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Teinture d'iode (Emploi en chirurgie). 1 l>00
ratoire par le badigeonnageà la teinture d'iode a aujourd'hui conquis tous les suffrages, pour le plus grand bien des opérés el la plus grande commodité des chirurgiens.
La technique est d'une extrême simplicité : si l'opération n'est pas urgente, la veille, le malade prendra un bain et la région sera rasée; s'il s'agit d'une opération urgente, on se contentera d'un rasage à sec, car toutes les expériences signalées plus haut montrent qu'un lavage préalable rend moins complète la désinfection par la teinture d'iode.
Le malade une fois endormi et placé sur la table d'opération, le chirurgien prend, daus son plateau, une pince stérilisée sur laquelle est monté un petit carré d'ouate ou de gaze aseptique et il plonge son tampon dans un récipient en verre où il a fait verser devant lui de la teinture d'iode fraîche. Ayant ainsi imbibé son tampon, il le passe une seule fois sur le champ opératoire et Walther insiste beaucoup sur ce fait qu'il ne faut pas repasser plus d'une fois sur une surface déjà iodée, car c'est ainsi que l'on prépare la vésication possible; une seule couche suffit. Dans les régions anfractueuses comme l'ombilic, on tourne son tampon de façon à ce que la diffusion se fasse partout. On peut sans inconvénient dépasser largement le champ opératoire, de façon à ne pas avoir à appliquer de la teinture d'iode de nouveau au cours de l'opération, si besoin était d'agrandir l'incision.
Lorsqu'on interviendra sur des régions comme le pied ou la main, on ne négligera pas de passer le tampon entre les espaces interdigitaux et à l'extrémité des doigts et des orteils. A la face, rien de spécial, sinon qu'il faut faire attention à ne pas laisser tomber de teinture d'iode dans l'œil.
La teinture d'iode étant passée, le chirurgien, qui a noté l'heure de son application, attend sept minutes avant d'enlever l'excès d'iode pour éviter les brûlures, et il emploie ce court intervalle à ranger ses instruments; les sept minutes écoulées, il imbibe une compresse d'alcool et enlève largement l'excès d'iode, en insistant un peu moins sur la ligne d'incision ('). A ce moment, il faut avoir soin, avec une compresse sèche et stérile, d'assécher le champ opératoire qu'il convient de ne pas laisser humide. Ceci fait, les champs sont installés et le chirurgien peut commencer son opération, sûr d'avoir été devancé par l'iode aseptisante.
L'opération terminée, il est bon de passer une couche légère de teinture d'iode sur la ligne de suture; on le fait avec une pince sur laquelle on monte un morceau de compresse imbibé de teinture d'iode ; dès que cette application linéaire est faite, il faut avoir bien soin, avec une compresse stérilisée et sèche, d'éponger cette surface nouvellement iodée, de façon à ne pas laisser un excès d'iode : grâce à cette méthode, on obtient une stérilisation parfaite des sutures cutanées.
Quant à la peau désinfectée à l'iode, à la fin de l'opération, par suite du frottement des champs, elle a presque sa coloration normale; tout au plus est-elle un peu plus brune. Le pansement post-opératoire est appliqué
1. Les Allemands préfèrent passer le champ opératoire à l'hyposulfite de soude (solution à 12 pour 100). Nous ne saurions nous rallier à cette technique : a) parce qu'elle crée une complication; 6) parce que l'hyposulfite très modérément antiseptique est loin de valoir l'alcool pour débarrasser le champ opératoire, non seulement de l'iode en excès, mais des germes qui ont pu y toucher au cours de l'intervention.
Hiol Teinture d'iode (Emploi en chirurgie).
comme dans les autres méthodes et, lorsque au bout de huit ou neuf jours on procède à l'ablation des (ils. on n'observe ni érythèmes, ni vésication, la peau est tout au plus brunâtre, avec parfois des lambeaux de desquamation.
!2° Désinfection des mains du chirurgien. -- La méthode de Grossich peut-elle être employée pour la désinfection des mains? Théoriquement, il n'y a évidemment aucune raison pour que la teinture d'iode, reconnue supérieure comme désinfectant de la peau du ventre ou de n'importe quelle partie du corps du patient, voie son domaine limité au malade.
