COLD-CREAM
Blanc de baleine 00 grammes.
Cire blanche 50
Huile d'amandes 215 —
Eau distillée de rose 60 —
Teinture de benjoin 15 —
Essence de rose X gouttes.
faites liquéfier la cire et le blanc de baleine dans l'huile au bain-marie. Coulez dans un mortier en marbre chauffé et agitez jusqu'à refroidissement. Ajoutez l'essence de rose, puis incorpore/., par petites parties, le mélange d'eau et de teinture de benjoin préalablement passé à travers un linge (Codex).
Coliques. 55 i
COLIQUES. — Le mol coliques est un lerme générique don! le sens, autrefois restreint à l'idée de douleur accompagnanl les maladies <lu gros intestin et du côlon, s'esl étendu peu à peu à toutes les douleurs des conduits contractiles (Brissaud). C'est ainsi qu'on parle de coliques hépatiques on néphrétiques, de coliques utérines, cl même de colique salivaire, le terme de colique ayant dès lors la signification de douleur traduisant la contraction musculaire du tube intestinal ou d'un autre conduit contractile cl ayant pour but l'évacuation de son contenu (calcul, matières fécales, etc.). Toutefois, en clinique, le mol coliques reste plus spécialement appliqué à des douleurs ayant leur siège dans l'abdomen, douleurs vives, mais de durée le plus souvent limitée, el s'accompagnant d'irradiations multiples.
Les coliques intestinales sont les plus fréquentes el les plus typiques. Elles sont perçues toutes les fois que les contractions péristaltiques de tout ou partie du tube intestinal sont exagérées. Elles consistent dans des douleurs vives avec sensation de déchirure, de torsion qui nécessitent parfois un repos absolu avec flexion des cuisses, elles se calment par la chaleur, une compression énergique, etc., souvent aussi par l'évacuation de matières. Elles peuvent s'accompagner de pâleur, d'anxiété, de refroidissement des extrémités, de sueurs froides, etc.; quelquefois existent simultanément des vomissements ou de la diarrhée. Elles apparaissent dans des conditions éliologiques multiples. Elles sont un symptôme habituel des entérites aiguës ou chroniques, qu'il y ail diarrhée ou constipation; dans Yentérite membra* neuse avec constipation habituelle, l'expulsion de muco-membranes est souvent précédée de douleurs vives. La dysenterie et les affections inflammatoires de l'intestin, l'appendicite, les péritonites de causes diverses s'accompagnent fréquemment de coliques. Elles ont une intensité particulière dans Y obstruction intestinale, quel que soit son siège, l'obstacle à la circulation du contenu intestinal provoquant au-dessus de lui une contraction péristallique énergique et douloureuse revenant par accès : c'est la colique de miserere. La colique n'est d'ailleurs pas toujours provoquée par la nécessité d'expulser des matières, el les seuls gaz intestinaux suffisent à déterminer des coliques fort douloureuses, calmées par leur expulsion [coliques venteuses); il en est souvent ainsi lors de péritonite du fait de la parésie intestinale provoquée par celle-ci. Souvent les coliques, malgré leur intensité, ne sont accompagnées d'aucune expulsion de matières (coliques sèches) ; c'est dans de tels cas que fréquemment on observe des coliques de l'orifice anorectal, êpreintes souvent fort pénibles.
La colique saturnine (v. c. m.) représente un type de colique intestinale d'origine toxique, s'accompagnanl, sauf exception, de constipation et non de diarrhée, et ne cessant que lorsque celle constipation esl vaincue; c'est à ce type morbide que doivent être rattachées les coliques, autrefois considérées comme particulières, el décrites sous les noms de colique de Poitou, <-<di</ut' de Normandie, colique des vaisseaux, etc. Dans d'autres coliques toxiques, celles que provoquent l'intoxication hydrargyrique, ou l'intoxication arsenicale, ou l'intoxication stibiée, c'est au contraire la diarrhée qui s'observe, revêtant parfois l'aspect cholériforme.
C'est la localisai ion de la douleur maxima qui permet de distinguer, des
555 Coliques-
coliques intestinales à douleur objective de siège variable, souvent diffuse, les antres coliques viscérales. La colique appendiculaire, le plus souvent symptomatique de la péritonite localisée péri-appendiculaire, et non de la migration de scybales ou de calculs à l'intérieur de l'appendice, se reconnaît à la prédominance de la douleur au point de Mac-Burney, el à la défense pariétale qui l'accompagne; souvent elle s'accompagne simultanément de coliques intestinales vives (V. Appendicite).
La colique hépatique, la colique néphrétique ont leurs points douloureux spéciaux (v. ces mois); les coliques utérines, les coliques salpingiennes, par leur siège pelvien, par les signes associés, sonl en général assez vile distinguées des coliques intestinales; elles peuvent êlre 1res vives, notamment celles qui précèdent l'avortement ou l'accouchement et on connaît l'intensité de certaines tranchées utérines; elles peuvent êlre fréquemment répétées el revenir notamment tous les mois, avec le début des règles (coliques menstruelles).
Une place à part doit èlre faile aux coliques nerveuses parmi lesquelles on range la colique hystérique accompagnant certaines crises, et rapprochée justement de la boule œsophagienne, la colique spasmodique ou convulsive, qui semble une variété de la précédente, certaines coliques flatulëntes par pneumalose intestinale due au tympanisme hystérique.
Diagnostic. — Le diagnostic des coliques consiste non à les reconnaître (tout au plus a-t-on à les distinguer de Yentéralgie de certaines entérites ; la douleur est alors plus sourde et plus continue) mais à en préciser la cause. Il faut d'une part penser à l'appendicite ou à toute autre cause péritonéale, el pour cela toujours examiner l'abdomen; d'autre part, chez la femme, savoir dans certains cas rechercher une origine pelvienne et notamment les signes possibles d'un avorlemenl ou d'un accouchement prématuré. Ces causes écartées, on peut souvent assez facilement distinguer les coliques hépatiques ou néphrétiques des coliques intestinales. Toutefois, en présence de certaines crises douloureuses larvées, à siège stomacal, il faut savoir penser à une lithiase vésiculaire possible.
Enfin lorsque les douleurs ne font pas leur preuve, on doit rechercher l'existence possible d'une intoxication saturnine, professionnelle ou accidentelle.
Traitement. — Il faut d'abord calmer la douleur; on doit ensuite, si l'obstacle qui a provoqué la crise douloureuse peut êlre levé (c'est-à-dire s'il ne s'agit ni de colique péri loni tique, ni de coliques pelviennes), chercher les moyens de supprimer cet obstacle, en assurant par exemple, au cas de coliques intestinales, l'évacuation de l'intestin, au cas de coliques hépatiques franches, le cheminement du calcul jusqu'au duodénum.
Contre la douleur, quelle que soit sa cause, on peut conseiller les applications chaudes sur l'abdomen, les cataplasmes laudanisés,les tisanes chaudes (camomille); l'emploi de l'opium et des autres calmants est souvent indiqué; lors de coliques intestinales surtout, ïélixir parégorique, à doses variables suivant les sujets, est le médicament de choix. L'extrait d'opium en pilules ou en suppositoires est ulile lorsque, au cas de péritonite par exemple, l'immobilisation de l'intestin est particulièrement nécessaire, souvent alors les applications de glace doivent être substituées aux applications chaudes
Colique hépatique. 550
et l'abslenlion de toute boisson doil être recommandée pour obtenir celle immobilisation intestinale; il en est ainsi lors de coliques appendiculaires. La belladone, associée ou non à l'opium, donne aussi, en cas de douleurs intestinales, de bons résultais, notamment en suppositoires. Enfin, en cas de douleurs vives, on doit recourir à l'injection de morphine.
Si les coliques sont surtout dues aux gaz, l'introduction d'une longue canule dans l'intestin facilite leur expulsion et soulage les malades. Et on peut avec avantage employer par la bouche la teinture d'anis, l'éther, la liqueur d'Hoffmann.
La douleur calmée, il faut en prévenir le retour et traiter la cause. Pour les coliques intestinales, qui, seules, nous occuperont ici, l'évacuation de l'intestin s'impose souvent par les moyens divers dont dispose le médecin, et c'est par exemple du moment où la constipation est vaincue que disparaît la douleur de la colique saturnine. Mais, lorsqu'il s'agit d'obstruction inteslinale, le traitement médical seul est fréquemment impuissant, et il ne faut pas s'y attarder avant de recourir au traitement chirurgical. 11 en est souvent de même lors de coliques de cause péri loni tique.
P. LEREBOULLET.
COLIQUE HÉPATIQUE. — La colique hépatique constitue l'accident le plus fréquent et le plus caractéristique de la lithiase biliaire. C'est un syndrome douloureux dû à la migration d'un calcul biliaire hors de la cavilé vésiculaire, à son cheminement dans le canal cystique et dans le cholédoque : si l'on a pu récemment discuter le rôle dans la production des phénomènes douloureux de la cholécystite, des adhérences périvésiculaires, de la péritonite sous-hépatique (Tripier et Paviol), il est pourtant hors de doute que c'est avant tout la mobilisation du calcul et le spasme secondaire des voies biliaires qui provoquent celle crise douloureuse. L'infection biliaire, les troubles fonctionnels du foie, les réactions nerveuses secondaires expliquent les symptômes qui peuvent se joindre aux symptômes douloureux et en modifier l'aspect clinique. Deux ordres de faits doivent être d'ailleurs distingués : il est des cas nombreux où le calcul chemine jusqu'à l'extrémité inférieure du cholédoque donnant naissance au syndrome de la colique hépatique classique. Mais il en est d'autres, au moins aussi nombreux, dans lesquels les calculs restent dans la vésicule entraînant un syndrome particulier (colique vésiculaire) n'ayant pas les mômes complications, ne comportant pas le même traitement. 11 est donc capital de savoir les différencier.
