CROUZON
MYCÉTOMES. — V. Pied de Màdura.
MYCOSES. — Depuis qu'on les recherche systématiquement les mycoses ou infections dues à des champignons apparaissent de plus en plus fréquentes.
En dehors des teignes, les mycoses semblaient exceptionnelles, on citait en France à titre de curiosité les blastomycoses ou mieux exascoses (v. c. m.), les actinomycoses et pieds de madura, les aspergilloses et mucormycoses, etc.... Aujourd'hui la fréquence des mycoses s'impose à l'attention des médecins et chirurgiens, ophtalmologistes, otorhinolaryngologistes, etc.
« L'étude des sporotrichoses par de Beurmann et Gouge rot a marqué une ère heureuse dans l'histoire des mycoses; elle a montré la fréquence insoupçonnée des maladies à champignons et l'on a été tout étonné de s'apercevoir que nombre de malades, considérés comme des tuberculeux ou des syphilitiques, sont en réalité des sporotrichosiques, des « blastomycosiques », des hémisporosiques, etc. Elle a permis de guérir rapidement des lésions d'une durée interminable, elle a rassuré les malades sur leur avenir, en les délivrant de la menace de tous les accidents que peuvent engendrer la syphilis ou la tuberculose. Les nombreuses observations accumulées depuis notre premier mémoire de 1907, et nos travaux successifs sur la parasitologie et la biologie, l'anatomie pathologique, la reproduction expérimentale, l'étiologie et la pathogénie, le diagnostic et le traitement de la sporotrichose, la découverte des agglutinines et des sensibilisatrices par Widal et Abrami, les travaux confirmatifs de nombreux auteurs, ont fait connaître l'infection sporotrichosique dans tous ses détails et ont amené l'étude de cette maladie à un point aussi avancé que celle des infections bactériennes les plus anciennement et les mieux connues.
« Non seulement la sporotrichose a permis de renouveler la pathologie générale des mycoses, mais elle a été encore l'occasion de la découverte de mycoses nouvelles. C'est en la soupçonnant chez un malade de Thibierge, que Ravaut et Pinoy viennent de découvrir une nouvelle Oosporose (v. c. m.), due à la Nocardia ou Discomyces Thibiergi. C'est encore en recher chant la sporotrichose, que Gougerot et Caraven ont découvert YHémisporose (v. c. m.), due à ïllémispora Stellata, et que De Beurmann, Gougerot et Vaucher ont isolé une Oïdiomycose, duc à un parasite nouveau,
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YOidium cutaneum (v. c. m.). En même temps, Roger, continuant ses recherches sur les mycoses, individualisait avec Bory et Sartory deux parasites nouveaux, ÏOospora pulmonalis et YOospora lingualis, il groupait les affections déterminées par ces parasites sous le nom nouveau d'oosporoses et en donnait la première étude d'ensemble. »
Dans la Nouvelle Pratique médico-chirurgicale les mycoses ont l'ait l'objet d'un court résumé : Sporotrichoses, Oosporoses, Hémisporose, Blastomycoses ou mieux Exascoses, Oïdiomycoses, etc.
Depuis lors, les observations des mycoses connues se sont multipliées : sporotrichoses, actinomycoses et oosporoses, pied de madura, hémisporose, etc., et plusieurs mycoses nouvelles ont été individualisées : ces découvertes, qui prouvent une fois de plus la fréquence des mycoses, ont été encore faites en recherchant la sporotrichose : c'est en la soupçonnant que Gougerot a décelé dans les préparations de Carougeau un champignon nouveau, l'un des parasites des nodosités juxta-articulaires, et l'a dénommé Nocordia ou Discomyces Carougei; que Balzer, Gougerot et Beurnier ont trouvé une nouvelle parendomycose due au Parendomyces Balzen (V. Blastomycoses); que les mêmes auteurs ont cultivé le Mycoderma pulmuneum, dans des lésions dermiques, nouvel exemple de dermatomycose verruqueuse et végétante ; que Bruno Bloch et Vischer à Baie ont découvert, dans une lymphangite gommeuse ascendante compliquée de verrucomes, un parasite nouveau dénommé par Matruchot Mastigocladium Blochii (premier exemple des Cladioses); que Potron et Noisette, près de Nancy, ont cultivé un nouveau champignon appelé par Vuillemin Acremonuan Potronii (premier exemple des Acrémonioses humaines); que Brault, à Alger, a individualisé une nouvelle mycose due à un parasite identifié par Pinoy sous le nom de Enantldothamnus Braulti, etc. ; et nous avons connaissance de plusieurs séries de recherches inédites, poursuivies en France, en Algérie, à l'étranger.
