‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 4)Chapitre 86 sur 89 · fô · texte numérisé non relu

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Poils et cheveux (Médecine légale),

La cuticule est constituée par de fines cellules épidermiques imbriquées comme des Luiles, dont les extrémités sont dirigées vers l'extrémité libre des poils. Chez les animaux, ces cellules sont en général bien plus volumineuses que chez l'homme, elles donnent au poil l'aspect d'un bâton épineux

Fig. 5ii. — I. racine d'un cheveu arraché; 2, extrémité libre d'un cheveu coupé depuis un mois. Poil de moustache : 3, bulbe; i, 5, extrémité libre; 6, extrémité libre d'un poil du pubis. (Lacassagnc, Précis de médecine (égale.)

que l'on ne trouve pas chez l'homme, les cheveux ou les poils humains sont lisses, el c'est à peine si par endroits on aperçoit quelques pellicules qui se détachent.

La substance corticale composée de cellules cornées allongées est très épaisse chez l'homme, et la substance médullaire très peu développée.

Chez les animaux, la disposition est inverse. La substance médullaire occupe presque la totalité du tube fourni par la cuticule, el celle substance

Fig. 345.

bulbe, corps et extrémité libre d'un poil de cheval ; 2, poils de lap 3, poils de chat. Lacassagne, Précis de >nédecine légale.

médullaire a des aspects différents suivanl les animaux ; chez le lapin elle est massée en forme de disques superposés. On aperçoil un espace clair el un espace sombre successivemenl disposés (fig. 345).

Ces caractères histologiques soi il dans la majorité des cas faciles à mettre en évidence et le diagnostic ne peul être hésitant. Il existe cependanl des

Poils et cheveux (Médecine légale).

la constitution du |>oil de l'homme

exceptions dans lesquelles, dil Jaume et des animaux peut être semblable.

b) Différenciation des poils humains suivant la région à laquelle ils appartiennent. Les poils appartiennent ils à un fœtus ou à un adulte? Il faul envisager la longueur, l'épaisseur, la forme de la partie supérieure, la coloration des poih fig. 34 i).

Les cheveux son\ beaucoup plus longs que tous les autres poils. S'ils oui été coupés, on s'en rend facilement compte par l'examen de la partie supérieure libre.

Un cheveu qui n'a jamais élé coupé présente une pointe conique plus ou moins fine. Sur un cheveu coupé fraîchement ou sur un poil traité de même, la surface de sec lion est nette.

Douze semaines après, la surface de séparation est encore nette, puis peu à peu le poil s'amincit de nouveau à son extrémité libre, sans atteindre jamais la fine forme primitive de la pointe.

Les longs poils du corps | aisselle, pubis, scrotum, grandes lèvres), altérés par les sécrétions et le frottement des vêlements, présentent parfois une pointe finement conique, mais le plus souvent sur la tige des dentelures irrég

Fig. Ôi6. — 1. % duvet de nouveau-né : cheveu : 5, bulbe : 4, corps; .'i. extrémités; 6,7, poil de chien. (Lacassagne, Précis de médecine légalt

ulières, des renflements, un éparpillement

pointe en un pinceau

de fibres.

L'épaisseur des poils est un des caractères le plus important.

11 est admis par la plupart des observateurs que les poils des différentes régions du corps peuvent être classés par ordre d'épaisseur, comme suit :

Barbe 0 mm. 14 à 0 mm. 15

Paupières \

Organes génitaux de la femme ( 0 mm. 15 à 0 mm. 10

Organes génitaux de l'homme \

Cheveux de l'homme 0 mm. 08

— de la femme 0 mm. 00

En général on peut admettre qu'un poil dont le diamètre 0 mm. 10 n'est pas un cheveu.

Ces mensurations se pratiquenl facilement avec un micromètre : elles sont, quelquefois plus faciles lorsque des comparaisons 1res exaeles s'imposent, sur une coupe transversale des poils que l'on a inclus dans la paraffine.

Les poils du nouveau-né sont beaucoup plus minces que ceux des enfants et des adultes. Ils se terminent par une pointe très finement allongée et quelquefois elle est bi ou trifurquée (fig. 346).

■passe

847 Poisons corrosifs.

o Identification des cheveux ou des poils soumis à l'expert avec ceux d'un individu indéterminé. — Pour résoudre ce problème délirai, tous les éléments exposés dans le paragraphe précédent seront nécessaires. Des préparations nombreuses devront être faites pour multiplier les comparaisons.

Lorsqu'on obtiendra des longueurs, des épaisseurs semblables, des similitudes de forme et de coloration et surtout si l'on constate des teintures spéciales ou encore la présence le long des poils d'œufs de parasites à déterminer : on aura ainsi un faisceau de présomptions.

d) Examen de la pointe et du bulbe pour établir si le poil a été coupé récemment, s'il est tombé spontanément ou a été arraché. — Les préparations de l'extrémité supérieure et inférieure des poils permettent d'étudier les modifications de la pointe, les différents aspects du bulbe, et d'en tirer des conclusions positives (fig. 544, 546). On distingue habituellement deux sortes de bulbe ou racine des poils.

1° Le bulbe ouvert à sa partie inférieure représente la racine d'un poil qui est en pleine évolution: le poil a donc été arraché et n'est pas tombé spontanément.

2° Le bulbe est plein, en forme de massue. Le poil a atteint tout son développement. Il a dû tomber spontanément. Mais il a pu aussi être arraché si Ton constate à son pourtour une gangue cellulaire formée par le follicule pileux avec ou sans glandes sébacées. La pointe du poil peut également présenter plusieurs aspects : 1° s'il n'a jamais été coupé, la pointe représente un cône très net; 2° sur un cheveu coupé récemment on aperçoit une section transversale ou oblique, section qui se modifie à la longue. mais sans jamais retrouver son caractère conique primitif.

La pointe peut être effilochée, lorsque le cheveu ou le poil a été usé ou déchiqueté par des frottements répétés contre un col, un chapeau, un vêtement quelconque.

Tous ces caractères sont faciles à observer et permettent de répondre dune façon positive à la question posée. ETIENNE MARTIN.

POISONS ALIMENTAIRES. — V. Alimentaires (Intoxications).

POISONS CORROSIFS. — Acides minéraux. — Les trois acides le plus souvent en cause sont les acides sulfurique, azotique cl chlorhycli'ique : effets et traitement sont d'ailleurs les mêmes dans lous les cas. La quantité nécessaire pour amener la mort est moindre pour l'acide sulfurique, ï grammes environ. ( '.ela dépend aussi du <\e^vé de vacuité ou de réplétion de l'estomac, permettant une concentration ou une dilution parallèles du corrosif.

A peine ingéré, celui-ci détermine d'atroces douleurs. Bientôt surviennent des vomissements, fréquemment noirs et renfermant de volumineux débris des muqueuses de l'oesophage et de l'estomac. La muqueuse escarrifiée de l'œsophage peut même être rejetée d'un seul tenant. Il \ a toujours une survie de plusieurs heures à moins qu'une grosse artère ne soit ouverte. Souvent les vomissements s'arrêtent en même temps qu'un météorisme marqué contribue à révéler une perforation de l'estomac. Quoi qu'il en soil,

Poisons corrosifs.

el en dehors de ces complications, au boul de quatre à sis heures se manifestent du refroidissemenl el des lipothymies quelquefois précédées de convulsions. La soif intense contribue à augmenter l'angoisse, à moins qu'un œdème considérable du larynx n'amène l'asphyxie du malheureux.

Au boul de seize à vingt-quatre heures la mdrl survienl en général, Le malade gardanl sa lucidité d'esprit jusqu'à In fin. Dans les cas avec morl plus tardive ou guérison, s<« rencontrenl les signes d'une gastro-entérite intense avec melœna el de néphrite avec cylindres hématiques. De plus, l'élimination dos escarres bucco-pharyngées provoque une inflammation et une dysphagie intenses. L'avenir esl assombri parla menace de nombreuses complications, souvent hâtives : rétrécissements de l'œsophage el du pylore - atrésie des lèvres — vomissements répétés par incoritenance gastrique absolue — constipation ou diarrhée rebelles.

Le traitement neutralisera l'acide par les alcalins : eau de savon (15 gr. de savon blanc pour deux litres d'eau), lessive de cendres de bois, eau de chaux, magnésie surtout. Les bicarbonates alcalins ont l'inconvénient de favoriser la perforation par le grand développement de C02que provoque leur ingestion. On pourra donner encore de l'eau albumineuse, mais on s'abstiendra autant que possible de l'eau pure qui dilue l'acide, augmente ainsi la surface d'attaque et de plus dégage dans ses réactions une chaleur pénible pour l'intoxiqué. On peut laver l'estomac, mais trop souvent la morphine sera seule de quelque secours.

Chromique (acide), Chromâtes. — Contre l'intoxication aiguë même traitement que ci-dessus; les symptômes sont les mêmes en effet. Mais il y a toute une série d'accidents professionnels chroniques chez les industriels qui manipulent ces substances : ulcérations des extrémités, pharyngite ulcéreuse, coryza, irritation broncho-pulmonaire avec cachexie. On préviendra ces accidents par des lavages répétés des parties découvertes et du nez. Si, malgré les soins prophylactiques, quelque plaie s'étendait, la nettoyer avec

Sous-acétate de plomb liquide 20 grammes.

Eau commune ggQ

Il y a formation de chromate de plomb insoluble.

Iodhydrique (acide). — [V. Iode (Teinture)].

Oxalique (acide). — Agit comme caustique acide, mais possède de plus une action élective sur le sang (destruction des hématies) et sur le système nerveux. Après des signes de gastro-entérite surviennent des fourmillements; le pouls et la respiration se ralentissent, et précédant la morl se déclarent des convulsions tétaniques ou du coma. S'il y a survie, l'urine renferme du sang et des cristaux d'oxalale de chaux en enveloppe de lettre, sablier ou rosace qui ont une bonne valeur diagnostique.

En dehors du traitement symptomatique des douleurs el du collapsus. on neutralisera l'acide par le saccharate de chaux, ou à son défaut par de la craie, de l'eau de chaux, du chlorure de calcium. Se garder de l'emploi des carbonates alcalins qui forment des oxalales solubles très toxiques. Enfin, administrer de l'huile de ricin.

849 Poisons corrosifs.

Phénique (acide). — L'absorption est très rapide; aux phénomènes communs à tous les caustiques, douleurs violentes, nausées, succèdent très vite du délire, puis le collapsus, si la dose est suffisante (au-dessus de 10 grammes environ). Il se peut même que les vomissements à odeur caractéristique de phénol fassent défaut.

En tout cas, le collapsus est caractérisé par une dyspnée intense, de la cyanose, et surtout un myosis extrême et une hypothermie prononcée. Dans les cas plus légers, il n'y a que des vertiges, de l'adynamie, des fourmillements, de la céphalée, une excitation cérébrale semblable à celle de l'alcoolique; c'est ce que Ton voit par exemple dans les accidents consécutifs aux lavages des cavités naturelles avec l'eau phéniquée. De plus, dans les cas d'intoxication chronique, les urines émises noircissent quelques heures après avoir été émises. Nous rappelons simplement en passant les accidents locaux de la gangrène phéniquée.

Laver l'estomac comme pour l'acide oxalique et avec les mêmes substances; médication stimulante : employer surtout l'éther. On peut encore faire ingérer des sulfates de soude ou de magnésie qui théoriquement du moins formeront des sels conjugués d'élimination facile. Le même traitement en irrigations rectales serait indiqué si l'acide phénique avait été donné en lavement.

Alcalis. — Les symptômes sont analogues à ceux que provoquent les acides. Les matières vomies sont plus riches en mucus, et présentent une consistance onctueuse due à la saponification des graisses. L'œdème de la glotte nécessite plus souvent que pour les acides la trachéotomie. \S ammoniac gazeux a une action spéciale sur l'appareil respiratoire : gêne rétrosternale, dyspnée spasmodique, et plus tard bronchite pseudo-membraneuse, congestion, etc. En outre, Y ammoniaque liquide détermine quelquefois des accidents nerveux : douleurs intenses, — troubles respiratoires en dehors de toute action locale, — coma.

Les sels de potassium exercent sur le cœur une action paralysante : cyanose et refroidissement cutané, diarrhée, vomissements striés de sang noir et mêlés de débris de muqueuse. Douleurs atroces dans la bouche, le long de l'œsophage, dans l'abdomen. Les sels de sodium ne provoquent guère que des désordres locaux en rapport avec leur causticité. Il est bon de savoir que les gens de métier appellent « potasse d'Amérique » une solution de soude caustique.

Les doses toxiques sont très variables. — Traitement symptomatiqnc du collapsus et des douleurs; neutraliser les alcalis par des acides dilués: on fera prendre de l'eau vinaigrée (100 grammes dans un litre), du jus de citron, n importe quel acide au besoin, pourvu que la dilution soil convenable. Boissons émollientcs, eau albumineuse, lait, huile d'olive; le tout en grande abondance.

Savon. — Celte intoxication n'a guère été observée que chez <\r> aliénés ou des débiles. Ulcérations de la gorge et des voies digestives; dyspnée cyanose, hémorragies gastriques, rénales, bronchiques H sous-pleurales. Coma et mort rapide, ou bien mort tardive par broncho-pneumonie secondaire. FRANÇOIS MOUT 1ER.

N'" P m < vi. :.i

Poisons médicamenteux. 850

POISONS GAZEUX. Y. VAPEURS IRRITANTES, CARBONE (Oxyde), CARBONIQUE

(Acide), Hydrogène sulfuré.

POISONS MÉDICAMENTEUX. - [V. Syncope, Stimulante (Médication) . Les agonis médicamenteux peuvent être absorbés ;< dose toxique, soil par erreur (dose trop forte ou médication trop Longtemps prolongée, faute d'ordonnance), soil avec L'intention arrêtée <lc donner la mort (crime ou suicide). Les poisons agissent approximativement de même chez l'adulle et chez L'enfant. Celui-ci tolère cependant mieux que l'adulte la belladone, l'atropine, l<calomel, le chloroforme ; il supporte beaucoup moins bien l'opium. Il faul tenir compte également des idiosyncrasies individuelles, des phénomènes de mithridatisme et d'anaphyllaxie (V. Doses médicamenteuses).