Description clinique. — Sans insister ici sur les conditions écologiques générales (V. Lithiase biliaire), les crises de coliques hépatiques s'observent plus particulièrement chez les adultes et les vieillards, plus souvent chez la femme (pie chez l'homme et fréquemment à l'occasion de sa vie génitale (menstruation, grossesse, accouchement), parfois plus ou moins nettement à la suite d'une maladie infectieuse et surtout de la fièvre typhoïde, souvent plus ou moins longtemps après un ictère calarrhal.
Le début en est ordinairement brusque, dans certains cas pourtant précédé de prodromes ; ceux-ci sont alors constitués par une sensibilité épigaslrique
557 Colique hépatique.
spéciale, par des troubles digestifs vagues, par des malaises variés et parfois des vertiges. Objectivement, on constate quelquefois une légère tuméfaction du foie, une teinte subictérique des téguments, la réplélion de la vésicule. Dans quelques cas, le prurit apparaît avant tout symptôme douloureux, avant lout ictère, de même qu'il précède parfois certains ictères aigus ou chroniques.
La douleur est ordinairement lé premier symptôme révélateur. Elle débute brusquement trois heures environ après le repas et notamment après le repas du soir, ce qui s'explique par la chasse biliaire digestive provoquant la mobilisation du calcul ; d'autres fois, c'est à la suite d'une secousse, d'un traumatisme ou dîme émotion, qu'éclate la crise douloureuse. Cette douleur d'emblée violente prédomine dans la région du foie et surtout de la vésicule, mais elle irradie en divers sens, vers le creux épigastrique, vers l'épaule droite, etc.. Elle est souvent atroce, arrachant des cris au malade, comparée par lui à un pincement, à une déchirure, à une perforation, etc. ; le malade prend dans son lit les positions les plus diverses, décubitus latéral gauche, décubitus dorsal avec genoux élevés, etc., toutes ayant pour but d'amener le relâchement de la paroi abdominale; parfois l'agitation est extrême, et des troubles nerveux réflexes de nature et d'intensité variables peuvent s'observer.
En même temps que la douleur, ou peu après son apparition, surviennent des vomissements alimentaires, puis muqueux et bilieux, parfois d'une violence et d'une durée inquiétantes, qui traduisent nue intolérance gastrique durant jusqu'à la fin de la crise et font souvent croire à un empoisonnement.
Le malade a, en outre, assez fréquemment des frissons intenses et répétés suivis ou non de fièvre marquée.
Vient-on à l'examiner, on constate facilement l'existence d'une douleur provoquée, qu'exaspère la moindre pression, et dont le maximum est au niveau de l'intersection du bord externe du muscle droit et de la dixième côte droite (point cystique); quelquefois elle est diffuse et occupe toute la partie supérieure de l'abdomen ; souvent elle a pour siège principal l'épigastre, où d'ailleurs elle irradie fréquemment (point épigastrique) ; parfois même, mais exceptionnellement, elle a son maximum dans l'hypocondre gauche, qu'elle soit due à une position particulière de la vésicule (Naunyn), qu'elle relève, au moins en partie, d'un léger degré de congestion splénique (splénalgie).
Les irradiations ascendantes sont très fréquentes, à la pointe de l'omoplate (point scapulaire), dans la région interscapulaire, dans l'épaule droite, dans la région mammaire, etc. Les irradiations descendantes, les irradiations dans les membres sont plus rares.
V exploration du foie, rendue difficile parla douleur et la défense musculaire, montre qu'il est fréquemment tuméfié, douloureux à la pression, et ne revient (pie lentement à son étal primitif après la fin de la crise ; s'il y a rétention biliaire, la vésicule, distendue et douloureuse, peut être accessible à l'exploration. La rate reste le plus souvent normale ; toutefois, il n'est pas exceptionnel de constater nue splénomégalie passagère avec splénalgie, qui
Colique hépatique. 558
cesse avec la crise de colique hépatique el le rétablissement de la circulation biliaire (Gilbert el Lereboullet).
Ordinairement le poids reste calme, parfois même il esl ralenti. La fièvre peut l'aire complètement défaut. Toutefois, il n'est pas rare, surtout lorsqu'il y a eu <l<ks frissons au début de ta crise, que le thermomètre accuse une température de 40 degrés et plus, lièvre qui cesse au bout de vingtquatre heures, en même temps que survient parfois une transpiration abondante. C'est la fièvre hépatalgique de Charcot, distinguée par lui de la fièvre intermittente hépatique révélatrice de l'infection biliaire, mais qui, si elle \\cn a pas la valeur pronostique, relève sans doute néanmoins elle aussi de l'infection. El d'ailleurs, on sait, depuis Fôrbringer, combien il est fréquent, alors que fait défaut cette fièvre hépatalgique, de constater pendant la durée de la crise lithiasique une légère élévation thermique, paroxystique comme les douleurs.
La crise de colique hépatique est constituée par les douleurs que nous venons de décrire, accompagnées ou non de vomissements el de fièvre, qui persistent pendant une durée variable, séparées par de courts intervalles de rémission. Au bout de six à douze heures, parfois davantage, l'accès cesse en général brusquement, le malade n'éprouve plus qu'une fatigue plus ou moins marquée, mais sans aucune douleur ; la fin de la crise s'accompagne de l'émission d'urines abondantes et pfdes, d'urines nerveuses.
Parfois à une crise violente fait suite une sédalion marquée de la douleur, puis celle-ci réapparaît avec une nouvelle intensité; on admet qu'alors le premier accès esl dû au passage du calcul dans le canal cystique (colique cyslique), que le calme consécutif s'explique par le passage du calcul dans le cholédoque à calibre plus large, qu'enfin la reprise douloureuse se produit au moment où le calcul s'engage dans la partie terminale plus étroite et inextensible du cholédoque (colique cholédocique).
Souvent, alors môme que la crise douloureuse est terminée, un dernier symptôme apparaît, le deuxième ou le troisième jour, témoignant de l'obstacle apporté temporairement au passage de la bile. Un léger subictère, parfois un ictère plus franc survient ; dans certains cas, il n'est que l'accentuation du teint jaunet normalement présenté par le malade (teint cliolémique) ; parallèlement à cet ictère, on peut noter l'apparition d'une cholurie nette ou seulement d'une urobilinurie marquée (celle-ci existant souvent, quoique moins accentuée, en dehors des crises el étant révélatrice de la cholémie persistante) ; les selles sont temporairement décolorées. Mais rapidement elles reprennent leurs caractères normaux en même temps que l'ictère disparaît et que la cholurie cesse; il n'en est plus de même lorsque l'obstruction calculeuse persiste et que Ficlère permanent s'établit (V. Lithiase biliaire, Ictère chronique).
Enfin, une dernière recherche doit être faite, celle delaprésence du calcul dans les selles, en tamisant les matières diluées dans l'eau. Les calculs sont expulsés 24 à 48 heures après la fin de la crise, el quand ils ne sont pas détruits dans l'intestin (ce qui est possible pour certains calculs mous et jeunes) on est frappé du peu de rapport entre la violence des coliques et le volume et la forme des calculs. Au surplus leur recherche est souvent déli-
559 Colique hépatique.
cale cl on doit cire réserve dans l'appréciation des résultats négatifs en raison delà difficulté qu'il y a à reconnaître de petites concrétions au scindes ma li ères.
Formes Cliniques et Accidents. — Si telle est l'évolution de la crise de colique hépatique classique et d'intensité moyenne, on peut observer, suivant les cas, d'assez nombreuses variations.
Souvent la colique hépatique est atténuée, soit que la douleur assez vive au début cesse rapidement, soit que surtout celte douleur reste sourde. 11 en est ainsi chez le vieillard, chez lequel souvent des coliques hépatiques frustes sont méconnues ; il ne se plaint que d'un peu de gène dans l'hypocondre droit, avec léger état gastrique sans vomissements; on n'observe qu'un subictère à peine apparent, et il faut, pour reconnaître la colique, constater par l'exploration directe le point douloureux vésiculaire et l'hypertrophie du foie.
D'autres fois la douleur a un siège épigastrique, et par son caractère souvent violent et temporaire, par sa répétition, donne lieu à une forme gastralyique de la colique hépatique.
Dans certains cas, c'est la fièvre qui traduit l'affection. Dans ces formes fébriles, tantôt il y a de grands accès fébriles précédés de frisson et simulant des accès palustres, tantôt il y a des accès moins violents, et ces accès survenant à intervalles plus ou moins éloignés, peuvent ne s'accompagner que de peu ou pas de douleurs, la colique hépatique étant alors aisément méconnue.
