AME DÉ E BAUMGARTNER
GANGRÈNE GAZEUSE (TRAITEMENT PAR LES INJECTIONS D'OXYGÈNE). — Le
traitement de la gangrène gazeuse par les injections sous-cutanées d'oxygène, proposé par Thiriar, a pour objet d'opposer aux agents anaérobies de cette infection une barrière d'oxygène. L'oxygène ainsi employé aurait un double effet : 1° il atténue la virulence des microbes et détruit leurs toxines par oxydation; 2° il favorise la phagocytose en accélérant la diapédèse et en exagérant la vitalité des cellules phagocylaires.
Les résultats obtenus par cette méthode en légitiment l'essai, d'autant qu'elle est complètement inoffensive : le gaz ne produit aucun accident local et n'est nullement toxique, quel que soit le volume employé. Elle sera associée au traitement classique, incision au thermocautère, lavage et pansement à l'eau oxygénée.
Technique. — On se sert d'un ballon d'oxygène muni d'un tube de caoutchouc, à l'autre extrémité duquel on peut fixer une aiguille de Pravaz. Après nettoyage de la peau, on enfonce franchement l'aiguille dans le tissu cellulaire sous-cutané. Après s'être assuré que la pointe ne se trouve pas
Gargarismes. 618
engagée dans la lumière d'un vaisseau, on adapte l'aiguille au tube de caoutchouc. Il ne reste plus qu'à appuyer par pression progressive sur le ballon pour voir se former une tumeur gazeuse qu'on peut pousser jusqu'au volume d'une orange ou d'une tête de fœtus. L'aiguille est alors retirée et l'orifice d'entrée fermé au collodion. Il sera nécessaire de créer autour du foyer une sorte d'emphysème oxygéné L'emphysème ainsi produit s'affaisse généralement dans les 48 heures. Il pourra être renouvelé suivant les besoins. AMÉDÉE BAUMGARTNER.
GARGARISMES. — Les gargarismes sont des médicaments liquides destinés à être employés comme topiques ou comme antiseptiques dans les affections de la bouche ou de la gorge et qui ne doivent pas être avalés.
On peut les diviser en deux classes : les gargarismes analgésiques et les gargarismes antiseptiques.
1° Gargarismes analgésiques. — On les utilise dans les affections douloureuses de la bouche et de la gorge. Ils sont souvent à la fois non seulement analgésiques, mais antiseptiques par adjonction d'une ou plusieurs substances microbicides.
Nous en citerons quelques exemples :
A) Essence de citron XX gouttes.
Chlorhydrate de cocaïne 0 gr. 20
Glycérine '. 40 grammes.
Eau Q. S. pour 1/2 litre.
Usage externe. En gargarismes plusieurs fois par jour (Lyonnet et Boulud).
B) Stovaïne 0 gr. 23 à 0 gr. 50
Miel rosat 50 grammes.
Infusé de feuilles de ronces .... Q. S. pour 500 c. c.
Même emploi.
C) Stovaïne 1 gramme.
Sirop diacode 40 grammes.
Eau de laurier-cerise 10 — •
Eau bouillie 170 —
D) Décocté d'orge 200 grammes.
Mellite simple 40 —
Teinture d'opium 2à5 grammes.
F. S. A. Même usage.
E) Chlorhydrate de morphine 0 gr. 05
Eau de laurier-cerise 20 grammes.
Glycérine 40
Eau Q. S. pour 500 c. c.
Même emploi.
F) Chlorhydrate de morphine 0 gr. 05
Stovaïne 0 gr. 10
Glycérine 50 grammes.
Essence de menthe XX gouttes.
Eau distillée . . O. S. pour 500 c. c.
Même emploi.
G) Eau distillée de laurier-cerise 25 grammes.
Teinture de coca 10 —
Eau 200 —
Même emploi.
6 1 9 Gargarismes.
Mélange concentré pour gargarisme analgésiant.