En présence d'un empoisonnement, quel qu'il soit, les indications à remplir sont les suivantes : faire vomir le malade, laver l'estomac non pas une mais plusieurs fois [certaines substances (alcool, morphine) s'éliminant par la muqueuse], vider l'intestin, administrer une médication symptomalique, stimulante (cas le plus habituel) ou calmante, faire des tractions rythmées de la langue et de la respiration artificielle prolongées, éventuellement saigner, injecter du sérum, faire respirer de l'oxygène. On lavera l'estomac avec de l'eau simple et mieux du lait ou de l'eau albumineuse. Contre les alcaloïdes s'emploieront plus particulièrement les lavages d'estomac avec l'une des préparations suivantes qui les précipitenl, ou les fixent, les absorbent et les rendent inertes.

Tanin Solution à 5 pour 1000. Thé fort.

[ Iode 20 centigr.

Solution iodo-iodurée. < Kl 40 —

( Eau 1000 grammes.

Poudre de charbon . — Solutions alcalines faibles. Boissons émollientes : tisanes d'orge, de graine de lin, d'arrow-root ; eau albumineuse.

Acétanilide. — Substance parfois employée pour le pansement des plaies et le traitement de certaines dermatoses. L'intoxication se manifeste par des vomissements, un état gastro-intestinal inquiétant, enfin du collapsus avec cyanose. Traitement symptoma tique.

Aconit. — H y a des cas d'intoxication par la plante prise pour une racine de raifort; mais il s'agit ordinairement d'empoisonnement par des préparalions pharmaceutiques administrées par erreur ou à dose trop forte. Il est d'ailleurs peu de médicaments, qu'il s'agisse de l'aconit ou de son alcaloïde l'aconitine, pour lesquels la sensibilité personnelle soit plus variable et plus dangereuse.

Il convient, en tout cas, de ne jamais atteindre les doses maxima d'alcoolature de racines (supprimée dans le nouveau Codex français) signalées dans les formulaires (XXX gouttes par 24 heures) ; et l'aconitine doit toujours être prescrite à la dose de 1 / 1 0e de milligramme au maximum pour commencer.

L'intoxication est en général rapide; le malade sent un fourmillement parcourir le corps entier; l'épigastre est douloureux; en même temps la tèle. le nez surtout, les mains semblent énormes. Ces sensations subjectives sont

851 Poisons médicamenteux.

presque pathognomoniques. La gorge est contractée, les mouvements de déglutition fréquents. Bientôt survient de l'anesthésie, le pouls est misérable et le malade grelottant. La vue se brouille, l'audition est troublée ; enfin il y a lipothymie, affaiblissement croissant et mort. La pupille est le plus souvent dilatée; il y a très rarement des convulsions; l'intelligence demeure intacte en général jusqu'à la fin.

Le traitement est celui de tous les alcaloïdes (voir plus haut).

On administrera en plus la caféine, le sulfate d'atropine (injection d'un 1/2 milligramme), la teinture de belladone (XX à XL gouttes) ou de digitale (XXX gouttes).

Antipyrine. — Provoque souvent des phénomènes d'intolérance chez les dyspeptiques et les brightiques, ainsi que chez un grand nombre d'idiosyhcrasiques. Les accidents sont bénins en général : érythèmes, éruptions huileuses, œdèmes de la glotte, des muqueuses, des parties génitales, stomatites, — quelquefois plus inquiétants : grandes éruptions scarlatini formes, stomatites hémorragiques, ictère, hémoglobinurie, vomissements, anuric passagère, hypothermie, cyanose et collapsus, escarres de décubitus, délire et convulsions. L'usage habituel peut déterminer une intoxication chronique caractérisée surtout par de la gastralgie, de l'insomnie, de l'amnésie, quelquefois de l'albuminurie persistante.

Combattre le collapsus, notamment par la caféine qui agit également comme diurétique.

Apiol. — On a signalé l'apparition d'hématuries à la suite d'administration d'apiol; cette hématurie est précédée d'une notable polyurie. Mais le plus souvent, les signes de l'intoxication sont : pouls dicrote, arythmie cardiaque, céphalée, ivresse, troubles digestifs et fièvre. Le danger est en général au cœur (d'après Lewin).

Traitement : Lavages, diurétiques, excitants cardiaques.

Atoxyl. — Intoxication rare, s'est rencontrée chez certains syphilitiques en traitement, par suite d'erreurs de posologie ou d'idiosyncrasies imprévues. Mauvais état général, anurie, vomissements, hyperthermie, convulsions toniques et cloniques, hippus, abolition puis exagération des réflexes tendineux, cyanose, dyspnée, polypnée, œdème aigu du poumon, signes de néphrite (albumine, cylindres); collapsus et mort dans certains cas.

Traitement (V. Arsenic). — Traitement symptomatique, diurétiques, azotate de potasse, régime lacté.

Atropine et Belladone. — La belladone, la jusquiame, le datura doivent leurs propriétés à l'atropine, à l'hyosciamine, à l'hyoscine et à la scopolamine. L'inloxicalion par la belladone ou l'atropine est typique.

Dans l'intoxication chronique par des doses thérapeutiques s'observent de la mydriase, une sécheresse intense de la bouche, de la congestion du visage, de larges placards érythémateux affectant souvenl l<vs localisations cl l'aspecl en cocarde de l'érythème polymorphe, une diarrhée peu intense, une gatté exagérée, ébrieuse, de la raideur de la nuque, du tremblement.

Dans l'inloxicalion aiguë se rencontrent également l'arrêt de la sécrétion salivaire, l'extrême dilatation pupillaire, la congestion intense du visage. Il survient un délire bruyant accompagné «le diplopie cl d'hallucination

Poisons médicamenteux. 852

visuelles, puis de la dépression, du collapsus et la mort. [1 y a quelquefois une éruption à type scarlatiniforme, à prédominance thoraciquc. L'intoxication peut être d'origine interne (teinture, sirop de belladone) ou externe (frictions au baume tranquille, emplâtre belladone).

Traitement. — V. ci-dessus le traitement des alcaloïdes. En plus, respiration artificielle cl injections de caféine, ou mieux de pilocarpine (5 à 10 milligrammes). La morphine, dangereuse à la période de collapsus, ne sera utilisée qu'au stade d'excitation, si l'on considère que l'empoisonnement est et doit demeurer bénin (Roch). La dose de morphine administrée ne saurait du reste dépasser 5 milligrammes, répartis en plusieurs injections.

Baume du Pérou. — Intoxication rare (enfants atteints de la gale et soignés par applications externes de baume). Symptômes plus ou moins intenses de néphrite aiguë : céphalée, vomissements, mort parfois. Ou bien collapsus avec hémorragies bronchiques, rénales, intestinales, gastriques et méningées. Dans les cas bénins, éruption phlycténulaire prurigineuse plus ou moins généralisée.

Traitement. — Traitement symptomatique du collapsus ; baigner le malade pour faire disparaître toute trace de baume; régime lacté consécutivement.

Bromoforme. — Intoxication assez fréquente chez les enfants (traitement de la coqueluche) ; se déclare en général après absorption de la fin de la potion (le bromoforme se déposant au fond par l'effet de sa densité). Collapsus rapide, cyanose, myosis extrême, dans les cas graves; dyspnée, vomissements, myosis moindre et insensibilité cornéenne, somnolence dans les cas plus légers. Le début des accidents est violent, l'haleine sent le bromoforme. On a observé parfois des éruptions cutanées à tendance ulcéreuse, rappelant les manifestations cutanées du bromisme.

Traitement. — Lavage de l'estomac, apomorphine, caféine, bains chauds sinapisés. Au point de vue prophylactique, recommander d'agiter avec soin les potions bromoformées et au besoin de jeter la dernière dose.

Bromures. — Accidents aigus exceptionnels: malaise puis céphalalgie avec excitation quelquefois délirante, stupeur avec faux pas cardiaques, mort.

Le bromisme chronique est remarquable surtout par ses éruptions huileuses et son acné aux éléments énormes. Ilpeuty avoir des troubles gastrointestinaux, de la bronchite, une obnubilation intellectuelle très marquée, du tremblement des membres. — Supprimer la cause, et faciliter l'élimination des bromures par les diurétiques.

Brucine. — V. Strychnine.

Bryone. — Surtout employée en homœopathie, la teinture de bryone est un purgatif drastique. Son intoxication a pour symptômes : vertiges, vomissements, diarrhée intense, délire, mydriase, coma.

Traitement. — Lavages d'estomac, vomitifs, lavages d'intestin légèrement laudanisés, injections d'éther et de caféine.

Caféine. — Aux doses voisines des closes thérapeutiques, et surtout chez les enfants nerveux et les vieillards, la caféine détermine des étourdissements, des nausées, de l'agitation, des vertiges et parfois du délire. La langue est sèche, l'abdomen sensible. Dans les cas extrêmes, collapsus.

855 Poisons médicamenteux.

Traitement. — Vomitifs. Stimulants alcooliques. Injecter de faibles doses d'atropine (4/2 à 1 milligr. de sulfate) et de morphine (1 centigr. dechlorhy drate).

Calabar (Fève de). — V. Ésérine.

Camphre. — Troubles sensoriels (de la vue, de l'ouïe), vertiges, délire, convulsions, sueurs et refroidissements du corps. Quelquefois ténesmc vésical et brûlures au niveau des organes génitaux. Pouls filant, rapide dyspnée. Jamais de vomissements. La guérison survient parfois après un sommeil prolongé avec sudation extrême. Odeur caractéristique de l'haleine.

Traitement. — Stimulants, vomitifs, lavages; pas d'alcool par la bouche. Réchauffer le corps; massage. Douches chaudes et froides alternées sur la poitrine (Yvon et Gilbert).

Cannabis indica. — Ce n'est pas ici le lieu d'étudier l'intoxication chronique volontaire par le hachisch. L'intoxication accidentelle est rare : nous en avons observé récemment un cas consécutif à l'administration d'une dizaine de gouttes de teinture en lavement. Une idiosyncrasie prononcée était évidemment en cause ici, une telle dose étant banale. Au bout d'une heure survinrent une excitation ébrieuse manifeste avec verbigération, chants joyeux, hallucinations extrêmement brillantes, récits de voyages colorés, etc. — Traitement (V. Belladone). Insister sur les injections de caféine en cas de collapsus.

Cantharides. —Gastro-entérite violente avec évacuations sanguinolentes pouvant renfermer des débris de la poudre ingérée. Salivation intense. Réaction aiguë des organes génito-urinaires : néphrite, cystite, priapisme. Urémie, collapsus précédé de dyspnée et de palpitations; la mort ne survient qu'au bout de 24 heures.

Traitement. — Favoriser les évacuations, calmer la douleur et la diarrhée (boissons émollientes, tisane d'orge, de graine de lin, eau albumineusc), morphine (injections et suppositoires).

L'intoxication par le vésicatoire se traite de même. Cet agent thérapeutique entraînait autrefois la mort par les complications infectieuses liées aux plaies énormes que provoquait son emploi mal surveillé. Ne pas donner de corps huileux qui dissolvent la cantharidine et favorisent l'absorption.

Chanvre indien. — V. plus haut Cannabis indica.

Chloral. — Dans l'intoxication aiguë, sommeil profond, avec abolition des réflexes et de la sensibilité, myosis, cyanose, hypothermie, collapsus et inoil par paralysie du cœur ou arrêt de la respiration. Si la mort ne survient pas trop vite, il peut y avoir une éruption urticarienne.

Traitement. — Lavages d'estomac; réchauffer le malade et le maintenir éveillé: stimulants : caféine et même strychnine ou noix vomique. He<|>i ration artificielle. Nitrite d'amyle. Faradisation cutanée.

Dans le chtoraHame^ on note des troubles digestifs, de la bronchite, des éruptions cutanées, des œdèmes, des troubles de l'intelligence, de l'angoisse précordiale. La morl peui survenir à la longue par cachexie progressive ci arrél du cœur.

Poisons médicamenteux. 85 i

Chlorate de potasse. Dangereux surtout i\ <l<\s doses un peu fortes seulement (30 grammes), car il s'élimine assez vite par les urines. Poison méthémoglobinisant, il provoque la coloration ardoisée de la peau, une dyspnée intense, des vomissements, de la diarrhée. L'urine esl rare, album ineuse el brun foncé. Il y ;» de l'ictère et la morl survient précédée de convulsions et d'un coma 1res probablement d'origine urémique. . Traitement. — Faire vomir, augmenter la diurèse et l'alcalinité du sang par de fortes doses de carbonate de soude. Injections de sérum artificiel, etc.

Le chlorate de sàudese rapproche du sel précédent par les symptômes et le traitement de l'intoxication qu'il peut provoquer.

Chloroforme (inhalations). — L'irrégularité et le ralentissement demouvements respiratoires, la dilatation et l'immobilité pupillaires, l'affaiblissement du pouls, la cyanose des lèvres annoncent au cours de la narcose l'imminence d'une syncope.

Traitement. — Mettre la tête en position déclive et pratiquer les tractions de la langue. Oxygène, flagellations humides. Inhalations de ni tri te d'amyle. Faradisation du phrénique (courants faibles et application de courte durée; un pôle à l'épigastre, l'autre aux faces latérales du larynx): au besoin massage du cœur ou du moins de la région précordiale. On ;i préconisé l'injection de un centigramme de morphine associé à un demimilligramme de sulfate d'atropine avant l'opération pour prévenir la syncope (Dastre et Moral).

Dans les cas graves, massage du cœur par la voie abdomino-sous-diaphragmatique longtemps poursuivi (retour des battements au bout de 5 à 20 minutes), ou par voie thoracique s'il existe déjà une brèche de la paroi; au besoin ponction évacuatrice du cœur droit distendu par des caillots, trachéotomie ou tubage (syncope blanche), insufflation pulmonaire directe. Associer à ces manœuvres la respiration artificielle et les injections intra-veineuses de sérum physiologique chaud (V. Syncope).