En raison de leur intérêt pratique, pronostique et thérapeutique, il importe de résumer en quelques mots les acquisitions nouvelles :
1° Sur les mycoses anciennes (des articles spéciaux sont consacrés aux Sporotrichoses, aux Blastomycoses ou mieux Exascoses, aux Pieds de Madura)....
2° Sur les mycoses nouvelles.
I. — MYCOSES ANCIENNES. — Les mycoses déjà connues prennent une importance de plus en plus incontestée :
Les observations de sporotrichoses sont devenues si nombreuses, presque si banales que l'on ne publie plus guère que les cas répondant aune variété nouvelle (V. le Supplément : Sporotrichoses).
Les observations d 'actinomycose et des mycoses voisines, Nocardoses ou Oosporoses de Roger, deviennent moins rares parce que, connaissant maintenant, grâce à la sporotrichose, l'importance des mycoses, on les recherche mieux : on en signale des localisations pulmonaires (Lick), pleurales (Bernstein) pyéliques et prostatiques (Th. Cohn), auriculaires (Sartory) cervicoméningée (Chauffard et J. Troisier), etc. Alors qu'elles semblent fréquentes
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à l'étranger, en Amériqueet surtout en Afrique (puisque les nodosités juxtaarticulaires, affection très répandue, sont dues à un parasite de ce groupe. la Nocardia Carour/ci, découverte et dénommée par nous), les oosporoses semblent en France assez exceptionnelles, et malgré une recherche attentive
je n'en ai découvert qu'un cas en six ans : la malade était atteinte de gommes sous-cutanées disséminées que l'on crut sporotrichosiques r les examens directs, la culture isolèrent une Nocardia qui mourut avant d'être identifiée. J'ai résumé cette étude des Oosporoses ou Nocardoses dans une revue générale de la Gazette des Hôpitaux, janvier-février 1915.
La première observation d'actino-bacillose humaine est publiée par Ravaut et Pinoy. Le malade, un Argentin, présenta une méningite actino-bacillaire. La porte d'entrée paraît avoir été une otite. Le diagnostic lut fait par la ponction lombaire qui permit la culture du parasite (Presse médicale, 1911, n° 6).
Les recherches systématiques confirment la nécessité du démembrement du groupe des mycétomes ou Pieds de Madura (v. c m); le nombre des parasites capables de donner ce syndrome anatomo-clinique se multi plient, des germes nouveaux sont isolés : Nocardia Freri, Nocardia braziliensis, Nocardia Carougei, Micrococcus Pelletieri, Botryomyces de Kayser, etc.
Les observations de Blastoinycoses (v. c. m.) ou mieux Exascoses continuent à être fréquentes dans les deux Amériques, mais restent exceptionnelles en Europe. Je n'en connais pas d'autre cas nouveaux en France que celui que j'ai publié avec Balzeret Beurnier (v. Blastomycose). .l'étudié en ce moment un cas inédit : les examens directs et les cultures isolèrent une levure que je crois être un Atelosaccharomyces nouveau. J'observe en ce moment un cas de blaslomycose dermique du type américain.- Il se confirme de plus en plus que l'aspect levure n'est nullement spécifique d'un genre ou même d'un groupe de champignons : des faits nouveaux prouvent une fois de plus la nécessité de démembrer le groupement ancien et artificiel des Blastomycoses (v. c. m.)
J'ai noté une deuxième observation d' Oïdiomycose (v. c. m.) due à YOidium cutaneum. La malade, une petite fille, présentait à la joue une nodosité arrondie profonde hypodermodermique, grosse comme une noix, la peau était violacée, amincie; cette gomme, dont le début insidieux remontait à trois mois et qui avait grossi peu à peu, était indolente, elle commençait à devenir rétinente sans être fluctuante. Cette gomme fut prise pour une sarcoïde et enlevée à la cocaïne : sur coupe on trouva des cellules levures incluses dans les macrophages, la structure était tuberculoïde comme celle de beaucoup de mycoses, les cultures isolèrent YOidium cutaneum à l'état de pureté.
M. Schramek et Si. Weidenfeld viennent de publier un ¥ cas (ÏHémisporose [y. c. m.), mycose découverte par Gougerot et Garaven : les lésions siégeaient au nez et simulaient la tuberculose : elles guérirent facilement par l'iodure. Balzer et Belloir ont résumé une cinquième observation de cette mycose : les lésions revêtaient la forme de gommes ulcérées tubcrculoïdes sur le dos et la jambe droite.
