C. A. OPPKUMANN, fnyénieur des Ponts et Chaussées
Directeur ,
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U” 6. — Juin 1855.
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BAUKUNST.
CHRONIQUE
i. lie puits artésien du bois de Boulogne.
Délibération et rapport favorable d’une Commission composée de MM. Dumas, président;
Élie de Beaumont, Poncelet, Mary, Lorieux, Juncker, Pelouze, et Alphand, rapporteur. — Adoption par la Ville de Paris.
Il s’agit d’alimenter plus abondamment la rivière du bois de Boulogne qui porte préjudice, depuis quelque temps, à toutes les fontaines monumentales de Paris, les pompes de Chaillot étant insuffisantes.
Plusieurs projets ont été discutés.
M. Kind, ingénieur saxon, s’est présenté à la ville, et vient d’être accueilli par elle, pour percer, à raison de 350,000 fr., dans la plaine de Passy, un puits de O"". 60 de diamètre, qui atteindra les grès verts aquifères du bassin de Paris, à une profondeur qui pourra être de 500 mètres. Le puits de Grenelle en a 5fi8. Ce puits fournirait, par jour, au bois de Boulogne, enyiron 13,300 mètres cubes d’eau salubre à 28® centigrades de température (le puits de Grenelle en fournit seulement 3,600, parce que son diamètre moyen n’est que de 0.18). Cette eau s’élèverait naturellement à une hauteur de 25 mètres au-dessus du sol de la promenade.
Les procédés très-économiques de W. Kind, déjà expérimentés avec succès à l’étranger, présentent deux points particuliers, et c’est sur eux que nous appellerons surtout l’attention.
1® Il s assure d’abord de l’inclinaison des couches inférieures du sol , en tranchant, à plusieurs profondeurs, dans le terrain, un trou annulaire dont il ménage le noyau solide, et en enlevant ensuite ce noyau d’une pièce pour en inspecter le bas. Connaissant l’inclinaison des couches, il en conclut le point du terrain où il faut percer, pour arriver le plus tôt possible à la couche aquifère.
2° La tige de sonde, de A à 500 mètres de longueur, est composée de pièces en bois ferré, pour éviter le fouettage des tringles en fer, trop pesantes, trop minces et trop élastiques, qui ne permettent pas aux instruments d’agir avec toute leur efficacité.
Enfin, pour ce qui est du prix de l’eau par mètre cube, l’eau de Seine élevée par les pompes de Chaillot coûte environ 5 cent, le mètre cube. L’eau du puits de Passy projeté, tous calculs faits, et y compris intérêts et amortissement, ne coûtera, selon M. Kind, que 1 cent.
Les eaux dont il s’agit, outre leurs avantages directs, pourront favoriser par leur haute température, les végétations exotiques que l’on voudrait acclimater au bois de Boulogne. Elles pourront alimenter en outre plusieurs industries. Bientôt refroidies par l’évaporation, et par leur mélange avec les eaux de la rivière artificielle , elles procureront,, par leur évaporation même, de la fraîcheur à la promenade, et ne seront pas nuisibles aux essais de pisciculture que l’on voudrait également tenter dans les bassins du bois.
Enfin, plusieurs membres de la commission très-compétente, consultée à ce sujet, admettent que l’étendue de la couche des grès verts aquifères du bassin de Paris est assez considérable pour que cinquante puits artésiens du même genre, percés dans ce bassin, à des distances moyennes de 3.256 mètres, ne se nuiraient pas et donneraient ensemble un débit de 200.000 mètres cubes environ, en vingt-quatre heures.
S. lie télëg'rapbe transatlantique.
Depuis le succès du premier câble électrique sous-marin, posé entre Calais et Douvres, l’on se préoccupe vivement dans tous les pays baignés par l’Atlantique septentrional, de la possibilité de relier les deux mondes par un câble du même genre.
Les difficultés de l’entreprise ne sont pas moins grandes que son importance. En principe, plusieurs savants (et notamment M. Babinet, de l’Institut), soutiennent qu’il est impossible de faire traverser à’ un courant électrique unique, un aussi grand espace que celui de l’Océan, c’est-à-dire 3,000 kilomètres environ, sans le renforcer en chemin par plusieurs piles de relai.
