POTOCKI
CRAYONS MÉDICAMENTEUX. — On donne le nom de crayons médicamenteux à des préparations solides présentant la forme de petits cylindres, et que l'on obtient soil par fusion d'un sel qui esl coulé dans une lingolière, soit par incorporation de substances actives dans une pâle molle qui est ensuite divisée, roulée en cylindre et durcie par dessiccation.
Créosote,
Crayons d'azotate d'argent (Pierre infernale) (Codex).
Azotate d'argent cristallisé 00 grammes.
Azotate de potassium . 10 — Triturez l'azotate d'argent avec l'azotate de potassium ; faites fondre le mélange dans un creuset en argent ou en porcelaine et coulez dans une lingotière.
Préparez de la même manière des crayons renfermant la moitié, le tiers ou le quart de leur poids d'azotate d'argent. Ces derniers crayons sont plus spécialement désignés sous le nom de crayons d'azotate d'argent mitigé. (A séparer).
50 centigr.
àâ P. E., Q. S.
îvec la gomme.
Crayons d'iodoforme (Codex).
Iodoforme pulvérisé
Poudre de gomme .
Eau
Glycérine
Mélangez l'iodoforme ajoutez l'eau glycérinée en quantité strictement nécessaire pour obtenir une masse de consistance pilulaire que vous roulerez et diviserez en cylindres de dimensions différentes, selon l'indication.
Crayons de tanin (Codex).
Préparez les crayons de tanin de la même manière que les crayons d'iodoforme.
CRÉOSOTE. — La créosole officinale est extraite du goudron de bois. Elle esl constituée par un mélange de composés phénoliques, dont le créosol ou éther monométhylique de Vhomopyrocatéchine forme près de la moitié; elle contient en outre une quantité notable de gaïacol (v. c. m.), puis des crésylols, du phlorol ou ortho-éthylphénol, etc.
La créosole est un liquide oléagineux de couleur jaunâtre, d'odeur spéciale, de saveur brûlante. Peu soluble dans l'eau, elle se dissout facilement dans l'alcool, l'élher, la glycérine, l'acide acétique, les solutions alcalines.
La créosote pure, appliquée sur la peau ou les muqueuses, détermine une brûlure. Les solutions fortes sont violemment irritantes pour la muqueuse digestive (vomissements). Les solutions diluées sont seulement astringentes mais, prises à doses élevées, elles peuvent déterminer des accidents divers : courbature, vertiges, sueurs profuses, délire, hallucination. La sensation de froid, avec hypothermie impressionnante, survenant quelques heures après l'ingestion du médicament, est le phénomène caractéristique de l'intoxication par la créosole.
Il est d'ailleurs à noter que la tolérance à l'égard de la créosole esl variable selon les individus.
La créosote s'élimine par le poumon et par les reins; c'est un antiseptique des bronches et des voies digeslives; c'est surtout un tonique, apéritif el stimulant de la nutrition.
Son efficacité est vantée dans le traitement de la tuberculose pulmonaire (v c m.) à forme torpide; elle modifie les sécrétions bronchiques, réveille l'appétit et améliore la nutrition. Dans les formes très fébriles à évolution rapide, dans les formes hémoptoïques, la créosole esl conlre-indiquée.
En dehors de la tuberculose, la créosote esl encore ulilisée dans les bronchites chroniques, el à très petites doses comme stomachique dans l'atonie gastrique. Comme topique, elle esl opposée à l'odonlalgie el aux chéloïdes. ,
Dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, pour atteindre la dose utile (2 gr. el au-dessus) sans éveiller l'intolérance, il est nécessaire de combiner les divers moyens d'introduction : ingestion (pilules, huile créosolée), lavements, injections sous-cutanées, frictions, inhalations.
Crésols, crésylols ou méthyphénols.
Huile de foie de môme créosotèe (Codex). Créosote officinale . . 10 grammes, (ïuile de foie de morue. 990 —
Vin créosote i < Sodex).
Créosote officinale . . 10 grammes.
Alcool à 90° 90
Sirop simple 100 —
Vin de Malaga .... 800 Vingi grammes de ce vin renferment vingt centigrammes de créosote^
Solution huileuse hypodermique.
