacère à peine et inconstamment son épidermicule. Microscopiquement ces nodosités sont formées par une agglomération d'éléments parasitaires ovoïdes tassés les uns contre les autres, unis entre eux par une substance amorphe; les cultures sont faciles à obtenir sur les milieux Sabouraud.

Unna dislingue : — 1° une piedra columbia endémique en Colombie n'affectant guère que les cheveux de la femme et due au Trichosporum Ifiganteum Behrend (éléments parasitaires polygonaux de 12 à 15 jx) ; — 2° des piedra nostras, européennes, observées exclusivement sur la moustache et la barbe de l'homme et dues à des parasites différents : Trichosporum ovoïdes Behrend, (éléments parasitaires de 5,5 à 4 u. sur 1,5 à 2 jx), Trichosporum ovale Unna (éléments de 4 et 4,5 sur 2,5 à 5,5 y), Trichosporum beigeli Vuillemin (éléments de 2,5 à 4,5 de diamètre en moyenne 5 à i w.). On distingue ces parasites par leur morphologie et leurs cultures.

Le diagnostic est facile avec la trichomychose nodosa de Paterson due au leptothrix de Wilson assez commun en Europe et qui atteint les poils des aisselles et des aines; avec la trichorrhexis nodosa. avec l'aplasie moniliforme.

Le traitement esl facile : savonnages répétés et parasiticides.

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