‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 5)Chapitre 71 sur 299 · DES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

DES ALIÉNÉS

Traitement. — (Test celui de l'épilepsie en général (v. c. m.). Mais il y a lieu de noter que parfois le traitement bromure est défavorable au point de vue mental. Indépendamment de l'oblusion intellectuelle d'origine manifestement bromique, il arrive que, tandis que le bromure agit défavorablement sur les crises convulsives, le caractère épileptique et parfois les crises psychiques subissent une aggravation parallèle, par une sorte de compensation, si l'on peut dire. Nous en avons mi un exemple net. Néanmoins le traitement bromure, le seul efficace, doit être appliqué.

Nous ne saurions préconiser le traitement opio-bromuré. Les injections d'hyoscine seront employées avec prudence dans les accès d'agitation furibonde. La balnéalion tiède prolongée ou continue et l'alitement sont les méthodes de choix.

Le traitement à domicile est possible dans les classes aisées et pour les cas bénins et apathiques. Les malades à caractère épileptique marqué sont insupportables dans les familles, le placement à la campagne est souvent réalisable. Il existe en Amérique et en Allemagne des villages d'épilepliques. Mais les épileptiques délirants, les plus dangereux de tous les malades doivent être placés dans un asile, de préférence dans un asile provincial où ils jouiront de la liberté compatible avec leur étal. Certains malades particulièrement dangereux, irréductibles, nécessitent un isolement absolu — qui constituant à vrai dire moins un traitement qu'une mesure de sécurité, sera autant que possible non continu — quand leurs impulsions sont trop fréquentes et trop violentes. Les moyens de contention mécanique sont à éviter. Nous avons vu expirer dans la camisole de force un malade au moment où il était amené dans un asile.

Médecine légale. — La médecine légale des épileptiques est des plus ardues, non pas qu'il soit en général particulièrement difficile de faire un diagnostic certain après observation prolongée, mais parce qu'il est difficile de dire si oui ou non l'acte a été commis dans l'état d'inconscience: car les tribunaux ont une tendance à admettre la responsabilité, au moins partielle, quand le délil a eu lieu hors de l'état de crise. La vérification de l'amnésie domine toute la question. Elle est souvent simulée ou alléguée.

En fait de testament la question est particulièrement obscure.

En cas de crime, l'acharnement du meurtrier est en soi un signe positif important.

Les exhibitionnistes sont en grande partie des épileptiques.

L'épilepsie larvée aune importance considérable, spécialement en médecine légale militaire (désertion, refus d'obéissance, violences envers les supérieur.-). TRENEL.

Folie et divorce. 606

FOLIE ET DIVORCE. Il arrive que le médecin soit sollicité de délivrer un certifical en vue d'une demande de divorce pour cause d'aliénation mentale.

Or, l'aliénation n'esl pas une cause de divorce reconnue par la loi française.

Le médecin est donc obligé de l'aire connaître ce fait à son client et ne peut que s'abstenir de loute intervention directe.

Par contre, si la loi n'admet pas le divorce pour cause d'aliénation mentale, les tribunaux ont, à maintes reprises, prononcé des divorces d'aliénés; mais ils n'arrivent à cette fin qu'en ne tenant aucun compte de l'aliénation mentale; ils veulent l'ignorer : ils se basent seulement sur les sévices ou autres actes qui constituent ïinjure grave et rendent la vie commune impossible. Ils tournent ainsi volontairement la loi. Et ils font bien. Il est tout à fait odieux de penser qu'un individu sain va être enchaîné toute sa vie à une démente précoce, pour prendre l'exemple le plus topique, ou qu'une malheureuse femme restera à tout jamais sous la puissance d'un alcoolique chronique atteint de délire de jalousie.

La nullité du mariage pour cause de folie maintes l'ois réclamée devant les tribunaux a été longtemps, d'une façon constante, rejetée par eux, car la loi n'admet la nullité que dans le cas d'erreur sur la personne ou de violence. N'est pas valable l'allégation que le consentement est nul comme n'ayant pas été donné en connaissance de cause dans le cas où le conjoint était déjà aliéné au moment du mariage.

Mais il a été jugé (Tribunal civil de la Seine, 25 décembre 1908) que la dissimulation d'un accès de folie antérieur au mariage constitue une injure, et le divorce a été prononcé dans ce cas.

Il en est à plus forte raison de môme pour Yépilepsie. Ces jugements ierojit sans aucun doute jurisprudence. (Tribunal civii de Moulins, 12 mai 1009.)

Ces faits positifs intéressent considérablement le médecin, car le secret médical peut y être mis enjeu : il arrivera qu'on demande des renseignements au médecin qui a traité le malade dans l'accès antérieur. Il va de soi que le secret médical est absolu. C'est à la partie à prouver le fait, et au tribunal à ordonner l'enquête. Celle-ci ne pourra guère aboutir d'ailleurs, sauf le cas de notoriété publique, que si la personne en question a été internée lors de l'accès antérieur, le tribunal se renseignant dans ce cas sur des documents officiels qu'il a le pouvoir de se faire communiquer, pouvoir qui d'ailleurs a été contesté.

