‹ Nouvelle pratique médico-chirurgicale illustréeChapitre 7 sur 91 · LENORMANT · texte numérisé non relu

LENORMANT

BOUCHE ET DENTS (HYGIÈNE). — Celle hygiène esl le plus souvent négligée, surtout dans les classes inférieures de la sociélé. Il est nécessaire de faire comprendre toute son importance et son utilité; il est anormal, alors que toutes les parties du corps sont l'objet de soins quotidiens, alors que l'hygiène, appliquée journellement, défend l'organisme contre toutes les infections en le mettant en état de lutter contre les germes pathogènes, de négliger la cavité buccale, d'où peuvent partir un si grand nombre d'affections diverses et d'une façon générale toutes les maladies des appareils digestif et respiratoire. (Test à elle, en effet, que l'on doit s'adresser avec le plus de sollicitude; c'est elle que l'on doit maintenir dans un état d'asepsie aussi parfaite que le permettent les conditions spéciales où se trouve celle partie de l'organisme. Nous n'insistons pas sur cette nécessité de l'hygiène buccale envisagée comme un cas particulier de l'hygiène générale.

Mais, par sa situation même, la bouche doit être l'objet de soins particuliers; partie initiale du tube digestif, elle est à la fois voie digestive et voie respiratoire. C'est un véritable carrefour où peuvent se donner rendezvous tous les germes venus de l'extérieur; en outre, ses nombreux récessus, les espaces interdentaires, etc., permettent aux détritus et aux fermentalions de se localiser sûrement et de se mettre à l'abri de l'action mécanique des joues et de la langue; enfin les conditions pathologiques peuvent faire varier la réaction du milieu buccal, généralement germicide, de façon à la transformer complètement, achevant ainsi la réunion de tous les éléments nécessaires au développement d'une culture. Chacun sait combien est riche le polymierobisme buccal et la grande variété de bacilles que notre bouche est susceptible d'héberger en dehors de tout état pathologique, dans les conditions normales de l'existence. Or, ce polymierobisme représente, en puissance, un grand nombre d'affections générales, et chacun de ces bacilles pourra prendre de la virulence lorsque l'organisme, affaibli pour une raison quelconque, lui offrira un terrain favorable. Il importe donc de combattre leur séjour dans la cavité buccale, et, comme ils sont sans cesse renouvelés, tanl par la respiration que par l'alimentation, il importe que les soins de la bouche soient répétés d'une façon quotidienne au moins, plus souvent s'il est possible. Ces soins seront d'autant plus minutieux que L'organisme du sujet considéré sera plus débilité, et c'est particulièrement aux époques de crise qu'ils devront être recommandés el appliqués avec le plus d'exactitude el de détails.

L'hygiène buccale est en somme un traitemenl prophylactique de mala-

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dies générales (nous venons de l'exposer); elleesl ensuite le traitement prophylactique de la carie dentaire et de la pyorrhée al véolo-den taire. Il esl démontré aujourd'hui que la carie dentaire (\. c. m.) esl due à des acides formés par certains bacilles: les acides contribuent à la déminéralisation des dents cl les bacilles s'alimentent des substances organiques ainsi mises .1 leur disposition. Il faut, par conséquent, combattre le développement de ces microbes, bacilles de Galippe et Vignal, bacilles de Miller, lcplothrix, etc., pour préserver les dents des atteintes de la carie. On sait les conséquences de la carie dentaire, conséquences non seulement locales el individuelles, mais encore générales et sociales : il faut considérer que toute dent atteinte esl une cause d'affaiblissement de l'organisme, un foyer d'infection el de contagion.

Contre la carie dentaire, il faut combattre l'acidité du milieu buccal, qui est une cause occasionnelle de la maladie. La cause de cette acidité est due à des fermentations provoquées par certains bacilles (mycoderma aceli, bacillus lacticus, bacillus amylobacter, etc., 19 espèces isolées dont 9 produisent la fermentation lactique), et notamment par les bacilles propres de la carie dentaire.