En fait, il n'en est pas de même; on fait des reproches à la teinture d'iode et il est peu de chirurgiens qui l'emploient pour la désinfection de leurs mains. Il est évident, en effet, qu'autre chose est pour un épiderme de subir une application iodée rapide, et d'en recevoir quotidiennement trois, quatre, six, voire davantage. Les propriétés caustiques de la teinture d'iode reprennent toute leur importance, et leurs inconvénients surgissent d'autant plus graves que la répétition des opérations est plus fréquente. On ne peut songer à infliger aux opérateurs « le supplice de l'iode », outre que l'on rencontre naturellement chez eux des idiosyncrasies comme chez les malades, et des susceptibilités spéciales.
Toutefois, la méthode suivante, assez analogue à celle conseillée par Bérard et Chattot, nous a donné depuis trois ans d'excellents résultats. Si nous avons à intervenir d'urgence sur des blessés ou des malades présentant des signes d'hémorragie grave, nous désinfectons d'abord rapidement nos mains à la teinture d'iode dédoublée, c'est-à dire à 5 pour 100, nous les laissons sécher, puis nous enlevons l'excès d'iode en frottant avec un tampon imbibé d'alcool.
Lorsque l'opération n'est pas urgente, nous nous lavons les mains à la brosse et au savon pendant cinq à six minutes, puis, après les avoir séchées en les essuyant avec une compresse aseptique, nous les lavons pendant une minute dans de la teinture d'iode à 2 pour 100. En procédant ainsi, la peau des mains présente une très légère coloration qui disparaît en quelques minutes; nous n'avons jamais eu d'érythème, ni de vésication et nos malades n'ont présenté aucune trace d'infection.
5° Désinfection des muqueuses. — Il est certaines muqueuses qui sont très difficiles à désinfecter complètement, et en particulier la muqueuse vaginale, dont les replis forment de petites cavités où les saprophytes sont dans une véritable forteresse bravant les moyens ordinaires de désinfection du vagin. C'est justement cette difficulté qui, pour beaucoup de chirurgiens, fait préférer l'hystérectomie abdominale subtotale à l'hystérectomie totale, où les saprophytes naturels du vagin peuvent par voie directe infecter la grande cavité péritonéale, malgré une préparation soignée. C'est donc surtout pour la muqueuse vaginale que nous nous occuperons de la désinfection par la teinture d'iode. Voici comment nous procédons. Dans le service de clinique de l'Hôtel-Dicu, lorsque nous pratiquons, soit une opération par voie vaginale (curettage. amputation du col, colpo-périnéorraphie), soit une intervention abdominale au cours de laquelle nous supposons avoir besoin d'ouvrir la cavité vaginale. N,u p. M. c. — Suppl. ioi
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pendant les jours qui précèdent l'opération, la malade <'sl préparée comme on le faisait habituellement, et par des injections antiseptiques et non irritantes on essaie de diminuer la virulence des germes pathogènes de la cavité vaginale. La malade, le jour de l'opération, est apportée endormie sur la table, et on fait alors en premier lieu la stérilisation du vagin à l'iode, avant de faire la désinfection du champ opératoire abdominal. Pour cela, la malade est mise en position gynécologique. On peut se servir de deux valves stérilisées de façon à bien voir le col ; il est plus simple de s'en passer et d'introduire directement un tampon monté sur une pince et imbibé de teinture d'iode. On se servira comme porte-tampon d'une longue pince, de façon à atteindre le col facilement. Après l'introduction du tampon, on badigeonne le pourtour du col et la muqueuse par des mouvements de vrille, de façon à bien effacer tous les plis du vagin, car on ne pourrait sans cela aseptiser toute la muqueuse. On peut s'assurer que la désinfection est bien faite en regardant avec deux valves. La muqueuse vaginale prend alors une teinte noirâtre. Il n'est pas nécessaire de se servir ensuite d'alcool pour enlever le surplus d'iode et ultérieurement on n'a pas observé d'érythème de la muqueuse vaginale. Lorsqu'on craindra une dégénérescence du col, on pourra avec beaucoup de fruit introduire dans la cavilé cervicale un petit tampon imbibé d'iode, qui sera très utile pour empêcher les infections. Les résultats de la désinfection du vagin par cette méthode ont toujours été excellents. En ce qui concerne les autres muqueuses, il n'y a rien de bien spécial à ajouter. Dans l'endométrite, nous avons obtenu de même d'excellents résultats en nous servant de teinture d'iode pour aseptiser la muqueuse utérine avant le curettage.