Mais surtout il faut bien connaître les cas où la douleur ne s'accompagne ni d'ictère, ni de décoloration des matières, ni de présence de concrétions dans les selles el est due à une variété bien spécialede coliques hépatiques, la colique vésiculaire (Gilbert et Fournier). La douleur moins violente est plus permanente, localisée au point cyslique, parfois pourtant siégeant à l'épigastre, réveillée à la pression, souvent accompagnée de nausées et de vomissements, avec ou sans modifications thermiques. Si l'exploration du foie resle ordinairement négative, celle de la vésicule la montre fréquemment appréciable, tantôt en tumeur en boudin, longue et cylindrique aisément perceptible, tantôt globuleuse et de volume tel qu'elle a pu en imposer pour un kyste hydatique. Ces variations d'aspect tiennent en partie aux rapports variables de la vésicule et du bord antérieur du foie (Gilbert el Parturier). Les coliques vésiculaires durent généralement longtemps et ont, pendant des mois, tendance à réapparaître avec une grande facilité, constituant un état <h> mal biliaire (Gilbert) particulier qui ne se termine souvent qu'à la suite d'une intervention chirurgicale.
C'est dans ces cas où la colique hépatique tend à durer plus longtemps, et à s'accompagner de réactions douloureuses plus fortes, que peuvent survenir les divers accidents nerveux signalés : agitation, délire, hallucinations, contractions spasmodiques des membres, convulsions épileptiformes généralisées ou sous forme hémiplégique (hystéro-lraumalisme interne de Potain), tétanie (A. Gilbert, etc.).
C'est par l'intermédiaire du système nerveux que s'expliquent les troubles cardiaques parfois observés (Potain, Barié) qui peuvent aboutir à l'asyslolie
Colique hépatique. 560
par dilatation dii cœur droil : parfois même on a observé des faiblesses, des syncopes qui peuvent être mortelles, si bien que la mort subite est un mode de terminaison possible, quoique exceptionnel, de la colique hépatique ( Brouardel, Chauffard).
( )n peut observerdes troubles respiratoires puremenl fond ionnels (dyspnée intense, toux sèche cl quinteuse, etc.) sans localisai ion pulmonaire, mais il peu! y avoir aussi congestion pulmonaire de la base droite (Guéneau de Mussy) ordinairement passagère, cl même pleurésie, tuberculeuse ou non, avant été, dans le premier cas, provoquée par le traumatisme interne qu'est la Colique hépatique cl résultanl dans le second cas de l'infection biliaire causale (Gilberl el Lereboullet).
La colique hépatique peut encore entraîner d'autres accidents à distance. L'endocardite, la péricardite, la méningite même ont élé signalées comme complications lointaines d'une colique hépatique.
Enfin celle-ci entraîne un trouble au moins passager des fondions du foie, cl Y inhibition réflexe ainsi exercée surcclle-ci (Gilbert el C.aslaigne) explique la glycosurie si fréquemment observée au déclin d'une crise de colique hépatique, qui semble relever de l'insuffisance hépatique temporaire et peut parfois être le point de départ d'un véritable diabète. Les hémorragies parfois signalées sont également en partie explicables par ce trouble apporté au fonctionnement du l'oie.
Diagnostic. — Souvent facile, le diagnostic peut, dans certaines formes frustes, être délicat, (pie Ion méconnaisse une crise de colique hépatique, qu'inversement on rattache au foie un syndrome douloureux dont l'origine est ailleurs.
Ce sont les caractères, le siège, le moment d'apparition de la douleur, les symptômes qui l'accompagnent et la suivent, l'existence antérieure, chez le malade, de divers accidents biliaires, el notamment des signes de la cholémie simple familiale qui aident au diagnostic de la colique hépatique.
Ils permettent aisément d'éviter la confusion avec les crises douloureuses qui caractérisent la colique néphrétique, la colique saturnine, certaines coliques intestinales (dans l'entérite membraneuse notamment), certaines gastro-entérites par empoisonnement.
Plus délicat, mais possible par une analyse des symptômes, est le diagnostic de certaines crampes d'estomac, symptomatiques non de dyspepsie hyperpeptique avec hyperchlorhydrie tardive, mais de coliques hépatiques à forme gaslralgique : l'erreur est souvent commise dans l'un ou l'autre sens.
Dans des c:»^ du même ordre, il faut éviter de méconnaître certaines crises gastriques du tabès, encore qu'il ne soil pas exceptionnel de voir un label ique souffrir de crises de coliques hépatiques indiscutables, dont témoigne l'ictère consécutif.
Le récit que certains malades font de leur crise douloureuse peut l'aire croire à une colique hépatique, alors qu'il s'agit en réalité d'appendicite. La recherche du siège de la douleur provoquée et de ses irradiations permet facilement d'éviter l'erreur, toutefois il faut se rappeler la fréquence avec laquelle s'associent la lithiase biliaire et l'appendicite, se traduisant souvent par la double localisai ion douloureuse, vésiculaire el appendiculaire.
561 Colique hépatique.
Chez [3. femme enceinte, on se méprend parfois sur la nature des douleurs lithiasiques particulièrement fréquentes chez elle. 11 ne faut pas en effet les confondre avec un début de travail, et plus lard, après l'accouchement, croire à des douleurs dues à une péritonite puerpérale (Y. (Grossesse, Pathologie).
Lorsque la fièvre domine, le diagnostic se pose dans certains cas avec des accès de fièvre intermittente palustre; on a quelquefois pu, chez le vieillard surtout, en raison de la douleur vésiculaire simulant le point de côté thoraeique, croire à un début de pneumonie ; dans ce cas l'erreur n'est d'ailleurs pas de longue durée. Nous connaissons même un cas à'hémoglobinurie paroxystique où les frissons, les douleurs abdominales, le teint jaune de la malade en avaient imposé pour des crises de coliques hépatiques.
Mais il s'agit là, en somme, de diagnostics d'exception, el on peut arriver, dans la plupart des cas, à localiser au foie l'origine de la crise douloureuse; il faut toutefois, même alors, éviter certaines erreurs comme celle qui consiste à prendre pour des crises de colique hépatique certaines crises d'hépatalgie avec flux bilieux; moins fréquentes assurément que ne le croyait Beau, elles ne sont toutefois pas exceptionnelles et se distinguent de la colique hépatique par l'absence de douleur vésiculaire localisée, tout le foie étant douloureux, par l'absence de décoloration des matières, ou, si cellesci sont temporairement décolorées, par l'absence de calcul dans les selles. Chez l'enfant notamment, ces flux bilieux avec crises hépalalgiques, réalisant une variété de vomissements périodiques de l'enfance, doivent être distingués de la colique hépatique, rare à cet âge (Gilbert et Lerebôullet).
Le diagnostic de colique hépatique peut encore présenter quelques difficultés quand la lithiase biliaire est associée à d'autres affections du foie (kyste hydatique, cirrhose biliaire, cancer du foie), ou quand ces affections elles-mêmes donnent naissance à des crises douloureuses; seul l'examen complet du malade, la recherche du calcul dans les selles, révolution ultérieure permettent dans ces cas le diagnostic.
Le diagnostic ne doil pas se borner à différencier la Colique hépatique des accidents douloureux qui les simulent, il doit encore reconnaître s'il s'agit de colique hépatique classique, devant se terminer par la migration du calcul jusqu'à l'intestin, ou de colique purement vésiculaire dans laquelle une telle migration reste exceptionnelle; les caractères cliniques signalés plus haut en permettent la distinction, importante, car les accidents consécutifs sont différents dans les deux cas et les indications thérapeutiques ne sont nullement identiques.
Pronostic. — Là colique hépatique en elle-même, si elle est un syndrome douloureux pénible, évolue spontanément vers la guérison dans un grand nombre de cas; mais elle révèle l'existence d'une angiocholécyslile lithogène dont le pronostic comporte des réserves (V. Lithiase Biliaire). De pins, par elle-même, lorsqu'elle se répète fréquemment, lorsqu'elle entraîne un ictère consécutif persistant, lorsqu'elle s'accompagne de lièvre marquée •ou qu'elle détermine des accidents nerveux graves, la crise de coliques hépatiques peut avoir des conséquences sérieuses. La possibilité de la mort subite exceptionnellement observée rie doit pas être oubliée. Enfin, le pro- N" p. m. c. — 11. . 36
Colique hépatique. 562
nostic peul être aggravé du l'ail de l'âge, l'infection biliaire donl témoigne chez un vieillard une crise de colique hépatique pou van I évoluer chez lui avec une rapidité el une intensité plus grande.
Traitement. - L'indication capitale, chez un malade qui souffre de colique hépatique, esl de calmer la douleur, sans s'opposer à la migration du calcul, sans l'accélérer non plus par un purgatif intempestif. C'est la crise mie lois finie, el pour en empêcher le retour, qu'une thérapeutique causale peul intervenir avec succès.
La douleur n'est souvent câlinée que par ['injection de morphine, associée ou non à l'atropine. Et s'il convient de ne la faire qu'avec prudence chez certains sujets épuises, cl donl on crainl les réactions nerveuses, il n'y a pas lieu iVen refuser le bénéfice à la plupart des malades, surtout Lorsque les autres moyens sont restés sans effet.
Toutefois, ceux-ci, qui consistent à la fois en applications externes et en médications internes, sans avoir l'efficacité immédiate de la morphine, suffisent souvent à rendre la crise supportable.
