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FRANÇOIS MOUT 1ER

171 Carie dentaire et complications.

CARIE. — V. Ostéites. Pour Carie de l'oreille, V. Otorrhée.

CARIE DENTAIRE ET COMPLICATIONS. — La carie dentaire est une affection des (issus de la dent, définie par sa nature infectieuse, sa tendance à l'envahissement de l'organe dentaire, sa marche progressive de la périphérie vers le centre, du revêtement d'émail de la dent vers la chambre pulpaire. Elle atteint d'autant plus facilement les dénis que leur coefficient de résistance est moins élevé, autrement dit que leur richesse en matériaux calcaires est moins grande; celle richesse variant d'un individu à l'autre, on conçoit facilement qu'un grand nombre de facteurs peuvent intervenir, qui favoriseront ou non son développement. Nous ne pouvons entrer dans des considérations étiologiques étendues : outre l'influence de l'hérédité qui n'est pas contestable, on doit envisager toutes les causes susceptibles de modifier, en l'affaiblissant, le terrain sur lequel se développe l'affection. Les périodes critiques de la vie favorisent l'éclosion et la propagation de la carie : la puberté notamment, et surtout la grossesse et l'allaitement. Le praticien doit surveiller la denture de la femme enceinte avec un soin particulier, combattre la déminéralisation qu'il peut constater par un régime approprié, et adresser la malade à un spécialiste, dès qu'il a remarqué une perte de substance. Toute atteinte pathologique est également de nature à favoriser le développement de la carie en affaiblissant l'organisme. Localement, parmi les causes immédiates de la maladie, on devra invoquer l'acidité du milieu buccal, quelle que soit son origine, les fermentations favorisées par l'absence d'hygiène et l'existence d'anomalies dentaires, et surtout et avant tout le polymicrobisme buccal. La bactériologie de la carie est très riche; il semble d'ailleurs que l'association microbienne soit nécessaire, car on ne peut encore incriminer plus particulièrement une seule variété de bacilles : autrement dit, il n'y a pas de microbe spécifique de la carie dentaire : on trouve, au niveau des cavités, de grandes variétés de bacilles sur la nature desquels nous ne pouvons nous arrêter. La conclusion en est (pie la carie dentaire, affection microbienne, est contagieuse, non seulement de dent à dent dans la même bouche, mais de bouche à bouche, et on comprend toute l'importance de celle déduction éliologique au double point de vue hygiénique de l'individu et de la société.

Symptômes. — La carie dentaire se révèle par des troubles fonctionnels, subjectifs, et par des signes physiques, objectifs; les uns et les autres varient considérablement suivant la période à laquelle est arrivée l'affection. Il importe donc de l'appeler les divers degrés de la maladie. Dans un premier stade, la carie a atteint l'émail de la dent, s'y étant installée à la faveur d'un défaut de structure ou plus rarement d'un traumatisme, mais elle n'a pas dépassé celte couche protectrice ; un peu plus fard, le revêtement d'émail est traversé : l'infection gagne l'ivoire, tissu beaucoup moins résistant, où elle se développe rapidement ; la carie est arrivée à son ^'' degré; elle tend toujours à gagner la chambre pulpaire ; quand elle y arrive, le ."V degré est constitué. Enfin, le processus nécrolique continuant son cours, la partie vivante delà dent est détruite; l'organe est mort ; la carie s'attaque à ses racines: dès le moment où l'affection a détruit complètement la pulpe.

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on a le 4e degré. Cette division anatomique, un peu schématique, admettra toutes les subdivisions que l'on voudra cirer suivant que l'émail, l'ivoire ou

la pulpe seront plus ou moins profondément atteints; mais elle répond à un tableau clinique véritable, et c'est sur elle que l'on doit se baser pour exposer la symptomatologie el la séméiologie de la carie. D'une façon générale, on peut établir que, tandis que les symptômes physiques s'accroissent d'une façon constante pendant toute l'évolution de la maladie, les symptômes fonctionnels vont en augmentant jusqu'au moment où la pulpe est atteinte; ils atteignent alors leur maximum; puis le facteur douleur disparaît, pour ne faire de nouvelle apparition que s'il surgit des complications précoces ou tardives du 4e degré. Cette règle générale peut souffrir quelques exceptions qui n'ont qu'un intérêt secondaire en pratique courante.