Chloroforme (ingestion). — Cuisson atroce dans la gorge, l'œsophage, l'estomac; anxiété, refroidissement, démarche ébrieuse. Puis vomissements, cyanose, collapsus et coma avec mydriase, stertor, pouls imperceptible, odeur spéciale de l'haleine. Il peut y avoir de l'ictère et du mekena.

Traitement. — Apomorphine; lavages de l'estomac avec une solution de carbonate de soude, ou mieux d'huile (Wirth) qui dissout le chloroforme. Stimulants ; forcer le malade à marcher si possible, café, caféine, strychnine ; ni tri te d'amyle en inhalations répétées.

Ciguë, — Tremblement puis faiblesse des membres inférieurs et démarche titubante ; troubles de la vue, déglutition impossible, enfin mort par asphyxie duc à la paralysie des muscles de la respiration.

Traitement .général des alcaloïdes; tanin ou thé fort. Stimulants. Respiration artificielle longtemps prolongée. Atropine (1/2 à 1 milligr. de sulfate).

Cocaïne. — (V. c. m.).

Codéine. — V. Opium.

Colchique. — Le colchique et son alcaloïde la colchicine sont des poisons généraux et paralysants. Deux à trois centigrammes de colchicine (les doses thérapeutiques sont de un demi à deux milligrammes par jour) peuvent

okk Poisons médicamenteux.

cS.)<) i — ■

entraîner la mort, mais celle-ci ne survient en général que pour des doses plus fortes : 5 à 6 centigrammes. Le début de l'intoxication est ordinairement tardif ; il s'écoule de '2 à 5 heures avant l'apparition des premiers symptômes : céphalée et vomissement. Il s'installe ensuite de la diarrhée qui peut, comme les vomissements, renfermer du sang. Le malade est prostré, en proie à une soif intense ; il éprouve des sueurs froides, ses pupilles se dilatent ; puis, surviennent de l'hypothermie, du collapsus et la mort par paralysie de la respiration. Il peut y avoir des convulsions, de l'arthralgie, de la dysurie. L'intelligence demeure intacte le plus souvent. La mort, si elle ne survient qu'au bout de plusieurs jours, peut être précédée d'une rémission passagère et trompeuse.

Traitement des alcaloïdes (V. plus haut), et surtout médication stimulante (v. c. m. i. Si le toxique a été pris par la voie rectale, administrer en lavements du tanin ou de l'opium. Inhalations de ni tri te d'amyle.

Coloquinte-Croton (Huile de). — Gastro-entérite violente. Collapsus et mort. Vomitifs et lavage de l'estomac. Boissons émollientes, stimulants. Préparations opiacées pour combattre la douleur et la diarrhée. III gouttes d'essence de camphre sur du sucre ou dans du lait toutes les 10 minutes pendant 1 heure. Les donner au besoin en lavements.

Créosote. — V. Poisons corrosifs {acide phénique).

Curare. —Avant tout se produit une parésie progressive par action élective sur les terminaisons motrices des nerfs. Mort par asphyxie. On peut noter, en plus, de la salivation, de la polyurie, de l'hypothermie, de la céphalée, des troubles visuels.

Stimulants, respiration artificielle. Lier, s'il y a lieu, le membre au-dessus de la plaie éventuelle, et désinfecter avec soin celle-ci. S'abstenir avant tout de la strychnine.

Cyanhydrique (Acide). — L'intoxication par l'acide cyanhydnque se voit à la suite d'erreurs concernant l'administration de l'eau distillée de lauriereerise ou d'amandes amères; elle peut être due à l'ingestion de liqueurs (elles (pie le kirsch et le marasquin ou de noyaux de fruits (amandes amères, pêches, abricots, cerises, prunes). Elle est fréquemment consécutive à l'inhalation directe de vapeurs toxiques.

L'effet du toxique est en général à peu près foudroyant. L'individu empoisonné tombe à la façon d'un épileptique, mais la mort n'arrive souvent qu'au bout de doux à Irois minutes. La perte de connaissance est immédiate, rarement précédée par une anxiété atroce, une douleur cuisante dans la bouche. ,l,>s vertiges, des palpitations angoissantes. Puis convulsions violentes et thrismusavec collapsus, expirations spasmodiques, mydriase et insensibilité de la pupille à la lumière, cyanose cl sueurs. Enfin, résolution musculaire complète, parfois entrecoupée de soubresauts. Arrêt de la respiration avant te pouls. Dans certains cas. la mort peut ne survenir qu'au bout de quelques heures. Au cas «le survie, l'haleine présente pendant quelque temps l'odeur caractéristique des amandes amères.

Traitement - Laver l'estomac. Administrer du permanganate de potasse

dose deux ou trois lois répétée de 10 centigr.); donner Largement un

mélange à parties égales de sulfate ferreux et de carbonate de soude dissous

Poisons médicamenteux. 856

dans l'eau (par deux cuillerées à soupe à la fois). Inhalation d'oxygène; respirai ion artificielle, stimulants, éther, atropine (un demi-milligr. à un milligr. el demi en doses fractionnées) ou teinture de belladone per os ou en lavement (XXX à LX gouttes), ammoniaque (2 gr. dans l'eau ou en lavement).- Bains chauds avec affusions froides sur la tête. Faradisation de la région cardiaque. — En cas d'intoxication par les amandes amères, divers noyaux ou pépins de fruits, les fleurs de pécher, de prunier, d'aubépine, de néflier, les feuilles de pêcher ou de laurier-cerise, on pourrait, pour empêcher la formation dans l'estomac d'acide cyanhydrique par hydratation de l'amygdaline en présence de l'émulsine, administrer, d'après Lewin, de l'acide chlorhydrique ou de l'acide lactique.

Cyanure de potassium. — L'intoxication par le cyanure de potassium est une des plus dangereuses et des plus fréquentes qui soient, ce produit étant aisé à se procurer commercialement à raison de ses nombreuses utilisations industrielles et scientifiques (photographie, galvanoplastie, dorure, entomologie, pelleterie, etc.). L'intoxication peut être consécutive soit à l'ingestion d'une solution aqueuse de cyanure, soit à l'inhalation des vapeurs d'acide cyanhydrique que dégage le sel étudié sous l'influence de l'acide carbonique de l'air (Lewin), vapeurs qui s'accumulent dans les flacons renfermant le produit (cas d'intoxication chez les pharmaciens, chez les naturalistes). La dose mortelle est en moyenne de 0 gr. 20 à 0 gr. 30, mais de nombreuses infractions à cette règle ont été observées, étant donnée l'impureté habituelle du produit commercial. — Certains cas suivis de mort se sont trouvés dus à la pénétration de cyanure dans les plaies digitales.

Les symptômes de l'intoxication par le cyanure de potassiun se rapprochent de ceux de l'intoxication par l'acide cyanhydrique. Dans la forme apoplectique, le malade peut tomber en poussant un cri perçant (death scream), présenter des convulsions tétaniques et mourir en quelques minutes. Mais la mort ne survient souvent qu'au bout de 50 à 60 minutes: il y a d'abord de la dyspnée, des vomissements, puis des convulsions, du thrismus, de la mydriase, enfin, le coma survient et la mort suit bientôt. Parfois s'observe la guérison, rarement suivie de troubles de quelque durée, démarche ébrieuse, céphalée, dysarthrie (Lewin).

Dans l'industrie se rencontre parfois une intoxication chronique avec asthénie cardiaque, pâleur, insomnie, céphalée, anorexie, nausées, vertiges, titubation.

Traitement. — Évacuer rapidement le poison, lavage de l'estomac, apomorphine. Respiration artificielle prolongée, électrisation du phrénique, etc. (V. Acide cyanhydrique).

Datura. — V. ci-dessus Belladone ainsi que Miel in Alimentaires (Intoxications).

Digitale. — Le degré de l'action toxique est très variable suivant le lieu d'origine des produits, suivant la préparation employée et le degré personnel de résistance. Ce dernier peut être encore influencé ou non par l'état de maladie (pneumonie par exemple).

L'évolution de l'intoxication est peu rapide en général; le pouls s'est tout d'abord ralenti, le cœur s'est régularisé, la pression est remontée, la

857 Poisons médicamenteux.

diurèse s'est établie favorablement. Au bout d'une heure ou plus, le cœur reste lent, 60, 50, et même parfois 25 pulsations seulement par minute; mais la pression est faible, les battements sont irréguliers, l'uropoièse entravée. Puis surviennent de la céphalée, des vertiges, des nausées, parfois de la somnolence coupée de convulsions. La gorge est sèche, la bouche amère; des vomissements et de la diarrhée finissent d'épuiser le malade qui, de plus en plus prostré, hypothermique, délirant, dyspnéique, finit par succomber. Les pupilles sont dilatées; la vision est fréquemment colorée. La mort rapide est l'exception, mais elle peut survenir subitement après le délai éloigné d'une semaine et plus.

Traitement. — V. le traitement des alcaloïdes en général. Les principales indications sont de combattre la vaso-constriction (trinitrine, nitrite d'amyle), les vomissements (glace, opium), les défaillances cardiaques (caféine, spartéine, etc.). On maintiendra rigoureusement le séjour au lit et le régime lacté.

Duboisine. — Pour le traitement, V. Atropine. Ergot. Ergotine. — V. Ergotisme.

Ésérine ou Physostigmine. — Il s'agit le plus souvent d'un empoisonnement par un collyre avalé par erreur; bientôt se succèdent des phénomènes gastro-intestinaux et de la sialorrhée, de la céphalalgie et des vertiges. La pupille est extrêmement contractée; la mort survient par paralysie progressive généralisée et atteinte du cœur, faible, intermittent, et des centres respiratoires.

Traitement des alcaloïdes. L'antidote est l'atropine (1/2 milligr. de sulfate en injection). A son défaut, administrer XXX gouttes de teinture de belladone par la bouche ou par le rectum. Dans les cas désespérés (Yvon), injections hypodermiques de sulfate de strychnine (2 à 4 milligr.), ou bien 1 gr. 50 de teinture de cet alcaloïde par la bouche ou le rectum.

Éther. — Action anesthésique analogue à celle du chloroforme. L'éther est, par contre, vaso-dilatateur et son action déprimante sur le cœur est beaucoup moins marquée. Dans les cas assez rares où il y eut ingestion et décès, on a noté des signes d'ivresse et de collapsus, de la rougeur de la face et de la dypsnée, un météorisme remarquable et des phénomènes de gastroentérite. L'abus chronique de ce médicament est moins dangereux que l'alcoolisme; les phases aiguës sont plus courtes, et l'intoxication chronique affaiblit moins et moins vite l'intelligence et les fonctions digestives.

Traitement. — Intoxication aiguë : stimulants, respiration artificielle. Donner de l'air; inhalations de nitrite d'amyle, aspersions d'eau froide.

Ethérisme chronique : suppression brusque et internement prolongé. Traitement bromure dans les jours qui suivent la suppression. Hygiène, hydrothérapie, etc.

Eucalyptus (Essence d'). — Après ingestion par erreur, vomissements, diarrhée, stertor, pouls rapide, myosis H col lapsus.

Traitement. — Vomilifs, stimulants (caféine, éther), lavages d'estomac, lavements de café. Guérison habituelle.

Fougère mâle (Extrait de). Délire avec excitation entrecoupée de périodes de collapsus; coma et mort dans les cas gravés. Pendant la conva

Poisons médicamenteux. 858

lescence «les troubles visuels peuvent évoluer, névrite optique uni ou bilatérale, avec perle plus OU moins complète de la vue.

Traitement. - Vomitifs, stimulants; pas de liquides huileux (s'abstenir (l'huile de ricin dans le traitera en! <lu taenia par la fougère mâle); injections intra-veineuses de sérum physiologique.

Gelsemium sempervirens (Jasmin sauvage). — Antinévralgique employé, surtout autrefois, dans le traitement de la névralgie faciale; demande à être manié avec une grande prudence. Peut, en elï'et, déterminer aux doses thérapeutiques des vertiges avec céphalalgie, des éblouissements, de la mydriase, de la diplopie, de l'amaurose, du ptosis, des nausées, de la dypsnée, de la titubation, une vive douleur rétro-sternale. De la spume apparaît aux lèvres dans les eas désespérés; coma, mort.

Traitement. — Yvon et Gilbert recommandent de n'employer les vomitifs qu'au début; ils risqueraient plus tard d'accroître les tendances au collapsus. Lavages d'estomac, stimulants, respiration artificielle. En cas d'apnée, injecter un 1/2 milligr. de sulfate d'atropine à deux reprises séparées par un intervalle de 10 minutes; à défaut d'atropine, XXX gouttes de teinture de belladone per os ou XL en lavement.

Glycérine. — On a mis sur le compte de la glycérine (véhicule dinjections iodoformées) des accidents de néphrite hémorragique. — Guérison par le régime lacté.

Héroïne. — V. Morphine.

Hyoscyamine. — V. Atropine pour le traitement; — Jusquiame pour les symptômes.

Iode et Iodure. — V. aussi Vapeurs irritantes. — La teinture d'iode vieille, altérée, renferme de Yacide iodhydrique et agit comme caustique énergique. Tout se réduit, en général, à une brûlure de plus ou moins grande étendue, de cicatrisation lente. — L'ingestion de teinture d'iode (le nouveau Codex a augmenté la teneur en iode de la teinture, 1/10 au lieu de 1/13) provoque de la gastro-entérite avec rejets sanguinolents, quelquefois bleus, s'il reste dans l'estomac des matières amylacées. Il peut survenir ensuite des vertiges, des convulsions, du collapsus.

L'iode et les iodures déterminent d'autre part une suite de phénomènes rangés dans le cadre de Yiodisme. Ce sont des exanthèmes et œdèmes cutanés, quelquefois des œdèmes internes (œdèmes de la glotte), de l'acné, de la toux, du larmoiement, du catarrhe nasal, de la salivation, une céphalée souvent intense, de l'ébriété, de l'insomnie, et parfois de la fièvre. On observe dans quelque cas de Foligurie, de l'albuminurie et des phénomènes urémiques avec issue fatale.