Il arrive que l'époux veut faire interner le conjoint aliéné dans la croyance qu'il obtiendra ainsi le divorce plus facilement : le cas s'est présenté pour des fous moraux qui gardent leur lucidité tout en se livrant aux actes les plus repréhensibles. On a soutenu la thèse que, en se plaçant au point de vue strictement utilitaire, il y a lieu de déconseiller l'internement : le divorce sera plus facilement prononcé par le tribunal qui, comme nous l'avons dit, ne tient alors aucun compte du trouble intellectuel et apprécie uniquement les éléments de l'injure grave. Mais ceci est affaire d'avocat, non de médecin.

Plusieurs législations ont établi le divorce pour cause d'aliénation mon-

607 Fractures (Diagnostic radiographique).

taie. Le nouveau code civil allemand (art. 1569) l'admet sous les conditions sir. van tes : que la maladie dure depuis 5 ans, que la communauté mentale entre les époux ait disparu et qu'il soit prévisible qu'elle ne se rétablira pas. Le législateur a évité de parler d'incurabilité, car il peut y avoir des affections mentales même incurables qui ne détruisent pas cette communauté'menlale. Il ne parle pas non plus de démence; il ne considère donc pas en effet la n/< il intellectuelle, ainsi qu'on a dit, comme nécessaire; car maints délirants restent lucides en dehors de leur délire et néanmoins perdent complètement la communauté mentale avec leur conjoint.

Il est à souhaiter que le code civil français inscrive cette disposition humaine et libératrice ('). .1/. TRÊNEL.

FRACTURES (TRAITEMENT). — V. Appareils, Extension continue, Massage, Kinésithérapie, Ostéosynthèse.

FRACTURES (DIAGNOSTIC RADIOGRAPHIQUE). — Les rayons de Rôntgen constituent, pour le diagnostic des fractures, un adjuvant précieux à la clinique. Tantôt la radiographie vient confirmer les données de celle-ci; mais, même alors, elle fournit souvent des indications précieuses sur le nombre et la direction des fragments, l'existence d'interpositions musculaires, etc. Tantôt elle révèle des solutions de continuité que le clinicien ne faisait que soupçonner, et il est inutile de rappeler ici le grand nombre de lésions traumatiques (traumatismes du carpe, fractures marginales du tibia, déplacements des ménisques articulaires, etc.) dont la connaissance est due aux rayons de Rôntgen.

Elle a donc une importance considérable dans le diagnostic des fractures; mais son rôle dans la thérapeutique n'est pas moindre. Faite avant et après la réduction d'une fracture, elle permet, par comparaison avec le côté sain el avec ce que l'on sait de l'anatomie normale du squelette et des articulations, de se rendre compte de la perfection ou de l'imperfection du résultat obtenu. Elle est alors un guide précieux, et il y a longtemps déjà qu'il a été démontré que cette réduction, qui semblait parfaite, n'était en réalité qu'une réduction approximative. II est vrai que ces réductions approximatives sont très souvent suffisantes et compatibles avec un résultat fonctionnel parfait.

Enfin, la radiographie peut renseigner sur Y état du col. Elle est alors un élément de pronostic. Un cal qui n'existe pas sur un très bon cliché, ou bien n'est pas encore formé, ou bien n'a qu'une solidité illusoire. En pareil cas, si le malade marche, sa pseudo-guérison est bientôt suivie d'une récidive (fracture itérative, déformation du cal et angulation des fragments).

On voit, par cette rapide vue d'ensemble, quel appoint précieux constitue la radiographie. Mais, pour obtenir d'elle le maximum de rendement, il faut éviter les fautes de technique et les erreurs d'interprétation. Le clinicien doit savoir lire un cliché et l'interpréter. Une connaissance parfaite de l'anatomie est ici plus que jamais indispensable.

1. Jlqueliep. et Fillassier. Jurisprudence des tribunaux en matière de divorce et d'aliénation. Annales médico-psychologiques, 10 nov. 1010. — Thénel, Divorce et folie. De 1011. — D° passim 1010, 1011, 1012. — Graux, Le divorce des aliénés, 1011.

Fractures (Diagnostic radiographique). (K)8

Pour les fractures, deux radiographies, quelquefois trois, sont indispensables. Ces deux épreuves seront prises dans des plans perpendiculaires l'un à l'autre, c'esl dire qu'il y aura une épreuve de lace el une de profil. A se contenter (Tune épreuve unique, on risque de commettre des erreurs

grossières. Supposons, par exemple, une fracture du tibia avec chevauchement des fragments dans le sens antéro-postérieur, l'un des fragments étant devant l'autre. Les ombres des fragments, en se superposant sur le cliché de l'ace, pourraient faire croire soit à une absence de fracture, soit à une fracture avec bonne attitude des fragments. Faisons maintenant une radiographie de profil : immédiatement, nous voyons le chevauchement et nous nous proposons de le corriger par une bonne réduction. L'inverse a lieu dans le sens latéral. De môme pour l'angulalion des fragments, qui ne se voit bien que sur une épreuve faite perpendiculairement au plan d'angulalion. Nous pourrions multiplier les exemples pour démontrer la nécessité absolue d'avoir deux épreuves en sens différents.