Contre la pyorrhée alvéolaire ou mieux polyarthrite alvéolo-dentaire, affection d'origine arthritique, il faut combattre :

1° La cause générale, l'arthritisme lorsqu'on peut l'atteindre sous une de ses formes : diabète, goutte, etc. ;

2° La cause immédiate, les bacilles, qui sont à la source de toute arthrite alvéolo-dentaire (streptocoque pyogène, staphylocoques doré el blanc, etc.):

3° Les conditions ^qui favorisent le développement de ces bacilles, anomalies de position, gingivites, tartre, dents trop serrées, etc.

Par conséquent, les règles de l'hygiène dentaire se divisent en deux groupes; il s'agit de prévenir, d'une façon générale, le développement d'affections générales ou locales d'une part, et d'autre part de lutter contre l'établissement de maladies spéciales aux dents, carie et polyarthrite alvéolo-dentaire. La première indication est remplie par l'hygiène quotidienne, la seconde par les soins dentaires distribués d'une façon régulière par un spécialiste.

A) Hygiène quotidienne. — 1° Chez un sujet sain. — Elle consiste dans un nettoyage des dénis renouvelé après chaque repas et dans l'antisepsie de la cavité buccale. Le nettoyage des dents est pratiqué mécaniquement avec une brosse à soies fermes : on doit proscrire la brosse molle el la brosse de caoutchouc. Il faut en effet que l'action mécanique soit assez puissante pour débarrasser la surface des dents de tous les enduits qu'elle peut porter et particulièrement du tartre, dont les concrétions favorisent le développement des microbes de la bouche. Ce brossage doil être méthodique et s'adressera à toutes les surfaces dentaires. Il sera complété, si c'csl nécessaire, par l'intervention d'un cure-dents ou d'un fil de soie, passé doucement dans les interstices dentaires et débarrassant ceux-ci des détritus que la brosse ne peut atteindre. Nous disons : si c'est nécessaire, parce que l'emploi du cure-denls ne l'est pas dans une bouche normale. Chez un adulte, en effet, les dents ne sont jamais trop serrées: elles doivent se tou-

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cher absolument, de façon à empêcher les débris alimentaires de passer entre elles et de venir se loger dans les espaces interdentaires, qui, à l'âge adulte, sont comblés par du tissu gingival, sain et Terme; mais, en avançant en âge, les dents s'écartent quelquefois sous l'influence de. plusieurs raisons dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer, de même que les languettes gingivales interdentaires diminuent ou disparaissent presque, d'où passage et séjour de débris alimentaires entre les faces interstitielles des dents, ce qui amène presque fatalement de la carie dentaire.

On doit chercher à enlever ces débris par un bon brossage exécuté après le repas avec une brosse ferme, mais non trop dure, chargée de savon blanc ordinaire, suivi d'un rinçage de bouche assez prolongé avec une solution légèrement antiseptique quelconque, en ayant soin de faire avec les joues et la langue un mouvement de va-et-vient destiné à forcer le liquide à passer dans les interstices dentaires, afin d'entraîner les débris alimentaires, les débris épilhéliaux, les graisses, les mucosités qui y stagnent et qui oui déjà été dissociés et antiseptisés par le brossage savonneux. Si ceci ne suffît pas, on peut pousser entre les dents un courant d'eau avec pression débité par une petite canule montée sur une poire en caoutchouc que Ton presse vigoureusement.

Enfin, au besoin, on aura recours au cure-dents, mais on n'emploiera jamais d'instruments métalliques qui ont, à notre connaissance, causé des accidents fort nombreux, car, même aseptiques, ils peuvent traumatiser le tissu gingival et l'infecter, après s'être chargés dans les interstices dentaires des germes pathogènes qui y abondent.

Souvenons-nous, en effet, de la phrase du regretté professeur Mille r, dans un discours d'ouverture d'un cours dentaire : « Ayant examiné la bouche des plus belles, en Allemagne, en France et en Angleterre, j'ai trouvé qu'une llèche trempée dans la salive d'une d'elles, lue d'une manière plus foudroyante que les flèches empoisonnées dont se servent certains peuples primitifs et qui ne sont trempées que dans du venin de serpent. »

S'il en est ainsi chez des personnes qui se soignent méliculeusemenl, que doit-on penser des autres; on emploiera donc un cure-dents en bois, car on ne peut léser ainsi les gencives ou les surfaces dentaires. Il ne faut pas non plus que le brossage soit trop énergique et trop souvent répété. 11 n'est pas dangereux de provoquer une légère hémorragie des gencives, surtout lorsqu'il existe de la gingivite. 11 faut que ce brossage soit suffîsanl, mais il ne doit pas dépasser le but pour lequel il est institué.