A l'examen de la bouche, on peut constater sur une dent, en un point quelconque de la couronne, mieux dans un sillon, au niveau d'une anfractuosité, une petite tache noirâtre : c'est une carie envoie de développement. La malade n'en soupçonne pas l'existence; elle est absolument indolore, tant spontanément qu'à l'examen à la sonde. La coloration de celte tache est plus ou moins foncée; elle est quelquefois à peine marquée, si l'affection se développe sur un organe de calcification défectueuse. Dans la carie du 2e degré, il n'existe pas de douleurs spontanées ; mais le malade se plaint de douleurs aux températures extrêmes, froid et chaud; l'examen à la sonde réveille des sensations douloureuses plus ou moins vives, ayant la durée de l'action mécanique qui les provoque ; la mastication a les mômes effets; on constate l'existence d'une cavité déforme variable, de situation quelconque, d'où on peut retirer à la curette des fragments d'ivoire nécrosés, des détritus alimentaires. On peut faire toutes les comparaisons sur la forme de cette cavité : nous ne pouvons y insister ; elle est irrégulière ; mais il faut savoir qu'il peut exister une cavité de dimensions considérables, alors que la dent ne présente à sa surface qu'un pertuis très étroit.

En effet, la carie pénètre par un point de l'émail; elle attaque cet émail très résistant, le plus dur de tous les tissus; arrivée à la denline, elle se développe dans ce nouveau tissu, et il se forme ainsi une cavité protégée par une coque d'émail relativement saine : c'est le cas de beaucoup de dents apparaissant grisâtres dans la bouche, sans manifestation extérieure de lésion très appréciable. Ce qui caractérise la carie du second degré, c'est donc l'absence de douleur spontanée, l'existence de douleurs provoquées : celles-ci seront d'autant plus vives que la carie sera plus profonde, et que le corps étranger ou irritant agira plus près de la pulpe. Enfin, quand la denline est en grande partie détruite, il peut arriver que l'infection ail envahi la mince couche qui recouvre encore la chambre pulpaire et atteint la pulpe. Dans ce cas, la carie sera spontanément douloureuse, parce qu'il y aura réaction pulpaire. Ce slade est une transition vers le 5e degré, dont il îvlève d'ailleurs au point de vue thérapeutique.

Ce oe degré est constitué analomiquement quand la chambre pulpaire est ouverte; les symptômes fonctionnels sont à leur maximum; la pulpe infectée réagit; il y a congestion de l'organe, d'où existence de douleurs spontanées d'une intensité variable : ou bien la dent est simplement hyper-

