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I. — AFFECTIONS NON PARASITAIRES DES POILS

Alopécie congénitale. — Agénésie pilaire. — L'alopécie congénitale

consiste en une atrophie du système pileux, complète ou incomplète, localisée ou généralisée, indépendante de toute affection antérieure. Elle est décrite avec les autres alopécies (Y. Alopécies).

L. Jacquet nomme agénésie pilaire l'arrêt plus ou moins complet du développement du système pileux pré ou post-pubérien. Avant la puberté, c'est dans la région nuchale ou à l'extrémité externe des sourcils que les poils manquent le plus souvent. Après la puberté, l'agénésie peut s'étendre à tout le système pileux; localisée, elle atteint surtout la barbe et la moustache; celles-ci présentent des lacunes ou ne consistent qu'en un simple duvet; la barbe peut même faire complètement défaut.

L'agénésie pilaire et la pelade sont, d'après Jacquet, en étroite relation : la première peut coexister avec la seconde et même en être l'origine. On relève dans les cas d'agénésie pilaire, les stigmates d'hypotonie tégumentaire et organique dont Jacquet a montré, à propos de la pelade, l'importance pathogénique.

Le traitement des agénésies pilaires se confond avec celui des alopécies (Y. Alopécies).

Canitie. — La canitie est la décoloration totale ou partielle du système pileux. Elle est congénitale, sénile ou physiologique et prématurée.

a) La canitie congénitale constitue seulement l'un des symptômes de l'achromie congénitale ou albinisme, que caractérise l'absence de pigments dans la peau, les cheveux et la choroïde.

b) Il est normal que les poils blanchissent à partir d'un certain âge : cette canitie sénile peut donc être qualifiée de physiologique. Elle débute à une époque variable d'ordinaire entre trente et quarante ans par les cheveux des tempes et du sommet du crâne; la barbe ne se décolore qu'après le cuir chevelu, el d'abord à l'angle de la mâchoire et sur les cotés du menton.

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C'est par la racine que les poils commenccnl à blanchir. Les poils atteints sont d'abord gris et peu nombreux; leur couleur disparait progressivement; ils deviennent, à la fin, blanc d'argent ou blanc jaunâtre.

La canitie sénile, qui accompagne très souvent l'alopécie, n'y est pas nécessairement liée.

c) La canitie est parfois prématurée; elle est alors souvent héréditaire.

On cite des cas où, chez des sujets jeunes, les cheveux ont blanchi vite et presque subitement, en quelques jours, quelques heures. Ces canities rapides surviennent constamment à la suite d'émotions violentes, de chagrins brusques et intenses, de terreurs.

La canitie prématurée a été signalée dans diverses affections du système nerveux, aliénation mentale, épilepsie, alaxie, etc., à la suite de névralgies rebelles, surtout de névralgies faciales, de migraines (V. Hémicanitie).

Il est rare quelle survienne à la suite de maladies générales; on l'a pourlant observée après la fièvre typhoïde, l'érysipèle, etc.

Les poils blanchissent d'ordinaire sur les plaques de vililigo. On sait qu'après la pelade les poils repoussent souvent décolorés.

Il existe une variété rare et singulière de canitie : c'est la canitie annelée, où les poils, qui conservent leur forme normale, présentent une série de segments alternativement colorés et blancs.

Traitement. — Nulle médication interne ou externe ne peut rendre aux cheveux qui grisonnent ou blanchissent leur coloration primitive. Cependant, après la pelade, les cheveux qui repoussent dépigmentés, peuvent reprendre leur couleur normale à la suite d'épila lions répétées.

Les malades, dans les autres cas, sont forcés de recourir aux cosmétiques et aux teintures. Ils doivent se garder des préparations commerciales, qui, en dépit des prospectus, renferment en général des sels de plomb et sont par conséquent nuisibles.

Cosmétiques et teintures noirs ri bruns-. — Le plus inoffensif des cosmétiques noirs est le vulgaire charbon de liègeou depeuplier, le bouchon noirci à la flamme d'une lampe. On peut en faire i\^> pommades :

Cire blanche 125 grammes.

Huile d'olives 300 —

Faire fondre H ajouter :

Charbon «le peuplier 00 grammes.

I Brocq.)

Le nitrate d'argent doil cire aussi conseille. En solution dans l'eau de roses à la dose de "> à lo pour MU), il est appliqué à l'aide d'une brosse après dégraissage préalable de la chevelure au savon. On lave aussitôt après la peau avec de l'eau salée pour éviter qu'elle ne se colore en noir.