¥ Emploi de la teinture d'iode dans le traitement des plaies contuses. — L'emploi systématique de la teinture d'iode a complètement révolutionné le traitement des plaies confuses, et a donné des résultats vraiment merveilleux.
Avec la méthode classique, les plaies infectées, surtout les plaies des mains, presque toujours souillées de graisse et de cambouis, nécessitaient un nettoyage minutieux, long et douloureux, presque impossible à faire sans anesthésie et qui restait forcément toujours très incomplet.
Avec la teinture d'iode, aucune de ces complications; un flacon de teinture fraîche et quelques compresses aseptiques suffisent pour le pansement : aussitôt que le blessé lui est amené, le médecin assèche de son mieux la plaie avec une compresse aseptique, puis, sans faire aucun lavage préalable, il badigeonne à la teinture d'iode, d'abord le pourtour de la plaie, puis la plaie elle-même, en ayant bien soin de passer son tampon dans toutes les anfractuosités, dans tous les culs-de-sac que l'on élargit si l'abord en est difficile.
Ce badigeonnage produit une sensation de cuisson désagréable, mais qui ne dure pas, et que les malades les plus pusillanimes supportent aisément. Ensuite on laisse sécher la teinture d'iode et on fait un pansement aseptique extrêmement simple.
Les pansements ultérieurs sont encore plus simples : au bout de vingtquatre heures, on découvre la plaie et on constate d'ordinaire que les
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compresses sont imbibées d'un suintement assez, abondant, on l'ait un nouveau badigeonnagc en ayant soin que la teinture d'iode ne s'accumule pas trop dans les points déclives, puis on refait le pansement et on le renouvelle quotidiennement jusqu'à ce que les sécrétions abondantes des premiers jours finissent par se tarir. A partir de ce moment, un badigeonnagc suffira tous les trois, quatre ou cinq jours.
Un petit point mérite l'attention : les exsudations delà plaie se coagulent et peuvent former avec l'épiderme des couches plus ou moins épaisses; elles recouvrent la plaie bourgeonnante; des sécrétions se collectent parfois au-dessous d'elles, y stagnent et, comme elles ne sont plus soumises à l'action directe de la teinture d'iode, elles deviennent virulentes et retardent la cicatrisation. Lorsqu'on soupçonne l'existence de ces abcès minuscules, on a ordinairement recours à un bain antiseptique et à un pansement humide pour faire tomber les croûtes; mais cette pratique n'est pas sans inconvénients; bien entendu, on ne se servira pas de sublimé: nous connaissons en effet les dangers des combinaisons de l'iode et des sels de mercure; l'eau oxygénée n'est pas non plus inoffensive. Lucas-Championnière (l) a montré combien elle est offensante pour les éléments cellulaires, et de plus elle a l'inconvénient d'entraver la pénétration de l'iode en hydratant les tissus. Pour ces raisons, nous préférons ne pas donner de bain antiseptique, mais faire pendant un jour ou deux un pansement avec notre pommade poly-antiseptique : les croûtes se ramollissent et tombent comme sous un pansement humide, et non seulement les tissus ne sont pas hydratés, mais encore ils sont imprégnés d'une substance grasse qui, comme le montrent les expériences de Lermitte et de Seelig et Gould, favorise ultérieurement la dialyse et l'action bactéricide de la teinture diode. Au bout d'un ou deux pansements, lorsque les croûtes sont tombées et que la surface granuleuse est mise à nu, on recommence comme par le passé les applications de teinture d'iode. Toutes ces manœuvres sont simples, mais il ne faut pas les négliger, car elles abrègent souvent de plusieurs jours la guérison définitive.
Les résultats obtenus par cette méthode sont vraiment excellents : les plaies contuses badigeonnées à l'iode dans les quatre ou cinq heures qui suivent la blessure guérissent presque toujours rapidement, sans donner lieu à aucune complication infectieuse. Dans les plaies traitées plus tardivement, on peut observer des suppurations, mais celles-ci restent presque toujours très circonscrites; les lymphangites et les propagations purulentes à distance sont rares ; dans presque tous les cas, la plaie se déterge et se met rapidement à bourgeonner.