L'ingestion de capsules d'êther amyl-valérianique (4 à (> capsules de 10 cenligr.) donne parfois de bons résultats.
h'antipyrine, le chloral ont été ajuste litre conseillés, mais, en raison de l'intolérance gastrique, il convient de les employer surtout en lavements, qui ont souvent, surtout au début de la crise, une efficacité réelle. Le chloral, pourtant, peut être contre-indiqué par l'existence d'accidents cardiaques.
C'est également à la voie rectale que l'on doit s'adresser pour l'emploi de la belladone el de Y opium, des suppositoires belladones el opiacés pouvant avoir une action calmante manifeste. L'association en lavement du laudanum (XII à XX gouttes) à l'antipyrine ou à l'analgésine (un à deux grammes pour 100 grammes environ d'eau) est souvent fort efficace.
Les applications externes consistent en cataplasmes ou applications chaudes, ou inversement en compresses froides, vessies de glace; les pulvérisations d'éjther, les pommades opiacées et belladonées, les onctions d'huile gaïacoléc ont été conseillées: mais on a recours surtout aux onctions de salicylate de méthyle et mieux de salicylale d'amyle donl l'efficacité esl réelle (XXX gouttes malin el soir sur la région douloureuse, en recouvrant directement de lafïelas chiffon); les grands bains tièdes peuvent avoir leur utilité.
Enfin, pendant la crise, l'alimentation reste forcément limitée : on doit se borner à faire. prendre au malade de petites doses de lait écrémé, d'eau, de boissons glacées, etc. Parfois môme, il faut agir contre les vomissements (eau chloroformée, potion de Rivière); contre la constipation, souvent opiniâtre, il faut s'abstenir de purgatifs, de lavemenls froids el se borner à l'emploi de lavemenls chauds, simples ou purgatifs.
Lorsque la crise est terminée, ou lorsque la douleur est atténuée, mais tend à persister, se pose l'indication de médications dirigées plus directement contre les calculs. On peut, tout en cherchant à émousser la sensibilité des voies biliaires, viser à faire éliminer les calculs restés dans la vésicule. C'est dans ce but qu'on a proposé l'emploi de la bile, de l'huile d'olives
563 Colique néphrétique.
à hautes doses (K>0 à 100 gr, le malin), de la glycérine (20 à 30 gr.), par cuillerées à café le malin), enfin du salicylate de soude. Celui-ci, à la dose de 2 à ô gr, par jour, administré de préférence en lavements, afin d'éviter son action sur l'estomac, est souvent un excellent agent, tant comme analgésique local que comme antiseptique des voies biliaires, et doit surtout être employé dans les formes fébriles, traduisant une infection biliaire plus marquée. Dans nombre de cas, il peut être longtemps prolongé et utilement associé au benzoale de soude el à l'huile de Haarlem, celle-ci prise à des intervalles de 8 à 10 jours (Chauffard).
Au décours des crises se pose souvent l'indication de cures minérales alcalines (Vichy, Carlsbad), qui sera ailleurs discutée.
Enfin, il convient de surveiller étroitement le régime, d'abord exclusivement lacté, puis progressivement plus large, et dont les règles sont exposées à propos de la lithiase biliaire.
Mais il est des cas dans lesquels le caractère des crises, leur répétition, l'absence d'ictère consécutif, permet de penser que les calculs sont trop volumineux pour qu'on puisse, avec chances de succès, recourir aux cholagogues. Dans ces « coliques vésiculaires », il faut rendre la vésicule « tolérante pour les calculs » (Gilbert et Fournier). En cherchant trop activement l'évacuation des calculs dans de tels cas, on s'exposerait soit à n'avoir qu'un échec complet avec aggravation des douleurs, soit à provoquer la migration du calcul dans le cholédoque et son arrêt, entraînant sans doute la cessation des douleurs, mais aussi la production d'un ictère chronique par obstruction. Dans de tels cas, si l'on ne recourt pas d'emblée au traitement chirurgical, c'est à obtenir la tolérance de la vésicule, vis-à-vis des raleuls qu'elle contient qu'on doit s'appliquer. En condamnant les malades au repos absolu au lit, pendant plusieurs semaines, au lait écrémé, administré par petites fractions souvent répétées (ou au kéfir maigre, au cas où le lait serait mal toléré), on transforme le « physisme » de la vésicule, l'écoulement de la bile d'intermittent devient continu, les crises douloureuses cessent, et l'on peut ensuite ramener le malade progressivement à une alimentation plus large.
Enfin, lors de coliques hépatiques à répétition que ni ce traitement, ni le Iraitement médicamenteux ou hydrominéral n'ont amendées, lors de coliques hépatiques suivies d'ictère permanent par obstruction, et surtout lors d'angiocholite secondaire avec fièvre marquée, l'indication d'une intervention chirurgicale peut se poser, et celle-ci est souvent suivie de résultats favorables, si surtout l'on n'oublie pas que, même après l'opération, le malade doit rester soumis longtemps aux règles de régime propres aux lithiasiques.
P. LEREBOULLET.
COLIQUE NÉPHRÉTIQUE. — Le lerme de colique néphrétique désigne le syndrome douloureux lié à la migration d'un calcul à travers l'uretère; si tous les corps étrangers (hydatides, caillots fibrineux, fausses membranes, etc.) peinent amener par leur migration la production de douleurs semblables, c'est dans l'immense majorité des cas à un calcul qu'il faut les attribuer, qu'il s'agisse de calculs uratiques on de calculs phospha tiques.,
Colique néphrétique. 561
La colique néphrétique constitue donc un des accidents capitaux de la lithiase rénale, elle esl sous la dépendance du spasme des muscles uretéraux, consécutif à la mobilisation de calculs, el ce spasme varie d'intensité
non seulement avec le volume el la forme des calculs, mais avec la susceptibilité des sujets.
Description clinique. — Plus fréquente chez l'homme, la colique néphrétique est ordinairement provoquée par la marche, le mouvement, les
secousses, les promenades à cheval ou en voiture: parfois, la crise est la conséquence d'un traumatisme sur la région lombaire, d'une exploration médicale, de l'ingestion d'eau diurétique en trop grande abondance, etc. Elle peut être la manifestation initiale de la lithiase rénale, ou être précédée des symptômes ordinaires de la lithiase rénale, plus ou moins au complet : douleurs localisées à la région lombaire, ou irradiées à distance, hématurie, symptômes vésicaux, etc. (V. Lithiase rénale). Parfois, peu de jours ou peu d'heures avant la crise, le malade ressent des symptômes prodromiques caractérisés par de la pesanteur au niveau des lombes, des douleurs plus ou moins violentes à l'un des deux reins, une tuméfaction douloureuse du testicule, une sensation de brûlure au niveau du méat urinaire, du lympanisme gastro-abdominal. Ces symptômes, toujours les mêmes pour le même malade, permettent quelquefois, lors de crises successives, de prévoir le retour de celles-ci.
Mais ils reslenl le plus souvent atténués, et c'est brusquement qu'éclate la crise de Colique néphrétique, dont la douleur constitue le symptôme dominant.
Cette (Jouteur esl violente, souvent intolérable, continue, avec exacerba-* tion intermittente comparée par les malades à une brûlure vive, à une torsion, à une déchirure; elle débute en général à l'une des régions rénales, le plus souvent à gauche et en arrière, parfois plus en avant, sur la paroi latérale de l'abdomen; exceptionnellement, la région rénale esl à peine endolorie, et le maximum de la douleur siège sur le trajet de l'uretère ou au .voisinage de la vessie.
La douleur reste rarement localisée et présente des irradiations multiples. presque toujours les mêmes. Elles sont descendantes, tantôt dessinant le trajet de l'uretère, tantôt contournant le flanc. Chez l'homme, la douleur gagne le cordon spermalique et le testicule, qui se rétracté souvent à l'anneau ; chez la femme, elle descend vers les grandes lèvres. Elle irradie vers le rectum, le périnée, le méat urinaire qui, chez l'homme, peut devenir le siège de sensations fort pénibles. Enfin la cuisse et le membre inférieurs ne .sont pas épargnés. Les irradiations ascendantes vers l'épaule et la région thoracique sont infiniment moins fréquentes, mais peuvent s'observer.
La douleur, exagérée par les mouvements et la pression, exagérée au .moment des paroxysmes, persiste pendant toute la durée de la crise de coliques néphrétiques, dont la fin est souvent annoncée par une exacerbation douloureuse, bientôt suivie d'une brusque détente.
A la douleur s'ajoutent des symptômes urinaires. Tantôt il y a anurie, tantôt et plus souvent h1 malade émet difficilement des urines rares, soit limpides el pâles, soit plus fréquemment troubles et plus ou moins mélan-
565 Colique néphrétique.
gécs <le sang, l 'hématurie ', d'ailleurs pou abondante, étant un signe relativement fréquent, surtout chez les oxaluriques (Albarran); Y albuminurie massive, liée à l'hématurie et sans signification spéciale, ou indépendante de celle-ci cl traduisant l'état défectueux du rein, peut être notée.
