Fournier. Thèse de Paris
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lades, la môme réaction a décelé la présence diode dans la salive.
Grâce à l'obligeance de notre ami Desfemmes, nous avons pu doser la quantité totale diode contenue pendant dix jours dans les urines d'un malade pansé journellement à la teinture. La quantité d'iode recueillie a élé relativement très faible, 55 centigr. seulement, alors qu'il avait été employé environ 80 gr. de teinture du Codex, contenant 8 gr. d'iode. Cette faible absorption à la surface des plaies est bien en rapport avec ce fait, signalé plus haut, que la presque totalité de l'iode se combine aux albuminoïdes en formant avec eux une sorte d'enduit protecteur à la surface des plaies.
Des expériences précédentes, il résulte que, aussi bien sur la peau que sur les plaies, l'iode de la teinture est absorbée, mais que cette absorption est toujours peu considérable : chez quelques sujets prédisposés, elle sera suffisante pour déterminer de petits accidents, analogues à ceux qui se produisent au cours d'un traitement par l'iodure de potassium, en particulier des éruptions, surtout de l'acné iodique, et une albuminurie transitoire, mais les accidents graves d'iodisme ne paraissent guère à redouter. En tout cas, dans les trois morts signalées par Biesalsky, Noskovitz et Palris de Broe, il nous semble que vraiment rien ne permette d'incriminer sérieusement la teinture d'iode. Sans doute, il est des cas tout à fait spéciaux d'intolérance individuelle, sans doute, il est possible qu'on puisse observer avec la teinture d'iode des accidents d'empoisonnement, mais l'expérimentation et l'observation clinique sont d'accord pour montrer que la toxicité delà teinture d'iode est bien minime, très inférieure à celle de la plupart des antiseptiques, notamment à celle du sublimé et à celle de l'acide phénique.
S'il faut reconnaître l'existence, chez certains malades, d'une idiosyncrasie toute particulière et semblant même parfois extraordinaire, il n'en est pas moins vrai que les inconvénients reprochés à la teinture d'iode doivent, dans l'immense majorité des cas, être imputables aune trop grande concentration ou à la mauvaise qualité du produit employé.
Jusqu'en 1908, la teinture d'iode officinale renfermait 1 gr. d'iode pour 12 gr. d'alcool à 90°. Depuis le nouveau Codex, la teneur en iode est plus considérable, et la teinture officinale actuelle renferme 1 gr. d'iode pour 9 gr. d'alcool à 95°. Cette plus grande concentration ne paraît pas très heureuse au point de vue chirurgical ; aussi l'un de nous a conseillé de se servir d'une teinture notablement plus diluée que celle du Codex et renfermant seulement 1 gr. d'iode pour 15 gr. d'alcool à 95°. Le pouvoir bactéricide de cette solution est très suffisant et, avec elle, les accidents de vésication seront presque sûrement évités, à condition de se servir de teinture triode fraîche.
Nous touchons là à un point essentiel de la question : il est, en effet, certain que les applications de teinture d'iode sont surtout douloureuses, et les accidents de vésication d'autant plus fréquents que la teinture d'iode est plus ancienne. Cela tient à ce que la teinture d'iode s'altère rapidement et présente bientôt des modifications importantes, d'une part dans son degré de concentration, d'autre part dans sa composition.
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La teneur en iode de la teinture se modifie rapidement: en effet, même dans des flacons bien bouchés, il se produit une lente évaporation du médicament et, comme l'alcool s'évapore plus rapidement que l'iode, la concentration de l'iode augmente progressivement et, avec elle, la causticité du produit.
De nombreuses expériences ont été faites pour déterminer comment se fait cette concentration de la teinture diode : les résultats ont été un peu contradictoires, car les ailleurs ne se sont pas placés dans les mêmes conditions, les uns mettant la teinture dans des flacons bien bouchés, les autres la laissant s'évaporer à l'air libre dans de larges cuvettes plates. Nous avons fait une série d'expériences en nous servant de la teinture diode du Codex et de la teinture à I pour 15, placée dans des flacons de verre blanc remplis aux deux tiers et bouchés soigneusement. Dans ces conditions, nous avons pu constater que la quantité totale d'iode contenue dans le flacon n'avait subi aucune modification appréciable au bout de six semaines, tandis que la quantité d'alcool diminuait de 7 à 8 pour 100, d'où une concentration appréciable de la teinture. Ce fait s'explique d'ailleurs aisément, car les vapeurs d'iode qui se dégagent de la teinture viennent se sublimer sur les parois du flacon, s'y déposent sous forme d'un léger enduit qui finalement revient au contact de la teinture, tandis que l'alcool s'évapore réellement. Lorsqu'on se sert de la teinture du Codex qui est très près de son point de saturation, on constate, d'ailleurs, bientôt la formation de cristaux d'iode qui se précipitent au fond du flacon, preuve manifeste que l'alcool est saturé d'iode et que, par conséquent, la teinture s'est concentrée.