Pour favoriser Faction mécanique du brossage, on y joint l'emploi d'une poudre dentifrice. Il existe un grand nombre de formules de poudres dentifrices; les qualités d'une bonne poudre sont les suivantes : elle doit être d'un grain lies fin et ne contenir aucune substance trop dure ou impossible à pulvériser, etc., susceptible de rayer l'émail et, en attaquant la surface de la dent, d'y créer des localisations possibles. De même on rejettera l'usage de la poudre de charbon, dont les grains peuvent se localiser au niveau de la gencive, \ créera la longue un liséré artificiel qu'il est presque impos-

Bouche et dents (Hygiène). 10

sible de faire disparaître par la suite. La poudre employée devra égalemenl être alcaline combal lanl ainsi l'acidité possible du milieu buccal, cl antiseptique, pour s'attaquer aux bacilles avec lesquels elle csl mise en contact. Il csl bon en outre qu'elle ait une action tonique sur les gencives. Voici une formule (jui répond à ces conditions :

Carbonate de chaux ) , ...

. , , . . . • / aa 10 grammes.

Carbonate de magnésie )

Borate de soude ."> —

Tanin 1 gramme.

Saccharine ) n Fn

., . [ aa 0 gr. bO

Carmin )

Essence de menthe XII gouttes.

(M. Roy.)

La pale et le savon peuvent être employés avec avantage; leur action mécanique est beaucoup moins énergique que celle <le la poudre. Leur usage esl indiqué en cas de sensibilité particulière du sujet, ou dans les bouches à enduit muqueux et abondant. La constitution de ces pâles et savons doit être basée sur les mêmes principes que celle de la poudre; le savon de Marseille convient parfaitement lorsque Ton ne peut disposer d'autre chose.

Nous avons dit que la réaction de la poudre devait être alcaline: ceci esl vrai dans la majorité des cas; mais, il esl évident que, dans certains cas particuliers, celle réaction devra varier comme celle du milieu auquel on s'adresse; certaines bouches ont une réaction alcaline, lorsqu'il y a peu ou pas de caries et une grande abondance de tartre : alors on pourra parfois employer une poudre très légèrement acide, d'où l'importance de rechercher la réaction du milieu buccal avant d'instituer un traitement hygiénique.

Le nettoyage mécanique des dents favorise Faction du lavage antiseptique qui doit le suivre. Les lavages de bouche doivent être pratiqués fréquemment avec des solutions franchement antiseptiques; on a imaginé un nombre considérable d'élixirs de toute nature qui remplissent ce but plus ou moins parfaitement. Le plus simple dentifrice esl représenté par une solution d'acide phénique (1 pour 100), une solution d'acide borique à 4 pour 100 ou une solution de formol à 1 ou 1/2 pour 1000. Le lavage de bouche doit être pratiqué à l'eau tiède, les brusques différences de température étant nuisibles à la conservation des tissus dentaires.

Le nettoyage à la brosse sera fait au moins une fois par jour, le malin au réveil, et la désinfection de la cavité buccale par des lavages antiseptiques après chaque repas et avant le coucher. Ainsi la bouche sera maintenue en étal de défense et restera relativement propre. Ces soins ne doivent pas être négligés chez les enfants, si sujets aux infections et aux maladies contagieuses. La dentition temporaire nécessite les mêmes soins que la dentition permanente. De sa conservation jusqu'à l'époque de sa disparition physiologique, dépendent en grande partie la régularité de l'apparition de la deuxième dentition et la santé dentaire de l'avenir.

2° Hygiène quotidienne chez un malade. — 11 n'est pas assez répandu dans l'esprit des médecins en France qu'ils ne doivent pas oublier de recom-

il Bouche et dents (Hygiène).

mander aux malades les soins de la bouche pendant le traitement des maladies graves el <|ifils doivenl s'assurer que ces soins sonl exécutés. Tous les ans nous voyons plusieurs malades dont les dénis sont fortement atteintes, parfois d'une façon irrémédiable à la suite de diverses maladies, souvent même à la suite de régimes spéciaux et surtout du régime lacté.