I ii mordant facilite la teinture au nitrate d'argent. On étend d'abord sur

les ehe\ eux la solul ion suivante :

Sulfure de potassium 28 grammes

Eau distillée 170 —

et l'on applique ensuite la solution argentique comme précédemment.

Poils (maladies). 8 3 *

Le mordant au sulfure, d'odeur désagréable, esl avantageusement remplacé par une solution <l acide pyrogallique :

Acide pyrogallique 3 grammes.

Eau distillée 10

Esprit-de-vin rectifié 10

Les préparations à base de tanin, brou de noix, noix de Galle, infusion de cônes de cyprès, de feuilles de noyer, d'écorce de saule, donnent aux cheveux la nuance châtain.

Brocq conseille d'employer le brou de noix de la manière suivante : Laver les cheveux avec une solution de carbonate de potasse au dixième, puis les frictionner avec le mélange :

Su<- exprimé d'écorces de noix verle 10 parties.

Alcool à 6C° !»0 —

Laisser en contael dix jouis, puis filtrer.

L'acide pyrogallique, comme les sels de fer, colore les cheveux en brun noir. On peut prescrire la lotion suivante :

Acide pyrogallique I gramme.

Eau de roses iO grammes.

Eau i\(' Cologne 2 —

Teinture blonde. — Veau oxygénée, dont la vogue est si grande, ne teint pas les cheveux blancs, mais rend blonds les cheveux colorés. On l'emploie en lotions au 11, au 1/10, au 1/20.

Pour teindre les cheveux en blond ou en rouge, on emploie la poudre euhenné. Avec de l'eau, on l'ait de cette poudre une pâle, dont on enduit les cheveux pendant une heure environ; on les poudre alors avec de l'indigo: on soumet ensuite la chevelure pendant une demi-heure à l'action de la vapeur d'eau; les deux pâles se combinent et donnent aux poils une coloration noire, brune, châtain clair ou blonde, suivant les proportions de henné et d'indigo employées.

Hypertrichose. — On nomme hypertrichose ou polytrichie le développement anomal du système pileux. L'hypertrichose est généralisée ou localisée.

L'hypertrichose généralisée est rare. Sur toutes les régions du corps où l'on n'observe normalement que des poils follets existent des poils nombreux et volumineux. Certaines régions restent toujours glabres : la paume des mains, la plante des pieds, la face interne des grandes lèvres et le prépuce. Dans presque tous les cas, le système dentaire est peu développé.

Le plus souvent, l'hypertrichose est localisée. Congénitale, elle siège à la partie inférieure du rachis : l'aspect et la coloration habituels de la peau la distinguent du naevus pilaire. Acquise, elle esl artificielle ou spontanée. Toutes les irritations locales répétées, telles que les applications consécutives de vésicaloires, peuvent provoquer une hypertrophie notable du système pileux. Mais c'est souvent sans cause apparente qu'on voit se développer l'hypertrichose localisée et le duvet très ténu se transformer en poils adultes.

Chez l'homme, celte forme d'hyper trichose peut siéger en tous les points

Poils (Maladies),

du corps: mais clic esl particùEeïëmënt gênante sur la face dorsale du nez, l'espace inlersourcilier, les sourcils, les narines et les oreilles. Chez la femme, elle atteint surtout les parties latérales des joues, le menton, la région sus et sous-hyoïdienne, la lèvre supérieure; parfois se développe une barbe complète. L'hyperlrichose peut occuper aussi l'espace inler-mamillaire et l'aréole des seins.

La cause déterminante de l'hyperlrichose est inconnue. Mais on sait que, sous l'action du rasoir, de l'épilatiom des pâtes épilaloires, celte infirmité ne fait que s'étendre et s'accentuer.

Traitement. — L'effet disgracieux de l'hyperlrichose- détermine souvent les sujets qui en sont atteints, surtout les femmes, à consulter un médecin.

Lépilation, la rasure, le flambage favorisent le développement du système pileux. Les pâles épilaloires, qui agissent en arrachant les poils, les pilivores, substances caustiques qui les détruisent, mais laissent leur racine intacte, ne font qu'irriter la peau. L'acélale de thallium en applications locales détermine bien des alopécies, mais il est, comme l'ont montré Combemale et Jeanselme, d'une grande toxicité.

Vélectrolyse esl le seul traitement rationnel de l'hyperlrichose : elle consiste à détruire la racine du poil par le courant électrolylique. Inventée par Michel (de Saint-Louis), en 1875, cette méthode a été perfectionnée et réglementée par Brocq, dont nous exposerons la technique.

