‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustrée (volume 5)Chapitre 85 sur 299 · H. GRE NET · texte numérisé non relu

H. GRE NET

HYGIÈNE DES CAMPS. — Depuis la loi de deux ans (1905), les réservistes ne font plus que deux périodes d'instruction militaire : la première de 25 jours au moment des grandes manœuvres d'automne, la deuxième de 17 jours pour exécuter des tirs de guerre et des manœuvres d'évolution. Pour cette dernière période, ils sont convoqués directement dans les camps d'instruction (Mailly, Châlons, la Courtine, Sissonne, Valdahon, etc.), forment des régiments de réserve avec leurs cadres réels, tels qu'ils seraient à la mobilisation.

Or ces convocations se font depuis les premiers jours d'avril jusqu'à la fin du mois d'août. Malheureusement, au début, le printemps est souvent froid ou pluvieux et les toiles des tentes, si elles sont un peu usagées, se laissent pénétrer par l'humidité. Pendant les orages, les grosses gouttes

Hygiène des camps.

de pluie, en ébranlant la toile tendue, laissent filtrer de petites gouttelettes (jui tombent sur les effets de couchage et d'habillement.

Pour remédier aux inconvénients de la pluie et du froid, le commandement fait souvent allumer de grands feux sur le front de bandière, mais ce, moyen est insuffisant pour absorber l'humidité des vêtements. Aussi la persistance du mauvais temps a-t-elle parfois engendré quelques actes regrettables d'insubordination collective.

Pour ces divers motifs, nous estimons qu'il serait bon de renoncer à l'emploi des lentes coniques (fig. 285), dont Tachât et l'entretien sont si onéreux pour l'État et de créer dans les camps de grandes baraques en bois, en briques, ou en maçonnerie légère, à double paroi avec couche d'air centrale isolante et à puissante ventilation faîtale et pariétale (croisées opposées sur les deux

Fig. 283. — Tente conique ou marabout.

faces). Ces baraques offriraient un abri plus sérieux, plus confortable contre la pluie, le froid ou la chaleur étouffante des tentes, en été, à l'heure de la sieste. ,

Comme moyen de couchage, dans ces baraques, nous donnerions la préférence au hamac, déjà préconisé par notre illustre ancêtre, le baron Larrey fils, dans son Rapport sur l'état sanitaire du Camp de Châlons, en 1858. La mobilité de ces hamacs permettrait d'utiliser ces baraques, les jours de pluie, comme salles de réunion, d'instruction et de réfectoire. En cas de besoin, le nombre des hamacs pourrait être augmenté (placés sur 2 rangs superposés), à condition d'augmenter en proportion l'énergie de la ventilation de ces locaux pour chasser le méphitisme de l'air. Pendant la période estivale, cette ventilation énergique peut s'obtenir aisément et sans risques de refroidissement.

Péril fécal. — Dans un camp temporaire sous tentes, le plus grand souci du commandement et du médecin hygiéniste doit être d'éviter l'infection, la pollution de l'eau potable et du sol pour empêcher l'éclosion de la dysenterie et de la fièvre typhoïde. Aussi est-il indispensable de protéger, contre la contamination, les puits et le sol des tentes sur lequel les hommes couchent, simplement séparés par une paillasse et un isolateur ou claie en bois.

72 1 Hygiène des camps.

« Privé de lout pavage, rarement drainé, le sol des camps, écrit le médecin inspecteur général Colin, s'imprègne plus rapidement que celui des villes, de cette niasse de détritus organiques engendrés par les agglomérations humaines. »

« Dans les camps, permanents ou temporaires, ajoute le Professeur Vincent, il est nécessaire de combattre énergiquemént les dangers qui résultent de l'infection du sol par les matières fécales et les urines. Ce résultat ne peut être obtenu que par la substitution aux feuillées, de latrines permanentes munies de citasses d'eau avec tout-à-Végout. » Ce cri de l'émineht hygiéniste a été entendu el tous les camps récents (Mailly, Sissonne, la Courtine, Valdahon, etc.), ont été dotés de cabinets avec chasse d'eau.

Dans l'installation d'un camp, ce qui doit tout primer, c'est l'amenée d'une eau de source ou de puits abondante, permettant largement d'assurer l'alimentation en eau potable des hommes et des chevaux, leurs soins de propreté si nécessaires en été et enfin l'expulsion rapide des matières fécales et des eaux usagées vers les champs d'épandage.

Cette ample circulation d'eau assure l'hygiène de ces agglomérations humaines et chasse le poison fécal dont la promiscuité des tentes, la chaleur et la fatigue exaltent la virulence et préparent l'éclosion des affections intestinales.

• Eau. — Au camp de Mailly, l'eau de la nappe souterraine est aspirée par une pompe à vapeur dans cinq puits de forage oscillant entre 45 et 75 mètres de profondeur, ce qui les met à l'abri des infiltrations de la nappe superficielle. D'ailleurs cette protection est encore assurée par un double tube métallique de 20 ou ÔO mètres, encastré dans un lit de ciment. Aussi ces puits donnent-ils une eau limpide, fraîche, particulièrement agréable, toujours reconnue bonne, au cours des nombreuses analyses bactériologiques faites. Une double canalisation refoule cette eau dans deux réservoirs de 300 et iOO mm", qui assurent largement tous les besoins en eau potable.

Les chasses d'eau qui se trouvent dans tous les locaux communs (latrines, cuisines, cantines, etc.), assurent une prompte évacuation des déchets, des eaux résiduelles dont la stagnation est si pernicieuse pour l'hygiène d'un camp.

