OCULAIRE
B. — CONJONCTIVITE A BACILLE DE WEECKS. -- Conjonctivite aiguë contagieuse. — Elle est due au bacille de Weecks. Elle est contagieuse, et donne naissance à des épidémies de quartiers, de maisons, d'écoles, de crèches. D'abord unilatérale elle devient bilatérale au bout de quelques jours. Les symptômes sont légers : agglutinement des paupières le malin au réveil, peu de sécrétion, qu'on aperçoit en développant le cul-de-sac inférieur, sous forme de filaments blanc jaunâtre. La conjonctivite bulbaire est hyperémiée, ecchymotique par places. Pas ou peu de douleurs, légère photophobie; en somme les signes réactionnels sont presque nuls, et c'est pourquoi, lorsque l'hyperémie est légère, la conjonctivite peut passer inaperçue et fait courir d'autant plus de danger qu'elle est méconnue et non traitée.
Telle est la forme bénigne. Mais il y a aussi une forme grave avec phlye-
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rues conjonc Uvales, infiltrations nodulaires, ulcérations corriéennes el hypopyen, chémosis, sécrétion abondante et œdème des paupières. Cette forme grave est la moins commune, aussi l'examen microscopique devient-il nécessaire pour la reconnaître. Elle revêt parfois la l'orme pseudo-membraneuse (l'exsudai s'enlève facilement) ; les paupières sont alors très gonflées.
Le pronostic esl plutôt bénin puisque raffection ne se prolonge pas habituellement au delà d'une quinzaine de jours, qu'elle guérit sans laisser de I races, que la forme grave avec complication cornéenne n'est pas ordinaire et que lirilis esl rare ; mais on ne doit pas oublier (pie la forme légère bénigne peut donner naissance à la forme grave el qu'il y a lieu par conséquent de la soigner dès le début.
Diagnostic. - - En général facile. L'hyperémie bulbaire, le larmoiement, l'absence ou la petite quantité de sécrétion, l'absence également de signes réaclionnels, et, dans les cas douteux, l'examen microscopique qui montre de très petits bâtonnets cylindriques avec extrémités arrondies, libres ou inclus dans les cellules (bacille de Weeks), font reconnaître aisément la nature de la conjonctivite.
Traitement. - - Le traitement prophylactique esl très important. On surveillera les écoles, les crèches.
Une fois la conjonctivite déclarée sur un œil, on soignera l'autre préventivement par les lotions au borate de soude à 1 pour 100 et des instillations de collyre de sulfate de zinc à 2,50 pour 100.
Sulfate de zinc 25 centigr.
Eau distillée 10 grammes.
Instiller 2-3 fois par jour un collyre à l'argyrol.
Argyro1 20 centigr.
Eau distillée 10 grammes.
Et au besoin cautériser de temps en temps avec une solution de nitrate d'argent à 1,50 pour 100.
On fera chaque jour de fréquents lavages sur l'œil malade avec la solution boralée à 1 pour 100, chaude.
Borate de soude 5 grammes.
Eau de laurier-cerise 10 —
Eau stérilisée et filtrée 500 —
ou :
Acide borique 20 grammes.
Eau distillée de lavande 500 —
Kl malin el soir on appliquera, pendant une demi-heure environ, sur 1rs paupières des rondelles d'ouate hydrophile imbibées de celte solution chaude.
En cas de complications cornéerines on inlroduira le soir entre les paupières un peu de la pommade suivante :
U-V1"' i gramme
Vaseline . . i
Lanoline , j aa^ grades,
Dans «elle conjonctivite, comme d'ailleurs dans n'importe laquelle, on ne doil jamais faire de pansement occlusif: les verres fumés ou bleutés, ou
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bien un Lambeau (lottanl noir doublé à L'intérieur d'un tissu blanc qu'on change dès qu'il esl maculé, suffisenl à mettre L'œil à L'abri de la Lumière.
C. — conjonctivite subaigue ou diplobacillaire. Comme la précédente elle i\ une allure bénigne; Les paupières sonl agglutinées le matin au réveil ; la conjonctive esl faiblement injectée, soi I dans toute son étendue, soil aux angles interne ou externe (conjonctivite angulaire)^ La sécrétion légère apparaît au niveau de la caroncule; un peu de larmoiement, parfois un léger œdème <lu bord ciliaire, une certaine lourdeur des paupières le soir, une rougeur érythémateuse d(^ commissures ou des bords libres des paupières, tels sonl les symptômes habituels. Les complications cornéennes el iriennes avec ou sans hypopyon sonl exceptionnelles.
Unilatérale d'abord, la conjonctivite ne larde pns à devenir bilatérale.
Elle esl contagieuse el due à un diplobacîlle formé par deux éléments séparés par un espace clair central. On rencontre fréquemment des chaînettes de 2 à 3 diplobacilles.
Abandonnée à elle-même, elle peut durer des semaines el des mois, mais Le traitement en a facilement raison.