On lavera l'estomac, on administrera de l'eau amidonnée, de l'eau albumineuse ; la morphine calmera les douleurs, etc. Contre l'iodisme, supprimer la médication et donner des alcalins. Se défier des applications étendues, prolongées ou répétées de coton iodé, qui peuvent déterminer des accidents graves d'iodisme.

Iodoforme. — Il survient surtout des troubles psychiques : céphalée, insomnie, quelquefois hallucinations et délire, ou au contraire sommeil profond. On a noté encore de l'anorexie, un goût affreux dans la bouche, de la

859 Poisons médicamenteux.

dypsnée, des vomissements et de la cachexie, un pouls misérable, de l'oligurie avec présence d'albumine. Collapsus, cyanose, myosis, mort. Nous n'insisterons pas sur les complications cutanées.

Traitement. — Comme pour les iodures, supprimer la cause et donner du bicarbonate et des diurétiques. On a quelquefois administré de la belladone ou de l'atropine (mydriasiques).

Jaborandi. — V. plus loin Pilocarpine.

Jusquiame. Hyoscyamine. — V. plus haut Atropine.

Laudanum. — V. Opium.

Laurier-cerise (Eau de). — V. plus haut Cyanhydrique (Acide).

Lobélie. — Vomissements, vertiges, tremblements, convulsions, collapsus.

Traitement des alcaloïdes, stimulants, strychnine (5 milligr. à 1 centigr. de sulfate en injections) ou noix vomique (X à XXX gouttes de teinture) par la bouche. Maintenir le malade étendu.

Lysol. — Solution savonneuse de crésol à 50 pour 100, l'un des principes du goudron de houille. — Intoxication fréquente [usage interne, externe (accouchées)]. Somnolence, vomissements, convulsions cloniques, diminution des réflexes, délire ébrieux ; plus tard, insomnies, vertiges, céphalée ; lésions graves du foie et du rein, glycosurie et albuminurie. Les symptômes locaux peuvent être des ulcérations, de la gangrène. Le coma peut apparaître à l'une quelconque des périodes précitées; mais après 24 heures de survie, il est de grandes chances de guéri son.

Traitement. — ■ Le poison, môme après usage externe, s'élimine en bonne partie par la muqueuse gastrique. — Lavages d'estomac, lait, eau acidulée par l'acide acétique. Huile camphrée, atropine pour les troubles respiratoires; camphre, digitale, strophantus, caféine pour le cœur (Kochmann).

Menthol. — Sensation de froid brûlant (Schwenkenbecher) dans la bouche, la gorge et au niveau de l'anus (après le passage des matières renfermant du menthol). Dysesthésies nasales (sensations d'augmentation) puis cutanées généralisées (tout semble glacé). Ivresse de durée variable.

Cesser le traitement au menthol. Intoxication jusqu'ici sans gravité.

Mercure. — (V. Hydrahgyiusme).

Morphine. — (V. c. m.)

Naphtol camphré. — A la suite d'injections dans les abcès, les articulations, les trajets Qstuleux, des accidents mortels peuvent survenir. Les doses funestes sont faibles; on a signalé des malaises avec 1 c. c, l'issue fatale avec des quantités variant de 5 à 20 c. c. Les troubles sont parfois passagers : un peu d'angoisse el de pâleur, et tout est fini; mais, *en d'autres circonstances éclatent, aussitôt l'injection faite, des convulsions épilepti- Pormes, de l'œdème pulmonaire; dans ces deux cas, la mort peut survenir au boni de 10 minutes.

Il convienl d'employer des doses faillies (I à CJ c c.) et même de ne pratiquer l'injection que par gouttes. On est souvent désarmé par la rapidité des événements; en tout cas, évacuer rapidement le liquida injecté, an besoin en Inciser largement la poche; respiration artificielle.

Nitrate d'argent. - Vomissements floconneux, blanchâtres, noircissant à l'air.

Poisons médicamenteux.

Traitement. Faire boire ou hiver L'estomac avec eau salée, eau albumineuse, lait pur ou salé.

Nitrite d'amyle. — Vaso-dilatateur intense, produit une congestion marquée de la l'ace el des mains, des vertiges, (les vomissements, du collapsus.

Lavage de l'estomac, air Irais, oxygène; respiration artificielle, stimulants.

Nitrite de sodium. — Le malade esl anxieux, secoué d'un violent tremblement, livide. Même traitement que ci-dessus; on a préconisé l'ergotine et l'atropine.

Nitro-benzine. Essence de Mirbanne. — Symptômes analogue- à ceux de l'intoxication par les nitrites; même traitement.

Nitro-glycérine ou Trinitrine. — Les symptômes et le traitement ne diffèrent en rien de ceux des vaso-dilatateurs ci-dessus.

Noix vomique. — V. plus loin Strychnine.

Opium. — (V. c. m.)

Pétrole. — Symptômes variables; coma dans les cas graves. Laver l'estomac; vomitifs; stimulants.

Phénique (Acide). Phénol. — V. Poisons corrosifs.

Physostigmine. — V. plus haut Èsérine.

Picrique (Acide). — Cet acide, employé au pansement des brûlures à l'état de solution ou de poudre fine, a provoqué de l'exanthème noueux, de l'anorexie, de la somnolence, une fausse coloration ictérique de la peau. On a signalé encore des vomissements et de la diarrhée, de la tendance au coma; l'urine est noire, très riche en acide, et la fermentation ammoniacale est tardive. La terminaison fatale a été constatée. Traitement symptomatique, dirigé surtout contre le collapsus. Supprimer la cause; ne jamais entourer d'un imperméable le pansement picrique appliqué sur les plaies.

Picrotoxine. Coque du Levant. —Vomissements, convulsions tétaniques, somnolence. Exanthème scarlatiniforme dans certains cas.

Traitement. — Lavages d'estomac, vomitifs. Chloral (1 à 2 gr. en plusieurs doses), bromure de potassium (4 à 10 gr.) per os ou en lavements.

Pilocarpine. — Au delà de 2 à 5 centigr., l'effet toxique peut se manifester. On constate du ptyalisme et une sudation excessive, des vomissements, de l'abattement, un myosis extrême. La respiration est pénible, le pouls d'abord ralenti, s'accélère et se déprime ; la mort peut être amenée par de l'œdème pulmonaire.

Il suffit d'injecter sous la peau de 1/2 à 1 milligr. de sulfate d'atropine, ou de faire ingérer de la teinture de belladone (XL à LX gouttes) pour amener en général la sédation de tous les symptômes.

Plomb. — V. Saturnisme.

Potasse. — V. Poisons corrosifs (Alcalis).

Protoxyde d'azote. — V. plus haut Et/ter.

Pyrogallique (Acide). — C'est un corps méthémoglobinisant ; il convient donc de ne pas l'appliquer de façon trop étendue sur le tégument malade clans le traitement du psoriasis par exemple. Il détermine des signes intenses de gastro-entérite, et du collapsus avec hyperthermie. Du côté des urines on note une coloration noire, de l'albumine et de l'hémoglobinurie.

861 Poisons médicamenteux.

La mort est assez tardive et s'accompagne du retour de la température à la normale.

Traitement symptomatique, inhalations d'oxygène.

Quinine. — On connaît les signes de l'intoxication légère : vertiges, bourdonnements d'oreille, ébriété, troubles visuels. Après ingestion de 5 à 0 gr. peuvent survenir du délire, des convulsions, de la lypothymie, et enfin, la mort par arrêt du cœur.

Traitement des alcaloïdes. Médication stimulante; donner de l'opium ou de la belladone. Ne pas confondre l'amblyopie quinique etl'amblyopie paludique.

Résorcine. — Le collapsus survient assez vite; on note auparavant des vertiges et de l'anesthésie, de la pâleur du visage, des sueurs, de l'hypothermie, du myosis. Les urines sont rares et noires.

Lavages d'estomac, vomitifs, stimulants, boissons émollientes, eau albumineuse en quantité. On lavera l'estomac avec une solution alcaline de soude ou bien avec du sucrate de chaux.

Sucre 50 grammes.

Chaux éteinte 50 —

Eau 150 —

Faire évaporer doucement et rajouter de l'eau sucrée froide.

Ricin. — L'intoxication s'observe non pas avec l'huile de ricin, mais bien avec les graines de la plante, absorbées accidentellement ou pour remplacer l'huile. Une seule graine suffit à provoquer des accidents graves. Il survient des vomissements, des selles sanguinolentes, des vertiges, des convulsions, et même de la gangrène des extrémités.

Traitement. — Lavages de l'estomac et de l'intestin avec des boissons émollientes, de l'eau albumineuse, des solutions de tanin ou d'iodure (V. plus haut). L'intoxication est le plus souvent mortelle.

Rue. Sabine. — La sabine provoque nausées, salivation, vomissements, diarrhée sanguinolente, hématurie. La rue est plutôt un poison stupéfiant avec collapsus rapide. L'une et l'autre ont des propriétés abortives, insuffisantes d'ailleurs aux doses maniables.

Traitement. — Vomitifs, huile de ricin, lavages d'estomac. Morphine (sabine); stimulants (rue); opiacés contre l'avortement.

Salicylique (Acide) et Salicylates. — Brûlures stomacales, nausées, troubles auditifs et visuels, sueurs, congestion de la face, épistaxis, puis vertiges, vomissements, hypothermie; dans une seconde période, l'on note du délire « paisible, puis violent avec impulsion au meurtre et au suicide » (Bark) et enfin le collapsus et la mort par inhibition du cœur ou arrêt de la respiration. Il existe souvent de l'acétonémie et le syndrome rappelle le coma diabétique. — L'intoxication survient de préférence chez des constipés.

Vomitifs, purgatifs, lavages de l'intestin, stimulants, et surtout bicarbonate de soude à haute dose.

Salol. — Rarement des accidents généraux (vomissements, anurie néphrite mortelle, coma); le plus souvent <\c± accidents locaux (érythèmes divers, énanthèmes, stomatites).

Traitement. - V, ci-dessus.

Poisons médicamenteux. 862

Santonine. Des doses moyennes produisent des troubles oculaires, de la mydriase, de la xanthopsie; «les doses élevées amènenl des vomissements, de la diarrhée, des accidents de néphrite aiguë, des convulsions, parfois la moi'l par syncope respiratoire. Des troubles du langage ef de la parésie des membres inférieurs s'ajoutent dans l'intoxication chronique aux accidents précédents.

Vomitifs, purgatifs huileux qui retardenl l'absorption tout en évacuant le poison. Traitement symptomatique.

Scopolamine ol Solanine. — V. ci-dessus Belladone.

Stramoine. — Y. plus haut Atropine, Belladone.

Strychnine. — A doses exagérées,, mais inférieures à cinq centigrammes, on relève des fourmillements, de la pholopliobie, des spasmes musculaires, un peu de raideur du tronc; — à doses toxiques surviennent des convulsions toniques généralisées, très violentes, avec intégrité intellectuelle; c'est un véritable tétanos expérimental. Les pupilles sont dilatées, les yeux saillants: le sujet pousse parfois des cris convulsifs; il est anxieux, cyanose et présente de l'hyperthermie. Entre les crises, l'état est à peu près normal; mais la mort peut survenir par épuisement après quelques crises ou par asphyxie au cours de l'une d'elles.

Traitement des alcaloïdes (V. plus haut). Donner des corps gras (huile, crème). Morphine, chloroforme, chloral, bromures. On peut injecter l'atropine en même temps que la morphine ou avant les inhalations de chloroforme. En pratique, administrer avant tout 8 à 10 gr. de chloral en lavement.

Sulfonal. — Aux doses thérapeutiques, nausées, vomissements, éruptions, délire, hypothermie, collapsus cardiaque. L'intoxication prolongée provoque des troubles sensoriels intenses (éblouissements, bourdonnements d'oreilles), des vertiges, de la céphalée, un état nauséeux permanent.

Traitement. — V. ci-dessous Trional.

Sublimé. — V. Hydrargyrisme.

Tabac. Nicotine. — V. Tabagisme.

Tartre stibié. — V. Poisons minéraux, Antimoine.

Térébenthine (Essence de). — V. c. m.

Trinitrine. — V. plus haut Nitro-glycérine.

Trional. — Empoisonnements rares; les doses thérapeutiques de 1 gr. et 1 gr. 50 sont parfois toxiques chez les prédisposés. Des nausées violentes éclatent, bientôt suivies de vomissements. Céphalée, myosis, attaques épileptoïdes, tétanie des extrémités, hypothermie, collapsus. L'intoxication chronique agit sur le rein : oligurie, albuminurie, hématoporphyrinurie, signes de néphrite plus ou moins grave.

Traitement. — Des accidents aigus : lavages d'estomac, stimulants, réchauffer le malade, l'empêcher de céder au sommeil; — des accidents chroniques : supprimer la cause, régime lacté.

Vératrine. — Symptômes de gastro-entérite avec cuisson du pharynx et de l'œsophage, vomissements et diarrhée parfois sanguinolente, ténesme rectal atroce. Il y a de la sialorrhéc et de la dysphagie, de la céphalée, des vertiges, de l'anxiété. Le pouls est petit et dépressible, la respiration sou-

863 Poisons minéraux.

vent pénible, les pupilles sont généralement dilatées. Enfin la mort peut survenir par syncope cardiaque ou respiratoire, précédée généralement d'abaissement de la température et quelquefois de convulsions.

Traitement des alcaloïdes (Y. plus haut). Stimulants : alcool, acétate d'ammoniaque, éther, caféine, spartéine, café fort per os ou en lavements, boissons émollientes. Réchauffer le malade; le maintenir couché.

Véronal. — Accidents aigus analogues à ceux du trional; nausées, vertiges, myosis, convulsions, cyanose, hypothermie, collapsus. Traitement (V. Trional). FRANÇOIS MOUTIER.

