‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 5)Chapitre 112 sur 299 · i »i . 56i. — Électrode du l)1 Laquerrière · texte numérisé non relu

i »i . 56i. — Électrode du l)1 Laquerrière

pour lavement électrique.

nitrate d'argent el l'acide chromique et sous le contrôle de l'endoscopie. Ces méthodes de dilatation interne sont indiquées dans les sténoses légèreset canulaires; elles échouent pour les rétrécissements vraiment sein''-: c'est alors à Ja laryngostomie qu'on aura recours. //. BOURGEOIS.

LAVEMENT ÉLECTRIQUE — La technique du lavement électrique s'esl un peu modifiée ces dernières années. Les électro-thérapeutes sont d'accord pour

utiliser seulement le courant galvanique stable sans interruptions.

De plus Dclherm et Laquerierre ont préconisé une sonde qui peut rendre des services dans certains cas particuliers (fîg. 564). Sur une sonde en caoutchouc très souple et très longue contenant une spirale métallique ils ont fait ajouter un balonnel de caoutchouc annulaire qui peut glisser le long de la sonde. Lorsque l'eau sort trop facilement soit parce qu'on n'a pu introduire la sonde assez profondément, soit par suite de la parésie du iphincter, on fait glisser le ballonnet sur la sonde jusqu'à ce qu'il pénètre dans le rectum, on le gonfle alors à laide d'une poire en caoutchouc qui fait partie de l'appareil, ce qui permet de maintenir dans l'intestin la quantité d'eau nécessaire et suffisante.

Dans les formes d'obstruction intestinale aiguë le chiffre de 3 lavements dans les 24 heures est admis par tous, à moins que l'état général ne soit trop mauvais. Mais dans les formes chroniques, quand l'état général se maintient bon on peut multiplier les tentatives suivant le conseil de Lacaille qui a observé des réussites après 5, 6 et même 9 applications. F. ALLARD.

LÈPRE. — Cet article n'est pas une monographie sur la lèpre, il n'est que le complément de l'article de Bach dans la c2e édition de la P. M. C. ; il s'attache à développer certains points de vue nouveaux. En effet, la lèpre, ou infection due au bacille de Ilansen, que Ton avait rayée de la pathologie française pour la reléguer dans les affections exotiques, doit être connue de tous les praticiens français : ses formes cliniques se multiplient, les cas deviennent de plus en plus nombreux en France, faute de prophylaxie, constituant un danger qu'il ne faut plus dissimuler et soulevant d'urgentes questions de prophylaxie.

Étiologie et pathogénie. — Les lépreux français proviennent de trois sources différentes :

167 Lèpre.

I. La plupart sont dos fonctionnaires, soldais, colons, missionnaires, religieuses, contaminés dans nos colonies, que rien ne protège; ils rentrent en France lépreux on sains en apparence, mais en période d'incubation. Il Tant leur ajouter de nombreux lépreux étrangers argentins, brésiliens, etc., al lires chez nous par la réputation justifiée des heureux effets de notre climat et que nul examen sanitaire n'arrête à nos frontières.

II. Quelques lépreux ont été contagionnés en France : Lande a cité le cas d'une femme contaminée dans la Gironde par un enfant lépreux confié à ses soins depuis plusieurs années. Perrin a rapporté l'histoire d'une française n'ayant jamais quitté la mère-patrie, contaminée par son mari, qui avait pris la lèpre au Tonkin, etc. Jadassohn a cité des cas semblables en Suisse. Il est donc criminel de soutenir que les lépreux non surveillés ne sont pas dangereux.

III. Quelques lépreux sont les descendants des lépreux bretons, auvergnats et liguriens du Moyen Age. Les foyers méditerranéens (Laghet et la Turbie, Tourette, Eze et Saint-Laurent d'Eze, Peille, La Trinité Victor, Contes, dans la région niçoise, etc.), derniers vestiges de la lèpre autochtone, seraient d'après les statistiques officielles en pleine décroissance, les anciens foyers du Var et des Bouches-du-Rhône seraient à peu près éteints; en réalité d'après plusieurs médecins niçois (cités par Gaucher Milian) la lèpre serait en recrudescence et l'on ne compterait pas moins de 500 à <>00 lépreux dans les Alpes-Maritimes : c'est dire à quel danger aboutit l'insouciance administrative, «on cache les lépreux et on veut les ignorer».