Créosote officinale . . 10 grammes.
Huile d'olives lovée à l'alcool et stérilisée. 140 —
5 à 20 c. c. par jour (injecter très lentement).
Mixture stomachique.
2 gr. 50
15 grammes
l'Unies de créosote (Codex).
Créosote officinale! . . 10 grammes. Poudre de savon médicinal, desséchée à
l'étuve Q. S.
Faites 100 pilules, chacune renferme dix centigrammes de créosote.
Pommade (pour frictions).
Créosote officinale . 5 grammes.
Lanoline ...... J
Axonge / âii 25 —
Huile )
Lavement créosote.
Créosote officinale . . 2 grammes.
Huile d'olives 25 —
Jaune d'œuf N° I.
Lait 200 grammes.
Mixture odontalrjique.
Créosote officinale. . . 10 grammes.
Camphre 15 —
Teinture de benjoin . . 10 — Imbiber un tampon de coton.
Créosote officinale .
Teinture de noix vo-
mique
Teinture de Colombo )
X à XV gouttes dans un demi-verre d'eau ou de lait, une demi-heure avant le repas.
Créosotal (Carbonate de créosote). — Corps de consistance pâteuse, soluble dans l'alcool ou dans l'huile. Il contient 92 pour 100 de créosote et est moins irritant (pie celle-ci.
La dose est de 2 à 10 gr. en solution huileuse ou alcoolique.
Phosphotal (Phosphife de créosote). — C'est un liquide visqueux, jaunerougeâtre, contenant 90 pour 100 de créosote, soluble dans l'huile, l'alcool, la glycérine. S'adminislre à la dose de 50 centigr. à 2 gr. en capsules, émulsions, lavements.
Taphosote (Tannophosphate de créosote). — Liquide sirupeux; se prescrit en solution huileuse ou en émulsion. e. FEINDEL.
CRÉSOLS, CRÉSYLOLS OU MÉTHYLPHÉNOLS. — On désigne sous ces noms les Irois phénols isomères correspondant au toluène ou méthylbenzène.
Le goudron de houille renferme à la fois les trois crésols et, dans le produit officinal, ils existent dans les proportions suivantes : orthocrésylol, 55 parties; métacrésylol, 40 parties; paracrésylol, 25 parties.
Les crésols sont des antiseptiques, moins toxiques et plus actifs que le phénol; ils ne sont solubles que dans 50 parties d'eau froide, mais cela ne constitue pas une difficulté, vu que le crésylol se dissout abondamment dans les acides, les savons, les alcalis. On a ainsi un certain nombre de produits utilisés en médecine vétérinaire ou comme désinfectants : solvéol, solutol, h/sol, crésyl ou créoline,
Le crésylol officinal sert à préparer le soluté alcalin concentré de crésylol du Codex (parties égales de crésylol el de soude caustique liquide). Ce crésylol sodique dissous (à séparer) ne doit pas être employé en nature; il serf à préparer les solutions désinfectantes de crésylol. Celles-ci s'obtiennent en mélangeant à l'eau commune les proportions prescrites de crésylol sodique dissous (2 à 5 pour 100). e. F.
801 Crises nerveuses.
CRÉTINISME. — Le crétinisme n'est plus considéré que comme une forme du myxœdème (v. c. m.) ou mieux de l'insuffisance thyroïdienne. En effet, dans le crétinisme, ou myxœdème endémique, le goitre est très fréquent, mais on observe aussi l'atrophie du corps thyroïde, comme elle existe dans le myxœdème spontané ou crétinisme sporadique. Que la lésion soit atrophique ou hypertrophique, ce qui importe c'est l'insuffisance de la fonction thyroïdienne.
Ou ignore encore les causes exactes de ces altérations du corps thyroïde. On sait qu'elles frappent des populations entières habitant dans les pays montagneux, notamment dans les hautes vallées. Aussi a-t-on incriminé l'air, l'eau de boisson, l'humidité, les mauvaises Conditions hygiéniques de l'habitation et de l'alimentation. Pour d'autres le goitre aurait une origine parasitaire, et ce parasite, encore inconnu, vivrait à la surface du sol, serait véhiculé par les eaux des régions montagneuses.