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es thé siée, et les souffrances sont intolérables; ou bien la pulpe, en augmentant de volume, se trouve comprimée, et alors les douleurs sont excessivement vives, surtout lorsqu'une partie de la pulpe s'engage dans l'étroit pertuis par lequel la chambre pulpaire communique avec la cavité cariée; il se produit alors un véritable étranglement qui amène des douleurs insupportables. Ces douleurs surviennent par crises ; les crises ont une fréquence variable; elles sont réveillées au moindre contact; quelquefois, un mouvement du malade suffit à les provoquer. C'est alors la rage de dents, douleur intense localisée au niveau de l'organe malade, avec irridiations sur les trajets nerveux. L'examen est très difficile, et tout praticien reconnaît à l'expression du malade le moment où sa sonde a touché une pulpe à nu au cours de l'exploration de la cavité. Toute action mécanique, tout changement de température, toute action chimique est douloureuse. On constate l'existence d'une cavité profonde, remplie de détritus que l'on retire à la curette. Le grattage de la dentine est plus ou moins douloureux; si la sonde vient à toucher la pulpe, la douleur particulière provoquée en avertit le clinicien; cette pulpe peut être vue dans le miroir dans les cas favorables sur une petite étendue de sa surface; le contact de l'instrument provoque une hémorragie absolument caractéristique et pathognomonique. L'orifice de la chambre pulpaire n'est pas toujours au fond de la cavité; celle-ci peut s'être développée en un point central, et la chambre pulpaire se trouve ouverte au niveau d'une corne : par suite, l'orifice siégera sur une paroi de la cavité : d'où l'importance de connaissances anatomiques exactes, si l'on ne veut pas provoquer de douleurs inutiles dans l'exploration d'une carie soupçonnée pénétrante. Au fur et à mesure que l'infection envahit la pulpe davantage, celle-ci se mortifie et se nécrose progressivement; mais alors la symplomatologie diffère notablement de celle de la période de début que nous venons d'exposer. Les douleurs spontanées n'ont plus ce caractère de crises que nous avons signalé, et leur localisation est moins précise ; ce sont des névralgies intéressant une branche quelconque du trijumeau du même côté, variable suivant la dent, cause de l'affection. Ces névralgies ont des points douloureux spéciaux et presque constants. Les dents du haut donnent des douleurs irradiées du côté de l'œil ou du sinus, s'il s'agit de dents antérieures et du côté de la tempe, s'il s'agit de dents du fond ; les dents du bas donnent des douleurs irradiées du côté du trou mentonnier, s'il s'agit de dents antérieures, et du côté de l'oreille, s'il s'agit de dents du fond, à tel point que certains patients vont trouver des auristes et n'incriminent pas leurs dents. Enfin, on note parfois des irradiations dans le plexus cervical. On conçoit que la forme et l'intensité de ces névralgies varient suivant le degré et le mode d'infection de la dent malade. Au fur et à mesure que la pulpe s'enflamme, les douleurs provoquées par la chaleur sont plus manifestes que celles causées par le froid; landis que le froid amène immédiatement une douleur intense, localisée et disparaissant rapidement, la chaleur amène plutôt un soulagement; la douleur causée par l'absorption d'une boisson chaude n'est pas immédiate, elle n'arrive qu'au bout d'une minute environ, est mal localisée, s'irradie fort loin et ne disparaît que lentement; enfin il commence à survenir un peu de périostite, et la douleur à la pression ou à la

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percussion se fait déjà sentir. Ton les les causes que nous avons indiquées agissent encore sur la pulpe en partie nécrosée, mais dune façon moins vive : les changements de température sonl souvent moins douloureux; de même le contact, les agents chimiques, la mastication. La sensibilité recule avec la vitalité de l'organe, mais on peut toujours la retrouver; quand elle a disparu de la chambre pulpaire, elle existe dans les canaux radiculaires. foute dent cariée où Ion trouve encore des parties sensibles est atteinte de carie au 5'' degré. Les caractères physiques sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués; toutefois, l'hémorragie est rare: la pulpe n'a plus cel aspect rose vif qu'elle présente avant d'être infectée : elle est grisâtre, plus ou moins suppurante. La couronne de la dent prend parfois une coloration foncée spéciale, anormale.

Cette coloration spéciale existe d'une façon presque constante pour les dents complètement dévitalisées; ici les symptômes fonctionnels sont négatifs : il n'y a pas de douleurs, s'il n'y a pas de complications; à l'examen, on constate la perle de substance qui est considérable; la couronne est souvent réduite à une coque, dont les parois sont plus ou moins complètes; parfois elle est détruite entièrement : la carie continue à s'attaquer aux racines encore existantes.

