‹ Nouvelles annales des voyages, Volume 140Chapitre 3 sur 28 · ET EXTRAITS D'OUVRAGES RÉCENTS · texte numérisé non relu

ET EXTRAITS D'OUVRAGES RÉCENTS

HISTOIRE DE VILE DE CHYPRE sous le règne des princes de la maison de Lusignan , par M. L. de Mas Latrie , sous - directeur des études à rÉcole des Charles. Paris, 1852. 1 vol. gr. in-S", impriméy par autorisation du gouvernement, à l'imprimerie impériale.

Dans ce temps de faciles labeurs et d' œuvres hâti- Tes , M. de Mas Latrie a donné un exemple bien rare et bien digne d'être imité. L'ouvrage dont il entreprend la publication , et dont nous avons sous les yeux un volume , était dans le principe le résultat d'un concours , ouvert il y a douze ans , par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le programme tracé par la docte compagnie ne demandait pas seulement une histoire de l'île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan ; il embrassait encore tout ce qui se rapporte à la géographie , aux lois y aux coutumes , aux institutions religieuses , politiques et civiles de ce royauume ; à ses relations politiques et commerciales avec l'Ëur

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rope et TAsie , et plus particulièrement avec Gènes , Venise et l'Egypte. Le mémoire présenté par M. de Mas Latrie obtint le prix. Néanmoins Fauteur ne crut pas avoir accompli sa tâche dans toute son étendue ; il se remit courageusement à Tœuvre , et ce n'est qu'après avoir employé huit nouvelles années à explorer les archives de Turin , Gènes , Florence, Venise , Malte , Marseille , etc. , et à revoir son premier travail , qu'il a commencé la publication de son ouvrage. Le volume qu'il a mis au jour vers le milieu de l'année dernière , comprend seulement une partie des sources de l'histoire de Chypre ; le reste de ces documents occupera un second volume. Un autre volume contiendra un grand nombre de dissertations relatives à la géographie de l'île » tant à l'époque actuelle que dans l'antiquité et sous les Lusignans ; au commerce , aux institutions politiques et religieuses , à la numismatique , aux monuments du moyen âge existant encore dans l'île, et, enfin, aux sources de l'histoire de Chypre , sous le régne des princes de la maison de Lusignan. Un volume qui, lorsque l'ouvrage sera terminé , en deviendra la première partie , sera consacré au récit historique des événements arrivés durant les trois siècles pendant lesquels les princes d'origine française possédèrent la souveraineté.

Le royaume latin de Chypre fut un des Etats les plus puissants fondés à la suite des croisades , et celui de tous qui eut la plus longue existence. Dans Tannée 1191, Richard Cœur-de-Lion , roi d'Angle-

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terre, se rendant à Saint- Jean d'Acre, débarqua à Limassol , s'empara de File presque sans coup férir et la vendit aux Templiers moyennant 100,000 besans d'or (environ 9,600,000 francs de notre monnaie). Dès l'année suivante , l'ordre du Temple voulut renoncer à ce marché ; et , s'il fallait en croire plusieurs historiens anglais, et notamment Gautier Yinisauf , un des compagnons du roi d'Angleterre , ce souverain aurait donné généreusement sa conquête à Guy de Lusignan , ancien roi de Jérusalem. M. de Mas Latrie s' appuyant sur une continuation inédite de Guillaume de Tyr , confirmée par les chroniqueurs de l'île et par d'autres sources, prouve que les choses se passèrent autrement; que Guy de Lusignan ne fît que se substituer aux droits des Templiers , en leur remboursant les 40,000 besans d'or payés comptant au roi Richard. Celui-ci, sur le point de quitter Saint- Jean d'Acre , en 1192, transféra sa créance à son neveu Henri de Champagne, lequel en fit remise à Amaury de Lusignan , frère et successeur âe Guy, moyennant la cession du comté de JaSa. La maison de Lusignan a donné à l'île de Chypre dix-sept souverains, dont le dernier mourut en 1476, laissant pour héritière sa mère Catherine Cornaro, qui , dans l'année 1489, fit donation du royaume de Chypre à la république de Venise. Les Vénitiens conservèrent cette précieuse acquisition jusqu'en 1571, époque où elle leur fat enlevée par le sultan Selim II.

^ Le règne des Lusignans n'offre pas un grand

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nombre de faits importants; la plupart des princes de cette famille montrèrent peu de talents, soit pour la guerre, soit pour le gouvernement. Ils ne surent même pas défendre contre les Mamlouks de TEgypte les faibles débris du royaume de Jérusalem , que les Francs possédaient encore sur la côte de Syrie. La maison royale de Chypre nous présente trop souvent le spectacle de frères ambitieux et dénaturés , armés les uns contre les autres ; de révolutions de palais et d^assassinats. Il n'est pas sans intérêt cependant de voir par quels moyens de faibles princes, souvent abandonnés de l'Europe chrétienne, appauvris et bravés par les Génois , attaqués par les sultans d*Egypte, surent se maintenir pendant près de trois siècles sur le trône de Chypre , et donnèrent même à la Petite Arménie ou Cilicie ses quatre derniers rois(l). L'histoire des Lusignans se rattache , d'ailleurs , à celle des croisades, dont elle forme, pour ainsi dire la continuation ; à celle de la papauté , des républiques italiennes et des Etats musulmans de l'Asie -Mineure et de l'Egypte. On Toit que le sujet traité par M. de Mas Latrie, quoique, en apparence , fort circonscrit , intéresse presque tous les peuples du littoral de la mer Méditerranée. Le plan que s'est tracé l'auteur et qu'il expose dans sa préface, nous paraît de nature à obtenir l'approbation de tous les lecteurs éclairés. M. de Mas Latrie y fait

(l)Un des rois de Chypre, Pierre !«% fut |qve#|t da Uire ^ roi <)'4rméaie, dans les dernier mois de son rè|[ne. Voyez l'Extrait de Guillaume de Blachaut, et |a qote de H. de Kas t<atrle , p. 311.

