II. — AFFECTIONS PARASITAIRES DES POILS
Trichorrexie noueuse. — Dans celle affection, les cheveux se gonflent, puis éclatent en un ou plusieurs points, de telle manière que leurs fibres se séparent les unes des autres et forment, au niveau des renflements, comme deux bouquets qui se touchent par leur épanouissement : l'adhérence devenant de moins en moins forte, les poils se rompent.
Nul trouble subjectif n'accompagne ce phénomène : les malades conslatenl seulement que leurs poils cassés s'épanouissent en pinceau.
Si l'on examine les poils altérés, on y voit de petits renflements grisâtres ou blanchâtres, semblables tout d'abord à des lentes, mais plus réguliers, plus arrondis et occupant toute la circonférence de la tige; à la moindre traction, le poil se casse à leur niveau, mais son bulbe reste indemne.
La trichorrexie noueuse atteint le plus souvent la barbe; on l'a observée, chez la femme, au cuir chevelu et au pubis.
Tanago, Sabouraud, M. Sée ont montré que cette alfection, longtemps considérée comme un trouble trophique, est parasitaire et contagieuse. Le parasile est de nature bactérienne; mais les auteurs ne s'accordent pas sur sa morphologie. Pour C. Beck, la trichorrexie noueuse pourrait être causée par des bactéries diverses.
Traitement. — Le traitement consiste à raser les parties malades et à y l'aire des lotions antiseptiques et excitantes.
Freund et Kienbôck ont guéri des cas graves de trichorrexie noueuse en épilant les régions malades par la radiothérapie.
Trichoptilose. — La trichoptilose est une affection du système pileux dans laquelle le poil, plus ou moins sec, est fendu soit à son extrémité, soit dans une grande étendue, et peul être, de plus, éclaté latéralement.
('elle altération du poil accompagne parfois une affection bien caractérisée, comme la trichophytie, l'eczéma, ou une maladie générale grave. Mais elle peut exister en dehors de toute autre affection : c'est alors qu'elle constitue la trichoptilose qui siège le plus souvent à la barbe, et, chez la femme, au cuir chevelu.
Spiegler a découvert que la trichoptilose est causée par un petit bacille de 5 à 0 p., sporulé; il a pu, avec ce bacille, reproduire l'affection sur des cheveux sains.
847) Poils (Maladies).
Traitement. — Le seul traitement consiste à couper les cheveux et à faire des lotions antiseptiques.
Lepothrix. — Le lepothrix est une affection bactérienne qui atteint le plus souvent les poils des parties génitales el des aisselles.
Il est caractérisé par des concrétions qui font saillie le long- des poils, dont elles n'occupent d'ordinaire que le tiers moyen ; à ce niveau, les phanères deviennent secs, ternes, noueux et durs au toucher.
Dans la forme diffuse de la maladie, les concrétions entourent les poils d'une véritable gaine sur une plus ou moins grande étendue. Dans la forme nodulaire, elles sont isolées et forment une sorte de chapelet. Très adhérentes aux poils, elles n'en allèrent que fort peu la structure et n'en compromettent pas la solidité. Elles sont d'un rouge- brunâtre et noirâtre el coïncident fort souvent avec des sueurs colorées de Faisselle, particulièrement avec des sueurs rouges.
On voit au microscope que les concrétions sont constituées par une substance homogène analogue à la chitine des œufs de poux et par des amas bactériens. Ces bactéries qui, pour la plupart des auteurs sont des bacilles, des cocci pour Babès et Raymond, siègent à la surface du poil, qu'ils pénètrent facilement, ses cellules superficielles étant macérées par l'humidité de la région, ils y forment des dépressions dans lesquelles ils se développent et font éclater longifudinalement les libres corticales. Ces microbes n'ont pas encore pu être cultivés.
Traitement. — Le lepothrix est donc une affection d'origine externe et transmissible par contact. Aussi exige-t-elle des soins de propreté et d'antisepsie que l'on réalisera aisément en rasant les poils et en pratiquant dr> lotions savonneuses el au sublimé au millième ou au deux-millième, ou en appliquanl des pommades à l'oxyde de zinc et à la résorcine.
Piedra. — La piedra est une affection parasitaire des poils d'origine cryptogamique. Le nombre des travaux qu'on lui a consacrés s'explique plus par son intérêt théorique que par son importance pratique.
