‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustréeChapitre 65 sur 91 · M. SÉE · texte numérisé non relu

M. SÉE

CORS, DURILLONS. — Les durillons, callus ou callosités, sont des hyperkératoses circonscrites, qui se développent sous l'influence de pressions ou de

665 Cors, durillons.

frottements répètes sur certaines régions : pieds traumatisés par la marche et comprimés par les chaussures, mains soumises aux frottements des outils, puis coudes et genoux, moignons d'amputations, etc. Certains durillons, par leur localisation, sont caractéristiques de la proi'ession du sujet (durillons des boulangers, sur la face dorsale des articulations phalangïennes, — des tailleurs, sur le pouce et l'index droits, etc.). Objectivement, ce sont des plaques dures, un peu brunâtres, tantôt lisses et tantôt rugueuses, à peu près indolentes; leur développement exige que la peau soit peu mobile sur les plans sous-jacenls. L'hyperkératose disparaît spontanément dès qu'est supprimée sa cause. Les traumas excessifs peuvent occasionner au-dessous d'elle une inflammation qui constitue le durillon forcé : il se forme une ampoule ou un abcès sous-épidermique parfois accompagné de fièvre.

Les cors ne sont autre chose que de petits durillons arrondis, et souvent saillants, dont le centre envoie dans le derme un prolongement en forme de coin : ce centre plus mou, mal kératinisé, apparaît lorsqu'on abrâse la corne par couches successives, sous la forme d'un point jaune ou blanchâtre, plongeant dans la profondeur. Parfois, une papille à vaisseaux dilatés vient pointer dans la masse cornée. Les cors sont douloureux à la pression; ils le sont souvent spontanément, surtout lorsque le temps devient humide. Les pieds sont leur siège presque exclusif, et notamment la région plantaire et le talon, l'extrémité des orteils et la saillie de leurs articulations; la face supérieure du 5e orteil y est particulièrement sujette. Entre les orteils, la macération leur donne un aspect spécial qui est celui de Y œil-de-perdrix. Comme les durillons, les cors disparaissent lorsque cesse d'agir leur cause, — en l'espèce, la marche dans des chaussures, — lorsque par exemple, leur porteur reste alité; mais ils reparaissent non moins vite dès que cette cause rentre en jeu. Sous eux aussi peut se former une bourse séreuse susceptible de s'enflammer.

Le diagnostic des cors et des durillons avec les kératodermies congénitales (V. Kératodermie symétrique), arsenicales et autres, n'offre aucune difficulté. La verrue plantaire diffère du cor de même siège par son centre mou à structure papillaire, par la douleur plus grande qu'elle détermine. Le mal perforant plantaire débute par un durillon, qui se phlyeténise et s'ulcère; ses bords sont souvent anesthésiques.

Traitement. — Le port de chaussures larges atténue sensiblement la douleur des cors; on peut encore les protéger par des rondelles de feutre, perforées au centre (corn-plasters) que l'on trouve dans le commerce. L'ablation régulière de la corne surabondante, au moyen d'une lame fine et tranchante, est un excellent moyen palliatif; les accidents auxquels elle a pu donner lieu venaient de coupures rendues septiques par le manque de soins. Un traitement d'effet plus durable est l'énucléation d'un cor entier, au moyen d'une fine spatule, mais il exige une grande habileté; on le facilite en ramollissant d'abord le cor dans un bain de pieds prolongé.

Un autre mode de traitement consiste dans l'application de kératolytiques : acides salicylique, lactique, acétique, potasse caustique, etc. Si on les applique en solution, sous forme de badigeonnages, il faut avoir soin de ne pas atteindre les parties saines avoisinantes. Les emplâtres salicylés (50 ou

Corps étrangers. 666

40 pour 100), au savon noir, etc., constituent un excellent moyen. Lés collodions sont également très employés.

Aride salicylique 1 gramme.

Extrait alcoolique de cannabis indica 50 centigr.

Alcool à £0° 1 gramme.

Éther à 62° 2 gr. 50

Collodion élastique 5 grammes.

M. S. A. (Vicier.)

On en applique une couche tous les soirs pendant huit jours, puis on prend un bain de pieds dans lequel on détache la masse m. SÊE.

CORPS ÉTRANGERS. — Il y a des corps étrangers qui se forment au sein de nos tissus : calculs, ostéomes, polypes dont le pédicule est rompu, esquilles suites de fractures, séquestres d'ostéite, etc. Leur étude sera faite ailleurs.