Cliniquement, les descriptions des crétins, dits crétins complets, s'identifient avec celles de l'idiotie myxœdémateuse.
Les semi-crétins et les crétinoïdes correspondent aux cas plus ou moins frustes du myxœdème de l'adulte.
11 convient de faire observer que les crétinoïdes à peau flasque et ridée, à aspect vieillots sont assez communs, relativement aux crétins bouffis, aux crétins à tégument infiltré; on peut les mettre en parallèle avec le myxœdémateux demyxœdématisés.
Les troubles psychiques des crétins ne sont pas différents de ceux du myxœdème (v. c. m.).
L'arrêt du développement intellectuel est le fait prépondérant. On le retrouve à tous les degrés : idiotie, imbécillité, arriérisme (v. c. m.), quelquefois une simple torpeur tout à fait comparable à celle du myxœdème1 franc. e. feindel
CREVASSES. — V. Seins.
CRISES GASTRIQUES. — V. Gastralgie, Tares.
CRISES NERVEUSES. — On appelle crise un état paroxystique, caractérisé en mènerai par la brusquerie de l'invasion et de la fin, et par le contraste parfois violent qui se montre entre la normale et le syndrome morbide. Ainsi défini, le terme employé devient extrêmement compréhensif, et, de l'ail, innombrables sont les crises nerveuses. Les douleurs au long des nerfs, les vertiges, les contractures, la catalepsie, les viscéralgies diverses, les vomissements ou les phénomènes laryngés du labes, par exemple, peuvent être Fanges sous ce nom. Mais en fait, sauf indication particulière, l'expression mentionnée fait songer en général à quelque syndrome où auront, sinon prédominé, du moins figuré des phénomènes moteurs, des convulsions.
La crise nerveuse ainsi comprise présente à examiner deux ordres de phénomènes distincts, des manifestations somatiques d'une part, des troubles de la conscience d'autre part. Dans les quelques indications qui noiiI suivre, nous voulons seulement donner des notions sommaires sur la façon d'élaborer un diagnostic. Il ne s'agira ici que de convulsions généra-
Crises nerveuses. 802
lisées; nous renvoyons pour toute autre considération à l'élude de l'épilepsie jacksonnienne.
Symptômes. Dans une crise de Tordre étudié, les phénomènes
moteurs peuvenl se présenter sous deux aspects distincts, convulsions toniques el convulsions cloniques. On notera donc la présence ou l'absence de la contracture généralisée immobilisanl le corps dans le premier cas ou dos mouvements plus étendus el désordonnés caractérisanl le clonisme dans le second. On notera, en outre, l'ordre de succession el la durée de ces phases. Les symptômes secondaires seronl soigneusement noies au fur el à mesure qu'ils se révéleront ou qu'on les constatera. L'étal delà sensibilité, dvs réflexes, des réactions pupillaires sera remarqué; on pourra tirer d'utiles conclusions de l'examen de la respiration, de l'appareil circulatoire (asphyxie, cyanose), de la température, du fonctionnement des sphincters. Enfui, il sérail du plus haut intérêt de relever l'existence passagère ou non de paralysies, de contractures, strabisme, trismus, etc.
Cet examen sérail encore incomplet. Il convient de préciser l'étal psychique du malade: a-l-il, ou non, perdu toute conscience? Au contraire, présente-t-il de l'excitation, du délire, réminiscences du passé ou bien hallucinations variables? — L'analyse aussi détaillée que possible des urines terminera celle élude.
Après la crise, l'état psychique sera noté de nouveau; il importe, en effet, d'être fixé avec précision sur le souvenir qui peut rosier ou non au malade de son paroxysme. Enfin, on l'interrogera, s'il osl possible, sur l'aura (v. c. m.) qu'il a pu présenior, el près du patient ol de son entourage, l'on s'informera de la fréquence des crises. Il esl indispensable de savoir à quel Age, dans quelles conditions les crises oui débuté, el de préciser leur accroissement ou leur diminution. Elles peuvenl être répétées, subintrantes, formant ainsi ce (pie l'on appelle Y état de mal.