II) Essence de menthe XX gouttes.
Saccharine 0 gr. 10
Chlorhydrate de cocaïne 0 g. 30
Glycérine 20 grammes.
Élixir parégorique 40 — *
Alcool à 80° Q. S. pour 90 c. c.
Une cuillerée à café dans un grand verre d'eau bouillie tiède (Lyonnet et Boulud).
Gargarisme analgésique et antiseptique.
I) Stovaïne 0 gr. 20
Acide borique 15 grammes.
Glycérine 60
Essence de menthe XX gouttes.
Eau Q. S. pour 500 c. c.
2° Gargarismes antiseptiques. — Les gargarismes antiseptiques sont employés surtout dans les affections de la gorge (V. Angines). Mais ils sont souvent indiqués aussi dans les maladies de la bouche et des dents (stomatites, abcès dentaires, phlegmons du plancher de la bouche, ulcérations buccales et linguales, etc.), sans oublier leuremploi pour les soins habituels de la bouche (V. Dentifrices).
Nous indiquerons tout d'abord les formules des trois gargarismes antiseptiques inscrits au Codex : gargarisme astringent, gargarisme au borate de sodium et gargarisme au chlorate de potasse.
Gargarisme astringent.
A) Pétales de rose rouge 10 grammes.
Eau distillée bouillante 250
Poudre d'alun 5
Mellite de ro?e rouge 50
Gargarisme au borate de sodium.
B) Préparer comme le précédent en remplaçant l'alun par le borate de sodium.
Gargarisme au chlorate de potassium.
C) Chlorate de potassium 10 grammes.
Eau 250 —
Sirop de mûres .... 50 —
Voici quelques formules d'autres gargarismes antiseptiques :
Gargarisme au borate de soude.
D) Borax 5 grammes.
Teinture de myrrhe 5 —
Oxymel 50 —
Infusé de sureau 200 —
F. S. A. (Mackenzie).
Gargarisme à la résorcine.
E) Résorcine 2 à 10 grammes.
Glycérine 30 à 60 "
Eau de menthe 50 à 100 —
Eau Q. S. pour 500 c. c.
Gargarisme phéniqué.
F) Acide phéniqué 1 gramme.
Borate de soude 4 grammes.
Glycérine 50 —
Eau de menthe 50
En gargarismes, par demi-verre, après un grand lavage de la gorge à la canule.
(IIerscher.)
Gastriques (Crises). 620
Gargarisme à l'eau oxygénée.
G) Eau oxygénée à 12 vol £0 grammes.
Glycérine 40
Eau de menthe 60
Eau Q. S. pour 500 c. c.
Gargarisme à Vacide salicylique.
II) Acide salicylique 1 gramme.
Alcool 20 grammes.
Glycérine 40
Eau de menthe 60
Eau Q. S. pour 1/2 litre.
Filtrer (Lyonnet et Boulud).
Gargarisme au thymol.
I) Thymol 0 gr. 50
Alcool 20 grammes.
Glycérine 40
Eau Q. S. pour 500 c. c.
Filtrer (Lyonnet et Boulud).
Gargarisme iodé.
J) Teinture d'iode } .A
ni . ■ aa 10 grammes.
Glycérine )
Décodé de roses 200
Gargarisme ioduré.
K) Iodure de potassium 5 grammes.
Infusé de feuilles de sauge 200
Gargarisme iodo-ioduré (Ricord).
L) Iodure de potassium 0 gr. 50
Teinture d'iode 4 grammes.
Eau distillée 200 —
Gargarisme à Vichthyul.
M) Ichthyol . 1 gr. à 5 grammes. '
Chlorure de sodium 0 gr. 50
Eau distillée 200 grammes.
En gargarismes tièdes.
Mélange concentré pour gargarisme (Lyonnet et Boulud).
N) Acide salicylique '. 5 grammes.
Saccharine 0 gr. 10
Glycérine 20 grammes.
