AU PARC DE MONTSOURIS. A L'HÔTEL DE VILLE
Bactéries. Moisissures. Bactéries. Moisissures.
Hiver 170 145 i.305 1.345
Printemps 295 195 X.080 2.275
Été 345 245 9.847 2.500
Automne 195 230 5.665 2.185
Ce tableau met bien en lumière combien dans une même ville l'air des points où la population est très dense contient plus de germes que celui des endroits peu habités.
D'après les recherches de Miquel, le rapport des moisissures aux bactéries est plus élevé dans l'air des campagnes ainsi que dans celui des égouts que dans l'air des villes. Parmi les microorganismes contenus dans l'atmosphère, le plus grand nombre reste inofTensif vis-à-vis de l'organisme humain; quelques-uns cependant, les microbes pathogènes, s'y rencontrent aussi et sont une menace permanente pour l'homme. Tous ces germes' pénètrent, en effet, les voies respiratoires et y sont retenus à peu près en totalité comme le prouvent les expériences de Straus et Dubreuilh et de Gùnning. L'air expiré contient en moyenne 600 fois moins de bactéries ou de moisissures que l'air inspiré.
Il semble donc à première vue qu'il soit bien difficile à l'homme, dans ces conditions, d'échapper à l'infection par l'air. Mais l'organisme possède des moyens de défense qui le mettent à l'abri de la plupart de ces attaques. De plus, la très grande majorité des microbes inhalés, si l'on en excepte toutefois le bacille de la tuberculose, ne possède heureusement qu'une virulence nulle ou tellement affaiblie que les phagocytes n'ont pas de peine à les détruire.
LES FUMEES. — Il n'est pas besoin d'insister sur les inconvénients qu'il faut attribuer aux dégagements des fumées et des mauvaises odeurs dans les villes, et sur les moyens qu'on a proposés pour remédier à ces causes d'insalubrité de l'atmosphère urbaine.
Les fumées sont des poussières dérivant de la combustion; celle-ci, qu'elle
loi
Hygiène des villes.
se produise dans un loyer domestique ou industriel, déverse dans l'atmosphère des particules de charbon et «les cendres entraînées avec de la vapeur d'eau. Ces fumées, lorsqu'elles infectent l'air, y condensent l'humidité et contribuent pour la plus grande part à la persistance des brouillards qui enveloppent certaines villes, Londres par exemple.
11 en résulte des inconvénients multiples: dépôts de résidus noirs sur les maisons, les habitants et les vêtements; refroidissements du climat par la condensation des vapeurs atmosphériques, diminution de l'exposition au soleil et par suite de l'activité de la nutrition chez les habitants d'une part, diminution de la destruction microbienne d'autre part, les rayons bleus, violets et ultra-violets étant particulièrement bactéricides (Ramsay).
D'après les travaux de Gautier, en dehors des gaz produits par la combustion, les fumées contiennent comme éléments solides des parties goudronneuses, des hydrophosphates, carbonates, silicates terreux et alcalins, de la silice libre, etc.) Ces produits déposent sur Paris une couche de matières solides qui représente annuellement un poids de \ 60 000 kg. Les analyses dt Gautier démontrent que 100 gr. de suies solides, que laissent déposer les fumées, contiennent 4 à 5 gr. d'acide sulfurique et \ gr. 05 à 2 gr. d'acide chlorhydrique. Ces quantités augmentent beaucoup avec des combustibles pyriteux : leur soufre se transforme en acide sulfureux, puis, au contact de la vapeur d'eau de l'air, en vapeurs sulfuriques. Un pareil dégagement de gaz acides et nocifs n'est pas sans inconvénient pour la santé publique.
La réunion de nombreuses habitations serrées les unes contre les autres dans des espaces restreints constitue la définition même de la ville. La bonne ou la mauvaise construction de ces habitations, l'entassement plus ou moins grand de la population dans les maisons, la propreté ou la malpropreté des logements et des habitants jouent un rôle primordial en matière de salubrité urbaine, en particulier sur le développement de la tuberculose (ainsi que cela vient d'être démontré, de façon frappante, en Angleterre); il en est de même pour la mortalité infantile. Nous ne pouvons pas, dans l'espace restreint réservé à cet article, traiter ici de l'hygiène des habitations particulières ou collectives. Celles-ci comprennent les cités, les casernes, les hôtels et garnis, les écoles, les hôpitaux et hospices, les dispensaires, les prisons, les asiles de nuit et les refuges, les crèches. Nous verrons seulement que la salubrité de tous ces établissements, aussi bien (mais à un moindre degré) que celle des théâtres et des églises, est aussi importante pour la santé publique d'une ville que la salubrité des habitations particulières ; en effet, plusieurs de ces habitations collectives hébergent la partie de la population la plus pauvre, la plus miséreuse, c'est-à-dire celle qui fait courir les plus grands risques à l'hygiène publique.
RUES. — Les voies de communication dans les villes : les rues, les avenues, les boulevards, jouent un rôle important dans l'hygiène urbaine.
Dans la plupart des villes d'Orient, des couloirs étroits, tortueux, irréguliers et malpropres, séparent les maisons qui n'ont point accès sur la rue, si ce n'est par une porte basse, et dont les fenêtres donnent sur Une
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cour intérieure; cel état de choses qui se rattache en partie au climat, en partie aux mœurs et à L'état de civilisation ne diffère pas sensiblement de celui que présentaient au moyen âge les cités les plus importantes de l'Europe. Des maisons irrégulièrement construites, souvent disposées de manière à empiéter, par leurs étages supérieurs, sur le peu d'air et de lumière que laissaient les parois par trop rapprochées, une chaussée non pavée, des immondices partout, telle était la physionomie de la plupart des villes, môme les plus célèbres, il y a quelques siècles, et les vestiges de cet état de choses nous entourent encore aujourd'hui. Si Ton parcourt les vieux quartiers d'Edimbourg, ou les quartiers pauvres de Londres, l'on y trouvera encore, à quelques pas des constructions les plus modernes, les restes d'un état de choses qui tend à disparaître. Le centre de Paris, sous Louis Philippe, ne différait en rien du Paris de Henri IV. Le plan était le même, sauf d'insignifiants percements. C'étaient les mêmes rues étroites, tortueuses, mal pavées, bordées de maisons noires aux fenêtres exiguës, aux escaliers absolument obscurs, aux latrines puantes situées dans l'escalier, maisons dont il ne reste actuellement que trop d'exemples dans les 4 premiers arrondissements de Paris (pour ne pas parler des autres).
C'est en 1849 que commença la transformation, continuée par Haussmann, et qui est en ce moment encore bien incomplète. Il y a, en 1915, à Paris plus de 10 000 maisons qui devraient être jetées bas immédiatement, si cela était possible.
L'influence des percements, des couloirs d'air et de lumière sur la santé publique ne s'est jamais manifestée plus clairement qu'à Paris. Citons un exemple. Avant le percement de la rue Monge, l'Hôpital de la Pitié regorgeait de malades atteints d'affections contagieuses de toute sorte : varioleux, typhiques, scarlatineux, rougeoleux ne cessaient d'y affluer toute l'année. La rue Monge une fois percée et bâtie, les services de la Pitié se désencombrèrent et les malades aigus y devinrent notablement plus rares.
Dans les dimensions des rues, l'hygiéniste doit surtout considérer la largeur et la profondeur. La longueur n'a qu'une importance relative, surtout si la rue est très large. La ventilation s'y fera dans de bonnes conditions, surtout si elle est coupée par des rues transversales ou si elle passe le long de squares ou de jardins publics.
Si la longueur des rues peut, dans une certaine mesure, être abandonnée aux inspirations individuelles, il est évident que leur largeur est soumise à des règles plus étroites. Il est incontestable que, dans le Nord, des rues spacieuses sont indispensables à la salubrité d'une ville, leur ouverture favorise l'évaporation, vient en aide à la ventilation et permet à la lumière, dont le climat est avare, de pénétrer jusqu'au fond des cours et des maisons. Des conditions différentes semblent être préférées dans le Midi. Ici l'on recherche, là on évite le soleil; aussi les rues des villes méridionales sont-elles en général beaucoup plus étroites que dans les pays du Nord, et en général plus sales et plus insalubres.