La contagion de la lèpre est indéniable, malgré l'avis contraire de Zambaco-pacha; sans rappeler le cas classique du condamné Keanu, inoculé par Arning, on peut citer les cas de missionnaires contaminés, et le cas récent d'un infirmier contagionné en se blessant au cours du pansement d'un abcès lépreux : l'infection débuta par le doigt blessé.

Les modes de contagion sont multiples.

Souvent le bacille pénètre par inoculation cutanée, au pied chez les indigènes marchant pieds nus, ou en tout autre point du tégument. Marcano et Wûrtz, nous-même avons cité des chancres lépreux cutanés céphaliques. On peut se demander si des animaux ne servent pas d'intermédiaires de même que dans le paludisme, ce qui aurait une grande importance en prophylaxie. Ehlers a fait d'intéressantes études sur la « transmissibilité de la lèpre par les insectes suceurs de sang » (parasites leclulaires). Leloir, Arning, Blanchard, Xoc, Currie Donald, sur le rôle des moustiques; Borrel, sur le rôle des demodex; von Basservitz, sur celui de l'acare de la gale ; Romer sur celui des mouches et de certaines araignées, etc.

Souvent le bacille pénètre par le nez : en effet, dans le nez s'arrêtent les poussières bacillifères qui foisonnent dans les habitations des lépreux. Si les bacilles ne sont pas détruits, s'ils envahissent la muqueuse après sans doute avoir sensibilisé l'organisme, un chancre lépreux endonasal se développe, point de départ de l'infection généralisée; ainsi s'explique la fréquence des lésions nasales chez les lépreux, bien mise en évidence par Jeanselme.

La source de contagion est-elle toujours Ja lèpre humaine? Beaucoup de

Lèpre. 968

médecins, surtout aux Indes el on Chine, on! incriminé 1<*> poissons, et Ion sait que l'on discute sur la nature de la maladie lépreuse des rats, sui ses relations avec la lèpre humaine (Stefanni, Mezincesku, Marclioux). Si ces faits se confirmaient, on conçoit que (U%s mesures prophylactiques seraient nécessaires.

Les lésions ne se développent, on le sait, que longtemps après l'inoculation; l'incubation peut durer 14 el même T>2 ans.

Où se cache le bacille pendant la longue période d'incubation? Ce point serait important à découvrir en pratique, afin de surveiller les malades, et, au besoin, pour détruire ces repaires : le bacille se cache sans doute, dans le point d'inoculation cutané ou muqueux, mais aussi dans les ganglions. Sorel, à la léproserie de la Cole-d'Ivoire, a fait la découverte très importante du bacille de Ilansen dans le ganglion inguinal gauche d'une femme qui vivait au contact de sa sœur lépreuse, mais ne présentait pas de symptômes lépreux.

La notion de chancre lépreux « devrait être mieux connue, afin de mieux surveiller les individus » qui ont vécu en contact avec des lépreux, afin de détruire, dès son début, tout léprome isolé et enrayer l'infection : ainsi ont fait avec succès Marcano el Wïirtz.

Le mode d'envahissement est encore discuté: voie lymphatique, voie vasculaire sanguine, voie nerveuse par névrite ascendante? Il est probable que la lenteur de ces stades évolutifs correspond à une lenle sensibilisation du terrain par les toxines des bacilles lépreux.

Les poussées généralisées sont dues à des décharges septicémiques, ainsi que j'ai pu en donner, en 1900, la preuve par la constatation directe des bacilles dans le sang circulant au moment d'une poussée [Tribune, médicale, 2 mars 1906); le même fait a été retrouvé par de Beurmann et Vaucher, Louste, Roubinowitch, etc.; Gravagna croit, en outre, que les bacilles circulent dans l'intervalle des poussées. La comparaison des états leucocytaires au moment de la poussée aiguë et dans' les périodes intercalaires m'a montré que la lèpre suit les lois générales des infections : « Au moment de la poussée, polynucléose et diminution des éosinophiles, apparition d'exceptionnels myélocytes éosinophiles; en dehors de la crise, tendance à la mononucléose el éosinophilie » (1906). L'étude de lépromes anciens prélevés en période chronique et d'un léprome récent biopsie en pleine poussée aiguë, m'a permis de comparer le processus lépreux à ses phases aiguë et chronique et de montrer que la lèpre obéit aux lois générales des inflammations microbiennes.