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connaître les principaux documents qu'il a mis à contribution, et qui appartiennent aux classes les plus variées : chroniques grecques, latines, italiennes , françaises du moyen âge ; chartes , privilèges , registres de. comptes , traités de paix , de commerce ou d'alliance , anciennes relations de voyage , etc.

Ce premier volume contient les documents relatifs i l'histoire des Lusignans de Chypre, depuis Tannée 1191 jusqu'en 1432. On y remarquera surtout des extraits d'une continuation inédite de Guillaume de Tyr; un mémoire latin sur les moyens de reconquérir la Terre-Sainte et d'anéantir la puissance des sultans d'Egypte, remis par les envoyés du roi de Chypre au pape Clément V ; un mémoire confidentiel adressé par Tinfant Fernand de Majorque à son frère dom Jayme II , roi de Majorque, sur les sévices dont il était l'objet de la part du roi de Chypre , son beau-père ; des fragments étendus de la chronique en vers de Guillaume de Machaut , et surtout celui qui retrace la prise d'Alexandrie par le roi Pierre P', fait d'armes brillant , mais stérile, qui ne servit qu'à attirer sur les Européens établis en Egypte les rigueurs des Mamlouks.

Ces extraits , et tous ceux qui composent le volume , sont accompagnés de nombreuses notes explicatives , où l'éditeur aborde courageusement , et le plus souvent résout avec bonheur, les difficultés qu'ils présentent. Indépendamment de ces notes placées au î)as des pages, on trouve dans ce tome plusieuis éclairoissemeiits sur divers points importants , soif

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de Thistoire politique de Tile , soit de celle du commerce au moyen âge. Nous avons déjà signalé, à propos de l'acquisition de l'île par Guy de Lusignan, la première de ces petites dissertations. Une autre est relative au transport des armes et des esclaves en Egypte , pendant le moyen âge. Dès le xii* siècle , la cour de Rome et les princes qui s^intéressaient véritablement au sort du royaume de Jérusalem, avaient compris la nécessité d'interdire aux Européens l'importation en Egypte des armes , des métaux, des bois de construction, objets qui manquent à cette contrée, l'ennemi le plus redoutable qu'eussent les principau* tés cbrétieimes d'Orient. « Les sultans, dit M. deMas Latrie , privés de ces premiers moyens de défense militaire , auraient vu leurs forces immédiatement affaiblies, s'il eût été possible de faire observer strictement les prohibitions par les armateurs chrétiens. Mais les plaintes continuelles de l'Eglise et l'histoire maritime tout entière attestent , par une infinité de faits , qu'il y eut une contrebande incessante pendant le xh", le xin" et le xiv« siècles de la part des naviga-* teurs chrétiens , particulièrement de la part des Génois et des Catalans. »

Les empereurs grecs reprochèrent aux Vénitiens , dès le X® siècle, de se livrer à la vente des esclaves(l)} mais ce commerce prit surtout un grand dévdop-

(1) M. de Mas Latrie aurait pu rappeler ici que , dans l'année 740 , plusieurs marchands de Venise achetèrent à Rome un grand nombre d'esclaves des deui sexes, à dessein de les aller Tendre en Afrique. Mais le pape Zacharie les racheta des Vénitiens et leur donna la liberté.

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pement au xiii* siède , quand la milice des Mamlouks y fonuée de cette population étrangère et belliqueuse transportée au Caire, se fut rendue maîtresse du gouvernement. Les YénitienSi toujours en faveur auprès des sultans , furent loin de négliger Tun des articles les plus avantageux du commerce d'Egypte. Aussi les papes, en prohibant la vente des armes aux sultans d'Afrique, défendent-ils avec non moins de persistance le transport des esclaves. Après les Vénitiens y les Catalans se livrèrent à cet odieux trafic , et une ordonnance de Philippe le Bel, de 1312, ac« cuse les Français d'y avoir participé quelquefois. Mais les Génois semblent avoir été , parmi les chrétiens , les véritables pourvoyeurs des sultans d'Egypte. Leur colonie de Gaffa , sur les bords du Tanaïs (1), était le grand marché de la traite pour toutes les contrées comprises entre le Danube et le Volga. Novaïri, qui écrivait alors au Caire, dit que les Génois établis en Crimée ne se faisaient faute d'enlever les enfants tar tares, quand ils ne pouvaient les

Lebeau, Histoire du Bas-Empire, t. XIII, p. 410. En l'aonée 781, le pape Adrien I« se plaignait à Gliarlemagne de la conduite des Grecs, qui, naviguant, disait*», sur les côtes occupées par les Lombards, leur achetaient des esclaves chrétiens, qu'ils allaient vendre aux Sarrasins; ce qui Tavalt obligé de faire brûler dans le port de Centumcelles (Givlta-Vecchia) plusieurs vaisseaux grecs, et d'en reteidr l'équipage en prison. (Lebeau, ibidem, L XIV, p. 81 ; voyei aussi M. Bel» naud , InvoêUmê des Sarrasins en France , p. SSS, SSO.)

(1) C'est par inadvertance que M. de Mas Latrie assigne ici à Gaffa une position qui convient à une autre colonie génoise, non moins célèbre, Tana ou Aaof, située bien loin au nord-est de Gaflh, près de l'emboachnrtldQ Don dans la mer d'Aaof.

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58 NOUVELLES AlflfALES

acheter, pour les envoyer dans les pays musulmans.