La douleur entraine enfin des phénomènes réflexes plus ou moins intenses; nausées ou vomissements, souvent opiniâtres et répétés; méléorisme abdominal par paralysie réflexe de l'intestin, parfois même phénomènes simulant l'appendicite, accidents cardio-vasculaires (pâleur de la face, refroidissement des extrémités avec cyanose, pouls petit et filiforme, asystolic réflexe, etc.), symptômes nerveux, tels que délire transitoire ou convulsions, notamment chez l'enfant. Malgré ce tableau, la température reste normale, sauf quand la lithiase se complique d'infection qui peut alors élever la température à 59° ou 40°,
Ces phénomènes essentiels de la crise de colique néphrétique varient d'intensité suivant les sujets; tous les degrés peuvent s'observer, depuis les cas les plus intenses jusqu'aux formes frustes dans lesquelles le syndrome douloureux n'est qu'ébauché, et où l'expulsion du calcul constitue le phénomène dominant. Parfois, lorsque la forme rameuse du calcul constitue un obstacle à l'expulsion, les crises se répètent, deviennent subintrantes, et peuvent créer un véritable état de mal néphrétique. Quelquefois la douleur reste sourde, l'hématurie domine et peut faire méconnaître l'origine lithiasique des accidents (forme /lématurique). Il est enfin des cas de lithiase urinaire bilatérale dans lesquels les crises non seulement se répètent, mais passent d'un côté à l'autre.
La durée de la crise varie suivant les cas. Parfois au bout de 2 heures, le plus souvent après 6 et 8 heures, dans certains cas après 24 et 48 heures, la douleur disparaît brusquement ou graduellement, le malade ressent une sensation de bien-être caractéristique; les vomissements cessent, les urines deviennent abondantes, et cette polyurie peut entraîner le sable ou le calcul; cependant il est rare que l'expulsion se fasse immédiatement après la crise et, si le calcul à la fin de celle-ci tombe dans la vessie, ce n'est souvent que plusieurs jours après qu'il est éliminé par l'urètre.
Complications. — Si le calcul reste clans la vessie plus longtemps, il peut être le point de départ d'un calcul vésical; s il n est pas éliminé par V urètre, il peut rester dans le bassinet ou obstruer l'uretère. Dans le premier cas, le malade souffre de crises subintrantes qui peuvent à la longue se calmer, mais elles laissent, à leur suite, des douleurs permanentes et profondes et reparaissent parfois sous l'influence de la marche ou de la station debout, en s'accompagnant d'hématuries fréquentes. Dans le second cas, peuvent survenir deux complications capitales : l'anurie et l'hydronéphrose. L'anurie (t. c. m.) est la conséquence de la lésion du rein opposé au rein calculeux, et le résultat d'un réflexe réno-rénal amenant la suppression fonctionnelle complète de ce rein déjà lésé; on sait la gravité de cette complication; alors même que l'urémie n'en est pas la conséquence rapide, les lésions rénales qu'elle révèle sont de pronostic particulièrement sombre, l^hydronéphrose se caractérise par l'apparition d'une tumeur plus ou moins volumineuse, tendue, fluctuante, que l'on perçoit plus ou moins bas à partir de la région
Colique néphrétique. 566
rénale; associée à l'anurie, elle a un pronostic grave, mais, isolée, elle peut durer plus longtemps el disparaître en partie ou en totalité à la suite d'une seconde crise douloureuse: elle peul aussi augmenter à nouveau et constituer une variété d'hydronéphrose intermittente (V. Uronépiihose). Quant à la rupture du canal uretéral, elle est exceptionnelle. D'autres complications graves surviennent parfois à l'occasion de crises de colique néphrétique. C'esl ainsi que Yavortements été quelquefois signalé à la suile de crises très douloureuses.
En dehors de toute complication urinaire, par elle-même suffisante pour assombrir le pronostic, la mort survient parfois à la suile d'une crise de colique néphrétique, moins alors à cause de la crise elle-même que du fait de l'état antérieur du sujet; chez certains cardiaques, ou chez des sujets diabétiques, goutteux ou urémiques, la crise de colique néphrétique peut être la cause occasionnelle d'une syncope mortelle, ou bien elle provoque une attaque d'asystolie ou d'urémie terminale.
Il arrive enfin qu'elle puisse révéler une hystérie latente, ou aggraver des phénomènes nerveux préexistants.
Diagnostic. — Facile à reconnaître dans les cas typiques, la crise de colique néphrétique peut être méconnue lorsqu'elle est fruste, lorsque la localisation de la douleur ou ses irradiations sont anormales, lorsqu'enfîn divers symptômes surajoutés viennent en modifier l'aspect.
Il faut y penser en présence d'une douleur paroxystique, intense, occupant la région lombaire, à irradiations descendantes, et il faut savoir en rechercher les signes p/tysjqites', sans doute l'exploration manuelle ne permet qu'exceptionnellement de constater la collision crépitante, mais la constatation d'une douleur provoquée au niveau du rein et de l'uretère a une grosse valeur. Le rein est douloureux en arrière dans la fosse lombaire et l'uretère est également sensible lorsque l'on presse la paroi abdominale sur son trajet, à l'union du tiers moyen avec le tiers interne d'une ligne réunissant les deux épines iliaques anléro-supérieures; au toucher rectal et au toucher vaginal, la portion terminale de l'uretère correspondant au côté atteint est souvent très douloureuse, el cela même plusieurs jours après la fin de la crise, alors que le rein perd vile sa sensibilité; si même le calcul reste dans le bassinet, on peut par pression sur l'orifice urétro-vésical pro voquer une vive douleur du côté lésé avec besoin pressant d'uriner (réflexe pyélo-vésical de Bazy). L'examen chimique et microscopique de Vitrine peut être utile au diagnostic en montrant les caractères des urines dans l'intervalle des crises (richesse en acide urique, présence de cristaux d'oxalale de chaux), leur aspect au moment de l'attaque (hématurie fréquente), et après celle-ci (urines abondantes contenant souvent le corps du délit, le gravier). La présence de sang en petite quantité peul entraîner une albuminurie marquée qu'il faut éviter de regarder comme directement d'origine rénale, l'examen microscopique du dépôt après centrifugation permet d'éviter l'erreur, la réaction de Meyer à la phénolphtaléine serait dans de tels cas plutôt trop sensible. Les symptômes urinaires peuvent être toutefois très atténués, et ce sont souvent les seuls caractères de la douleur spontanée ou provoquée qui permettent le diagnostic.
567 Colique néphrétique.
Gehn-ci doit être fail avec la névralgie iléo-lombaire ou lombo-abdominale^ qui a dos points douloureux spéciaux (poinl iliaque, point hypogastrique, point inguinal), cl surtout avec les autres coliques abdominales. La colique hépatique a en général un autre siège (douleurs épigaslriques ou vésiculaires), d'autres irradiations, el peui s'accompagner de subictère consécutif qui en rend le diagnostic aisé. Toutefois, elle aussi peut être fruste, s'accompagner de douleurs surtout postérieures, et enfin la lithiase biliaire parfois coïncide avec la lithiase rénale; l'analyse précise des symptômes permet en général le diagnostic, et si l'ictère fait défaut dans la colique hépatique, on peut trouver dans l'examen du sérum un élément de diagnostic assez important (en faveur de celle-ci) par la présence d'une cholémie notable. La colique néphrétique se distingue assez facilement, même lors de douleur surtout urelérale, d'une crise à' appendicite > dont les symptômes abdominaux sont tout autres. Certaines coliques utérines, la névralgie ovarienne, si elles simulent les coliques néphrétiques à douleur bas située, s'en distinguent néanmoins à un examen un peu attentif; il en est de même de la colique saturnine, et ou ne peut guère confondre la colique néphrétique, même lorsqu'elle s'accompagne de vomissements et de lympanile abdominale, avec l'étranglement interne, la hernie étranglée, et les péritonites par perforation.
Mais alors même que la douleur constatée a son origine dans le rein et l'uretère, elle n'est pas toujours symptomatique d'une colique néphrétique. Un syndrome très analogue peut s'observer sans lésion de ces organes, du fail de l'hystérie et surtout de l'alaxie locomotrice, dans laquelle l'hématurie est parfois notée (M. Raynaud). Les caractères de la névrose, les signes révélateurs du tabès permettent d'éviter l'erreur. Il existe enfin toute une série de lésions de l'appareil urinaire donnant lieu à des pseudo-coliques néphrétiques (Tuffier) qui sont soit liées à l'obstruction non calculeuse de l'uretère (hydalides, parasites du rein, caillots sanguins, débris de tumeur), soit indépendantes de toute obstruction (rein mobile, tuberculose rénale, états congestifs du rein, etc.). Au décours des maladies infectieuses, des décharges salines et microbiennes peuvent amener des accidents douloureux du côté du rein (avec ou sans pyélo-néphrile constituée) qui en imposent parfois pour une colique néphrétique. Il importe de savoir les rapporter à leur cause. On a enfin signalé certains faits de névralgies rénales idiopathiques ou essentielles (Legueu) dont la cause échappe encore. Un examen attentif du malade, l'exploration du rein, complétée au besoin par la cysloscopie, l'examen des urines permettent le plus souvent de reconnaître la nature des accidents douloureux.
Reste encore à préciser la nature des calculs qui ont provoqué la crise, les calculs phosphatiques, liés souvent à l'infection urinaire justifiant par euxmêmes certaines réserves.