Traitement. — On lolionnera les yeux malin el soir avec la solution suivante, chaude :
Borate de soude 5 grammes.
Eau de laurier-cerise 10 —
Eau distillée de lavande 500 —
ou encore avec :
Acide salicylique M) centigr.
Acide borique *J0 grammes.
Eau stérilisée et filtrée 1 litre.
Couper ces solutions de moitié eau bouillie chaude.
Et deux fois par jour on instillera quelques gouttes du collyre suivant :
Sulfate de zinc k?0 centigr.
Eau de laurier-cerise -2 grammes.
Eau stérilisée et filtrée X —
D. — CONJONCTIVITE GONOCOCCIQUE. — V. Blennorragie oculaire.
E. - CONJONCTIVITE DIPHTÉRIQUE. — La diphtérie de la conjonctivite est analogue à la diphtérie des autres muqueuses, (/est le type de la conjonctivite pseudo-membraneuse; pourtant la fausse membrane n'est pas indispensable. Sourdille a observé la forme catarrhale. Elle peut coïncider avec d'autres lésions diphtériques ou exisler seule (V. Diphtérie).
Les paupières supérieures sont gonflées, rouges, chaudes, dures. Sur la conjonclivile on constate des plaques grises, jaunâtres, qui s'infiltrent et dont les dimensions sont variables; cette infiltration disparaît lorsque le processus n'a pas amené la nécrose des tissus; dans ce cas les parties nécrosées s'éliminent et la réparation se fait par la production de bourgeons charnus. Les plaques d'infiltration sont superficielles ou profondes, discrètes ou répandues sur toute la surface conjonclivale. Au début la sécrétion est fluide, séreuse; plus lard elle devient purulente. La cornée s'infiltre à son tour et, de plus, lorsque les fausses membranes l'enserrent,
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sa vitalité est compromise ; aussi clans les cas graves on observe des suppurations cornéennes qui compromettent à jamais la vision.
La diphtérie oculaire peut être bénigne (formes allénuées), la sécrétion est légère, séro-purulente ou simplement séreuse. Les fausses membranes sont très minces, très superficielles, elles peuvent môme faire complètement défaut. Malgré celte bénignité apparente, les complications cornéennes sont possibles.
Diagnostic. — Le milieu dans lequel se trouve le malade, son état général et surtout les complications diphtéri tiques, sont les éléments ordinaires du diagnostic qu'on ne saurait poser d'après les seules lésions oculaires. L'examen bactériologique est nécessaire pour avoir la certitude.
Traitement. — Le traitement général prime le traitement local qui devient secondaire. On isolera le malade et, aussitôt que possible, on fera dans la peau du flanc, ou au niveau des fausses côtes, une injection de sérum antidiphtérique de 20 centimètres cubes. On se basera sur le pouls et la température pour savoir si l'injection pourra être renouvelée les jours suivants. Ces injections seront de 10 à 20 centimètres cubes pendant 3 ou A jours.
On évitera les caustiques, le nitrate d'argent surtout. L'œil sera recouvert de rondelles d'ouate hydrophile imbibée de la solution boratée chaude.
Borate de soude 10 grammes.
Eau distillée de lavande 1 litre.
Cette solution servira à faire des lavages aussi fréquents que l'indiquera l'abondance de la sécrétion.
Plusieurs fois par jour on introduira sous les paupières un peu de pommade boriquée, et l'on instillera du sérum.
El, si un seul œil est atteint, on protégera l'autre œil par un pansement occlusif avec ouverture fermée par un verre.
F. -- CONJONCTIVITE AIGUË PAR LE BACILLE DE PFEIFFER. — On a observé une conjonctivite aiguë, bénigne, sans lésions cornéennes, à évolution rapide (quelques jours de durée) surtout chez les enfants et les nourrissons. Elle peut atteindre les adultes. Elle est due au bacille de Pfeiffer qu'on trouve dans la sécrélion. Cette conjonctivite n'est pas contagieuse.
Les paupières sont un peu gonflées, la conjonctive bulbaire injectée. La sécrétion est abondante. La cornée reste habituellement indemne, mais elle peut être al teinte et même gravement.
Pronostic. — Habituellement bénin il devient sérieux dans les cas de kératite.
Traitement. — Loi ions avec la solution boralée à 1 pour 100 et instillai ions de collyre au sulfate de zinc à 0,25 pour 10. En cas de complications cornéennes, collyre à l'alropine et pommade iodoformée.