Uû autre iehÈircissemenî nous donne (p. 27 et suivantes ) des détails fort intéressants sur le commerce de Marseille avec le Levant. Une note sur une lettre d*Ali5t régente de Chypre , accordant divers privilège! a^x Génois, offre les réflexions suivantesi: «'Le principe delà protection des naufragés, méconnu eu Europe juscju'ôti xiii* et au xiv* siècles, fat admis dès les premiers temps dans la législation des croisés , et dut être inscrit dans la première rédac* tion des Assises^ car on le trouve consaoré dans les plus anciens monuments du droit public de la chrétienté d'outre-mer. Les princes chrétiens d'Arménie et de Syrie le reconnurent dans tous les privilèges quMls accordèrent aux commerçants d'Europe. Les rois tnusulmans y accédèrent aussi. Mais telle était la crainte qu'inspirait encore aux navigateurs le souvenir de l'ancien droit de bris , que nous les verrons stipuler des garanties pour s'en préserver , jusque dans les traités des xiv* et xv« siècles. »

Une autre note nous fait connaître une de ces pi^iss^Otes maisons de commerce florentines , dont l«s opérations s^étendaient sur presque toute TËuirope , et qui faisaient aussi le négoce dans les mers 4u J-evant. « hes Bardi, de concert avec les Peruzzî, autra compagnie de Florence, s'étaient faits les banquiers d'Edouard III dans sa guerre contre Philippe de Vallois. N'ayant pu être à temps remboursé!» àp leurs avances I ils faillirent en 1337 » et lais-^ sèrent une dette qui s'éleva , pour les deux muisons

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BSS VOYAGES. 59

réunies, à 1,365,000 florins d'or, représentant ati^ jourd'huî près de 99 millions , — la valeur d'un royaume! dît tristement Villani , che* ijui l'on peut 'voir la perturbation qu'occasionna cette catastrophe dans les affaires de Florence.

Un document de Tannée 1376 nous offre la première mention de la Mahone de Chypre , société de commerce contre laquelle les rois Lusignans , qui étaient devenus ses débiteurs à la suite de la prise de Famagouste par les Génois , eurent à défendre pendant près d'un siècle les intérêts de leur trésor. M. de Mas Latrie consacre une note étendue à indiquer Forigine et la destination de cette compagnie, qui se fondit par la suite dans le fameux OfUee ou banque de Saint-Georges.

n faudrait un second article aussi étendu ^ue celui-ci pour exposer tous les faits curieux que présentent soit les documents publiés par M. ie Mas Latrie , soit les notes qu'y a jointes le laborieux éditeur. Il est impossible que, dans un travail d'aussi longue haleine, il ne se soit pas glissé quelques erreurs de détail. C'est ainsi qu*on lit (page 74, note), qu'il y a sur le golfe d'Alexandrette deux positions du nom d'Aïas, l'une répondant à M^2S, Fautre k Issus. La vérité est que la seconde s'appelle Païas'et non Aïas , et que , selon le savant voyageur anglatf Ainsworth , les ruines d'Issus sont situées près de Keui-Tchar, au nord de Païas. Ailleurs (pag6 ISt, note) M. de Mas Latrie dit que les Latins cdDferr^ rent pendant près àhai siècle la ville de Smyme ,

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60 NOUVELLES AMNALEà

dont ils s'étaient emparés en 1344. L'occupation de Smyme par les chrétiens ne dura qjie cinquantehuit ans , cette ville leur ayant été enlevée par Tamerlan dans Tannée 1402, ainsi que M. de Mas Latrie lui-même l'a rappelé plus loin (page 219 ). On lit dans une note (page 510) un extrait d'un rapport présenté au sénat de Venise en 1423 par le doge Mocenigo , et offrant le chiffre des forces militaires de quelques princes chrétiens et musulmans. Ce rapport a été inséré par Sanudo le Jeune dans sa chronique publiée par Muratori. Mais il faut, ce que M. de Mas Latrie a négligé de faire ohserrer , que ce document ait subi des remaniements et des interpolations , car on y Toit figurer des princes qui ne commencèrent à régner que long- temps après 1423, comme Ouzoûn-Haçàn , souverain des Turcomans du Mouton-Blanc, mort en 1478, et Djihan-Chàh, de la dynastie des Turcomans du Mouton-Noir , mort en 1467. D'un autre côté, on y trouve mentionné Tamerlan , mort dès l'année 1 404.

Nous ne terminerons pas cette notice du volume de M. de Mas Latrie , sans remercier ce savant pour les textes intéressants qu'il a publiés et les notes érudites dont il les a fait suivre. Nous souhaitons vivement quela publication des autres volumes ne se fasse pas attendre , et que l'histoire du moyen âge se trouve ainsi dotée d'un travail important, bien digne de servir de modèle à tous ceux qui voudront écrire la monographie des établissements chrétiens en Orient.

Gh. Defbémert.

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TABLEAU de la situation des établisset&ents français dans FÂlgérie. Publié par le Ministère de la Guerre. 1846-49, Paris, I. N., 1861. — Idem, 1850^2. Parts, I. I., 1853. 2 Tolumes grand in-4* de 739 et 656 pages.

Mil-huit -cent-quarante-huit avait interrompu une publication qui comptait déjà alors neuf volumes , remplis des documents les plus importants et les pluç curieux pour l'histoire de notre colonie. Les deux nouveaux volumes de 1851 et 1853 ont comblé Tarriéré et remis Touvrage au courant.

On sait que chacun des volumes du Tableau annuel des établissements français dans T Algérie se compose de deux parties d'une étendue fort inégale. La première , toute administrative et militaire , n'est guère qu'une longue suite de tableaux où vient se résumer la vie intérieure de la colonie jusque dans ses moindres détails : précis des opérations militaires de l'année, mouvement de la population , administration civile et judiciaire , développement de l'instruction publique et des institutions qui la favorisent , travaux d'utilité générale exécutés parle génie militaire ou par le service des ponts et chaussées, extension progressive de la colonisation, mouvement commercial des importations et des exportations, état du revenu et des finances. De cette partie de l'ouvrage officiel , nous n'avons rien à dire : non que chacun des nombreux tableaux qu'elle renferme ne

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put donner lieu à des considérations d'un grand intérêt } mais dlcs nous entraîneraient sur un terratn qui est moins le nôtre que celui de Vadmiilisttation puUique.La seconde partie i purement. historique et géographique I rentre plus spécialement dans^ nos attributions; la nomenclature seule des morceaux que la collection renferme depuis l'origine , présen terait un répertoire aussi riche qu'instruttif j^ur Tétnde danord de l'Afrique à toutes lès époques ^ son histoire»