POISONS MINÉRAUX. — (V. Arsenic, Mercure, Plomb). - - Antimoine. — Beaucoup des propriétés toxiques et des réactions chimiques de ce corps le rapprochent de l'arsenic. L'empoisonnement est dû ordinairement à l'émétique (tartre stibié, tartrate double de potasse et d'antimoine). 50 centigr. de ce sel sont toxiques; mais chez l'enfant, la sensibilité de l'organisme est telle que l'on ne doit jamais donner ce vomitif.

Symptômes. — Immédiatement après l'ingestion, on perçoit une saveur métallique très désagréable; il apparaît des vomissements abondants, une diarrhée violente; les battements du cœur et les mouvements respiratoires sont accélérés. Le pharynx est serré, l'épigaslre douloureux; puis surviennent des crampes, de la cyanose, des sueurs, enfin le collapsus et la mort.

Les symptômes peuvent évoluer en 5 ou G jours et le complexus morbide rappelle beaucoup les formes aiguës de l'intoxication arsenicale et l'évolution du choléra (choléra stibié). Il peut y avoir avant la mort du tétanos, une éruption pustuleuse intéressant la peau et les muqueuses et rappelant l'exanthème variolique, mais évoluant sans fièvre.

Traitement. — L'émétique provoque en général des vomissements abondants; on les facilitera par l'ingeslion d'eau tiède, la titillation de la luette. On donnera du tanin i\ "2 pour 100, de l'eau album ineuse, du lait, du thé, du café fort. Enfin on réchauffera et on ranimera le malade; le nitrite d'amyle a donné quelques résultats en cas de syncope4.

Argent. — V. Poisons médicamenteux (Nitrate d'argent). — L'intoxication aiguë ne se voit guère (déglutition d'un crayon de nitrate pendant une cautérisation buccale?); en lout cas, elle donnerait tous les signes d'une gastro-enlérile violente. Il convient d'administrer de l'eau salée; il se l'orme du chlorure d'argent insoluble.

L'empoisonnement chronique ou argyrisme est lien l'usage thérapeutique prolongé; on ne devra pas dépasser trois mois de traitement argentique. L'intoxication se révèle par une colorai ion ardoisée de 1;» peau et des muqueuses, et quelquefois ;mssi par <\^> œdèmes, de la dyspnée, de l'albuminurie.

Baryum. I.»- baryum et ses composés sont des poisons paralysants. \ «les vomissements abondants succèdent, en même temps que des douleurs gastro-intestinales et de la diarrhée, du ralentissement du cœur, des vertiges, de l'asthénie générale. L'intelligence n'est pas atteinte; la mort sur vienl par paralysie totale et asphyxie.

Poisons minéraux. 804

Traitement. On donnera <l<* l'eau albumineuse et des stimulants; enfin, on essaiera surtoul de Lransformer les sels ingérés en sulfate de baryte insoluble; pour crin, administrer l'une ou L'autre de ces substances :

Sulfate <!•' Boude ) an . ,n

a ,,.,,. • c 20 •» 40 grammes.

Sulfate de magnésie )

Acide sulfurique < I i 1 n <'- 2 gr. 50

Bismuth. — On attribuait autrefois les intoxications par le bismuth aux impuretés, notamment à Yarsenic, à l'antimoine, ru plomb, que ses préparalions pouvaient renfermer. Aujourd'hui, l'on connaît la toxicité du bismuth en soi, et son utilisation thérapeutique ayant été portée à un très haut degré, les cas d'intoxication sont maintenant assez communs. Ils ont été principalement accrus par suite de l'utilisation du bismuth, imperméable aux rayons X, en radiologie.

On peut ranger les cas d'intoxication sous trois chefs distincts : empoisonnement par les pansements externes au bismuth, — empoisonnement par les sels de bismuth injectés dans des trajets fîstuleux, soit dans un but thérapeutique, soit pour permettre une exploration radioscopique ultérieure, — empoisonnement par le bismuth ingéré dans une intention thérapeutique (traitement de l'ulcus de l'estomac, de la diarrhée) ou dans l'intention d'explorer par les rayons la situation et les déformations éventuelles de l'estomac et de l'intestin. Dans l'exploration de l'appareil digestif, l'intoxication par le sous-nitrate de bismuth est due à la formation de nitrites. « Les accidents graves d'intoxication par les nitrites ne se produisent cependant que chez ces malades soumis à l'examen radioscopique qui présentent une diminution marquée de la sécrétion chlorhydrique, ou chez lesquels le bismuth a été introduit directement dans le côlon. La production des nitrites semble surtout résulter de l'action des matières fécales sur le sousnitrate de bismuth » (Mathieu et Moutier). On remplacera avantageusement le sous-nitrate de bismuth dans la thérapeutique gastrique par le carbonate, l'azotate neutre (Lion et Tulasne), l'oxychlorure (Mathieu et Moutier).

Quelle que soit la cause éventuelle de l'intoxication, quel que soit le sel employé, sous-nitrate, sous-gallate (dermatol), iodogallate (airol), citrate, les symptômes sont les mêmes en tous cas. Ils se répartissent en deux groupes.

Intoxication d'origine externe : stomatite avec ulcération des joues, du voile du palais, de la luette, liséré gingival bleu noir, taches noires ou ardoisées sur la muqueuse buccale, diarrhée avec ulcérations coliques, urines noirâtres avec éléments épithéliaux et cylindres, albuminurie.

Intoxication d'origine interne : le liséré, la stomatite s'observent, mais rarement. Le plus souvent les accidents sont de toute autre nature, et présentent tous les caractères de l'intoxication par les poisons méthémoglobinisants. Le début est violent, quelquefois foudroyant, avec malaise intense, vomissements, dyspnée allant à Torthopnée. Le faciès, exprimant une anxiété incroyable, les lèvres et le visage cyanoses (méthémoglobininurie), les ongles bleus, presque noirs, sont caractéristiques. De plus, tachycardie, délire, hypothermie, quelquefois petits mouvements convulsifs, collapsus, coma, mort parfois. Les accidents sont en général plus effrayants

865 Poitrine (Plaies).

que vraiment redoutables, et le retour à la normale s'effectue progressivement au bout de 24 heures environ.

Traitement. — Lavages de l'estomac et de l'intestin, stimulants (caféine, éther), oxygène, au besoin respiration artificielle. Réchauffer le malade.

Cuivre. — L'empoisonnement est fort rare par les sels de cuivre dont la saveur abominable et la couleur prononcée dénoncent bientôt la méprise ou la tentive criminelle. Les doses de 20 à 50 centigr. de sulfate de cuivre sont éméliques; à partir de 1 gr. il peut y avoir intoxication mortelle. On note une violente gastro-entérite avec douleurs, vomissements verts ou bleus, diarrhée colorée de même ou noire par formation de sulfures; il y a parfois du mehena.

Le malade crachotte sans cesse et a dans la bouche une saveur styptique des plus nauséeuses. Le pouls devient dépressible, irrégulier; et au bout de quelques heures surviennent la paralysie et la mort. Mais même dans des cas très graves, la guérison peut survenir, parfois après un ictère plus ou moins intense.

Traitement. — On donnera de l'eau albumineuse fréquemment renouvelée, ou de la magnésie, du lait. Injection de morphine ou ingestion d'une dizaine de gouttes de laudanum. Traitement ordinaire du collapsus.

On ne connaît pas d'intoxication cuprique chronique; le liséré, les coliques analogues aux coliques saturnines sont des erreurs d'interprétation.

Zinc. — Le sulfate de zinc a été plusieurs fois administré au lieu du sulfate de soude; néanmoins de fortes doses n'ont pas toujours amené d'accidents graves, grâce aux vomissements consécutifs. — Le chlorure de zinc est extrêmement corrosif et peut amener la mort par perforation de l'estomac et péritonite. Les symptômes de ces intoxications sont du reste analogues à ceux que provoquent les sels de cuivre (v. c. m.); la mort, quand elle survient, arrive au bout de 10 à 30 heures. On a même signalé des cas d'intoxication d'origine externe avec mort consécutive, après cautérisation intrautérine au moyen de solutions concentrées de chlorure de zinc. L'issue fatale semble due à la résorption de sel métallique.

Traitement. — On a seulement à favoriser les vomissements; de plus, on donnera du lait, de l'eau albumineuse, du tanin, du thé, des solutions diluées de carbonate de soude (5 pour 1000) ou de potasse, au besoin de la lessive de cendres de bois. FRANÇOIS MOUTIER.

POISONS (MÉDECINE LÉGALE). — V. Empoisonnement.

POITRINE (PLAIES). — Les plaies de poitrine se divisent en deux variétés : 1° Plaies nmi pénétrantes, qui n'intéressent qu'une partie de l'épaisseur de la paroi thoracique; 2° Plaies pénétrantes, qui traversent de part en pari cette paroi et déterminent des lésions des organes sous-jacents.

Qu'elles soient ou non pénétrantes, ces plaies ont d'ailleurs à peu de chose près toujours la même étiologie, l'intensité des désordres tenant d'ordinaire au degré de \ iolence et non à la nature du traumatisme. ( ies blessures, beaucoup plus fréquentes sur le champ de bataille que dans la pratique civile, peuvent être produilcs par des instruments piquants, tranchants <»u conton-

N"" P. M. C. — VI

Poitrine (Plaies). 866

dants. Les instruments piquants sont, le plus souvent, des épées, fleurets, baïonnettes, stylets, etc. Les instruments tranchants sont un couteau, un sabre, une hache, etc. Les instruments contondants comprenneni surtoul les projectiles des armes à feu; les plaies de poitrine produites par celle catégorie d'objets vulnérants sont de beaucoup les plus fréquentes, les désordres étant d'ailleurs extrêmement variables suivant qu'il s'agit d'une balle de revolver, animée d'une l'ai Me vitesse initiale, ou d'une halle de fusil de guerrej animée d'une grande vitesse initiale et douée d'une grande force de pénétration.

1. Plaies non pénétrantes de la paroi thoracique. — Les plaies de poitrine non pénétrantes s'observent surtout dans les blessures par armes blanches dont elles représentent environ les deux tiers, mais elles ne sont pas rares non plus à la suite de coups de feu à faible pénétration; dans ce dernier cas, la balle, après avoir traversé la peau et une épaisseur plus ou moins grande de parties molles, s'arrête au contact d'une côte ou de l'omoplate, et reste incluse dans la plaie; d'autres fois, elle ressort après un trajet en séton plus ou moins long, de sorte que l'on trouve deux orifices cutanés. Quelle que soit leur origine, ces plaies non pénétrantes sont presque toujours des blessures banales qui ne diffèrent guère de celles qu'on observe dans les autres régions; leur trajet et leur étendue sont extrêmement variables suivant la force et la direction de l'agent vulnérant; elles peuvent s'accompagner d'un certain nombre de complications résultant de la blessure d'une artère volumineuse (surtout des artères intercostales, mammaires ou scapulaires), de fractures (des côtes, du sternum, de l'omoplate), d'infection et de suppuration consécutive. Le traitement est le plus souvent très simple : s'il s'agit d'une section nette n'intéressant que la peau et le tissu cellulaire, il faut, après désinfection rigoureuse, en rapprocher les bords par quelques points de suture; on obtient le plus souvent une réunion immédiate. Si la plaie, plus profonde, a divisé quelques-uns des muscles volumineux de la région (pectoraux ou dentelés par exemple), il faut chercher à lutter par quelques points de suture profonds et par une position convenable du bras contre l'écartement des fibres musculaires. Lorsqu'une artère superficielle a été blessée et saigne au dehors, il faut la pincer et la lier; parfois, en cas de plaie étroite et oblique compliquée de blessure d'une artère profonde, le sang ne coule pas au dehors, mais s'accumule dans les insterstices cellulaires et décolle les muscles en formant un hématome plus ou moins volumineux; si cet épanchement sanguin est peu abondant et bien limité, une simple compression permet d'arrêter ses progrès et amène rapidement la résorption du sang épanché; si, au contraire, l'hématone atteint de grandes dimensions, il faut l'ouvrir, le vider, et lier le vaisseau blessé. Lorsqu'un corps étranger (projectile, pointe d'instrument, esquille osseuse) est resté dans la plaie, s'il est superficiel et qu'on le sente facilement, il faut l'enlever : dans le cas contraire, il est préférable de ne pas faire de recherches intempestives, car le plus souvent le corps étranger s'enkyste sans causer aucun inconvénient, ou bien est expulsé spontanément. Les plaies par armes à feu compliquées de fractures des côtes, du sternum, de l'omoplate sont souvent graves, car au danger que présente toute fracture compliquée se joint ici la

867 Poitrine (Plaies).

possibilité d'une inflammation de voisinage et de la plèvre. On les traitera comme les fractures compliquées ordinaires [V. Côtes (Fractures)] ; la persistance d'un séquestre pourra nécessiter ultérieurement la résection partielle d'une côte.

II. Plaies pénétrantes de la poitrine. — Les plaies pénétrantes de la poitrine peuvent s'accompagner d'un grand nombre de complications telles que blessures de la plèvre, du poumon, du cœur, du médiastin, du diaphragme et des viscères de l'étage supérieur de l'abdomen; nous n'étudie rons ici que les plaies de la plèvre et du poumon, renvoyant, pour les autres complications, aux articles plaies du cœur, du médiastin, du diaphragme.