Le médecin qui soigne un malade atteint d'une affection sérieuse, comme une pleurésie, une pneumonie, une fièvre typhoïde, doit recommander le brossage quotidien des dénis, au moins avec du savon, le rinçage de la bouche avec une solution antiseptique. De même s'il s'agit d'un opéré qui ne peut s'alimenter, surtout par suite (Tune intervention sur la langue, le larynx ou les maxillaires. Déjà, à l'état sain, la bouche ne peut être tenue dans un état d'antisepsie relatif qu'avec de multiples soins et de grandes précautions. La meilleure façon de se maintenir les dents propres est de s'en servir beaucoup: c'est ce qui explique l'état sain des dents chez beaucoup de gens de la campagne qui ignorent, même de vue, ce qu'est une brosse à dents, mais qui mâchent beaucoup et surtout du pain rassis et des aliments durs: lorsqu'il s'agit de malades qui ne mâchent pas, on pense quelles doivent être l'attention et la méticulosité à apporter à ces soins.

C'est pourquoi, s'il s'agit de malades soumis à un régime spécial et particulièrement aux régimes des purées si en vogue actuellement, on ne saurait redoubler de précautions.

Disons un mot en passant du régime lacté, qui est si souvent employé. Outre que le malade ne se sert pas du tout de ses dents et que celles-ci se recouvrent de mucosités, outre que les acides produits par les débris de fermentation lactique en très grande abondance peuvent produire sur l'émail des altérations plus ou moins profondes, préludes de la carie, le malade n'a pas même la ressource du lavage par la salive, qui est très diminuée chez un malade soumis au régime lacté, ce qui prive les dents et la muqueuse buccale du grand bain prolongé et du lavage incessants produits par la sécrétion de la quantité très considérable de salive qui existe chez l'homme sain.

Les soins doivent aussi être plus attentionnés chez les femmes au moment des règles et au moment de la grossesse, car les gencives sonl 1res fréquemment enflammées à cette époque, ainsi que l'a démontré le professeur Pinard.

Enfin, si un malade a du sucre, les précautions doivent aussi redoubler: on sait, en effet, que les diabétiques sont plus susceptibles (pie les individus >ains aux inflammations de gencives et que leurs dents sont souvent atteintes de cette affection appelée polyarthrite alvéolo-dentaire, qui présente des nuées de formes. Rappelons également, pour terminer, qu'avant tout traitement mercuriel le médecin doit s'assurer que le malade a la bouche saine, sans racines, sans gingivites et qu'il doit toujours, par précaution, l'adresser au spécialiste avant le traitement en prévenant celui-ci du traitement qu'il doit subir.

B) Soins dentaires. — Ces soins quotidiens n'empôchenl pas toujours h' développement de la carie dentaire chez les sujets prédisposés par leur hérédité, par leur étal général, etc. De même, ils sont insuffisants dans une

Bouche (Syphilis). 'ri

bouche où il existe des dents cariées, autant de foyers dont il est impossible de pénétrer ions les récessus, loyers de contagion pour 1rs «lents voisines. L'hygiène buccale dentaire comprend donc les soins dentaires. Les dents cariées doivent être obturées dès que l'on s'aperçoit de leur atteinte; plus précoce sera l'intervention, meilleure elle sera. Lorsque la carie a l'ail de tels progrès que la déni ne peut plus être utilement conservée, on procédera à l'extraction de celle-ci de façon à ne laisser subsister aucune cause d'infection. L'intervention (\u spécialiste est absolument indispensable à la bonne conservai ion de la denture; elle s'exercera d'ailleurs favorablement si clic se produit régulièrement'; un examen semestriel dc> dents permettra de déceler leurs alfections dès leur apparition, de découvrir les premières atteintes de la carie, de les combattre séance tenante en restaurant l'organe malade. Il permettra également au dentiste de procéder au nettoyage mécanique des dents et de les débarrasser du tartre qui dans beaucoup de cas s'installe malgré tous les soins et qui, une fois installé, résiste au simple nettoyage quotidien. Or, ce tartre favorise l'infection et, outre qu'il est, lorsqu'il est abondant, l'indice de la dialhèse arthritique, il compromet la vitalité de l'organe dentaire, en favorisant le développement des cultures microbiennes et de la polyarthrite alvéolo-dentaire.