Le courant est fourni par une pile, munie d'un galvanomètre sensible et bien réglé. L'électrode active est une aiguille de platine iridié: celle dont se sert Brocq comprend deux parties, l'une effilée, de L2 cm., 5 de longueur environ, qui est l'aiguille proprement dite, et une base plus épaisse, de l cm., f> de long sur 3 millimètres de diamètre, taillée à facettes et munie à son extrémité dune cavité où s'engage à frottement la borne du fil conducteur.

On coude l'extrémité effilée de l'aiguille de 0 millimètres environ de sa pointe et sous un angle de 45° : les mouvements sont ainsi plus précis et l'on peut 1'acilemcnl régler la pénétration de l'électrode dans le follicule. L'aiguille s'adapte au pôle négatif de la pile. Au pôle positif est reliée une poignée cylindrique recouverte d'une peau de chamois et que Ton imbibe

d'eau salée.

Le cathétérisme du follicule esl le temps le plus délient de l'opération. L'opérateur appuie solidement le petit doigt et l'annulaire sur les téguments; sa main est ainsi \\\c(\ Le cylindre de l'aiguille est tenu entre le ponce cl l'index; le médius est allongé le long de la lige qu'il soutient. Bien de plus facile alors que d'introduire l'extrémité de l'aiguille dans l'infundibiilum pilaire, en suivant rigoureusement la direction du poil; on la pousse jusqu'à ce qu'une petite résistance indique qu'elle a touché le Pond du follicule.

C'est le moment de faire passer le courant. On demande au malade de poser successivement sur le cylindre positif d'abord un doigt, puis les autres doigts, et enfin de le serrera pleine main, afin d'éviter toute secousse. I)é> que le courant passe, ou enfonce l'aiguille de façon qu'elle déborde d'un millimètre environ la papille pilaire.

L'intensité et la durée du courant varient suivant la grosseur et la situa-

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Lion des poils et suivanl la réaction des sujets. En règle générale, il Paul employer des courants de i à 6 milliampères pour les gros poils, de 2 à 5 pour les moyens, de I à 2 pour les <lu \ <-i s. On arrête le couranl dès qu'un peu de mousse vient poindre ;i l'orifice <lu follicule, <pii s'entoure d'une petite aréole brun clair.

L'opération terminée, on interrompt le courant en priant le malade de lâcher l<i cylindre et on retire L'aiguille.

L'électrplyse entraîne quelques petits inconvénients. Souvent, au niveau des poils électrolysés, la peau se tuméfie légèremenl et se couvre de petites vésicules, qui se transforment en pustules et en croûtes; en une semaine tout disparait.

Le passage du courant occasionne toujours une douleur, dont l'intensité varie selon la région opérée et l'état nerveux du sujet. On peut, chez, les individus craintifs et dans les hypertrichoses très localisées, anesthésier les téguments par une injection de cocaïne ou par des pulvérisations de chlorure d'éthyle, quand on n'opère pas sur la face.

Un courant trop intense provoque une mortification trop étendue : lorsqu'une zone brune, entourée d'un double cercle blanc et rouge, se forme autour de l'aiguille, il faut immédiatement retirer celle-ci et pratiquer plusieurs attouchements à l'alcool camphré; on prescrit des cataplasmes d'amidon, si l'inflammation survient.

11 faut surtout n'électrolyser que les poils suffisamment éloignés les uns des autres pour que les zones de mortification ne soient pas tangentes. Si celles-ci sont confluentes, il peut en résulter des cicatrices vicieuses el môme des chéloïdes.

On ne doit faire par jour qu'une séance d'électrolyse, de 20 à 25 minutes en moyenne, au cours de laquelle un opérateur habile peul, d'après Brocq, détruire 7)0 à 40 gros poils ou 50 à 100 duvets.

10 à 20 pour 100 des poils électrolysés repoussant, plus ou moins altérés et déformés et, chez les femmes jeunes, l'opération stimulant souvent la croissance des duvets voisins, on voit combien de séances nécessite une hypertrichose tant soit peu développée.

L'électrplyse est donc un traitement délicat, long et dispendieux. Ses indications doivent donc être précises.

L'hypertrichose de l'espace intersourcilier et celle du dos du nez sont, chez l'homme, les seules indications de l'électrolyse.