Essence de menthe X gouttes.
Alcool Q. S. pour 90 c. c.
Une cuillerée à café dans un verre d'eau tiède.
Autre mélange antiseptique concentré (Lyonnet et Boulud).
O) Essence d'anis XV gouttes.
Thymol 0 gr. 50
Acide phénique cristallisé 1 gramme.
Alcool O. S. pour 60 c. c.
Dans un flacon compte-gouttes. Quelques gouttes dans un verre d'eau.
PAUL DESCOMPS.
GASTRIQUES (CRISES). — V. Tabès.
62 I Gastro-entérite des nourrissons.
GASTRO ENTÉRITE DES NOURRISSONS. — Les idées nouvelles sur cette question ont modifié le point de vue pathogénique plutôt que la conduite à tenir dans la pratique. Le mot de gastro-entérite est pris ici dans son sens le plus large, comprenant la dyspepsie.
Pathogénie. — Après avoir incriminé surtout la caséine, puis la graisse du lait, on en vient aujourd'hui à attribuer les troubles digestifs des nourrissons à un défaut de tolérance du nouveau-né pour les hydrates de carbone. A l'état morbide, le sucre de lait (lactose) donnerait lieu le plus faci-, l.emenl à des fermentations nocives; le sucre de canne et surtout la maltine seraient mieux tolérés. Ces fermentations caractériseraient le 1er degré de la maladie qui commence par les troubles du bilan (H. Finkelstein), s'accenlue au stade dyspepsie et s'aggrave dans l'athrepsie (décomposition des ailleurs allemands). Sous l'influence de la fermentation du sucre, le péristaltisme intestinal augmente, le beurre du lait est moins bien utilisé, et se retrouve, dans les selles plus fréquentes, sous forme de cristaux d'acides gras, de graisse neutre, sous forme de gouttes ou d'amas, et de savons de terres alcalines (chaux). Les matières savonneuses et grasses sont décolorées, brillantes et pâteuses; la bilirubine est plus fortement réduite, grâce à la réaction alcaline accentuée du gros intestin; par moment un flux biliaire apparaît avec réaction acide et coloration verte des selles. Les grumeaux blancs sont dus à « l'inutilisation » des graisses.
Il s'ensuit que dans un premier stade la courbe de poids fléchit et devient irrégulière, les muscles se ramollissent (atonie), la peau se sèche, le teint pâlit, il y a fonte des tissus, asUiénie et atonie. L'humeur et le sommeil de l'enfant s'en ressentent. (V.-C.Feer, Le hrbuch dev Kinder heilkunde, Iéna, 191 1 .)
On ne constate, avec un commencement de modification des selles, qu'un peu de météorisme, sans fièvre (il y a plutôt hypothermie), sans phénomènes aigus, sans vomissements persistants. Cet état mène le nouveau-né à l'atrophie (v. c. m.).
Souvent, d'ailleurs, un épisode aigu de dyspepsie survient avec vomissements répétés, renfermant des acides gras volatils (acide butyrique), qui ont remplacé l'acide chlorhydrique dans un estomac distendu et inerte. Il y a des coliques ; les selles deviennent glaireuses ou liquides, d'odeur putride ou aigre; l'appétit est augmenté ou diminué. Puis les oscillations thermiques journalières s'accentuent; il y a un état subfébrile d'origine alimentaire. Le bébé s'agite et dort mal. Pour peu que cet état aigu s'accentue, faute d'avoir été traité par la diète, le malade passe au stade d'infection générale: il y a à proprement parler gastro-entérite.
En résumé, il y a d'abord surcharge digestive, encombrement de l'intestin par des produits non utilisés qui deviennent nocifs, modification des sécrétions, crises d'hypersécrétion biliaire défensive, et phénomènes d'intolérance ou de toxi-infection, qui retentissent d'une façon plus ou moins bruyante sur l'état général.