Pronostic. — Si la colique néphrétique n'est souvent pas de pronostic grave, sa constatation, en révélant l'existence de la lithiase rénale, nécessite quelques réserves sur l'avenir du malade, menacé de nouvelles crises cl d'accidents plus graves d'ordre mécanique (anurie, hydronéphrose etc.) ou infectieux (pyélonéphriles); le pronostic sera d'autant plus
Collodion. 508
grave que la crise, précédée déjà de crises semblables, frappera un sujet plus C\gv el porteur de lares diverses, cardiaques, hépatiques ou rénales, que la colique néphrétique esl susceptible d'aggraver. L'existence de crises de coliques néphrétiques liées à des calculs phosphatiques, même chez des sujets jeunes, nécessite un pronostic très réservé en raison de 1 inlec- I ion dont elle esl la preuve el du mauvais élal organique des reins qu'elle révèle. Un traitemenl bien conduit de la lithiase causale permel toutefois souvent d'améliorer considérablement l'état du malade.
Traitement. — Lorsqu'une crise de colique néphrétique esl reconnue, la première indication esl de calmer la douleur. Les applications chaudes. sur la région lombaire, laudanisées ou non, les bains chauds prolongés surtout, oui un effet sédatif, mais il faut le pins souvent y joindre l'usage de Vopium, qui, ici comme dans la colique hépatique, est le grand remède. On peut le donner par la bouche sous forme d'extrait thébaïque à i'orles doses (Grisolle en donnait jusqu'à !20 el 50 centigr. par jour); plus souvent on l'administre en suppositoires (3 à 5 centigr. par jour d'extrait thébaïque associés à 2 centigr, d'extrait de belladone) ou en lavements (lavements laudànisés); fréquemment enfin, on doit avoir recours à Y injection de morphine utilement associée à Y atropine, qui agit efficacement sur le spasme de l'urelère (un quart à un demi-milligramme de sulfate neutre d'atropine pour un centigramme de morphine). La médication opiacée peut être insuffisante, lors de crises particulièrement intenses; elle peut être côntre-indiquée soit par l'intolérance de certains sujets, soit par leur tendance à la morphinomanie; le chloroforme en inhalations à petites doses, à la reine, rend alors parfois des services. Le Moral en lavement, les bromures peuvent être prescrits, Lïantipyrine (également recommandé lors de calculs du bassinet provoquant une douleur rénale) a une action calmante, mais ne peut être continuée longtemps, à cause de son action sur le rein.
L'ingestion de boissons liquides (lait, tisanes diurétiques, eaux d'Evian, de Villel, de Contrexé ville, etc.) est indiquée au cours de la crise pour favoriser la migration du calcul. On doit éviter toutefois les médicaments diurétiques proprement dits, susceptibles de provoquer de la congestion rénale.
La crise terminée, le traitement hygiénique et médicamenteux de la lithiase rénale doit être institué (V. Rein, Lithiase).
Lors de crises répétées, d'accidents inflammatoires, d'hématuries fréquentes, la question d'une intervention chirurgicale peut se poser, et la néphrolomic doit alors être pratiquée; mais on ne doit y recourir qu'après que le diagnostic de localisation a pu être bien posé et que l'inefficacité du traitemenl médical est établie. p. LEREBOULLET.
COLIQUES DE PLOMB. — V. Saturnisme.
COLITE. — Y. Entého-coeite.
COLLARGOL. — V. Argent colloïdal.
COLLODION. — Il est préparé avec le fulmicolon officinal, qui diffère par sa composition du colon-poudre employé comme explosif; le premier constitue
569 Collyres.
la cellulose octonitrique alors que le coton-poudre est la cellulose endécanitrique. Les deux produits oui sensiblement la même apparence,' celle de
l'ouate de cotou qui a servi à le préparer, mais le fulmicolon officinal est un peu plus rude au toucher.
Allumé, il brûle instantanément avec une flamme jaune, sans laisser de résidu sensible.
11 est insoluble dans l'eau, dans l'alcool éthylique et dans l'éther éthylique, mais se dissout dans ces deux derniers liquides mélangés.
Collodion ordinaire (Codex).
Fulmicoton officinal . . 5 grammes.
Alcool à 95° 20 ' —
Éther rectifié du commerce 75
Introduisez le fulmicoton dans un flacon à large ouverture; humectez -le avec l'alcool; ajoutez l'éther et bouchez. Agitez fréquemment, et, quand la dissolution sera terminée, laissez reposer, puis décantez.
Liquide incolore ou faiblement opalin, neutre, sirupeux très inflammable. Étendu en couches minces, il laisse, après évaporation. une pellicule incolore, adhérente.
Collodion élastique (Codex).
Collodion 95 grammes.
Huile de ricin 5 —
Collodion iodoformé (Codex).
Iodoforme pulvérisé . . 1 gramme.
Collodion élastique ... 9 grammes.
Introduisez les deux substances dans un flacon que vous boucherez avec soin ; agitez jusqu'à dissolution. Conservez à l'abri de la lumière.
Collodion saliei/lc (Codex).
Acide salicylique .... 1 gramme.
Collodion élastique ... 9 grammes.
COLLUTOIRES. — Les collutoires sont des médicaments de consistance semiliquide, destinés à être appliqués sur les gencives et sur les parois de la
bouche.
Collutoire au borate de soude, collutoire borate (Codex).
Poudre de borate de sodium 5 grammes.
Miel rosat '20 ' —
Triturez dans un mortier le borate de sodium avec le miel rosat. — On doit agiter le mélange avant d'en faire usage. E. E.
COLLYRES. — On donne le nom générique de collyres à des médicaments de nature variée destinés au traitement local des affections oculaires.
On distingue les collyres liquides (aqueux, huileux), les collyres secs, les collyres mous ou pommadas et les collyres gazeux.
Collyres liquides. — Ils sont faits avec des eaux distillées (hydrolats, eaux chargées par distillation des principes volatils des végétaux), des infusés ou décodés de plantes ou de l'eau distillée et stérilisée, agissant seuls ou servant d'excipients dans lesquels on dissout des alcaloïdes, des sels, des extraits et d'autres médicaments.
Peu après leur préparation, les eaux distillées exposées à l'action de l'air et de la lumière subissent une décomposition qui frappe plus rapidement les eaux peu odorantes que les eaux aromatiques. Elles changent d'odeur, deviennent définitivement acides et laissent déposer des flocons légers, généralement incolores, quelquefois jaunes, bruns ou verts. L'acide qui s'y développe est fréquemment l'acide acétique. Les flocons sont formés par des végétaux microscopiques (champignons, bactéries, algues). Pour ces raisons on a dû, surtout pour les collyres, abandonner les eaux distillées. Parmi celles-ci, leau de roses a joui longtemps d'une grande faveur nullement méritée, car elle se conserve difficilement et n'est bonne que lors-
Collyres. 570
qu'elle est fraîchement préparée. L'eau distillée- de lavande est plus recommandable parce que sa conservation esl mieux assurée par L'huile essentielle aromatique qu'elle contient; elle a en outre l'avantage <l<> donner à l'œil une sensation de fraîcheur agréable. On <loil filtrer souvent les collyres et les ordonner en petites quantités (10 gr.).
L'eau distillée esl l'excipienl habituel des collyres. En faisant dissoudre du chlorure de sodium dans l'eau (14 gr. pour 1000), on obtient une solution qui n'est pas toxique pour la conjonctive et la cornée, ni osmonocive, c'està-dire que sa concentration moléculaire lui donne les propriétés d'isolonie avec les tissus avec lesquels on la met en contact el que sa tension osmotique est égale à celle des larmes; aussi dans ces conditions devient-elle particulièrement indiquée pour les lavages et les bains d'oeil. La solution aqueuse d'acide borique à 40 pour 1000 est aussi à ce point de vue une excellente préparation pour les lavages oculaires. Elle a,' en elîet, le même point de congélation A que la précédente. Il y a lieu d'établir des formules de collyres isoioniques aux larmes. Ces collyres devront avoir leur point de congélation A à 0°,86 ou 0°,87, comme la solution de chlorure de sodium à 14 pour 1000.
On a reproché aux collyres aqueux leur facile altérabilité, la difficulté dans certains cas de leur introduction avec le compte-gouttes, le larmoiement qu'ils provoquent, comme aussi un spasme de l'orbiculaire, spasme qui peut être surtout dangereux sur un œil qui vient d'être opéré de cataracte; de là les collyres huileux qui ont pour avantage de se bien conserver et de posséder une action intense, rapide et prolongée. On se sert d'huile d'olives ou d'arachides lavée à l'alcool à 90', stérilisée à 120° et contenant en dissolution non les sels des alcaloïdes, mais leurs bases elles-mêmes.
Collyres mous. — Les pommades ophtalmiques constituent des collyres mous. Ces collyres remplissent le même rôle que les collyres précédents, mais ils appartiennent à un groupe pharmaceutique différent. Les pommades les plus employées en ophtalmologie sont la pommade à l'oxyde jaune hydraté de mercure (précipité jaune) et la pommade au chlorure mércureux précipité (précipité blanc). Ces deux pommades, surtout la première, sont d'un usage fréquent et méritent d'être préparées avec soin pour être tolérées par l'œil.
Préparée imparfaitement, la pommade jaune est souvent irritante, douloureuse; de là diverses spécialités recommandables. L'oxyde jaune doit être fraîchement préparé, bien lavé afin d'être débarrassé de toute impureté, porphyrisé et incorporé à de la vaseline additionnée de lanoline, deux excipients qui doivent être d'excellente qualité. La pommade sera conservée dans un récipient opaque, parce qu'elle s'altère à la lumière.
Les pommades au précipité jaune et au précipité blanc sont surtout indiquées dans la kéralo-conjonctivite impéligineuse, les ulcères cornéens.