Étiologie. — Les crises nerveuses sont fréquentes à tout âge, mais spécialement chez l'enfant; c'est là même un mode de réaction banal, sans aucune spécificité diagnostique. Chez la femme et chez l'homme la fréquence esl moins grande, et si les causes demeurent multiples, le cadre en est cependant plus restreint.
Chez reniant, tout peut être prétexte à convulsion; mais les fièvres éruptives, la dentition, l'urémie, les méningites sont surtout à incriminer. Chez l'adulte, les infections, toutes les maladies encéphaliques, de la tumeur à l'hémorragie méningée, peuvenl provoquer une crise: mais il convient de songer à l'urémie entre autres intoxications, à la tuberculose, à la syphilis, et par-dessus tout aux manifestations classiques de l'hystérie et de l'épilepsie.
Diagnostic des crises hystériques et épileptiques - Rappelons brièvement le tableau de Yépilepsie. Après une aura motrice, sensorielle, psychique, etc., le malade pousse un cri et tombe, pâle, la langue prise entre les mâchoires serrées, le pouce contracture violemment sous les autres doigts. Tout le corps est raidè et frémissant. Au boni de quelques secondes commence le stade clonique : mouvements désordonnés des membres et <lu Ironc, projection de la langue, rotation de la tôle, affole-
805 Cristallin (Lésions traumatiques),
ment des globes oculaires. Le visage est vultueux; il peul y avoir miction involontaire, el bientôt la résolution complète et un stertor retentissant annoncent la (în de la crise. Au réveil, tout est oublié.
11 est en général assez facile d'écarter les autres diagnostics, toutes réserves laites pour l'hystérie sur laquelle nous allons revenir. C'est ainsi que dans l'urémie, dans les maladies des méninges, il n'y a pas d'aura, pas de cri ni de morsure de la langue, pas de distinction aussi nette entre les différents stades. L'oubli au réveil peut être incomplet, ou souvent le coma s'installe aussitôt. Mais ce ne sont là que des nuances, el en dehors de la connaissance précise du facteur éliologique, le diagnostic peut être longtemps incertain.
Avec Yhystérie, les choses sont beaucoup plus délicates encore. D'une façon générale, si l'on envisage les descriptions jadis classiques, la crise hystérique dure plus longtemps. Aux phénomènes de clonisme et de résolution succèdent des phases de grands mouvements et d'attitudes passionnelles, une période de loquacité délirante (V. IIvstérie). Mais l'hystérie peut s'ajouter au mal eomitial vrai. Voici les quelques points qui peuvent permettre d'établir un diagnostic. Le cri est rare dans l'hystérie, il est à peu près de règle dans lépilepsie; l'épileptique est silencieux, l'hystérique est bruyant el agité. L'hystérique ne veut ni se salir ni se blesser; l'épileptique se mord la langue el urine dans son pantalon. La crise de l'épileptique prend ce malheureux n'importe où, l'expose aux pires dangers ; l'hystérique ne se blesse à peu près jamais, a toujours le moyen de s'asseoir ou de glisser sans Irop de violence. Enfin, l'épileptique ne garde aucun souvenir de sa crise, cependant que dans l'hystérie toute conscience n'est pas abolie. Les crises nocturnes relèvent de lépilepsie seule.
On peut s'appuyer encore, pour diagnostiquer lépilepsie, sur quelques autres signes : l'hyperthermie, l'abolition des réflexes, la lividité des lèvres. 11 y aurait encore à rechercher dans l'intervalle des crises les manifestations éventuelles du petit mal : vertiges, absences, fugues, équivalents divers. Ces différentes données n'épuisent d'ailleurs point la question.
On peul, en effet, avoir affaire à quelque simulateur. Le dépister esl parfois facile : crise à grand effet, se produisant à point nommé pour que le médecin et l'auditoire en profitent . ; ni morsure, ni incontinence; maladresses dans l'exécution des temps de la crise, soil que le clonisme soit mal réussi ou la crise incomplète, soit que les troubles vaso-moteurs manquent, etc.
