DÉLIRE SYSTÉMATISÉ HYPOCONDRIAQUE. — Y. HYPOCONDRIE
DELIRIUM TREMENS. — Le delirium tremens esl un délire aigu survenant au coins de L'alcoolisme chronique. On i><miI dans celle intoxication rencon* trer plusieurs variétés de délires en dehors des troubles mentaux proprement dils Y. Alcoolisme (Troi blés mentaux)]. Tous ers délires onl d'ailleurs les mêmes caractéristiques : ils sont mobiles, souvent professionnels. et les hallucinations visuelles prédominent. Certaines de ces hallucinations ont commencé pendant le sommeil, dans celle courte période qui précède le réveil (hallucinations hypnagogiques). Le malade continue à subir ces impressions inexactes après le réveil, el son délire esl avant tout actif : il se défend contre des ennemis, ou donne un corps à ses dysesthésies, el les fourmillements qu'il éprouve se transforment en morsures de rais. C'est à ce délire subaigu que Lasègue a donné le nom de rêve prolongé.
Symptômes. — Le vrai delirium tremens esl un délire fébrile (Magnan et Sérieux); mais une forme moins intense existe, apyrétique, dans laquelle les hallucinations sont moins violentes, moins agressives el presque exclusivement professionnelles. Dans cette forme encore, le tremblement esl moins généralisé que dans le type suivant :
Le delirium tremens survient à propos d'une émotion, d'une maladie, d'un traumatisme, dans une période où l'ingestion d'alcool a été supprimée, ou bien à la suite, au contraire, d'un excès sans rapport d'ailleurs avec la violence du délire. L'inanition, loules les fatigues le provoquent ; et l'on connaît sa fréquence toute spéciale dans la pneumonie, l'érysipèle, etc.
Le délire présente ordinairement une période prodromique qui peut être indépendante de toute incubation de maladie infectieuse. Pendant ce temps existe un malaise général, de la céphalée, de l'angoisse précordiale, un étal saburral. L'alcoolique esl impatient, irritable; il dort mal, et le peu de sommeil qu'il obtient esl troublé d'abominables cauchemars. Il présente alors quelquefois les signes de ce rêve prolongé décrit plus haut; el le tremblement qui l'anime habituellement s'accuse peu à peu. Puis, après 10 ou 12 jours de ces altérations prémonitoires, surviennent des hallucinations terrifiantes. Ces hallucinations sont souvent professionnelles.
Le'malade, s'il est cocher, se voit précipité de son siège; ou bien, prenant pour thème le fait divers lu la veille, il ne voit que meurtres el incendies; on l'attaque, on veut l'enfermer. S'il est à l'hôpital, il se croit en prison el, debout au milieu de la salle dont il invective les infirmiers, il arrache, en réclamant des juges, les bandages de son pansement ou les attelles de sa fracture. Très souvent aussi, il voit el il sent des animaux qui le harcèlent et rampent sur lui ou sous sa peau; il entend des voix accusatrices, il respire des odeurs infectes ou étranges que des êtres mal intentionnés répandent autour de lui pour le narguer ouïe faire mourir. Parfois cependant, une question pressante amène une réponse un peu nette; mais bientôt la terreur ressaisit l'halluciné qui peut dans le suicide, rare d'ailleurs, chercher éventuellement une fuite au danger supposé.
Le faciès est typique, congestionné ; les jugulaires turgescentes, le visage et le corps entier ruisselants de sueurs fétides, les pupilles étroites, le
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malade marche à grands pas, ou s'arc-boute sut* son lil les yeux exorbités et hagards. De la main il repousse les fantômes qui l'assaillent, et, pendant (ouïe la crise, il ne dort pas, il ne boil ni ne va à la selle. Non seulement la langue, les lèvres, les mains, mais encore le tronc, les membres entiers sont trémulants. Le thermomètre marque 40° et 41°. Si la fièvre atteint encore ce chiffre ou le dépasse au bout de 48 heures, l'issue falale est à redouter; elle penl se produire du 5e au 6e jour avec une hyperthermie excessive (42° et même 43°). Dans ces cas, il survient à la fin un état comateux.
Il existe des cas favorables : la durée, en semblable occurrence, est essentiellement variable, de 2 à 15 jours el plus. La guérison complète se fait lentement ; il reste longtemps de la céphalée, de la paresse de la mémoire, des troubles de la sensibilité, quelquefois de l'amnésie. On peut observer la persistance et diverses systématisations du délire, le passage à la démence enfin. En tout cas, le retour à la normale est annoncé par un sommeil calme.
Le pronostic demeure toujours extrêmement grave, bien qu'un malade donné puisse avoir, avant de succomber, jusqu'à 15 accès de delirium. Toutes les maladies préexistantes influencent la mortalité. Les complications rénales sont particulièrement graves, mais les cardiopathies et les pneumopathies ne le sont guère moins. Il convient de même d'ausculter avec un soin quotidien les alcooliques délirants : ces malades succombent dans une telle proportion aux infections pulmonaires ou broncho-pulmonaires aiguës, que l'on a pu tenir celles-ci pour la raison occasionnelle du délire, et non point pour une complication secondaire.
Diagnostic. — La richesse de l'élément hallucinatoire dans le délire alcoolique permettra d'écarter le diagnostic de paralysie générale ou de manie aiguë. Dans ces maladies, en outre, l'incohérence est beaucoup plus grande, tandis que l'alcoolique est parfaitement logique en ses actes, étant données les fausses sensations qu'il éprouve.
La plupart des intoxications (urémie, opium, belladone) présentent une tendance au coma précoce, des vomissements. Il n'y a pas lieu d'insister sur l'erreur consistant à prendre pour du délire éthylique les troubles cérébraux relevant des infections et pyrexies classées. Du reste, pour certains auteurs, le delirium tremens serait toujours d'origine infectieuse.
Traitement. — L'alcoolique délirant est dangereux pour lui-même et pour les autres. Il réclame, surtout s'il est blessé, fébricitanl, une surveillance constante ; on évitera autant que possible la camisole dont les sangles serrent le ventre, étreignent le cou, congestionnent le poumon, exaspèrent le malade immobilisé. S'il n'y a pas de fièvre, on pourra donner de l'opium, mais on proscrira le chloral. S'il existe un état fébrile, on pourra employer encore l'opium, mais on donnera plutôt des stimulants, de l'éther, de la caféine, de l'acétate d'ammoniaque, de l'acétate de zinc, ce dernier, sel très soluble dans l'eau, à la dose de 4 gr. par jour, En un mot, on luttera contre l'adynamie menaçante.
Le malade sera mis au régime lacté. On assurera également la diurèse par des boissons abondantes, des injections de sérum; on se trouvera bien encore des bains h'èdes prolongés ou des enveloppements Ihoraciques
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froids, niais il faudra surveiller de près le cœur pour éviter le colla psus. Dans Ions ces cas, on ne supprimera point brusquement l'alcool; <»n donnera au contraire des boissons alcoolisées, du Todd, niais ;i 1res petites doses rapidement supprimées (V. Délires fébriles). Enfin, on maintiendra toujours de la lumière dans la chambre du malade; on sait, en effet, à quel point les Lénèbres favorisent le cauchemar el précisent les hallucinations.