Quoique sous ce rapport les deux nouveaux voltih mes ne soient peut-être pas tout à fait au niveau des volumes antérieurs ^ il ne laissent pas encore d'avoir une valeur réelle. Dans le volume de 1851 , Vesposé du gouvernement et de Vadministratian deê tribUê îni^fènes est un morceau capital. Ce coté de la question algérienne, ainsi que Tauteur de cette excellente étude le dit avec raison » a une importance qui n'avait pas encore été pleinement appréciée i et il offrait les difficultés les plus diverses et les plus graves. Quant au volume de 1853 , la seconde paJrtie ne se compose que d'une Notice sur une nouvelle Carte du Sahara algérien. Les cartes , tant générales que patticuhères , qui ont été pubUé^s depuis quinae ans dans la suite des volumes du TabUau de V Algérie^ n^en forment pas la partie la moins précieuse; celle-ci n'est qu'une nouvelle édition, mais augmentée ou corrigée sur plusieurs points , de la carte de 1845. Au surplus I nous serons agréaUe à nos lecteurs en reproduisant la Notâce eUe*siânie# Le mctr-

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DB8 voTian.

cMu'est oourti et il a un véritable intéréè fi g6d%répliîe de la région de rAtlaè.

« Loriqûe, en 1845, futj]^ubliée, sous les auspices du maréchal Buçeaud et par lés soins de là direction ccntrîJé des affaires arabe», la carte du Sahara idgérien » iàos colonnes n'aVaient encore pënétfé dans aucune des parties de ce vaste territoire que Tcypinlon générale regardait comme une imâfensité inhabitable et inhabitée', semée de rares oasis serrant plutôt de jalons et de lieu de repos aux voyageurs des caravanes que de centre d'habitation à des populations vivant de leur vie propre^

D Cette erreur trop accréditée devait cesser le jour où des hommes, s'ècoUpant spécialement de la politique et de Tadministration des Arabes, ont pu cénatater des relations intimes et des ressemblances frappantes entre les populations qu ils dirigeaient et d'autres populations vivant en dehors ^ mais ncm loin de -leur territoire. En effet, des rapports quotidiens avec des individus isolés et venud jusqu'au' littoral, avec des troupeaux nombreux apparaissant sur les marchés périodiques du Tell, avec des peùplddes etitières émigrant sur nos possessions à certaines époques fixes , permirent de reconnaître qu'au lîctt de cette mer de sable s.'étendait , sous le nom de Sahara , au sud de Tell , un vaste pays séparant celuici du pays des nègres , et qui , pour avoir sa fthyaionomie propre, étrange même à certains égards , xf en contenait pas moins une véritable populatièn offrant une asses grande analogie avec celle que nous

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64 tfomriLLSS ahnalbs

coxmaissions depuis la conqaéte, utie popalation arabe , en un mot, qui , de même que celle duTèlI» est dii^isée en habitants des maisons et des Tilles , et en habitants des tentes et des douars ou tribus , est partagée en citadins et en nomades , en habitants dés ksours ou villages , et ea pasteurs errants ou campés là où les conduit le caprice ou la nécessité.

« Dans son ensemble , lit-on dans le Sahara algi^ » rien , te Sahara présente , sur un fond de saUe, ici » des montagnes , là des ravins ; ici des marais , là » des mamelons ; ici des villes et des bourgades , là n des tribus nomades, dont les tentes en poil de cha- » meau sont groupées conune des points noiirs dans » Tespace fauve. » Ce furent précisément ces détails de géographie physique et politique que la carte du Sahara algérien était destinée à constater et à faire connaître , comme le livre était l'exposé de la statistique , de l'ethnographie, de l'histoire du peuple qui Thabitait.

» Aussi exactement quie le permettait le mode d'information , c'est-à-dire l'interrogatoire des habitants et voyageurs du pays , contrôlé par les données générales de la science, l'auteur figure le système des montagnes toujours parallèles à la mer; le réseau de torrents en hiver, de ravins en été , qui sillonnent cette vaste étendue , et qui , encaissés entre les montagnes, offrent cette particularité, qu'ils courent du nord au sud et se perdent dans les sables; et enfin ces flaques d'eau que les chaleurs de l'été dessèchent, et dont quelques-unes sont

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dès marais volants bordés de végétation marine.

» On détermina également, d'après ces indicacations orales, la position des centres de population qui , dans la première zone du Sahara , sont beaucoup plus nombreux que dans le Tell , quoique parfois séparés entre eux par des espaces complètement nus , complètement stériles et distants de plusieurs journées de marche; la distance à laquelle rayonnent autour des villes principales et des ksours les tentes des tribus nomades alliées ; les puits échelonnés sur toutes les lignes dans toutes les directions , servant à la fois de lieu de station et d'indication pour les routes.

» Depuis lofs , et forcés par les nécessités politiques , en vue même d'assurer la tranquillité du Tell , nous sommes, à différentes reprises, intervenus dans le Sahara; nos colonnes ont parcouru ce pa,ys^\que nous ne connaissions que par ouï-dire. "*

» Elles ont pu constater la situation et fimportance des oasis , des villes , des centres de population : Touggour,les Zibans,El-Aghouat,Aïn-Madhî, les Chamba, les Beni-Mzab, Ouargla, Temacin, etc., et contrôler par elles-mêmes les indications de la carte de 1845, qui, dans ces circonstances, leur a été d'un utile secours.

» Au point où nous en sommes arrivés, tout porte à croire que c'est dans le sud que se fomenteront les derniers troubles, c'est là que se concentreront principalement les efforts de nos derniers ennemis. On a pu s'en convaincre dans ces derniers temps, et plus Oeîo^e 1853. TOMK iv. $

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d'un fait saillant est une déingnstration évidente de cet état de choses : la mort du sultan Serour, lafuite et les intrigues du chérif d'Ouargla , la prise d'El-, Aghouat, nos négociations avec Tindépendante corporation des Beni-Mzab , les courses de nos colonnes et de nos goums dans ce pays de la soif.