Dans certains cas, il peut être utile d'avoir une radiographie du côté opposé, afin de pouvoir comparer le côté malade avec le côté sain.

Faite avant la réduction, la radiographie, outre qu'elle confirme et éclaire le diagnostic, fournit souvent des indications précieuses en vue du traitement. Une fois la réduction obtenue et le membreimmobilisé dans le plâtre. une deuxième radiographie, plus indispensable encore que la premier*», montrera si la réduction est bonne ou mauvaise; si elle esl mauvaise, il ne faut pas hésiter à défaire le plâtre, et à lenler, au besoin sous anesthésie générale, une nouvelle réduction.

Mais ici, il y a des nuances. Une réduction qui n'est pas anatomiquement parfaite, est-elle par cela même mauvaise? Non, car répondre par l'affirmative, équivaut à condamner en bloc toutes les réductions que l'on pratique journellement et dont un grand nombre donne cependant des résultats ou parfaits ou suffisants. C'est donc une question de degré, el la notion qui domine ici est celle du désaxement des fragments, principalement au membre inférieur. Sous ce rapport, l'angulalion est la pire des déformations el celle qui porte le plus atteinte à la statique du membre. Nous ne faisons ici qu'effleurer un sujet dont l'importance ne saurait échapper au praticien.

Un mot maintenant des « erreurs » imputées à la radiographie. On a porté contre elle les quatre accusations suivantes :

1° De montrer des fractures (/ici n'existent pas. Cette accusation n'est aucunement fondée. Il peut y avoir une apparence de fracture. Mais le cliché n'y est pour rien, et celui qui interprèle la radiographie n'a qu'à se mettre en garde contre de pareilles erreurs:

2° De méconnaître des fractures existantes. Avec le perfectionnement de la lechnique el l'habitude de prendre des épreuves en divers sens, cette éventualité est tout à fait exceptionnelle. Les fractures du crâne, de la face et de l'angle antérieur des côtes, et certaines fractures des métatarsiens sont parfois extrêmement difficiles à voir. En pareil cas, si le cliché est muet, la parole reste au chirurgien qui s'appuie sur un ensemble de signes cliniques:

609 Fractures (Traitement sanglant).

5° De ne pas montrer un cal déjà solide. Dès que l'opacité du cal égale celle du muscle, dès qu'il est infiltré de traces de sels calcaires, il est visible pour des rayons de pénétration convenable (Nogicr). Nous avons parlé plus haut des pseudo-guêrisons de certaines fractures.

4° De dénaturer T aspect des os fracturés. C'est l'objection la plus sérieuse, mais elle n'est vraie que dans des circonstances bien définies, et par cela même évitables. Laissons de côté le truquage, possible ici, comme dans une photographie ordinaire. La valeur d'un document radiographique dépend de l'habileté technique et de la valeur morale de celui qui le fournit. Mais il est des cas où la radiographie modifie naturellement l'aspect des os fracturés : ce sont ceux où une erreur de technique a été commise, portant sur le lieu où le rayon d'incidence normale frappe la plaque sensible, sur le placement de l'ampoule, sur l'emploi d'incidences obliques mal déterminées, etc. Dès 1900, Tuffîer avait démontré que, pour une radiographie bien faite, les déformations sont minimes, n'atteignant qu'un millimètre d'écart pour 1 centimètre.

A côté des défectuosités de technique, il y a aussi les interprétations vicieuses que l'on évitera par l'habitude de « lire » les radiographies et en possédant le plus possible de connaissances anatomiques et cliniques. Trois notions favorisent la bonne lecture d'un cliché et devraient être connues de tous les praticiens : a) celle de l'incidence du rayon normal; b) celle de la partie du membre faisant face à l'ampoule; c) celle, enfin, de la partie du membre contiguë à la couche de gélatino-bromure de la plaque photographique. Prenons un exemple : soit une épaule en position normale ventro-dorsale. Cela signifie que les rayons ont pénétré dans une direction perpendiculaire à l'articulation scapulo-humérale, l'ampoule étant placée en avant de l'épaule, et l'omoplate reposant sur la plaque sensible.

La direction oblique des rayons est désignée par les mots craniale et caudale. Un thorax radiographié en position cranio-dorso-sternale, cela signifie que les rayons sont arrivés obliquement du côté de la tête et ont traversé le thorax du dos vers le sternum. KENDlRDJY.