Dans les plaies contuses de la main, les résultats sont tout particulièrement remarquables : avec les immersions dans l'eau oxygénée, méthode ordinairement employée, on observe presque toujours une sorte d'oedème inilammatoire qui gagne l'organe tout entier; des doigts, l'infiltration envahit la paume et la région dorsale; elle envahit les gaines tendineuses, les muscles, les jointures et laisse ces mains en battoirs, gourdes, inhabiles, longtemps impropres à tout travail. Avec l'emploi de la teinture d'iode, les
1. Lucas-Cha.mi'io.\niï;re. Journal de Méd. et de Chir. prat., 10 août 1909, p. 561.
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bords de la plaie marquent les limites des désordres pathologiques; le blessé, qui ne souffre p;is. contracte ses muscles, mobilise ses articulations cl ses tendons ; l'organe reste en forme; la cicatrisation de la plaie coïncide avec sa guérison et très rapidement l'ouvrier peut reprendre son travail.
A l'appui de ce que nous venons de dire, nous pouvons citer particulièrement l'histoire d'un accidenté du travail qui, soigné par nous à la teinture d'iode, voyait sa plaie se cicatriser, tandis 'que sa main restait sèche, agile et souple. Le médecin de l'assurance, peu confiant dans cette thérapeutique nouvelle pour lui, prescrivit l'eau oxygénée, et au bout de quelques jours notre blessé revint avec une plaie blafarde et des tissus œdémateux qui ne reprirent bon aspect qu'avec la teinture d'iode.
Les pansements à la teinture d'iode pourront encore donner d'excellents résultats, même lorsqu'ils sont faits tardivement, alors qu'ont éclaté les premiers signes d'inflammation locale et de septicémie : la main d'un tonnelier, prise entre un mur et un muid de 500 litres, avait littéralement éclaté, expulsant par plusieurs fissures palmaires et dorsales les muscles de l'éminence thénar et les interosseux; or, depuis l'accident, quarante-huit heures s'étaient écoulées, les masses musculaires déjà putréfiées répandaient une odeur nauséabonde, et déjà s'annonçaient les phénomènes précurseurs d'une infection générale. Sous l'influence d'un pansement à la teinture d'iode, tous ces symptômes se sont éteints, et le retour des fonctions a été obtenu d'une façon presque miraculeuse.
La teinture d'iode trouvera une de ses meilleures applications dans le traitement des fracture* compliquées. En présence d'une fracture ouverte, à part quelques cas exceptionnels, le devoir du chirurgien est aujourd'hui de ne jamais amputer, mais de pratiquer le plus tôt possible, et avec une grande minutie, la désinfection rigoureuse du foyer : la méthode classique de brossage et de savonnage du pourtour de la plaie, puis d'irrigation du foyer avec un jet d'eau oxygénée est très douloureuse; de plus, elle ne donne qu'une désinfection très incomplète, et est parfois même dangereuse, des matières septiques entraînées par l'eau du lavage pouvant pénétrer dans la plaie et déposer des germes pathogènes dans le foyer fracturé.
La teinture d'iode permet une désinfection beaucoup plus simple, plus rapide et plus sûre : on badigeonne d'abord largement tous les environs de la plaie; ensuite, par une longue incision longitudinale, on débride et on fait bâiller le foyer, de façon à le rendre bien accessible dans toute son étendue; avec un tampon monté sur une pince, il est alors facile de badigeonner les surfaces osseuses et les muscles déchiquetés, en ayant soin de pénétrer dans les culs-de-sac et dans toutes les anfractuosités.
Même lorsqu'une fracture ouverte est déjà en voie de suppuration, la désinfection à la teinture d'iode peut parer aux accidents : dans un cas de fracture compliquée de jambe malencontreusement suturée par un jeune chirurgien, cette désinfection nous permit de lutter victorieusement contre les phénomènes de gangrène et de septicémie. De même, dans une fracture de l'épaule infectée par un panaris antérieur au traumatisme.
Dans tous les grands écrasements des membres, la désinfection et les pansements à la teinture d'iode donnent presque toujours des résultats
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magnifiques et permettent une conservation que ne donnerait aucune autre méthode. Nous la préférons nettement à l'embaumement du membre traumatisé, en dépit des beaux succès que l'un de nous a obtenus, depuis plus de quinze ans qu'il conseillait cette méthode.
