‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustréeChapitre 24 sur 91 · H. GOUGE ROT · texte numérisé non relu

H. GOUGE ROT

CARBONE (INTOXICATION PAR L'OXYDE DE). — C'est une des intoxications les plus fréquentes, tant volontaire qu'accidentelle ou professionnelle. Le classique réchaud, le poêle chauffé au rouge dégagent GO, de même que les chaufferettes des voilures de place, les poutres en combustion lente el ignorée, les cheminées aux tuyaux fissurés, les conduites de gaz d'éclairage mal jointes ou les appareils à robinet ouvert par inadvertance. Le gaz d'éclat rage doit en effel sa toxicité à l'oxyde de carbone qu'il renferme.

Les incendies font périr au moins autant de gens par l'oxyde de carbone que par la flamme; enfin, les ouvriers fondeurs, les plâtriers, les pâtissiers, tailleurs et cuisiniers, sont encore de fréquentes victimes de l'intoxication aiguë comme de l'intoxication chronique. Il n'est point jusqu'aux fours à chaux qui n'aient été la cause d'accidents graves, voire mortels, soit par infiltration des gaz toxiques au travers de murs d'habitations voisines (cf. une affaire médico-légale retentissante), soit par absorption massive chez les individus travaillant aux fours.

I. — INTOXICATION AIGUË. —On peut succomber d'emblée, survivre plusieurs heures, ou présenter une longue théorie d'accidents consécutifs.

Symptômes. — Le premier des symptômes est la céphalée, surtout temporale, elle est atroce, martelante, inoubliable, bientôt accompagnée de sifflements d'oreille, de bourdonnements, de sensations lumineuses diverses, et d'une insupportable déchirure rélro-sternale. A ce moment, l'intoxiqué cherche à fuir; mais il n'y peut parvenir et tombe mort, ou bien gagne l'air libre pour expirer bientôt. S'il a été surpris pendant le sommeil, le coma terminal peut survenir sans avertissement préalable, ou parfois le malheureux se lève précipitamment pour gagner la fenêtre, et tombe avant de l'atteindre. Si, au contraire, l'issue fatale ne survient point dans cette première période, une nouvelle phase se caractérise par des vertiges, des bâillements, des vomissements et des spulations, très fréquemment de l'hypercsthésie. Enfin, dans les derniers moments, la sensibilité s'émousse et disparaît; le corps, d'abord secoué de convulsions cloniques (avec claquements des dents et spasmes de déglutition), se raidit en un opisthotonos bizarre. La peau se marbre de plaques roses ou cyanotiques; puis la respiralion s'accélère, accélération coupée de pauses; quelques inspirations plus rapides se précipitent encore avanl l'apnée définitive, et le cœur s'arrête le dernier après un ralentissement suivi de quelques battements hâtifs. Le corps esl flasque ou parfois tétanisé dans celte troisième el dernière phase.

Dans les cas où le malade sort du coma, il peut être atteint, an cours d'une convalescence toujours fort longue el pénible, de nombreux accidents. Les troubles moteurs sont les plus fréquents; une parésie passagère est presque de règle, même aux cas les plus bénins: à côté de cel accident peu redoutable, se classent des hémiplégies par ramollissement cérébral,

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des paralysies ascendantes Lype Landry, des myélites el paralysies aiguës de Duchenne, enfin el surtout des polynévrites. La polynévrite oxy-carbonée est une névrite classique à débul par les membres inférieurs; il faut signaler simplement la fréquence particulière des troubles trophiques : œdèmes durs, sanguinolents, zona, ecchymoses, bulles, escarres, les uns dépendanl de la uévrite, les autres d<- myélites. On peùi rencontrer encore de l'albuminurie el de la glycosurie.

11 peul y avoir des hémorragies rétiniennes lires directement à l'intoxication, ainsi que des troubles sensi tifs, des névralgies, etc. On peul noter encore des attaques convulsives, du tremblement, des convulsions. Dans ces différents accidents, il y a lieu de tenir compte de la disposition névropathique des sujets.

Les troubles psychiques sont fréquents et graves : contusion mentale simulant l'ivresse, accès maniaques, amnésies pouvant aboutir à une démence de longue durée, voire définitive. Ordinairement, ces modifications mentales se terminent avec soudaineté.

Enfin, il se manifestera des troubles cardio-pulmonaires divers : congestions, œdèmes, hémoptysies; et ce seront pendant longtemps encore, liés à l'anémie intense avec urobilinurie et quelquefois ictère, des troubles digestifs, des essoufflements, une nutrition mauvaise, des œdèmes dyscrasiques, une asthénie générale.

Diagnostic. — Ce sont les accidents consécutifs et spécialement les phénomènes démentiels dont le diagnostic est délicat. La période aiguë peul rappeler le coma de l'épileptique ou de l'alcoolique, et, d'une façon générale, tout état de résolution survenant après des convulsions. Les plaques bleuâtres ou rosées, la rutilance du sang, contribueraient au diagnostic, ainsi que, si cela était praticable, la spectroscopie : deux bandes d'absorption, très voisines des bandes de l'oxyhémoglobine, ne sont pas confondues en une seule par action du suif hydrate d'ammoniaque.

Traitement. — Pour les complications diverses, traitement symplomalique. — Dans l'intoxication aiguë, la première indication est de ramener le malade à l'air pur. On l'assoira pour diminuer la congestion cérébrale; on lui fera respirer de l'oxygène en quantité, on injectera du sérum. Les piqûres d'éther, de caféine, d'huile camphrée, la faradisafion des phréniques, les tractions de la langue, el surtout une saignée abondante de 4 à GÛO grammes d'emblée seront d'utiles adjuvants. Malheureusement, la mort peut terrasser subitement, et cela plusieurs heures après leur retour à la vie, les individus atteints. On en a vu guérir en revanche après un coma datant de plus de c2i heures (V. Asphyxie).

II. — INTOXICATION CHRONIQUE. — Elle atteint des ouvriers spéciaux, et, en général, tous ceux qui travaillent dans un air confiné. La céphalalgie (migraine des écoliers), l'anémie, la pesanteur des digestions, l'essoufflement, les nausées, le vertige, en sont les manifestations ordinaires, souvent effacées. L'avortement est de règle chez beaucoup de sujets : on sait la fréquence des fausses couches chez les cuisinières. Des troubles légers, mais non indifférents, surviennent quand l'atmosphère ne renferme cepen-

i;,7 Carbonique (Acîde).

dan! que dos traces du toxique (moins de I deux-cent-millième). On décèle facilement ces I races en utilisant la réaction de l'oxyde de carbone sur l'acide iodique anhydre. 11 y a dégagement d'iode qui va colorer en rose un réservoir de chloroforme (appareil de Pécoul cl Albert Lévy). Ces notions sont importantes à connaître pour juger sainement des questions d'hygiène concernant la ventilation des locaux de travail ou d'habitation.

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