‹ Nouvelles andalousesChapitre 24 sur 38 · DON JUDAS TADEO BARBO · texte numérisé non relu

DON JUDAS TADEO BARBO

çon, dans une position brûlante et d’un extérieur distingué. Casta reste ferme, noble, désintéressée. Elle ne conçoit le bonheur conjugal que dans l’amour, et elle m’aime.

Je la vois le soir à l’Alameda où elle va sé promener avec la sœur de mon ami; mais, hélas 1 je n’ai plus que huit jours à passer à Cadix. Il faudra revenir ensuite à mon poste, mais j’emporterai dans mon cœur la foi dans le présent et l’espérance en l’avenir.

Continuation de cette lettre quelques jours après.

J’ai complètement oublié, mon cher Paul, de jeter cette lettre à la poste. Mon bonheur est égoïste. 11 ne s’est occupé que de lui. Maintenant je dépose sous le même pli une lettre de don Judas et, à la suite, la réponse que j’ai faite.

Xérès, 44 août 4844.

c Monsieur et ami fiscal ,

c Comme je sais que vous êtes intimement lié avec le commandant général, votre ancien condisciple (autrefois ces grands messieurs no fréquentaient que les personnes titrées), je crois que, mieux que personne, vous qui me connaissez et qui pourriez répondre de moi, vous voudrez bien faire comprendre à Son Excellence les injustices atroces dont je suis victime.

« Voudriez-vous croire que j’ai reçu du commandant général une dépêche portant que je suis un intrigant, un traître vendu à l’empereur du Maroc. Son Excellence m’accuse d’avoir promis aux troupes cantonnées à Saint-Roch et à Alg^.ziras une récompense très-forte si elles ne s'embarquaient pas pour l’Afrique. Moi ! promettre une chose semblable I Vous savez bien que je ne suis pas à ce point l’ennemi de mon argent; vous pouvez donc jurer que le fait est controuvé.

« Dites au commandant général et répétez-lui cent fois que je suis un homme sans principes et sans opinions. Je m’en fais gloire; les opinions ont perdu l’Espagne. Je ne suis ni carliste, ni exalté, ni modéré, et moins encore maroquiste. C’est un nouveau parti qui s’est formé, mais dont, je le jure, je n’avais pas encore entendu parler. Malheureuse Espagne 1 il ne te manquait plus que cela ! Je parie mon nez que c’est encore une invention de ces maudits républicains.

« La dépêche du commandant général me met en état d’ar-

restation et me donne la ville pour prison. Il m’est défendu de visiter mes fermes , et nous sommes au moment des récoltes ! On me vole, cher fiscal, on me vole à faire frémir le ciel.

' c II est vraiment inouï de traiter ainsi un chevalier de l’ordre de Charles III, le premier éleveur de l’Andalousie I Mes taureaux électrisent le public de Madrid, de Séville et de Cadix, tant ils sont féroces et braves, tandis que je suis connu pour mes qualités diamétralement opposées.

c Vous ne sauriez vous faire une idée de la stupeur causée ici par mon arrestation. Cette stupeur n’a fait qu’augmenter quand j’ai dit que j’étais soupçonné de maroquisme. On n’y comprend rien et moi pas davantage.

« Affirmez à notre excellent et bien-aimé commandant général que je suis bon Espagnol, chrétien de vieille roche, ennemi déclaré de ce parti mahométan, que Dieu confonde; sans relations, sans correspondance avec cet empereur en pantoufles dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce jour.

- c Mon cher Xavier , chacun en ce bas monde travaille pour . avoir le profit de sa peine (agir autrement serait se conduire

en imbécile) , je vous enverrai (si vous me tirez de ce scanda-

- leux embarras) une pouliche perle qui vaut une montagne d’or. Vous la monterez en souvenir d’un ami qui vous baise la main et qui voudrait vous être utile.

<t JooAS Taoéo Barbo. >

Voici ma réponse :

c Monsieur,

«La dépêche dont vous me parlez est fausse. Votre arrestation n’est qu’une plaisanterie : vous pouvez aller partout où bon vous semblera, sans crainte que personne se mêle de vo affaires. Plût à Dieu que vous eussiez la même réserve pour celles des autres !

■ Je suis, etc.

c X. Baréa. »

Tu devines comme moi quel est l’auteur de la mystification : Pedro de Torrès s’est vengé à sa manière. Si don Judas le soupçonne, ce qui est probable, il manquera de preuves. Mais com-

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ment Pedro de Torrès s’est-il procuré la tête de lettre dont il a dû faire usage? Voilà ce que probablement nous no saurons jamais.

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