Latrines et feuillées. — A défaut du tout-à-1'égout avec chasse d'eau, il faut utiliser les latrines avec tinettes mobiles (système Goux), en faire surveiller les abords et la propreté intérieure, veiller à ce qu'elles soient régulièrement enlevées tous les jours par l'entrepreneur. N'utiliser les feuillées qu'en cas de nécessité absolue, car elles sont éminemment dangereuses au point de vue de la dissémination des germes, surtout si la nappe d'eau d'alimentation est peu profonde. Les urinoirs méritent une surveillance toute spéciale.

Installation des tentes. — Le sol des tentes ne doit pas être creusé, l'herbe ne doit pas être arrachée, car la poussière augmente alors dans des proportions énormes. Pendant le jour, la tente doit être largement ouverte pour que l'air et la lumière y fassent leur œuvre de stérilisation et de salubrité.

Les piquets de lente doivent être bien enfoncés et recouverts de terre pour éviter ces chutes accidentelles sérieuses que l'on constate tous les ans.

Nn« p. m. c. — Suppl. 4<>

Hygiène des camps.

Les allées des lentes devraient être convenablement éclairées la nuit pour que les permissionnaires et les hommes se rendant aux cabinets puissenl se diriger facilement.

Incinération des ordures. — Pour éviter l'accumulation <l<'s immondices,

Fig. 284. -» Incinérateur collectif en briques réfractaires.

qui attirent des essaims de mouches, ces vecteurs ailés des germes microbiens, il est indispensable de faire comburer tous les détritus que les soldats d'un régiment ou d'une division accumulent dans un camp.

Le feu purifie tout et l'incinération est à juste titre une des préoccupations du commandement.

Dans un camp il serait bon de créer un unique incinérateur en briques réfractaires, comme celui qui est représenté dans le dessin ci-dessus (fig. 28 4). Dans les petits détachements et les infirmeries, pour brûler les balayures, les bandes, le coton souillé de pus, on peut improviser des incinérateurs économiques avec les coques des fours de campagne réformés et aménagés comme le représentent les dessins cicontre (fig. 285 et 280).

Enfin, à l'instar des troupes anglaises, il est utile d'apprendre aux hommes à bâtir des fours incinérateurs « de fortune ». Ils sont composés d'un tumulus creux fait avec des mottes de terre et reposant sur deux tranchées se coupant à angle droit (fig. 287 et 288). Fumier. — Le fumier des écuries devrait être journellement enlevé, non dans des tombereaux exigus, qui en répandent beaucoup le long des routes suivies, mais dans des wagonnets Decauville, à bascule, placés sur des rails et traînés par un cheval réformé (fig. 289).

Fig. 285. ■— Incinérateur improvisé simple.

Hygiène des camps.

Routes. — Dans les camps les roules sont très poussiéreuses et la poussière s'élève, s'abat, s'infiltre dans toutes les tentes. Avec le charroi de l'artillerie, le goudronnage serait illusoire. Mieux vaudrait avoir une

Fig. 286. — Incinérateur improvisé double.

balayeuse mécanique traînée par un cheval, qui tous les jours, après un arrosage, ferait cette corvée.

Équipe sanitaire. — Une équipe sanitaire, composée de 10 à 15 hommes du service auxiliaire (I par régiment d'occupation), sous la conduite d'un vieux sous-officier ou d'un adjudant, devrait être détaché dans chaque corps

Fig. 287. — Incinérateurs de campagne faits avec des mottes de terre.

de lioupe depuis l'ouverture jusqu'à la fermeture, pour en assurer la propreté.

Cette équipe éviterait de distraire du rang les hommes du service armé, venus là pour exécuter des tirs de guerre ou les écoles à feu.

Elle serait chargée d'entretenir les caniveaux, le ravinement des roules; ramasser 1rs papiers, les détritus, les lessons de bouteilles et surtout les

Hygiène des troupes en campagne. 72 ï

excréta des hommes qui vont s'exonérer la nuil en plein air; enlever les

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Voies d'accès de. l'air à la base de ces incinérateurs.

détritus des fosses cimentées des cuisines, et nettoyer les abords des lavoirs, des lavabos, des douches.

En résumé, avec de l'eau abondante et de bonne qualité, un système du

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Fig. 28 ». — Enlèvement du fumier avec des wagonnets à bascule.

tout-à-1'égout, un sol non infecté et de la propreté corporelle, un séjour au camp sera très profitable à l'instruction militaire et à la santé des hommes.

P. BONNETTE

HYGIÈNE DES TROUPES EN CAMPAGNE. — En campagne, on croit généralement que la plus grande partie des indisponibles et des morts résulte du feu de l'ennemi. Malheureusement il n'en est rien. C'est une erreur qu'il faut détruire et montrer, chiffres en main, que « dans les guerres les plus sanglantes, le nombre des malades remporte sur celui des blessés. » (Pr Vincent.) A la déclaration des hostilités, les troupes se mobilisent et se concentrent rapidement sur un point de la frontière menacée. En même temps qu'elles, se mobilise une nuée de microbes, qui guettent les organismes en état de réceptivité morbide, dans cette collectivité se groupant, s'équipant dans l'agitation, l'énervement, les cris et l'intempérance, puis s'entassant dans des trains roulant vers l'avant.

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Hygiène des troupes en campagne.

A peine débarqués, les soldats, déjà fatigués par le transport en chemin de fer, sont poussés vers « le front » et gagnent leurs emplacements respectifs, portant la lourde charge de guerre (29 kg.), au hasard des intempéries, sous la pluie et le soleil, dans la boue et la poussière.

Puis s'ouvrent les hostilités avec le pénible baptême du feu, avec les surprises sanglantes, l'éveil incessant du sentiment de la défense et de l'instinct de la conservation, le surmenage quotidien, l'insomnie et la fatigue imposées par les marches de nuit, les attaques, les contre-attaques, les grandgardes, les paniques nocturnes, l'alimentation souvent défectueuse, insuffisante ou trop rapidement engloutie, les cris des mourants, les joies des triomphes, la consternation des défaites, autant de causes déprimantes qui transforment le soldat en un être nerveux, irritable, dont les échanges nutritifs sont perturbés et dont les moyens de défense o)-ganicji(e sont notablement affaibli*: aussi, quoi d'étonnant si le soldat en campagne offre un terrain si propice à l'éclosion des maladies infecto-contagieuses.