La profondeur des rues est déterminée par la hauteur des maisons. Les maisons, ainsi que l'a dit Fonssagrives, transforment une rue en une vallée plus ou moins creuse, dont le fond est figuré par la chaussée, la rivière par
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les ruisseaux, les collines adjacentes par les maisons. Or, comme les vallées encaissées sont notoirement insalubres, on doit évidemment établir une proportion convenable entre la hauteur des maisons riveraines et la largeur de la chaussée. En thèse générale, les maisons les plus élevées se trouvent dans les villes dont, la population, pour un motif quelconque, a dû se concentrer sur place sans pouvoir s'étendre librement en plaine; c'est ce qui arrive, par exemple, à Genève, à Lyon, à Edimbourg et surtout en Amérique, à New- York et à Philadelphie. Dans ces dernières villes, les maisons dites skyscrapers (gratte-ciel) ont 50 étages et plus de 100 mètres de haut. A Paris, la hauteur maxima est de 30 mètres.
Voici quel est le règlement édicté par la Ville de Paris, à propos du rapport qui doit exister entre la hauteur des maisons d'une rue et la largeur de cette rue.
Dans les voies qui ont moins de 12 mètres de largeur, la hauteur ne peut excéder 6 mètres, augmentée de la largeur réglementaire de la voie.
Dans les voies de 12 mètres de largeur et au-dessus, la hauteur ne peut excéder 18 mètres, augmentés du quart de la partie de voie dépassant 12 mètres sans que, dans aucun cas, cette hauteur puisse dépasser 20 mètres au-dessus du point d'attache. Dans toutes les grandes villes d'Europe les mêmes proportions, ou à peu près, sont admises. Cependant, à Francfort, la hauteur du toit ne doit pas dépasser la largeur de la rue et ne doit jamais excéder 9 mètres dans les rues de moins de 10 mètres de largeur, la hauteur de 5 mètres est admise.
Les rues doivent être en pente pour permettre l'écoulement des eaux. On admet qu'un demi-centimètre par mètre est un minimum. Il n'y a d'ailleurs aucune règle fixe à ce sujet. Tout dépend de la configuration du sol.
Chaussées. — Mais toutes les conditions dont nous venons de parler n'offrent qu'un intérêt secondaire par rapport à la question principale. Nous voulons parler du revêtement de la chaussée. Il est incontestable qu'un revêtement étanche est une condition absolue de salubrité pour les maisons qui bordent une rue. Chose étrange, et qui montre bien la susceptibilité de l'organisme à certaines influences : on a vu les travaux de démolition, entrepris à Paris sur une vaste échelle, il y a quarante ans, déterminer des fièvres intermittentes dont quelques-unes ont été pernicieuses chez une population qui paraissait jouir à cet égard d'une indemnité presque parfaite. Les mêmes faits se sont reproduits, mais sur une bien moindre échelle, à propos des travaux de l'Exposition Universelle de 1900, de même qu'ils s'étaient produits, en 1840-1843, lors de la construction des fortifications de Paris. Ils sont difficiles à concilier avec une théorie absolument exclusive de la propagation du paludisme par les anophèles; ils montrent en tout cas l'action insalubre du bouleversement des terrains alluvionnaires, soit qu'il s'agisse de terres vierges ou de sols occupés par l'homme depuis 2000 ans.
En France, le pavage des chaussées- consistait habituellement en pierres dures, le grès de Fontainebleau, par exemple; ces pavés, volumineux, ont dé de forme cubique jusqu'en 1830. A partir de cette époque, on a préféré employer des pierres rectangulaires, d'une plus petite dimension et en granit. On place le pavé par rangs perpendiculaires à l'axe de la chaussée,
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pour éviter la production de sillons longitudinaux parallèles. On doit asseoir le pavage sur un lil uniformémeni résistant; c'est ce qu'on cherche à obtenir à l'aide d'une couche de sable qu'on peut remplacer par des pierres cassées, fortement comprimées et recouvertes d'une mince épaisseur de sable. Enfin, on s'efforce d'empêcher l'infiltration des eaux à travers les interstices du pavé en remplissant les joints par du mortier hydraulique; mais, en thèse générale, ce système est généralement abandonné, saut* pour la partie immédiatement voisine du trottoir.
Le pavage en grès dure de 20 à GO ans, suivant les circonstances; il exige des réparations fréquentes et présente, en outre, des inconvénients qu'il est facile d'apprécier et qui ont fait chercher d'autres moyens. Dans certains pays, en Hollande et à Venise, on emploie des briques. On a essayé aussi le pavage en fonte, constitué par des tubes, placés de champ, remplis de cailloutis et reliés ensemble. Enfin, un système qui a pris une grande extension, surtout en Angleterre, est l'empierrement ou macadam. Ce procédé n'a pas donné, à Paris du moins, des résultats satisfaisants. Dans une ville où la circulation est très active, comme sur toutes les routes très fréquentées, surtout par les voitures automobiles, l'usure est des plus rapides, et rend ce mode de pavage absolument impraticable. En outre, il est nécessaire de procéder, pour le macadam, à un balayage très exact en temps humide, et, pendant les sécheresses, il faut l'arroser pour empêcher la désagrégation des éléments de la voie et son déchaussement; aussi ce genre de pavage qui donne de la boue en hiver, de la poussière en été, et qui exige à Paris un renouvellement complet tous les trois ans, ne paraît satisfaire à aucune des conditions de propreté et d'économie qu'une bonne administration cherche à réaliser. Pour les villes du Midi, qui ne disposent que de pierres calcaires très friables, elles doivent au macadam d'être couvertes d'une poussière qui détermine parfois des maladies des yeux, du larynx et des poumons, mais surtout des conjonctivites.
Pour éviter la poussière soulevée par le passage des voitures1 automobiles, on enduit les routes macadamisées de goudron (goudronnage, westrumitage).
Le macadam a été remplacé à Paris, soit par l'asphalte ou bitume, soit surtout par le pavage en bois.
L'asphalte est un calcaire bitumineux contenant 5 à 15 pour 100 de bitume que l'on fond et que l'on étend sur une voie préalablement macadamisée ou, mieux, cimentée. Cet asphalte donne une voie lisse, propre, facile à entretenir, imperméable et donnant une traction facile, sauf en été où il se ramollit par là. Il est de plus friable et se laisse traverser par une fuite de gaz d'éclairage qui a la singulière propriété de le ramollir.
Le ciment est utilisé dans certaines villes de France et surtout aux colonies, à Saint-Louis du Sénégal, à Dakar, à Rufisque, où le macadam donne trop de poussière et où le bitume fond.
Le pavage en bois a pris une grande extension dans la plupart dans grandes villes. Ces pavés sont en sapin du Nord, imprégnés de pétrole lourd ou de coaltar, ou d'un mélange de phénol et de chlorure de zinc. Ils
sont posés sur un revêtement de ciment et reliés par du goudron ou de l'asphalte, ou bien encore par du ciment. Ce pavé est assez résistant à l'usure, et facile à entretenir.
Au point de vue de la forme, la chaussée doit être légèrement convexe, de façon à offrir une inclinaison pour l'écoulement des eaux. Autrefois, elle présentait une concavité centrale qui réunissait les eaux de la rue en un seul ruisseau qui partageait la chaussée par le milieu sur sa longueur. Pour cheminer à sec en temps de pluie, il fallait tenir le haut du pavé. Aujourd'hui, on a adopté le système inverse; la chaussée est légèrement bombée, et les eaux se partagent en deux ruisseaux qui coulent le long des trottoirs. Ceux-ci ont remplacé les bornes qui abritaient les passants en cas de besoin. De distance en distance, sous les trottoirs, s'ouvrent des bouches d'égout par où les eaux de pluie s'écoulent dans les conduites souterraines.