Les crises de nerfs des émotifs faites de mouvements désordonnés, de pleurs el de cris, sont difficiles à cataloguer, que l'on en fasse œuvre de simulation ou que l'on y voie une manifestation atténuée de l'hystérie.
F. MOUT Œil.
CRISTALLIN (LÉSIONS TRAUMATIQUES).
CATARACTE TRAUMATIQUE.— Elle survient à la suite de blessure accidentelle ou opératoire de la capsule cristallinienne, antérieure ou postérieure; le cristallin s'imbibe de l'humeur aqueuse et se cataracte lorsqu'il s'agit de déchirure ou de blessure de la cristalloïde antérieure; si le traumatisme a
Cristallin (Lésions traumatiques). 80 \
porté sur la cristalloïde postérieure, l'imbibition se l'ail par le vitré. On l'observe aussi à la suite de contusion, que celle-ci porte sur le globe oculaire ou sur une région voisine, tantôt avec ouverture <le la capsule et tantôt sans cette ouverture. Dans ce dernier cas, la commotion ei L'ébranlement suffisent à produire la cataracte, vraisemblablement en compromettant l'intégrité des vaisseaux qui assurent la nutrition du cristallin. Lorsque la capsule est ouverte en avant, le gonflement des masses cristalliniennes les font passer dans la chambre antérieure à travers l'ouverture capsulaire, et si celle-ci ne se forme pas trop tôt, la résorption peut se faire complètement avec retour de la vision. C'est le mécanisme de la discision de la cataracte. Ces cas heureux, sans complications, sonl exceptionnels. Le cristallin se cataracte promptement ou tardivement (cataracte post-traumatique) totalement ou partiellement, cl parmi les cataractes partielles, une mention particulière doit être accordée aux cataractes corticales antérieures ou postérieures en forme détoiles, aux opacités annulaires et aux stries grisâtres horizontales séparées par des intervalles transparents, et en général à des troubles de transparence pouvant affecter les formes les plus variées. Os dernières cataractes, ou mieux ces opacités, surviennent à la suite de contusion du globe et souvent disparaissent spontanément en quelques jours. Il s'agit d'opacités passagères, fugaces, transitoires.
La cataracte traumatique est susceptible de se compliquer de phénomènes inflammatoires, d'iridocyclite, d'accidents glaucomateux, de panophtalmie et d'atrophie du globe oculaire, indépendamment des autres lésions consécutives au traumatisme oculaire.
On a observé des cataractes par phototraumatisme, à la suile d'une décharge de très fort courant électrique et par la foudre.
Le pronostic de la cataracte traumatique est très sérieux en raison des complications (iridocyclite et hypertonie) qui nécessitent un traitement spécial, et en raison aussi des difficultés que présente l'extraction. Cette opération présente, en effet, des dangers.
Traitement. — On ne se hâtera pas d'opérer, à moins d'accidents aigus dus au gonflement des masses cristalliniennes. L'indication est d'abord de s'opposer à toute complication inflammatoire par les pansements antiseptiques et les compresses froides. Si la cataracte a tendance à se résorber on interviendra, s'il est besoin, par la discision; sinon on fera l'extraction, à condition que tout symptôme inflammatoire ait disparu, et en se rappelant qu'on a affaire à un cristallin dont les attaches à la zonule sont plus ou moins altérées, qu'on a à craindre l'issue du corps vitré au moindre effort du malade, et qu'on est obligé parfois de retirer le cristallin avec la curette. Dans certains cas même, la chloroformisation sera utile.
En cas d'accidents glaucomateux, l'extraction est périlleuse; aussi ferat-on bien d'extraire le plus de masses cristalliniennes par une ouverture faite avec le couteau lancéolaire, et de pratiquer une irideclomie qui permet Ira d'intervenir plus facilement s'il reste des exsudais.
LUXATIONS TRAUMATIQUES. — Tous les traumalismcs du globe peuvent se compliquer de luxation du cristallin. Les luxations traumatiques se pro-
Cristallin (Lésions traumatiques).
duisent notamment après les contusions du globe, les plaies scléroticales, les plaies de la cornée. Le traumatisme provoque la déchirure de la zonule, surtout si Cette dernière est déjà altérée.