Diagnostic — 11 dérive directement de la symplomatologie que nous venons d'exposer; il n'est pas toujours aussi facile que permettraient de le supposer les caractères objectifs de l'affection. Sans doute, une carie, arrivée à un certain degré de développement, se constate de visu. Mais il importe de déceler l'affection le plus lot possible et de déterminer exactement son degré. D'autre part, en présence de douleurs rapportées à une dent cariée, il faut s'assurer que ces douleurs ont bien pour cause la dent incriminée et non une affection étrangère à cel organe. Voyons successivement ces trois points.

Plus tôt on aura reconnu l'exislence d'une carie, plus les chances de guérison seront grandes, plus le traitement sera simple. L'examen des dents doit donc être fait d'une façon très précise et très complète, suivant une méthode sûre. Toutes les surfaces doivent être visitées. Souvent on découvrira une tache, carie au début dont la dent pourra être débarrassée séance tenante. Il faut explorer particulièrement les sillons, les dépressions, les anfracluosités de tout ordre et de toute nature, avec une sonde fine, et notamment les interstices dentaires. La sonde ira sous la gencive, décèlera les caries du collet. Cet examen, qui semble devoir être théoriquement très facile, est très délicat, et quelquefois même des spécialistes expérimentés passent, sans les voir, à côté de caries du collet ou interstitielles; le médecin devra donc y apporter toute son attention et avoir un miroir à bouche et une sonde fine et recourbée. Une coloration anormale de la dent attirera particulièrement l'attention sur cet organe; chercher le perluis par lequel a pu pénétrer la carie pour envahir la denline; cette coloration anormale ne sera pas d'ailleurs nécessairement une preuve que la dent est cariée. La carie étant constatée, quel est son degré? Ce que nous avons dit doit suffire, suivant nous, à établir ce diagnostic, en se basant sur : a) les caractères extérieurs de la lésion; h) les douleurs spontanées: <■) les douleurs provo-

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quéès; <l) l'état de la pulpe (Redier). Si l'on est en présence d'une simple lâche sans cavité ou d'une cavité superficielle, on a affaire à une carie simple ; si l'on a une cavité considérable, si la dent esl détruite partiellement ou totalement dans sa portion coronaire, la carie est toujours pénétrante. La difficulté commence en face dune cavité moyenne, sans caractères extérieurs précis. Exisle-t-il des douleurs spontanées, la carie esl sûrement pénétrante. Nous connaissons les caractères des douleurs que provoque une action mécanique ou chimique sur une carie du deuxième ou du troisième degré. Enfin, létal de la pulpe permettra d'apprécier le degré de pénétration de la carie. D'ailleurs, ce qui importe le plus au praticien non spécialiste, c'est de savoir si la pulpe esl à nu ou non, car le traitement qu'il instituera, qui ne peut être qu'une thérapeutique d'attente, s'adressera à l'un ou l'autre de ces cas.

D'autre part, voici un malade qui se plaint de souffrir des dénis; et effectivement la dent qu'il rend responsable de ses douleurs esl cariée; il s'agil de savoir si les phénomènes douloureux doivent être attribués à la carie. Un certain nombre d'affections peuvent en effet être cause de douleurs, dont le malade rend une ou plusieurs dents responsables. La plus fréquente de ces affections est YartJirite alvéolo-dentaire [Y. Dents (Maladies)]. La confusion est d'autant plus facile que cette arthrite esl souvenl une complication de la carie à sa dernière période, mais on ne s'y trompera pas; dans l'arthrite commune aiguë, le malade a la sensation que la dent fait saillie hors de son alvéole, elle présente de la mobilité anormale, et la douleur a des caractères spéciaux; elle esl continue, exagérée par la pression, par la chaleur, diminuée par le froid, la gencive est rouge; dans l'arthrite commune chronique, la douleur n'exisle pas. Dans le cas de polyarthrite alvéolo-dentaire : « Un groupe de dents déviées, ébranlées, déchaussées, douloureuses à la pression: les gencives rouges, tuméfiées, le suintement purulent, voilà des caractères qui n'appartiennent qu'à la polyarthrite.... Un seul point peut être intéressant, c'est de déterminer, au milieu de ce groupe d'organes atteints de la même maladie, celui qui est actuellement la cause des algies, parce que les accidents pulpaires se produisent ordinairement par poussées, dont la durée n'a rien de fixe et qui ne sont pas nécessairement en rapport avec les lésions apparentes... » (Redier). On arrive à déterminer l'organe malade en envoyanl un jet d'eau froide ou chaude sur chacune des dents soupçonnées. Joignons à l'arthrite commune ou symplomatique : 1" la sinusite, qui donne lieu souvent à des névralgies localisées aux trous sus- et sous-orbilaires, sinusite maxillaire ou frontale, facilement éliminée par des symptômes caractéristiques ; c2° certaines maladies des yeux, la kératite, le glaucome notamment, qui peuvent occasionner les mêmes névralgies; 3° des douleurs d'oreille que l'on peut rapporter à une carie pénétrante, etc.

