‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustréeChapitre 30 sur 91 · GRE NET · texte numérisé non relu

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CASCARA SAGRADA. — L'écorce sacrée, écorce de la tige du Rhamnus Pm-shiana (Rhamnacées), se présente en morceaux cintrés, épais de 2 millim., de saveur amère et nauséeuse.

La pharmacie en tire une poudre, un extrait, un extrait fluide et nue teinture.

La cascara esl utilisée pour ses propriétés purgatives (V. Purgatifs). La poudre se donne à la dose de 25 centigr. (dose laxative), à 1 gr. ou I gr. 50

Castoréum. 1 84

à des adultes; pour les enfants, 2 à 3 centigr. par année d'âge. L'extrait s'administre à la dose de 10 à c20 centigr. en pilules; l'extrait fluide représente son poids d'écorce; la teinture se prescril à la dose de XXX à LX gouttes.

Cachets.

Poudre de cascara. . . . 25 centigr. Poudre de rhubarbe ... 15 — Magnésie calcinée .... 10 —

Pour 1 cache! le soir au coucher.

Pilules.

Poudre de cascara. ... I gr. 50 Conserves de roses ... 80 centigr.

Diviser en 10 pilules, 1 à 5, le soir, au coucher.

Elixir.

Extrail fluide de cascara 10 grammes.

Sirop de nerprun . . . 50 —

Vin de Lunel 100 —

Par cuillerées à soupe.

Sirop (Enfants;.

Extrait fluide de cascara 10 grammes.

Sirop d'écorces d'oranges amères "200 —

Par cuillerées à soupe.

Cascarine. — Ce corps, [cristallisé en aiguilles prismatiques de couleur jaune orangé, est considéré comme le principe aclif de la cascara sagrada; c'est vraisemblablement un mélange de divers glucosides.

La cascarine est un laxatif opposé à la constipation habituelle à la dose de 10 à 30 centigr. par jour, en pilules ou en élixir. e. F.

CASCARILLE. — L'écorce de Croton Elutheria (Euphorbiacées) est employée à la dose de 1 à 4 gr. par jour contre la dyspepsie, la dysenterie, l'atonie digestive avec diarrhée.

Potion.

Teinture de cascarille

i grammes.

Teinture de rhuharbe

Sirop d'écorces d'oranges amères 50

Eau distillée O. S. p. 150 —

Une cuillerée immédiatement après le repas.

Pilules.

Extrait de cascarille

Extrait de quassia. . \ &

Une pilule avant chaque repas E. F.

CASSE. — C'est le fruit du canéfîcier (Cassia /isti/la. Légumineuses), planle cultivée dans les régions tropicales des deux mondes.

Ce fruit est une longue gousse noire, de la forme et de la dimension d'une petite flûte, dont les nombreuses loges, contenant chacune une graine, sont remplies d'une pulpe noirâtre.

Cette pulpe a des propriétés laxatives. Dose : 30 à 40 gr. chez l'adulte, 8 à 10 gr. chez l'enfant. On l'employait beaucoup autrefois sous forme de conserve. e. F.

CASTORbUM. — Produit sécrété par des glandes annexes de l'appareil génital mâle ou femelle du Castor Fiber (Rongeurs).

Se présente sous l'aspect de deux poches piriformes, noirâtres et ridées, longues de 8 cent., unies ensemble par leur petite extrémité. Leur contenu brun fauve est d'odeur fétide, de saveur acre et amère.

Castration et épidîdymectomie.

Le eâstoréum est un stimulant et un antispasmodique, utilisé sous forme de poudre et de teinture. La poudre se donne à la dose de 5 centigr. à 0 gr. 50, en pilules; la teinture s'administre aux doses de 2 à 5 gr., en potion. E. F.

CASTRATION ET EPIDIDYMECTOMIE. — La castrai ion consiste chez l'homme dans la suppression totale d'une ou des deux glandes génitales. Les indications de celle intervention sonl assez rares; en raison des troubles qu'elle détermine fréquemment, la caslralion doit être réservée exclusivement aux cas où un testicule gênant ou dangereux ne peut être traité par aucune autre méthode.

C'est la seule opération satisfaisante dans les tumeurs du testicule, mais à condition que les lésions soient bien limitées à la glande génitale, sans quoi une récidive rapide est de règle. Dans la tuberculose du testicule, la castration est indiquée seulement dans les cas où les lésions sont si considérables et si avancées que le malade est exposé à une suppuration interminable devant finir par détruire complètement l'organe. Enfin, la castration est la seule ressource en cas d'ectopie d'un testicule non abaissable et douloureux et dans l'hématocèle, lorsque le testicule perdu et atrophié au milieu des fausses membranes ne peut être dégagé par décortication.

Les instruments nécessaires à l'opération sont : un bistouri, deux paires de ciseaux, une pince à disséquer, vingt pinces hémostatiques, une aiguille de Reverdin, des catguts n° 1 et 2, un drain, des crins de Florence. Pour le pansement, des compresses aseptiques, de l'ouate ordinaire et hydrophile, deux bandes de tarlatane et un suspensoir en cas de castration unilatérale.

L'anesthésie générale est habituellement employée, cependant on peut aisément se contenter de l'anesthésie locale à la stovaïne ou à la novocaïne : dans ce cas l'anesthésie devra être faite en deux temps, dans un premier temps on procède à l'anesthésie de la peau par une traînée verticale dont la partie supérieure dépassant le testicule répond au cordon spermatique ; dans un deuxième temps on réalise l'anesthésie du cordon par quelques injections intrafuniculaires faites au-dessous du point ou portera la ligature.

Opération . — Elle se divise en quatre temps :

1° Incision. — Sur la face antérieure du scrotum on fait une incision verticale qui commence en haut à 2 centimètres au-dessus de l'orifice inguinal externe, et qui se termine en bas à la partie moyenne des bourses (fig. 59) : si le scrotum est envahi en un point, l'incision devra se terminer par une raquette circonscrivan! largement le placard adhérent qui sera enlevé avec la glande. Une fois la peau sectionnée, il faut couper le tissu cellulaire sous-cutané et

Fig. 59. — Incision pour une castration. (Victor Veau, in Précis de technique opératoire.)

Castration et épididymectomie.

l'aponévrose du grand oblique, de façon à ouvrir largement le canal inguinal

comme dans une cure de hernie ;

2° Libération du testicule et du cordon. — La paroi antérieure du canal

inguinal étant incisée, avec le doigt ou avec une sonde on décolle le cordon en masse ; en cas de tuberculose ou de cancer ce décollement devra être poussé le plus loin possible et même, lorsqu'on sera arrivé à l'orifice profond du canal inguinal, on s'efforcera d'al tirer une partie de la portion pelvienne du canal déférent. Une fois le cordon libéré, on

Fig. 60. - La main gauche énuclée le testicule qui commence à faire poursuivra le décol-

hernie entre les lèvres de l'incision des bourses ; l'index droit, introduit lement de haut en

entre le testicule et la peau, dissocie la couche celluleuse (Monod et i oc ;no to i„nc 1

Van verts, Traité de technique opératoire). IMS jusque UdllS la

bourse, "de façon à énucléer complètement le testicule (fig. 60);

5° Ligature et section du cordon. — Le testicule étant dégagé, on lie le cordon aussi haut que possible et on le sectionne à 1 ou c2 centime 1res au-dessous de la ligature : la ligature peut être faite en masse, et alors, pour qu'elle ne risque pas de glisser, elle sera faite au moyen d'un fil passé à travers le cordon et noué successivement de chaque côté (fig. 61). Si on préfère lier isolément chacun des éléments, on place un clan sur le cordon et on le sec lionne au-dessous, puis an niveau de la surface de section chaque vaisseau est isolé, pincé et lié; il n'est pas nécessaire de lier spécialement le canal, il est presque toujours F compris dans la ligature de Tarière déférent i elle;

4° Suture. — Le testicule étant ainsi enlevé et l'hémostase du cordon assurée, on réuni! l'incision scrotale à l'aide d'une série de points profonds

g. 61. — Ligature du cordon spermatique. (Victor Veau, in Précis de technique opératoire.)

187 Castration et épididymectomie.

passés de façon à diminuer autant que possible la cavité des bourses, puis on réunit la peau au moyen de points superficiels suffisamment rapprochés pour s'opposer à la tendance au recroquevillement que présente la peau du scrotum. Il est toujours prudent de laisser un drain qui plonge dans la partie la plus déclive de la cavité vaginale et qui sort par l'extrémité inférieure de la plaie, où il est maintenu par un crin passé dans la peau. Un pansement aseptique et assez fortement compressif, maintenu par un spica double, recouvre les bourses et les maintient élevées. Pour protéger la plaie contre la pénétration de l'urine, on intercale dans le pansement une large pièce de toile imperméable percée d'un orifice pour la verge. Au bout de 48 heures on supprime le drain, les fils sont enlevés le 7e ou le 8e jour : à ce moment le malade peut se lever.