<i. - CONJONCTIVITE STREPTOCOCCIQUE. — Se développe chez les malades atteints d'une affection lacrymale, d'où son nom de Conjonctivite lacrymale à streptocoques (Parinaud). Presque toujours unilatérale. Elle accompagne les poussées inflammatoires dans les rétrécissements des voies lacrymales, et dans les affections de ces voies lacrymales ducs à des ulcé-
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rations de la muqueuse des lusses nasales el de leurs annexes. Au niveau de ces ulcérations séjournent el se cultivent des streptocoques donl la virulence augmente sous l'influence d'une perturbation quelconque de la santé. 11 s'agii d'une lésion nasale chronique à laquelle s'ajoute fréquemment une infection produite par l'introduction des doigts dans le nez. La conjonctivite apparaît au cours dune poussée de péricystite; L'affection lacrymale est toujours antérieure. C'est l'extension à la conjonctive d'un processus inflammatoire atteignant simultanément le canal nasal et le sac lacrymal. La conjonctive esl 1res injectée, rouge sombre, violacée: l'hyperémie esl profonde comme dans le cercle périkératique de l'iritis. La conjonctive esl épaissie. La sécrétion esl peu abondante, muco-purulente, elle renferme toujours quelques chaînettes de streptocoques. Les paupières sont peu gonflées.
Il esl rare dans celle l'orme, chez les adultes anciens lacrymaux, que la cornée soit al teinte. Et même sans lésion cornéenne l'iritis n'est pas rare, mais elle n'est pas grave, elle se termine habituellement par quelques dépôts pigmentaires sur la crislalloïde anlérieure.
L'adénopalhie el quelques troubles généraux (fièvre, frisson, inappétence) parfois des manifestations du côté des articulations montrent que l'affection est sérieuse, comme l'est toujours d'ailleurs l'infection streplococcique. En tous cas, ici, le pronostic est plutôt bénin.
La guérison arrive vers la fin du second seplennaire, et la crise de péricystite el de conjonctivite étant passée, l'état lacrymal antérieur persiste. C.'esl lui qu'il faudra soigner afin d'éviter des rechules. Cette infection streptococcique peut donner. lieu à l'érysipèle de la face, à la phlébite sinusienne, à la méningite lorsqu'elle atteint à la fois son maximum d'extension et de gravité, ou seulement à la conjonctivite streplococcique, encore appelée pour cette raison érysipèle de la conjonctive.
Cette conjonctivite s'observe également chez les enfants et plus particulièrement dans le décours des maladies éruptives, de la coqueluche, des oreillons, des éruptions. impéligineuses; mais chez eux, elle prend souvent une toute. autre allure que chez les adultes. L'impétigo de la face et du cuir chevelu s'accompagne très fréquemment d'une lésion oculaire appelée kéraloconjonclivile. Eii sont atteints la majeure partie des enfants qui forment la clientèle denos dispensaires. C'est moins une conjonctivite qu'une lésion éruplive, Une; slreplococcie superficielle dont le danger est d'être susceptible de se généraliser, et non. une scrofulide exsudative. La conjonctive bulbaire esl rouge, chémolique, sécrète un pus grisâtre, épais, parfois recouverte d'un léger enduit pseudo-membraneux. La pseudo-membrane esl surtout épaisse sur la conjonctive tarsienne et donne une apparence de conjonctivile diphlérilique. Les paupières sont œdémaliées, rouges; elles prennent parfois l'aspect en coquille tel qu'on le voit dans certaines conjonctivites diphlériliques ou gonococciques graves.
Les cornées peuvent être prises, el dans ce cas on doit insister sur la-gravité de celte kératite streplococcique qui marche dans certains cas assez rapidement pour qu'une perforation puisse se faire en quelques heures en dépit de tout traitement. L'agent infectieux peut être tellement virulent
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qu'à la perforation succède une panophtalmie. Le pronostic esl grave, car
l'affection oculaire s'accompagne de phénomènes généraux (lièvre, frissons, grand abattement). Des complications broncho-pulmonaires sont possibles, et même une infection généralisée par septicémie. Chez ces enfants, on peul voir la streplococcie débuter par un érysipèle des paupières ou de la face.
Le diagnostic sera quelquefois difficile avec la conjonctivite diphtéri tique. On ne pourra être affirmât if qu'après un examen bactériologique.
Traitement. — Chez les adultes atteints d'une poussée de péricystite on lotionnera l'œil plusieurs fois par jour avec la solution à l'oxycyanure :
Oxycyanure d'hydrargyre 10 centigrammes.
Eau stérilisée et filtrée, 500 grammes.
ou bien avec :
Sublimé 0,10 centigrammes.
Eau distillée et filtrée 500 grammes.
Une grande cuillerée pour un verre d'eau tiède bouillie et filtrée.
On instillera le collyre de cocaïne à
Après la guérison ou au déclin de l'affection on cathétérisera les voies lacrymales et on fera des injections avec une solution de sublimé à \ pour 10000.
Lotions fréquentes avec la solution de sublimé comme plus haut.
On pourra même, si l'amélioration ne se produit pas rapidement, instiller un collyre de sublimé à \ pour 1000 en ayant soin de faire précéder et suivre cette instillation qui est douloureuse d'une instillation de cocaïne à 2 pour 100.
On veillera attentivement sur la cornée et à la moindre atteinte on instillera le nitrate d'argent à 2 pour 100. Dès le début on cautérisera chaque jour les fosses nasales avec un pin-
2 pour 1 00 en cas de complication irienne.