FRACTURES (TRAITEMENT SANGLANT). — Nous avons dit, à propos du diagnostic radiographique des fractures, que la restitution anatomique ad integrum est exceptionnelle, mais qu'un résultat anatomique imparfait n'implique pas nécessairement un résultat fonctionnel défectueux. Il n'en est pas moins vrai que ces résultats fonctionnels laissent trop souvent à désirer, et que tôt ou tard l'idée devait venir aux chirurgiens d'ouvrir les foyers de fractures pour agir directement sur les fragments et réaliser une réduction idéale.

Mais certains chirurgiens sont allés beaucoup trop loin lorsqu'ils ont parlé de la « faillite » des vieilles méthodes et qu'ils les ont condamnées sans appel. A les entendre, le traitement opératoire devrait être la règle et non l'exception. Cette opinion ne nous paraît pas défendable, et Willems (de Gand) a raison de dire que le traitement des fractures doit rester dans le domaine des praticiens, et qu'au lieu de chercher à étendre les indications du traitement sanglant, nous devons nous efforcer de tirer des

N"< P. M. C. — Slppl. 59

Fractures (Traitement sanglant). 610

anciennes méthodes tous les avantages qu'elles offrent à qui sait bien s'en servir.

Il n'en est pas moins vrai que le traitement opératoire a des indications et que, dans des cas bien choisis et entre des mains exercées, il donnera des résultats impossibles à obtenir par les autres méthodes: c'est à cette conclusion qu'est arrivé Bérard (de Lyon), dans son remarquable Rapport au Congrès français de Chirurgie de 1911.

Les lésions vasculaires ou nerveuses et l'interposition des parties molles commandent l'intervention. Ce sont là des conditions spéciales qui ont été admises de tout temps : on opère alors pour la complication, et non pour la fracture elle-même.

En dehors de ces circonstances, les fractures fermées peuvent se partager, au point de vue spécial qui nous occupe, en deux catégories (Bérard) : 1° celles que l'on est obligé d'ouvrir pour les réduire correctement; 2° celles que l'on peut opérer afin d'obtenir, à peu de risques, une meilleure réduction.

Quel que soit le procédé employé : vissage simple ou sur plaque, encerclage par le fil métallique, agrafage, suture, etc., aucun n'est absolument exempt de danger, malgré tous les progrès réalisés dans le domaine de l'asepsie et de l'instrumentation. Les risques d'infection atteignent leur maximum dans les fractures articulaires, et c'est là aussi que le danger est le plus grand. C'est dire que la chirurgie des fractures est aujourd'hui, et restera sans doute l'apanage des chirurgiens éprouvés et rompus aux difficultés du métier, et pourvus d'une installation parfaite.

Quelle que soit la variété de fracture fermée et récente, on commencera toujours par le traitement non sanglant : d'abord parce que ce traitement peut suffire; ensuite, parce que tous les opérateurs sont d'avis de n'intervenir que quelques jours après l'accident, laissant passer la période de shock, permettant aux hématomes et aux infiltrations de se résorber. On évitera, en outre, les surprises fâcheuses dues aux contusions et aux ruptures viscérales, aux infections locales et aux complications respiratoires. Deux exemples observés au cours de l'année 191 2 dans le service de notre Maître, le professeur Reclus, à l'Hôtel-Dieu, viennent à l'appui de ces sages préceptes : deux malades atteints de fracture transversale de la rotule, avec grand écartement des fragments, ont été pris, dans les 24 heures qui avaient suivi l'accident, de crises suraiguës de delirium tremens auxquelles ils ont succombé. Si nous les avions opérés de suite, nul doute que nous aurions accusé l'acte opératoire d'avoir provoqué ces deux décès. Et cependant il s'agissait là d'une fracture que tout le monde opère, sauf contre-indication locale ou générale.

Donc un répit de quelques jours est indispensable et il sera mis à profit pour vérifier les résultats obtenus, grâce à la radiographie, et pour décider s'il y a lieu de persévérer dans la voie où l'on s'est engagé, ou bien d'intervenir.

Dans le deuxième cas, on intervient à bon escient, et après s'être assuré qu'il n'y a à l'action du bistouri aucune contre-indication. Nous ne décrirons pas ici la technique (V. Ostéosynthèse) que l'on trouvera merveilleusement exposée dans le Rapport d'Alglave (Congrès de Chirurgie, 1911).

611 Frigorifiques militaires.

On a accusé la méthode sanglante d'êlre une cause de relard dans la consolidation. Il semble qu'il n'en soit rien, et môme que l'opération, lorsqu'elle a permis une restitution intégrale des formes de l'os, provoque souvent une soudure rapide des fragments, ce que Lambolle a appelé la réunion per primam des os.

Ouoi qu'il en soit, il faut, avant d'abandonner le blessé convalescent à ses propres forces, s'assurer par des mouvements actifs, par des marches d'épreuve et par des contrôles répétés de la radiographie, que la consolidalion est effective. Les manœuvres de mobilisation des jointures voisines et de massage des muscles trouvent leur application, ici comme après les méthodes non sanglantes, et rendront de précieux services.

Enfin, nous n'oublierons pas que le corps étranger qui a servi au maintien des fragments peut ne pas être supporté à la longue, et que son extraction secondaire peut s'imposer. KENDIRDJY.