Le praticien combattra préventivement cette affection chez les prédisposés; il devra pratiquer deux fois par an le nettoyage des dents, débarrasser les culs-de-sac gingivaux des bacilles qui s'y sont installés, au moyen d'injections d'eau oxygénée et principalement d'instillations d'une solution de chlorure de zinc au dixième, de cautérisations sur les gencives (teinture d'iode, plus tard pointes de feu). Ce traitement prophylactique entravera la marche de l'affection et évitera bien des désastres dans l'avenir. 11 sera bon, également, de recommander au malade atteint de polyarthrite de laisser fondre dans la bouche 2 ou T> pastilles par jour des comprimés de ferment lactique (V. Polyarthrite).

Le traitement doit être accompagné du traitement de l'affection causale générale, dont l'amélioration s'accompagnera de la disparition des accidents dentaires. De même, dans la grossesse, qui si souvent s'accompagne de caries multiples dues à la décalcification des dents, on devra instituer un traitement minéralisanl (carbonates, phosphates) concomitant avec le traitement local.

Enfin, chez les enfants, l'hygiène dentaire, telle «pie nous venons de l'exposer, sera complétée par le traitement des irrégularités de la dentition, qui, toutes à des degrés divers, favorisent le développement de la carie : c'est le moment d'effectuer les redressements de tous ordres, etc., l'hygiène buccale parfaite étant le résultat des efforts combinés du sujet et du praticien. /:'. SAUVEZ.

BOUCHE (SYPHILIS). — La syphilis, à toutes ses périodes, peut se localiser sur la cavité bucco-pharyngée : mais ses manifestai ions les plus intéressantes portent sur le voile du palais ou les amygdales [V. Pharynx (Syphilis)], et sur la langue | Y. Langue (Syphilis)]. Nous ne décrivons ici que les accidents atteignant les lèvres, les gencives et la lace interne des joues.

15 Bouche (Syphilis).

Chancre. — La contagion immédiat,* n!est pas exceptionnelle chez le nourrisson allaité par une femme présentant des accidents au niveau du sein (et une nourrice mercenaire, élevant un hérédo-syphili tique, est exposée à con- I racler un chancre du sein). Chez l'enfant plus âgé et chez l'adulte, les rapports de bouche à bouche avec un sujet présentant des plaques muqueuses buccales, et, chez l'adulte, le coït ab ore, sont les causes les plus fréquentes de contagion immédiate ; ajoutons que les prêtres juifs peuvent être contaminés en pratiquant la succion du pénis au moment de la circoncision. La contagion est souvent médiate, le virus syphilitique étant transporté à dislance par la salive, ou parles fourchettes, cuillers, verres à boire, pipes, etc., ayant appartenu à un individu atteint d'accidents buccaux, primitifs ou secondaires ; c'est par un mécanisme analogue que s'explique la syphilis des souffleurs de verre.

De tous les chancres céphaliques, le chancre des lèvres est le plus commun : dans une statistique de Nivet, portant sur 537 cas, il est signalé 260 fois, tandis que la langue n'est atteinte que 36 fois, et les amygdales 29 fois.

Le chancre du nourrisson contaminé par sa nourrice au moment de l'allailement siège surtout à la partie médiane de la lèvre supérieure ; il est quelquefois double, occupant les deux commissures. C'est une papule rougeâtre, un peu saillante, à base nettement indurée, s'ulcérant rapidement, restant toujours petite. Chez l'adulte, où le chancre des lèvres esl tantôt solitaire, lantôl multiple, les caractères sont les mêmes; les dimensions atteignent celles d'une pièce de 50 centimes. Les ganglions sous-maxillaires, et, dans les chancres de la lèvre inférieure, les ganglions sous-mentonniers, sont toujours pris rapidement. La lésion reste indolore. Chez la femme et chez L'enfant, la transformation in situ du chancre en plaque muqueuse est la règle ; elle est plus rare chez l'homme adulte.

Aux commissures et aux gencives (le chancre gingival est très rare, et n'est noté que 6 fois dans la statistique de Nivet), te chancre reste plat, non saillant.