Les teignes semblent diminuer de fréquence depuis que, grâce à Sabou-
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raud et Noire, on Les guérit rapidement parla radiothérapie : Sabourauda
réuni nos connaissances sur ces sujets en un livre remarquable el définitif (les Teignes). Darieret. J. Halle signalent les nodules dermiques du favus dont j'ai retrouvé un cas.
Dohi et Ohnode Tokio complètent l'étude des Piedra (v. c. m), ou Trichomi/cosis nodosa (Soc. Dermat, 1911, p. 113).
II.— MYCOSES NOUVELLES. — Les mycoses nouvelles deviennent chaque année plus nombreuses, et bien qu'elles se réduisent à des observations isolées, leur intérêt pratique apparaît considérable, car leur diagnostic a souvent sauvé les malades.
Cladiose de Br. Bloch. — Cette mycose nouvelle, découverte à Bâle par B. Bloch et Ad. Vischer, est due à un parasite dénommé Mastigocladium Blochii par Matruchot. Elle est le premier exemple des cladioses humaines. (V. Paris médical 1912, n° 39).
Le malade était un boucher alsacien, âgé de 69 ans, qui n'était ni tuberculeux, ni syphilitique (réaction de Wassermann négative). Les lésions étaient symétriques, atteignant les deux membres supérieurs et remon-
Fig.421. — Cladiose de Bruno Bloch. Placards verruqueux végétants sur le dos de la main et au coude ; — Lymphangite : gommes en échelons ulcérées. C'est le mélange de ces deux sortes de lésions qui caractérisait cette mycose.
taient à trois ans : aux premiers points d'inoculation, aux doigts de la main gauche, se sont développés des placards verruqueux ressemblant à des tuberculoses verruqueuses ; puis par auto-inoculation d'autres coupures cutanées professionnelles ont été contaminées et d'autres placards verruqueux se sont développés à la main droite et aux deux coudes. De ces placards verruqueux, part un cordon de lymphangite parsemé de gommes d'abord indurées, puis ramollies, qui s'abcèdent et s'ulcèrent. Ce cordon lymphangitique aboutit aux ganglions axillaires conglomérés et suppures (fig. 421). En deux mois Tiodure de potassium, donné à l'intérieur à la dose de 4 à 8 grammes, a guéri ces lésions si rebelles qui évoluaient et s'aggravaient depuis trois ans.
Cette affection parut singulière dès le premier examen et autrefois le diagnostic en eût été impossible : on aurait cru à la tuberculose. Aujourd'hui, que l'on doit penser systématiquement à une mycose, le diagnostic devient facile : l'infection rappelle la mycose de GilchrisUV. Blastomycoses) par ses placards verruqueux et fongueux, larges et multiples, et la sporotrichose par la lymphangite gommeuse ascendante. La culture allait trancher l'hésitation et isoler un parasite nouveau. Le séro-diagnostic
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mycosique de Widal et Abrami aurait pu affirmer la mycose, car la sporoagglutination atteignait I 100.
L'ensemencement sur gélose glycosée peptonée, à froid, donne des colonies arrondies et blanches, saillantes, finement et irrégulièrement plissées, parfois hérissées de piquants, entourées d'une auréole large radiée souvent en feuille de chrysanthème.
D'abord blanc grisâtre et luisante, la colonie peut passer au brun clair et se couvre d'une poussière blanc mat en vieillissant (fig. 422). L'aspect n'est pas caractéristique à l'œil nu comme l'est celui du Sporotrichum Beurmanni, il faut donc faire un examen microscopique, examen très facile car le parasite grimpe sur le verre sec des tubes de cultures : il suffit donc de l'examiner au microscope à travers la paroi du tube, suivant la technique si simple que nous avons indiquée
Fig. iv2"2. — Mastigocladium Blocliii. Culture sur gélose glycosée peptonée âgée de six semaines (Bloch) : le centre réticulé et finement plissé est hérissé de piquants et entouré d'une large auréole en fleur de chrysanthème.
artifice de la
Fig. 4-2.". — Mastigocladium Blochii, Ma truchot. Structure du parasite : Longs Qlaments (m)— conidiophore renflé (c) — Longs chapelets de spores limoniformes enroulés irrégulièrement comme h lanière d'un fouet.