ENTRETIEN DE LA VOIE PUBLIQUE. — Le bon entretien de la voie publique, qui constitue la toilette de la rue, ne peut être maintenu que par des soins incessants. On s'est depuis longtemps préoccupé à Paris de cette question, qui a motivé un grand nombre d'ordonnances royales. On contraignait autrefois chaque habitant à nettoyer la portion de la rue située devant sa propre demeure et ce système est encore en vigueur pour les temps de neige et de verglas. Mais l'enlèvement des boues est régularisé par un service de balayage qui constitue l'une des plus grosses dépenses du budget municipal. Le balayage débarrasse la chaussée des immondices de toute sorte, de la boue, de la poussière, enfin des résidus domestiques. Pour éviter le dégagement de poussières nocives le balayage doit être toujours
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Fig. 291. — Balayeuse automobile.
précédé d'un arrosage. On fait celui-ci à la lance, chaque fois qu'il existe des prises d'eau en nombre suffisant, sinon on emploie des tonneaux d'arrosage, qui laissent écouler l'eau par un tuyau transversal perforé, fixé près du sol. Dans les ports on pourrait avec avantage employer l'eau de mer à l'arrosage, comme cela se pratique en Angleterre. Il n'y a aucun inconvénient à cela. On utilise en général un litre d'eau pour arroser un mètre carré.
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La fréquence des arrosages esl subordonnée à l'état plus ou moins grand de dessèchement de la chaussée, d'une part, et à l'épaisseur de la couche de boue.
Le nettoyage des rues se fait au moyen de balais de bouleau, de brosse's en piazzava ou palmier du Brésil à fibres rigides, très résistantes. On obtieni une économie de 40 pour 100 en utilisant des balayeuses mécaniques à traction animale ou automobile, qui nettoient la chaussée au moyen d'un balai animé d'un mouvement rolatoire, dès que la voiture est mise en marche. Lorsque le nettoyage des rues est assuré par la municipalité ellemême, il peut se faire de nuit ou le matin de très bonne heure. La technique du balayage des rues a fait des progrès marqués depuis 10 ans.
Actuellement les balayeuses et les arroseuses adoptées par la Ville sont à traction automobile, ainsi qu'en témoignent la figure 291.
L'enlèvement des neiges constitue une dépense importante du budget de Paris. Une neige abondante nécessite de très nombreuses équipes et, l'emploi de quantités considérables de sel marin qui liquéfie la neige lorsqu'elle n'est pas en couches trop épaisses; ce mélange glacé s'écoule plus ou moius vite et peut être balayé comme de la boue ordinaire.
A ce sujet, il est à remarquer qu'au point de vue des procédés pratiques mis en usage, la ville de Paris offre une supériorité marquée sur toutes les autres capitales de l'Europe, en raison du développement immense de ses égouts et des nombreuses bouches d'égout voisines les unes des autres, que l'on trouve dans chaque rue. On peut y projeter les boues, tandis qu'à Londres, par exemple, il faut avoir recours à des charrettes pour les transporter. D'autres villes sont d'ailleurs des plus mal partagées à ce sujet. A Constantinople, le service d'enlèvement des boues n'est pas fait.
Arbres. Squares. — A côté des soins indispensables pour le bon entretien de la voie publique, il est des conditions qui en améliorent sensiblement la tenue au point de vue de l'hygiène et de l'agrément. Dans plusieurs villes on s'est plu à créer de belles promenades ornées de grands végétaux, qui sont un lieu de rendez-vous pour les habitants et qui entretiennent par leur action bienfaisante la pureté de l'atmosphère. L'immense cité de Londres a réservé de vastes espaces pour servir de parcs; à Paris les jardins publics sont beaucoup moins étendus, mais le grand nombre d'arbres qui bordent les principales artères les remplacent en partie, en transportant un peu partout les agents purificateurs de l'atmosphère, qui manquent complètement à Londres dans les quartiers populeux. Il est vrai que les arbres de nos rues ne peuvent jamais atteindre un grand développement en raison du sol dans lequel plongent leurs racines. Malgré cela, et tels qu'ils sont, on est obligé de les émonder tous les dix ans : ils rendent d'éminents services et reposent agréablement la vue.
Au sujet des arbres de Paris, il est permis de regretter hautement qu'une loi aussi mal comprise que néfaste ait taxé les jardins privés de Paris de façon si onéreuse qu'ils vont forcément disparaître en peu de temps, et cela dans tous les arrondissements de la capitale. Ils seront remplacés par des maisons de rapport, au grand détriment de l'hygiène générale de la Ville.
Urinoirs. Water-Closets. — Enfin, il est absolument nécessaire, dans
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toute grande ville, d'établir des urinoirs et des wa ter-close ts publies, en nombre suffisant, pour parer aux besoins immédiats, afin que la malpropreté n'ait point d'excuse. Comme le dit Fonssagrives, il est des quartiers dans certaines grandes villes du Midi dans lesquels les latrines sont considérées comme une superflui té vaniteuse, et où les vidanges s'accomplissent par le procédé sommaire dont une fenêtre et une porte ouverte font tous les frais. 11 serait à désirer que les urinoirs et les water-closets publics fussent établis sous terre, comme cela se pratique à Londres depuis une quinzaine d'années.
En attendant, on ne saurait trop blâmer la-campagne, faite il y a quelque temps dans un but intéressé, contre le nombre des urinoirs publics dans les rues et boulevards de Paris. Un très grand nombre d'entre eux ont été supprimés, au détriment de la commodité des habitants et des passants.
Éclairage. —L'éclairage artificiel doit être libéralement réparti sur tous les points d'une ville pour y faciliter les communications après la chute du jour et en assurer la sécurité. On a presque partout abandonné l'éclairage des rues par des ampes à huiles végétales ou minérales, qui ne fournissent qu'une lumière insuffisante. Actuellement le gaz et l'électricité servent à peu près exclusivement à l'éclairage des villes. Le gaz d'éclairage est distribué par des conduites principales, passant dans toutes les voies de la ville, et par des conduites secondaires, branchements, allant dans les maisons. Les conduites de gaz passant sous des voies en ciment imperméables, sont entourées de sable, puis de tuyaux en poterie communiquant avec des bouches d'évent verticales. Ce dispositif permet l'évacuation du gaz qui s'échappe fréquemment des conduites. 11 fuse alors à travers le sable et se mêle à l'air extérieur par ces conduites verticales. Les becs Auer ont fait concurrence à l'électricité qui est de plus en plus usitée pour l'éclairage des villes. On obtient une intensité lumineuse très vive avec des lampes à arc, qui conviennent d'autant mieux à l'éclairage des rues et des places publiques que le prix de revient est beaucoup moins considérable qu'avec les lampes à incandescence.
Les conducteurs partant des usines doivent être bien isolés.
L'établissement de ces conducteurs se fait suivant des règlements destinés à éviter les contacts accidentels, qui pourraient entraîner mort d'homme par suite de l'intensité des courants qui les traversent.
ALIMENTATION DES VILLES. — Eau. Dérivation et captage des eaux. — Dérivation des eaux de surface. — L'alimentation des villes en eau est une question de première importance pour l'hygiène urbaine. Les eaux employées peuvent être des eaux de surface ou des eaux souterraines captées. Les eaux de surface ne peuvent être consommées sans danger si, au préalable, elles ne sont pas parfaitement épurées. Nombre de villes en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis, quelques agglomérations importantes en France, notamment la banlieue de Paris, s'alimentent en eaux de rivières filtrées.
Les prises d'eau dans les rivières doivent se faire de façon à éviter toute contamination par les eaux sales provenant des agglomérations humaines léoouts, lavoirs, caniveaux, eaux résiduaires industrielles, etc.). On les
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place en plein courant loin des bords. L'introduction de corps étrangers dans des conduites de prise est évitée au moyen de grilles ou de crépines. On sait que la température des eaux fournies par les cours d'eau varie beaucoup suivant les saisons ; c'est là un des gros inconvénients de l'alimentation fluviale.
Au commencement du xixe siècle, d'Aubuisson imagina de puiser l'eau pour la ville de Toulouse non pas dans la Garonne même, mais au fond de galeries creusées dans les graviers de la rive, afin d'obtenir une eau pure du fait de cette filtration naturelle. Ce mode de dérivation s'est généralisé, sur plusieurs points de la France. On eut recours, dans la suite, à des galeries filtrantes ou à des puits filtrants établis d'après le même principe. Belgrand, se basant sur des analyses chimiques, conclut que les galeries filtrantes fournissaient une eau qui provenait beaucoup plus de la nappe souterraine alimentée par le déversement des nappes des versants, que de la rivière elle-même. En réalité, ce n'est que dans le cas où les terrains des coteaux sont perméables et le thalweg imperméable que les eaux d'infiltration des pentes peuvent s'ajouter aux eaux de la rivière pour alimenter les galeries filtrantes (Imbeaux).