Bien des particularités de l'évolution de la lèpre, de sa lente incubation, de ses poussées, de sa chronicité el de ses récidives s'expliquent par l'existence d'une anaphylaxie lépreuse (Gougerol, Lepra, 1942). La lèpre se « calque » donc sur la tuberculose.

Formes cliniques. — 11 n'y a que fort peu de chose à ajouter à l'article de la Nouv. P. M. C. ; une fois de plus, il faut insister sur le polymorphisme clinique de la lèpre.

Lèpres tuberculeuses. — Lépromes en activité. — Sans contester l'importance diagnostique de l'aneslhésie des lépromes, de Beurmann

Lèpre

et Gougerot onl montré, en 1907, que les troubles sensitifs peuvent manquer au niveau des lépromes les plus caractéristiques : chez plusieurs

malades, que nous avons suivis, il n'y a jamais eu la moindre anestlîésie, ce qu'ont confirmé les observations de de Beurmann, Laroche, Veines, etc. Ces faits contraires à la doctrine classique onl une grande importance diagnostique : ils prouvent qu'on ne doit pas rejeter le diagnostic de lèpre chez un malade suspect, sous prétexte que la sensibilité n'est pas modifiée sur la lésion douteuse.

Lépromes en régression. — Souvent, en régressant, le léprome subit une sorte d'atrophie cicatricielle incomplète, d'où résulte un aspect plissé, fauve-violacé, assez caractéristique de l'épiderme recouvrant l'inlîltrat profond.

Lépromes ulcérés (fig. 565). — Les ulcérations des lépreux ne relèvent pas d'une pathogénie unique, mais de mécanismes divers, et . ainsi que nous l'avons montré, surtout de causes secondaires : traumatisme, frottement, brûlures favorisées par l'anesthésie, infections echthymateuses dues aux bactéries pyogènes de la peau, etc., carie léprome n'a pas de tendance spontanée à la nécrose et à l'ulcération.

Il faut ajouter les ulcérations trophiques par névrite, les eschares nerveuses et cachectiques, etc.

Ces faits sont à retenir pour le traitement prophylactique des ulcéralions; ces ulcérations constituent, en effet, les plus pénibles des accidents lépreux. L'étal dystrophique de la peau du lépreux dû à la polynévrite et à la cachexie, non seulement favorise la naissance de ces ulcérations, mais entretient le processus ulcéreux; la réparation est souvent plus lente que celle d'un ulcère variqueux; il est donc plus facile de prévenir les ulcérations lépreuses que de les guérir.

Lèpres nerveuses. — A coté des formes classiques diffuses mixles, sensitives et amyotrophiques des névrites lépreuses, de Beurmann et Gougerot ont montré qu'il existait d'autres formes de névrite sensilive. motrice, délirante.

Forme sensitive douloureuse de la polynévrite lépreuse. — Celte forme, assez rare, peut marquer le début de la lèpre : ellesurvient par poussées

Lèpre mutilante (de h

Gouff<

Lèpre.

aiguës récidivantes 1res douloureuses. !);ms un de nos cas les symptômes cutanés manquant ou restanl minimes, une erreur de diagnostic avait été commise, que Ja découverte des épaississements moniliformes des nerfs à la palpation rectifia facilement.

Forme motrice : paralysie radiale lépreuse (fig. 366). — Cette forme est distincte de la névrite amyotrophiquc lépreuse classique où Taflaiblissement de la force est proportionnelle à Tamyotrophie ; elle est comparable à

Fi^. 566.

Paralysie radiale lépreuse (de Beunnann et Gougerot).

la paralysie saturnine et peut exister sans amyotrophie marquée, au moins au début. Cette névrite radiale lépreuse motrice peut être isolée sans lésion du cubital et annoncer le début clinique de la lèpre; on conçoit son intérêt diagnostique : il ne faudrait pas se refuser a priori à discuter le diagnostic de lèpre chez des sujets atteints de paralysie radiale, sous prétexte que cette paralysie est isolée et que le cubital est intact.