Nos maîtres en épidémiologie nous ont appris que dans les premiers quinze jours de Ja mobilisation, les unités perdent 15 à 20 pour 100 de leur effectif, avant d'avoir tiré le premier coup de fusil. Cette assertion est d'ailleurs confirmée par l'expérience des guerres passées et prouve que la sélection des valides, des robustes commence rapidement dès l'entrée en campagne.

En Italie, en 1859, avant les premiers combats, l'armée française avait déjà hospitalisé 8500 malades.

Dans la guerre russo-turque, en 1877-78, l'armée du Caucase, avant toute bataille, avait un déchet de 214 pour 1000 par suite de maladies.

Pendant la campagne de Cuba, l'armée américaine fut cruellement éprouvée par une sévère épidémie de fièvre typhoïde, apparue au cours même de la mobilisation.

Cette étude de la morbidité et de la mortalité des troupes en campagne présente un très vif intérêt, car la maladie constitue le plus important facteur de la diminution des effectifs.

C'est un ancien professeur du Val-de-Grâce, le médecin principal Chenu, qui a eu le courage et la gloire de dresser les statistiques de nos grandes guerres, Crimée, Italie, Franco-Allemande et de nous montrer ce que coûtent en vies humaines ces terribles rencontres. Après cet énorme labeur, Chenu résuma ses statistiques en nous prouvant que le soldat est un véritable capital humain, que les pertes en campagne sont plus considérables par la maladie que par le feu et qu'à la guerre un des plus grands soucis du chef doit être de faire durer le soldat.

En Crimée, d'après Chenu, nous avons eu à déplorer 95 000 décès, parmi lesquels 20000 hommes seulement sont morts par le feu.

En Amérique, pendant la guerre de Sécession, qui dura quatre ans, farinée du Sud a eu 21000 hommes tués sur le champ de bataille et 120000 morts de maladie; l'armée du Nord a eu 96 000 morts par le feu et 182 000 morts par la maladie.

Pendant la guerre de Bohême, en 1800, les Allemands ont perdu 5000 hommes par le feu et 0500 par la maladie.

Hygiène des troupes en campagne. 720

Pendanl la guerre des Balkans, en 1877-78, l'armée <lu Danube a perdu par le feu 5000 hommes el par la maladie 46000.

Toules nos récentes conquêtes coloniales (Tonkin, Tunisie, Madagascar, Maroc) ont aussi confirmé celle; règle.

Seule, l'armée japonaise, en Mandchourie, a prouvé d'une façon éclatante que l'hygiène, quand elle esl bien comprise el franchement observée, peut avantageusement lutter contre les maladies évitables. En effet, le total des morts japonais par le feu a été d'environ 50 000 et celui des morts par maladie de 25 000 à peine. Ces chiffres instructifs sont à retenir.

« Jamais, écrit Matignon, l'histoire n'avait enregistré une guerre dans laquelle le taux de la mortalité ait été ramené à un chiffre aussi bas, pour une campagne de dix-huit mois. Elle doit être considérée comme le triomphe de V hygiène militaire.

« Ce résultat sans précédents est dû pour une grande part à la salubrité du climat mandchourien, aux faibles marches exécutées et surtout aux excellentes précautions d'hygiène édictées parles médecins japonais et scrupuleusement observées du haut en bas de la hiérarchie militaire, du maréchal au dernier sapeur. Les officiers nippons se sont toujours efforcés d'être les collaborateurs intelligents et dévoués des médecins, car ils ont compris le rôle tutélaire, primordial de V hygiène en campagne. »

A la guerre, tout doit être subordonné à la volonté de vaincre; toutefois, autant qu'il est possible, pour éviter l'affaiblissement, l'usure prématurée du soldat, il faut éviter le surmenage aigu dû aux grands mouvements enveloppants, aux fréquentes marches de nuit, rendues si fatigantes par l'absence de sommeil et surtout le surmenage chronique, qui est caractérisé par un amaigrissement progressif, l'anémie, l'essoufflement, la lassitude, les poussées fébriles et les troubles digestifs variés. Cet état, qui confine à la maladie, est le triste apanage des troupes surmenées, insuffisamment alimentées ou l'aboutissant des guerres de longue durée. Dans ces cas-là, toutes les maladies prennent une allure fatale.

En campagne, une bonne alimentation est absolument nécessaire; c'est le régime le plus économique pour l'Etat. Il fait durer V homme. Il faut donc alimenter copieusement le soldat en viande fraîche de bonne qualité (500 gr. par jour), en pain frais, en corps gras, en café et en sucre, si judicieusement appelé le charbon du muscle, l'aliment du travailleur. En conséquence, il faut éviter l'usage prolongé des conserves autoclavées, du lard salé et surtout du biscuit si indigeste, qui provoque la diarrhée et favorise l'apparition de la dysenterie.

Les eaux impures doivent être soigneusement déconseillées : aussi, lorsqu'on doit cantonner dans un village abandonné ou précédemment occupé par l'ennemi, le médecin du régiment doit visiter aussitôt que possible tous les puits, leurs abords, leur état d'entretien et consigner tous ceux qui lui paraissent suspects en y plaçant un écriteau : Eau mauvaise à boire.

En outre, il faut recommander aux hommes de se laver fréquemment les mains, la face, les pieds et leur rappeler l'axiome du Pr Vincent : la fièvre typhoïde est la maladie des mains sales.

"rll Hygiène des villes.