Prothèse testiculaire . — Au lieu de refermer simplement le scrotum après l'enlèvement du testicule, on peut placer dans les bourses un testicule artificiel qui donne à l'opéré l'illusion d'être un homme comme les autres.

L'opération doit être conduite avec une asepsie absolue et l'hémostase parfaite pour que le corps étranger introduit dans les tissus soit bien supporté : dans la cavité occupée primitivement par la glande, on place le faux testicule (boule en verre, en ivoire, en marbre, en argent, en aluminium, en celluloïd, en caoutchouc, en soie, etc.), et on le fixe par un surjet au catgut fin assez serré pour appliquer étroitement sur lui les parois de la loge; ensuite on suture le scrotum sans drainer, en ayant soin de ne laisser aucun espace mort et de faire un affrontement exact des bords de la plaie.

Épididymectomie. — La suppression de l'épididyme avec conservation du testicule constitue le traitement de choix dans les tuberculoses suppurées localisées à l'épididyme; elle peut également être conseillée dans certaines épididymites blennorragiques à répétitions s'accompagnant de douleurs presque continuelles et ayant déterminé une oblitération des voies spermatiques.

Le matériel nécessaire est le même que pour une castration.

L'épididymectomie peut facilement se faire avec anesthésie locale.

L'opération peut se diviser en quatre temps :

1° Incision. — Faisant saillir la glande génitale avec la main gauche, on fera, sur la face antérieure du scrotum, une incision longue de 5 à 0 centimètres qui intéressera toute l'épaisseur des enveloppes des bourses jusqu'à la vaginale:

2° Dissection de l'épididyme. — On saisit le testicule et on l'attire au dehors à travers les lèvres de l'incision, puis on incise la vaginale en dedans et en dehors au niveau du sillon épididymo-tesliculaire : la queue de l'épididyme se laisse alors très facilement détacher du testicule et on la décolle doucement d'arrière en avant à petits coups de bistouri; arrivé au niveau de la tête il faudra avoir grand soin de ne pas blesser l'artère spermatique qui descend vers le testicule en croisant la face interne de l'épididyme, pour cela on sectionnera en dehors les canaux efférents, et on attirera en haut l'épididyme de façon à le séparer des vaisseaux par simple décollement sans employer le bistouri ;

5° Section du canal déférent. — L'épididyme ne tient plus qu'en arrière par du tissu celluleux, quelques vaisseaux et le canal déférent, une ligature

Catalepsie.

sera placée sur le tout el un coup de ciseau donné nu-dessous libérera complètement l'épididyme (fig. 62). Le plus souvent^on pratiquera celle liga-

ture du canal défèrent i n l errom pan l <le la sorte le cours du sperme ; cependant, si le testicule et le canal déférent paraissent absolument indemnes on peut inciser le testicule au niveau des canaux efférents et fixer dans la plaie l'extrémité libre du canal déférent dans l'espérance de rétablir ainsi le cours du sperme ;

4° Fermeture de la plaie. — Que l'anastomose testiculo-différentiélle ait été faite ou non, on assurera l'hémostase en liant les veines qui saignent, en réunissant par un surjet au catgut les deux lèvres de l'albuginée ouverte le long du bord postérieur du testicule. On placera un petit drain au contact du testicule, puis la plaie scrotale sera suturée aux crins de Florence dans toute son étendue, sauf à la partie supérieure par laquelle sortira le drain.

On fera un pansement aseptique légèrement compressif que l'on maintiendra au moyen d'un suspensoir. Le drain sera retiré au bout de 48 heures; les crins enlevés au bout de 8 jours. PIQUAND.

Fig. 62. — Résection de l'épididyme.

(Monod et Vanverts, Traité de technique opératoire.)

CATALEPSIE — La catalepsie est un syndrome caractérisé essentiellement par « l'aptitude qu'a le malade à conserver passivement les attitudes, quelles qu'elles soient, qu'on impose à ses membres ». Elle comporte et exige « un état psychique spécial sans lequel les altitudes cataleptiques deviendraient presque irréalisables ». (Brissaud.)

Le cataleptique reste figé dans la position où on le met, les yeux ouverts et immobiles, la physionomie atone ou en rapport avec des hallucinations. 11 conserve, sans fatigue apparente, les attitudes les plus incommodes et ne les abandonne que lentement el progressivement. Les membres sont souples, non contractures (flexibilité cireuse).

Souvent, quand on imprime de petites secousses à un membre, les oscillations se continuent automatiquement pendant un certain temps [automatisme rotatoire). « Cet automatisme représente pour ainsi dire Y activité posi-

180 Catalepsie.

tive de la catalepsie, tandis que les attitudes immobiles en représentent {'activité passive. Le malade a perdu toute spontanéité, mais il consent encore à exécuter l'action matérielle que lui impose matériellement une impulsion étrangère. Il subit celte impulsion et s'y conforme lorsqu'elle est assez puissante pour qu'il éprouve moins de peine h s'y soumettre qu'à s'y dérober. Ainsi, la caractéristique de la catalepsie n'est pas l'inactivité; c'est la passivité ou, mieux encore, l'inertie au sens propre de ce terme. » (Brissaud.)

Généralisée ou partielle, de durée variable, la catalepsie s'accompagne fréquemment de troubles variés de l'intelligence, d'écholalie notamment. A côté des états cataleptiques francs, existent les états cataleptoïdes où le syndrome est moins net, le sujet pouvant spontanément ou sur un ordre modifier l'attitude donnée.

La catalepsie se trouve dans l'hystérie comme phénomène épisodique de la grande attaque ou plus rarement comme phénomène isolé; elle caractérisait une des formes du grand hypnotisme de Charcot.

Dans la catalepsie hystérique, la sensibilité générale est complètement abolie; les sens spéciaux paraissent conservés dans une certaine mesure. En plaçant les membres dans une position répondant à une attitude passionnelle, on suggère souvent une expression de la physionomie qui correspond au même sentiment ou à la même passion.

Le syndrome peut se produire en dehors de toute condition morbide imputable à la névrose. C'est ce qu'on appelle la catalepsie symptornalique Brissaud), intimement liée à l'état mental du sujet et qui se rencontre dans les maladies les plus diverses. Elle coexiste avec un affaiblissement de l'activité psychomotrice volontaire, avec des phénomènes de dépression et de stupeur : c'est une manifestation d'insuffisance corticale.

La catalepsie symptomatique paraît surtout fréquente dans l'urémie; on l'a signalée dans l'alcoolisme, le saturnisme, l'intoxication oxy-carbonée, l'intoxication par le haschisch, la goutte, l'ictère, la pneumonie, la fièvre typhoïde, la grippe, le rhumatisme aigu, la tuberculose généralisée, la lièvre intermittente, le rachitisme, le méningisme, la méningite tuberculeuse, la méningite cérébro-spinale, l'hémorragie méningée, l'hémorragie cérébrale, l'abcès du cervelet, le cancer de l'œsophage, etc. Sa coexistence avec une respiration à rythme de Cheyne-Stokes a été notée dans différentes affections (Bauer).

On peut la rencontrer également dans la mélancolie avec stupeur, la confusion mentale, l'épilepsie, la paralysie générale. Elle est un des éléments, (I ailleurs inconstant, du syndrome calatonique (V. Démence précoce) qui, en plus du négativisme et des stéréotypies, comprend des phénomènes de suggestibilité : le malade exécute ce qu'on lui ordonne, continue automatiquement les gestes commencés, imite les gestes exécutés devant lui, répète les mots entendus, conserve les positions imprimées à ses membres (Deny). I es phénomènes de suggestibilité sont à rapprocher de l'activité positive cl de l'activité passive de la catalepsie; ils caractérisent un état analogue de passivité ou d'inertie.

Le diagnostic est généralement facile. On ne confondra pas les altitudes

Cataracte.

lui»

cataleptiques avec les attitudes ayanl pour origine une contracture musculaire ou une paralysie, avec les spasmes musculaires de la maladie de Thomsen qui se produisent à l'occasion des mouvements volontaires. Enfin, on devra toujours pensera la possibilité fréquente d'une simulation.

BRÉCY.

CATAPLASMES. — Les cataplasmes son! des médicaments destinés à l'usage externe, leur consistance est celle d'une pâte molle. Ils résultent d'un mélange de farines ou d'autres poudres avec un liquide : l'eau, un infusé ou un décocté de plantes.