1° Oxyde jaune hydraté d'hydrargyre 0 gr. 10 à 0 gr. 50
Lanoline "1 grammes.
Vaseline <S —
l2° Chlorure mércureux précipité (précipité blanc). . . 0 gr. 10 à 0 gr. 50
Lanoline "1 grammes.
Vaseline H -«-
A introduire entre les paupières avec une spatule de verre et non avec un pinceau.
lu 1 Collyres.
Nous ne donnons pas de formule de pommade au calomel, parce que ce dernier a un grain trop gros pour ne pas faire corps étranger. Sous ce rapport, le calomel, protochlorure de mercure préparé par voie sèche, esl inférieur au précipité blanc qui est un protochlorure de mercure préparé par voie humide, el qui est une poudre 1res ténue, impalpable, amorphe. Pour la même raison, ceux qui pratiquent l'insufflation ou la projection de poudre de calomel dans l'œil, feront bien de substituer le précipité blanc au calomel. La trituration du calomel avec de la poudre de sucre ne l'exemple pas de son défaut, si elle l'atténue.
11 esl important de signaler à propos de ces préparations journellement employées, les dangers de l'emploi simultané des composés iodiques et des sels de mercure. On doit s'abstenir de traiter par des préparations à l'oxyde jaune ou au précipité blanc ou encore par des injections sous-conjonctivales mercuriques les malades qui prennent une préparation iodée quelconque (îodure de potassium, sirop d'iodure de fer, sirop iodo-tannique, etc.), sous peine de voir survenir de graves complications oculaires (injection conjonclivale. chémosis, ulcères cornéens, douleurs oculaires et périorbitaires). Ces complications sont dues à l'iodure mercurique à l'état naissant qui se produit dans les conditions suivantes : liode s'élimine par les larmes, comme il s'élimine par la salive, la sueur et en général par toutes les glandes de l'organisme. L'iode éliminé se transforme en biiodure de mercure, sel très caustique, en présence d'un composé mercuriel.
Collyres secs. — On entend par collyres secs des poudres simples ou composées, réduites à un degré de ténuité extrême par porphyrisation, impalpables, qu'on insuffle dans l'œil à l'aide d'un tuyau de plume ou d'un petit tube, ou que l'on projette avec un pinceau.
La poudre de calomel est le type de ces collyres. Mais nous ne la recommandons pas pour les raisons données plus haut. Mieux vaut employer le précipité blanc (chlorure mercureux par voie humide).
Sous le nom de collyres secs gradués, on entend des papiers ou tablettes ou pellicules de gélatine imprégnés de solutions médicamenteuses, puis desséchés. Les solutions sont titrées, et le dosage est basé sur l'étendue du carré de la préparation que l'on introduit dans l'œil.
Collyres gazeux. — Les vapeurs ou gaz, à l'action desquels on soumet les yeux, constituent les collyres gazeux. On vaporise à la chaleur de la main une petite quantité de liquide volatil (baume de Fioravanti, éther, ammoniaque, alcoolats aromatiques).
Mode d'action. — Au point de vue de leur mode d'action, on distingue :
I . Les collyres astringents styptiques ou caustiques, tels que ceux à base d'alun, de sulfate de zinc, de sulfate et d'acétate de cuivre, d'acétate de plomb, de borax, de nitrate d'argent, de tannin, etc.
1° Alun 0 gr. 05 à 0 gr. 10
Eau distillée 10 grammes.
2° Alun sous forme solide (crayon).
3° Sulfate de zinc 0 gr. 25
Eau distillée 10 grammes.
Le collyre du Codex — 0 gr. K> pour 100 — esl bien insuffisant.
Collyres. 572
Le collyre astringent jaune (eau d'Horst), préparé comme suit, mérite (l'être conservé :
4° Chlorhydrate d'ammoniaque Sulfate de zinc
0 gr
1 gr
200 gr;
ammes
Faites dissoudre dans : Eau distillée
\ joutez :
Camphre 0 gr. 40 dissous dans alcool de vin : '20 grammes.
Safran 0 gr. 1<>
Laisse/, digérer pendant '24 heures en agitant souvent et filtrez. Faites 10 à 15 grammes «le collyre.
Ce collyre doit être habituellement additionné d'une fois sou volume d'eau.
5° Oxyde de zinc 1 gramme.
Vaseline 10 grammes.
6° Oxyde de zinc pulvérisé ) tm
~ J , . . . l } aa 20 grammes.
Poudre de talc )
Pour une poudre composée stérilisée (à 160).
Os collyres à base de zinc sont surtout employés dans les affections oculaires eczémateuses, impétigineuses, les conjonctivites, les blépharites, les ulcères cornéens.
7° Borate de soude 0 gr. 25
Eau distillée de lavande 10 grammes.
8° Borate de soude 1 gramme.
Eau de laurier-cerise 20 grammes.
Eau distillée de lavande KO —
Dans les conjonctivites.
9° Sulfate de cuivre (en crayon à 50 pour 100).
10° Sulfate de cuivre 25 centigr. à 1 gr.
Eau distillée 10 grammes.
11° Glycérolé de cuivre à 1 pour 100.
Ces collyres à base de cuivre sont indiqués notamment dans les conjoncliviles folliculaires el Irachomateuses.
12° Nitrate d'argent 0 gr. 10 à 0 gr. 25.
Eau distillée 10 grammes.
13° Argyrol 0 gr. 50 à 2 gr.
Eau distillée 10 grammes.
Ces collyres sont d'un usage très fréquent dans les diverses infections de la conjonctive et des voies lacrymales.
IL Les collyres calmants, anesthésiques à base de laudanum, cocaïne, holocaïne, eucaïne p, dionine, acoïne. Rentrent aussi dans cette classe, pour une partie de leurs propriétés, les collyres mydriatiques et les myotiques. (V. plus loin).
1° Laudanum de Sydenham
i âa 5 grammes.
Eau distillée.
2° Chlorhydrate de cocaïne 0 gr. 10 à 40 centigr.
Eau distillée 10 grammes.
573 Collyres.
La cocaïne, en instillations, détermine l'anesthésie de la conjonctive cl de la cornée. Elle excite le sympathique, d'où dilatation de l'iris, contraction des vaisseaux avec pâleur de la conjonctive et élargissement de la fente palpébrale par action des muscles lisses palpébraux de Millier. La dilatation pupillaire est faible; la réaction à la lumière persiste. L'accommodation n'est pas paralysée, elle est seulement affaiblie.
La cocaïne en collyre est surtout employée pour obtenir l'anesthésie locale et sa valeur anesthésique est d'autant plus grande que l'œil n'est pas enflammé. Celle anesthésie est précieuse pour les interventions opératoires. La dilatation pupillaire sans paralysie complète de l'accommodation el de moins longue durée que la dilatation obtenue par l'atropine, est des plus utiles pour l'examen ophtalmoscopique, de plus la cocaïne fait disparaître au moins pendant quelque temps la photophobie et le blépharospasme. Associée à l'atropine, elle détermine une dilatation pupillaire maxima.
On sait qu'à la suile d'injections sous-cutanées, sous-muqueuses par rachicocaïnisation ou stovaïnisation, on peut observer des phénomènes d'intoxication se manifestant par des troubles cardiaques, circulatoires, sensitifs, moteurs et psychiques. Ces mômes phénomènes peuvent être consécutifs à des instillations de cocaïne. Dans ces cas, la cocaïne a passé par les voies lacrymales et pénétré dans le pharynx où s'est faite l'absorption. Si ces graves symptômes d'intoxication générale sont rares, il n'en est pas de même de certains inconvénients consécutifs aux instillations, tels que desquamation de l'épithélium, trouble cornéen, action nuisible et toxique sur les cellules cornéennes capable d'aggraver une kératite, dessiccation de la cornée provoquée par la rareté du clignotement, qui est luimême dû à l'insensibilité de la cornée, œdème des paupières et des régions avoisinantes avec éruption vésiculeuse et chémosis.
5° Dionine 0 gr. 20 à 0 gr. 50
Eau distillée 10 grammes.
4° Acoïne 0 gr. 10
Eau distillée 10 grammes.
Acoïne ) . IA
o° Chlorhydrate de cocaïne ) 5
Sérum artificiel (chlorure de sodium et eau
distillée à 7 p. 1000) 10 grammes.
III. Les collyres mydriatiques, à base d'atropine, de cocaïne, de duboixinc, de méthylair opine, d'/tyoscy aminé, de scopolamine, i\liomatro}>in<\ d'i'itphlalmine.
L'atropine paralyse les fibres nerveuses (IIIe paire) qui innervent le sphincter de l'iris el le muscle ciliaire, d'où dilatation pupillaire el paralysie de l'accommodation. C'est le type du mydriatique. L'action de l'atropine se manifeste assez vite, et atteint son maximum après 15 à 20 minutes pour se maintenir pendant plusieurs jours, huit jours en moyenne et quelquefois au delà. Sur un œil hypertone ou qui a tendance à le devenir, elle augmente la tension oculaire, alors que l'éserine et la piloearpine la diminuent. Ces propriétés en font en ophtalmologie un médicament de tout premier ordre, auquel on a recours dans les inflammations de l'iris et du corps
Collyres. 57 \
ciliaire et chaque fois que dans un bul thérapeutique, opératoire ou d'examen, il y a intérêt à dilater la pupille. Mais sou emploi n'es! pas sans inconvénients el quelques dangers. Des phénomènes d'intoxication graves j mmi- \ <mi I se produire H à ce propos on peut répéter ce « ] 1 1 i a été <lil déjà pour la cocaïne. Ces phénomènes soûl précédés <lc sécheresse do la gorge et de céphalée, puis apparaissent des nausées, des troubles circulatoires (rougeur de la face, accélération du pouls) délire, faiblesse, perle de connaissance. La bilatéralité de la dilatation témoigne de l'intoxication générale.