La filtration naturelle ainsi obtenue par la couche de graviers que les eaux de la rivière traversent avant de pénétrer dans les galeries filtrantes n'est jamais parfaite et n'est pas toujours snffisante. En tout cas, l'emplacement de ces ouvrages doit être rendu insubmersible dans un rayon convenable. L'expérience a montré que le débit des galeries ou des puits filtrants diminue sensiblement au bout d'un espace de temps qui varie de 20 à 40 ans. Il faut alors prolonger les galeries ou creuser de nouveaux puits.
Captage des eaux souterraines. — Il faut distinguer suivant que les eaux à capter appartiennent à la nappe superficielle ou aux nappes profondes.
Dans le premier cas, il s'agit de captage de sources superficielles, de drainages dans le second, d'établissements de puits.
Un bon captage de source ne recueille que les eaux de la nappe souterraine et n'admet pas les eaux superficielles, insuffisamment filtrées. Collecter la source au point où elle se fait jour et simplement nettoyer son bassin qu'on recouvre de maçonnerie est une pratique tout à fait insuffisante, mais trop souvent usitée. Il faut pour éviter le mélange avec les eaux superficielles, faire remonter le captage jusqu'au niveau de l'affleurement de la couche imperméable qui supporte la nappe d'eau, le poursuivre jusqu'à la source géologique et ne pas se contenter de l'établir à la source réelle.
Influence de l'eau sur la santé des habitants d'une ville. — Dans toute agglomération, l'eau a un double usage. Elle sert d'aliment aux habitants. Elle sert à leur propreté corporelle, aussi bien qu'à la propreté des habitations et des voies publiques (nettoyage des rues, évacuation des immondices) en dehors des usages industriels ou économiques.
Nous n'avons pas à traiter ici de la pureté des eaux destinées à la boisson, de l'eau potable (V. P. M. C). Elle doit être, au point de vue micro-
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bien, aussi pure que possible. On y arrive soit par l'adduction d'eaux de source, qui ont en outre l'avantage d'être fraîches en été, soit par l'adduction d'eaux de rivière (qui sont chaudes en été), purifiées par des moyens physiques (filtration, rayons ultra-violets) ou chimiques (ozone, chlore, etc.). Ce dernier moyen de purification a été récemment ulilisé pour la ville de Paris, commemoyen de fortune.
MM. Houston et G. Mac Gorvan, qui ont expérimenté à Lincoln le chlore comme moyen de stérilisation des eaux d'alimentation, déclarent que dans les conditions ordinaires ils ne sont pas favorables à l'emploi du chlore et de tout autre composé chimique pour la stérilisation de l'eau de boisson. Cependant, dans des circonstances exceptionnelles (épidémie de fièvre typhoïde), ils n'hésitent pas à le recommander.
Si ce n'est par un temps très chaud, le traitement dans de grands réservoirs est relativement simple. L'eau doit être traitée immédiatement dans les réservoirs d'attente et de distribution. Si ces derniers sont couverts, l'opération peut être difficile ou même impossible. Dans les réservoirs d'attente, le traitement est facile ; le chloros (hypochlorite de soude) est pulvérisé ou siphoné au moyen de bateaux ou de radeaux. La dose varie suivant la proportion de matières organiques contenues dans l'eau, mais dans la plupart des cas, il suffît de 1 à 10 pour 100 000. Il est indispensable d'assurer une bonne distribution du chlore, et la durée d'action doit être prolongée autant qu'il est possible.
Par temps chaud, lorsque les réservoirs sont très ensoleillés, il faut attendre le coucher du soleil pour effectuer le traitement.
Adduction des eaux. — D'une façon générale, il est avantageux que le point de prise ou de captage des eaux se trouve à un niveau supérieur à celui du point le plus élevé de distribution. Les eaux pourront être ainsi amenées par la simple gravitation.
Mais dans certains cas, il est impossible de se conformer à ce principe, et il est nécessaire d'élever l'eau à l'aide de machines. L'élévation se fait au moyen de pompes mues à l'aide de moteurs hydrauliques, de machines à vapeur, à pétrole ou électriques. La description de ces appareils ne rentre pas dans notre sujet.
L'amenée des eaux doit être faite suivant certains principes dont il ne faut pas s'écarter. De son point de départ à son point de distribution l'eau doit circuler à couvert, dans des conduites étanches; il n'y a point ainsi de déperdition inutile et surtout il ne peut se mélanger des souillures ou des eaux impures à l'eau captée.
Il faut autant que possible que l'eau ne séjourne pas longtemps dans les conduites ou dans des réservoirs intermédiaires, le repos lui faisant perdre de sa pureté.
On peut utiliser des conduites d'amenée libres ou forcées. Dans le premier cas, elles suivront une pente uniforme de leur point de départ à leur point d'arrivée. Il devient alors souvent nécessaire de contourner certains accidents de terrain, d'établir ces conduites sur des viaducs pour franchir les vallées, ou dans des tunnels pour traverser les hauteurs. Pour que l'eau ne séjourne pas trop longtemps dans les aqueducs et n'y forme pas de
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dépôts, on admel généralement que la pente des conduites ne doit pas être inférieure à 0 m. 10 par kilomètre.
Les conduites libres sont d'ordinaire en maçonnerie ou en ciment. Il est inutile d'entourer d'un drain les aqueducs en maçonnerie, surtout dans leur trajet souterrain, sans quoi les eaux de l'extérieur finissent par délayer le mortier et par pénétrer dans la conduite.
Les conduites forcées permettent de suivre un trajet beaucoup plus direct et n'exigent pas des travaux d'art onéreux pour la traversé des vallées, comme le système précédent, puisqu'elles font l'office de siphons. En établissant le tracé, on aura soin de ne pas dépasser la ligne de charge et de ne pas descendre trop au-dessous, ce qui ferait supporter aux tuyaux des pressions trop fortes. On ne va pas en général au delà de trois à six atmosphères.
Sur différents points du trajet de la conduite on établira des robinets d'arrêt qui permettront d'en isoler un tronçon pour le visiter et le réparer. On ménagera, aux points les plus bas du profil, des robinets de décharge permettant d'évacuer les dépôts accumulés et de vider au besoin un tronçon. Aux points les plus élevés seront pratiquées des ventouses pour laisser échapper l'air qui y est refoulé et oppose de la résistance à l'écoulement de l'eau.
Réservoirs. — Avant d'être distribuées dans les différentes parties de l'agglomération qu'elles doivent alimenter, les eaux sont généralement emmagasinées dans des réservoirs. Au point de vue idéal, il vaudrait assurément mieux que l'eau restât courante depuis le point de captage jusqu'au point où elle est livrée à la consommation ; car elle ne peut que perdre à cette stagnation qui favorise le développement des microorganismes. Mais, en réalité, les réservoirs sont indispensables pour régulariser la pression sous laquelle l'eau doit être distribuée et pour assurer une réserve lorsque des besoins imprévus, des incendies, par exemple, augmentent subitement la consommation ou encore lorsque l'adduction de l'eau se trouve momentanément interrompue.
Le réservoir doit être établi le plus près possible du réseau de distribution pour réduire les pertes de charge dues au frottement de l'eau dans la conduite maîtresse et doit être placé en un point suffisamment élevé afin d'assurer la pression nécessaire pour desservir les différents points, à quelque altitude qu'ils se trouvent. Si la simple gravitation ne suffit pas à amener l'eau captée jusqu'au réservoir, elle y sera refoulée par des machines élévatoires. Lorsque le réseau de distribution est très étendu, on construit en des points opposés un second ou plusieurs autres réservoirs, afin de maintenir une pression égale dans tout le réseau.
La capacité totale de ces réservoirs ou du réservoir unique ne doit que dépasser légèrement le cube d'eau nécessaire à l'alimentation de l'agglomération pendant vingt-quatre heures. On évite ainsi le trop long arrêt des eaux, en assurant cependant une réserve suffisante pour parer aux éventualités les plus pressantes.