On ajoute souvent aux cataplasmes des poudres, des huiles, des pommades, des extraits, etc., tantôt en incorporant ces substances dans la masse, tantôt en les étendant seulement à la surface.

Cataplasme de farine de lin (Codex).

Farine de lin Q. V.

Eau Q. S.

Délayez la farine dans l'eau froide, de façon à taire une bouillie très claire et faites chauffer en remuant continuellement, jusqu'à ce que la masse ait pris une consistance convenable.

Quand ce cataplasme est destiné à servir d'excipient à un médicament actif, il faut ajouter celui-ci à la surface du cataplasme et au moment de l'appliquer.

Cataplasme de fécule (Codex).

Fécule de pomme de

terre 100 grammes.

Eau 1000 —

Délayez la fécule dans le double de son poids d'eau froide; ajoutez peu à peu, en remuant, le reste de l'eau portée à l'ébullition, puis faites bouillir pendant quelques instants en agitant la masse.

CATARACTE. — On désigne sous le nom de cataracte l'opacifîcation partielle ou totale du cristallin à la suite de troubles nutritifs de cette lentille. C'est la cataracte vraie, alors que la fausse cataracte résulte de l'obstruction du champ pupillaire par des exsudais.

Étiologie. — Certaines cataractes sont congénitales.

L'hérédité a une influence non douteuse, aussi bien dans les cataractes congénitales que dans la cataracte sénile. Cette dernière cataracte est de beaucoup la plus fréquente, et bien que la pathogénie en soit encore mal connue, on doit la considérer moins comme un attribut de la vieillesse au même titre que la presbytie par faiblesse physiologique du muscle ciliaire, que comme un phénomène pathologique. Elle débute généralement vers la cinquantaine, rarement avant. Elle est bilatérale. Elle est une complication fréquente du diabète (V. Diabète), des affections hépatiques, du rachitisme et de l'albuminurie. On l'a constatée dans le myxœdème et la tétanie. L'opacification du cristallin survient aussi à la suite d'affections oculaires : kératite suppurée, irido-cyclite, choroïdite, rétinite pigmentaire, décollement de la rétine, myopie forte, glaucome, altérations du vitré, tumeurs, traumatism.es oculaires contusion du globe, corps étrangers du cristallin). [V. Cristallin (Lésions traumatiques).] On a noté bien exceptionnellement la cataracte due à la présence d'entozoaires dans le cristallin et à la chaleur (ouvriers forgerons, verriers).

La cataracte liée à des lésions oculaires [cataracte compliquée) revêt habituellement la forme de cataracte corticale postérieure, moins souvent de la cataracte corticale antérieure, en étoile, en rosette ou à simples lignes à

1 9 [ Cataracte.

directions variables; exceptionnellement elle est totale et, dans ce cas, clic esl liquéfiée, la capsule épaissie; sa caractéristique est en outre de rester longtemps, sinon définitivement slationnaire. Le pronostic est grave, non pas seulement parce que l'opération devient d'une exécution difficile et périlleuse, mais parce que l'acuité visuelle est compromise à un degré tel, par les lésions oculaires concomitantes, qu'il est ordinairement inutile d'opérer. L'absence de perception lumineuse, ou bien une orientation lumineuse très défectueuse indiquent assez que l'extraction ne rendrait aucun service.

Description. — Suivant que la dégénérescence atteint les fibres eristalliniennes ou la cristalloïde, ou comprend à la fois le cristallin el la capsule, la cataracte est dite lenticulaire, capsulaire ou capsulo-lenticulaire . Elle est partielle ou totale, partielle et stationnaire dans certaines cataractes telles que la cataracte polaire antérieure, la cataracte polaire postérieure, la cataracte zonulaire et d'autres cataractes liées à un état pathologique oculaire. Et suivant sa consistance on distingue encore la cataracte dure et la cataracte molle, selon qu'elle renferme ou non un noyau dur. Toute la substance peut être sclérosée, les couches corticales s'identifiant avec le noyau, toute la masse est translucide, brun foncé, noirâtre; c'est la cataracte noire. Cette apparence de transparence est avec la coloration brun jaunâtre ou noirâtre du cristallin la caractéristique de cette cataracte. Le cristallin est gros et dur, la zonule friable. La vision est très abaissée en raison de la cataracte elle-même, en raison aussi des lésions des membranes profondes qui coexistent habituellement. L'examen ophtalmoscopique laisse l'observateur perplexe. Ce n'est nullement l'aspect ordinaire de la cataracte; ici on peut apercevoir une certaine lueur et même quelques détails. Aussi devra-t-on s'entourer de précautions, dilater la pupille et éviter de croire à une hémorragie ou à un trouble du vitré. Le traitement consiste dans l'extraction, mais cette extraction peut être dif fi cul tueuse car il s'agit d'un gros cristallin mal retenu par une zonule friable. On devra s'attendre à une sortie du cristallin avec sa capsule ou à une subluxation.

A l'œil nu, la pupille ne paraît pas aussi noire qu'à l'ordinaire, elle a un reflet blanchâtre, grisâtre; à l'éclairage latéral on aperçoit des opacités avec la forme de taches, de stries grises ou blanches, et si l'on éclaire l'œil avec le miroir plan ou concave, on constate que la pupille a perdu l'aspect d'un disque rouge; ce disque est rouge dans les régions indemnes, le reste esl noir. Au début, les opacités, les taches, les stries sont discrètes, souvent elles ne sont visibles qu'à la périphérie et cachées derrière l'iris, la chambre antérieure est normale, mais au fur et à mesure que la cataracte va s'acheminer vers la maturité, l'aspect variera; le cristallin se gonfle (myopie), proémine dans la chambre antérieure qu'il diminue, prend une teinte blanc bleuâtre, un reflet soyeux, chatoyant et tant (pie les libres contiguês à la cristalloïde ne seront pas atteintes, on pourra observer l'ombre projetée par l'iris, mais, dès (pie la cal ai-acte sera mûre, cette ombre cessera d'exister, en môme temps que le cristallin devenant moins aqueux reviendra sur luimême, rendant à la chambre antérieure ses dimensions premières. C'est le moment opportun pour opérer, parce que les fibres cristalliniennes sortiront

Cataracte. 192

complètement sans laisser de masses corticales capables de former une cataracte secondaire, cl si la capsule n'est pas elle-même altérée, le résultat opératoire sera parfait. Si Ton diffère d'opérer, l'évolution de la cataracte va continuer, la dégénérescence s'accentuera, soit que les fibres renferment de la cholestérine ou des sels calcaires [cataracte calcaire ou crayeuse, ou osseuse), soit que les cellules de la cristalloïde antérieure prolifèrent (cataracte capsulo-lenticulaire), soit encore que, se ratatinant, le cristallin étire et rompe la zone de Zinn (cataracte trémulante ou tremblotante, luxation du cristallin). Et si la déshydratation s'arrête, les masses cristalliniennes deviendront liquides sans noyau (cataracte fluide ou laiteuse), ou avec un noyau qui pourra descendre dans les parties déclives (cataracte de Morgagni). Cette évolution dégénérative peut se terminer par la résorption de la cataracte; la cataracte morgagnienne est le premier stade de cette résorption qui permet parfois, sans opération, le retour à la vision : c'est la guérison spontanée, d'ailleurs exceptionnelle.

Les malades se plaignent de troubles visuels, de mouches volantes, de polyopie monoculaire et de diminution de l'acuité visuelle. Certains accusent seulement une myopie récente.

Diagnostic. — Le diagnostic ne présente en général aucune difficulté; les erreurs de diagnostic ne peuvent provenir que d'un manque d'observation. L'amblyopie seule dont se plaignent les malades jointe à un aspect à peu près normal de la pupille est la cause fréquente de cette erreur, parce qu'on néglige de faire l'examen au miroir. Le diagnostic peut être délicat lorsque la pupille apparaît presque normale ; il n'y a, à vrai dire, que la diminution de l'acuité visuelle et un aspect flou du fond de l'œil; on ne constate ni taches, ni stries; mais seulement une diminution de transparence. Dans ce cas, on instillera de l'atropine qui permettra l'inspection du cristallin jusqu'à ses limites.

La nature de la cataracte devra nous préoccuper; l'examen de l'état général, l'examen de l'urine, l'examen oculaire, la recherche de l'orientation lumineuse nous renseigneront à ce sujet.

Traitement. — Lorsque la cataracte est mûre, on devra l'opérer (extraction), à moins qu'il ne s'agisse de cataractes compliquées de lésions qui entraînent la perte définitive de la vision, ou qui nécessitent une autre opération (tumeurs) [V. Cristallin (Opérations)].