Les parasites de la piedra, que Vuillemin nomme Tricho&porum, sont multiples: on a décrit le Trichosporum giganleum, le Trichosporum Beigeli, le Trichosporum ovoïde el le Trichosporum ovale] tous ont pu être cultivés, soit sur bouillon, soil sur gélatine; mais leur inoculation au cobaye n'a p;is réussi. Suivant le parasite qui la cause, L'affection revêt des caractères un peu différents. On peut décrire deux grandes variétés de piedra, la piedra de Colombie cl la }>ir</r<t npstras.
1° Piedra de Colombie. — La piedra de ( Colombie, qui atteinl les cheveux des femmes jeunes, el paraît nettement contagieuse, consiste dans l'apparition, sur la tige (\(^ cheveux, de petites nodosités moins volumineuses que des lente-, de couleur blanchâtre el de consistance pierreuse. Elles restent «listantes d'un centimètre environ de l'orifice folliculaire et entourent plus ou moins complètemenl les cheveux sur une longueur variable; ceux-ci deviennent lanugineux ei frisottants cl s'entremêlent pour former une espèce de plique.
•>° Piedra nostras. Cette forme, observée en Europe, atteint presque uniquement la barbe et la moustache. Le- poils sont entourés d'une sorte
Poils et cheveux (Médecine légale). x $ i
d'enduil formant çà el là <lcs nodosités brun jaunâtre, de forme très variable, irrégulièrement réparties. La racine des poils restant indemne, ceux-ci ne perdent pas leur solidité.
La piedra ne peu! guère rire confondue avec les autres affections noueuses des cheveux. Elle n'a pas le même siège que le lepothrix, qui coïncide d'ordinaire avec les sueurs colorées. Ses nodosités ne sont pas régulières, comme celles du monilethrix et n'alternent pas avec des rétrécissements. Elles n'ont pas l'aspect fissuraire des renflements de la trichorrexie noueuse, auniveau desquels le poil se brise si facilement. On ne peut enfin les confondre avec les lentes.
Traitement. — La piedra n'est pas grave, <;ir elle n'altère pas la vitalité «les poils; mais elle peut durer indéfiniment si on ne la traite pas. Il suffit, pour la guérir, de pratiquer des lotions chaudes an savon el an sublimé à J/i000eOU l/2000eet de peigner les cheveux an peigne (in.
FERNAND TRÉMOLIÈRES.
POILS ET CHEVEUX (MÉDECINE LÉGALE). — Technique de l'examen.
Le magistrat instructeur soumet à l'examen soit un seul poil, soit nue série de poils.
Il est nécessaire tout d'abord de compter et de mesurer exactement leur longueur, puis d'établir leur coloration.
Ensuite nous conseillons d'examiner au microscope un des poils sans lui l'aire subir aucune préparation : on se rendra compte ainsi de sa coloralion. des dépôts d'œufs de parasites, de lentes ou de matières inertes, poussières de charbon, etc., le long de la cuticule. Cette constatation est importante pour les comparaisons à établir avec d'autres poils prélevés sur un inculpé.
Ce premier examen pratiqué, on lavera les poils à l'éther dans une solution d'acide nitrique diluée. Il faut' avoir soin, à la sortie du bain à l'acide nitrique, de laver à grande eau pour enlever les restes d'acide qui détruiraient progressivement les éléments constituants des poils.
Cette préparation a pour but de débarrasser le poil de l'enduit graisseux qui peut le recouvrir et de mettre en évidence les éléments constituants dans les préparations micrographiques. On sectionne alors le poil en trois parties, l'une représentant la pointe, l'autre la partie médiane, la troisième le bulbe ou la racine. Chacune de ces portions sera l'objet d'une préparation spéciale montée avec de la glycérine. Le grossissement doit être de 500 diamètres environ.
Questions posées à l'expert. — Nous groupons sous quatre chefs principaux les questions qui peuvent être posées à l'expert par le magistral instructeur et les éléments qui permettent de les résoudre.
a) Caractères différentiels des poils humains et d'animaux par leur étude histologique. — Tout poil se compose d'éléments anatomiques groupés en trois couches : une couche externe ou cuticule, une couche moyenne ou substance corticale, une couche centrale ou substance médullaire.
Les dispositions spéciales de ces trois couches permettent le plus souvent de diagnostiquer aisément des poils humains des poils d'animaux (fïg. 344 .