‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 5)Chapitre 126 sur 299 · VJ · texte numérisé non relu

VJ

"t. CONSTANTIN.

Fig. 459. — Frottis de la fausse membrane de l'ulcère dans un cas de kératomycose verticilliaire

(Morax).

festations ne diffèrent pas de celles déjà relatées à propos de la sporotrichose ; notons cependant déjà l'importance de l'adénopathie préauriculaire

Fig. 160. — Conidiophores dans un frottis de kératomycose aspergillaire (Zade).

au cours d'une infection chronique oculaire comme devant orienter le diagnostic dans le sens de sporotrichose. Nous n'insisterons pas non plus sur les méthodes de diagnostic; les frottis de pus ne montrant d'habitude pas de parasites caractéristiques, généralement des formes cocciennes

Œil (Mycoses oculaires).

indéterminables, rarement dos formes levures caractéristiques, il faudra recourir au diagnostic par la culture à froid sur gélose sucrée peptonée de Sabouraud avec ou sans L'artifice de la coulée de pus sur verre sec, dont la technique a été suffisamment expliquée d'autre part (V. Mycoses). La culture primitive sur gélose-ascite donne souvent des résultats aussi intéressants. Sporotrichose palpébrale. — Il s'agit généralement de petites ulcérations <\u bord libre de la paupière rappelant la folliculitc ulcéreuse avec épaississement et rougeur palpébrales s'accompagnant parfois de petits alxès intradermiques; dans un cas, Ton a noté une violente réaction lym-

phangitique à la joue (fig. 461); il y a presque toujours de l'adénopathie caractéristique ; pas de douleurs, à peine un peu de gêne ; pas de réaction des tissus voisins, le tout évoluant lentement et sans douleur.

Ce qu'il importe surtout dans ces cas, c'est de faire le diagnostic différentiel. Cliniquement, ce qui pourra éveiller des doutes, c'est l'aspect peu actif des lésions : ulcérations ou noyaux entourés de tissu sain, pour ainsi dire indifférent. Pas d'induration jambonnée comme dans la syphilis ; pas de bords décollés, violacés, mordus par la lésion, pas de gros anneaux blanchâtres comme dans la tuberculose. La seule évolution fera éliminer rapidement le diagnostic de chalazion abcédé. Les ulcérations lépreuses sont toujours secondaires à d'autres manifestations cutanées ou viscérales du bacille de Hansen. Les ulcérations néoplasiques, surtout la forme qu'on a décrite sous le nom d'ulcus rodens des paupières ou de cancroïdes, ont un fond plus facilement hémorragique : à la palpation, les bords et la base sont indurés et fortement épaissis. Mais le diagnostic doit être et ne peut être fait que bactériologiquement.

Sporotrichose conjonctivale. — Les lésions sont ici assez typiques : ce sont des follicules végétants et ulcéreux, souvent d'aspect circiné, s'accompagnant de taches jaunâtres rappelant les concrétions conjonctivales, mais plus molles, et d'érosions légères ou profondes (fig. 462); les taches jaunâtres manquent parfois, mais les paupières présentent toujours une induration profonde. L'adénopathie préauriculaire n'a jamais fait défaut, de même que la gêne conjonctivale, bien plus marquée que ne le ferait supposer l'examen de l'œil.

Le diagnostic de la sporotrichose conjonctivale sera, en général, facilité par les taches jaunes et l'adénopathie; les seules confusions possibles avec la tuberculose de la conjonctive et surtout avec la conjonctivite de Parinaud (v. c. m.), ne seront évitées que par la culture. Enfin il existe des ulcérations simulant la sporotrichose mais où la mise en évidence n'a pu être faite, malgré l'examen le plus soigné.

Fig. 461. — Sporotrichose palpébrale avec gros cordon lymphangitique de la joue (Morax).

Œil (Mycoses oculaires).

Dacryocystite sporotrichosique. — Dans une observai ion de Morax, il s'agissait d'une inflammation du sac lacrymal à allure chronique el eolleetion suppurée avec àdénopathiè [préauriculaire. L'incision montra l'existence

d'une gomme ramollie, qui orienta le diagnostic vers la sporolri chose, ce que confirma la culture et la guérison rapide par le traitement ioduré.