Il n'y a aucun traitement médical, ni général ni local de la cataracte. L'évolution très variable de la cataracte a pu faire croire à une amélioration ou à un arrêt sous l'influence de certaines médications. Aucune d'elles ne mérite d'être retenue. Au début, on améliore un peu la vision par le port de verres bleutés ou fumés ou par l'instillation d'un collyre faible à l'atropine. L'opération sera indiquée dès que les occupations habituelles, la lecture, seront impossibles.

Variétés. — Cataracte polaire antérieure. — Elle apparaît sous la forme d'une petite opacité blanchâtre située au niveau du pôle antérieur du cristallin. La lésion est sous-capsulaire.

On réserve le nom de cataracte végétante, cataracte pyramidale à des dépôts sus-capsulaires qui proéminent sur la capsule antérieure.

1 93 Cataracte.

Les auteurs soûl loin d'être unanimes pour la considérer comme congénitale, et due à un trouble ou à un arrêt de développement, dont la cause d'ailleurs nous échappe, ou à un processus pathologique intra-utérin. Nuel surtout la rattache à l'ophtalmie des nouveau-nés et admet cette origine même dans les cas où il n'y a pas perforation de la cornée. Lorsque celle membrane est perforée, son contact avec la capsule explique la lésion, et même en l'absence de contact, la diffusion des substances phlogogènes suflirait non seulement à produire cette lésion du cristallin, mais encore un astigmatisme cristallinien irrégulier.

Cette cataracte reconnaît pour cause exceptionnelle le traumatisme, des piqûres d'insectes, d'abeilles.

On a observé la coexistence d'une plaque précapsulaire due à la persistance de la membrane pupillaire et d'une cataracte congénitale souscapsulaire.

La vision n'est pas notablement abaissée, excepté dans les cas où la cataracte dépasse ses dimensions habituelles ou lorsqu'il y a en outre de l'astigmatisme cristallinien. Rarement progressive la cataracte polaire antérieure s'accompagne parfois d'autres lésions oculaires (restes de membrane pupillaire, irido-cyclite, colobome, strabisme, etc.).

Lorsque la vision est passable, on n'interviendra pas. Dans les cas de larges plaques sus-capsulaires, l'extraction de la plaque peut être suivie d'un bon résultat. Une iridectomie optique améliorera la vision lorsque la cataracte sous-capsulaire est un peu large.

Cataracte périnucléaire, zonulaire stratifiée. — C'est la plus fréquente des cataractes de l'enfance. Exceptionnellement congénitale, elle apparaît dans les premières années. Le rachitisme a une influence étiologique plus certaine que la syphilis héréditaire.

Presque toujours bilatérale, elle apparaît sous la forme d'un disque foncé, plus foncé vers le bord, moins foncé au centre, par lequel le fond de l'œil est parfois visible et entouré d'une zone périphérique translucide. Cet aspect s'explique par le siège des fibres cataractées; celles-ci sont, en effet, placées entre le noyau et la couche corticale périphérique plus ou moins entamée.

Lorsque le degré de saturation, d'opacité est assez léger pour permettre une vision suffisante, on fera comme pour la cataracte précédente, on - abstiendra. Dans le cas contraire, on pratiquera une iridectomie optique. L'extraction sera réservée à des cas spéciaux où l'iridectomie optique serait insuffisante.

Cataractes congénitales. — Pour certains, le terme de cataractes de V enfance serait mieux approprié, parce que la congénitalité n'est pas prouvée toujours. L'étiologie est partagée entre l'arrêt de développement «I l'inflammation de l'œil pendant la vie intra-utérine. L'influence de l'hérédité et de la consanguinité a été \ constatée souvent. Elles sont habituellement partielles et stationnaires, rarement totales et complètes (molles, dures, arides-siliqueuses). Les formes partielles revêtent des types divers : tantôt l'opacité est centrale {cataracte nucléaire, centrale, puncti forme centrale)^ tantôt elle est étoilée, ramifiée, dendritique, fusi/orme, axiale, vésimleuse, ponctuée, polaire postérieure, autant de qualificatifs qui indiquent

Cataracte. 194

assez combien ces Formes sonl nombreuses, tant au point de vue de faspecl que du siège.

Sous le nom de cataracte pigmentaire congénitale, on décril les lésions qui résultent d'une adhérence inflammatoire (jui s'est formée pendant la vie fœtale entre la capsule cl la membrane pupillaire.

Toutes les cataractes congénitales <pii s'accompagnent de vices de conformai ion graves du globe oculaire ne son! pas opérables. L'iridectomje suffît lorsque la cataracte partielle permet la vision par les parties périphériques. Dans les autres cas on fera la discision ou l'extraction. L'intervention ne doit pas être faite hâtivement, on doit attendre que reniant soit assez Agé (plusieurs mois), afin que le globe oculaire ait acquis des dimensions qui rendent les manœuvres possibles. On ne lardera pas non plus d'opérer afin de faciliter l'éducation de la rétine.

Cataracte diabétique. — Y, Diabète (Troubles oculaires.

Cataracte secondaire. — On désigne sous le nom de cataracte secondaire tout produit d'origine capsulaire ou cristallinienne ou capsulo-cristallinienne qui persiste après la disparition du cristallin, que celui-ci ait été résorbé par discision ou opéré par exfraction. Ces opacités d'origine cristallinienne peuvent résulter de la résorption ou de l'extraction incomplète des fibres cataractées, ou d'une capsule opacifiée qui est restée dans le champ pupillaire, ou bien encore d'opacités capsulaires ou intracapsulaires qui se sont produites tardivement, laissant entre l'opération et leur apparition un intervalle plus ou moins long pendant lequel .le champ pupillaire était libre et la vision bonne. Tant que l'humeur aqueuse peut pénétrer entre la cristalloïde antérieure ouverte et la cristalloïde postérieure, les débris cristalliniens qui n'ont pas été extraits pourront subir l'action de cette humeur et se résorber. Mais que les cristalloïdes viennent à s'accoler étroitement, comme cela a lieu souvent vers la région équatoriale où la cristalloïde antérieure n'a pas été atteinte dans l'extraction simple, la résorption ne se fera plus. Celte persistance de capsule ou de fibres opaques au moment de l'intervention ou encore les modifications ultérieures d'une capsule transparente, soit par plissement, soit par prolifération de l'épi thélium, ne sont pas les 'seuls éléments de la cataracte secondaire; il faut y ajouter les produits exsudatifs dus aux phénomènes inflammatoires d'origine infectieuse ou simplement traumatique qui compliquent malheureusement trop souvent l'opération de la cataracte, et aussi les altérations de la partie antérieure du vitré, partie qui loge le cristallin. C'est à cette cataracte secondaire toujours passible, quoi qu'on fasse, d'un traitement toujours périlleux et difficile, 'excepté bien entendu les cas dans lesquels il suffît d'un simple coup de ciseaux dans une membranule légère pour restituer au champ pupillaire toute sa pureté, que l'opération de la cataracte doit son pronostic réservé. Et les médecins ont tort de parler trop souvent de la bénignité de l'opération de la cataracte et de son succès presque obligatoire. Il en serait ainsi, c'est vrai, s'il suffisait d'une grande habileté opératoire, mais nous sommes à la merci du moindre incident, de la moindre infection, de la façon dont réagira un œjl dans telle ou telle diathèse, avec tel ou tel terrain, toutes conditions qui échappent souvent, soit

Catatonie.

à nos moyens d'action, soit même à notre prévoyance la plus attentive et la plus éveillée. Si tel est le pronostic réservé de l'opération de la cataracte, il esl encore plus réservé pour la cataracte secondaire. Suivant l'épaisseur de celle dernière, ses dimensions, la présence ou l'absence d'adhérences, on aura recours à la discision, à la capsulectomie, ou à l'extraction. Traitement de la Cataracte. — V. Cristallin (Opérations).

PÊCHJN.

CATARRHE SUFFOCANT. — V. Bronchite capillaire.

CATATONIE. — La catatonie est une myotonie propre à certaines psychoses, à la démence précoce en particulier. Elle a été inventée par Kahlbaum qui la considérai l comme une maladie particulière à évolution cyclique. On la regarde aujourd'hui, à juste titre, • oinine un syndrome commun à diverses aiTections. Le terme qui pour nous ne désigne qu'un symptôme musculaire, se traduisant par des attitudes figées, a reçu une plus grande extension dans le langage psychiatrique allemand, et s'applique pour certains auteurs à toutes les stéréotypies (v. c. m.).