Complications. — La carie dentaire peut ne pas borner son action dommageable à la dent qu'elle a choisie comme lieu d'élection. Comme loul processus infectieux, elle est susceptible de provoquer des accidents locaux de voisinage, des accidents à dislance, voire des accidents généraux s'il existe un grand nombre de dents malades dans la bouche.

Accidents locaux. — Ces accidents sont moins des complications (pie des

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troubles inhérents à l'existence de la carié. Au poinl de vue de la dent, ils se réduisent à des fractures. Lentement la couronne s'effrite, parfois un fragment d'une certaine Importance se détache sous un effort insignifiant; quelquefois, ce fragment est constitué par une grande partie de la couronne,

la moitié ou les trois quarts. Cette fracture, qui survient surtout lorsque la couronne est réduite à une coupe d'émail, permet souvent de se rendre compte de l'étendue d'une carie à peine soupçonnée.

Le plus fréquent des accidents de voisinage est l'ulcérai ion des parties molles; ces ulcérations sont produites par l'action mécanique de l'organe malade qui attaque les tissus à la faveur d'un tranchant ou d'une pointe créée par une fracture antérieure ; l'ulcération est entretenue par la persistance même de la cause et aussi par l'infection qui s'y localise; la langue est de beaucoup l'organe le plus fréquemment atteint; il importe dans ce cas de bien déterminer la cause de l'ulcération; il suffira de penser à la dent malade pour établir tout de suite cette relation si importante de cause à effet, et pour éviter toute erreur. Les lésions ulcéreuses des gencives sont également assez fréquentes; celles-ci, irritées par une carie du collet, ont une carie interstitielle bourgeonnant localement; le bourgeon gingival envahit plus ou moins la cavité cariée; à la joue, les ulcérations d'origine dentaire ne se présentent guère qu'au niveau delà dent de sagesse. Les complications plus graves tiennent à l'infection du milieu buccal, susceptible de provoquer des gingivo-stomatiles variées. L'arthrite alvéolo-dentaire est excessivement fréquente, l'infection gagnant l'articulation par la voie radiculaire ou par la voie extra-dentaire, gingivo-alvéolo-dentaire. Enfin, notons l'abcès si fréquent [V. Dentaire (Abcès)] et la fistule d'origine dentaire.