9 Ces relations , hostiles ou amies , pacifîcjues ou. guerrières , deviendront de jour en. jour plus fréquentes et plus directes. Il était devenu indispensable de faire connaître avec exactitude le terrain de nos opérations ; c'est cette nécessité qui a dicté à !Vi* le maréchal de Saint- Arnaud , ministre de la guerre, l'ordre de dresser une carte du Sahara algérien, et la direction des affaires de l'Algérie, chargée de l'exécution , a publié une nouvelle édition de la carte de, 1845 dont les indications avaient guidé nos colonnes , après avoir réparé les omissions et comblé les lacunes que l'expérience avait signalées, » , En ce qui regarde les publications officielles du Ministère de la Guerre sur l'Algérie, l'habitude en a peut-être en partie émoussé l'intérêt , et nous crair gnons que les hommes d'étude eux-mêmes ne les apprécient pas à toute leur valeur. L'espèce d'indifférence qui semble reléguer ces documents périodiques dans la catégorie des paperasses administratives est tout à la fois injuste et irréfléchie. Songeons donc de quel prix seraient pour la science deë renseignements analogues, aussi variés et aussi complets, que publie* raient les puissances étrangères sur leurs possessions extérieures : l'Angleterre , sur l'Inde , l'Australie ou

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DES VOYAGES. §g

le Canada ; la Hollande, sur T Archipel d'Asie ou la Guyane ; TEspagne , sur Cuba ou les Philippines j la Russie, sur le Caucase ouïe Nord-Ouest derAmérique ! Avec quelle avidité ces publicatious seraient recherchées! Avec quel fruit on les consulterait! Représentons-nous aussi de quelle valeur serait aurjourd'hui pour nous un Tableau analogue des provinces d'Afrique que nous auraitlégué l'administration romaine. V. de S'-M.

GEOGRAPHIA QRMCORUM ANTlQVISSmA , qualis ab Homero ^ Hesiodo y J^schylo tradita, ab Hecatœo digesta et condnnata fuerit.

RECHERCHES SUR LA TOPOGRAPHIE DES DE MES DE LATTIQUE , amc une carte. — Thèses présentées et soutenues devant la Faculté des Lettres de Paris, par M. C. Hasriot, ancien membre de l'Ecole française d'Athènes. Paris, 1853. Diiraujd.

(Journal de V Instruction publique.)

Depuis quelque temps la Faculté des Lettres de Paris est en correspondance suivie avec Athènes et la Grèce. Dernièrement , le langage des ouvriers et des pâtres de l'Attique ou de la Morée avait les honneurs du doctorat , et le grec moderne passait au rang de grec ancien , plus ancien que celui qui est en possession de cette épithète. L'autfe jour aoRS parcourions F Arcadie , l'Epire , la Cjampanie , ppur aller à la découverte des fleuves infern^fix î npHS

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avons cAloyé le Styx , traversé F Achéron , aperça le Cocyte, pénétré dans l'Averne; seulement, nous n^avons pas bu des eaux du Léthé. Aujourd'hui, nous allons faire une tournée dans TAttique, et dresser la carte des 174 dèmes ou bourgs de la patrie de Démos thènes. C'est le dictionnaire des communes , depuis Solon jusqu'à Démétrius de Phalére. L'Attique a trouvé son Vosgien.

Les Recherches sur la topographie des dèmes sont un des ouvrages qui font le plus d'honneUr à l'école française d'Athènes. Lire une trentaine délivres ou de dissertations sur la géographie de l'Attique, rassembler dans tous les auteurs classiques les passages qui se rapportent au sujet , parcourir le terrain , depuis le cap Sunium jusqi^'à Orope, et depuis la plaine d'OEnoé jusqu'à Marathon ; consulter les étymologies, observer la nature du sol , évoquer le nom oublié d'un dème à l'aide d*un rocher, d'un marais, d'une vigne , ne négliger ni une fontaine , ni un bouquet d'oliviers, ni un tombeau , ni un puits, ni quelques marbres épars ; se débrouiller des noms doubles ou triples , des lieux à peine habités qui étaient des dèmes , et des bourgs populeux qui n'étaient pas des dèmes, se donner bien de garde de confondre les dèmes avec les tribus, avec les noms de district, avec les noms patronymiques ; se défier sans cesse des dèmes douteux , des dèmes transférés d'une tribu à une autre ; voilà un aperçu des difficultés qu'avait à vaincre M. Hanriot : si nous n'étions pas convaincu , comme nous le sommes, de l'utilité de la topogrà-

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phie de l'Attique, nous serions lente de regretter fort peu les Attiques des géographes anciens^ puisque leur perte a laissé une si belle carrière à la sagacité des érudits modernes.

Les Pélasges autochthones de T Attique divisaient ce pays en quatre cantons, qui correspondaient aux régions naturelles du sol; la partie montagneuse de rOuest , les versants du Nord qui regardent TEubée, les plaines du Centre , et la presqu'île du Sud- Est. Les Ioniens, dontlebéros est Thésée, subdivisèrent et fractionnèrent ce pays , pour le ramener à Tunité ; c*est le commencement de la puissance d'Athènes. « Durant longtemps , dit Thucydide , l'At- » tique eut des habitants qui , partagés entre divers » cantons , vivaient d'une façon autonome. Même » après la concentration opérée par Thésée , ils con- » servèrent cette primitive coutume ; et la plupart » des anciennes familles et de celles qui se formé* » rent ensuite continuèrent à habiter au sein de » leurs domaines, et à vivre entourées de tous leurs » serviteurs dans les lieux où elles avaient toujours j» vécu, où se trouvaient leurs sanctuaires parti- » culiers, et, pour ainsi dire, leurs pénates do- » mestiques. Quitter ces demeures héréditaires et » changer de canton, c'eût été pour eux quitter la * patrie. »