La clinique confirme, d'ailleurs, complètement ces données expérimentales : le médecin-major Pelletier, ayant constaté après l'emploi de vieille teinture des érythèmes intenses et de la vésication, eut l'idée d'ajouter à cette teinture une quantité d'alcool correspondant à l'alcool évaporé et dès lors les accidents ne se renouvelèrent plus.
Non seulement la teinture d'iode se concentre, mais surtout elle s'altère très vite en vieillissant, l'iode oxydant l'alcool et donnant de l'acide iodhydrique, de l'aldéhyde, des éthers iodhydriques, et aussi des acides iodiques et périodiques.
De ces diverses substances, l'acide iodhydrique est de beaucoup la plus importante. Son mode de formation a été étudié récemment par le pharmacien major Courtot ('). D'après lui, la formation d'acide iodhydrique est d'autant plus active que la teinture est plus à l'abri de la lumière ; elle commence quelques heures après la préparation de la teinture, augmente rapidement pendant deux mois, puis se ralentit et cesse complètement au bout de sept à huit mois, lorsque la teinture renferme environ 15 gr. d'acide iodhydrique par litre, maximum qui n'est pas dépassé.
Contrairement à cette dernière opinion, Collin a constaté récemment que la formation d'acide iodhydrique continue pour ainsi dire indéfiniment dans la teinture d'iode, et peut dépasser de beaucoup le maximum de
1. Courtot. Jour, ml de Pharmacie et de Chimie. 7 série, I. \, p. 297-354, I. II. p. T>ii. Arch. de méd.et de pharm. militaires (janvier 1910). Union pharmaceutique (janvier 191 1 ;.
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15 à 16 gr. par litre. En effet, dans de la teinture vieille de I rois ans, Collin a trouvé 22 gr. 4 d'acide iodhydrique par lilrc.
Quoiqu'il en soil, il est incontestable (prune teinture d'iode un peu ancienne renferme une proportion très notable d'acide iodhydrique, et que la présence de cet acide augmente beaucoup sa causticité: en effet, de l'eau distillée renfermant \ gr. d'acide iodhydrique par litre est très nettement vésicanle, de la teinlure fraîche à laquelle on ajoute 5 à (> gr. d'acide iodhydrique par litre provoque presque à coup sûr de l'éry thème et détruit l'épidémie. L'acide iodhydrique agit, d'ailleurs, non seulement par sa causticité, mais aussi par ce fait que sa présence permet la dissolution d'une plus grande quantité d'iode dans l'alcool, en sorte que lorsqu'on se sert de teinture d'iode un peu ancienne, on a de l'alcool sursaturé d'iode et par conséquent très irritant.
Pour parer aux inconvénients qui résultent de l'altération de la teinture d'iode on a proposé diverses solutions :
Courtot, ayant remarqué que l'iodure de sodium a la propriété d'empêcher la formation de l'acide iodhydrique, a proposé d'ajouter 35 gr. diodure de sodium par kilogramme de teinture. On obtiendrait ainsi une teinture d'iode absolument inaltérable. L'iodure de potassium employé dans les pharmacopées anglaise et américaine produit le même résultai.
Malheureusement, le médicament ainsi obtenu n'est plus de la teinture d'iode : c'est une solution alcoolique d'iode, très fortement iodurée et dont l'emploi n'est pas sans inconvénient. Nous avons fait, avec Dreyfus, une série d'expériences qui nous ont montré, de la façon la plus nette, que la teinture d'iode iodurée était notablement plus caustique que la teinture simple et que, tout au moins sur la peau du lapin, elle produisait fréquemment des accidents de vésication : ces accidents paraissent tenir d'une part à l'action même de l'iodure, et d'autre part à ce fait que sa présence permet une plus grande concentration de la teinture. De plus, Collin a montré récemment que la présence d'iodure de sodium ou de potassium n'empêche pas complètement la formation d'acide iodhydrique.