D'autres rien ne ni <lu de/tors; ils s'introduisent par une cavilé naturelle, conduit auditif, bouche, vagin, urètre, et secondairement cheminent dans l'organisme, intestin, estomac (v. c. m.); ou bien ils pénètrent par une solution de continuité des téguments; les uns atteignant un viscère seront décrits à propos des plaies de ces organes, les autres restent souscutanés. Nous étudierons aux plaies par armes à feu l'effet des projectiles, et nous discuterons la thérapeutique qu'il faut leur opposer. Il ne reste plus de ce chapitre disparate que les corps étrangers tels qu 'aiguilles , fragments de verre, échardes de bois, etc., qui pénètrent accidentellement, à travers les téguments. C'est aux mains et aux pieds qu'ils sont les plus fréquents; ils peuvent passer inaperçus, et ne se révèlent que par une douleur à certains mouvements, quelquefois par une infection qui, aux doigts, peut donner un panaris fort grave.

Les corps étrangers pointus, irréguliers sont rarement tolérés; ils gênent les mouvements des jointures; la pression à leur niveau est douloureuse, de telle sorte que le blessé perd momentanément l'usage de sa main, ou ne peut appuyer le pied sur le sol. Ces troubles rendent leur ablation nécessaire. Pour les uns, il suffit d'une légère incision, et on les cueille avec une pince; d'autres, au contraire, nécessitent une recherche longue et minutieuse, en particulier les aiguilles de la paume de la main ou de la plante du pied.

Aiguilles. — Leur extraction est une intervention chirurgicale difficile, pour laquelle l'anesthésie générale peut être nécessaire. On commencera par faire une radiographie de face et de profil de la région blessée, à dater de laquelle le malade gardera une immobilité absolue jusqu'à l'opération, car les mouvements déplacent l'aiguille et rendent toute recherche vaine. La peau sera aseptisée soigneusement; si on se contente de l'anesthésie locale, on la fera couche par couche, ou bien, au doigt par exemple, on utilisera la bague anesthésique. L'incision est faite lentement, progressivement, de plus en plus profonde; à chaque étape on examine la région, après hémostase soignée; on écarte et on soulève les tissus avec une pince de Kocher sans les comprimer, sans les déplacer, et on se reporte de temps en temps à la radiographie. Souvent l'aiguille laisse dans les tissus la trace de son passage sous forme d'une traînée noirâtre qui ressemble à une veinule; en la suivant

607 Corset (Pathologie).

on arrive directement sur elle. Le corps étranger peut cire caché dans un tendon, ou appliqué par le périoste sur l'os; on essaiera de sentir sa pointe avec la pulpe du doigt. En l'extrayant il faut éviter de le rompre, et comparer le fragment enlevé à celui que montre la radiographie; la plaie est suturée et pansée sans drainage. Si malgré une patiente recherche on ne trouvait pas le corps étranger, et il passe facilement inaperçu au milieu des fibres musculaires parallèlement auxquelles il s'est allongé, on refermerait la plaie, on attendrait la cicatrisation, et si les souffrances continuaient, on recourrait à de nouvelles radiographies prises en plusieurs sens différents pour tenter une nouvelle extraction sous anesthésie générale.

A MÉDÉE BA UMGAR TNER .

CORROSIFS. — Y. Poisons.

CORSET (PATHOLOGIE DU). — On a pu attribuer au corset de très graves méfaits : déformations rachidiennes, déviations sternales, strictions du foie et de l'estomac. Les modèles actuels du corset, largement distincts de la cuirasse de la Renaissance, ont très sensiblement atténué les anciens inconvénients. Toutefois, chez les femmes qui se serrent trop énergiquement, on peut reconnaître des troubles accusés de la circulation et une gêne prononcée de la fonction pulmonaire. Le pouls est rapide, la respiration superficielle et l'incursion thoracique limitée, brève; de temps à autre surviennent des inspirations profondes. Le visage se congestionne facilement, et sans être fréquentes, les syncopes sont possibles. Les mouvements des bras peuvent être gênés; et dans des cas ridiculement intenses, chez ces femmes qu'épaissit la ménopause et que rien ne saurait faire abdiquer, il peut y avoir jusqu'à de la cyanose et du gonflement des mains.

Dans la pratique courante, on est le plus souvent appelé à traiter un syndrome dyspeptique. De fait, le corset actuel enserre peu la ceinture, ne donne plus à la taille celte forme en sablier heureusement passée de mode. Il comprime en revanche l'épigaslre, aplatit le bas-ventre, et contribue à entretenir et exagérer, sinon à causer, la douleur des gaslropalhes. Ces malades se plaignent d'étouffer pendant et surtout après les repas, doivent se délacer pour calmer leur gonflement, les vertiges et les bouffées de chaleur qui les assaillent au sortir de la table. Quant aux sillons hépatiques, à la dislocation verticale et à la biloculalion de l'estomac, il semble probable que le corset n'est qu'un adjuvant à leur formation, et qu'il agit seulement sur des viscères déjà plosés, ou modifiés dans leur forme par quelque cyphose, par la rétraction d'un ulcus ou par des adhérences de diverses origines.