Nous ne prendrons ici le mot que dans son sens le plus restreint, et nous ne nous occuperons que des phénomènes purement musculaires, cataleptoïdes. On peut distinguer deux formes de catatonisme, une forme active, une forme passive.

Dans la première, le malade prend spontanément des attitudes figées, dans l'autre, ces attitudes sont pron< >. aides passivement, le malade étant d'habitude immobile, sinon incric. Les deux formes peuvent coexister ou se succéder (fig. 63).

bans la catatonie active (on serait tenté «le dire volontaire, tant les attitudes paraissent voulues), le malade, tantôt agité, tantôt allant et venant d'une façon plus ou moins régulière, pin- ou moins automatique, s'arrête brusquement dans une posture singulière, incommode, compliquée; les premiers auteurs donnaient comme typique l'attitude du duelliste: souvenl le malade a l'air, en effet, de tomber en garde; ailleurs c'est "",' attitude de prédicateur, de crucifié, de boxeur ou toute autre posture souvenl très compliquée.

Fig. 63. — Catatonie dans un cas de démence précoce. La malade maintient pendant 30 minutes les attitudes imposées les plus singulières, dans un équilibre instable. ~ (Trénel).

Grimace catatonique

Catatonie. 196

Dans la catatonie passive, le malade présente en général un faciès, un maintien analogues en apparence à la stupeur, au négativisme (v. c. m.). Quand on saisit un membre et qu'on tente de lui imprimer une nouvelle position, on sent une résistance des plus variables allant d'un faible degré de flexibilitas cerea à une raideur presque invincible. Dans les cas typiques, les membres se laissent, avec plus ou moins de flexibilité, imprimer tous les mouvements passifs que l'on veut, et restent dans les positions les plus vicieuses que l'on puisse imaginer, les plus gênantes, les plus contraires même à l'équilibre. Dans le cas le plus caractéristique que nous ayons jamais rencontré, l'attitude imposée, quelque invraisemblable qu'elle fût, était maintenue 28 minutes, après quoi la malade se laissait écrouler ; cette malade conservait, indéfiniment peut-on dire, des attitudes plus simples, compatibles avec le maintien de l'équilibre. Certains malades, manifestement catatoniques et absolument malléables d'ailleurs, ne se laissent cependant pas imposer des postures ridicules, comme de faire un pied de nez, ou malséantes, comme de se laisser découvrir les organes génitaux. Il est donc utile de rechercher le degré de conscience que conservent parfois les malades sous le masque de la stupeur la plus complète. Celte résistance (non négativiste) peut cesser par des essais répétés.

Est intermédiaire aux stéréotypies et à la catatonie la démarche qu'affectent certains malades : tel a l'air de marcher sur des œufs ; tel autre fait l'exercice à la prussienne; un troisième fait plusieurs pas en avant, puis plusieurs en arrière avec la plus grande régularité, ou tourne sans cesse autour du même arbre, ou danse, sautille successivement de la même façon. Ces allures singulières se combinent fréquemment avec la catatonie vraie. Les catatoniques de cette catégorie ont une tendance à imiter d'une façon automatique les gestes qu'ils voient faire devant eux (échopraxie) (v. c. m.).

Si la catatonie est plus évidente au niveau des membres, elle se manifeste aussi à la face. La figure reste sans expression : la myotonie s'y montre dans des grimaces, on ne peut dire des expressions du visage, car ces jeux de physionomie sont incohérents, contradictoires, ne répondent à aucun sentiment ; ce sont des moues singulières, des froncements des lèvres, le geste du baiser, des clignements, des froncements de sourcils. Habituellement, chaque malade a son faciès propre, stéréotypé.

La catatonie s'accompagne souvent de symptômes satellites, secondaires. Le dermographisme (Séglas) (v. c. m.) y est fréquent, presque constant, clans tous ses modes. L'état des réflexes est variable, et le résultat de l'examen diffère suivant les jours chez le même malade, la raideur étant plus ou moins variable elle-même. On peut admettre que les réflexes tendineux sont plutôt un peu exagérés.

La sensibilité est obtuse sans être abolie ; mais souvent la réaction aux impressions douloureuses n'est pas manifestée, quoique la douleur soit ressentie. Les troubles pupillairesne consistent guère qu'en paresse pupillaire; la pupille est souvent dilatée, les malades regardant dans le vague, sans fixer. Je n'insisterai pas ici sur les troubles très caractéristiques du langage et de l'écriture, qu'on retrouvera à l'article Démence précoce (v. c. m.).

On ne peut dire actuellement qu'il y ait des réactions électriques propres

Catatonie.

à la catatonie. Leur élude est encore trop incomplète, et n'a pas donné de résultats utiles à retenir ici.

Nous avons pris pour type la catatonie de la démence précoce. Des symptômes analogues se rencontrent, exceptionnellement d'ailleurs, dans la paralysie générale et plutôt chez la femme; parfois aussi, dans certains cas de mélancolie : nous l'avons vue très nette dans quelques mélancolies séniles. Elle n'y offre pas de caractère bien spécial, si ce n'est qu'elle est, en général, seulement ébauchée. Dans les délires consécutifs aux intoxications, elle se rencontre avec une certaine fréquence, en particulier dans l'urémie ; elle v est habituellement transitoire, affecte la forme purement passive, et ne

Fig. 64. — Catatonie sénile, transitoire. Attitude extatique (Trénel).

comporte pas d'attitudes compliquées. Elle est certes alors à rapprocher de la tétanie, il n'y a pour ainsi dire entre les deux symptômes que la différence du tonisme au tétanisme.

Il est d'ailleurs à remarquer que comme la tétanie, la catatonie est peutêtre due à des troubles du fonctionnement des glandes à sécrétion interne.

L'évolution de la catatonie est liée à la maladie dont elle est symptôme : elle figure une des phases de la démence précoce (v. c. m.) ; dans la paralysie générale, où nous l'avons vue succéder à des attaques, elle est transitoire (fig. 64); dans la mélancolie, dans les intoxications, elle n'est qu'un épisode, parfois terminal dans celles-ci.

Le diagnostic de la catatonie est facile en général, il se fait par la constatation même du symptôme. On ne la confondra guère qu'avec la catalepsie (v. c. m.). Elle n'a de commun avec celle-ci que la flexibilité cireuse; elle se rencontre dans de toutes autres circonstances, et ne s'accompagne pas de la série des symptômes d'hystérie que l'on provoque facilement dans la catalepsie hystérique.

Elle peut être confondue avec les attitudes voulues se produisant sous l'influence d'idées délirantes ou d'idées fixes; dans ces cas, on rencontre une

Cécité. 198

opposition, un négativisme qui n'est pas celui de la catatonie et qui est parfois insurmontable. J'ai observé une fillette qui se tenait constamment sur une jambe, l'autre jambe étant tenue fléchie, et cela soit debout, soit au lit; cette attitude d'apparence catatonique était invincible. Dans la suite, on reconnut, par une phrase de la malade, qu'elle se tenait ainsi pour que ses vêtements ne touchent pas ses organes génitaux.

Il existe aussi une stupeur à forme catatonique curable.

Le pronostic de la catatonie a été très discuté. En définitive, si dans la majeure partie des faits, elle est fonction de la démence précoce, parfois elle accompagne des psychoses d'intoxication, des confusions mentales curables, auxquelles elle n'imprimerait pas un pronostic particulièrement grave. En tous cas, le symptôme n'autorise pas par lui seul le diagnostic de démence précoce. Dans les auto-intoxications, il n'a pas de signification pronostique propre, et il y est en général transitoire. m. TRÉNEL.

CATHÉTÉRISME. — V. Urètre, Oreille, Œsophage, etc.

CAVALIERS (OSTÉOSES DES). — V. Myosites.

CECITE. — La cécité est l'absence ou la perte de la vision. Peu importe que subsiste ou non la perception lumineuse. La conservation de celle-ci signifie que les éléments rétiniens reçoivent encore l'impression de la lumière ; c'est un élément de diagnostic et de pronostic de l'affection qui a déterminé la cécité; elle est une indication opératoire; tout au plus capable de donner quelqu'espoir à l'aveugle, elle ne peut fournir la moindre vision utilisable.

L'abaissement de la vision peut être plus ou moins grand, il peut être considérable et confiner à la cécité; mais même dans ce dernier cas il ne s'agira pas de cécité proprement dite. Tant qu'il subsiste une parcelle de vision, qui peut dire que celte vision, si minime soit-elle, n'est pas utilisable. L'application de la loi sur les accidents du travail a exigé qu'on apportât quelque précision sur l'incapacité due à l'affaiblissement de la vision, et tel sujet qui par cet affaiblissement est incapable d'apprendre un métier nécessitant l'application de la vision, ou qui cesse de pouvoir l'exercer, peut être considéré comme aveugle. Au point de vue de l'assistance, ce sujet est un aveugle, puisqu'il ne peut vivre du fruit de son travail. C'est la cécité professionnelle.