L'assainissement du champ de bataille, des centres d'abat doit être une des grandes préoccupations du commandement pour éviter le méphitisme, l'éclosion des mouches en été, l'invasion des maladies et la fonte des effectifs.

Le péril fécal est le pins grand danger des agglomérations humaines, aussi faut-il jalousement surveiller les feuillées, les latrines, pour ne pas vivre sur un fumier et ne pas être exposé à manger des déjections humâmes réduites en poussières.

Aussitôt après L'occupation d'un village, il faut l'assainir, le mettre en état de propreté et brûler tous les détritus (V. Hygiène des camps).

A la mobilisation, il sera nécessaire de renouveler les vaccinations antivarioliques et antityphiques.

Sans l'hygiène, la terrible trinilé morbide (fièvre typhoïde, dysenterie, paludisme) qui a dominé la pathologie des guerres passées, continuera à endeuiller nos succès comme nos revers.

En campagne, négliger l'hygiène, c'est courir au-devant d'un désastre sanitaire et notre rôle à nous, médecins, est de rappeler sans cesse au commandement que la lutte contre V ennemi peut et doit se concilier avec la lutte contre la maladie. p. BONNETTE.

HYGIÈNE DES VILLES. — Par le fait même de son existence et des conditions de la vie sociale, l'homme crée l'insalubrité autour de lui, tant que son activité ne s'emploie pas d'une manière consciente à en corriger les effets.

La présence de l'homme, surtout quand il est réuni en collectivités plus ou moins populeuses, vicie l'air respirable par la production d'impuretés de toute nature qui souillent l'atmosphère, justifiant ce mot de J.-J. Rousseau que le souffle de l'homme est mortel à l'homme. De plus, l'influence néfaste qu'il exerce au point de vue sanitaire sur le milieu naturel apparaît encore plus nettement si l'on considère, après l'atmosphère, les divers autres éléments de la salubrité : le sol, Veau, les aliments, Vhabitation.

L'habitation devrait être l'asile protecteur où l'homme goûterait le repos après son travail, à l'abri des intempéries, des influences mauvaises et des menaces de l'insalubrité; mais elle constitue précisément, dans un trop «grand nombre de cas, un milieu spécialement insalubre, défavorable à la santé, où la résistance vitale s'affaiblit et où peuvent se contracter de redoutables maladies.

Ainsi, par une antinomie singulière, l'un des premiers résultats de l'activité humaine, — tant qu'il n'y est pas mis bon ordre, — est de transformer les conditions du milieu où elle s'exerce, de telle sorte que ce milieu même devient promptement pernicieux à l'homme.

« A la ville, disait E. Trélat, des milliers d'individus mêlent leurs activités dans le plus étroit voisinage. Leurs demeures sont tassées côte à côte et ramassées les unes au-dessus des autres. Le rapprochement des existences corrompt l'air. Les respirations et les transpirations entretiennent, dans L'atmosphère obstruée, des gaz malsains et des vapeurs mêlées de produits organiques. Les eaux ménagères y ajoutent, en s'écoulant, d'autres gaz qui ne sont pas moins contraires à la santé.... Les fumiers des chevaux et les urines dégagent de l'ammoniaque qui imprègne les boues et les poussières

Hygiène des villes. 728

répandues dans l'air par les vents. Les combustibles de chauffage ou d'éclairage y apportent leur contingent d'acide carbonique, d'oxyde de carbone, d'acide sulfhydrique, d'acide sulfureux et de fumées.

« S'il coule une rivière dans la ville, tous les résidus s'y rendent et l'empoisonnent. La lumière perce difficilement l'atmosphère chargée qui pèse sur la cité. Elle entre à peine dans les habitations, qui s'abritent les unes les autres et arrêtent son cours salutaire. Ajoutez à tout cela que le sol se pénètre de liquides qui y entretiennent une véritable pâte de matières organiques et qui en rendent les pores impénétrables à l'air. En sorte que le citadin vit sur une base qui non seulement est imperméable, mais qui dégage des produits malsains.

« Ainsi l'air est sali, l'eau est souillée, la lumière est interceptée, le sol est abîmé; il semble que les réservoirs de la santé publique sont épuisés! »

C'est pour se défendre contre un état de .choses si contraire à leur prospérité que les groupements humains, à mesure qu'ils ont pris une conscience plus exacte de leurs besoins collectifs, se sont imposé certaines règles et ont institué dans les villes certaines mesures, dont l'ensemble constitue l'hygiène urbaine.

Leur nécessité doit sembler d'autant plus impérieuse qu'elles ont pour but de permettre au citadin de se préserver de dangers dont il est à la fois, comme nous l'avons dit, l'auteur et la victime.

Quelques-unes de ces règles et de ces mesures sont aussi vieilles que les plus anciennes civilisations. Mais un grand nombre d'autres nous ont été révélées par les remarquables progrès accomplis à une date récente dans le domaine de la pathogénie et de l'étiologie des maladies infectieuses, ainsi que dans l'utilisation des diverses sciences pour l'assainissement des milieux urbains et des habitations.

Aujourd'hui l'hygiène publique apparaît comme une haute médecine sociale, préventive et collective, basée sur des données scientifiques précises et pourvue de moyens d'action éprouvés. Elle est en état d'apporter aux causes d'insalubrité, dont nous venons de rappeler le tableau, des remèdes efficaces.

Il ne dépend que des administrations chargées de ce soin, et spécialement des administrations municipales, d'en assurer le bienfait aux populations dont les intérêts leur sont confiés.

Quels que soient la bonne volonté et les efforts de ceux qui dirigent l'hygiène publique en Europe et en Amérique, même dans les pays où le progrès social est le plus en honneur, on peut dire que la ville hygiénique n'existe actuellement pas. C'est un idéal que l'on peut concevoir mais qui ne sera jamais réalisé dans les contrées de civilisation ancienne. L'assainissement complet des villes, déjà construites depuis des siècles, demande en effet de trop grands efforts et exigerait des sommes qu'aucune commune n'aura jamais à sa disposition. Il faudrait faire table rase sur trop de points. C'est donc une utopie.