Il n'en reste pas moins évident que, peu nocif dans la moyenne des cas, l'emploi du corset est inutile avant la puberté, à surveiller et à régler pendant la grossesse, à proscrire chez les dyspeptiques, les obèses avecfaiblesse cardiaque, les pleurétiques et ascitiques. Dans certains cas où le corset semblera par l'amincissement de la taille avoir abaissé les viscères, le port d'une ceinture hypogastrique sera tout indiqué. Le mieux, pour satisfaire aux exigences combinées de la mode et de l'hygiène, est de recommander l'emploi simultané, mais indépendant, du soutien-gorge et du corset abdominal appuyé simplement au rebord résistant du bassin et

Coryza. 668

soutenant Le bas-ventre sans l'écraser. ( les préceptes sont d'importance toute spéciale pendant la période de croissance, et l'hygiène scolaire a particulièrement à connaître des attitudes vicieuses provoquées ou aggravées chez la

jeune (ille par le port de corsets défectueux. (V. PTOSES, Estomac).

FRANÇOIS MOUT un;.

CORYZA. — Catarrhe nasal.

A) Forme aiguë. — Elle débute en général par une légère irritation des fosses nasales et des sinus qui y débouchent, par une vive susceptibilité au froid non seulement de la région nasale, mais de toutes les parties du corps et spécialement de la région interscapulaire, par le picotement et l'éternnement. L'épaississement de la muqueuse atténue, et même supprime l'odorat, et par suite altère le goût ; souvent aussi l'audition est diminuée. Au niveau des orifices des sinus de la face, la muqueuse se pince et provoque des douleurs auxquelles s'ajoute la sensation de plénitude et d'oppression dessinus, localisée dans le Iront pour les frontaux, entre les yeux pour les ethmoïdaux, et jusque vers la nuque pour les sphénoïdaux ; les maxillaires sont rarement sensibles ; les conjonctives se prennent, tandis que l'engorgement du conduit lacrymal provoque l'épiphora.

Le catarrhe s'installe, d'abord fluide et hydrique, bientôt, en 24 ou 48 heures, purulent, empesant le mouchoir, se concrétant en croûtes épaisses, parfois fétides.

L'obstruction nasale, et la respiration buccale qui s'ensuit, exposent le pharynx, le larynx et les bronches à la propagation de l'infection le long d'une muqueuse irritée, et le rhume descend sur la poitrine. La voix d'abord nasonnée, s'altère alors souvent par le catarrhe glottique. Le nouveau-né ne peut qu'à grand'peine téter, tant il suffoque par défaut de respiration nasale, et tant l'effort de succion accroît le boursouflement muqueux.

L'état général est, dès le début, troublé sensiblement : fièvre assez courte, mais avec rappels fréquents, courbature, état grippal, oppression, dégoût, anorexie, insomnie, céphalée, herpès nasal et labial, troubles gastriques et intestinaux, abattement.

Causes. — Le froid et la grande chaleur, en général un changement brusque, qui paralyse les moyens ordinaires de défense de la muqueuse nasale contre la flore bactérienne qui l'occupe; cette action de la température peut ne pas s'adresser directement à la muqueuse nasale, mais retentit sur elle en se faisant sentir sur les pieds, ou sur les régions scapulaire ou lombaire, les plus susceptibles, ou sur tout autre point du corps.

La rougeole, la grippe, certains médicaments tels que l'iode, déterminent le coryza aigu, avec des intensités variables. Il se voit dans l'asthme nasal, où il reste à l'état hydrorréique, sans prendre en général la forme purulente. L'irritation nasale provoque alors aussi bien la toux quel'élernuement, avec ou sans bronchite.

La diphtérie, la morve et la blennorragie peuvent produire le coryza aigu sous la forme la plus légère comme sous la plus aiguë, avec suintement sanguin, ulcération, tuméfaction et jelage. Le diagnostic se fera par l'examen bactériologique et par les autres manifestations muqueuses, cutanées et articulaires.

669 Coryza.

Traitement. — Le plus tôt possible après le début du rhume, le mieux est d'obtenir une grande sudation, ou encore, chez les enfants, une purgation. Le rhume peut alors avorter. — L'antipyrine, le pyramidon associés aux boissons alcalines soulagent également ; les bains de pieds sinapisés, la dérivation sur la région interscapulaire (sinapisme, teinture d'iode) dégagent un peu l'oppression céphalique, ainsi que le repos complet à la chambre.