coulée de pus sur le verre sec. Ce champignon est facile à reconnaître. Il s'est formé : de longs filaments fins de 0,5 à I ;;., f> de diamètre, à cloi-
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sons rapprochées, à ramifications peu abondantes, — de rameaux conidiophores (c'est-à-dire portant les spores) étranglés à leur point d'insertion sur les longs filaments, renflés vers leur milieu, effilés vers leur extrémité et portant de courts ou longs chapelets de spores limoniformes (en forme de citron) de 5 à 4 u sur 1,5 à 2 [x. Le ruban des spores (dépassant souvent 50 spores) s'entortille d'ordinaire à la manière d'une bande d'oriflamme ou d'une mèche d'un fouet, d'où le nom du parasite (uasTii; = fouet) (fig. 423).
Les lésions que le parasite donne chez l'homme ont la même formule que celle que nous avons décrite en 1906 dans la sporotrichose, l'hémisporose, etc. : on retrouve le même mélange de trois réactions lympho-conjonctive (syphiloïde), épithélioïde giganto-cellulaire et folliculaire (tuberculoïde), polynucléaire et macrophagique (ecthymatiforme). Le champignon dans les lésions est difficile à voir et non caractéristique.
Ce champignon parait peu ou pas virulent pour les animaux de laboratoire.
Les heureux effets du traitement ioduré qui a guéri en deux mois une affection grave progressant depuis trois ans, montrent une fois de plus l'importance pratique, pronostique et thérapeutique du diagnostic de mycose.
Acrémoniose de Potron et Noisette. — Cette mycose nouvelle, découverte près de Nancy par Potron et Noisette, est due à un parasite dénommé Acremonium Potronil par Vuillemin. Elle est le premier exemple de ce groupe (V. Pains médical, 30 décembre 1911, p. 101).
Le malade, un vigneron robuste de 50 ans, sans antécédents tuberculeux ni syphilitiques, tomba malade pour la première fois le 20 octobre 1909. L'infection est aiguë, grave, fébrile, ressemblant à une fièvre typhoïde. Vers le 10 novembre, sans amélioration de l'état général, apparaissent 17 gommes sous-cutanées (partout disséminées) bientôt adhérentes à la peau qui se teinte de rouge violacé et s'ulcère. Vers le 20 novembre le genou droit se tuméfie, devient très douloureux, rouge et chaud, il est distendu par un épanchement considérable, la ponction retire 200 centimètres cubes de liquide jaune citron. Cette évolution bizarre et surtout l'éruption des gommes sous-cutanées font penser à une mycose; aussi au début de janvier 1909, l'iodure est-il ordonné; une amélioration rapide et surprenante des symptômes généraux et locaux justifie ce diagnostic, la guérison apparente est complète à la fin de janvier. Mais le malade, cessant trop tôt l'iodure, eut une première récidive en mars 1910 : une bronchopneumonie aiguë qui guérit en un mois par l'iodure. Puis cessant encore l'iodure il eut une seconde récidive en mai 1910, une ostéomyélite subaiguë du tibia qui guérit en deux mois par l'iodure. « Le malade a compris cette fois la nécessité de prolonger le traitement ioduré, il n'a plus présenté aucun accident depuis six mois et il a repris son travail accoutumé. » C'est là un nouvel exemple de l'action puissante et décisive de l'iodure de potassium sur les mycoses, et de la fréquence des récidives si l'on ne suit pas la règle posée par nous, dès 1906, de soumettre le malade à un traitement de sûreté pendant un mois au moins après la guérison clinique apparente complète des lésions.
Mycoses.
Le diagnostic resta longtemps 'en suspens chez ce malade, mais dès que vint à l'esprit l'idée d'une mycose, la culture fut faite et le diagnostic se précisa.
Les ensemencements sur gélose glycosée peptonée à froid donnent des colonies d'aspect assez spécial par leur surface hérissée de piquants en bou-
Fig. i"2i. — Acremonium Potronii, Vuillemin. 1" Aspect chevelu -de la cellule vue à In loupe; — 2" Filaments mycéliens émettant à angle droit des conidiophores fusiformes, dont l'extrémité va donner une spore : — 3° Spore à l'extrémité d'un sporophore; — 4" Spore isolée; — 5° Sporophore présentanl un rameau latéral; — 6° Ramification irrégulièré sur une culture maladive. (D'après Vuillemin.)
quels ou en tapis et par leur teinte rosée, mais l'aspect macroscopique n'est pas assez caractéristique pour négliger l'examen microscopique. Celui-ci est facile, car le champignon grimpe sur la paroi sèche du tube à travers laquelle on peut l'examiner au microscope suivant la technique que nous avons indiquée.