Au lieu d'iodure, Clarct conseille d'additionner la teinture d'iode de borate de soude d'après la formule suivante:
Borate de soude 2 grammes.
Teinture d'iode 12 —
Dans ce mélange, le borate de soude s'empare de l'acide iodhydrique pour donner de l'iodure de sodium et de l'acide borique, qui restent l'un et l'autre en solution. Le borate de soude étant à peu près insoluble dans l'alcool se dépose au fond du flacon sans troubler la teinture.
Ce procédé est très employé en Amérique, mais il présente deux inconvénients : 1° au bout de quelque temps, on obtient de la teinture d'iode iodurée qui n'a aucun avantage sur celle que conseille Courtot ; 2° à mesure que se forme l'iodure de sodium, la teneur en iode libre de la teinture s'affaiblit, et en même temps son pouvoir antiseptique. Les mêmes incon-
1. Claret. L'acide iodhydrique de la teinture d'iode. Union pharmaceutique, 51 août 1ÏI06, p. 378.
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vénients résultent de l'addition à l'alcool de corps oxydables, Ids que résorcine, acide gallique, tannin, naphlol. sulfite ou hyposulfite de
soude (').
Plutôt que d'avoir recours à ces procédés de conservation, il esl bien préférable de se servir de teinture d'iode fraîche préparée extemporané-
ni<>)it : pour obtenir cette teinture, on a d'abord conseillé de se servir d'alcool tenant en dissolution une certaine quantité d'iodure de potassium ou de sodium, et dans lequel on verse, au moment de s'en servir, le contenu d'une petite ampoule de verre pleine d'iode métallique. Malgré sa simplicité, ce procédé est, croyons-non s, à rejeter, en raison des inconvénients de la teinture d'iode iodurée.
Il vaut mieux se servir d'iode porphyrisé ou d'iode précipité, qui se dissout instantanément dans l'alcool à 95°, sans addition d'aucune substance étrangère. On trouve actuellement dans le commerce de petites ampoules de verre soigneusement scellées renfermant 1 gramme d'iode porphyrisé qui se conserve sans aucune altération tant que l'ampoule n'est pas ouverte; d'autre part, on a de petits flacons bouchés à l'émeri et renfermant la quantité d'alcool à 95° nécessaire, soit 1) ou 15 grammes suivant la teinture que l'on désire. Lorsqu'on a besoin de teinture, on débouche le flacon d'alcool et on y verse le contenu de l'ampoule d'iode; on rebouche le flacon, on l'agite et on obtient presque instantanément 10 à 15 gr. de teinture diode fraîche, soit à peu près la quantité nécessaire pour faire 3 ou i petits pansements. Lorsque cette teinture est épuisée, on en fait d'autre, en sorte que sans perte appréciable on a toujours à sa disposition de la teinture fraîche.
Au lieu d'iode porphyrisé dont la préparation est assez pénible, on peut, suivant le conseil de Gautier, se servir d'iode précipité qui se dissout également presque instantanément dans l'alcool, mais la préparation de l'iode précipité est extrêmement facile; n'importe quel pharmacien le préparera aisément, et cela d'autant plus volontiers qu'il pourra sans nul inconvénient utiliser pour cette préparation son stock de vieille teinture d'iode. D'ailleurs, depuis peu, on trouve l'iode précipité dans le commerce et à des prix très modérés.
Nous voici en possession d'une teinture d'iode bien titrée et fraîchement préparée, il nous reste à exposer la façon de s'en servir.
Malgré son extrême simplicité, il importe de diviser l'exposé de cette technique suivant les cas auxquels on peut avoir à faire; aussi étudierons-nous successivement ;
1° La désinfection du champ opératoire;
2° La désinfection des mains du chirurgien;
5° La désinfection des muqueuses;
4° L'emploi de la teinture d'iode dans le traitement des plaies contuses;
■V L'emploi de ta teinture d'iode dans te traitement des suppurations et des gangrènes.
I" Désinfection du champ opératoire. — La désinfection du champ opé-