Localement, les aspirations nasales d'eau bouillie chaude, légèrement salée et iodée, la vaseline mentholée et mieux l'huile camphrée, introduites.plusieurs fois par jour dans les fosses nasales, calmeront le flux nasal, ainsi que les prises suivantes :

Iodol 1 gramme.

Benzoate de soude 4 grammes.

Camphre 1 gramme.

Cannelle en poudre 5 centigr.

Sucre vanillé 10 grammes.

B) Forme chronique. — Mêmes symptômes, atténués et fixés. La susceptibilité aux poussées aiguës et fébriles, aux céphalées, aux troubles généraux, aux retentissements bronchiques, articulaires et autres, est la règle. L'épaississementdela muqueuse s'installe, s'organise en granulations, végétations et polypes. Les sécrétions sont altérées, défendant mal les cavités aériennes contre l'envahissement des bacilles de l'ozène ; l'écoulement sanieux infecte les moindres replis des fosses nasales, des orifices tubaires et des parois pharyngées. Les tissus glandulaires s'atrophient, la sclérose succède à l'hypertrophie ; la dénutrition locale s'accentue et les orifices des narines s'ulcèrent, s'irritent constamment de poussées impéligineuses, surtout chez l'enfant. Le défaut de respiration nasale, l'attitude vicieuse de la bouche, nuisent à la croissance correcte des dents ; le nez inutile et inactif se développe mal dans la croissance de la face, la cloison se dévie, la voûte palatine s'excave en ogive, les orifices des narines tendent à devenir verticaux, par suite de l'aplatissement du nez. C'est le faciès, non de l'adénoïdisme, mais de l'atrophie nasale. Il existe une rhinite glaireuse, muco-membraneuse associée aux entérites et aux pharyngites de même ordre.

Cet état de catarrhe nasal s'entretient lui-même par un cercle vicieux. La respiration buccale condamne définitivement le nez, qui s'obstrue, se comble; l'infection nasale retentit sur l'organisme, qui à son tour défend mal l'organe malade; aussi cette rhinite chronique est-elle fréquente chez les lymphatiques, les scrofuleux, les hérédo-syphilitiques. Elle gêne l'arthritique, mais ne semble pas l'infecter.

Elle constitue un milieu de culture infectant, à l'entrée et au-dessus de l'appareil respiratoire et des oreilles. Elle se complique souvent de végétations adénoïdes ou muqueuses, de polypes (v. c. m.) et d'infections prochaines et lointaines; elle retentit sur tous les appareils, cérébral, respiratoire, digestif et sexuel.

Traitement. - - Il consiste avant tout à rendre perméables les fosses nasales, soit par l'ablation des végétations organisées, soit par la réduction de la muqueuse dans sa totalité. Les aspirations d'eau assez chaude, salée

Côtes (Fractures). 670

el iodée sont très actives; la cautérisation sur les points exubérants ou sur la paroi externe des fosses nasales, aux points de l'éternuement, et surtout l' entraine menl progressif de la respiration nasale feront le plus grand bien. L'état général s'améliore très vite el vient au secours de la réfection locale. Dans certains «-as, il scia hou de provoquer delà rhinite aiguë par iodisme : on obtient ainsi parfois une modification durable dans le sens le meilleur. Les irrigations forcées peuvent être très nuisibles; il faut leur préférer 1<'> aspirations, qui n'entraînent les liquides que dans les points ou passe l'air.

C) Coryza diphtérique. — Fréquemment lié à l'angine diphtérique, il consiste en un catarrhe souvent sanguinolent avec obstruction nasale, enchifrèneinent ei rejet de membranes. Les épistaxis parfois très abondantes, qui se présentent dans certains cas, dénoncent en général une forme toxique avec association de streptocoque. Il peut y avoir propagation aux conjonctives, et la diphtérie peut y affecter les mêmes allures destructives.

La diphtérie, d'autres fois, se cantonne assez obscurément dans les fosses nasales, sans autres symptômes qu'un peu d'obstruction membraneuse, de suintement muco-sanguinolent après le mouchage et rejet de croûtes grisâtres. L'examen bactériologique seul peut faire le diagnostic, et il montre d'ailleurs que le bacille de Lœftler peut séjourner longtemps et même habituellement dans les fosses nasales sans produire de réaction locale ou lointaine, en dehors de toute diphtérie apparente ou longtemps après la guérison d'une diphtérie. Dans la forme aiguë, les ganglions sous-maxillaires sont engorgés.

Le sérum antidiphtérique doit s'administrer en injections sous-cutanées le plus tôt possible, et aussi en application sur la muqueuse nasale (V. Diphtérie).

D) Coryza syphilitique. — V. Nez (Syphilis), Ozène.

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