Faute de pouvoir décrire la réalité, MM. Macé et Imbeaux ont tracé un agréable tableau de la ville hygiénique modèle, remplissant tous les desiderata que nous venons d'indiquer; nous reproduisons ici ce tableau.

729 Hygiène des villes.

« Celte Salenlc hygiénique, disent-ils, nous la voyons bâlie sur un versant modérément incliné, ou, si elle est traversée par un fleuve, sur les deux versants opposés, mais en évitant les parties submersibles et en laissant de larges espaces libres de chaque côté du cours d'eau. Les rues principales y sont larges (leur largeur doit égaler au moins la Sauteur maximum des maisons) et orientées de manière à être facilement parcourues par les vents dominants (par conséquent, dans nos pays, elles seront de préférence orientées du nord-est au sud-ouest). Les maisons, peu hautes et peu larges, ont leurs façades opposées sur deux rues semblables parallèles orientées pour permettre l'insolation la meilleure et la plus prolongée. Du soleil et de l'air en abondance partout. De distance en distance, des rues perpendiculaires à la direction principale assurent la communication; enfin certains îlots sont réservés soit pour l'emplacement des monuments publics, soit comme squares, jardins, emplacements de jeux, etc., ce qui n'empêche pas la ville de disposer à sa périphérie de grands parcs, voire même de véritables forêts, facilement accessibles.

« Les rues et places sont partout revêtues d'asphalte ou de pavés de bois; la boue et la poussière restent à peu près inconnues et le bruit est lui-même très assourdi, les voitures publiques roulent électriquement sur les rails et les autres ayant leurs roues caoutchoutées (en attendant que la circulation se fasse par aéroplanes). Tous les malins ou mieux toutes les nuits, la toilette de la voie publique est faite soigneusement et consiste principalement en un lavage à grande eau. Naturellement aucune parcelle de matière fécale n'est déposée en rue; on n'y urine en aucun coin et on n'y crache pas: des urinoirs et des water-closets publics sont convenablement disposés et espacés pour ôter aux passants toute tentative d'opérer ailleurs. L'éducation spéciale et en outre, s'il en est besoin, les sanctions pénales suffisantes, leur font du reste éviter avec soin même toute apparence de souillure. Les gadoues sont collectées tous les jours dans des boîtes fermées, emportées telles, ou versées dans des voitures également couvertes et emmenées au dehors pour y être incinérées ou broyées.

« Les industries ne peuvent s'établir dans l'intérieur de la ville, mais seulement à une assez grande distance de la périphérie et du côté opposé aux vents dominants (pour que la fumée ne soit pas ramenée d'ordinaire vers la ville). C'est là aussi que s'établissent les usines des services municipaux, usines à gaz, usines électriques, usines de chauffage central et de distribution de froid à domicile, abattoirs et frigorifiques, etc. Les maisons, recevant du dehors soit par l'électricité, soit par la vapeur, soit par le gaz, le moyen de se chauffer et de faire la cuisine, n'ont plus besoin de cheminées. Le ventilation est partout facilement assurée, grâce à la force motrice distribuée à chaque immeuble; enfin il n'y a ni encombrements, ni surpeuplement dans les habitations maintenues toujours en très grand état de propreté.

« (Jrûce aux soins de la municipalité, aux magasins de réserve, au bon aménagement des marchés et des abattoirs, L'approvisionnement en denrées alimentaires, est facile; l'arrivée des denrées, surtout de celles de première nécessité, est abondante et leur conservation surveillée convenablement.

Hygiène des villes. 7."i)

L'inspection des substances comestibles, celle des viandes et du lait surtout, est constamment vigilante. Enfin la municipalité veille à ce que les prix restent modérés.

« Tout particulièrement, la ville a porté son attention sur son alimentation en eau. L'eau de boisson y est abondante, fraîche et de pureté absolue, soit qu'elle provienne de sources de montagnes, de puits artésiens ou simplement profonds, soit qu'on ait purifié de l'eau de rivière, de lacs ou de barragesréservoirs. Si on a recourt à la double distribution, l'eau de service ne sera pas mise à la disposition du public; il est vrai que, dans notre ville idéale, celui-ci est censé parfaitement éduqué, par conséquent, ne se tromperait pas.

« Un réseau d'égouts bien établis évacuera aussitôt les matières fécales, les urines, les eaux ménagères et industrielles, bref les eaux de toutes sortes, y compris les eaux pluviales, du moins lorsqu'elles deviennent gênantes. Cet efflux urbain sera emmené loin de la ville, et là il sera épuré, soit par le sol, soit par les procédés biologiques. Finalement, l'eau purifiée pourra rentrer sans inconvénients dans la circulation générale.

« Dès qu'un cas de maladie infectieuse sera signalé, — et il ne pourra tarder à l'être dans une ville où tous les médecins et tous les chefs de famille feront scrupuleusement leur devoir de déclaration, — des mesures d'isolement et de désinfection seront prises et étoufferont en quelque sorte sur place ce commencement d'incendie ; l'éclosion de toute épidémie sera impossible.

« Enfin, si les malades ne menacent pas les vivants de la contagion, les morts eux-mêmes, ne seront plus ni une gêne, ni un danger. Les cimetières seront remplacés par des columbariums, installés dans des jardins fleuris, et où chaque famille conservera pieusement les cendres refroidies et tout à fait inoffensives de ses défunts !