On voit souvent sur la gencive, au niveau de l'extrémité de la racine d'une dent malade, un petit orifice garni de bourgeons charnus, par lequel s'écoule constamment un liquide séro-purulent, c'est l'orifice externe, gingival, d'un trajet fisluleux qui va aboutir d'autre part à l'alvéole de la dent malade ; c'est une complication très fréquente de la carie du quatrième degré non soignée. Ces fistules sont excessivement étroites et l'exploration du trajet est impossible au moyen d'un stylet. Le trajet est d'ailleurs sinueux la plupart du temps. Parfois l'orifice externe est dédoublé, on a constaté des orifices multiples, correspondant à plusieurs trajets, aboutissant à la même dent. Quand ces fistules s'ouvrent au milieu de la gencive, elles sont plus gênantes que dangereuses, mais elles vont parfois déboucher loin de la dent malade, et dans ce cas on sent un cordon dur sous le doigt représentant le trajet fisluleux. Assez souvent, ces fistules vont s'ouvrir à la peau; les plus fréquentes sont celles qui sont causées par les dents de la mâchoire inférieure et qui viennent s'ouvrir soit sur la face externe de la joue, soit en avant ou au-dessous du menton; on en a même vu venir s'ouvrir plus bas que la clavicule. Les dents du maxillaire supérieur donnent parfois des fistules venant s'ouvrir du côté de l'œil. Ces fistules cutanées d'origine dentaire sont intarissables, et nous en avons vu datant de 2 à 20 ans. Tous les curettages du maxillaire avaient été inutiles, tandis que l'extraction de la dent causale, suivie, quant il est nécessaire, d'un curettage de l'alvéole, amène toujours la guérison. Le médecin qui trouve, dans les

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environs immédiats ou même assez éloignés des maxillaires, une fistule amenant une suppuration constante, doit toujours penser à une fistule d'origine dentaire. Quand on veut conserver la dent, il faut s'adresser soit par l'orifice externe, soil par les canaux de la dent malade, en môme temps à l'organe et à la fistule : on fera dans le trajet de celle-ci des injections de solutions étendues de phénol, chlorure de zinc, etc. La créosote a une action particulièrement efficace. Si la fistule résiste à cette thérapeutique, cureter son trajet, gratter la paroi alvéolaire, etc. Traitement d'ordre général.

Accidents à distance. — Ils se réduisent dans la pratique aux névralgies (pie nous avons signalées, névralgies unilatérales, « s'étendant parfois jusqu'au membre supérieur, à la rougeur de la peau ou de la conjonctive, à de l'hypersécrétion lacrymale ou salivaire » .... On a rapporté un certain nombre ■d'observations d'accidents plus sérieux, heureusement rares. Redier adressé le tableau suivant de l'ensemble de ces accidents à distance.

Névralgies.

Paralysies de la sensibilité.

Troubles de la motilité S Spasmes et contractures.

Paralysies de la motilité.

t„^ ,wi~. a i„ „a„„a*; i ii- \ Hypercrinie ou acrinie des glandes

I roubles dans la sécrétion glandulaire. } , , ,. &

( lacrymales et salivaires.

i Injection et rougeur de la conjoncti- Troubles vaso-moteurs vite ou de la face.

' Anémies localisées.

; De la vue.

Troubles de la sensibilité spéciale. . . 3 De l'odorat.

f De l'ouïe.

Tous ces accidents, sur lesquels nous ne pouvons insister plus longuement, nécessitent une carie pénétrante avancée, puisqu'elles présupposent une atteinte du territoire nerveux, dont la dent malade est tributaire.

Accidents généraux. — Ils sont dus uniquement aux troubles apportés à la nutrition. Lorsqu'il existe un grand nombre de dents cariées, la fonction mastication ne s'exerce plus suffisamment d'une part, et, d'autre part, les aliments mis en contact sans cesse avec des foyers d'infection multiples s'infectent eux-mêmes.

Il n'est pas douteux qu'un grand nombre de dyspepsies relèvent des mauvaises conditions dans lesquelles se trouve la denture des malades, et que, par suite, les soins dentaires pourront contribuer largement à la disparition de certains troubles digestifs, et, en tout cas, en éviter le retour.

Le pronostic de la carie est grave, quant à l'organe atteint. Qu'il s'agisse de <arie à marche rapide ou à marche lente, la terminaison fatale est la destruction complète de l'organe atteint, sauf intervention thérapeutique.