A) Plaies pénétrantes avec simple ouverture de la plèvre. — Les plaies pénétrantes de la plèvre sans blessure du poumon sont très rares, ce qui s'explique facilement par ce fait que les deux feuillets de la plèvre sont, à l'état normal, immédiatement appliqués l'un contre l'autre, de sorte qu'il est bien difficile qu'une blessure reste limitée au feuillet pariétal; il est même probable que dans la plupart des observations qui ont été publiées, il y avait une petite plaie de la plèvre viscérale et du poumon qui passa inaperçue. Quoi qu'il en soit, les plaies étroites, les piqûres de la plèvre pariétale ne donnent souvent lieu à aucun symptôme spécial et se confondent complètement, au point de vue clinique, avec les plaies non pénétrantes, l'air n'arrivant que difficilement et en petite quantité dans la cavité pleurale; au contraire, lorsque la plèvre pariétale a élé largement ouverte, l'air extérieur pénètre dans la cavité pleurale et vient agir sur la surface du poumon; celui-ci, se trouvant ainsi placé entre deux pressions atmosphériques qui se font équilibre, obéit à son élasticité et s'affaisse sur lui-même; dès lors, il reste inerte et ne suit pas les mouvements d'expansion du thorax qui n'ont plus d'autre effet que de déterminer un va-et-vient de l'air extérieur à travers la plaie de la paroi thoracique. Si on percute la poitrine, on trouve dans toute la moitié correspondante du thorax une sonorité tympa nique; en môme temps, l'auscultation fait entendre les signes habituels du pneumothorax; en approchant de la plaie la flamme d'une bougie, on constate l'existence d'un double courant d'air se dirigeant vers l'intérieur de la plèvre au moment de l'inspiration, vers l'extérieur au moment de l'expiration. Lorsque la plaie pariétale est étroite et oblique, l'ouverture de la plèvre peut déterminer la production d'emphysème sous-cutané; en effet, l'air pénètre aisément dans la plèvre au moment de la dilatation du thorax, mais au moment de l'expiration il sort difficilement et peut s'infiltrer dans le tissu cellulaire de la paroi. Lorsqu'au contraire la plèvre pariétale est largement ouverte, sa blessure peut, dans quelques cas, être suivie de hernie du poumon, le tissu pulmonaire se gonflant brusquement à la suite (fini effort ,'l faisant issue au dehors à travers l'ouverture de la paroi thoracique V. Poumon (Hernie)].

Les plaies pénétrantes de la plèvre s'accompagnent assez souvent de blessure des vaisseaux de la paroi* en particulier do blessure <\o> artères intercostales et mammaires; le san^- provenant de ces vaisseaux peut s'écouler dans l'intérieur «le la cavité pleurale, déterminant ainsi In production d'un hémothorax plus ou moins abondant.

Poitrine (Plaies). 868

Lorsque les plaies pénétrantes de la plèvre ne s'accompagnent pas d'une forte hémorragie, leur traitement très simple se confond presque totalement avec celui des. plaies, non pénétrantes : il faul désinfecter avec soin Loutè la région à la brosse el au savon, el laver la plaie à l'alcool el au sublimé, ensuite on entr'ouvre les lèvres <le la plaie, on éponge avec soin, el si quelque vaisseau donne on le pince el on le lie, puis on suture la plaie, on la recouvre d'un pansement aseptique, d'une épaisse couche d'ouate, el on roule autour du thorax un bandage de corps bien tendu el bien serré; le repos au lit, un peu d'opium et le calme le plus absolu complètent le traitement. Si au contraire la plaie détermine une hémorragie abondante, ou si le sang- s'accumule dans la plèvre en formant un épanchement considérable, il faut ouvrir largement la plaie et aller lier le vaisseau qui saigne, en réséquant, s'il est nécessaire, la côte voisine. Les artères intercostales sont souvent difficiles à lier, mais on peut presque toujours réaliser l'hémostase en écrasant l'artère contre le bord inférieur de la côte sus-jacente avec un davier ou une grosse pince. Dans ces cas de plaie pénétrante de la plèvre avec hémorragie pariétale et production d'hémothorax, l'asepsie et la désinfection de la blessure doivent être extrêmement rigoureuses afin d'éviter l'apparition d'une suppuration, d'une pleurésie purulente qui constitue le point noir du pronostic.

B) Plaies pénétrantes du poumon. — La blessure du poumon constitue la complication la plus fréquente et la plus intéressante des plaies de poitrine. Cette blessure du poumon entraîne deux conséquences importantes qui lui donnent un aspect clinique spécial : ce sont l'issue dans la cavité pleurale de l'air contenu dans les vésicules, et du sang qui circule dans les vaisseaux pulmonaires. L'issue de Vair contenu dans les vésicules pulmonaires peut déterminer la production de pneumothorax et d'emphysème. Le 'pneumothorax se produit toutes les fois qu'il n'y a pas d'adhérences unissant la plèvre pariétale à la plèvre viscérale; les deux feuillets de la plèvre étant perforés, l'air extérieur et surtout l'air contenu dans le poumon pénètrent dans la cavité pleurale ; le poumon, n'étant plus maintenu par le vide pleural, revient sur lui-même en vertu de son élasticité et ne suit plus les mouvements du thorax; le pneumothorax est partiel quand les adhérences divisent la cavité pleurale et limitent le retrait du poumon; il est total dans le cas contraire. Suivant la disposition des plaies cutanées et pulmonaires, le pneumothorax peut être ouvert, fermé ou à soupape.

L'emphysème, c'est-à-dire l'infiltration de l'air dans le tissu cellulaire, s'ajoute souvent au pneumothorax; en effet, à chaque inspiration, l'air pénètre dans la plèvre par la plaie pariétale, et surtout par la plaie pulmonaire, puis au moment de l'expiration, cet air trouvant une issue difficile par ses voies d'entrée (surtout si la plaie tégumentaire est étroite), s'infiltre dans le tissu cellulaire. L'emphysème peut d'ailleurs se produire de deux côtés : tantôt l'air s'infiltre dans le tissu cellulaire péri-bronchique, fuse dans le médiastin et apparaît à la base du cou, tantôt et plus souvent il s'infiltre dans le tissu cellulaire de la paroi thoracique au voisinage de la plaie, d'où il peut s'étendre et acquérir de grandes proportions.

La blessure des vaisseaux pulmonaires entraîne une hémorragie variable

869 Poitrine (Plaies).

suivant le calibre des vaisseaux lésés : une plaie superficielle n'ouvre habituellement que de petits vaisseaux dont l'hémorragie s'arrête presque toujours spontanément; les plaies profondes, atteignant les gros vaisseaux dans le voisinage du hile du poumon, déterminent au contraire une hémorragie extrêmement abondante, presque toujours rapidement mortelle. La blessure des vaisseaux de moyen calibre détermine habituellement une hémorragie abondante, mais non immédiatement mortelle; le sang s'accumule dans la cavité pleurale en déterminant la production d'un hémothorax^*, c. m.).

Symptômes. — Les symptômes présentés par les blessés atteints de plaie pénétrante du poumon sont extrêmement variables, et leur gravité apparente n'est souvent pas en rapport avec la gravité réelle de la lésion : certains malades, malgré l'existence d une plaie pénétrante, conservent leur calme, respirent à peu près normalement et souffrent peu. La plupart au contraire présentent des troubles généraux très marqués, dus à la gêne apportée à la respiration, à l'abondance de l'hémorragie et au shock nerveux déterminé par le traumatisme ; souvent le blessé est plongé dans une sorte de collapsus; le visage est pâle, cyanose, couvert de sueurs; les extrémités sont froides; le pouls est presque toujours très rapide, petit et dépressible ; dans les cas graves, il peut être incomptable, tant à cause de sa faiblesse que de sa rapidité; la température est presque toujours au-dessous de la normale; en cas d'hémorragie abondante, elle tombe rapidement à 36 ou même au-dessous. La dyspnée est habituellement très marquée dès le début, elle se manifeste à nous de deux manières : d'une part, le malade se plaint de gêne respiratoire, il étouffe et ne peut respirer que la tête et le thorax fortement élevés sur des coussins; d'autre part, les mouvements respiratoires sont accélérés, il n'est pas rare d'en compter 40 à la minute; de plus, ces mouvements sont pénibles, laborieux et leur amplitude esl 1res réduite, surtout du côté atteint. Plus rarement la dyspnée fait presque complètement défaut au début des accidents et n'apparaît qu'au bout de quelques heures avec un pneumothorax ou un hémothorax entraînant la compression du poumon et du cœur.

La douleur présente des caractères très variables, le plus souvent le malade se plaint d'une sensation de plénitude, de tension thoracique accompagnée d'irradiations douloureuses vers l'épaule et vers l'hypocondre du côté malade.

V hémoptysie constitue un signe très important, presque pathognomonique, de plaie du poumon, mais qui peut manquer surtout dans les plaies superficielles. Tantôt l'hémoptysie se montre immédiatement après la blessure sous forme d'une mousse sanglante qui est rejetée après un accès de toux; tantôt elle apparaît seulemenl au bout de quelques heures; son abondance est extrêmement variable, depuis des crachats simplement rouilles jusqu'à de grandes hémorragies susceptibles (remporter le malade.

L'examen de la plaie thoracique fournit souvent des renseignements importants : lorsque la plaie est large, cet examen permel presque constammenl de constater le phénomène de la Lraumatopnée, c'est-à-dire le passage ,!,. L'air à travers la plaie, l'air pénétrant dans la plèvre au moment de

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l'inspiration, étant au contraire chassé au dehors au moment <!<• l'expiration : ce phénomène est parfois très marqué, à chaque expiration le malade crache par sa plaie an mélange d'air e( d<> s;mi4 spumeux; c'esl là un signe très important, pathognomonique, de plaie pénétrante d<> ht poitrine.

Lorsque ce symptôme manque mais qu'il se fait une hémorragie abondante par la plaie, il est très important <lc reconnaître si le sang vient du poumon ou d'un vaisseau de la paroi.

Les caractères de l'hémorragie permettent parfois de résoudre celle question : un jet de sang, pur et rutilant, rythmé par la systole, vient en général de la paroi, tandis qu'un sang noir, spumeux, coulant en nappe plus abondamment au moment de l'expiration, vient presque sûrement du poumon.

L'examen fournit par contre fort peu de renseignements dans les plaies étroites comme celles qui résultent d'un coup de stylet, ou de la pénétration d'une balle de petit calibre, plaies dont les lèvres s'accolent, qui saignent peu et ne présentent aucun caractère anormal : cependant fréquemment ces plaies s'accompagnent d'un emphysème sous-cutané qui permet d'affirmer la pénétration.

L'orifice de la blessure siège alors au sommet d'une tuméfaction dont le volume très variable peut atteindre celui du poing ou même davantage; cette tuméfaction est molle, sonore à la percussion, elle se gonfle lors de la toux; si on la presse elle se déprime en conservant l'empreinte du doigt, et donne une crépitation fine, analogue à celle que produit l'écrasement d'un morceau de tissu pulmonaire. L'emphysème, d'abord localisé autour de la plaie, s'étend progressivement et peut dans certains cas envahir tout le thorax; plus rarement on observe de l'emphysème interlobulaire qui apparaît à la base du cou sans relation de continuité avec la plaie, efface les creux sus-claviculaires et descend à la face antérieure de la poitrine.

Lorsqu'il n'y a pas d'emphysème, il est souvent à peu près impossible de dire si une plaie étroite est ou n'est pas pénétrante, mais même dans ces cas, il faut proscrire complètement l'exploration directe de la plaie à la sonde ou au stylet, car cette exploration est dangereuse et ne fournit le plus souvent aucun renseignement utile.

L'examen du thorax montre des signes variables suivant la nature des lésions : si aucun vaisseau important n'a été intéressé, on constate seulement des signes de pneumothorax indiquant la pénétration de l'air dans la plèvre (élargissement des espaces intercostaux, sonorité tympanique, résonance métallique, bruit d'airain, souffle et voix amphorique).

Plus souvent, la blessure pulmonaire intéresse des vaisseaux assez volumineux, déterminant une hémorragie qui s'écoule dans la plèvre en constituant un hémothorax dont les signes viennent rapidement s'adjoindre à ceux du pneumothorax; on trouve alors, à l'examen, une opposition frappante entre les symptômes constatés à la partie inférieure du thorax où se trouve le sang, et ceux constatés à la partie supérieure où l'épanchement gazeux s'est localisé : à la base, surtout en arrière, la percussion montre une zone de matité absolue plus ou moins étendue suivant que l'épanchement remonte plus ou moins haut; au niveau de cette zone la palpation montre la diminution ou même la suppression complète des vibrations thoraciques,

Poitrine (Plaies).

l'auscultation montre que le murmure vésiculaire est aboli et qu'il existe parfois un souffle léger analogue au souffle pleurétique, de l'égophonie et de la pectoriloquie aphone. Au sommet et surtout en avant où la paroi est plus mince, on trouve au contraire la sonorité tympanique et le souffle amphorique que donnent la percussion et l'auscultation du pneumothorax. Dans ces plaies du poumon avec hémopneumothorax le phénomène de la succussion hippocratique existe presque toujours, mais il est inutile et même dangereux de le rechercher.

Évolution. — dévolution des plaies pénétrantes du poumon dépend essentiellement de deux facteurs : 1° de l'importance des vaisseaux blessés et de l'abondance de l'hémorragie consécutive; 2° de la présence ou de l'absence d'infection :

1° Lorsque de gros. vaisseaux ont été intéressés, leur blessure peut entraîner une mort presque foudroyante, le malade étant suffoqué par le sang qui fait irruption dans les bronches; plus souvent l'hémorragie n'est pas immédiatement mortelle, mais si on n'intervient pas, le sang continue à couler, s'accumule dans la plèvre et peut finir par déterminer la mort par suite de l'abon dance de l'hémorragie, et surtout par suite décompression du poumon et du cœur; la compression du cœur paraît avoir une grande importance, car dans la plupart de ces cas il s'agit de blessure du poumon gauche. Parfois l'hémorragie du début s'arrête, les accidents paraissent se calmer, puis au bout de quelques jours la chute d'un caillot peut déterminer une hémorragie secondaire parfois mortelle.