« Si, dans cette ville de l'avenir, il est fait des progrès parallèles dans l'ordre moral et social, si les fléaux de l'humanité, la misère, la débauche, l'alcoolisme ont fortement rétrogradé devant la valeur morale croissante du peuple, si enfin l'éducation pousse les générations futures toujours vers plus de science, et plus de conscience, plus de beauté et de bonté, notre Salente hygiénique sera une cité de l'âge d'or; on n'y mourra plus que de vieillesse avancée ! »

ÉTUDE GÉNÉRALE DE L'HYGIÈNE URBAINE. — L'étude de l'hygiène des villes, comporte un certain nombre de généralités, que nous allons passer rapidement en revue.

On admet généralement que les agglomérations dont le chiffre d'habitants est supérieur à 5000 prennent le nom de ville, les bourgs et villages ne comptant que moins de 5000 habitants.

Cette division, du moins en ce qui concerne l'hygiène est tout à fait artificielle et ne doit pas subsister. Les mêmes règles de salubrité s'appliquent en effet à la rue, aux maisons, et aux égouts d'un village aussi bien qu'à celles d'une grande métropole, et dans un pays où l'hygiène serait bien comprise il ne devrait y avoir aucune différence au point de vue de la salubrité entre la capitale et la plus humble bourgade.

7," I Hygiène des villes.

La salubrité (Tune ville esl fonction de sa situation, de la constitution de son sol, de son altitude, de l'air qu'on y respire et de ses causes de contamination, des poussières et des fumées qui le vicient. Les habitations parliculières et collectives, la surpopulation sont également à considérer. Enfin les rues et leur toilette, leur éclairage, jouent un rôle important dans les conditions qui régissent l'hygiène urbaine.

De plus, la façon dont une ville est alimentée aussi bien en vivres qu'en eau potable, l'évacuation des eaux et des matières usées sont des facteurs qui exercent une influence considérable sur la santé des habitants.

Situation. — Fonssagrives, avait divisé, au point de vue de leur situation, les grandes agglomérations humaines en villes de plaines, villes de vallées, villes pélasgïennesou maritimes, villes fluviatiles, villes lacustres et villes paludéennes. Celte division un peu artificielle et actuellement désuète, en ce qui concerne la dernière de ces rubriques, peut être conservée pour les autres.

Les villes de plaine sont celles qui reposent sur un sol peu élevé audessus du niveau de la mer et qui se trouvant en pays plat et à une assez grande distance des cours d'eau, ont pu se déployer à l'aise sans obéir à des nécessités de configuration.

Les villes de vallées sont situées dans des couloirs plus ou moins étroits qui ne reçoivent que très imparfaitement les rayons solaires. Plus la vallée est étroite et profonde, moins elle est salubre.

Les villes maritimes se trouvent placées au contraire dans des conditions absolument opposées. Elles offrent les avantages et les inconvénients du bord de la mer sous le rapport de la température, de la pureté et de l'humidité de l'air, du régime des vents et des émanations pélasgiennes. Les villes maritimes sont tantôt placées sur des mers qui offrent de grandes variations de niveau, tantôt au contraire, comme dans la Baltique, la Méditerranée et l'Adriatique au bord de mers ou la marée ne se fait pas sentir. Le mouvement de l'eau peut occasionner un grand apport de matières organiques, qui se putréfient sur le rivage en empoisonnant l'atmosphère, surtout s'il y a reflux des matières usées. Elles sont plus malsaines que celles qui sont situées au bord des mers qui n'ont pas de marée, à moins cependant que la disposition du port ne soit un obstacle à l'aménagement convenable du régime des égouts. C'est ce qui existait naguère à Marseille, par exemple, où l'infection du vieux port par les égouts qui y débouchaient tous était devenue l'une des principales préoccupations des hygiénistes de la ville.

Les villes fluviatiles sont quelquefois situées sur un seul côté du fleuve, quelquefois sur les deux côtés, quelquefois au milieu sur une île environnée par les eaux. Telle a été l'origine de Lutèce qui, se développant plus lard sur les deux rives du fleuve est devenue Paris. En thèse générale, la présence d'un fleuve est pour une ville un élément de salubrité; il crée, en effet, dans le sens du courant, un déplacement d'air qui correspond à une cheminée d'appel, et constitue un agent de ventilation des plus énergiques. En même temps, la présence d'un cours d'eau est une ressource précieuse pour l'approvisionnement de la ville, aussi longtemps que son développement ne devient pas disproportionné aux dimensions du fleuve qui la traverse.

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Mais, lorsqu'on pratique le toul à la rivière, lorsque le Ûeuve esl converti en égout par toutes les déjections d'une population nombreuse, par toutes les immondices d'une grande ville, il devient nue cause d'insalubrité, non seulement pour la ville qu'il traverse, mais encore et surtout pour les localités situées en aval, au-dessous de ce grand loyer d'infection.

Dans ces cas, l'infection du fleuve ou de la rivière est fonction de son volume ainsi que du nombre des habitants de la ville. L'épuration se fait heureusement de façon naturelle, après un parcours plus ou moins long suivant que la dilution des matières usées dans l'eau du fleuve est plus ou moins grande.

Altitude. — A côté de la situation que peuvent occuper les villes et qui joue un rôle si important au point de vue de leur salubrité, il faut placer leur altitude. Cette circonstance influe directement sur leur hygiène.

Une ville peut être à flanc de montagne, ayant la plupart de ses rues en pente, ce qui facilite grandement l'évacuation des nuisances, et être cependant fort insalubre. Telle est la ville de Caracas, capitale du Venezuela. Ce n'est d'ailleurs que dans les régions tropicales j3ii subtropicales que Ton observe de grandes agglomérations urbaines, situées à de hautes altitudes.