Le cristallin peut rester dans le plan pupillaire, el s incliner suivant l'un de ces axes, il y a alors simplement subluxation; si le cristallin quitte le plan pupillaire pour se rejeter en arrière dans le vitré, il y a luxation; de même, il v a luxation si le cristallin tombe dans la chambre antérieure. Le cristallin peut être entraîné hors de l'œil, si la sclérotique vient à céder comme dans les cas de contusion ou de plaie avec rupture, et alors il vient se placer sous la conjonctive. C'est la luxation sous-conjonelivale. Si ht rupture scléroticale se complique de rupture conjonctivale, le cristallin est peut-être projeté au dehors.
Description. — Dans la subluxation, les symptômes sont plutôt subjectifs, la vision est gênée et la réfraction modifiée. Le cristallin reste transparent au moins dans les premiers temps. L'iris tremblote dans les déplacements du globe (iridodonésis). Ce dernier signe est très important, el sa signification sémiologique est grande. Si l'iridodonésis est partiel, c'est en celle région que la zonule a cédé. La pupille est dilatée.
Dans la luxation en arrière, dans le vitré, la pupille est plus ou moins régulière, le plan irien plus profond. 11 n'y a pins de reflets pupillaires. L'iris tremblote comme dans la subluxation, mais d'une façon plus évidente.
L'absence du cristallin, qui se trouve récliné accidentellement, pend l'œil hypermétrope comme après l'opération de réclinaison ou d'extraction.
V L'examen ophtalmoscopique, on peut, si IOn n'en est empêché par l'hémorragie, apercevoir le cristallin dans If \ il ré et juger s'il esl mobile ou fixe. Cette forme de luxation se complique habituellement d'iridocyclite cl de glaucome.
• Luxation sous-conjonctivale du cristallin d'origine traumatique (Péchin).
(huis la chambre antérieure donne l'aspect d'une goutte île ;i bord net. 11 ne farde pas à s'opacifier et à provoquer des phénomènes d'irritation el glaucomateux. Cette luxation peut'être incomplète.
Le cristallin luxé
[un:
Cristallin (Lésions traumatiques). 806
Lorsqu'il 3 a rupture sclérale, le cristallin peul sortir du globe avec ou sans sa capsule qui sVsl déchirée; le plus souvent, il sorl avec sa capsule el
se place sous la conjonctive (fîg. INI): on l'a home dans la capsule (\r Tenon. H ne reste pas toujours à l'endroil où il s'esl fixé primitivemenl : on a constaté sa migration en divers sens. Il adhère (\<^ bonne heure à la conjonctive el à la sclérotique. Cette luxation peul se compliquer de hernie de l'iris ou du corps ciliaire, d'iridocyclite avec ophtalmie sympathique, alors même que la conjonctive est restée intacte, au moins apparemment, el qu'il n'y a pas eu d'infection exagérée.
Enfin, s'il y a en même temps rupture sclérale el conjonctivale, le cristallin peul être chassé au dehors. Et il est loul à fail curieux de constater qu'après un pareil traumatisme, compliqué habiluellement d'iridérémie traumatique, la rupture sclérale linéaire esl à peine apparente, el la vision, après disparition du sang- dans la chambre antérieure el le vitré, peul être parfaite. Le Iraumalisme l'ait aveuglément ce qu'une opération d'extraction n'arrive pas toujours à atteindre, el l'on voit de pareils yeux conserver leur excellente vision, s'il ne survient pas un décollement rétinien ou un processus atrophique.
Diagnostic. — 11 est facile. Il pourra tout au plus manquer de précision au début, si une hémorragie masque les symptômes, et plus lard si le Iraumalisme est ancien, auquel cas on aura à l'aire le diagnostic différentiel avec les luxa lions congénitales ou spontanées.