L'évolution peut être entièrement subaiguë ou chronique ou traversée d'épisodes aiguës. Le 1er stade peut passer totalement inaperçu, jusqu'au moment où l'enfant fait une gastro-entérite grave ou une crise d'intoxication (choléra infantile).
Gastro-entérite des nourrissons. 622
Mais à l'origine on trouve toujours soit la suralimentation, à un moment où il eût fallu laisser reposer le tube digestif de l'enfant, soit une faute de régime, l'ingestion d'un lait mal préparé ou de mauvaise qualité. Suivant son énergie native, le sujet est plus ou moins sensible à toutes ces influences.
L'examen chimique des selles a été utilisé par Triboulet pour juger de l'état fonctionnel du tube digestif (V. Atrophie, in Dystrophies du premier âge).
Traitement. — Vouloir rattacher cette évolution, si banale et si variable à telle ou telle fermentation vicieuse; accuser le sucre, après avoir accusé la graisse ou la caséine, est, à notre avis, faire fausse route. La fermentation vicieuse est déjà secondaire à la surcharge digestive (qui peut n'être que toute relative); le problème thérapeutique ne consiste pas du tout, nous semble-t-il du moins, à trouver un aliment que l'enfant puisse tolérer et qui modifie passagèrement les fermentations, mais bien à attendre, pour la reprise de Talimentation, un temps suffisant à la réapparition des sécrétions normales et à la dépuration de l'organisme intoxiqué. Loin de s'ingénier à trouver un aliment qui puisse être toléré, il faut se garder de prolonger l'état morbide par la moindre ingestion alimentaire et attendre que le lait lui-même soit de nouveau supporté : car,, de l'avis de tous les auteurs, tel est le seul critérium de la guérison. Il n'est aucun aliment lacté ou non lacté qui mette à l'abri des accidents dans cette période dangereuse. Il n'en est aucun que nous recommandions personnellement.
Deux erreurs ont conduit le médecin à chercher à nourrir quand même l'enfant qui n'est pas encore en mesure de supporter le lait : c'est, d'une part, la crainte d'une diminution de poids, d'autre part, la crainte du jeûne chez le nourrisson. Or, le jeûne, avec breuvages appropriés, est parfaitement supporté non seulement 48 heures, mais 4, 6, 8 jours, et davantage, suivant l'âge et la résistance individuelle ; et la diminution de poids est bien plus le résultat de la maladie maladroitement prolongée que d,e la diète hydrique ; on oublie d'ailleurs que la santé n'est nullement proportionnelle au poids. L'habitude des pesées, qui doit être conservée dans une juste mesure, a été la cause de bien des méfaits, parce qu'on veut s'opposer quand même à une perte de poids que l'imminence morbide méconnue a rendu d'avance inévitable.
Nous n'attachons donc pas grande importance aux renseignements culinaires (donnés plus loin), justifiés seulement par la vogue passagère de certaines pratiques.
Vouloir prescrire un aliment différent par sa composition dans chaque cas particulier, comme on a tenté de le faire, nous paraît une entreprise non seulement inutile et dangereuse, mais d'un bénéfice tout à fait illusoire. C'est retomber dans la faute où nous tombons chaque fois que nous nous exagérons la portée de nouvelles données chimiques : exemple le chimisme stomacal. Ce n'est pas avec de la chimie qu'on fait de la vie, du moins jusqu'à présent ; le laboratoire chimique de l'intestin ne fonctionne, pour l'entretien de la vie, que dans la mesure où le permet l'énergie préalable de l'être vivant. Pour l'enfant, le réglage de l'existence par une mère,
Gastro-entérite des nourrissons.
à la l'ois éclairée et pleine de sollicitude, vaut mieux que les raffinements culinaires; et c'est pourquoi le lait de la mère, qui ne se remplace pas, ne vaut que le prix quelle y met elle-même.
Fig. 226. — Enfant, photographiée à 5 mois et demi, née le 17 mari