Plusieurs villes dans le Pérou et la Bolivie sont situées à une hauteur de plus de 5000 mètres. La capitale de ce dernier Etat, la Paz, est à une hauteur de 5726 mètres. A une élévation de plus de 2000 mètres, nous trouvons : Quito, capitale de l'Equateur, à une hauteur de 2908 mètres; Santa-Fé de Bogota, avec une population de 72 000 âmes, à 2661 mètres, et enfin Mexico, avec une population de plus de 200000 habitants, à 2277 mètres au-dessus de la mer, c'est-à-dire à 400 mètres seulement au-dessous de l'hospice du grand Saint-Bernard. Darjeeling, au pied du plus haut sommet de l'Himalaya, ville de plaisance et sanatorium d'altitude est située à 5000 mètres.

Dans les pays tempérés, et en Europe, les villes telles que Briançon, Pontarlier, Grenoble, Lausanne et Genève, offrent en général un climat assez rigoureux qui aguerrit les santés vigoureuses, mais qui est périlleux pour les constitutions faibles. Au reste, il faut y tenir compte de la latitude et de la configuration du sol, conditions qui jouent un rôle immense au point de vue de la température. Quant à la pression de l'air, elle n'est pas suffisamment diminuée, à ces hauteurs relativement médiocres, pour qu'il soit possible d'en tenir compte.

Par contre, l'altitude ne parait jouer aucun rôle appréciable au point de vue du climat, lorsqu'il s'agit de villes dont l'élévation varie entre 50 et 500 mètres. Il en est autrement lorsque le niveau descend à quelques mètres au-dessus de la mer et même à quelques mètres au-dessous. C'est la condition qui se rencontre dans quelques villes de France et dans une grande partie des villes du nord de l'Europe. C'est ainsi que Nantes, Bordeaux, Caen, Narbonne, sont à peine élevées de quelques mètres au-dessus du niveau marin. Saint-Brieuc, la moins élevée de toutes les villes de France, n'est qu'à 2 mètres au-dessus du niveau de la mer. La plupart des villes de la Prusse sonl à une 1res médiocre hauteur, et Berlin n'a que 54 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer; Paris en a 56. Tout le littoral des Pays-Bas et de la Belgique esl dominé par la mer qui s'élève à un mètre au-

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dessus du niveau d'Ostende et <|ui domine la Hollande tout entière à une hauteur moyenne de 4 mètres. Les cités placées dans ces conditions sont exposées naturellement aux inconvénients d'un climat humide. Elles sont situées en général dans des contrées pluvieuses et le peu d'élévation du sol rend difficile l'écoulement des eaux. En mettant à part les causes d'insalubrité, elles ne paraissent point avoir de notables inconvénients pour la santé des habitants, sauf peut-être au point de vue de la tuberculose.

Humidité. — L'humidité du sol joue, pour un certain nombre de médecins anglais et américains, un rôle prédisposant de premier ordre vis-à-vis de cette redoutable infection. Un certain nombre d'hygiénistes anglosaxons pensent, quoique sans preuves absolues, que le développement de la phtisie dans les villes suit une loi qui est en rapport avec l'humidité du sol. Ils se basent sur les faits suivants :

En drainant le sous-sol de villes humides il y a plus de quarante années, on a réduit, à Cardiff la mortalité générale de 24 pour 100 et la mortalité par phtisie de 17 pour 100. A Salisburg la mortalité par phtisie a été réduite de 49 pour KM).

L'attraction capillaire et l'évaporation par le sol, jouent un rôle important à ce sujet. C'est surtout sur les caves et les sous-sols habités que s'exerce l'influence de l'humidité du sol. Les sols qui sont capables de nuire aux habitations peuvent être divisés en trois classes :

Ceux qui sont relativement imperméables et résisteront à l'absorption : les rochers.

Ceux qui sont perméables et retiennent, absorbent l'eau et la rendent lentement, par exemple toutes les variétés d'argiles, de densités différentes.

Ceux qui sont perméables et ne retiennent pas, qui absorbent l'eau et la rendent rapidement : les sables, graviers, la craie et les sols mélangés qui ont une porosité variable.

Sans drainage, tous les sols imperméables ou perméables conservent de l'eau dans leurs espaces interstitiels sans exception, tous ces sols lâchent de l'humidité, quand ils sont remplis d'eau au lieu d'air; l'air qui esta leur surface est saturé d'humidité et sent plus ou moins mauvais.

Le granit, le marbre, roches dures, imperméables et de grande densité, contiennent plus d'un demi-litre d'eau par mètre cube. Le sable peut en contenir de 4 à 500 fois plus, mais cette eau s'en écoule facilement.

On arrive à atténuer en partie les effets fâcheux de l'humidité du sol par le drainage. En drainant le sol, on abaisse le niveau de la nappe souterraine et on aère le sol. Ce drainage élève la température du sol de 2 à 3 degrés et celui de la couche d'air immédiatement sus-jacente. L'évaporation de la pluie sur un sol plus ou moins imperméable est une cause considérable d'humidité, de refroidissement et par conséquent d'insalubrité.

Sol. — Au point de vue géologique, on peut distinguer cinq catégories de villes: villes rocheuses, villes sablonneuses, villes argileuses et alluvionnaires, villes assises sur des terrains artificiels, et enfin villes sur pilotis. Il est incontestable que les villes assises sur le roc sont les plus salubres de toutes, pourvu que d'autres conditions ne viennent point altérer la santé des habitants.

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Quant aux villes assises sur un fond sablonneux, elles sonl saines, le sous-sol esl perméable, permettanl un drainage rapide des eaux. Lorsqu au contraire le sous-sol est argileux, la stagnation des eaux qui s'écoulent mal est une cause d'humidité permanente et d'insalubrité. On conçoit, par conséquent, que l'hygiène des villes bâties sur sous-sol argileux soit très inférieure à eelle des cités bâties sur terrains rocheux. Quant aux villes situées sur des terrains d'alluvions récents, elles présentent, comme nous l'avons déjà dit, tous les inconvénients des localités marécageuses. Leur position est incontestablement insalubre. Toutefois, c'est ici que l'art peut le plus aisément corriger la nature, el l'on sait par exemple, quels progrès ont fait faire à la santé publique les gigantesques travaux de drainage et d'assèchement du sol entrepris à Calcutta par le gouvernement anglais.