Tout réservoir doit être construit de façon à rester à l'abri des infiltrations des eaux souterraines aussi bien que des eaux superficielles. Il est utile dans ce but de placer un drain inférieur au-dessous du radier et un drain périphérique autour des parois.
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L'eau doit pouvoir circuler également dans Loules les parties du réservoir, afin qu'il ne se produise pas en certains points des stagnations nuisibles à la conservation de la pureté de l'eau. L'intérieur du réservoir doit s'aérer aisément et être disposé de façon que son nettoyage soit facile et complet.
On doit mettre l'eau emmagasinée à l'abri des fortes variations atmosphériques. Chaque fois que la chose est possible, le mieux est de construire les réservoirs en déblai.
Conduites. — Pour satisfaire aux règles de l'hygiène, les conduites d'adduction doivent être construites et établies de façon à ce que les eaux restent à couvert sur tout leur trajet, que les canaux soient parfaitement étanches et ne puissent recueillir d'autres eaux que celles qu'ils ont mission de recevoir; qu'enfin ils ne puissent abandonner à l'eau des composés toxiques solubles.
Les conduites d'adduction sont en maçonnerie, en ciment ou en béton. Les conduites de distribution sont le plus souvent en fonte, les tuyaux desservant les habitations sont généralement en plomb.
Les tuyaux en fonte, bien que cassants, sont très résistants et restent inoxydables. Leur fabrication présente des difficultés lorsqu'il s'agit de conduites à grands diamètres, destinées à supporter de très fortes pressions. En pareil cas, on s'est parfois bien trouvé de les renforcer au moyen de frettes en acier.
Les tuyaux de fonte doivent être assemblés à l'aide de joints hermétiques, pour éviter les infiltrations des eaux venant du dehors et les pertes des eaux captées. Ces joints se font en plomb ou en caoutchouc. Les premiers sont peu pratiques à cause des difficultés que présente leur confection et leur pose. Quant aux joints en caoutchouc, les uns, comme le joint universel Gibault, s'adaptent à des conduites entièrement cylindriques, tandis que les autres, comme le joint Lavril et le joint Somzée, nécessitent l'emploi de tuyaux de forme spéciale. Le joint du système Gibault est à la fois d'une étanchéité parfaite et d'une grande flexibilité.
Les conduites de fonte sont sujettes à des obstructions de diverses sortes, qui peuvent adhérer assez solidement aux parois pour porter un obstacle sérieux à la circulation de l'eau. Les eaux calcaires forment des incrustations de carbonate de chaux et de sesquioxyde de fer, qui ne dépassent pas, en général, les limites d'une mince gaine protectrice. Au contraire, les eaux très peu minéralisées, grâce à l'acide carbonique libre qu'elles tiennent en dissolution, attaquent le fer et forment par places des tubercules de sesquioxyde de fer, qui ont tendance à s'accroître constamment. De plus, ces eaux contenant du fer favorisent la pullulation de quelques espèces d'algues (ferro-bactéries) dont les masses filamenteuses obstruent aussi le calibre dos tuyaux.
Dans les grands centres, où le sol est sillonné de câbles transmettant des courants électriques, les tuyaux métalliques sont exposés à des altérations sérieuses dues à l'électrolyse. Il est nécessaire, pour éviter cet inconvénient, que les câbles souterrains soient convenablement isolés.
Les tuyaux de fer et d'acier sont employés pour les conduites de liés
Hygiène des villes. 748
grands diamètres. A Paris, l'adduction des eaux de la Vigne se fait au moyen de conduites en tôle d'acier.
Les Américains construisent pour l'adduction des eaux des tuyaux en bois de grands diamètres Tonnes de douves en bois poli, encerclées d'acier. La paroi intérieure parfaitement lisse donne lieu à des frottements moindres et, par suite, fournit des débits plus forts que ceux qu'on obtient aver les tuyaux métalliques; de plus, on n'a pas à redouter, comme avec ceux-ci, la détérioration et les incrustations.
Les tuyaux en ciment armé sont très couramment employés actuellement chez nous, bien qu'ils aient été à peu près abandonnés par les Américains. Ils sont composés d'une carcasse métallique dont la résistance doit être considérable pour pouvoir supporter à elle seule l'effort maximum de près-, sion, et d'une gaine de ciment qui enrobe la partie métallique et la protège contre les agents extérieurs.
La résistance des tuyaux de poterie est beaucoup plus forte. Mais il faut qu'ils soient vernissés pour rester imperméables et le vernis qu'on applique à leur surface contient parfois des sels toxiques.
On emploie aussi des tuyaux en grès fin, qui sont imperméables, mais cassent aisément lorsqu'ils sont soumis à de trop fortes pressions.
Malgré le vœu formulé en 1887 par le Congrès d'hygiène de Vienne, aucune loi n'interdit encore l'emploi des tuyaux de plomb pour la distribution des eaux potables. Leur emploi reste très répandu pour les branchements particuliers destinés aux habitations. C'est qu'en effet leur malléabilité et leur bas prix les rendent très pratiques et très commodes et que, d'autre part, les accidents relevant de l'introduction de sels de plomb dans les eaux, du fait de leur contact avec ce genre de conduites, restent réellement très rares. Il n'en est pas moins constant que dans certaines conditions des accidents de saturnisme ont été parfois provoqués par l'eau d'alimentation qui a séjourné dans des conduites en plomb.
Pour que les tuyaux de plomb soient attaqués par l'eau et forment des sels solubles dangereux, il faut que certaines conditions soient réunies. Tout dépend d'abord de la constitution chimique de l'eau. L'expérience a démontré d'une façon générale que les eaux riches en sels terreux, principalement en sels de chaux (sulfates, carbonates et phosphates), forment sur les parois des tuyaux une couche protectrice, qui ne se produit pas avec les eaux qui contiennent une très faible proportion de matières solides dissoutes. L'eau distillée, les eaux de pluies, les eaux des tourbières et des marais exposent donc tout particulièrement à l'intoxication saturnine lorsqu'elles ont séjourné dans des tuyaux de plomb. On a noté aussi que la présence dans l'eau de chlorures, de nitrates, de sels ammoniacaux, de matières organiques végétales, d'acide carbonique en excès, favorisent la dissolution du plomb. Le mélange de l'air et de l'eau dans ces conduites a également une influence très grande, car il se forme alors un hydrate d'oxyde de plomb soluble. Les tuyaux neufs, ceux qui sont faits d'un alliage de plomb et d'étain, les points de soudure, sont plus aisément attaqués. Enfin pour que le plomb soit décomposé, il ne suffit pas d'un contact très court, mais il faut que l'eau ait séjourné un certain temps dans les tuyaux.
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D'où l'indication de ne recueillir l'eau qu'après en avoir laissé écouler une assez grande quantité pour vider complètement les tuyaux de plomb de l'eau qui était restée en contact avec eux.
Pouchet a montré qu'aux points où les tuyaux de plomb sont raccordés à la canalisation en fonte par des colliers en fer, le contact des métaux'donne une couple voltaïque attaquant le plomb.
Dans la pratique, la plupart des agglomérations utilisent les tuyaux de plomb pour la distribution des eaux potables sans qu'il en résulte d'accident. Mais dans les localités, rares (railleurs, où les eaux d'alimentation par leur composition chimique sont exposées à dissoudre le plomb, il faut renoncer à leur faire traverser des conduites de ce métal, à moins de le rendre inattaquable. Pour réaliser ce but, on a proposé de former à l'intérieur des tuyaux une sorte de revêtement isolateur, soit en plongeant dans du foie de soufre (trisulfure de potassium) ou dans du phosphate de soude, soit en revêtant leur paroi interne d'un enduit de vernis ou d'étamage. Les garanties offertes par ces différents procédés n'ont pas semblé jusqu'ici suffisantes. D'après Wolfïhûgel, la ville de Dessau utiliserait avec avantage des tuyaux de plomb étamés suivant un procédé imaginé par l'ingénieur français Hamon. L'inlérieur de ces tuyaux est revêtu d'une chemise de 1/2 millimètre d'étain. Le prix de revient est assez élevé, car ces conduites coûtent à peu près deux fois plus que les tuyaux en plomb ordinaires.