FRIGORIFIQUES MILITAIRES — Le ravitaillement des armées en campagne est actuellement un des problèmes administratifs les plus angoissants. En effet, avec les effectifs énormes que les puissances lanceront sur le terrain de la lutte, la fourniture de la viande fraîche sera particulièrement difficile à assurer. Aussi, l'intendance essaye-t-elle de solutionner ce grave problème d'après les idées scientifiques modernes (viande congelée, automobiles, cuisines roulantes), qui réalisent un réel progrès sur l'ancien mode de ravitaillement par les troupeaux sur pied. N'est-elle pas, d'ailleurs, hautement persuadée que les succès des armées, si étroitement liés à la conservation des effectifs, dépend toujours, en grande partie, de la façon dont les approvisionnements sont faits?

La ration journalière de viande, en campagne, est de 500 grammes; le poids total de viande nécessaire à un effectif quelconque, comprend donc, en kilogrammes, un chiffre égal à la moitié de l'effectif : ces chiffres montrent toute l'importance en quantité de cette fourniture.

Actuellement en France, la viande est fournie par du bétail sur pied, qu'il faut entretenir à proximité des troupes et qui exige un nombreux personnel spécialisé pour le diriger et l'abattre. Or, cette viande, provenant d'animaux suivant les armées, est une viande rouge, molle, de salubrité douteuse, souvent rendue nocive par les léucomaïnes dues au surmenage et au dépérissement rapide des bovidés, qui voyagent plusieurs jours en chemin de fer, sans boire, puis, qui font des étapes sous la pluie ou le soleil, dans la boue et la poussière, sur les routes encombrées par les convois et sous les coups des « toacheurs ». Fatigués, amaigris, ne mangeant plus, ces animaux se traînent et tombent malades après quelques jours de marche: les épizooties font leur apparition dans ces grands troupeaux de bêtes débilitées.

Ce système de ravitaillement est donc déplorable, et, au nom de l'hygiène, il devrait être remplacé rapidement par le ravitaillement en viandes congelées et réfrigérées comme en Allemagne.

Ouant aux boites de conserve, elles sont un en-cas précieux pour toutes les circonstances où le bétail sur pied ferait défaut. Mais, malgré de réelles qualités, cette viande auloclavée n'a pas la même saveur et les mêmes pro-

Frigorifiques militaires. 6 1 2

priétés alibiles <[ue ia viande fraîche. Après quelques jours de consommalion, elle fait naître une insurmontable satiété, qui s'est bien atténuée depuis que ces conserves sont fabriquées en France, et qu'elles sont assaisonnées avec du poivre, du sel et des clous de girofle, qui les rendent plus appétissantes. En outre, leur prix est toujours très élevé (3 fr. 20 le kilogramme de viande désossée) : aussi, écrit Raynal « c'est un aliment qui a fait son temps ; ne le regrettons pas. car nous avons mieux aujourd'hui. »

Avec les vétérinaires militaires, Marchai, Raynal, Mounet, avec nos camarades Viry et le professeur Lemoine, du Val-de-Grace, nous sommes convaincus que l'emploi de la viande réfrigérée, en campagne, est la véritable solution à préconiser. Ce mode de fourniture procure aux soldats une viande salubre et substantielle, facilite la mobilisation, désobstrue les voies ferrées et fait réaliser des économies à l'État, en supprimant les pertes par les accidents et les maladies.

C'est un Français, Charles Tellier, qui, en 1872, présenta à l'Académie des Sciences le résultat d'expériences faites « sur la production économique de la glace et du froid, qu'il provoquait par Tévaporation del'éther vinique au moyen d'un courant d'air ». Ce savant essaya l'exploitation commerciale de son procédé, mais sa tentative ne fut pas couronnée de succès.

Actuellement, on préconise de nombreux systèmes qui sont fondés sur cette donnée scientifique « L 'évaporation d'un liquide facilement volatilisai le provoque le froid ».

Tous les pays ont essayé cette application du froid à l'alimentation, en particulier les Etats-Unis, l'Angleterre, et l'Allemagne qui compte environ 400 frigoriques. « Dans leur ensemble, écrit Lemoine, ces entrepôts contiennent 75 millions de kilogrammes de viande, de quoi nourrir toute l'armée allemande pendant 14 mois. Tous ces dépôts possèdent des wagons frigorifiques pour le transport de la viande congelée: un train de 50 voitures contient 1 500 000 rations de viande immédiatement utilisable. Grâce à ces réserves formidables en viande congelée, l'état-major prussien ne prévoit plus la viande sur pied dans l'alimentation des troupes en campagne et compte pouvoir se passer à peu près totalement des conserves de viande, qui répugnent toujours plus ou moins aux soldats. »

En A ng leterre, la population ouvrière est presque tout entière nourrie avec les bœufs congelés d'Australie et les bœufs réfrigérés des États-Unis. Elle reçoit également des saumons congelés du fleuve Amour, des fruits exotiques (bananes etc.) et même des lapins d'Australie. De son vivant, Pasteur avaitété prié de détruire ces prolifiques rongeurs en leur inoculant la peste. Aujourd'hui, les Australiens préfèrent les saisir, les congeler et les expédier à Londres. Et comme « pour l'au delà delà Manche le fisc ne prélève rien sur le sucre qui sort de nos raffineries » (Landouzy), l'ouvrier de Londres est le mieux nourri et le moins cher (V. Presse médicale, nos 22 et 104, 1911).