Traitement. — Il y a deux phases bien distinctes dans le traitement de la carie dentaire : celle qui intéresse tout praticien, c'est le traitement symptomatique de l'affection; celle qui ne concerne que le spécialiste, le dentiste, la réfection partielle ou totale de la dent ou des dents malades. Nousn'insisterons que sur le premier point; ce n'est pas ici le lieu d'aborder le second, • lui ne peut relever que de la pratique spéciale. [V. Dknts (Prothèse).]

Comme pour toute affection d'ordre général, il existe ici un traitemen préventif. Nous avons vu (pie, parmi les causes immédiates de la carie, se >-"• v m c. — H . 12

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trouve l'infection du milieu buccal. C'est, par suite, dans une hygiène scrupuleuse de la bouche et des dénis que réside la première indication thérapeutique; nous ne reviendrons pas sur les règles que nous avons établies à ce sujet. [V. Bouche et dents (Hygiène).] Une l'ois la carie installée au niveau dune dent, il importe de la soigner, pour conserver la dent d'abord, pour éviter la propagation de l'affection ensuite. Le trailenienl symptomatique comprend deux Indications : traitemenl de l'infection, traitement de la douleur. Contre l'infection, le praticien ne peut tenter autre chose que de débarrasser la cavité des détritus organiques qui s'y trouvent et cureter prudemment la cavité avant d'y placer un pansement d'attente antiseptique. Mais, généralement, le malade vient parce qu'il souffre, et c'esl à la douleur qu'il faut s'adresser; alors, deux cas peuvent se présenter :

1° Ou bien la pulpe n'est pas à découvert; alors la douleur est simplement due à des actions mécaniques, par exemple est réveillée par la mastication : l'indication est d'empêcher les phénomènes mécaniques de se produire au niveau delà dentine, donc empêcher les alimentsde pénétrer dans la cavité; on y arrive en obstruant la cavité, soit au moyeu d'un tampon d'ouate hydrophile, soit avec de la gutla-percha, après désinfection de la cavité.

2° Ou bien la pulpe est à découvert, et alors il faut lutter contre l'inflammation de la pulpe et les douleurs provoquées par son état congestif. Débarrasser soigneusement la cavité de tous les détritus qu'elle peut contenir en évitant de heurter la partie de la pulpe mise à découvert. Pratiquer des lavages antiseptiques tièdes de la cavité, puis faire saigner légèrement la pulpe, ce qui provoquera, dans le cas de pulpite aiguë, un soulagement presque immédiat. Ensuite, on fait dissoudre quelques cristaux de chlorhydrate de morphine dans une goutte d'acide phénique; imbiber de cette solution un petit tampon d'ouate hydrophile. Celui-ci est porté dans la cavité, contre la pulpe, et recouvert d'un tampon, qui achève de remplir la cavité, et qui a été imprégné de teinture de benjoin préalablement. Ce pansement occlusif ne doit pas être serré: il faut éviter de comprimer la pulpe. Ce traitement constitue un traitement d'urgence. Le malade sera envoyé ensuite chez un spécialiste.

Lorsque la pulpe est infectée profondément, qu'il existe de la pulpite chronique, il n'y pas d'autre moyen à la disposition du praticien que l'envoi du malade au dentiste; il devra simplement essayer de calmer la douleur. (V. Odontalgie.) Mais la disparition des phénomènes dépend du traitement de la dent et de la destruction delà pulpe. Si les douleurs sont très intenses, et surtout s'il y a impossibilité de faire donner des soins dentaires, l'extraction est indiquée. 11 en est de même dans les cas de carie compliquée du ie degré (abcès, fistule, etc.). [V. Dents (Extraction).] Il faut se montrer économe de ces extractions, car il est peu de cas où l'on ne puisse restaurer une dent; le traitement spécial consiste dans la désinfection de toute cavité et la destruction de la pulpe et des filets radiculaires dans des cas de carie au 5e degré; dans le traitement des accidents, la désinfection de la dent, dans la carie du 1er et du 52e degré, suivie, dans les deux cas, de la reconstitution partielle où totale de l'organe atteint. [V. Dents (Prothèse).]

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