DES V0TA6KS
suite de cet événement , le roi résolut de bfttir une autre cité royale. Ce fut la nouvelle Ràdjàgriha" poura (1).
Si douteux que puissent être les détails de Thistoire , il est bien possible qu'elle ait un fond de vérité. Assise à rentrée même du défilé qui conduit de la plaine à la vallée intérieure de . Gbirivradja , la viUe fondée par Yimbisâra en défendait les approches. Il parait donc probable que telle en fut la première destination ; et lorsque plus tard, postérieurement à la mort de Çâkya-Mouni , la vieille capitale fut abandonnée par des motifs qui nous sont inconnus, Tautre place devint la résidence royale , et elle fut désignée à son tour sous le nom de RAdjâgriha , ou Demeure du Roi , qui lui est restée. Sous la dynastie bouddhique des rois Maouryà, la nouvelle Râdjâgriha perdit à son tour le rang de capitale du M agadba , qui fut transféré à Pàtali" poutraj sur le Gange. D'après les informations données à Hiouen-thsang , ce changement définitif de capitale aurait eu lieu sous le célèbre Açôka , qui joue un si grand rôle dans les annales du bouddhisme (2); mais ce renseignement n'est pas complètement exact , puisque Tchandragoupta , le fondateur de la dynastie maouryâ (315-291) régnait à Pâtalipoutra , où l'on sait que Mégasthène , l'envoyé du fondateur de l'empire des Séleucides , résida à sa cour.
(l)Hoe!.lI,p. 160.
(2) D'après les Tables de M. LisscD « A0ka occupa le tbrtoe depuis 363 STant notre ère jusqu'il 336.
Googk
44»^ NOUVELLES ANMAI^ES
, Au. t£nips de Hiouea-thsang , Ràdjàgriha' était-, exclusivement habitée par deç Brahmanes, auxquels Açôka l'avait abandonnée. Aujourd'hui cen'estplus q^u'un village qui a gardé le nom de Radjghir , à une quinzaine de milles anglais au S.-O. delà ville de Béhar; mais les ruines considérables qu'on y trouve encore^ et surtout les vestiges de l'ancienne enceinte qu'on y peut suivre, et que M. Francis Buchauan a décrits (1), annoncent assez l'importattice passée de cette capitale du Magadha. La place occupait une position élevée qui dominait la plaine , à une petite distance en avant de l'entrée du défilé conduisant à la vallée intérieure de Ghirivradja.
. C'est encore à la relation personnelle de Hioiien- ' thsang qu'il nous faut emprunter la suite de l'itinéraire du Magadha jusqu'à la frontière du royaume. » En partant de RâdjâgriM , est-il dit dans le Si* yu-ki (a), Hiouen-thsang fit environ 30 li au nord et arriva au couvent de Na-lan-to {Nâlanda vihâra) bâti par un ancien roi de ce royaume nommé Chokia-lo-o-tié-to (Çakrâditya). Son fils , le roi Fo-to^ kio-to (Bouddhagoupta) qui lui succéda sur le trqne , continua ses bonnes oeuvres et construisit un autre couvent au sud de celui-ci. Le roi Ta-ta-kiéto-kio-to (Tathàgatagoupta) suivit les exemples vertueux de son prédécesseur , et bâtit un autre couvent à l'est du second. Eiifin , le roi Po-lo-o-tié-to(Bâlâditya), son héritier légitime, bâtit un autre cou-
(1) Muntg. Martin , Eastern'India , I ; 86.
(i)' Analyie manuscrite. Gp. Hoel41, p« îeo et sutv.
Googk
:;BB8 VOYAGES. i7^
veBt au n^rd-^st du préeéderit* Fa-ché-lo (Vadjfa) ^^ fils de ce roi, lui succéda et se montra aussi reli^peux: et aussi dévoué que son .père. A son tour il bâtit uni autre çojiveQt à l'ouest de celui de Bâlâditya. ; . .
» Au sud de celui-ci s'élève un vihâra en cuivre^ (^Tamrafàrna vihâru?) qui fut construit par le roi KiaHi(ÇîUditya)....
» A l'est de ce couvent, à la distance d'enViroth deux cents pas /dans une enceinte de murs^ on vfeit une statué du Eiouddha , debout; elle est en cuivre , çt a 80. pieds debauteur. Elle fut érigée jadis par* le roi Moùan-tcheou (Pournavarma). ...»
Nous avons transcrit les paragraphes qui précèdent, surtout pour montrer, par tin remarquable exemple, de quels secours seront les documents de la' littérature bouddhique de la Chine pour la t^sii-" tution de l'histoire des bas siècles de l'Inde. Des sept rois nommés ici^ plusieurs manquent aux listes de M. Lassen ; quelques*-uns aussi ont été retrouvés sur les médailles et dans les inscriptions. La liste remplira sûrement une partie de la longue lacune* que les sourœs connues jusqu'à ce jour laissaient ' dans la série des rois du Magadba, à partit* du V siècle de notre ère (1)..