Psychose polynévritique. -- Notre malade, suivi avec de Beurmann et Roubinovitch, semble être le premier cas connu de cette forme de polynévrite lépreuse; cette psychose présentait, du fait de l'étiologie lépreuse, des particularités cliniques qui la distinguent des autres psychoses poly-

Lèpre.

névritiques : début lardif plusieurs mois après le début clinique de la polynévrite, pronostic fatal, fixité de l'état cœnesthésique l'ail de dépression el de mélancolie, parce qu'il est la continuation de l'état psychique habituel du lépreux, contraste entre celte fixité el la fugacité des impressions due à l'amnésie antérograde.

État mental des lépreux. — Avec de Beurmann nous avons étudié fétat mental des lépreux, montré la fréquence des états neurasthéniques, dépressifs, voire mélancoliques chez les lépreux européens, el, au contraire, la rareté de ces troubles mentaux chez les lépreux asiatiques, ee qu'explique la différence de mentalité antérieure (fig. 567). Jones Iloberl el Pearson viennent de publier : « A ease of leprosy in a white person associa ted with insanity » (lèpre chez un blanc associée à la vésanie).

Formes larvées de la lèpre. — Les relations entre la lèpre el certaines maladies de Morvan, sclérodactylie, syringomyélie, etc., s'aftirmenl chaque année.

On a signalé des lésions plus rares : « érysipéloïde lépreux », « roséole lépreuse simulant la roséole syphilitique » (Danlos el Blanc), alopécie (Hallopeau), « pseudo-pelade » (Milian), papules simulant l'érylhème noueux (Hallopeau el Grandchamp), « absence des os nasaux par trophonévrose lépreuse » (Bouchereau), « syndrome syringomyélique avec exosloses multiples ayant suppuré; polynévrites lépreuses » (Lenoble), « lépride hypochromique » sans troubles sensilifs (Lamoureux), « éléphanliasis lépreux » (Tancède), etc.

Lèpres mixtes et lèpres viscérales. — Les lésions complexes de lèpre Oculaire (de Lapersonne), testiculaire (Jeanselme), viscérale (de Beurmann et Gougerot) apparaissent de plus en plus fréquentes depuis qu'on les recherche systématiquement. Les cirrhoses lépreuses hypertrophiques du foie, que nous avons étudiées avec de Beurmann et Laroche, se présentent sous deux types, ou plutôt deux stades : dans le premier, l'hépatite esl en activité; le lissu scléreux est riche en bacilles; dans le second, l'hépatite scléreuse s'éteint, les bacilles sont liés rares ou absents, mais la

Fig. 5G7. — Lèpre mutilante «les membres inférieurs avec conservationXde l'euphorie. « La belle lépreuse » de Rano-oon (de Beurmann el Gbugèrot ).

Lèpre. 972

siéatose el Les Lésions épithéliales peuvent persister. De Beurmann el Laroche onl observé une méningite Lépreuse, Unna une névrite, de Beurmann cl Gougerol des hématuries, tantôt passagères, relevant dune décharge bacillurique el s' accompagnant de bacillémie, tantôt durables,

dues sans doute à une néphrite lépreuse.

Évolution. — Il se confirme que, si la lèpre est grave est incurable, on peut observer des rémissions plus ou moins longues qui équivalent à des guérisons cliniques; on cite même d'heureuses exceptions de guérison vérifiée par l'autopsie (Jeanselme) ; ce sont des faits à souligner pour redonner courage au thérapeute.

Les infections secondaires, en particulier la tuberculose, greffées sur la lèpre, semblent plus fréquentes, aggravant singulièrement le pronostic : cette fréquence s'explique par les phénomènes de cosensibilisation (coanaphylaxie active et passive), dont nous avons montré l'existence entre la lèpre et la tuberculose. Il faut donc garer le lépreux de tous les conlages, puisqu'on le sait sensibilisé vis-à-vis de la tuberculose.

Diagnostic. — Le diagnostic de lèpre devient de plus en plus complexe, puisque les formes larvées se multiplient. Ces difficultés se rencontrent non seulement pour les formes nerveuses et syringomyéliques, etc., mais encore pour les formes cutanées. Avec M. Gaucher, nous avons vu deux malades où le diagnostic clinique était des plus difficiles entre la lèpre et la syphilis, et avec M. Vermorel, une malade où l'on hésitait entre tuberculose et lèpre; aussi faut-il attacher une importance particulière au diagnostic bactériologique.