Les villes assises sur des terrains artificiels ont ordinairement un sol poreux, humide et sujet à s'infecter, soit par les détritus qui y pénètrent, soit par la nature même de ces terrains artificiels. Plusieurs quartiers de Calcutta sont bâtis sur des élévations produites par l'accumulation des immodices de cette ville. Il en est de même pour un trop grand nombre de villes coloniales françaises. Saïgon a dû son insalubrité notoire pendant de longues années à la constitution de son sol constitué par des immondices séculaires. Fort de France, la Pointe-à-Pitre sont dans le même cas. Cependant, au dire de certains observateurs le mélange avec des matières minérales, de ces sous-sols si riches en matière organique leur donne au bout d'un certain temps l'aspect de la terre végétale, et leur fait perdre ses propriétés nocives au bout d'un court espace de temps. Il n'en est pas de même pour le sol factice constitué par les cendres des savonneries, sur lequel s'élèvent certains quartiers de Marseille. Ces résidus sont constitués par un mélange de sulfate de chaux, de craie et de fragments de houille.

Les détritus industriels inorganiques ainsi que les cendres minérales lorsqu'elles sont utilisées pour des remblais, détruisant plus ou moins la végétation et par conséquent toute fermentation microbienne possible, constituent un excellent sous-sol. Mais ce n'est là qu'un cas particulier.

Une condition des plus importantes pour la salubrité des cités est leur situation, ou mieux leur élévation au-dessus de la première nappe des eaux souterraines. Une ville placée au fond d'une cuvette, dominée par les hauteurs qui l'entourent, est nécessairement humide. Mais il en sera de même, quelle que soit la situation de la cité, quand la première couche imperméable retenant la première nappe d'eau ou nappe des puits, est très superficielle. L'eau retenue à une faible profondeur, ne tarde pas à être con- I aminée par les matières putrescibles de toute sorte déversées à la surface du sol de la ville, urines, matières fécales des animaux et de l'homme, et contribue à entretenir la morbidité et la mortalité de l'agglomération le sol étant constamment humide et, surtout si on utilise l'eau des puits de la première nappe; lorsqu'au contraire la couche argileuse est très profonde, les eaux souterraines sont assez éloignées de la surface du sol pour ne pas se contaminer aussi facilement et pour n'exercer, indirectement ou directement, aucune influence fâcheuse.

Le sol des allées des jardins publics, des squares, des grandes villes est

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comme celui des rues el des voies de communications extrêmement souille. Il est dangereux, à cause des enfants qui jouent dans les allées et auxquelles on laisse bien à tort manier le sable et le gravier, souillés par des crachats tuberculeux.

On a proposé de stériliser le sol de ces allées. Le I)1 Le Faguays a imaginé à ce sujet un appareil très simple et très efficace, dont voici le dessin. C'est un simple four à pétrole monté sur roue, et qui permet de stériliser par la chaleur sèche, le sol au-dessus duquel on promène lentement l'appareil (6g. 200).

Fi£. 290. — Stérilisateur pour sol (Dr Le Faguays).

ATMOSPHERE DES VIL- LES. — L'atmosphère des villes est naturellement viciée par le fait de l'agglomération humaine, sous l'influence d'une multitude de causes diverses, des poussières et des fumées. On sait que les poussières sont constituées par des particules minérales ou organiques qui flottent dans l'air.

Les poussières inorganiques de l'atmosphère sont principalement formées de débris pulvérulents provenant de l'usure des roches sous l'action de l'eau, du vent, de la température. Les volcans vomissent dans l'atmosphère des quantités considérables de lave porphyrisée, de sable et de boue, qui peuvent être transportés par les vents à des centaines de lieues. Les sables du désert se déposent parfois sur les voiles des navires à 200 ou 300 lieues de la côte d'Afrique.

Dans les agglomérations urbaines l'usure des chaussées met en liberté des fragments de matières calcaires et siliceuses. Les rues asphaltées donnent moins de silice que les rues pavées (Dresde). Cela prouve leur supériorité en ce qui concerne la production des poussières. Des particules solides provenant des matériaux de construction emplissent également l'atmosphère des villes, qui renferme aussi des fragments de charbon ou de métaux, particulièrement dans les centres industriels.

Ouanl aux poussières organiques, elles sont animales ou végétales. On rencontre dans l'air des cadavres ou des débris de petits insectes, des œufs d'infusoires, des poils ou des cellules, des fibres musculaires, des débris dr tissus. On y trouve des débris végétaux, dont quelques-uns, comme les poussières de platane, soûl extrêmement irritants, des pollens, des fibres texiiles des grains d'amidon. Toutes ces poussières peuvenl pénétrer

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l'organisme humain par les voies respiratoires ou par les voies dïgestives el en altérer les fonctions. Elles jouent un rôle mécanique irritant vis-à-vis des muqueuses et de la peau. Mais il ne faut pas oublier que, parmi les poussières végétales les plus importantes au point de vue de l'hygiène, sont sans conteste celles qui renferment des micro-organismes dont bon nombre exercent une action pathogène sur la santé de l'homme. Dans les villes, 1rs inconvénients des poussières sont portés au maximum. On conçoit donc l'importance des vents régnants dans la salubrité d'une ville, en ce qui concerne la viciation de l'atmosphère et sa teneur en poussières et en microbes.

Le nombre des microorganismes de l'atmosphère des villes varie sensiblement suivant les saisons. Il croît en général progressivement pendant le printemps et l'été, pour diminuer ensuite jusqu'à la fin de l'hiver. Voici les moyennes trimestrielles obtenues par Miquel pendant une période de dix années, allant de 1885 à 1894 :

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