2° Si le blessé ne succombe pas aux accidents d'hémorragie et de compression du début, l'évolution ultérieure dépend à peu près uniquement de l'infection ou de la non-infection de la plaie pleuro-pulmonaire : s'il n'y a pas infection la guérison est de règle, survenant plus ou moins rapidement suivant l'abondance de lhémothorax. L'infection au contraire détermine du côté du poumon et surtout du côté de la plèvre des complications extrêmement graves : la transformation purulente de l'épanchement pleural s'annonce par une fièvre vive et par une dyspnée intense ; parfois l'évolution est extrêmement rapide et le malade peut être enlevé en quelques jours par des accidents de septicémie; d'ordinaire l'évolution est moins rapide; pendant quelques temps le malade présente de grandes oscillations de température avec une dyspnée intense et un affaiblissement progressif dû à la résorption des produits septiques contenus dans la plèvre, et si on n'intervient pas pour donner issue au pus, il finit presque fatalement par succomber. Du côté du poumon, l'infection à la suite d'une plaie pénétrante peut déterminer des lésions de pneumonie traumatique très variables, depuis une simple réaction inllammatoire autour du trajet jusqu'aux vastes foyers de suppuration et de gangrène pulmonaire. Les symptômes «le ces lésions ne sont habituellement pas nets au milieu des troubles apportés à la respiration H à L'étal général par les épanchements de la plèvre infectée en môme temps; c'est surtout par les caractères de L'expectoration el parla fétidité de l'haleine qu'on dépistera ces accidents.

Pronostic. — Rien n'esl plus variable que Le pronostic .les plaies du poumon. Le pronostic immédiat dépend surtout de L'importance «les vais-

Poitrine (Plaies). 872

seaux blessés et de L'importance de L'hémorragie. Lorsque Le malade ne succombe pas aux accidents du début, le pronostic dépend à peu près exclusivement des complications infectieuses, surtoul de La pleurésie purulente; aussi Les plaies franches par instruments piquants ou tranchants sont d'ordinaire moins graves que les plaies par armes à feu, qui s'accompagnent souvent de lésions du squelette, de pénétration de corps étrangers, «le contusion et de mortification du tissu pulmonaire, toutes conditions qui favorisent l'infection.

Traitement. — Dans la plupart des plaies de poitrine il vaut mieux s'abstenir de toute intervention immédiate et laisser le blessé dan- Le repos le plus complet : par conséquent, on transportera le malade avec grands ménagements dans l'endroit le plus rapproché où on puisse le coucher; là, on l'examine attentivement mais rapidement; si l'état général paraît assez bon, si le pouls n'est pas trop altéré, si l'examen du thorax ne montre qu'un épanchement peu considérable, et s'il n'y a pas une hémorragie extérieure abondante, on se borne à désinfecter la plaie et à en pratiquer l'occlusion immédiate en remuant le moins possible le blessé : pour cela, découvrez la blessure en coupant au besoin les vêtements du malade, essuyez le sang ou les caillots qui la souillent et badigeonnez-la ainsi que la peau avoisinante d'une couche de teinture d'iode ; ensuite, sans explorer la plaie avec aucun instrument, laites un pansement aseptique recouvert d'une épaisse couche d'ouate, et appliquez autour du thorax un bandage de flanelle bien tendu et bien serré. Couchez le malade sur le dos, la tête et le haut de la poitrine soulevés par des oreillers, et laissez-le dans le silence et l'immobilité après lui avoir fait une piqûre de morphine s'il est agité.

Lorsque l'état général paraît plus mauvais et qu'il y a des signes graves d'hémorragie interne, il ne faut encore pas se hâter d'intervenir, mais s'efforcer de remonter le malade au moyen d'injection de sérum, de caféine, d'huile camphrée et surveiller attentivement l'action de ce traitement; si le malade paraît se remonter, si le pouls redevient meilleur et si l'hémothorax n'augmente pas rapidement, il faut, comme précédemment, appliquer un pansement et laisser le malade dans le repos le plus complet. Si, au contraire, les troubles fonctionnels et physiques s'aggravent progressivement et que la vie du malade paraisse immédiatement menacée, il faudra se décider à une intervention chirurgicale. L'intervention est également indiquée quand il se fait par la plaie une hémorragie extérieure abondante.

L'intervention immédiate n'est donc à conseiller que dans deux cas : 1° Lorsqu'il se fait par la plaie une hémorragie extérieure abondante; 2° lorsque le malade présente des symptômes d'hémorragie interne et d'asphyxie et que ces symptômes vont en s'aggravant rapidement malgré le repos et les injections de sérum et de caféine. Dans les plaies du côté gauche, une troisième indication résulte parfois de ce fait qu'on peut soupçonner l'existence d'une plaie du cœur concomitante. Exceptionnellement, une intervention immédiate peut encore être commandée par l'existence d'une hernie du poumon.

1° Intervention déterminée par une hémorragie extérieure abondante sans phénomènes graves d'asphyxie et sans liémothorax considérable. — Il est très

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probable que le sang vient des vaisseaux de la paroi, ce que peuvent confirmer d'ailleurs les caractères de l'hémorragie; parfois on pourra arrêter le sang par simple tamponnement ; le plus souvent il est nécessaire d'aller faire l'hémostase directe, pour cela il faut débrider largement la plaie, éponger et tâcher de voir d'où vient le sang, en n'hésitant pas, au besoin, à réséquer avec la pince coupante un segment des côtes sus et sous-jacentes. Le plus souvent le sang vient dune intercostale, ce que l'on reconnaît aisément à ce que l'écoulement s'arrête lorsqu'on comprime l'artère avec le doigt contre la côte sus-jacente; l'hémostase de ces artères est assez difficile, on peut habituellement les saisir avec une pince de Kocher placée bien au ras de la côte, mais pour placer une ligature solide, il faut détacher à la rugine les vaisseaux avec le périoste qui tapisse le bord inférieur de la côte et lier le tout ensemble; on peut aussi réaliser l'hémostase en écrasant le bord inférieur de la côte et le vaisseau avec un davier ou une grosse pince. Plus rarement le sang vient de l'artère mammaire, ou d'une autre artère pariétale dont la ligature est le plus souvent facile.

2° Intervention déterminée par des signes graves d'hémorragie interne et d'asphyxie avec ou sans hémorragie extérieure. — Là, le sang vient du poumon, et il faut faire une large thoracotomie pour découvrir les vaisseaux qui saignent. Pour donner de bons résultats, l'opération doit être pratiquée rapidement mais sans négliger les précautions antiseptiques; la plupart des opérés qui succombent meurent en effet, non de choc opératoire ou d'hémorragie, mais de pleurésie purulente; l'usage de gants stérilisés à l'avance aura un avantage considérable, car il permettra d'abréger beaucoup le temps nécessaire au nettoyage des mains, de même la désinfection du champ opératoire par un simple badigeonnage à la teinture d'iode sera très utile.

Manuel opératoire. — Les instruments nécessaires sont un bistouri, une paire de ciseaux, une pince à disséquer, trente pinces hémostatiques, deux ou trois pinces en cœur, une aiguille de Reverdin courbe, une pince coupante, deux écarteurs ; pour l'hémostase et les sutures, du catgut 1 et 2, et des crins de Florence; pour le pansement, des compresses aseptiques, de l'ouate hydrophile et ordinaire, un bandage de corps, un drain.

L'opération peut se diviser en A temps :

a) Taille d'un volet thoracique. — Ce volet doit toujours être 1res large, de façon à découvrir le poumon; sa forme sera variable suivant le siège de la blessure : en cas de plaie de la face antérieure du thorax nous conseillons de tailler un volet à charnière interne répondant au moins à la hauteur de trois côtes; pour tailler ce volet, partez à deux doigts en dehors du sternum, au niveau du deuxième espace intercostal, et incisez parallèlement à la deuxième côte jusqu'à la ligne axillaire moyenne: là, descendez verticalement jusqu'à l'espace et revenez horizontalement vers le sternum, on taillant ce lambeau jusqu'au squelette, en sectionnant à la fois H d'un trait continu la peau et les muscles péri-thoraciques ; relevez le bord externe du Lambeau ainsi taillé <'t dégagez d'un coup de bistouri le bord inférieur de l;i 6ecdte; puis, avec la pince coupante, sectionnez successivement les 6e, .Y, V et 7)n cotes ainsi que les espaces Intercostaux correspondants en ayant

Poitrine (Plaies). 874

soin de placer une pince sur chaque artère intercostale. Ceci fait, on Libère en haul el en l>a^ au ras de la 2e el de la 7r côte, <>n libère le volet jusqu'au

niveau de sa hase, puis on le l'ail basculer en dedans sur les cartilages costaux qui servenl de charnière, et l'intérieur de la cavité Lhoracique esl largement ouvert. Si la plaie siège sur la l'ace postérieure ou sur la face postérieure du thorax, il nous paraît plus commode de tailler un volet à charnière supérieure en l'orme d'U ramené el répondant à 5 ou 4 espaces intercostaux.

h) Examen du poumon et hémostase. — Le pneumothorax total qu'entraîne celle large ouverture de la plèvre est habituellement bien supporté par le malade, et presque eonstamment l'hémorragie pulmonaire s'arrête sous l'influence de la rétraction du poumon et de la suppression de l'aspiration pleurale. Cet arrêt de l'hémorragie rend souvent assez difficile la découverte des plaies pulmonaires; souvent, pour les apercevoir, il faut luxer au dehors les diverses portions du poumon en les attirant à l'aide de pinces en cœur qui tiennent très bien sans léser le parenchyme pulmonaire; seule celte manœuvre permet de bien examiner toute l'étendue du poumon et de ne laisser aucune plaie inaperçue.

La partie du poumon blessé étant reconnue et attirée à l'extérieur, il faut procéder à l'hémostase; celle-ci est souvent difficile. Le procédé de choix consiste à réunir avec des fils assez gros, passés en plein parenchyme pulmonaire, à quelque distance des bords de la brèche; par-dessus, on peut faire une deuxième suture destinée à enfouir les points profonds sous une lame pleuro-pulmonaire. S'il y a une hémorragie en nappe et qu'on ne puisse découvrir le point qui saigne, ou bien si la plaie est située si près du hile qu'on n'ose la suturer, on aura recours au tamponnement qui le plus souvent suffît à assurer l'hémostase ; mais c'est là un pis-aller qui favorise l'infection de la plèvre.

c) Fermeture de la paroi. — Une fois l'exploration du poumon terminée et la suture de toutes les plaies pratiquée, il ne reste plus qu'à faire une toilette complète de la plèvre avec des tampons montés, puis on place un drain, et tous les vaisseaux de la paroi ayant été liés soigneusement, on remet en place le volet thoracique que les sutures des parties molles suffisent à maintenir. On applique un pansement-compresse et on s'efforce par tous les moyens possibles de relever les forces du malade (injections de sérum, d'huile camphrée, inhalations d'oxygène, etc.).

d) Exceptionnellement la hernie d'une partie du poumon par la plaie nécessite une intervention immédiate. — L'opération est en général très simple. Après avoir désinfecté très soigneusement la plaie et vérifié l'état du poumon hernie, on réduit en le comprimant à l'aide d'une compresse aseptique en débridant au besoin l'espace intercostal, puis on suture la plaie en ayant soin de laisser jusqu'à la fin la compresse pour l'oblitérer et empêcher la production d'un pneumothorax brusque. Si la partie du poumon hernie présentait une blessure on ferait, suivant les cas, soit la suture de la plaie, soit, si elle était trop étendue, la ligature et la résection du poumon hernie. C'est de même à la résection qu'on aura recours en présence de tissu pulmonaire altéré et hernie depuis plusieurs heures (V. Hernie du poumon).

875 Polio-encéphalites.

A côté de ces interventions immédiates, les plaies de poitrine peuvent nécessiter des interventions secondaires : quelquefois il s'agit d'un caillot qui se détache au bout de quelques jours et détermine une nouvelle hémorragie intra-pleurale ; plus souvent il s'agit d'accidents infectieux; dans ce cas, au bout de quelques jours, alors que les accidents du début ont disparu sans cause appréciable, le malade se plaint de frissons, la température s'élève et présente de grandes oscillations, la respiration devient difficile. Ces symptômes doivent immédiatement faire penser à une transformation purulente de l'épanchement pleural; il faut faire une ponction exploratrice, et si on trouve du pus, faire une pleurotomie au point le plus déclive et drainer largement, comme dans le cas de pleurésie purulente ordinaire (V. Pleurotomie). PIQUAXD.

POLIO ENCÉPHALITES. — Les polio-encéphalites sont les inflammations des noyaux moteurs des pédoncules cérébraux, de la protubérance et du bulbe. Elles se divisent, suivant leur siège, en supérieures (pédoncules et protubérance) et inférieures (protubérance et bulbe), et, suivant leur marche, en aiguës et chroniques . En réalité, les lésions ne sont pas toujours exactement cantonnées à l'une ou l'autre des régions précitées; dans les formes aiguës surtout, elles peuvent être beaucoup plus diffuses, et s'étendre d'une part au cervjeau et d'autre part à la moelle {polio-encéphalo-myélites).

Polio-encéphalites chroniques. — I. Polio-encéphalite supérieure chronique (Ophtalmoplégie nucléaire progressive). — L'étiologie de cette affection est inconnue; la syphilis semble devoir être souvent mise en cause; l'ophtalmoplégie nucléaire progressive peut encore apparaître comme symptôme du tabès, de la sclérose en plaques, de la syringomyélie. Les lésions consistent essentiellement en atrophie des cellules des noyaux des nerfs moteurs de l'œil. Au point de vue clinique, la maladie évolue lentement et progressivement, et aboutit à une ophtalmoplégie externe, bilatérale et totale. Ces lésions finissent d'ordinaire par s'étendre aux noyaux du pneumogastrique, et la mort survient au milieu de phénomènes bulbaires (pour plus de détails, V. Œil [Paralysies]).

IL Polio-encéphalite inférieure chronique. — Elle correspond exactement à la paralysie labio-glosso-laryngée de Duchenne (v. c. m.).