Trois cas se présentent en pratique :

1° Le malade a des lésions cutanées, dont on peut prélever soit de la sérosité par scarification, soit des fragments par biopsie. Ce cas est le plus facile; on recherche le bacille de Hansen, habituellement facile à trouver. Dans les cas où les bacilles sont peu nombreux, on emploiera les procédés préconisés pour la recherche du bacille tuberculeux : solubiliser les tissus par l'anliformine, rassembler les bacilles par la ligroïne, puis les colorer au Ziehl. On peut espérer ainsi découvrir, moins exceptionnellement, des bacilles, même dans les macules pigmentées où Darier eut tant de peine à les démontrer par la méthode des coupes.

c2" Le malade n'a pas de lésions cutanées où l'on puisse prélever le matériel pour la recherche des bacilles ; il faut tenter de mettre en évidence des lésions nasales latentes, dont on sait la fréquence chez les lépreux. On donnera donc de l'iodure de potassium, et on recherchera les bacilles dans le mucus nasal parla coloration au Ziehl : on se méfiera des acidorésistanls saprophytes qui peuvent végéter dans le nez et on ne tiendra compte que des bacilles lépreux caractéristiques, c'est-à-dire acido- et -alcoolorésistants, groupés en amas (Globi), libres ou à l'intérienr des macrophages.

3° Les essais précédents onl échoué, il faut recourir au sérodiagnostic de Gaucher el Abrami : réaction de fixation avec le sérum du malade suspect et un antigène lépreux. On peut tenter encore le léprolinodiagnostic (de Beurmann et Gougerot), homologue du diagnostic de la tuberculose par injection de tubereuline. Dans un cas d'affection nerveuse oùlediagnos-

975 Lèpre.

tic restait hésitant, la réaction négativeà la suite d'une injectiondeléproline nous permit d'éliminer le diagnostic de lèpre, ce que révolution confirma.

La seule difficulté de ees deux méthodes : réaction de la fixation et léprolinodiagnostic, est de se procurer pour l'une, l'antigène lépreux, pour l'autre, la léproline. Dans le premier cas, on tournera la difficulté en faisant la réaction de fixation successivement avec plusieurs antigènes syphilitique, tuberculeux, typhique...; car, à peu près seuls les sérums des lépreux ont cette propriété singulière d'être « polyfixant »; par conséquent, si le sérum d'un malade suspect d'être lépreux, fixe avec ces divers antigènes, on peut affirmer la lèpre; mais un résultat négatif n'a aucune valeur. Dans le deuxième cas, on remplacera la léproline par l'autovaccin (Gougerot), c'est-à-dire une émulsion tuée de bacilles lépreux, prélevés sur un lépreux.

Traitement. — De grands efforts ont été tentés pour rénover le traitement classique de la lèpre et l'on peut espérer un traitement abortif par l'ablation ou destruction du chancre lépreux.

Traitement général médicamenteux. — V huile de Chaulmoogra passe

pour être le meilleur anti-lépreux. Mais il est souvent mal toléré par le

tube digestif, si bien que la plupart des lépreux atteignent rarement et

difficilement la dose utile de cent gouttes par jour, que l'on doit maintenir

pendant des mois et des années, on a donc essayé des artifices : l'enrobe-

nïent de "huile dans des capsules kératinisées, insolubles dans le suc gastrique,

solubles dans l'intestin, y remédie pour un temps, surtout si l'on associe le

régime lacté. Mais l'intolérance réapparaît, on peut essayer des injections

intra-fessières de 5 centimètres cubes d'huile de Chaulmoogra stérilisée

par la chaleur et filtrée sur bougie Chamberland ou mieux, pour éviter les

nodosités douloureuses persistantes, les injections intrafessières d'une

huile composée à peu près indolente à la dose de 6 centimètres trois fois

par semaine (Jeanselme) :

Gaïacol 0 gr. 50

Camphre 0 gr. 25

Huile de vaseline ( , .... . , .,,, . .

*- ,. \ stérilisées et filtrées, aa >» grammes.