Solon respecta la division en quatre tribus et la subdivision en phratries et en races ; il fit une constitution plus favorable aux pauvres , sans détruire les divisions politiques sur lesquelles était fondée

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Taris tocratie. Pisistrate , s'appuyant sur la multitude, parvint au souverain pouvoir, et prépara Favénement de la démocratie ; et c'est Clisthène c[uî , après la chute d'Hippias , en fut Torganisateuri II brisa le cadre des quatre tribus, et dissémina les phratries dans dix tribus nouvelles; la population s'était accrue ; le nombre des dèmes avait augmenté. Les dèmes restèrent l'élément primitif de cette société démocratique, et les tribus, quoique portant les noms des anciens béros Erechthée , Egée , Pandipn, etc., etc., et servant toujours à classer les citoyens libres , ne conservèrent plus de puissance ni d'esprit local. Ce fut un changement semblable à celui que produisit sur le sol français l'établissement delà circonscription actuelle du territoire. Le pouvoir du peuple et l'unité civile y gagnèrent tout ce que perdirent la vie provinciale et l'influence héréditaire des Eupatrides. Les primitives agglomérations, point d'appui des familles puissantes, furent mises en pièces; les tribus ne furent qu'une division purement civile ; les riches et les puissants furent perdus au milieu de la foule, en attendant que d'autres institutions vinssent empêcher même de devenir riche et puissant. Le nombre des dèmes dut varier, puisqu'ils suivaient les destinée^ de la population ; mais nous sommes surs qu'au temps d'Auguste, il y avait 174 dèmes d'Attique; 174, ni plus ni tnoins : tel est le chiffre fatal et sacré.

Cette liste commence par les dèmes urbains.

M, Hanriot pense , comtne M. SaUppê , tju'il y avait

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dix dêmes en ville, corrq>ondant aux dix tribus, qui se trouvaient ainsi représentées dans la population d'Athènes. C'est un système ingénieux; malheureusement , on n'en trouve que sept ; ç*e^\ trois qui manquent) il faut espérer qu'on les trouvera. Cette division d'Athènes en dèmes urbains ne doit pas être confoi^due avec la division en quartiers. On pouvait habiter au nord , au sud, à l'est ou à l'ouest de l'Acropole, sans cesser d'être non-seulement Athénien, mais Golyttipn, Mélitien, Scambonidien, etc.

Nous prions le lecteur de ne pas s'attendre à l'énumération complète des 174 dèmes. Nous suivrons M. Hanriot dans ceux où il a évoqué les souvenirs les plus intéressants, au dème Elos ou Ëlaeus, par ^exemple , ou Xerxès fit placer son trône aux pieds d'argent , pour y être témoin de la bataille de Salamine. On le vit sur ce rivage , tel qu'il est représenté dans les monuments de Persépolis , le visage majestueux, la barbe étagée avec symétrie et descendant sur sa poitrine, portant de longs cheveux qui se déroulaient en boucles. Autour de lui, Ton voyait sans doute, comme sur les bas-reliefs, ses officiers et ses secrétaires ; peut - être écrivaient-ils les noms de ceux qui combattaient bravement pour le grand roi. De l'autre côté du canal, sur les rochers de Salamine et le long des rivages, les vi^Ilards, les femmes, les enfants athéniens, étaient spectateurs de la bataille , et priaient leç 4i^ux»

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72 NOUVEULES ANNALES

Voici le dème de Colone où naquit Sophodle :

Too pied foide , ômon hôte, ooe terre fertile

En superbes coursiers, noble et chaînant asile»

La blanche Colone , heureux sol , Ob, fariant l'accord de se« notes perlées, Aéaonne incessamment, dans les vertes vallées,

Le ramage du rossignol

Là fleurit chaque Jour, sous l'aube renaissante. Le narcisse entr'ouTrant sa corolle élégante ,

Parure antique de Cérès :

JA le safran Jaunit; là, sans fin , par les plahies , Dans ie Céphise errant les Nymphes des fontaines

Épanchent leurs flots purs et frais (!]•

Le dème de Kikynna rappelle le Strepsiade des Nuées; c'est du dème de Kikynna qu'il venait, et nous savons par lui quelle y était l'industrie des habitants: «Je passais aux champs les jours les plus » heureux ; ma vie était simple et grossière, sans dé- » licatesse; j'avais en abondance des ruches, des bre- » bis, du marc d'olives. Depuis, moi, paysan, j'ai » pris une femme de la ville. J'épousai la nièce de » Mégaclès, fils de Mégaclès, femme fastueuse , dé-

» pensière Devenu son époux , je n'apportais

» avec moi que l'odeur des vins doux , des figues sè- » ches, de la laine des brebis; elle , au contraire, ce » n'était que parfums, essences, coquetterie, luxe et » festins. . . . , etc. (2).» C'est ainsi que M. Hanriot diversifie notre voyage avec ses souvenirs de Sophocle et d'Aristophane.

(1) Nous empruntons ces strophes à l'exccl lente traduction que M. Guiard a donnée de Sophocle.

(2) Traduction de M. Artaud.

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Noas avons vu avec plaisir M. Hanriot rendre au

bourg de Maralhona Thonneur d^ avoir vu la victoire

de Miltiade et le triomphe de la liberté grecque. Le

colonel Leake, auteur d^un livre sur les dèmes de

TAttique , avait dépossédé Jlf aratfcona , et transporté

le vieux Marathon à trente stades vers le sud » dans

un lieu appelé Vrana. Ainsi Maralhona était un

nom usurpé, et le vrai Marathon avait changé de

nom ; il avait laissé son nom immortel, pour prendre

Tafireux nom slave de Yrana. Le général Church a

fait toute une stratégie fort savante pour priver

Maralhona de sa gloire. M. Hanriot nous parait avoir

toute raison contre l'un et l'autre ; nous le félicitons

sincèrement d'avoir restitué un champ de bataille

authentique contre un colonel et un général.