Polio-encéphalites aiguës. — Les polio-encéphalites aiguës, supérieures ou inférieures, ont toujours à leur origine une infection ou une intoxication. L 'alcoolisme chronique en est une cause très important. ('I sur laquelle Insistent tous les auteurs. Assez souvent, elles surviennent au cours des maladies infectieuses : la grippe (Oppenheim, Bozzolo), la fièvre Lyphoïde (Eisenlohr), la scarlatine, le rhumatisme (Leyden), la pneumococcic les septicémies (Luismayer), la varicelle (Marfan), la granulie (Luce), etc. Dans ions ces cas, les microbes semblent agir par leurs toxines,

puisqu'on n'a jamais pu les retrouver au niveau des lésions, sauf dans une observation due à Eisenlohr (bacille typhique). La syphilis paratl en cause dans un cas de Hori et Schlesinger. Signalons encore, parmi les causes de polio-encéphalite, les intoxications par V acide sulfurique (Wernicke), par

Polio-encéphalites. 876

V oxyde de carbone, par le tabac (Kalischer), par le lysol (Oppenheim |, par les viandes avariées (Guttmann), Y auto-intoxication intestinale (Raimann). L'âge el le sexe ae paraissenl avoir aucune influence sur le développement de la maladie. Le lïoid et les I raumatismes ont quelquefois joué le rôle de causes provocatrices.

Les lésions des polio-encéphalites aiguës ne sont nullement systématisées : elles frappent surtout, mais non exclusivement, la substance grise, et atteignent aussi la substance blanche.

Dans la polio-encéphalite supérieure, polio-encéphalite supérieure aiguë de Wernicke, les altérations ont leur maximum au niveau de la substance grise du troisième ventricule et de l'aqueduc de Sylvius; mais elles peuvent s'étendre à tout l'encéphale, et ne respectent pas la substance blanche (encéphalite aiguë à foyers multiples). Elles sont d'ordre hémorragique; des hémorragies punctiformes sont visibles à l'œil nu. A l'examen histologique, les capillaires apparaissent dilatés, parfois rompus; les gaines péri-vasculaires sont remplies de sang et de leucocytes; l'infiltration leucocytaire est souvent très accentuée, à distance des vaisseaux; la substance grise entourant l'aqueduc de Sylvius est ramollie. Les lésions prédominent au niveau du noyau de la troisième paire, ou, plus souvent peut-être, au niveau de ses fibres radiculaires.

En cas de polio-encéphalite inférieure, les altérations sont presque identiques : elles frappent surtout le plancher du 4e ventricule, diffusent aussi dans la substance blanche, et ne sont pas toujours aussi nettement hémorragiques que dans le type supérieur.

Symptômes. — I. Polio-encéphalite supérieure aiguë hémorragique de Wernicke. — Il existe souvent, avant l'apparition des symptômes caractéristiques, une période prodromique durant 2 ou 3 jours. Le malade se plaint d'une céphalée, parfois assez intense pour faire croire à la méningite tuberculeuse, d'éblouissements, de vertiges, d'une sensation profonde d'asthénie; sa démarche est chancelante et hésitante. Les frissons, les vomissements (qui sont alimentaires et n'ont nullement les caractères des vomissements cérébraux) ne sont pas rares. On a quelquefois noté de la raideur de la nuque et des membres. Dès cette période, il peut exister du délire (parfois crise de delirium tremens chez les alcooliques) ou de la somnolence.

Le signe essentiel de la polio-encéphalite supérieure aiguë est Yophtalmoplègie : le malade remarque que son acuité visuelle diminue, ou bien il a de la diplopie, ou est gêné par la chute de la paupière supérieure. Une fois constituée, l'ophtalmoplégie est quelquefois externe, bilatérale et totale; les paupières sont tombantes, et le sujet, pour y remédier, lève à demi la tête et contracte son frontal; les globes oculaires, immobiles, sont comme figés dans de la cire : c'est le faciès d'Hutchinson. Beaucoup plus souvent, l'ophtalmoplégie est bilatérale et externe, mais incomplète, et les deux yeux sont inégalement touchés (paralysie des droits externes, ptosis unilatéral ou moins marqué d'un côté que de l'autre). L'opthalmoplégie interne est exceptionnelle (V. Ophtaoioplégies).

La somnolence est presque toujours très marquée ; elle est un des traits

877 Polio-encéphalites.

les plus frappants du tableau clinique ; souvent elle alterne avec du délire et des crise d'excitation.

Il existe d'ordinaire des troubles moteurs du côté des membres : tremblement des extrémités, surtout des mains; paralysies flasques ou spasmodiques, atteignant un ou plusieurs membres, unilatérales ou bilatérales; dérobement des jambes, démarche cérébelleuse. Les réflexes tendineux sont normaux ou exagérés, quelquefois diminués ou abolis.

La sensibilité n'est pas altérée. Il n'y a pas de troubles sphinctériens, sauf à la période toute terminale.

// ny a pas de fièvre. Le pouls est petit et rapide.

La polio-encéphalite évolue rapidement en général, et se termine le plus souvent par la mort en 8 à 12 jours; alors peuvent se produire des troubles respiratoires, des crises de dyspnée paroxystique, et le malade succombe dans le coma.

Il est fréquent de voir la polio-encéphalite supérieure s'associer avec une polio-encéphalite inférieure, comme le montre l'apparition de symptômes protubérantiels et bulbaires : paralysie faciale unilatérale, troubles de la déglutition, troubles de la parole.

IL Polio-encéphalite inférieure aiguë (Myélite bulbaire aiguë de Leyden). — Le mode de début est le même que dans la forme précédente : céphalée, vertiges, bourdonnements d'oreille, frissons. Puis apparaissent des symptômes bulbaires : rejet des liquides par les fosses nasales, dysarthrie, paralysie de la langue, du voile du palais, des lèvres; enfin troubles cardiorespiratoires entraînant rapidement la mort [V. Bulbaires (Syndromes)]. La somnolence est aussi marquée que dans la forme supérieure avec laquelle elle s'associe souvent. Ici, la fièvre est fréquente.

La mort est la terminaison la plus habituelle; elle survient en 6 à 12 jours.

Pronostic. — Le pronostic des polio-encéphalites aiguës est toujours très grave. La guérison peut pourtant survenir : elle est très lente.

Diagnostic. — Dans la polio-encéphalite supérieure, les troubles oculaires, la somnolence sont les symptômes les plus caractéristiques. L'absence de fièvre est un signe important pour distinguer cette affection de la méningite tuberculeuse. La somnolence est parfois telle que l'on pourrait croire à la maladie du sommeil; mais celle-ci, exceptionnelle chez les Européens, a une marche beaucoup plus lente. Pour le diagnostic des dill'érents types d'ophtalmoplégie, nous renvoyons à l'article Opiitalmoplégies.

Quant à la polio-encéphalite inférieure, elle se reconnaîtra surtout à la coexistence de phénomènes d'ordre infectieux et de symptômes bulbaires. Son évolution la distingue des hémorragies et du ramollissement du bulbe.

Traitement. — Le traitement est presque nul; si l'on a quelque raison de penser à la syphilis, on peut essayer les Injections me rcuri elles. S'il existe des troubles bulbaires, on doit surtoul surveiller L'alimentai ion, afin d'éviter les accidents de déglutition.

//. QRBNET.

Poliomyélites antérieures. *7K

poliomyélites antérieures. — Les poliomyélites antérieures sonl des myélites caractérisées anatomiquemenl par la localisation des lésions dans les cornes antérieures cl, cliniquement. par des phénomènes d<* paralysie el d'atrophie musculaire. L'importance prise parles polynévrites a beaucoup restreinl leur domaine, du moins chez l'adulte, H plus d'un <;is décrit autrefois sous le nom de poliomyélite aiguë ou subaiguë serait classé actuellement parmi les polynévrites. 11 s'agit d'ailleurs d'une division un peu artificielle; et quand la symptomatologie indique une lésion ;ii#u<; du neurone moteur inférieur, il est souvent bien difficile de déterminer cliniquement si le processus est limité à la cellule d'origine ou à son prolongement cylindre-axile.

On peut diviser les poliomyélites en aiguës, subaiguës el chroniques. La poliomyélite aiguë à évolution progressive et rapide n'est qu'une variété de la paralysie ascendante aiguë ou Maladie de Landry (V. Myélites aiguës) ; la poliomyélite aiguë de l'enfance et la poliomyélite chronique sont traitées dans des articles spéciaux (V. Paralysie infantile, Méningite cérébrospinale, Atrophie musculaire progressive).

Poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte. — Décrite par Meyer, admise par Duchenne (paralysie spinale aiguë de l'adulte), par Charcol, celle maladie serait chez l'adulte l'analogue delà paralysie infantile. C'est une affection rare, mais dont l'existence est indiscutable.

Elle serait plus fréquente chez les hommes de 20 à 40 ans. On a incriminé le froid, la fatigue et plus justement les maladies infectieuses (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, malaria, grippe). Elle a été signalée chez les individus ayant eu antérieurement une paralysie infantile.

Les symptômes sont analogues à ceux de la Paralysie infantile (v. c. m.). La poliomyélite antérieure aiguë de l'adulte présente également : 1° une période de début, brusque avec fièvre, phénomènes généraux, douleurs le long du rachis avec irradiations dans les membres; — 2° une période de paralysie (paralysie flasque), pouvant prendre tous les muscles de la vie de relation, le plus souvent paraplégique, respectant les sphincters, sans troubles de la sensibilité; — 3° une période de régression et d'atrophie, avec localisation de l'atrophie sur certains muscles ou groupes musculaires présentant la réaction de dégénérescence et atrophie rapide de ces muscles. La peau est froide, cyanosée; les déformations sont variables (pied bot), mais n'ont jamais la même importance que dans la paralysie infantile, puisqu'elles se produisent sur des membres dont le squelette est complètement développé. On a signalé la mononucléose du liquide céphalo-rachidien (Triboulet et Lipmann).

L'évolution est rapide, l'atrophie apparaissant au bout de quelques semaines.

Le pronostic est réservé; ona signalé des morts dès le début par infection ou par paralysie du diaphragme, et des cas où l'atrophie, au lieu de rester localisée, avait continué à évoluer lentement, la maladie aiguë paraissant être le point de départ d'une atrophie musculaire progressive.

Diagnostic. — Le diagnostic sera surtout à faire avec les polynévrites; il est généralement difficile, quelquefois même impossible. Dans la polynévrite, le début serait plus lent, la paralysie suivrait mieux la topographie des

879 Poliomyélites antérieures.

nerfs et aurait une marche symétrique, les nerfs seraient douloureux à la pression, il y aurait des troubles de la sensibilité (la sensibilité objective est intacte dans la polynévrite motrice) et quelquefois participation des nerfs crâniens. Dans la névrite à début apoplectique du plexus brachial (Dubois, Dejerine), le début est foudroyant, les douleurs intenses, la sensibilité objective altérée.

Le diagnostic sera plus facile avec les maladies suivantes : Y kèmatomyélie (pas de fièvre, troubles de la sensibilité et des sphincters, réflexes souvent exagérés); les myélites aiguës (troubles de la sensibilité et des sphincters, production rapide d'une escarre sacrée); les méningites (contracture, raideur de la nuque, troubles de la sensibilité et des sphincters); la maladie de Landry (évolution progressive).

Poliomyélite antérieure subaiguë. — Décrite par Duchennc sous le nom de paralysie générale spinale antérieure sitbaiguë, cette maladie est très discutée en tant que vraie poliomyélite.

Elle surviendrait surtout de 55 à 40 ans. On a incriminé le froid, le traumatisme, les maladies infectieuses, les intoxications et auto-intoxications.

Succédant à de la lassitude, la paralysie prend progressivement les deux membres inférieurs; elle peut gagner le tronc et les membres supérieurs. En même temps les muscles s'atrophient, mais généralement d'une façon incomplète; ils sont le siège de contractions fibrillaires. La réaction de dégénérescence peut être totale ou partielle, mais sans offrir un parallélisme absolu avec la paralysie (Oppenheim). Les sphincters sont respectés; les réflexes tendineux sont abolis; la sensibilité reste normale. Les membres paralysés peuvent présenter des troubles vaso-moteurs (cyanose, refroidissement).

La marche est progressive, avec des arrêts quelquefois de plusieurs années. Le malade, immobilisé dans son lit, est emporté par des complications pulmonaires; parfois, au contraire, il s'améliore et guérit au bout de plusieurs mois ou de plusieurs années.

Au lieu d'être ascendante, la maladie peut, quoique plus rarement, débuter par les membres supérieurs et suivre une marche descendante; il existerait également des formes hémiplégique, croisée, bulbaire (Vulpian).

Paralysie spinale à marche rapide et curable de Landouzy-Dejerine. — Cette variété de poliomyélite mérite une mention spéciale en raison de sa rapidité d'évolution et de sa terminaison favorable.

La paralysie complète et flasque envahit progressivement et symétriquement les membres inférieurs et, en 15 jours à I mois, le trône, les membres supérieurs; elle prend tous les muscles sauf ceux de la face, et est suivie d'une atrophie en masse. La sensibilité est conservée. Au bout de quelques semaines la paralysie guérit complètement.

Forme mixte de la paralysie générale spinale d'Erb. Ces! une

forme intermédiaire entre l'atrophie musculaire progressive et In poliomyélite antérieure subaiguë. La paralysie esl incomplète; elle évolue lentement avec tendance à In gué ri son.

Le diagnostic avec In polynévrite systématisée mot rie (nerfs douloureuxà la pression, tendance plus grande à In guérison) sera <lcs plus difficiles : beaucoup de «■;>> «loi h îrs coin i ne poliomyélites seraienl m réalité des pol\ né\ rites

Polydactylie.

La distinction doit être faite avec la poliomyélite antérieure aiguë (fièvre, séparation plus complète cuire Les phases <l<* paralysie et d'atrophie, ;i\<i<- Yatrophie musculaire progressive (l'atrophie précède La paralysie), avec La sclérose latérale amyotrophique (contracture, exagération des réflexes).

Traitement. — Au début : sangsues, ventouses scarifiées, glace Le Long du rachis. Ergol de seigle, belladone. Purgatifs salins.

A.près la période aiguë : galvanisation <l<i La moelle avec courants faibles; galvanisation et faradisation avec courants faibles à rares intermittences des muscles et des nerfs. BRÉCY ET BAUER.

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