Le parasite est formé : de filaments mycéliens couchés, peu ramifiés.
Mycoses.
émettant dos cordons dressés, hérissés sur toute leur étendue de conidiophores nés à angle droit — de conidiophores fusiformes, de 1,75 à 1 p, de large sur 15 à 20 p. de long, presque toujours simples, présentant accidentellement une ramification latérale et se terminant par une seule spore — ; de spores ovales, lisses, roses, tombant rapidement, de 4, 5 \l sur 2 à 2 jx 2 (fig. 424).
Le parasite revêt in vivo une forme difficile à trouver; il était filamenteux du diamètre de 1 [x, et ramifié dans l'enduit buccal où il se mêlait au champignon du muguet.
Le sérum du malade agglutinait à — son propre parasite : la sporoagglu-
lination avec le Sporotrichum Beurmanni a été négative.
L'intra-dermoréaction avec les toxines (cultures tuées) de YAcremonium a élé positive.
Le parasite ne paraît pas pathogène pour les animaux de laboratoire.
Fiff. 425.
Ulcérations gommeuses du dos dues au Mycoderma pulmoneum. Elles sont disposées sur le trajet des bretelles de la hotte que portait le malade.
Cette observation prouve une fois de plus l'importance du diagnostic de mycose, puisque c'est ce diagnostic qui indiquant le traitement ioduré à sauvé le malade d'une infection grave récidivante. On ne saurait donc trop répéter qu'en matière de mycose, le pronostic dépend presque toujours de la « science » du médecin.
Dermatomycose végétante disséminée due au Myeoderma pulmoneum. — Ce cas est un exemple de la pluralité parasitaire des dermatites végétantes. Le Mycoderma ymlmoneum a déjà été cultivé dans des expectorations de tuberculeux (Bennet, Cao, Vuillemin) mais c'est la première fois qu'il est découvert dans des lésions cutanées (Balzer, Gougerot et Burnier).
1 08 1 Mycoses
Le malade, un homme vigoureux et porteur aux halles, indemne de tuberculose el de syphilis (réaction de Wassermaim négative), souffre de ses lésions cutanées depuis sept ans (1905), elles guérissent pour reparaître aux mêmes points et dans d'autres régions, attaquant ainsi, dans des récidives successives, le dos, l' avant-bras, la jambe, le pied, la tempe. Le malade
Fig. 426. — Dermatomycose végétante due au Mycoderma pulmoneum.
Placard >verruqueux de l'avant-bras caractéristique avec un mélange d'aires verruqueuses sèches,
d'aires bourgeonnantes, humides, fissurées, suintantes, d'abcès, d'aires cicatricielles.
raconte que les ulcérations commencent par une pustulelte acnéiforme analogue à celles qui parsèment le dos. Bientôt la pustulelte grossit, s'ulcère et s'incruste.
En s'étendant, la lésion donne tantôt des ulcérations gommeuses à bords irréguliers, déchiquetés, dont le fond semble net au premier abord, mais la pression révèle des pertuis multiples et fait soudre des gouttelettes purulentes (suppuration en écumoire), la palpation confirme la notion d'envahissement de l'hypoderme et donne la sensation d'infiltration fongueuse (fig. 425).
Mycoses.
Tantôt la lésion initiale aboutit à des placards ulcéro-végétants, verruqueux, irréguliers, diffus (fig. 426). Ces placards ont un aspect assez spécial en raison du mélange : 1° de segments verruqueux, squameux, secs : 2° de segments bourgeonnants, humides, fissurés, suintants, à gros mamelons végétants; 5° de petits abcès laissant sourdre des gouttes de pus visqueux; 4° d'aires cicatricielles, lisses, indurées, rétractiles, rose violacé, parsemées de petits mamelons reliquats de peau saine, bordées de languettes cutanées flot tantes ou en pont.
Les ulcérations peuvent devenir des placards végétants et, inversement, les placards végétants peuvent se creuser d'ulcères. Les lésions régressent spontanément, mais les récidives sont alors constantes et se font, habituellement sur le bord de la cicatrice, soit sous forme d'ulcérations, soit sous forme de verrucome.