Des robinets isolent les conduites les unes des autres et sont placés à l'extrémité des tuyaux de distribution partout où il est nécessaire.
A l'ancien robinet à boisseau, qui donnait lieu à des coups de béliers par suite de sa fermeture brusque, on substitue des robinets à vis dont la fermeture est progressive. On règle le débit des eaux au moyen de robinets à poussoir et robinets à flotteur, ces derniers très usités pour les réservoirs de chasse.
Pour éviter le gaspillage de l'eau, il est bon d'établir un compteur sur la conduite particulière à chaque habitation.
ALIMENTATION DE LA VILLE. — En dehors de l'eau, dont nous venons de parler, réservoirs, conduites, robinets, nous ne mentionnerons ici que certains établissements réservés à l'alimentation urbaine et dont l'aménagement intéresse plus spécialement l'hygiène; nous faisons allusion aux abattoirs, aux marchés et aux magasins de comestibles.
Abattoirs. -- Les tueries d'animaux doivent se faire dans les abattoirs publics partout où il en existe (Loi du 8 Janvier 1905).
Un abattoir doit être placé dans les parties excentriques de la ville, sur un point bien aéré, où l'eau aura été amenée en abondance et où on pourra évacuer facilement par des conduites d'égout les eaux résiduaires jusqu'à la canalisation urbaine.
Le sol et les parois des abattoirs doivent être imperméables, de façon à permettre le lavage à l'eau courante de toutes les souillures.
Les cours sont pavées et lavées chaque jour, et les excréments des animaux enlevés quotidiennement, dans des récipients métalliques. Il faut dans un grand abattoir des écuries d'isolement pour les animaux suspects,
Hygiène des villes. 750
des écuries de repos pour permettre le séjour à l'abattoir aux animaux fatigués, et des hall d'abatage. Il doit y en avoir de spéciaux pour les veaux, les moutons et les porcs.
Tout sera également disposé de façon à invitera la propreté les personnes " qui Iravaillent dans l'abattoir. On mettra à leur disposition des lavabos, des bains-douches, des urinoirs et des water-closets.
Dans les abattoirs importants, des étables sont réservées aux animaux qui ont besoin de rester quelque temps au repos. Une étable spéciale permettra d'isoler les animaux paraissant malades. Mais le local le plus essentiel est celui dans lequel les animaux sont abattus, dépouillés et ouverts. La division de ce local en un certain nombre de compartiments ou échaudoirs réservés chacun à un boucher, n'est admissible que dans les abattoirs de petites villes. Dès que les opérations deviennent très nombreuses il devient avantageux, au point de vue de l'aération, des nettoyages et de l'efficacité de l'inspection sanitaire, qu'elles aient lieu dans un vaste local commun, le hall d'abatage.
De plus on sait que la viande devient plus tendre et prend un goût plus fin si elle a été conservée quelques jours. Il peut d'ailleurs devenir nécessaire de pouvoir la garder quelque temps, sans qu'elle se corrompe, lorsque le débit vient à diminuer. Aussi un abattoir bien installé doit-il disposer de locaux où la température reste constamment basse. Pour obtenir ce résultat, il faut renoncer à laisser la viande en contact direct avec la glace, car les quartiers s'altèrent très rapidement dès qu'ils sont dégelés. Feldemann conseille de maintenir la température entre -f- 2° et H- 5°, soit par la propulsion d'air refroidi (celui-ci a l'inconvénient d'entraîner des germes et des poussières recueillis dans des conduites) ; soit, mieux encore, par la circulation de solutions salines réfrigérantes à travers une tuyauterie spéciale placée le long des parois du local. Il y a actuellement à la Villette un appareil frigorifique fort bien installé mais qui ne sert qu'à faire de la glace, les règlements de la boucherie ne permettant pas de vendre à l'abattoir des viandes frigorifiées.
Les viandes malsaines à Paris sont détruites par l'immersion dans l'acide sulfurique (procédé Aimé Girard) ou par la vapeur d'eau sous pression.
Marchés publics et 'magasins de comestibles. — Les marchés couverts sont les plus satisfaisants au point de vue l'hygiène, à la condition qu'ils abritent bien les denrées, les marchands et les acheteurs contre le vent, le froid, la pluie, le soleil et la poussière, qu'ils puissent être lavés facilement, que les résidus soient régulièrement et complètement enlevés, qu'ils ne dégagent pas de mauvaises odeurs, qu'ils contiennent des urinoirs et des water-closets bien entretenus, que des resserres convenables soient établies pour la conservation des matières alimentaires. Vallin propose le plan suivant pour un marché couvert : Un bon type est un parallélogramme à côtés égaux, circonscrivant une cour centrale au milieu de laquelle est une
fontaine Les quatre côtés sont garnis d'une toiture vitrée supportée par
de minces piliers de fer, avec trottoirs cimentés ou bitumés; à la face intérieure du mur de clôture sont adossés des étaux avec tables de marbre
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ou d'ardoise, surmontées de robinets avec rigoles et tuyaux conduisant directement les liquides aux caniveaux et à l'égout; l'intérieur des loges est garni jusqu'à une certaine hauteur de carreaux vernissés; des caves bien aménagées permettent de conserver au frais pendant vingt-quatre heures, les produits facilement altérables, à l'abri de la chaleur et de la corruption. Chaque jour les étaux, les trottoirs, les passages et les rigoles sont brossés et lavés à grande eau au moyen de lances et de tuyaux souples.
Les marchés volants, dont il existe un assez grand nombre à Paris pour la commodité de certains quartiers, ont pour inconvénients de souiller la surface du sol de ^débris alimentaires de toute sorte et d'exposer les denrées aux poussières de l'air. Aussi est-il défendu de vendre dans les charrettes (marchands des quatre-saisons) autre chose que des légumes et des fruits, encore la vente de ces derniers devrait-elle être interdite.
Les magasins de comestibles devraient être construits et disposés de façon à permettre de copieux lavages, répétés plusieurs fois par jour, des tables, étagères et récipients, des parois et du sol. Les étalages en plein air qui exposent les matières alimentaires à toutes les souillures du dehors devraient être supprimés1.
ÉVACUATION DES MATIÈRES USÉES. — L'évacuation des matières usées comprend deux parties distinctes, car les méthodes varient suivant qu'il s'agit de faire disparaître les matières usées solides ou les matières usées liquides (y compris les excréments). Toute agglomération urbaine doit se préoccuper de l'enlèvement et de la destruction des cadavres ; le corps humain lui-même ne constitue plus qu'un déchet après la mort. Nous nous occuperons d'abord de l'évacuation et du traitement final des déchets solides, pour étudier ensuite la question si complexe de l'éloignement et de la destination dernière des matières usées liquides.
A. — MATIÈRES USÉES SOLIDES. — Destruction d'animaux morts. —
Les cadavres des animaux, soit qu'ils appartiennent à des espèces non comestibles, soit que, pour cause d'insalubrité, on les ait exclus du commerce de la boucherie, sont soumis à des opérations destinées à les convertir en produits utiles. Leur nombre est extrêmement grand. En 1869, Michel Lévy estimait le nombre des cadavres d'animaux transportés à l'abattoir municipal d'Aubervilliers à 6 ou 8000 chevaux par an, et à 10 ou 15 000 chiens et chats. L'accroissement de la population, depuis cette époque, a sans doute augmenté la quantité de ces débris. Aujourd'hui l'abattoir municipal n'existe plus, et tous les animaux ou débris d'animaux sont livrés à l'industrie, qui les exploite dans des usines privées.
Les animaux morts de maladies infectieuses, telles que le charbon, doi-
1 . Extrait du règlement Sanitaire de la Ville de Paris (Arrêté du Préfet de la Seine) .
Art. 95....
Les denrées alimentaires susceptibles d'être consommées sans cuisson ultérieure, exposées aux étalages ou mises en vente sur la voie publique, devront être protégées contre les poussières et contre les souillures.
Aucun étalage de denrées alimentaires ne pourra être établi à une hauteur moindre de 0 m. 60.