Mais les conséquences d’une œuvre de ce genre seraient si belles, si grandes et si utiles, que le problème devait être examiné avec le plus grand soin, et résolu quoi qu’il en coûte. C’est ce qui a été fait; et, d’après les résultats de cet examen, que nous allons analyser en peu de mots, la construction du télégraphe a été définitivement entreprise, et nous sommes convaincus, dès aujourd’hui, que dans trois ou quatre ans au plus l’appareil fonctionnera.
Les premières études ont été faites en 1853, par le gouvernement des États-Unis, sous la direction deM. Maury, habile physicien. D’après lui, la voie de l’Irlande au banc de Terre-Neuve a été adoptée comme la plus convenable. La distance la plus courte entre ces deux points n’est, en effet, que de 2,575 kilomètres.
A la fin de 1853, des sondages multipliés, opérés par le lieutenant Berryman , démontrèrent que le fond de la mer, entre les deux pays dont il s’agit, présente une surface assez peu accidentée pour recevoir et conserver sans dommage les fils télégraphiques.
La profondeur du bassin croit, par une pente régulière, depuis 2, 7A0 mètres sur les côtes de Terre-Neuve, jusqu’à 3,660 mètres sur celles d’Irlande. Il règne d’ailleurs à cette profondeur un calme éternel et complet. Les courants eux-mêmes y sont insensibles. Les fils y seront à l’abri de toute rupture et de toute déviation. La première difficulté du problème, celle du tracé, se trouve ainsi résolue.
Restaient à apprécier la valeur des objections tirées de la longueur du câble, des difficultés de son dévidement, de son installation. Or l’expérience de tous les télégraphes électriques déjà existants peut être invoquée ici à l’appui de notre opinion. Il n’y a, dans ces difficultés, rien d’insurmontable.
Le câble de Calais à Douvres a 38 kilomètres de longueur. Il est composé de quatre fils et pèse 182,700 kilogrammes. Le câble de l’Angleterre à la Belgique a près de 30 lieues , et fonctionne encore mieux que le précédent. Le câble de Varna à Sévastopol, sous la mer Noire, a 600 kilomètres (150 lieues).
Il existe aux États-Unis des lignes télégraphiques terrestres qui fonctionnent à des distances de 1,280 à 1,600 kilomètres (320 à AOO lieues). La ligne de Boston à Moniréal a une longueur de 2,A1A kilomètres. New -York communique régulièrement avec la Nouvelle-Orléans, à une distance de 3,16A kilom. (790 lieues).
La difficulté de construction du câble lui-même n’est rien, car en y appliquant les machines invcnlées pour le câble de la mer Noire, et en en faisant fonctionner plusieurs à la fois, on pourra l’obtenir en peu de temps. En lui donnant les dimensions transversales nécessaires, on arrivera à un poids d’environ 121,800,000 kilogrammes. Enfin la difficulté de transporter la masse du câble et de la dévider sur place, sera résolue
NUI \ KLLKS \\N\U;S DK KA CO N STM CTI 0 \.
:iii moyen do pliisioins navires consacrés îi col cllét lumdant le temps nécessaire. I.e c;U)le total sera composé, s’il y a lieu, de plusieurs morceaux (|u’on reliera hout .A bout, sur place.
Kn délinitive, les résultats de c(‘tt(! élude ont paru as.sez satisfaisants pour (pie deux coni|)at,Miies , l’une Ani'lo-Krançaise et raulre Américaine, se soient conslituétîs pour réaliser cet ouvrage, et se soient engagéi's, à leurs riscpu's et périls, îi poser un cAble sous-marin dtîsliné à relier rirlaude A Terre-Neuve. Ce cAble, actuellement commencé en Angleterre, pèsera 3,213 kilogrammes par kilomètre, et sera installé avant le 22 janvier 1Hf)S. Cluupic compagnie en exécutera une partie, il portera à ses deux extrémités deux piles colossales, et .sera relié, d’une part, au i ('seau européen, et de raulre au réseau des États-Unis. Ainsi se trouvera réalisée la communication électrique entre l’Europe et l’Amérique.
s. liC |umipiaK<‘ rintliiiio île Suex.
DOCI.VIUNTS I.liS ms UtïClîNTS.
Voici le ré'sumé et les conclusions d’un remarquable mémoire publié récemment sur le passage des deux mers, par 31. Paulin TAi.AiiOT, ingénieur on chef des ponts et chaussées. « Un canal a régime intermittent et a faible tirant d’eau, a été ouvert a plusieurs reprises entre le Nil et la mer llougc, soit dans l’antiquité, soit dans le moyen fige.