Aux Étals-Unis, en février 1911, il y avait 558 établissements frigorifiques contenant : 14 millions de bœufs et vaches, 6 millions de veaux, 25 millions d'agneaux et de moutons, et 50 millions de porcs, sans compter le poisson, les œufs, la volaille et les fruits. La valeur totale de ces produits alimen-

6 1 T> Frigorifiques militaires.

laires ainsi conservés était évaluée à 5 milliards de dollars, soit à 175 francs environ par tète d'habitant.

En France, la consommation des viandes frigorifiées n'est pas encore entrée dans nos mœurs, aussi ne trouve-t-on que 15 ou 20 frigorifiques annexés aux abbattoirs de quelques grandes villes. Cet hiver, n'a-t-on pas-vu, au moment de la crise de la chèreté alimentaire, une Compagnie faire venir du Sénégal un chargement de bœufs? Or, ces animaux vivants, parqués en trop grand nombre sur un steamer, ont été fortement éprouvés par une mer houleuse et sont arrivés dans un triste état. Les commissions des boucheries militaires de Verdun et de Toul furent autorisées à acheter ces animaux au Havre, mais elles ne purent trouver que 21 bœufs répondant aux exigences des cahiers des charges. Les autres furent conduits à Paris et vendus à vil prix, pour en faire du saucisson. Il est regrettable que cette viande n'ait pas été abattue sur place et transportée en cale froide. C'est là le seul moyen de remédier au renchérissement actuel des viandes indigènes, en faisant appel à celle de nos colonies, qui est 40 pour 100 moins chère.

Deux procédés sont actuellement utilisés pour la conservation des viandes: 1° la réfrigération (conservation limitée à 2 ou 3 semaines; 2° la congélation (conservation de longue durée). Si l'on se contente de maintenir la viande à une température voisine de 0°, on a la viande réfrigérée ou refroidie. Si l'on abaisse la température jusqu'à 15° ou 20°, on congèle « à cœur » les quartiers ou les bêtes entières qu'on ne peut plus entamer qu'avec la scie ou le couperet. La réfrigération semble avoir la faveur des hygiénistes et des économistes. En campagne, elle peut être utilisée pendant la période hivernale ou consommée par les troupes, voisines des gares de ravitaillement.

Mais la congélation est indispensable pour les campagnes d'été, surtout si les troupes sont éloignées des gares de ravitaillement. Les viandes congelées à cœur peuvent seules supporter les longs voyages sur les routes d'étapes. On peut en effet les véhiculer en wagon ou en voiture pendant 4 à 6 jours. Mais ces viandes étaient jadis un peu décriées, car on supposait que, par le fait de la congélation, les cellules de la fibre se rompaient, en laissant écouler, au moment du dégel, une partie de leur protoplasma : c'est là une opinion tout à fait inexacte. Letulle, qui a fait dans la chambre de réfrigération même un examen microscopique attentif des coupes de la fibre musculaire congelée, a constaté qu'elle est parfaitement intacte et qu'on n'y voit ni cristaux de glace, ni dilacération de la fibre d'aucune sorte. Le liquide qui s'écoule au moment de la congélation est un produit d'autolyse des matières albuminoïdes (Lemoine) ; la congélation n'enlève donc rien à la valeur nutritive de la viande ainsi traitée.

Dans les frigorifiques, pour faire de la bonne conservation, il faut que les chambres soient baignées d'air froid, sec et constamment renouvelé. Si l'hygromètre marque plus de 70°, l'air est humide et les moisissures envahissent la viande qui prend rapidement une odeur et un goût désagréables. En outre, il faut que l'abattage et rhabillage soient faits très aseptiquement, que le personnel soit éduqué, que l'animal soit reposé et sans fièvre. Ray-

Frigorifiques militaires. 614

nal recommande môme récoffrage, pour rendre cette viande plus exsangue et moins putrescible.

Avec ces viandes congelées disparaissent tous les inconvénients des troupeaux sur pied, en particulier le dépérissement rapide des animaux, constaté même aux manœuvres. A ce sujet, écoutons Mounet, qui était acheteur aux manœuvres de 1908. « Malgré une température exceptionnelle, un temps très beau, sans pluies ni chaleurs trop fortes, nous voyions les animaux fondre véritablement d'un jour à l'autre. Les rendements baissaient très vite. Alors qu'au moment de l'achat les bœufs achetés dans le Nivernais, payés 0,95 le kilogramme sur pied, avaient un rendement supérieur à G5 pour 100, les derniers abattus étaient descendus à 45 pour 100, après huit jours de manœuvres. » La mortalité par accidents, par maladies contagieuses, les pertes dues à la mauvaise utilisation du 5e quartier, l'infection des haltes, des centres d'abat, l'immobilisation d'un nombreux personnel, surtout la forte diminution de l'encombrement des voies ferrées (un train de viande congelée transportant le même nombre de rations que 40 trains de bétail vivant), sont autant de considérations qui militent en faveur des procédés frigorifiques, à la mobilisation.