Étiologie. — La cécité est monoculaire ou binoculaire. Monoculaire, elle est souvent la conséquence du traumatisme (accidentel ou obstétrical) de l'œil, de l'orbite, du crâne ; la cécité binoculaire survient généralement à la suite de maladies générales.

L'hérédité individuelle, l'hérédité de famille ou la consanguinité expliquent par une tare physique quelconque la tératologie oculaire, les malformations entraînant la cécité, certaines atrophies optiques avec ou sans déformation cranio-cérébrale, l'idiotie amaurotique, certaines chorio-rétiniles pigmentaires, évoluant dès la naissance, ou tardives; la rétinite ponctuée albescente, la dégénérescence familiale et progressive de la région maculaire.

199 Cécité.

Les causes héréditaires des affections oculaires qui se terminent souvent par la cécité sont les mêmes processus morbides, les mêmes tares que nous trouvons en pathologie générale et qui modifient ou troublent l'évolution de l'être dans ces phases embryonnaire et fœtale. L'être naissant peut n'être qu'en puissance de ses tares qui ne manifesteront leur effet que tardivement; et c'est ainsi que nous voyons des affections du nerf optique et de la choriorétine, des atrophies optiques, chorio-rétinites pigmentaires, apparaître seulement vers l'âge de !20 à 50 ans, avec un caractère familial ou héréditaire qui ne laisse aucun doute sur leur origine. On note fréquemment chez les parents la syphilis, l'alcoolisme et la tuberculose.

La cécité est la terminaison de nombre d'affections oculaires de nature infectieuse. Parmi celles-ci figurent en bonne place l'ophtalmie des nouveau-nés, et surtout la conjonctivite gonococcique et la conjonctivite granuleuse. Nombreux sontles enfants qui perdent totalement ou partiellement la vision d'un œil, à la suile de manifestations oculaires rubéoliques ou postrubéoliques, ou impétigineuses.

Toutes les infections peuvent donner lieu à la cécité ; elles se propagent par voie exogène ou endogène (ophtalmie métasta tique).

Fréquentes sont les cécités par intoxication; on connaît notamment les méfaits de l'alcool, du tabac, du plomb, du sulfure de carbone, de l'arsenic, de l'iodoforme, etc..

La cécité par suite d'hémorragie chorio-rétinienne arrive parfois dans l'anémie pernicieuse, dans la leucémie, l'arthritisme, la goutte et aussi dans certaines affections vasculaires chorio-rétiniennes encore mal déterminées. Elle est assez fréquente dans le diabète, l'albuminurie, l'urémie. On l'a observée dans la coqueluche, à la suite d'hémorragie chorio-rétinienne et de décollement rétinien consécutif, clans les rhumatismes infectieux avec métastases oculaires. Elle est la terminaison, constante des néoplasmes oculaires, fréquente des néoplasmes cérébraux, des tumeurs de l'épiphyse et de l'hypophyse; elle peut survenir dans le goitre exophtalmique et la lagophtalmie à la suite de lésions cornéennes, dans le myxœdème par lésions neurorétiniennes, dans la neurofîbromatose, la maladie de Recklinghausen par lésion du nerf optique. Elle est fréquente aussi dans le tabès, la paralysie générale, la sclérose en plaques et les processus cérébraux compliqués d'hydrocéphalie. On l'a observée dans la maladie de Parkinson, dans la paralysie ascendante aiguë, la syringomyélie. Elle est la terminaison habituelle de l'ophtalmie sympathique et du glaucome. La myopie, par ses complications choroïdienne et le décollement rétinien la provoquent souvent.

La cécité est la conséquence des graves lésions cornéennes, telles que : opacités congénitales et totales, larges leucomes, staphylomes opaques, kératomalacie, pemphigus, kératite trachomaleuse, des lésions du tractus uvéal et notamment des irido-cyclites avec séclusion pupillaire, des choriorétinites avec lésion maculaire, des tumeurs du tractus uvéal de la panophtalmie, des infections du vitré, des entozoaires sous-réliniens du vitré; des lésions graves de la rétine (hémorragie, décollement, gliome, certaines rétinites et chorio-rétinites) et notamment les chorio-rétinites diabétiques,

Cécité. 200

albuminuriques et syphilitiques, la rétinite maculaire atrophique, les dégénérescences graisseuse el kystique de la rétine, les névrites et atrophies optiques, el enfin les lésions cérébrales qui atteignent les voies optiques (cuneus, radiations optiques de Gratiolet, bandelettes ei chiasma).

A ces lésions oculaires proprement dites el aux lésions des voies optiques capables de se terminer par la cécité, il faut ajouter certaines affections orbitaires telles que phlegmon, thrombophlébite dans les cas exceptionnels où. des complications crâniennes n'entraînent pas la mort, kystes, certaines affections des fosses nasales et de l'elhmoïde, du sphénoïde, du sinus frontal, du sinus maxillaire, toutes les affections enfin qui se terminenl par atrophie ou phtisie du globe.

La cataracte est une cause de cécité, mais cécité temporaire, car l'extraction de la cataracte réussit généralement à rendre au moins une vision très utilisable.

Attitude des aveugles. — Les aveugles qui ont perdu la vision lentement, progressivement, qui ont utilisé, usé jusqu'au bout le moindre vestige de vision avant d'entrer définitivement dans les ténèbres, gardent en général l'attitude de fureteurs qu'ils avaient contractée lorsqu'ils étaient plus ou moins privés de lumière. Au contraire, les aveugles-nés ou ceux qui ont subitement perdu la vue, et qui n'ont pu utiliser les restes d'une vision qui va en s'éteignant sans cesse, tiennent la tête droite, et même renversée en arrière comme s'il recherchaient la lumière dans les cieux.

Suppléance de la vue par les autres sens. — Nos sens se prêtent un appui mutuel, et dans ce concours harmonieux il est difficile de préciser la part apportée par chacun d'eux. Et le but étant facilement atteint, chaque sens ne s'efforce pas de donner tout ce qu'il peut, puisque ce qu'il donne est largement suffisant. Mais qu'un sens vienne à manquer, les autres devront pour le remplacer fournir une plus large contribution. Et voilà pourquoi l'aveugle a le sens tactile, l'ouïe, l'odorat, le goût très développés, non pas que ce développement soit fait par surcroît, mais parce qu'une certaine puissance virtuelle de ces sens est devenue apparente, s'est utilisée, s'est développée en raison de la fonction et a pu atteindre ainsi à une grande délicatesse et une finesse parfaite. L'ouïe surtout rend grand service aux aveugles; ils entendent le vide et le plein. On peut voir dans les cours de l'Institution nationale les aveugles courir sans se heurter aux arbres.

Constitution physique; psychologie de l'aveugle. — S'il n'est entouré de personnes qui veillent à son éducation physique, l'aveugle, souvent de constitution délicate, prend peu d'exercice; il aime le repos et la tranquillité. Sa vie est généralement calme et ordonnée. Il est probe, honnête, tenace, méthodique, appliqué. Il réfléchit beaucoup, et s'il a du jugement, ses conseils seront très appréciés. Son égoïsme n'est qu'apparent; mais comment ne se préoccuperait-il pas de lui, puisqu'il se sent constamment sous la dépendance d'autrui? Il est capable des plus nobles sentiments, des pensées les plus élevées et du plus grand dévouement.

On parle beaucoup de la tristesse des aveugles ou de la tristesse encore plus grande ou moins grande des sourds. L'appréciation d'Alfred de Vigny, dans Stello, nous paraît la vraie : « Si le sourd nous semble toujours som-

J(H Cécité.

bre, c'est qu'on ne Le voit que dans le moment de la privation de la parole dos hommes; et si l'aveugle nous paraît toujours heureux et souriant, c'est que nous ne le voyons que dans le moment où la voix humaine le console. » Los aveugles instruits, érudits,qui peuvent s'adonner à des travaux intellectuels el se rendre utiles savent trouver des satisfactions qui font défaut aux aveugles moins privilégiés. Et parmi ces derniers, il en est beaucoup qui - adonnent à des travaux manuels, s'intéressent à leurs métiers et se font une vie acceptable. Il en est même dont le «saut dans la nuit» n'a pu altérer la sérénité de l'âme. Mme Galeron de Calonne, aveugle et presque complet einenl sourde depuis l'âge de 5 ans, auteur de jolies poésies, a écrit :

Je ne la vois plus la splendeur des roses, Mais le ciel a fait la part à chacun. Qu'importe l'éclat? J'ai l'àme des choses; Je ne la vois plus la splendeur des roses, Mais j'ai leur parfum.