Dans le traitement des brûlures, l'emploi de la teinture d'iode est;. plus discutable. Descomps conseille vivement la technique suivante : après un nettoyage sommaire des grosses souillures, on badigeonnera longuement à la teinture d'iode toute la zone cutanée ambiante ; sur la surface brûlée elle-même, on appliquera de la teinture, pure ou diluée suivant les douleurs causées par le badigeonnage; si la surface brûlée est très étendue, on procédera à l'anesthésie générale et on badigeonnera à la teinture d'iode pure. Nous ne pouvons souscrire complètement à ces conclusions : dans les cas de brûlures peu étendues, nous n'hésitons pas à badigeonner à la teinture diode et les résultats obtenus sont très encourageants. Mais, lorsqu'un malheureux arrive avec une brûlure très étendue atteignant une grande partie du corps, nous n'osons employer la teinture d'iode : en effet, le badigeonnage à l'iode est vraiment très douloureux et nous ne croyons pas qu'il soit inoffensif d'avoir recours à l'anesthésie générale, comme le conseille Descomps. De plus, étant donné la facilité de l'absorption sur ces grandes étendues de derme privées de leur revêtement épidermique, nous croyons qu'on pourrait, dans certains cas, observer des accidents d'intoxication, en particulier des complications rénales graves.
5° Emploi de la teinture d'iode dans le traitement des suppurations et des gangrènes. — La teinture d'iode peut encore rendre les plus grands services dans le traitement des suppurations et des gangrènes.
En présence d'une collection purulente circonscrite, le traitement, très simple, consistera à inciser de façon à donner issue au pus, puis à badigeonner, à l'aide d'un tampon monté sur une pince, toute la surface de la cavité suppurante, en ayant soin de pénétrer dans tous les diverlicules et dans toutes les anfractuosités.
Dans plusieurs cas de phlegmons diffus, nous avons obtenu d'excellents résultats par la pratique suivante : d'abord, toute la surface enflammée est badigeonnée à la teinture d'iode, de façon à imprégner largement le derme et à s'opposer aux propagations lymp h angi tiques de voisinage. Ceci fait, en tous les points où l'on suppose l'existence d'infiltration purulente, on enfonce profondément la pointe du thermo-cautère, de façon à créer une sorte de puits par lequel un tampon monté sur une pince est introduit el va porter la teinture d'iode aussi loin que possible. A plusieurs reprises, ce traitement simple et essentiellement conservateur nous a permis d'enrayer la marche de phlegmons diffus et d'obtenir la guérison sans les grandes incisions mutilantes qu'il est de règle de faire.
Dans trois cas de phlegmons gangreneux du plancher de la bouche, d'angine de Ludwig, une guérison presque inespérée a été obtenue en pratiquant, sous anesthésie locale, une large ouverture au thermo-eau 1ère, et en introduisant par cette brèche une pince munie d'un tampon d'ouate imbibé de teinture d'iode, de façon à badigeonner abondamment et à plusieurs reprises toutes les anfractuosités du foyer gangreneux.
Tétanos (Nouveaux traitements). 1606
Enfin, dans un cas, nous avons vu la teinture d'iode triompher d'une gangrène gazeuse à marche presque foudroyante. Il s'agissait d'une septicémie suraiguë développée à la suite d'une ponction d'hématocèle. Les gaz crépitaient dans une énorme tumeur scrotale, ils avaient envahi le ventre, le thorax et formaient des poches sonores sous les aisselles, le pouls était incomptable, et le malade presque dans le coma, dans un état de béatitude inconsciente. La poche fut ouverte au thermo-cautère sans aucune anesthésie, vidée de ses gaz, de ses caillots et de ses écheveaux de tissu cellulaire sphacélé, puis les parois anfractueuses largement badigeonnées de teinture d'iode. Le lendemain, l'opéré vivait encore; le cinquième jour, il allait mieux; le sixième, on espérait le sauver; au bout d'un mois et dix jours, l'immense cloaque était à peu près comblé.
Quelque merveilleux qu'ils paraissent, ces résultats ne doivent pas nous surprendre : les suppurations et les gangrènes ont, en effet, comme caractère habituel de former de tous côtés des clapiers et des diverticules difficiles à atteindre, mais dans lesquels l'iode, grâce à sa diffusibilité, peut facilement s'insinuer. De plus, son énergique pouvoir bactéricide, stérilisant en quelques minutes les cultures les plus virulentes, supprime localement la pullulation microbienne et allège ainsi la défense de l'organisme. D'autre part, les badigeonnages des téguments environnants stérilisent les parties profondes du derme, en sorte que les lymphangites et les propagations purulentes se font plus difficilement, sans compter que les tissus desséchés et déshydratés par l'alcool se laissent difficilement envahir.