Quand il s'agit d'une femme, la question est plus complexe. Selon Brocq, trois cas peuvent se présenter. Si la malade est âgée de moins de vingtcinq ans, l'épilation électrolytique doit être conseillée quand l'hypertrichose occupe les seins et l'espace présternal ou quand, très développée, elle siège à la face. Mais il faut la proscrire quand l'hypertrichose est légère ; l'application d'une poudre siccative (mélange d'amidon, de borate de soude et d'acide salicylique, par exemple) peut alors enrayer dans une certaine mesure la croissance du duvet. Il vaut mieux s'abstenir aussi quand l'hypertrichose siège aux membres et surtout aux jambes, où les piqûres laissent souvent des taches purpuriques ; on ne doit alors intervenir que si la malade l'exige.

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Chez les femmes de vingt-cinq à quarante-cinq ans, Féleetrolyse doit être employée contre les hypertrichôses moyennes, où n'existent que quelques gros poils, ou contre les hypertrichôses développées qui affligent les femmes encore jeunes et mondaines. Mais après quarante-cinq ans, nulle raison d'ordre extra-médical ne nécessite l'électrolyse. On ne doit plus guère opérer que les touffes de gros poils qui se développent aux lèvres et au menton.

Schiff et Freund ont appliqué la radiothérapie au traitement de l'hypertrichose avec succès. Les poils tombent, en effet, presque toujours sous l'action des rayons X; mais on n'obtient qu'une alopécie temporaire, à moins de déterminer une réaction cutanée assez vive pour que les follicules pileux soient détruits, mais par suite capable de provoquer l'atrophie cutanée, l'hyperpigmentation ou même des ulcérations et des cicatrices. Aussi, Schiff et Freund, pour empêcher toute récidive, conseillent-ils de poursuivre l'atrophie de la papille en para tiquant, toutes les quatre semaines, pendant douze à dix-huit mois après la chute complète des poils, des séances radiothérapiques.

Cependant, la possibilité des modifications cutanées compromet la valeur thérapeutique de la radiothérapie. Kienbock ne soumet à ce traitement que les cas graves d'hypertrichose et le prohibe lorsqu'il s'agit d'épiler le visage des femmes.

Trichotilloinanie. — Hallopeau décrit sous le nom de tricholillomanie (de Tf.ç, cheveu et rtXXopat, j'arrache) un état psychopathique où paraissent dominer de vives sensations prurigineuses, s'exagérant par accès, dans toutes les parties velues du corps, et surtout un besoin morbide qui porte les malades à y chercher un soulagement en arrachant les poils des régions où elles se produisent.

Les régions dépitées par le malade semblenl au premier abord alopéciques; elles ne le sont pas réellement, car les poils y sont brisés à quelques millimètres de l'orifice folliculaire

(.elle affection, d'origine névropathique, siège au cuir chevelu, aux sourcils, à la barbe, aux aisselles, au pubis. Elle est de fort longue durée.

Traitement. — L'enveloppement caoutchouté des parties malades ou l'application d'un vernis apaise le pruritel protège la peau contre les grattages.

Monilethrix. — Dans le monilethrix (de monile, collier et tpi;, cheveu), les poils sont alternativement rétrécis el renflés dans toute leur longueur. Les nodosités, fusiformes, se suivent à intervalles remarquablement réguliers el figurent assez bien les perles d'un collier. Les portions rétrécies sont cylindriques et plus pâles que les parties renflées. Les poils, dans leur ensemble, sonl secs, lanugineux el se cassenl facilement à une faible <lislance <lr leur émergence.

Le monilethrix peut être généralisé, comme l'a montré Hallopeau. Ordinairement, il n'alleint que le cuirchevelu; les cheveux tombent sur tout le crâne ou bien seulement en quelques îlots.

Le monilethrix coexiste parfois avec la kératose pilaire, avec laquelle il semble avoir des rapports étroits, ('elle affection, qui est le plus souvent congénitale, persiste indéfiniment.

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L'étiologie et la pathogénie du monilethrii sont encore très obscures. Cependant, on sail qu il n'est pas parasitaire e| que l'hérédité joué dans sa production un rôle important (Hallopeau, Sabouraud).

Les altérations pilaires semblent dépendre d'une lésion nerveuse centrale, de nature héréditaire. La coexistence fréquente avec la kératose pilaire. l'atrophie générale du système pilo-sébacé <pii l'accompagne, viennent (Mavcr celle hypothèse.

Traitement. - On ne peul guère agir sur le monilethrix. Hallopeau conseille d'enlever par des savonnages les amas épidermiques qui se forment à la hase de poils, et d'exciter le cuir chevelu par des frictions camphrées <ni térébenthinées.

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