Voici le programme que l'Etat devrait réaliser :

1° Créer dans les centres d'élevage, en Normandie, en Vendée, en Auvergne, dans le Limousin, en un mot à Caen, la Roche-sur-Yon, Limoges, Clermont-Ferrand, Dijon, Lyon, 6 vastes usines frigorifiques, qui fourniraient la viande congelée aux nombreux dépôts frigorifiques de l'Est, Besançon, Langres, Neuf château, St-Mihiel, Sedan, Charleville etc. qu'il faudrait bâtir. Les 4 frigorifiques de Verdun, Toul, Épinal, Belfort qui existent déjà, et qui sont destinés, en cas de siège, aux troupes de la place, ne devraient être considérés que comme des dépôts, car ils sont trop près de la frontière et ne se trouvent pas dans un centre d'élevage.

2° Créer à Marseille un vaste dépôt frigorique pour recevoir la viande congelée provenant de nos colonies : Algérie, Soudan, Madagascar.

5° Créer dans nos ports des entrepôts frigorifiques pour les viandes d'Australie et d'Amérique, destinées aux troupes de la marine. Enfin, pour relier ces usines aux divers dépôts réfrigérants, il serait indispensable de construire de nombreux wagons, bien agencés pour ces transports.

En campagne, le train quotidien porterait de l'arrière en 5 wagons les 25 000 kilogrammes de viande nécessaires aux 50 0U0 hommes de chaque corps d'armée, les automobiles iraient aux gares de ravitaillement prendre livraison de ces quartiers congelés et se rendraient au centre du cantonnement de chaque régiment, où les cuisines roulantes viendraient les prendre. Cette question du transport par automobiles et cuisines roulantes est encore à l'étude. Il est désirable, écrit le sous intendant Patillon, « qu'elle soit réglementée le plus tôt possible et que l'alimentation de l'homme en campagne subisse les améliorations et modifications que rendent possibles les progrès et les découvertes de la science et de l'industrie. »

Conclusions. — En campagne les principaux avantages de l'utilisation des viandes congelées sont :

l°La disparition des troupeaux qui suivent les troupes, c'est-à-dire la dis-

6 1 ;> Frigorifiques militaires.

parition des épizooties, des accidents, des dangers d'infection du sol aux lieux de halte, de rassemblement et d'abat, des encombrements sur les routes et les voies Terrées, la suppression des transports de fourrage, la meilleure utilisation du 5e quartier, la mise dans le rang d'un nombreux personnel; d'où économie d'argent, de trains et d'hommes.

"2° La certitude de la qualité de la viande fournie provenant d'animaux sains, abattus soigneusement, au lieu d'animaux surmenés, malades, mal nourris, souvent abattus in extremis.

5° La facilité du ravitaillement, la régularité dans l'arrivée, l'absence de préoccupations pour le chef et l'intendant.

4° La viande congelée peut être conservée pendant plusieurs semaines, en l'entreposant dans les frigorifiques militaires ou civils de la zone des armées.

5° La création de frigorifiques annexés aux abattoirs municipaux multiplierait ces dépôts, si utiles à la mobilisation.

G0 L'armée trouverait ainsi, dans l'industrie privée, un personnel très expert (ingénieurs et ouvriers), qui lui seraient utiles au jour de la mobilisation.

7° Pour réaliser ce progrès, cette amélioration sociale et patriotique, ii serait nécessaire :

a) De relier tous les nouveaux abattoirs aux voies ferrées par un embranchement particulier ;

b) D'annexer un frigorifique à chaque abattoir.

Enfin, avec le professeur Moussu, nous demandons que la direction, la surveillance et la responsabilité de fonctionnement de ces usines frigorifiques soient dans la même main. Toute autre organisation ne peut amener que conflits d'attributions et rivalités de personnes.

« MM. les intendants, écrit Moussu, ne se formaliseront pas si nous leur déclarons qu'ils n'ont pas la compétence voulue en matière d'inspection des viandes, car il ne peut s'agir d'une atteinte portée à leurs attributions ou à la hiérarchie. La question est infiniment plus élevée et d'ordre vraiment national; que chacun soit à sa place et les choses n'en marcheront que mieux. »

Les vétérinaires militaires nous paraissent seuls qualifiés pour diriger ces usines frigorifiques, sous leur entière responsabilité, et encore faut-il que ces vétérinaires, choisis au concours et spécialisés de très bonne heure, soient attachés à ce service d'une façon permanente, en temps de paix comme en temps de guerre, de même que le personnel subalterne qui assurera ainsi correctement cette délicate fonction, p. BONNETTE.