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ventêtre l'objel de précautions spéciales, lors de leur enfouissement (désinfection) dans des fosses très profondes (2 à 3 mètres). On connaît en effet le rôle d'exhumation des microbes joué par les vers de terre (Pasteur) ou par la végétation ^Wurtz et Bourges) lorsque l'enfouissement n'est que superficiel.
Équarrissage. — L'équarrissage est l'utilisation industrielle des cadavres d'animaux; aujourd'hui reléguée dans la banlieue, l'industrie de l'équarrissage, d'après Martel, pourrait s'exercer au sein même des agglomérations urbaines à condition d'être bien comprise. Les méthodes modernes ne laissent, en effet, que peu à désirer.
Ce problème de l'enlèvement des cadavres d'animaux est parfois difficile à résoudre. Il arrive souvent en été qu'un train complet de bestiaux meure en wagon avant l'arrivée. Il faut alors traiter parfois plus d'une centaine de gros bestiaux ou de chevaux ou un millier de moutons morts pendant une traversée, d'Alger à Marseille, par exemple. De même, l'enlèvement de plusieurs milliers de kilos d'huîtres ou de moules gâtées que personne ne peut ni ne veut utiliser, celui de poissons gâtés qu'on ne peut traiter dans les usines d'équarrissage ordinaire constituent un problème hygiénique embarrassant. Les saisies sont tellement importantes en été que l'industrie est débordée, faute d'avoir assez d'appareils à mettre en charge au fur et à mesure des arrivages (Martel).
Les méthodes anciennes d'éloignement des cadavres d'animaux imparfaites et dangereuses (enfouissement, incinération sur place par des moyens de fortune, cuisson à l'air libre ou en vases clos) ont fait place à trois modes industriels modernes :
1° On s'efforce d'extraire la graisse des cadavres et débris organiques divers sans détruire les tissus, afin d'en tirer parti plus tard (emploi des dissolvants de la matière grasse, usage de la vapeur d'eau sous pression) ;
2° On solubilise les tissus (hormis les graisses) par l'emploi de l'acide sulfurique concentré;
3° Ou bien on pratique purement et simplement la destruction hygiénique par le feu.
Ce dernier procédé s'impose dans certains cas (destruction de cadavres de rats pesteux comme dans l'épidémie du Suffolk en 1910).
Les cadavres provenant des laboratoires de bactériologie devraient d'ailleurs toujours être incinérés sur place. Ces incinérations se font dans des fours ou des moufles pour les petits animaux. Le four Kori est le plus répandu, et, d'après Martel, il est très pratique. 11 faut 100 kilogr. de charbon pour 300 kilogr. de viande. La loi allemande prescrit la destruction par le feu ou par un moyen chimique des cadavres d'animaux morts de charbon, de morve ou de rage. Pour pouvoir satisfaire aux exigences de ce règlement, Lange et Ohlandt ont construit un four mobile. On peut y brûler un cheval en 5 heures avec 210 kilogr. de bois de pin.
En France, on se contente de porter les cadavres d'animaux atteints de maladies infectieuses à l'équarrissage ; si elles sont saisies à l'abattoir, on les arrose de pétrole après les avoir fendues et entaillées largement.
Transportés chez l'équarisseur, les animaux vivants sont assommés; leur sang est recueilli, desséché dans des chaudières de fonte, et vendu à l'état
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de poudre inodore aux fabricants de produits chimiques. Les animaux morts sont déposés immédiatement dans des stalles d'abatage; les peaux sont enlevées pour être expédiées aux tanneries, les intestins sont crevés pour en extraire le crottin, que l'on mêle aux engrais fabriqués; les chairs, les os et les viscères subissent une cuisson de huit à neuf heures dans de grands cylindres de fonte verticaux qui reçoivent la vapeur s'échappant d'un générateur commun. Celle-ci, condensée, redescend dans un double fond avec la graisse liquéfiée qu'on recueille dans des barils; le bouillon s'écoule au dehors. Quant aux résidus solides, ils sont transformés en sels ammoniacaux, en gélatine, en huile, en noir animal et en engrais.
Ces usines sont considérées comme étant des plus insalubres, surtout à cause des odeurs infectes qu'elles répandent au loin, dans l'atmosphère, incommodant ainsi, non seulement le voisinage, mais aussi les agglomérations même très éloignées : on peut dire que ces odeurs sont ressenties dans un rayon de 8 à 10 kilomètres.
Souvent aussi il arrive que les animaux abattus dans ces ateliers d'équarrissage, étant atteints de morve ou de farcin, contaminent les ouvriers chargés de les abattre et de manipuler leurs dépouilles.
Un procédé moins avantageux au point de vue industriel, mais plus favorable à la santé publique, consiste à détruire entièrement les cadavres par le feu ou par les agents chimiques. On peut incinérer les corps dans des fours spéciaux ; mais il ne reste plus que des cendres sans valeur. Pour conserver la graisse, on chauffe les cadavres plongés dans de l'acide sulfurique, à 66° Baume, qui les dissout. La masse [fluide se recouvre de la graisse qui surnage et qu'on enlève aisément. Le reste est mêlé à de la poudre d'os, desséché et vendu comme engrais.
Enlèvement et destruction des cadavres humains. — Les sépultures remontent à la plus haute antiquité, à la préhistoire. L'homme préhistorique ensevelissait ses morts. Les plus anciennes sépultures connues remontent à la période moustérienne. Depuis, à partir des temps historiques, dans tous les pays du monde, et à toutes les époques de l'histoire, l'inhumation des morts a été une cérémonie solennelle, entourée de pompes funèbres en rapport avec la situation sociale du défunt. Les prescriptions de l'hygiène se trouvaient ici complètement en accord avec les idées religieuses et les coutumes politiques, car il est évident que toute agglomération de vivants doit faire disparaître les cadavres des morts. Au reste il ne s'est présenté de difficultés sérieuses qu'aux époques où la population s'est multipliée et a pris une densité considérable. Les peuplades qui traversent de vastes espaces à peine habités n'éprouvent aucune difficulté à disposer des cadavres; mais dès l'antiquité la plus reculée, nous trouvons des populations fort denses et relativement civilisées, à partir du xviue siècle avant l'ère chrétienne en Égyplc, en Chine, en Assyrie et ailleurs, et employant des modes de sépulture bien déterminés. En Egypte, la nécessité d'éviter la ^'•composition rapide des corps, sous l'influence d'une chaleur torride, avait fait adopter l'embaumement systématique des corps.
En Chire, le culte des ancêtres, qui paraît aussi ancien que les rites funéraires de l'Egypte, a déterminé remplacement et la disposition des tombeaux,
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ainsi que les soins assidus dont ils sont l'objet et qui profitent directement à l'hygiène tout en donnant satisfaction au sentiment naturel des familles.
En résumé, c'est la religion, c'est, si l'on veut, la mythologie qui, à l'origine des sociétés, a présidé au rituel funéraire, et les prescriptions" formulées sont tantôt conformes, tantôt absolument contraires aux principes de l'hygiène. Nous ne saurions qu'approuver l'embaumement pratiqué par les Egyptiens et l'ensevelissement des corps dans des terrains rocheux, sous un climat des plus secs; nous applaudissons également aux coutumes adoptées par les Chinois sous ce rapport, mais il est évident que rien ne saurait être moins digne d'éloges que l'habitude attribuée aux Perses de l'antiquité, qui se continue encore, dit-on, chez les Guèdres, leurs descendants, et qui consiste à exposer les corps au sommet de tours élevées où ils sont déchirés par les oiseaux du ciel ; nous approuverons encore moins la coutume qui règne chez les Persans modernes de se faire ensevelir dans des lieux renommés par leur sainteté, où les corps sont transportés, enveloppés d'un simple suaire, sans aucune espèce de précaution, et cela plusieurs mois et même des années après la mort. Nous blâmerons encore davantage les habitudes des descendants dégénérés de l'Egypte antique, les Coptes chrétiens, qui enterrent, sous le mince plancher de leurs habitations, les cadavres de plusieurs générations de leurs ancêtres. Nous ne saurions approuver non plus la coutume des Turcs, qui placent leurs morts à fleur de terre ; ce qui permet aux hyènes et aux chacals de les déterrer pour s'en repaître, d'autant mieux qu'ils ont l'habitude de laisser près de la tête une ouverture pour le dégagement des gaz putrides. Nous condamnerons enfin la pratique des populations du moyen âge, depuis longtemps abandonnée par la civilisation moderne, et qui consistait à inhumer les morts sous les dalles des églises où se réunissaient journellement les fidèles. En certaines parties de Espagne, actuellement encore, les cercueils sont mis clans des niches de vieilles églises abandonnées et les cadavres dégagent des odeurs pestilentielles aux abords de ces columbariums. «
Dans presque toutes les parties du monde, nous voyons des villes immenses dont la population tend à s'accroître sans cesse et qui envahissent perpétuellement les campagnes voisines. Les nécropoles, qui résument la vie de ces populations pendant plusieurs siècles, finissent toujours par devenir insuffisantes, il faut les porter plus loin.