Je ne le vois pas ton regard qui m'aime, Lorsque je le sens sur moi se poser.

Qu'importe ! un regret serait un blasphème. Je ne le vois pas ton regard qui m'aime, Mais j'ai ton baiser.

A côté de ces âmes bien trempées, il en est d'autres privées de ressort qui se désolent et se lamentent. Les aveugles tristes se rencontrent de préférence chez ceux qui sont devenus aveugles, mais beaucoup, parmi ces derniers, s'adonnent à la science ou à la musique ou à un métier et vivent heureux. Quant aux aveugles-nés, on peut dire qu'ils sont gais. Outre qu'ils n'ont pas à déplorer la perte d'un bonheur qu'ils n'ont pas connu, ils ont une certaine insouciance, et se rendent moins compte que les voyants des difficultés de la vie que chacun s'efforce de leur rendre agréable.

Éducation, Régime et Assistance des Aveugles. — Lorsque la cécité est imminente et qu'aucun traitement ne saurait la conjurer, rien ne sert à leurrer le malade; et on doit l'avertir de son sort. C'est un service à lui rendre que de le mettre aussitôt que possible à même de se préparer à la nouvelle vie qui l'attend, et cet apprentissage gagnera à être fait pendant qu'il Subsiste encore quelque vision. Au seuil de la cécité, il y a mieux à faire que d'entretenir par des traitements, quelqu'anodins soient-ils, une illusion qui va être perdue.

L'aveugle doit s'efforcer d'échapper à la dépendance et à la servitude qui pèsent -m- lui : et les personnes qui l'entourent doivent l'aider à atteindre ce but. L édiieation morale, jointe autant que possible à l'éducation intellectuelle, lui donnera des satisfactions de cœur et d'esprit; heureux s'il peut y ajouter quelque philosophie.

On développera tous les moyens pour mettre l'aveugle en correspondance avec les voyants. On lui apprendra la lecture et l'écriture Braille. Souhaitons que ce système s'étende bientôt à une langue universelle comme l'Espéranto, •l"1 sérail de la plus grande utilité pour les aveugles. M. Ernest Vaughan a imaginé un système d'imprimerie portative bien fait pour faciliter les rapports entre aveugles el clairvoyants. Ces caractères portent à une extrémité

Cécité. 202

une lettre en Braille el à l'autre la lettre latine correspondante. L'aveugle écrit au clairvoyant en caractères usuels et le clairvoyant écrit à l'aveugle en caractères de l'alphabet Braille. Grâce à ce système, il n'est nul besoin de secrétaire, d'intermédiaire; la correspondance entre clairvoyanl el aveugle est directe.

La dactylographie est aussi un excellent moyeu pour répondre aux clairvoyants.

La lecture Braille est lente; aussi devra-t-on, autant que possible, faire à l'aveugle la lecture à haute voix.

Suivant son intelligence ou son milieu social, l'aveugle sera dirigé vers les éludes scientifiques, musicales, ou l'apprentissage du métier qui lui <isl accessible, ou laissé aux occupations domestiques dont il s'acquitte en général fort bien.

L'aveugle intelligent peut acquérir une grande instruction. Sans remonter à Homère dont la cécité, comme l'existence d'ailleurs, est contestée, on peut citer quelques illustrations. Dans les temps anciens, quelques aveugles se sont tellement distingués que leurs noms doivent passer à la postérité. Ce sont, pour les lettres: en Italie, Landini ; dans les Pays-Bas, Nicaise, Fernandus, Correntier; en Allemagne, Schoenberg, Weissembourg ; en Ecosse, Blacklock; en Autriche, Mlle Paradis; en Angleterre, Mil ton ; en France, Malaval, Mlle de Salignac et Augustin Thierry. Ce dernier, frappé de cécité au milieu de sa carrière d'historien, n'arrêta pas ses travaux pour cela, et put même composer plusieurs ouvrages nouveaux : « Récits mérovingiens, Monuments de l'Histoire du Tiers-État, Histoire de la formation et des progrès du Tiers-Etat. » Dans les mathématiques, Saunderson s'est fait un grand nom en Angleterre ; en France, nous avons Commiers et Penjon. Penjon, aveugle dès l'Age de 18 mois, mérite une notice spéciale. Après avoir obtenu le premier prix de mathématiques spéciales au lycée Charlemagne et le second au concours général des lycées de Paris, il fut professeur successivement à l'Institution nationale des aveugles, puis à l'Ecole des Mines, enfin chargé de la classe de mathématiques au lycée d'Angers pendant 16 ans. La France a eu un entomologiste célèbre, François Huber. Devenu aveugle à 17 ans, il a pu étudier les mœurs des abeilles avec le secours de sa femme Aimée Lullin et de François Burnens, son domestique et publier ses travaux sous le titre de «Nouvelles observations sur les abeilles». L'Italie a eu pour musicien Frizzeri; l'Espagne, Salinas Cabezon et Fuellana; l'Angleterre, Stanley; l'Allemagne, Paumann ; les Pays-Bas, Brooman. Rodenback a été un parlementaire très distingué en Belgique et Fawcett en Angleterre. Le musée d'Insbruck possède des œuvres du sculpteur tyrolien Kleinhans. Kennedy était un habile fabricant de cornemuses en Irlande; Kœferli avait une réputation comme fabricant d'instruments de musique en Wurtemberg. Actuellement Auguste Romagnoli, docteur es lettres de l'Université, est professeur à Bologne. En France, Albert Léon, agrégé, docteur es lettres de l'Université de Paris, professe avec distinction la philosophie au lycée de Bayonne, après avoir laissé le souvenir d'un excellent professeur aux lycées de Périgueux el de La Roche-sur-Yon. Yilley, docteur es lettres, est professeur à la Faculté de Glermont-Ferrand. Est-il besoin de

203 Cécité.

faire suivre cette tète de liste des nombreux élèves de l'Institution nationale qui arrivent au baccalauréat, aux brevets supérieurs et élémentaires et qui ont obtenu des récompenses au Conservatoire? Ces résultats sont dus à la science el au dévouement admirable des professeurs de l'Institution. Quels beaux exemples que ceux de ces hommes qui montrent une énergie inlassable, n'ont pas la moindre défaillance, et arrivent à leurs fins malgré des difficultés sans nombre et sans cesse renaissantes !

On veillera aux soins de propreté de l'aveugle, principalement de ses mains qu'il pose partout et qu'avec raison il n'enveloppe pas de gants, de ses vêtements et en général à son hygiène. La gymnastique de chambre est très indiquée.

L'aveugle gagnera en facilité, en commodité, de rester toujours dans le môme appartement ; le moindre changement bouleverse ses habitudes. Il faut que tout soit disposé de telle sorte qu'il trouve chaque chose toujours à la même place. Une fine baguette l'avertira des obstacles.

On ne doit rien négliger pour donner du plaisir à l'aveugle ; aussi soignera-t-onses repas, et l'on s'ingéniera à trouver mille moyens pour arriver à le faire manger seul et proprement, à savoir profiter du secours que peuvent lui donner ses voisins de table et à mettre ces derniers à une contribution habituelle. L'aveugle pourra ainsi accepter des invitations en ville et en retirera un grand plaisir.

Avec un conducteur les promenades seront faciles. 11 y a bien des recommandations à faire à un conducteur pour qu'il devienne habile ; il sera parl'ail si à l'habileté il joint le tact. Sans conducteur la promenade est possible pour un aveugle qui en a pris l'habitude. Nous avons tous vu des aveugles qui suivent tranquillement le trottoir à l'aide d'une canne qui les renseigne ; leur attitude les désigne aux passants qui leur laissent la route libre, et au besoin facilitent leur trajet lorsqu'ils demandent à être «traversés». Cet aide du passant est indispensable dans les endroits très fréquentés et où la circulation des automobiles est active. Avec un conducteur, le tricycle tandem permet des promenades longues, fréquentes, agréables, et assure un exercice salutaire, meilleur que la promenade à pied.

Si l'aveugle en a les moyens, il peut entreprendre des voyages seul; il trouvera des aides complaisants dans le personnel des chemins de fer et des bateaux ; dans certaines grandes villes, il y a des hôtels pour aveugles. Ces voyages fortifient la confiance de l'aveugle en soi.