Pronostic. — Généralement très grave. Dans la subluxalion, le l rouble visuel est persistant, et l'opacification tardive du cristallin esl toujours possible, sans compter les complications glaucomaleuses qui peuvent survenir bien que rarement. Dans la luxation en arrière, l'œil est généralement perdu si l'on ne parvient pas à extraire le cristallin, el celle exlraclion n'est pas sans dangers et sans aléa. Il est exceptionnel que le cristallin subisse une résorption complète el rapide. Lorsque le cristallin est luxé dans la chambre antérieure, l'avenir de l'œil dépend de la promptitude avec laquelle on intervient et de la quantité du vitré qui s'écoule.
Lorsque le cristallin est sorti de l'œil pour se placer sous la conjonctive ou être expulsé au dehors, le pronostic dépend de la gravité des lésions concomitantes, car un œil alleint de rupture sclérolicale ou scléroticoconjonctivale esl plus ou moins compromis et exposé, soit au décollement rétinien, soit à l'atrophie du globe. Nous avons vu que, dans certains cas, l'œil garde une bonne vision el se comporte comme un œil habilement opéré de cataracte.
Traitement. — Dans la subluxalion, on se bornera à instiller des myotiques et à appliquer un pansement occlusif pendant les premiers temps. On n'interviendra que si le cristallin s'opacifie. Dans la luxation en arrière, l'intervention opératoire n'esl pas urgente, car le vitré a une certaine tolérance.
Si le cristallin qui repose au fond de l'œil, est fixe, on pourra aller l'y chercher. Mais c'est une intervention périlleuse qu'on fera sous le chloroforme. On s'abstiendra, bien entendu, de faire l'irideclomie, el après la kératolomie, faite sans blépharostat, mais avec un pelil écarleur de Desmarres
807 Cristallin (Lésions traumatiques).
ou un autre, on introduira une anse (de Snellen ou de Ziegler) en arrière du cristallin qu'on ramènera aussi rapidement que possible, afin de ne pas perdre de vitré. Si le cristallin est mobile dans le vitré, sou extraction es! pleine de difficultés.
En théorie, on a conseillé de fixer le crislallin eu passant par la cornée ou par la sclérotique par une aiguille à division ou par un couteau à cataracte, et d'aller ensuite le chercher avec l'anse de Snellen; on comprend les difficultés qui peuvent se présenter.
Dans la luxation dans la chambre antérieure, il n'y a pas à hésiter. Le blessé étant chloroformé, on relèvera la paupière avec le petit écarleur, el on fera sortir le cristallin à travers une incision inférieure. Cette extraction n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire et dans certain cas l'extraction n'est possible qu'autant que l'iris est contracté en arrière par l'éserine el que le malade est placé dans une position spéciale de telle sorte que l'œil regarde en bas, la face élanl tournée contre le sol.
L'extraction du crislallin, sous la conjonctive, ne présente aucune difficulté.
CORPS ÉTRANGERS DU CRISTALLIN. — Le crislallin peut être blessé par des corps étrangers qui se fixent sur la cristalloïde antérieure, ou qui pénètrent dans les masses cristalliniennes sans sortir de la lentille.
Les troubles sont parfois légers au début; ils peuvent rester tels, ou bien les masses se gonflent par l'humeur aqueuse, masquent le corps étranger el sortent par l'ouverture eristalloïdienne, entraînant avec elles le corps du délit.
On a observé exceptionnellement des cristallins qui sont restés transparents, bien qu'ils aient été traversés de part en part, ou encore qu'ils aient conservé dans leurs lames le corps étranger qui a pu être extrait plusieurs jours ou plusieurs mois après l'accident. Ces cas exceptionnels doivent être dune rigoureuse observation, car avant de les enregistrer il faut bien s'assurer qu'avec le temps il ne s'est pas développé de cataracte tardive post-traumatique. Ces faits démontrent que le cristallin jouit d'une certaine tolérance.
Diagnostic. — Facile dans la plupart des cas, à moins que le corps étranger ne soi! enveloppé de masses calaraclées. Lorsque le crislallin est transparent, l'éclairage oblique n'est pas toujours suffisant; on se servira alors de l'éclairage avec le miroir, qui fait apparaître le corps étranger sous la forme d'une petite lâche noire. Les déplacements parallac tiques aideront à le localiser.