Le rôle de la teinture d'iode ne se borne pas à cette action bactéricide: elle agit encore en stimulant les moyens de défense de l'organisme par l'hyperhémie active qu'elle provoque dans tous les tissus avoisinants. Comme nous l'avons vu plus haut, les expériences de Max Schede montrent que l'application de teinture d'iode provoque une vaso-dilatation intense avec diapèse et infiltration leucocytaire étendue. Cet appel leucocytaire met en ligne des millions de phagocytes, dont nous savons le rôle dans la défense de l'organisme.
Si la teinture d'iode détermine une leucocytose intense, les leucocytes à leur tour favorisent la diffusion de l'iode et son action à distance. Les travaux déjà signalés de Marcel Labbé et de Lortat- Jacob, en nous montrant le rôle joué par les leucocytes dans l'absorption de l'iode, nous expliquent comment l'iode incorporé au protoplasma des globules blancs est entraîné jusque dans la profondeur des tissus et peut y exercer son action bactéricide. PAUL RECLUS et GEORGES PJQUAND.
TESTICULE. — V. Accidents du travail.
TÉTANOS (NOUVEAUX TRAITEMENTS).— La sérothérapie du tétanos, toujours discutée, a suscité de nouvelles recherches thérapeutiques. En ce qui concerne le sérum, la tendance actuelle est d'employer des doses très élevées. A la voie la plus usitée, la voie intra-veineuse, on a proposé de substituer la voie intra-carotidienne qui, expérimentalement tout au moins, donnerait de meilleurs résultats.
La méthode de Baccelli, négligée en France, continue à être employée à
1607 Thorax (Déformations : Traitement chirurgical).
l'étranger, et une statistique récente de son auteur donne une mortalité
de 17 pour 100.
Parmi les nouveaux traitements, le plus en laveur actuellement esl celui par les injection* intra-rachidiennes de sulfate de magnésie. Expérimentalement, l'application de ce sel sur un nerf supprime sa conductibilité. Cette action inhibitrice sur le système nerveux, Blacke l'applique pour la première Fois au traitement du tétanos. La technique esl celle de la ponction lombaire : on injecte de 3 à 5 ce. suivant le poids du sujet, d'une solution à 25 pour 100. Le malade s'endort peu à peu. Celte action sédative remarquable dure de 15 à 30 heures. Les injections onl donc besoin d'être renouvelées. En supprimant les phénomènes douloureux, les spasmes convulsifs, en évitant l'épuisement nerveux, ce procédé aide beaucoup à la guérison, qui surviendrait ainsi dans 50 pour 100 des cas. Mais il a ses inconvénients : ce sont les accidents respiratoires qu'il provoque parfois et qui résultent de l'action également inhibitrice du sulfate de magnésie sur les centres respiratoires. On les combat par l'atropine et la respiration artificielle.
Une autre médication d'action parallèle est le chlorélone, qui s'administre par la voie gastrique ou rectale. Mais son emploi ne s'est pas encore suffisamment généralisé pour que ce traitement ait fait ses preuves.
A côté de ces médications sédatives du système nerveux, sont nées d'autres méthodes qui, s'appuyant sur des expériences réalisées in vitro, cherchent à obtenir la neutralisation de la toxine tétanique.
Les tentatives de traitement par le chlorydrate de betaïne, le persulfate de soude sont restées isolées.
On avait aussi cherché à réaliser une véritable opolhérapie nerveuse par la pulpe cérébrale broyée (Koskiewiks) qui fixe la toxine, sans la tuer toutefois. Malgré 8 guérisons, les 10 cas réunis ne sont pas assez nombreux pour juger le procédé.
Almaggia et Mendes, cherchant à déterminer quelle était la substance qui fixait la toxine sur le système nerveux, virent que la lécithine et surtout la cholestérine jouissaient des mêmes propriétés que la substance nerveuse entière.
D'autres travaux onl montré in vitro le pouvoir anti toxique de la cholestérine et des sels biliaires, et l'action neutralisante des lipoïdes cérébraux. C'est en se basant sur ces faits qu'on a tenté les injections de cholestérine, de paratoxine (de Lemoine). Ce traitement a donné des résultats assez encourageants. Il demande toutefois, pour être jugé, d'être appliqué sur une plus grande échelle.