Aux lèvres, le chancre peut être confondu avec le cancroïde : il s'en distingue par son ulcération plus précoce et par l'envahissement plus rapide des ganglions.

Syphilis secondaire. — Il n'est pas rare d'observer, en même temps que la roséole cutanée, ou, un peu avant elle, une stomatite érythémateuse, roséole interne : il s'agit soit de taches rosées, parfois légèrement saillantes, soit d'une rougeur diffuse, vermillon, siégeant surtout à la face interne des joues et des lèvres, pouvant s'étendre au voile du palais et au pharynx : cette stomatite n'est pas douloureuse, ne s'accompagne d'aucun mouvement fébrile, mais persiste très longtemps.

Les plaques muqueuses sont fréquentes aux lèvres (bord libre, face interne, sillon gingivo-labial) : ce sont des plaques érosives ou papulo-érosives, quelquefois hypertrophiques ; elles sont ulcéreuses lorsqu'elles succèdent au chancre. Aux commissures, elles prennent la disposition en feuillets de livre (Fournier), el s'étendent d'ordinaire à la fois vers la peau et vers la bouche.

Bouche (Tuberculose). H

Sur le reste de la muqueuse buccale, les plaques muqueuses sonl fréquentes, mais n'onl pas de caractères particuliers. Elles sont favorisées el entretenues par les irritations locales (abus du tabac).

Dans la syphilis héréditaire précoce-, les lèvres sont sèches, fendillées, présentant des fissures <>w rhagades disposées à la manière de rayons.

Il est essentiel de reconnaître ces lésions très contagieuses : cl, en particulier, un nourrisson hérédo-syphilitique ne saurait, sous aucun prétexte, être confié à une nourrice mercenaire : l'allaitement au sein maternel ou l'allaitement au biberon lui conviennent seuls. On évitera de confondre les plaques muqueuses commissurales, chez les enfants, avec la perlèche (V. Stomatites). Syphilis tertiaire. — Dans la syphilis acquise, les syphilides ulcéreuse-. les gommes, n'atteignent guère que le voile du palais, le pharynx ou la langue. Il n'en est pas de même des syphilomes en nappe, qui peuvent infil- Irer les lèvres, soit les deux lèvres, soit La lèvre inférieure seule: on constate alors une hypertrophie énorme des lèvres, indurées el rigides ; la bouche reste entr'ouverte : l'articulation des mots est difficile : il n'y a aucun engorgement ganglionnaire. Le syphilome des lèvres ne s'ulcère ni ne suppure jamais ; mais il peut, à la longue, aboutir à l'atrophie.

Bien que nous n'ayons pas à décrire ici la leucoplasie, qui siège surtout à la langue, nous devons signaler ses rapports d'une part avec la syphilis, dont elle est presque toujours, sinon toujours, une conséquence, et d'autre part, avec l'épithélioma, le cancer se développant en général sur une langue leucoplasique.

Dans la syphilis héréditaire, les lésions buccales se manifestent surtout par des altérations dentaires : dents d'Hutchinson (V. Syphilis héréditaire).

Traitement. — Il faut d'abord éviter que le sujet malade ne conlagionnedes individus sains : s'il présente des accidents primitifs ou secondaires. lui interdire tout rapport buccal (un syphilitique ne doit pas embrasser ses enfants) ; exiger que ses fourchettes, cuillers, verres, etc., lui appartiennenl en propre et soient soumis à une ébullition prolongée chaque fois qu'il s'en est servi.

Comme traitement, on doit, aux deux premières périodes, prescrire le traitement mercuriel(V. Syphilis) : mais des soins locaux s'imposent, pour éviter la stomatite mercurielle et les infections secondaires : lavages fréquents de la bouche, brossage des dents, etc. Chez le nourrisson, on emploie souvent, comme préparation mercurielle, la liqueur de Van Swielen mélangée à du lait ou à de l'eau sucrée; mais les frictions paraissent préférables. Il s'agit là d'ailleurs du traitement général de la syphilis, et il n'y a rien de spécial à la syphilis buccale.

Le syphilome deslèvres, manifestation tertiaire, esl surtout justiciable de la médication iodurée (4 à 6 gr. d'iodure de potassium par jour).

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