‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 5)Chapitre 78 sur 299 · ALBERT MOUCHET · texte numérisé non relu

ALBERT MOUCHET

68 1 Héliothérapie.

HÉLIOTHÉRAPIE. — L'héliothérapie est l'applicalion directe et rationnelle aux malades des rayons solaires. La lumière solaire a sur les tissus vivants une action profonde, elle esl mîcrobicide : les microbes sont tués par elle directement, les spores ne se développent pas dans un bouillon exposé pendant 4 heures au soleil ; des virus ont été transformés par elle en vaccins (recherches de Roux, Arloing, dArsonval); elle influence les toxines et les diastases (Duclaux), môme à travers les tissus vivants (Green). La lumière solaire est oxydante, sclérogène et modificatrice de la nutrition; témoin les éruptions érythémateuses, la pigmentation qu'elle provoque. Cette action se propage à travers les tissus : elle impressionne à travers le thorax une plaque photographique (Malgat), elle pénètre à travers les parois crâniennes (Foveau de Courmelles).

Tous les éléments de la lumière solaire n'agissent pas de façon identique : les rayons rouges et infra-rouges à grande amplitude et à vibrations lentes ont surtout le pouvoir calorifique; les rayons violets et ultra-violets à vibrations rapides et de petite amplitude possèdent surtout une action chimique; ces derniers rayons joueraient le principal rôle dans la pigmentation.

L'action lumineuse est beaucoup plus forte en montagne que dans la plaine, l'atmosphère en absorbant une partie, principalement des rayons infra-rouges et ultra-violets, par les poussières et la vapeur d'eau.

Action générale sur l'organisme. - D'après Malgat un bain de 20 minutes augmente le nombre des respirations, le nombre des pulsations cardiaques, la quantité d'urines des 24 heures. La peau insolée se pigmente plus ou moins rapidement au bout d'un nombre variable de séances, et souvent d'une façon très intense. Rollier a remarqué que cette pigmentation donnait à la peau une résistance particulière, favorisait la cicatrisation des plaies et combattait la tendance aux furoncles et à l'acné. A signaler également l'action analgésiante sur les douleurs superficielles et profondes; enfin sur le sang l'augmentation de l'hémoglobine. En un mot il y a relèvement des forces et de l'état général.

Technique. — C'est dans la tuberculose osseuse, articulaire et viscérale que la cure solaire a été le plus employée.

Rollier conseille l'insolation localisée à la région atteinte, d'abord en séances courtes de 5 à 10 minutes, pour éviter la dermite qui survient fréquemment, chez les sujets blonds de préférence, dont la peau est peu pigmentée. Au bout d'un certain nombre de séances la peau se pigmente et l'insolation peut jalors être prolongea pendant des heures. Puis on expose aux rayons solaires une superficie cutanée de plus en plus grande, en protégeant longtemps la tête avec un écran. Quand le sujet est entraîné, la tête pourra être exposée à son tour. On se défiera de l'insolation de la tête chez les sujets âgés et chez les arthritiques pour éviter la congestion céphalique, les hémorragies nasales, les coryzas infectieux, surtout au printemps et à l'automne. Malgat recommande de rechercher les positions qui donnent aux rayons solaires une incidence perpendiculaire. 11 prescrit de consacrer les 2/5 de la séance à la partie de la poitrine où les lésions prédominent par exemple 1/3 en avant et le reste du temps en arrière pour une lésion du sommet en arrière. En cas de tuberculose laryngée il fait

Héliothérapie. 682

compléter l'insolation faite en arrière par un miroir placé en avant qui reflète les rayons sur le larynx.

Indication et résultats. — Les résultats les plus nets ont été obtenus tout d'abord dans la tuberculose externe : articulations, os, peau, et dans les péritonites. Hollier a publié un pourcentage de guérisons élevé dans la coxalgie, le mal de Pott, la tumeur blanche du genou, la tuberculose du bassin, du sternum, les adénites, les ostéites costales.... ; il les divise en quatre classes, comme il suit :

1° Les tuberculoses au début, 100 pour 100 de guérisons;

2° Les tuberculoses suppurées et fermées, 100 pour 100 de guérisons;

3° Les tuberculoses suppurées et ouvertes, 50 pour 100 de guérisons;

4° Quatre tuberculoses compliquées de lésions pulmonaires, 4 décès.

Dans la tuberculose pulmonaire les résultats sont moins brillants. On signale cependant des guérisons en assez grand nombre pour fonder le meilleur espoir sur cette méthode. D'après Malgat, la fièvre est une cause d'insuccès dans le traitement de la tuberculose pulmonaire par l'héliothérapie, cependant il la tente quand la fièvre accompagne une poussée granuleuse localisée, une fonte de tubercules, une infection secondaire par des microbes autres que le bacille de Koch dans les crachats.

C'est dans la tuberculose pulmonaire chronique que la cure solaire donne les meilleurs résultats : « quand elle ne 'guérit pas, elle améliore et donne une survie plus ou moins longue ». Elle convient aux tuberculeux gastralgiques, chlorotiques, anémiques. Chez les tuberculeuses soumises à la cure solaire les règles sont en général augmentées et avancées, et même on les voit réapparaître en cas d'aménorrhée. Pour éviter la congestion pulmonaire qui les accompagne habituellement, Malgat interrompt la cure solaire pendant cette période. La diarrhée n'est pas une contre-indication, elle est même souvent améliorée par l'insolation abdominale. Les tuberculeux neurasthéniques hypertendus peuvent être insolés et leur tension baissera; chez les hypotendus on devra craindre d'obtenir de la dépression générale.'L'artério-sclérose fera restreindre l'emploi de la cure solaire, sans la contre-indiquer : c'est une question de dosage. La grossesse n'est pas une contreindication formelle, mais justifie une surveillance incessante, surtout avant le 4e mois.

Quand la tuberculose présente des formes à marche rapide et à grandes oscillations thermiques avec manifestations aiguës, il n'y a pas lieu de recourir à la cure solaire.

On appliquera la cure solaire aux prédisposés (hérédité, signes de déminéralisation, d'affaiblissement, qui caractérisent les candidats à la tuberculose), aux prétuberculeux (signes de Grancher).

Les résultats chez les tuberculeux pulmonaires sont, au 1er degré, soit la guérison complète sans traces décelables, soit la guérison avec affaiblissement du murmure vésiculaire, expiration prolongée, rudesse respiratoire aux deux temps; au 2e degré la guérison est beaucoup moins fréquente, et se produit dans les formes apyrétiques de préférence; au 5e degré elle est exceptionnelle et en raison directe de la résistance générale du malade.

Page 1