Vaseline f

Faire dissoudre et ajouter partie égale d'huile de Chaulmoogra lavée à l'alcool,

filtrée sur coton et stérilisée à 100 degrés. (Un centimètre cube de cette huile contient XXIII gouttes d'huile de Chaulmoogra,

la dose de 0 c. c. renferme donc CXL gouttes.)

Pomaret a obtenu une heureuse combinaison de l'huile de Chaulmoogra et d'Eucalvptol qui a l'avantage d'associer ces deux médicaments anlilépreux, d'être liquide et indolente.

Faire tondre l'huile de Chaulmoogra et en verser 70 cm3 dans une éprouvette. Ajouter l'EucalyptoI jusqu'au trait 100.

Agiter, filtrer sur papier.

Répartir en ampoules et stériliser comme à l'ordinaire. On injecte de I à 5 car deux à trois fois par semaine.

On peut encore donner dans l'intervalle des lavements do lait contenant la dose d'huile de Chaulmoogra émulsionnée.

Les corps extraits de l'huile de Chaulmoogra ont élé employés puis ou modifiés; on a utilisé en particulier, Yacide gynocardique à la dose de 0,50 à 2 gr. par jour en capsule de 0,20 gr. L'éther éthylique de l'acide gyno-

Lèpre. {M\

cardique (« antiléprol ») donnerai! des résultats supérieurs à ceux que donne l'huile de Ghaulmoogra, il serai! mieux toléré par le tube gastro-intestinal (Engel Béy) : on l'ordonne en capsules gélatineuses de 0,50 à I gr. progressivement, jusqu'à atteindre la dose quotidienne de 5 gr., parfois de 10 gr. On pont l'administrer encore en injections Intramusculaires à la dose de 1 à li centimètres cubes. Le traitement doit être continué pendant un à deux ans, mais plusieurs auteurs dénient toute efficacité à l'huile de Chaulmoogra et à ses dérivés (Gaucher).

D'autres produits chimiques ont été préconisés :

Gaucher a montré les bons effets des injections intra- veineuses de cyanure de mercure.

Siebert a prouvé que l'iodure de potassium loin d'être nuisible peut donner des « améliorations manifestes », à condition d'être prudemment manié, sans atteindre une réaction trop vive, ce que confirment Marchoux et Bourret.

Le 606, le 914 sont inefficaces d'après Jeanselme, Gioseffi, Eheers, Isaac Sénator et Benda même à doses fortes, 0,50 et 0,00, répétées 3 et \ fois. Pourtant Monte-Santo a obtenu « la giiérison d'une lèpre ulcéreuse », el Brault dans un cas, une « réelle amélioration ». Vilanova a publié un cas de lèpre avec manifestations oculaires, « guérie par l'atoxyl ».

Traitement général par les vaccins. — Divers vaccins antilêpreux ont été préconisés :

Léproline de Rost. — La léproline de Rost, « extraite par fillration des cultures de bacilles lépreux » est l'homologue de la tuberculine de Koch. Injectée à un lépreux, elle provoque une réaction générale et locale. On injecte dans les muscles de 5, 10, !20 centimètres cubes en évitant les trop fortes réactions et en se guidant sur la marche de la température toutes les semaines en moyenne (Voir de Beurmann et Gougerot, Soc. Méd. des 7/o/v., G décembre 1907, p. 1411). La léproline est inoffensive. Mais les réactions souvent assez vives qu'elle provoque la contre-indiquent chez les lépreux en poussées aiguës, chez les cachectiques albuminuriques, chez les lépreux atteints de tuberculose (Rost). Ce traitement est l'un des meilleurs que Ton puisse tenter, il a pu amener des guérisons complètes, il peut s'associer aux autres traitements : huile de Chaulmoogra, etc.

Vaccins bacillaires et auio-vaccins (Gougerot). — Ces vaccins sont obtenus par broyage de lépromes pris sur des lépreux au cours du traitement destructif des lépromes, puis émulsionnés dans l'eau salée physiologique, tué* par la chaleur ou lyndallisations, enfin dosés par numération des bacilles à l'hémalimèlre.. Les injections sont faites intramusculaires à doses progressives, en se réglant sur la température et les réactions locales de même que pour la léproline de Rost. Les résultats sont des plus encourageants et comparables à ceux que permettent d'obtenir la léproline.