Hoeï-li a reproduit ce passage important de la relation (f>. 149 éqq. et p. 161). Il ajoute <jue ces^
,(1) Voyez lassçn, Ind. Alterth., II, p. 975, et les remarques de 11. Àlexander Cunningham sur les uoms de rois donnés par îtiouen*' , thsang , dans le Journal de la Société Asiatique de Calcutta, n» 103, 1848 « p. 36) sq*
Googk
48 N0IJYËLLE8 ANNALES
six couvents avaient été plus tard réunis en un immense vihftra par une enceinte commune, où l'on comptait en tout temps dix mille religieux. « Les samgh&ràmas (couvents ou vihâras) de l'Inde se comptent aujourd'hui par milliers , continue Hoeïli ; mais il n'en est point qui égalent ceux-ci par leur majesté, leur richesse, et la hauteur de leur construction. »
La distance et la dii'ection indiquées par rapport Ràdjâgriha , montrent que les restes aujourd'hui connus dans le pays sous le nom de Gaycngnancnidat à une petite distance à l'ouest du site ruiné de Ràdj* ghir(l), ne peuvent représenter le vaste et magnifique vihàra dee Nàlanda. Des ruines Considérables qui se voient non loin de la ville de Béhar à rouest(2) , près d'un village appelé Baragong ( Vihâragràma ?)r pourraient en marquer le site : du moins les positions correspondent. Il parait au surplus qu'avant la construction successive des six couvents dont la réunion forma le vihâra de Nàlanda , un vUlage de ce nom existait près de là ; car il en est question dans les documents cinghalais relatifs à la vie de Çâkya-Mouni(3). Hoeï-li (p. 149) rapporte ,unc légende sur l'origine du nom.
(1] Fr. Buehanaii'Hamiltim» dans VEoilem India de Montg. Maf' tin» I, p. 88.
(9) Turnoar, Eiamination of the pâli buddhistical Annals, Journal ofAêiaU Soe, of Bengal, vol. VII, 1838, p. 998. C'est à tort qW M. Burnouf {Introd, à Vhist. du Buddh. indien^ p* 69) a regardé AttfofMto, dont le pâli fait lYakida, comme le même li^u qu'un bourg
Googk
DS8 VOTAG^S. lf9
. Hiouen-tbjsang séjourna cinq aimées entières dans rétablissement de Nâlanda , < où chaque jour une centaine de chaires étaient occupées et où des milliers de disciples suivaient sans interruption les leçons de leurs maîtres. » Hiouen-thsang, pendant ce long séjour, y fit une étude approfondie de la langue brahmanique. C'est ce qui explique Texactitude des transcriptions phonétiques des mots indiens dans sa relation , aussi bien que des traductions qu'il donne en même temps de chaque nom ( toujours significatif en sanscrit) ; et c'est aussi ce qui a permis à M. Stanislas Julien (à la condition, il est vrai, d'avoir parcouru à son tour le cercle tout entier des études bouddhiques et sanscrites du Docteur chinois) de restituer avec une certitude absolue la forme sanscrite de tous les noms propres répandus dans la relation. Enfin le voyageur se remet en route. A 8 ou 9 li vers le sud-ouest il arrive à la ville de JKÎeoti-Iî-fcîa (KouUka ?) , au centre de laquelle on voyait un s toûpa érigé par Açôka. C'était le lieu de naissance du vénérable Moudgalapoutra. A 20 ou 22 li (environ 2 lieues ) de cet endroit vers le sud-est , Hiouenthsang mentionne une autre ville sous le nom de Kia-lo-pi'na'kia , dont la transcription sanscrite doit être Kalapinaha. Une bonne carte topographique des environs de la ville de Béhar permettrait peut-
de JVâla cité aussi parmi les lieax visités par le Bouddha Çflkya-Mounl ( Turnour, ibid, , p. 700 ). Ce bourg de JYàla , dont parle Fa-hian (qui écrit IVi'li , Foe-koue-ki, p. 255 ) était situé aux portes de Pâtalipoutra,ducôtédu S.-E.
Oclofrre 1853. TOMB it. A
Googk
50 mWEtLM AKKàUSS
étte d'y tetfouver ce» deux localités. A 35 M environ de Kalapinaka vers Test, la relation mentionne une montagne appelée Jn-to-/o-cW-Io-Wu-ho-c/kan , nom dans lequel les règles de transcription de M. Stanislas Julien lui font retrouver rappellaticm sanscrite d' Indraçâilagouka , la GroUe du Rocher d'Indra. C'est encore une localité signalée à ratténtîon des explorateurs. Sur la crotipe orientale de ce rocher il y avait un vihâra appelé Bansa Samghârràma, ou le Couvent de l'Oie (Seng-so-kia-lan). On peut voir dans Hoeï-li (p. 162) la légende relative à Torigine de ce nom.
Le Maître avait passé cinq années entières dans le Magadha,— cinq années employées en partie à visiter en détail , et à plusieurs reprises , tous les lieux eènsacrés autrefois par la présence du Bouddha Çâkya-Mouni , en partie à acquérir la connaissance fcppÈofSndie de la langue sanscrite, et à conférer sur les livres de la loi avec les plus savants docteurs du collège bouddhique de Nâlanda ; il fallait mainteitstîïi songer au retour. Cependant Hiouen-thsang ne voulait pa(s quitter Tlnde avant d'avoir vu tous les établissements bouddhiques des provinces orientales et 'ceux des contrées du Sud ; il se remit enfin en route pour accomplir cette dernière partie de la tâche qu*il s'était proposée. C'est celle où il nous reste à le suivre.
GoGgk
*DBS VOYA«Bft. $1