Traitement. - Lorsqu'il s'agit de fragment de fer ou d'acier dans un cristallin non cataracte, on tentera l'extraction avec un gros électro-aimant, el si l'on réussit à faire tomber le corps métallique dans la chambre antérieure, on ira l'y chercher avec la pointe d'un petit électro-aimant à travers une incision cornéenne à la lance. En tout cas, celle extraction sera faite aussitôt que possible, car les corps métalliques ne tardent pas à se compliquer de sidérosis. En cas d'insuccès pour l'extraction tanl (U^ corps métalliques que d'autres corps étrangers, on sera généralement obligé d'extraire
Cristallin (Luxation). 808
le cristallin. Autanl que possible, <>n attendra, pour faire celte opération, que les symptômes inflammatoires aienl disparu (V. Cataracte traumatique). PÊCH1N.
CRISTALLIN (LUXATION). — La luxation du cristallin esl congénitale ou acquise par rupture de la zonule de Zinn.
Toutes les causes capables d'altérer ou d'atrophier la zonule peuvenl produire celle rupture : ramollissement du vitré, ancienne iritis, atrophie de l'iris, choroïdite, cataracte régressive. Tous les traumatismes de l'œil peuvent se compliquer de luxation du cristallin [V. Cristallin (Lésions traumatiques)]. Le déplacement est partiel (subluxation), ou total (luxation). Dans la luxation, le cristallin tombe dans la chambre antérieure ou dans le vitré, ou reste sous la conjonctive lorsqu'il n'esl pas expulsé de l'oeil tout à l'ail. Une fois le cristallin déplacé ou disparu, l'iris n'aura plus son soutien, son point d'appui habituel; aussi sera-l-il un peu mobile, celle mobilité apparaissant surtout dans les mouvements du globe oculaire (iridodonésis).
Le pronostic esl grave. La subluxation congénitale produit une vision défectueuse, une myopie parfois élevée que corrigent imparfaitement les verres; en outre, elle peut progresser en même temps que le cristallin perd sa transparence. La vision baisse ainsi progressivement, et le seul moyen de parer à la cécité menaçante, surtout si des accidents d'iridocyclite ou glaucomateux surviennent, est de faire une extraction qui n'esl pas sans dangers. La luxation dans la chambre antérieure provoque des accidents graves du côté de la cornée, et de l'iridocyclite avec hypertension. Tombé dans le corps vitré, le cristallin se trouve placé comme le plaçaient autrefois ceux qui pratiquaient l'opération de la cataracte par réclinaison. Le danger, dans ce cas, pour n'être pas immédiat n'en est pas moins grand, car avec le temps l'œil finit par se perdre. Lorsque le traumatisme est assez violent pour chasser le cristallin hors de l'œil, le globe s'ouvre au niveau du limbe, à peine perçoit-on la rupture scléroticale. L'iris a généralement disparu, l'oeil est inéclairable ; puis, progressivement le sang qui a envahi le corps vitré se résorbe, et avec un verre convexe et un trou sténopéique la vision redevient excellente.
Traitement. — Dans la subluxation, tant que les troubles visuels pourront être corrigés par des verres, que le cristallin ne sera pas complètement cataracte et qu'il ne surviendra ni symptômes d'iridocyclite, ni accidents glaucomateux on n'interviendra pas. Dans le cas contraire, l'extraction s'impose, et l'on devra s'attendre à des difficultés. On la fera avec iridectomie, celle-ci pratiquée auparavant, si possible.
La luxation dans la chambre antérieure exige une intervention rapide afin de soustraire l'œil aux accidents qui ne tarderaient pas à évoluer.
La luxation dans le vitré permet la temporisation, d'autant plus qu'il s'agit d'un œil pathologique. Si la luxation esl survenue dans un œil sain à la suite d'une contusion, l'iridodialyse et l'épanchement de sang, soit dans la chambre antérieure, soit dans le vitré, ne permettront pas avant quelques semaines de reconnaître le cristallin dans le vitré. C'est à ce moment qu'on se décidera pour une intervention selon l'état oculaire. PÉCHIN.
Cristallin (Opérations).
Fig. 182.
Aiguille discision.