La question de mariage peut se poser pour l'aveugle. A noire avis, l'aveugle fera bien de ne pas se marier; si la cécité est due à la conjonctivite purulente ou à un traumatisme, il n'y a nul danger d'hérédité; mais même dans les autres cas, il vaut mieux s'abstenir. Et puis, si certains mariages se présentent dans des circonstances très favorables, ils seront exceptionnels, alors que dans la majorité des cas l'aveugle, homme ou femme, et surtout la femme, aura toujours les ennuis, les soucis et les tracas du ménage. L'aveugle pourra, il est vrai, escompter les joies de la famille, mais il peut aussi avoir de graves mécomptes; ces joies, s'il est assez privilégié pour les posséder quelque temps, ont mille occasions de disparaître, elles peuvent même faire place au chagrin en cas d'accident, de maladie ou de

Cécité verbale (Alexie). 204

mort de l'un des siens. Mieux vaut pour l'aveugle vivre libre; il trouvera, dans certaines communautés, pensions ou associations, tous les éléments de tranquillité qu'assure le célibat.

Pour les aveugles pauvres on a créé l'assistance parles écoles, les ateliers, les hospices, les pensions viagères ; des bourses communales, départementales ou nationales, qui permettent aux aveugles de payer les allocations réclamées dans les établissements qui les reçoivent, et depuis 188 i fonctionne à Paris l'association Valentin Haûy dont le but est de seconder et d'unir les personnes et les œuvres qui s'occupent des aveugles, d'étudier, de propager et d'appliquer tout ce qui peut concourir à leur instruction, à leur éducation, à leur patronage, et de vulgariser la prophylaxie de la cécité. Des groupes régionaux sont en Aoie d'organisation en province. PËCHIN.

CÉCITÉ VERBALE (ALEXIE). — Cette cécité consiste dans un trouble de la lecture, rarement isolé, monosymptomatique (alexie pure). La lecture mentale et à haute voix sont plus ou moins difficiles, pénibles ou même impossibles. Les malades ne peuvent plus lire du tout ou lisent avec des pauses, en se lamentant ou en demandant aux personnes présentes leur avis sur ce qu'ils lisent avec hésitation et difficulté. L'écriture spontanée est correcte, mais le malade ne peut se relire; correcte aussi l'écriture sous dictée, mais il n'en est pas de môme, bien entendu, de la copie.

Le plus souvent, elle est accompagnée d'autres symptômes d'aphasie, d'une légère paraphasie, de difficulté à comprendre ce que l'on dit, d'un amoindrissement intellectuel, non global, mais spécialisé et portant sur les choses apprises de façon didactique. L'alexie est due à une lésion dans le territoire de l'artère cérébrale postérieure, au niveau des lobules lingual et fusiforme, alors que dansles autres aphasies dites de Broca et deWernicke, c'est l'artère sylvienne qui est en cause. Cette lésion peut, à la rigueur, se limiter assez pour ne donner lieu qu'à l'alexie dite pure, mais ce type théorique possible est bien rare; le plus souvent la lésion a intéressé suffisamment la zone du langage (zone de Wernicke, zone intellectuelle), pour donner lieu à d'autres symptômes, qui formeront des types très variables d'aphasie, et de déficit de la compréhension du langage parlé, aussi variables que le seront eux-mêmes l'étendue des lésions et la distribution des artères.

Le siège primitif des lésions occupe les fibres de la zone visuelle, aussi l'hémianopsie latérale homonyme droite est-elle, sinon constante, du moins très fréquente (V. Aphasie).

Le traitement local est nul, puisque l'œil lui-même est hors de cause. On fera le traitement indiqué par l'affection générale.

Cécité verbale congénitale. — Typhlolexie congénitale. (TucpXôç, aveugle; Xéfo, mot). — Des enfants doués de facultés intellectuelles normales, bien développés physiquement, sans lésions oculaires, se font remarquer par leur extrême difficulté à lire; et s'ils sont déjà un peu grands, ils épellent et ânonnent en lisant comme s'ils avaient cinq à six ans. Capables d'articuler les mots, ils ne peuvent apprendre leurs leçons qu'autant qu'on les leur a répétées. Ils sont plutôt des auditifs que des visuels. Certains lisent aisément les chiffres, calculent bien, font des opérations arithmétiques. Ils

205 Ceinture abdominale.

ne sont pas dégénérés, arriérés, ils onl le développement psychique de leur âge. La mémoire visuelle pour les autres objets que pour les mots imprimés est bien développée. Aussi les médecins anglais qui ont décrit cette affection emploient-ils pour la désigner l'expression de « congénital blindness for words » (cécité congénitale pour les mots imprimés). Ces enfants peuvent dessiner de mémoire. On a noté plusieurs cas dans la même famille. L'intégrité des facultés mentales n'est peut-être pas absolue, car cette même infirmité a été constatée chez des enfants atteints de débilité mentale, achondroplasiques.

On suppose, en l'absence d'examens anatomiques, qu'ils'agit d'un trouble cérébral par insuffisance de développement ou de fonctionnement d'un centre nerveux correspondant à celui qui est lésé dans la cécité verbale (centre visuel, au niveau des lobules lingual et fusiforme et s'étendant plus ou moins dans la substance blanche avoisinante et atteignant la zone du langage).

Cet état est susceptible de s'améliorer par une éducation persévérante commencée aussitôt que possible. Hinshelwood conseille l'emploi de lettres en relief pour que le sens du toucher puisse venir en aide à la mémoire visuelle des mots. On stimulera aussi l'attention de ces enfants par des livres imprimés en gros caractères, illustrés. PÊCHIN.

CEINTURE ABDOMINALE. — La ceinture abdominale doit avoir pour rôle essentiel de suppléer la paroi de l'abdomen dont l'action physiologique a été affaiblie ou est rendue insuffisante par le fait d'une distension ou d'un traumatisme.

Qualités que doit présenter toute ceinture abdominale. — Le but à atteindre étant ainsi défini, il est facile de comprendre que toute ceinture abdominale, pour être véritablement utile et non nuisible, doit être élastique. Ainsi que l'a justement dit Tillaux : avec ces fibres musculaires, verticales, transversales et obliques en sens divers, le tout compris entre des lames fibreuses résistantes, la paroi de l'abdomen n'est autre chose, en effet, qu'une ceinture élastique, contractile. Toute ceinture devra donc être constituée en totalité ou partiellement par du tissu élastique. Quand le tissu élastique est partiel, il doit être réparti sur les parties latérales de la ceinture. Sauf exception, la ceinture abdominale qui donne les meilleurs résultats, est celle qui contient et du tissu élastique et du tissu inextensible.

Indications. — Dans certains cas de ventre plat ou excavé, et où cependant une pression ou une contention est nécessaire particulièrement au niveau de la ligne médiane, un capiton médian doublant la face interne peut rendre grand service.

La ceinture dite ceinture-maillot, ne renfermant que du tissu élastique renforcé à sa partie inférieure, ne doit être conseillée que dans des cas bien déterminés et particulièrement dans les cas où l'utérus hypertrophié est en an té version très prononcée.

On peut dire, d'une façon générale, que toute laparotomie commande l'usage de la ceinture abdominale.

Il est une autre indication extrêmement fréquente : c'est l'insuffisance de

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la paroi abdominale après L'accouchement. Chez nombre de femmes, deux ou trois mois après l'accouchement, alors que L'utérus ayant accompli son involution, esl redevenu organe pelvien, la paroi abdominale distendue parla gestation, ne revient pas sur elle-même. Elle reste plus ou inoins flasque, et en particulier, les muscles droits restenl distants l'un de l'autre dans la région ombilicale. C'est ce qui constitue Vécartement de la ligne blanche.

Dans ces conditions, pour peu que dure cet état. Les ptôses des viscères abdominaux ne lardent pas à se produire : rein mobile, entéroptose, etc. Il en résulte alors des troubles fonctionnels parmi lesquels prédominent surtout les dyspepsies gastro-intestinales, les vertiges et tout le cortège symptomatique aboutissant à la déchéance nutritive, à la misère physiologique. Dans ces cas, une ceinture abdominale bien conditionnée, bien appliquée et dont l'action est judicieusement surveillée, donne presque toujours un résultat excellent.

La ceinture doit être portée aussi longtemps que l'insuffisance de la paroi esl constatée. Recherche facile en interrogeant avec la pulpe des doigts la ligne blanche, au moment où la femme passe du décubitus dorsal et horizontal à la station assise.

La ceinture abdominale peut encore être utile chez tous ceux qui demandent à leur paroi une activité fonctionnelle intense et répétée : les lutteurs, certains ouvriers et les individus qui se livrent à l'exercice de l'équitation.

Ceinture eutocique. — V. Version par manoeuvres externes.

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