Nastine (Deycke Pacha). — La nastine est un extrait gras relire des cultures de la Nocardia léproïdes, parasite qui, d'après Deycke, aurait des connexions étroites avec la bacille de Hansen, il s^agit donc d'un paravaccin. On emploie une combinaison de la nastine avec le chlorure de benzoyle ou nastin p sous quatre formes p° (S1 p2 p3 de concentrations croissantes (la dose de chlorure de benzoyle restant fixe). Les injections sont

975 Lèpre.

habituellement hebdomadaires : on attend pour refaire une injection que les phénomènes de réaction aient disparu.

La nastin fi", faible, sert pour le traitement deslèpres oculaires et nerveuses.

Dans la lèpre cutanée on commence par une injection de I centimètre cube de nastin p1, 0,cm5,5 seulement si le malade est cachectique oig, profondément infecté. On augmente peu à peu la dose en essayant de ne provoquer ni réaction locale, ni réaction générale d'après Deycke; au contraire d'après Lie, cette réaction serait nécessaire pour obtenir la bactériolyse. On passe ensuite à la nastin Ba qui, injectée d'emblée à la dose de 1 à 2 centimètres cubes aurait provoqué le gonflement et même la nécrose des lésions.

Deycke. à la Lepraconferenz de Bergen, apportait une statistique de 73 lépreux tubéreux améliorés sur 81, et 30 lépreux nerveux améliorés sur 30 cas donc 94 pour 100 d'amélioration. Plusieurs léprologues ont confirmé ces résultats : A. Kuppler, T. S. 13. William Bushire, R. Bichler-Riga.... Plusieurs de ces auteurs emploient, il est vrai, dans l'intervalle des injections, l'huile de Chaulmoogra.

D'autres auteurs n'ont eu que des résultats douteux ou inconstants E. Kimul-Wenden, Lie, etc....

D'autres, plus nombreux, n'ont eu que des échecs : Brinckerhoff et Wayson, H. Mac-lead, Kitasato, J. Ashburton Thompson, Lenz-Bagamoio, Gordon Messum, Jeanselme, etc.

Il est donc difficile de conclure. Il semble tout au moins qu'à doses prudentes progressivement croissantes la nastine ne soit pas dangereuse.

Para-vaccin oosporique ou nocardique. Bory a injecté un vaccin extrait de culture de Nocardia, espèces voisines du bacille de Hansen. Dans le même but, nous avons essayé des « para-vaccins multiples » obtenus par mélange de divers acidorésistants et de Nocardia: Ces traitements sont souvent peu efficaces, mais jamais nuisibles.

Traitement local. — Depuis longtemps, et sans grand succès, on préconisait les applications de pommade et d'emplâtre à l'huile de Chaulmoogra.

Unna a insisté sur l'importance du traitement externe . Avec un fer à repasser de blanchisseuse il « repasse » les lépromes protégés par plusieurs doubles de flanelle jusqu'à ce que le malade ne tolère plus la chaleur. Avec un rasoir il abrase au ras de la peau les lépromes saillants en les anesthésiant s'il y a lieu par congélation et, le lendemain, il cautérise la plaie avec divers caustiques : acide phénique concentré, acide chlorhydrique chargé de chlore libre, pâte caustique, etc.. Il traite par des cures répétées d'exfolialion les lésions étendues et superficielles. Il préconise encore le massage des lépromes et les injections de thiosinamine, manœuvres qui ne paraissent pas sans danger. Unna a encore employé les cautérisations avec l'acide carbonique liquide suivies d'applications de pommade à base d'acide pyrogallique et de « Rongalit » avec, pour terminer, un « repassage énergique » quotidien au fer chaud.

Les cautérisations à air chaud 750°-800° degrés, avec ou sans anesthésie générale, nous semblent une méthode plus précise, et donnent de belles cicatrices.

Lèpre. (,>7r>

Mais il faut se souvenir que des lépreux traités par ce traitement sont « blanchis » plutôt que guéris; Les lésions profondes nerveuses persistent ;iinsi que Lie l'a démontré par une autopsie.