GANGRENES (NOUVEAUX TRAITEMENTS). — Des nouveaux traitements proposés contre les gangrènes, les uns n'ont qu'un but purement palliatif. Ainsi la névrotomie (Quénu), l'élongation des nerfs par lesquels on a cherché à supprimer les douleurs si violentes des gangrènes par artérile oblitérante.

D'autres cherchent à agir sur la gangrène ou sur ses causes. Ainsi l'aérothermothérapie, l'artériotomie, l'anastomose artérioso-veineuse.

L' aérothermolhérapie consiste dans l'application de douches d'air surchauffé (les appareils modernes peuvent élever la température de l'air jusqu'à 700 degrés) sur les tissus sphacélés ; on obtient ainsi leur transformation en un tissu momifié sans danger pour l'économie. On évite le passage de la gangrène sèche à la gangrène humide, et on permet -au chirurgien de choisir le moment pour amputer, en supprimant une des causes de mortalité, la septicité considérable des tissus sphacélés (V. Air chaud).

Les douches d'air se donnent au moyen de divers appareils (tel, l'aérothermo-générateur de Gaiffe).

Les séances sont répétées une fois par 24 heures, tant qu'il y a du sphacèle. D'après Dieulafoy, l'aérothermothérapie pourrait s'appliquer à toute gangrène quelle qu'en soit la cause (gangrène sénile, gangrène diabétique). Mais c'est surtout dans la gangrène diabétique que ce mode de traitement a été appliqué avec succès.

V artériotomie consiste dans l'ouverture de l'artère au point oblitéré, de façon à enlever le caillot d'embolie ou de thrombose qui l'obstrue ; si dans les cas de gangrène par angiosclérose les insuccès ont été constants, l'artériotomie a donné des résultats encourageants, dans les cas d'embolie.

L'anastomose artérioso-veineuse se propose de rétablir la circulation artérielle par l'intermédiaire des veines. Au [bout central encore perméable des artères, on anastomose le bout périphérique de la veine, et c'est le système veineux sain qui constituera la voie d'apport du sang.

L'expérimentation entre les mains de Carrel, de Tuffîer, etc., a montré la possibilité d'établir ces anastomoses chez l'animal et prouvé la réalité de cette circulation inversée, le sang artériel parvenant à forcer l'obstacle, les valvules veineuses. En est-il de môme chez l'homme? Quelques chirurgiens pensent que, dans les conditions où Ton fait ces anastomoses, les extrémités artérielles thrombosées, plus ou moins oblitérées, ne sauraient servir de voie de retour au sang veineux — ce qui suffirait pour faire condamner absolument cette méthode. Elle a cependant été employée dans un certain nombre de

6 1 7 Gangrène gazeuse (Traitement).

cas. Dans Les gangrènes confirmées, l'échec absolu a été la règle, les améliorations légères et passagères, les succès exceptionnels. Dans les gangrènes menaçantes ou au début, les améliorations sont plus nombreuses. Il y a eu des succès. Les améliorations ont consisté dans la disparition des douleurs, le réchauffement du membre et sa recoloralion. Elles ont marqué un arrêt plus ou moins long dans révolution de la gangrène; le plus souvent elles n'ont pu empêcher l'amputation secondaire, nécessitée par la reprise des accidents. D'ailleurs, l'opération présente des aléas considérables. La mort peut en être la conséquence, soit parshock opératoire, soit par embolie due à une thrombose secondaire à l'anastomose. Enfin, elle a l'inconvénient de retarder encore une amputation qui, hâtive, aurait pu sauver le malade.

Aussi est-elle rejetée formellement par nombre de chirurgiens. Cependant les succès obtenus encouragent à ne pas repousser, a priori, ce mode d'intervention, en particulier dans les cas où il n'existe que des menaces de gangrène. Pour agir, il faudra certaines circonstances favorables : des malades pas trop âgés, non cachectiques, avec un état général assez bon pour résister au shock opératoire; des artères pas trop malades; enfin des parties gangrenées qui ne soient pas trop évidemment infectées, toutes conditions qui ne se trouvent que rarement réalisées chez les vieillards athéromateux, chez lesquels précisément l'opération est le plus souvent indiquée.

L'anastomose pourra être latéro-latérale, termino-latérale, termino-terminale. D'après Carrel, l'anastomose termino-terminale serait à préférer, elle serait la seule capable d'assurer la circulation inversée.

Les différents temps comprennent : 1° l'hémostase préventive que l'on fera sur l'artère au-dessus, sur la veine au-dessous du point de la future anastomose; 2° la suture que l'on fera circulaire, à points d'appui, perforante, suivant la méthode de Carrel. L'état des artères, souvent indurées ou calcifiées, peut rendre l'affrontement des endothéfiums difficile et s'opposer au [serrage des fils, le vaisseau se coupant au moindre effort.

Page 1