Nous pourrions nous arrêter au dème de Céphissia : c'est la source du Géphise , que Socrate remontait, les jambes dans l'eau, selon les dialogues de Platon ; nous pourrions faire un séjour au dème d'Acharnes , où nous trouverions encore un commentaire vivant de la comédie d'Aristophane ; à celui de Pentèle, qui fournit les beaux marbres des édifices. Le mont Hymette présente , sur l'un et l'autre de ses versants , Péanée , où naquit Démos thènes ; Gothoce, d'où sortit Eschine , comme si leur lèvre éloquente avait recueilli en naissant un rayon du miel attique. Mais nous aimons mieux visiter la grotte de Pan avec M. Hanriot , et citer quelques mots d'une bonne page qu'il a écrite sur la visite de Platon à cette grotte. « Cette grotte fut de tout temps un lieu de

pèlerinage. Jadis le divin Platon , jetine encore , y )» vint exprès pour sacrifier , dit son biographe , à ' » Pan, divinité du lieu. Il est permis de croire qu'en * descendant dans ce vieux sanctuaire , le jeune dis- » ciple de Socrate venait y adorer, non le Pan ruste tique de la mythologie populaire, mais bien le Pan w primitif, qui était comme une grossière ébauche » de l'Etre suprême. Entre ses mains, l'antique diVl- « nité pélasge , le grand Pan , allait reprendre sa » majesté première et triompher enfin des fantômes

» poétiques de l'Olympe des Hellènes Sur Paile

» de l'enthousiasme , son âme s'élève soudain à la » contemplation de l'essence universelle. C'est là le » Pan qu'il adore , et il lui adresse cette invocation : » O Pan chéri! donnez-moi la beauté intérieure , et • » fixités que ttion extérieur soit d'accord avec le de- » dans. C'est là ma prière. » Cette page , où il sufitait de retrancher une phrase ou deux un peu équivoques, tti'a fait regretter, je l'avoue, que M. Hanriot ne se soit pas livré plus souvent à son imagination. J'espère qu'il n'est pas encore parvenu à ce degré, de la haute érudition où Ton commence à dédaigner la pure littérature.

La thèse de M. Hanriot ne prouve pas seulement du talent et du savoir; elle annonce qu'il a le don de la perse vérancp. Il en fallait beaucoup dans la topographie des dèmes. M. Hanriot à voulu juger par lui'-méme ; Il a recommencé les études de ses devanciers , et il a souvent rétabli des opinions ancifeUôes , qu'OT avait mal à |iropos abandonnées ;

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DE$ VOTAMES. 75

car les dèmes de l'Attique ont leurs vicissitudes. La Faculté des Lettres a rendu au travail de M. Htm^fiot le témoignage le plus honorable. Les éloges les plus unanimes dont elle l'a <5ottl*onné nous dispensent de te louer davantage.

£n lisant les deu?t thèses de M. Hanriot , t^ous avons fait un cours de géographie complet. Nous avons reconnu les traces de l'enseignement profond de M. Guigniaut, et M. Hanriot iui*toéme n*à pas voulu déguiser ce qu'il devait à la scietice du maitre. Indiquer les progrès de la géographie dans Homèi-e , dans Héâiode , dans Eschyle et dans Hécatée , c'està-dire dans les poëtes et dans un prosateur, presque le premier en date , et servant de transition entre les poëtes et Hérodote, voilà lô sujet de la thèse latine de M. Hanriot. Le sujet n'était pas nouveau , mais M. Hanriot en a fait un abrégé- qui sera consulté avec fruit. Nous ne répéterons pas ce cours de géographie pour nos lecteurs, qui pourront aussi bien le trouver dans la thèse de M. Hanriot; nous noUs contenterons d'indiquer quelques objections , soit pour l'acquit de notre consdence , soit pour prendre notre revanche de critique sur M. JlanHot, dotit iious avons été obligé d'admettre les 174 dèifftes $ansmot dire.

Oii A reproché avec raison à M. Hanriot d'avoir mis tout d'abord les îles Fortunées , séjour des biehheureux , dians l'Océan ; d'avoir oublié qu« e^jtte contrée idéale où l'on se plaisait à se figHçer les justes , les héros , les d^mi-dieu» pcu4a4t|« , f tait

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76 NOUVELLES iLNUàLES

placée moins loin , quand le réel et le connu avait des limites moins éloignées; à mesure que les hommes connaissaient une plus grande étendue de cette terre, ils étaient bien forcés de reconnaître qu'ils n'avaient pas atteint la région du bonheur parfait ; ils la repoussaient toujours de plus en plus vers le couchant, jusqu'à ce qu'enfin, lorsqu'ils connurent le détroit de Gibraltar, ils reculèrent les iles Fortunées à une distance inconnue daiis l'Océan . Nous croyons qu'on peut généraliser ce reproche, que M. Hanriot se hâte trop de voir des progrès géographiques, et qu'il transporte dans Homère des idées qui sont bien plus récentes. Nous prenons pour- exemple le voyage des Argonautes.

Selon M. Hanriot , lorsque Tirésias adresse ces paroles à Ulysse : € Prends une rame , et va dans » les lieux où la mer est inconnue , où l'homme ne ]> mêle point de sel à ses aliments , et ne connaît » ni les vaisseaux , ni la rame qui sert à les diriger » sur les ondes (1), » le poë te indique le vaste espace de terre qui s'étend au nord du Danube , depuis la Thrace jusqu'aux mers boréales. De même, quand Circé, parlant de Gharybde et de Scylla, prononce les mots suivants : « Un seul navire , VAtgo , que pro- » tégeaient les mortels et les dieux , venant du pays » d'^etès , sut franchir ce dangereux passage (2) , » Homère , au dire de M. Hanriot , entend les mers qui sont au nord de l'Europe. M. Hanriot demande

. (1) Odyssée, XI, 121 et suiv* (3) Odyssée, su, 69.