Localement sur les lépromes, on a encore tenté la radiothérapie (Sequiera 1901, Oudin 1902, Wilkinson 1905, etc.), d'ordinaire avec succès si on emploie des doses suffisantes filtrées (Jeanselme); les applications de radium contre les lépromes et contre les névrites lépreuses ont donné les meilleurs résultats (de Beurmann et Devrais).

Dans la lèpre aneslhésique la radiothérapie doit être associée aux applications de haute fréquence, surtout pour combattre les troubles pares- Ihésiques, fourmillement, élancement, etc....

Dans les névrites lépreuses la radiothérapie procure une amélioration malheureusement transitoire. La Finsenlhérapie ne donne pas de résultats constants.

On ne négligera pas les traitements symplomatiques : l'atrophie musculaire des névrites sera traitée par les courants galvaniques continus et la rééducation, combinée ou non aux effluves de haute fréquence.

Le mal perforant plantaire sera traité par l'étincelage de haute fréquence : étincelle de i à 5 centimètres pendant trois minutes, tous les huit jours, pansement au dermatol et eftluvalion de haute fréquence tous les jours dans l'intervalle.

On n'oubliera pas qu'avec quelques précautions hygiéniques on peut

éviter la plupart des ulcérations lépreuses qui sont si pénibles (v. ci dessus).

Traitement chirurgical. — Cramer, Arning, Bockhart ont publié chacun

« un cas de guérison de la lèpre nerveuse par le ratissage des nerfs lépreux ».

Critérium de guérison. — Comment vérifier la guérison des lépreux?

Unna a longuement discuté le problème : « Est-il possible de mettre en

évidence la mort des bacilles lépreux dans l'organisme humain? » (Annales

de DerniaL, 1910, n° 10, p. 481). Unna utilise les examens cliniques en série

et surtout la coloration des bacilles par le bleu Victoria Safranine : les

bacilles vivants se colorent en bleu franc, les bacilles mourants en un jaune

teinté de bleu, les bacilles morts en jaune, il suflït de faire des biopsies en

séries.

Daniels en a proposé la preuve par l'iodure de potassium qui, on le sait, fait réagir les lépromes.

Rosi et nous-méme avons montré que la léproline et nos auto-vaccins bacillaires « réactivaient » les lésions éteintes qui renfermaient encore des bacilles vivants.

Mais, lorsque la lèpre cutanée est éteinte ne reste-t-il pas dans la profondeur des lésions nerveuses, ganglionnaires et viscérales? Ne pourrait-on pas accorder plus de faveur aux réactions de fixation pratiquées en série comme dans la syphilis et comme nous l'avons proposé avec Coyon pour surveiller les actinomycosiques « guéris. »

Prophylaxie. — Puisque la lèpre est contagieuse et ne semble pas le plus souvent être héréditaire, le véritable traitement de la lèpre est le traitement prophylactique : Yisolemerit obligatoire (demandé à nouveau par Courmont), la désinfection ou la destruction d<es habitations et des objets

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des lépreux, la crémation des cadavres (Campana), la défense de se marier, ['isolement des enfants des lépreux.

Puisque, sauf exception, lalèpre n'est pashérédi taire, l'enfant issu de lépreux doit être séparé des milieux lépreux afin qu'il ne soil pas infecté; il doit être mis dans un centre d'observation. « L'enfant issu d'une lépreuse peut-il être allaité par une nourrice? » Non, car il pourrait être contagieux (Jeanselme).

Au nom de la Commission de la prophylaxie de la lèpre en France, Jeanselme, dans son rapport a proposé cinq solutions :

I. La déclaration obligatoire (adoptée en Norvège, Danemark, Australie, Japon, Russie, etc.), la non-fréquentation des écoles avec, comme corollaire, la surveillance médicale du lépreux qui reste dans sa maison, l'interdiction de certaines professions.

II. L'interdiction aux lépreux d'entrer en France. Déjà les gouvernements allemand, persan, roumain, turc et russe ont signé une convention s'interdisant de délivrer aux lépreux des passeports pour l'étranger, ni même de carte de légitimation. Les États-Unis interdisent l'entrée de l'Amérique aux lépreux depuis 1894.

III. L'internement forcé dans un hôpital, ou mieux dans un territoire isolé, avec transport surveillé (Loi norvégienne).

IV. L'isolement facultatif par la création de sanatoria spéciaux.

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