Ce l'ait démontre une fois de plus l'importance qu'il y a à ne pas s'en tenir à un diagnostic symptomatique.

Nul doute que si l'on avait eu recours aux procédés habituels de dilatation des voies lacrymales, l'on aurait plus l'ail pour étendre les dégâts causés par le Sporotrichum qu'on n'aurait réussi à améliorer l'état du malade.

Dans un autre cas, il s'agissait seulement d'une petite gomme fistulisée de la région prélacrymale sans relation évidente avec les voies lacrymales (fig. 465).

Autres localisations oculaires de la sporotrichose : lésions orbitaires ; iridocyclite chronique et panophtalmie. — Le Sporotrichum, qui peut proliférer primitivement ou secondairement dans l'orbite et donner naissance à des collections suppurées venant se faire jour près des commissures palpébrales, peut aussi, par voie endogène, gagner l'iris et y provoquer des irido-cyclites assez violentes avec précipités sur la face postérieure de la

Fig. 462.

Sporotrichose conjonctivalc

(Morax).

Fig. 463.

.ésion sporotrichosique delà région prélacrymale (Morax).

cornée et petites gommes miliaires de l'iris nettement visibles à la loupe; ce processus peut même aboutir à la perforation de la coque oculaire; l'allure rappelle donc plutôt certaines infections tuberculeuses que l'iridocyclite syphilitique. On a môme eu affaire à des infections totales du globe oculaire, véritables panophtalmies sporotrichosiques. Les cas d'iridocyclite

Œil (Mycoses oculaires).

et de panophtalmies sporotrichosiques ayant toujours été observés jusqu'ici au cours de sporotrichose somatique, l'examen général du malade imposera le diagnostic.

BLASTOMYCOSES OCULAIRES. — Ces mycoses ne présentent qu'un très faible intérêt pour le praticien; sans doute, on a publié quelques observai ions de muguet conjonctival au cours desquelles des filaments de Monilia albicans ont été mis en évidence mêlés à d'autres micro-organismes; mais ce sont des cas rares, trouvaille d'examen microscopique où le champignon mélangé à d'autres agents pathologiques très virulents n'était peut-être qu'un épiphénomène. Le rôle pathogène de levures roses ou blanches ayant provoqué des kératites est plus que douteux. Quant à la mycose de Gilchrist(V. Blastomycose). c'est une dermatomycose américaine inconnue dans nos pays et qui ne doit retenir l'attention de l'oculiste qu'à cause de son point de départ fréquemment palpébral.

TEIGNES PALPÉBRALES. — Trichophytie. -- C'est une affection rare autour de l'organe visuel; tantôt on aura affaire à un type nettement circiné, herpétique ou sycosique, laissant complètement indemne les poils des sourcils et les cils; tantôt, au contraire, l'on sera en présence d'une blépharite attaquant inégalement les bords ciliaires et laissant des parties saines. Les points malades sont signalés par des croùtelettes grasses, jaunâtres, de 1 millimètre d'épaisseur, recouvrant de très fines pustulettes centrées d'un cil malade, cassé, apparaissant dans la peau comme un point noir.

L'on sait que les Trichophytons se divisent en deux grands groupes, suivant que l'examen microscopique montre que les éléments parasitaires sont tous dans le poil; ou bien qu'il a en plus un manchon extérieur de filaments

à la base du poil ; les premiers sont dits endothrix, les autres endoectothrix; les premiers ne se rencontrent que chez l'homme, les aulres sont d'origine animale, et cela a un intérêt au point de vue étiologique et surtout prophylactique.

Le diagnostic des formes herpétiques circinées est facile (fig. 464); celui des formes bléphari tiques est plus délicat : on se rappellera l'alternance des parties saines et des parties malades, la fragmentation des cils; c'est justement dans les formes insolites de blépharite ciliaire qu'il faut redoubler d'attention, car il est certain que la trichophytie blé-

Page 1