On évitera d'instiller l'atropine sur des veux hypertones ou en puissance d'hypertonie et de provoquer ainsi par une instillation intempestive des accidents glauconialeux. Un emploi même judicieux de l'atropine peut parfois provoquer des douleurs, par exemple dans certains cas d'iritis ou d'iridocyclite, lorsque le sang arrêté partiellement dans le réseau vasculaire irien reflue vers le corps ciliaire. Chez certains sujets, l'usage de l'atropine détermine une conjonctivite particulière, de l'œdème palpébral el des régions voisines et du chémosis.
La dilatation provoquée pour l'examen ophtalmoscopique n'est pas sans inconvénient en raison du trouble visuel qui incommode le sujet examiné pendant plusieurs jours; aussi, pour les examens oculaires, a-t-on recours plutôt à l'homatropine ou à l'euphtalmine.
Il esl d'autant plus ulile de relever les accidents et les contre-indications de l'atropine que cet alcaloïde est donné en collyre trop souvent à tort et à travers dans toute affection oculaire.
1° Sulfate neutre d'atropine 0 gr. 05 à 0 gr. 10
Eau distillée 10 grammes.
2° Bromhydrate d'homatropine 0 gr. 10
Eau distillée 10 grammes.
5° Bromhydrate de méthylatropine 0 gr. 05
Chlorhydrate de cocaïne 0 gr. 10
Eau distillée 10 grammes.
4° Euphtalmine 0 gr. 20
Chlorhydrate de cocaïne 0 gr. 10
Eau distillée 10 grammes.
5° Dionine 0 gr. 10
Sulfate neutre d'atropine 0 gr. 02 à 0 gr. 05
Eau distillée 10 grammes.
0° Dionine 0 gr. 10
Chlorhydrate de pilocarpine 0 gr. 05
Eau distillée 10 grammes.
IV. Les collyres myotiques, à base de pilocarpine el d'éserine. Ces collyres ont pour but de contracter la pupille el d'abaisser la pression inlraoculaire.
1° Chlorhydrate de pilocarpine 0 gr. 10 à 0 gr. 20
Eau distillée . 10 grammes.
2° Salicylate d'éserine 0 gi\ 02 à 0 gr. 05
Eau distillée 10 grammes.
Les solutions de sels d'éserine subissent des modifications el changent de couleur à la lumière. Si leur propriété n'est pas amoindrie, leur application
575 Colonies familiales.
devient alors douloureuse. 11 es! très pratique de se servir d'ampoules jaunes ou bleues. On munil l'ampoule (Tune tétine en caoutchouc à lune de ses extrémités brisée, el en brisant ensuite l'autre extrémité, on a ainsi un compte-gouttès.
V. Les collyres vaso-constricteurs, à base d'extrait de capsules surrénales.
Chlorhydrate d'adrénaline 0 gr. 01
Eau distillée 10 grammes.
PÉCHIN
COLOBOMA. — V. Paupières.
COLOMBO (RACINE DE). — La racine de eolombo {Clasmqnthera palmata, Ménispermacées) se présente dans le commerce sous forme de rondelles déprimées au centre el de 5 à 7 cent, de largeur.
Le eolombo a une odeur assez marquée, une saveur très amère, tenace; il est employé comme amer apéritif et eupeplique sous forme d'extrait (20 centigr. à 1 gr.), de poudre (50 centigr. à 4 gr.), de teinture (5 à 15 gr.).
Cachets digestifs.
Poudre de eolombo ... 40 centigr.
Poudre de simarouba . . 20 — Magnésie calcinée .... 10
Pour l cachet. Une demi-heure avant
chaque repas.
Vin de eolombo (Codex).
Racine de eolombo
pulvérisée 50 grammes.
Vin de Malaga .... 1000 " — Faites macérer 10 jours en vase clos passez avec expression; filtrez.
COLONIES FAMILIALES. — On désigne sous ce nom un mode d'assistance et d'hospitalisation des vieillards et des aliénés, qui consiste à les placer, comme cela est pratiqué pour les enfants assistés, isolément ou par petits groupes, chez des campagnards, dits nourriciers, où ils jouissent des avantages de la vie de famille et de toute la liberté compatible avec leur état mental. On choisit à cet effet de petites agglomérations éloignées des grands centres. Il est facile de se faire une idée de la chose quand il s'agit de vieillards; on se représente moins facilement des aliénés vivant en liberté. Cependant, l'expérience a montré la possibilité de laisser libres des individus inoffensifs dans le milieu villageois et qui ne sauraient se maintenir dans une ville ni dans leur propre famille. 11 est à remarquer que des individus très délirants, très hallucinés peuvent vivre ainsi: tout dépend des réactions du malade à son délire.
Les inconvénients de la méthode sont de permettre aux aliénés de se livrer à des excès alcooliques el de donner lieu à des délits génitaux. Il faut donc faire une sélection très rigoureuse des malades, el éliminer les femmes jeunes el les malades présentait de la perversion instinctive, sous peine de pousser le système à l'exagération, sinon à l'absurde, écueil qui n'a pas toujours élé évité. Dans tous les cas, la colonie doil être pourvue d'une infirmerie centrale pour hospitaliser les malades en cas d'agitation ou d'actes non compatibles avec la liberté.
Le prototype des colonies familiales est la colonie de Gheel (Belgique) qui date de plusieurs siècles. En France, il n'existe, comme établissement un peu considérable, que les colonies fondées par le département de la Seine pour les aliénés à Dun-sur-Auron (Cher) (femmes), Ainay-le-Château
Colpotomie. 570
(Allier) (hommes), et pour les vieillards à Lurcy et Saint-Florentin (Cher). La méthode s'est plus généralisée en Angleterre (système écossais); elle est appliquée aussi en Allemagne. En Amérique et en Allemagne, il a élé fondé de véritables villages pour les épileptiques. M. TRÉNEL.
COLOQUINTE. — La partie charnue du Citrullus colocynthis (Cucurbitaèées) est un purgatif drastique énergique, cholagogue et dérivatif.
L'extrait de coloquinte, les pilules de coloquinte composées ont disparu du Codex; depuis la nouvelle édition, la coloquinte n'est plus qu'un médicament vétérinaire [Bol purgatif, pilules purgatives (Méd. vêt.)]. E. F.
COLOSTRUM. — V. Allaitement.
COLPOCÈLE. — V. Prolapsus génitaux.
COLPO-PÉRINÉORRAPHIE. — V, Périnée (Déchirures).
COLPOTOMIE. — La colpotomie est l'incision du vagin. Mais elle a pris un sens presque exclusif et ne s'applique guère qu'à l'incision de la paroi vaginale destinée à aborder et à ouvrir une collection pelvienne. Ces collections sonl presque toujours des poches purulenles siégeant soit dans les trompes malades, soit dans le cul-de-sac de Douglas, soit môme dans la gaine hypogaslrique. Parfois c'est une hématocèle, distendue par les caillots sanguins provenant d'une rupture ou d'un avortement tubaire. Mais pour èlre justiciable d'une colpotomie, il faut que ces poches soient bas situées, il faut qu'elles soient accessibles. Aussi s'agil-il presque toujours de collections du cul-de-sac de Douglas, qu'on peut atteindre facilement par une colpotomie postérieure, c'est-à-dire par l'incision du cul-de-sac postérieur du vagin. Parfois, cependant, on peut agir par une colpotomie antérieure sur des collections situées en avant de l'utérus, au-dessus de la vessie. Mais il faut, dans ces conditions, passer entre la vessie et l'utérus en les décollant l'un de l'autre. Cette intervention est assez rare. La colpotomie postérieure est au contraire 1res fréquente. C'est une opération- excellente et qui permet souvent de guérir à bien peu de frais des malades présentant des collections péri-utérines qui met lent leur vie en danger.
L'exécution en est des plus simples. L'incision, qui doit être faite de préférence avec de gros ciseaux courbes, porte sur le cul-de-sac postérieur. Elle peut être longitudinale, médiane. Elle donne alors moins de sang, mais aussi moins de jour, et fait courir plus de risques au rectum. Je préfère l'incision transversale, arrondie, épousant les contours du col utérin. Souvent, dès le premier coup de ciseaux, la poche hémalique ou purulente est ouverte. Parfois elle est plus profonde. On explore alors avec le doigt, qui se guide sur la paroi postérieure de l'utérus, le cul-de-sac de Douglas, on reconnaît la poche et on l'ouvre avec une pince qui, poussée sur le doigt conducteur, la crève et agrandit l'ouverture par l'écarlement de ses mors. Le drainage, qui doit être fait avec un drain en croix, sera soigneusement maintenu. L'hémostase doit être1 attentive, si l'on veut éviter tout ennui par suite du saignement de la tranche vaginale. [V. Pelviens (Phlegmons et Arcks), Salpingo-ovarite, Hématocèle rétro-utérine, Elytuotomie].