Ces caractères distinguent cette dermatomycose des autres dermatites végétantes et ulcéreuses : la syphilis avec ses papules et ses ulcérations à bords nets curvilignes tracés au compas, même dans ses variétés frambœsiformes, n'a pas cette apparence; les tuberculoses ne réalisent pas un mélange aussi complexe d'aires verruqueuses, végétantes, d'abcès, de cicatrices; la mycose de Gilchrist donne des placards plus saillants, plus végétants, à bords nets, ourlés, non diffus; la sporotrichose peut être aussi polymorphe, mais elle est moins tenace et moins cicatricielle; la cladiose de Bloch s'accompagne de lymphangite gommeuse ; les verrucomes dus à des cocci ont une évolution plus rapide et plus bénigne. Cliniquement cette dermatite ne ressemble donc à aucun type connu et c'est ce qui incita à des recherches bactériologiques.
Les frottis de pus montrèrent un champignon à gros éléments ovoïdes de 4 à 8 u, placés parfois bout à bout ébauchant un. filament court à gros articles de 4 à 7 [/..
Les ensemencements sur gélose glycosée peptonée faits et refaits dans les diverses lésions donnèrent toujours le même champignon, le Mycoderma pulmoneum (synonymie : Oidium pulmoneum, Oospora pulmonea). Sur gélose glycosée peptonée les colonies sont peu saillantes, blanches, luisantes, réticulées, parcourues de plis étroits, auréolées (fig. 427). Microscopiquement elles sont formées : — de filaments cloisonnés, incolores, à articles inégaux de 6 à 8 u. de large sur 30 à 50 u. de long, — de spores ovoïdes ou quadrangulaires, les unes détachées, les autres rangées en chaînette (fig. 428). Le champignon est pathogène pour le lapin, le cobaye et le rat. Les inoculations des fragments de lésions au cobaye restèrent négatives. Les lésions histologiques sont celles que nous avons décrites dans les sporotrichoses verruqueuses.
Fig. 427. — Mycoderma pulmoneum sur gélose glycosée peptonée. Voile blanc, peu saillant, parcouru de crêtes étroites et basses, réticulées en gâteau de miel.
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Mycoses.
Le sérum du malade agglutine son propre champignon à ^.
L'action de l'iodure fut lente, mais indéniable, Tiodure donna une guérison complète (1910), mais suivie bientôt d'une récidive partielle (janvier 191 1). Au traitement ioduré on ajouta les pansements locaux au sulfate de cuivre et, en raison de la lenteur de la cicatrisation, on pratiqua sous chloroforme un raclage de toutes les lésions en activité. Le malade sortit guéri : il n'a sans doute pas eu de récidive, car il n'est pas revenu consulter.
En résumé, les dermatites végétantes parasitaires, qui autrefois semblaient se résumer dans les tuberculoses cutanées verruqueuses et muqueuses papillomateuses, représentent donc un syndrome anatomo-clinique que peuvent réaliser non seulement le bacille tuberculeux, mais des parasites divers : champignons du groupe du Zymonema Gilchristi, Sporotrickum Beurmanni, Mastigocladium Blochii, Mycoderma pulmoneum, et même des streptocoques et cocci cutanés.
Nouvelle mycose due à l'Enantiothamnus Braulti. — Cette mycose, étudiée par J. Brault et Masselot, est le premier exemple de ce groupe.
Le malade était un indigène arabe, homme vigoureux de 24 ans, ancien syphilitique, non tuberculeux, travaillant dans les fabriques de crin végétal et d'alfa (Annales de Dermatologie, novembre 1911). Le malade était porteur de trois gros nodules situés sur la fesse gauche. Ces nodules étaient apparus, le premier il y a 4 mois, le deuxième il y a deux mois, le troisième il y a un mois. Ces nodnles, d'abord indolents, se fistulisèrent à plusieurs reprises, gênant la marche. Ils sont rouges, saillants, irrégulièrement arrondis, du volume d'une petite cerise et ombiliqués au centre, ressemblant « à de gros molluscum contagiosum ». C'est seulement à leur centre qu'ils se. sont fistulisés, laissant suinter quelques gouttes de pus. Ces gommes, enlevées, ne récidivèrent pas. On eut l'impression d'être devant une affection « insolite » et le diagnostic clinique resta en suspens.
Ces gommes hypodermodermiques ne ressemblent histologiquement ni à la tuberculose ni à la syphilis, elles paraissent avoir une structure d'inflammation banale : infiltration « de nombreuses cellules blanches mononucléaires de diverses tailles, et de polynucléaires » souvent dégénérés, granuleux; micro-abcès disséminés contenant à leur centre des loufl'es de
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