Los projets pour la canalisation de l’Istlime, établis sur les données erronées de 1799 (expéditions d’Égypte), ne s’appliquent également qu’a des canaux de petite et tout au plus de moyenne navigation (projet Lepère, projet Linant de Bellefonds).
La diirérence de niveau entre les deux mers qui , d’après les nivellements de 1799, aurait été de près de 8 mètres, n’existe pas. Les basses mers sont de niveau , et la différence de 80 centimètres qui existe entre les mers moyennes provient uniquement de l'inégalité des marées.
La cote du zéro du AIcqyas du Caire (échelle arabe, destinée à mesurer les crues du Nil], qui, d’après les nivellements de 1799, n’aurait été que de 5"’. 29, est en réalité de 13'".27.
Le projet de coupure de l’Isthme par la voie la plus courte de Suez à Tineh serait d’une exécution facile; mais le maintien de l’embouchure du canal et l’exécution d’un port et d’une rade abritée sur la plage de Tineh, présentent des difTicultés dont la solution eût été douteuse, même avec la hauteur qu’attribuaient à la mer Rouge les nivellements de 1799, et (pli deviennent absolument insurmontables, dès qu’il est constaté que les deux mers sont à peu près de niveau.
Le seul projet praticable, consiste à joindre Suez à Alexandrie par un canal à deux versants, dont le. point de partage est placé en amont du Delta. Si l’on s’en tenait à un tirant d'eau de 3 mètres, un canal de moins de AOO kilomètres de long, franchissant une hauteur totale de moins de 20 mètres, serait une oeuvre des plus ordinaires ; mais l’adoption d’une profondeur de 8 mètres, nécessaire pour les grands navires, augmente de beaucoup la dépense, et exige pour la traversée du Nil des ouvrages tout à fait hors ligne, dont l’exécution présente des difficultés incontestables , dont le succès pourtant est certain , soit que l’achèvement du barrage du Nil suffise pour assurer le tirant d’eau demandé, soit qu'on en vienne à la ressource dispendieuse, mais sûre, d’un pont-canal, fondé sur piles tubulaires, comme le pont de Benha (voir notre prochaine livraison).
Le port d’Alexandrie fournit dans la Méditerranée un excellent débouché, le port de Suez au contraire ne saurait être utilisé; mais un nouveau port et une rade abritée peuvent être établis avec succès sur un autre point du Golfe.
L’exécution du canal et celle du chemin de fer devraient être menées de front. Chacune de ces voies a son utiiité spéciale, et le trafic est plus que suffisant pour toutes les deux.
La dépense de l’entreprise, comprenant le canal, le chemin de fer, le port et la rade de Suez serait au plus de 300 millions.
A l’appui de cette assertion, les devis présentés par 31. Talabot sont les suivants :
r Ligne I)’Ai.exam)T!IF. a Suez. — Longueur: 392,000 mètres.
Oiivcrliirc (lu c.inal 1 1.S,5.')0,000 fr.
Ouvrages d’art 21,900,000
Somme à valoir ■i,5.S0,000
Total des dépenses du canal 1 '12,000,000 fr.
Kmljouchure cl rade de Suez 20,000,000
Dépense totale 102,000,000 fr.
Dans le cas on il serait nécessaire de recourir ù un pont-canal, ce
vliill're devrait être augmenté île 38,000,000
Ce (pii porterait la dépense totale à , . , 200,000,000 fr.
2" CANAI. lillU.CT AVEC l'OIM IlE l'AIIIAGE.
Ouverture du canal (iZ, 800, 000 fr.
Itigoles iraliinenlutlon - 17, .SOI), 000
Ouvrages d’art et réserve du lac liallati if, '100,000
Somme à valoir ,S, 300,000
Total 80,00(),000 fr.
Kmliouchiire et rade de Suez. 20,000,000
Dépense des travaux à exécuter dans la baie de Tineh, (jul dépasseraient certainement 50,000,000
Dépense totale du projet n“ 2 150,000,000 fr.
Observations relatives au deuxième projet. — 1“ Nécessité de relever la ligne d’eau du point de partage, d’au moins iZmêtrcs. — 2° Nécessité de construire (juatre é(d uses de plus sur chaipic versant. — 3" Diflicullés d’alimentation.