Ce problème des cimetières pourrait être résolu en enterrant successivement plusieurs cadavres dans la même fosse, mais par suite du culte exagéré que l'on porte aux morts en France, les fosses communes ne recouvrent qu'un petit nombre de cadavres.
On peut détruire les cadavres par la chaux vive, comme on fait à Naples. Il existe dans cette ville un cimetière de trois cent soixante-six fosses, ouvertes un jour par an, et qui ne servent qu'un an. Le cadavre est détruit au bout de ce laps de temps et la fosse peut resservir.
Crémation. — Un autre système renouvelé des anciens a été ressuscité de nos jours : nous voulons parler de la crémation, pour laquelle on a proposé divers procédés, en Italie, aux États-Unis, en France, etc. Il nous paraît absolument inutile d'entrer dans des détails à ce sujet. Disons seulement
que le but à remplir est d'incinérer complètement les corps et de consumer en totalité les gaz qui résultent de cette opération. Cette méthode est la plus hygiénique, car elle détruit radicalement et immédiatement toute cause d'infection.
Elle n'a pas pris une grande extension depuis trente ans, à cause des préjugés d'ordre religieux qu'elle suscite.
Disons-le en passant : nous ne comprenons nullement ces objections sentimentales et religieuses qui ont été élevées contre la combustion des corps. In seul mot suffit pour confondre les arguments de ceux qui prétendent trouver une insulte au spiritualisme dans l'emploi de ce procédé ; c'est que pendant le premier siècle de l'ère chrétienne, dans le monde gréco-romain, les chrétiens ont universellement pratiqué la crémation des corps avec l'approbation et sous les yeux de l'église, dont l'orthodoxie ne saurait être suspecte à une époque aussi rapprochée de son origine. On voit par conséquent que le sentiment et surtout la religion n'ont absolument rien à voir ici, et que tout se réduit à une question d'habitude. Pendant que les païens d'Egypte embaumaient leurs morts suivant la coutume des ancêtres, les chrétiens réduisaient en cendres le corps de leurs parents. Comment s'expliquer qu'on puisse actuellement s'élever contre de telles pratiques au nom des doctrines spiritualistes ? Mais il est un argument plus sérieux qu'on oppose aux partisans de la crémation ; c'est que bien souvent il serait impossible de saisir la trace d'un crime si le corps de la victime avait été brûlé.
Mais les formalités présentées par le décret de 4 889 semblent donner toute sécurité à cet égard.
La crémation ne se fait que dans quatre cimetières en France (Paris, Rouen, Reims et Lyon) et elle a été autorisée en J 887.
Les appareils à combustion par la flamme détruisent un cadavre en une ou deux heures à peu de frais. Les fours crématoires du Père La Chaise à Paris sont construits suivant ce principe ; le combustible utilisé est le coke. On emploie aussi des huiles minérales ou le gaz d'éclairage. On a construit aussi des fours mobiles qu'on peut transporter sur les champs de bataille ou dans des agglomérations diverses en temps d'épidémie.
Inhumation. — Mais il est certain qu'en France, et dans l'état actuel des choses, aucun de ces procédés n'a la moindre chance d'être généralement adopté : il faut donc s'occuper de l'inhumation des corps et rechercher les conditions dans lesquelles elle pourra se faire avec le moins d'inconvénients possible.
La destruction des cadavres dans la terre est d'une durée très variable suivant la nature du sol. Plus le sol est sec et sablonneux, plus la transformation finale de la matière organique en azote, ammoniaque, acide carbonique et nitrates sera rapide. Les sols argileux se prêtent particulièrement à La formation du gras de cadavre. On peut y remédier en drainant le sol.
Un décret du L2<> prairial an XII a interdit en France les inhumations dans
. tous les endroits consacrés au culte, ainsi dans l'enceinte des villes, bourgs
et villages. En même temps il a été décidé qu'il y aura, à la distance de Tiï ou
40 mètres au moins de leur enceinte, des terrains consacrés à l'inhumation
des morts, que les terrains les plus élevés et exposés au nord seront choisis
Hygiène des villes. 756
de préférence, qu'ils seront clos de murs de 2 mètres d'élévation au moins et abrités d'arbres. Chaque inhumation aura lieu dans une fosse séparée, de I m. 50 à c2 mètres de profondeur sur X décimètres de largeur, laquelle sera remplie ensuite de terre bien foulée. Les fosses seront distantes les unes des autres de 3 à 4 décimètres sur les côtés et de ô à 5 décimètres à la tête et aux pieds. Enfin l'ouverture des fosses n'aura lieu, pour de nouvelles sépultures, que de cinq en cinq ans, et par conséquent les terrains, destinés à servir de sépulture, devront être cinq fois plus étendus que l'espace nécessaire pour y déposer le nombre annuel des morts. On autorise cependant les interventions par exception dans les églises et les monuments publics ainsi que dans les propriétés privées : mais c'est là un cas tout à fait exceptionnel. D'autres règlements établissent qu'il est défendu de construire des habitations dans le voisinage des cimetières à moins de 100 mètres de distance. L'eau des puits est interdite pour l'usage alimentaire dansla môme région. Quant aux cimetières supprimés, il est établi que le terrain ne pourra être mis dans le commerce que dix ans après les dernières inhumations.
On doit placer en France les cimetières au nord et à l'est des villes auxquelles ils sont annexés sous les vents régnants qui sont au sud-ouest. Autant que possible ils seront à l'abri des montagnes ou de forêts. En effet, il s'agit d'atténuer l'intensité des émanations qui s'échappent des terrains des inhumations et de les mettre en rapport avec des vents froids et secs, dont l'influence est infiniment moins nuisible que celle des vents chauds et humides (vents du sud et de l'ouest), qui augmenteraient l'activité de la putréfaction et enverraient les odeurs putrides sur la ville. 11 est toujours bon d'établir, entre un cimetière et une ville, des plantations d'arbres pour servir de rideau. Le cours d'une rivière entre une ville et un cimetière serait encore une protection très utile. La distance minima qui doit exister entre un cimetière et les habitations les plus proches a été réglementée et fixée à 100 mètres en France, 180 mètres en Angleterre, 200 mètres en Allemagne, plus de 1 kilomètre en Russie. On doit aussi tenir compte de la hature des terrains destinés à l'inhumation. On doit préférer les endroits élevés, secs et aérés, aux terrains bas et humides. Mais il est surtout nécessaire de ne point ouvrir une fosse pour de nouvelles inhumations avant que la décomposition des cadavres soit complètement accomplie. Cette condition est loin d'être remplie dans beaucoup de cimetières de province et dans un grand nombre de ceux de capitales étrangères.
Il faut donc choisir autant que possible des terrains aptes à hâter la décomposition et ne point leur permettre d'arriver à ce point de saturation où ils deviennent incapables d'absorber les produits de la décomposition. 11 faut également tenir compte de la nature du sous sol. La proximité d'une nappe d'eau ou d'un roc dur sont deux conditions également défavorables et qu'il faut soigneusement éviter. Les eaux provenant d'une nappe sousjacente à un cimetière et peu éloignée de la surface du sol doivent toujours être tenues pour suspectes, surtout s'il s'agit de terrains calcaires fréquemment fissurés. Il faut, en outre, s'assurer que le niveau du cimetière, par rapport aux cours d'eau voisins, est suffisamment élevé pour le mettre à l'abri de foule inondation.