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DBS VOYAGES* 77

psyr cpielle autre mer les Argonautes pouvaient passer de la Colciiide dans la mer Tyrrhénienne , où sont Gharybde et Scylla , et il en tire cette conclusicHi , que Fauteur de TOdyssée avait quelque soupçon de la mer Baltique et de Focéan Glacial.

Nous répondrons d'abord que le renseignement géographique sur les hommes qui ne man|^nt pas de sel est trop vague pour nous y arrêter ; ensuite , que nous ne savons pas au juste où Homère plaçait Gharybde et Scylla. Mais je veux qu'il les ait mis dans la mer Tyrrhénienne ; pourquoi faire passer les Argonautes par la mer Baltique ? -t- Par quelle autre mer, demande M. Hanriot ? Je propose la mer du Midi. Le texte d'Homère ne s'y oppose en aucune façon , et , puisque les mers méridionales étaient alors un peu plus connues des Grecs , je les fais voyager par une route qui doit leur plaire davan* tage« J'ai pour moi des autorités : celle de Pindare , qui dit qu'en retournant, Jason et ses amis traver^^ aèrent l'Océan et la mer Erythrée (1) ; celle d'Hécatée de Alilet (2), quiles faisait revenir par FOcéan et par le Nil, lesquels passaient pour communiquer ensemble. La route du nord est d'une époque posté-» rieure ; le faux Orphée reconduit les Argonautes par le marais Méotide , par le Tanaïs , par un océan septentrional, et, leur faisant faire le tour du monde, il les ramène chez eux par les Colonnes d'Hercule. Depuis ce moment, le voyage fut re-

(l)Pythlques,iy, 647.

(2) Schol. d'Appollonias , iv, aSMSS.

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79 NOD?EIXEft ▲NNALES

QOBuneUcé plasif urs fois , toujours ptr le nofd « mm rmpeetaut davantage la géographie , en abrégeant çurtimt i ce qui est fort important dans un voyage. Si je voulais me servir des témoignages de quelques scoliastes, j'en trouverais qui m'expliqueraient aTed détail comment les Argonautes traversèrent la Libye par tsriy ^ traînant leur vaisseau avec eux » et par^ vinrent , après un trajet de douze jours , aux rivagiM du golfe Syrtique et de la mer Méditerranée. Il était péaiUe de porter le vaisseau sur ses épaules » mail c'est un expédient qui était devenu nécessaire , parce que les scoliastes savaient mieux leur géographie que les poètes. Toutes ces explications étaient imaginée après coup , par ceux qui tenaient poui^ la route dti midi , et pour la version des anciens poètes ; mais il est visible que la route du nord était une inveaation récente. Nous recommandons au lecteur quelqueî pages très-intéressantes de M. Saint-Marc-Giraridin sur le voyage des Argonautes , dans le premier vcdume de ses Souvenirs de voyage.

M. Hanriot a fort bien montré les progrès de la géographie d'Homère à Hésiode. Nous avons lu oe chapitre avec plaisir ; la matière en est moins connue que celle du chapitre précédent* Un ou deux pas* aages seulement peuvent éveiller quelques critiques : le développement sur les îles Fortunées , doiit nous avcdOLS fait mention ; les Champs-Elysées homériques placés .vaguement dans une île d'Orient , sans indiquer d'autorité ; Ménélas mis dans ce séjour des bienheureux , à titre de mortd, tapdj.^ que c'est aM titre

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GOBtraife. qu'il y pçlrvièxit^ MéUéhi» né fîiit ptift^si* cepUon parmi le» hoittmes ; të aVst pas en quâliié d'honUna qit'll parvient aux Champs-Elysées , c'e»! qu'il ^emaurt pas. « Le destin ne veut pas, âdiTÛi 9 Ménélas , que tu meures et que tu subisses la kli ïf commune dans Atgos , qui nourrit les dheTAUT^ ) ]f ipiais les di^ux t'enverront dans les Ghâmpfl-< f Élysées i^t vers le$ estrémités de la terre , où «il » le blond Rhadamante(l). » Nous ajouterons encore à ces légères critiques la demi-^page un fieu risquée sur le chaos, page 34. Si ce n'est {>al do roman poétique, c'est peut -être du roman philolck phique.

Le chapitre sur la géographie d'Eschyle sera d'unis lecture très -profitable, mais nous regrettons que M. Hanriot n'ait pas fait une place à Pindare. Il suppose qu'Eschyle et Pindare , étant contempo^ rains , ont du connaître les mêmes descriptions de la terre ; nous croyons cependant qu'en y regard4nt de plus près , le poëte lyrique eût fourni sur Cyrène et sur la Sicile tout entière quelques détails qu'on ne trouve pas jusqu'à lui. Si M. Hanriot avait songé à la quatrième Pythique , à cette petite épopée des Argonautes , la plus ancienne de toutes , il en aurait tiré quelque chose , ne fût-ce que le voyage même des héros de la Toison d'or.

Hécatée de Milet termine dignement cet aperçu de la géographie des Grecs avant Hérodote. Né au milieu du sixième siècle avant l'ère chrétienne , il

(1) Odyssée I iv, 660 et luiv*

90 NOCVBLLBS Alflf&LES

meurt après la bataille de Mjcale, en 480. Homme d'affaires et homme d'État, il parcourut la Méditerranée, et traversa les Colonnes d'Hercule; il explora les côtes du Pont-Euxin, connut un côté de la mer Caspienne , énuméra les peuples de la Haute- Asie et de Flnde , s'étendit au nord jus<pi'att Danube. Yoilà ce que l'Europe et l'Asie connaissaient l'une de l'autre , lorsqu'elles commencèrent la grande lutte des guerres médiques.

Après avoir loué sans restriction la thèse française de M. Hanriot, nous avons voulu être sévère pour sa thèse latine ; mais nos critiques ne peuvent Tentamer sérieusement : quelques points un peu exagérés, deux ou trois légères inexactitudes ; faut il y ajouter quelques inadvertances dans la la tinité?Nous reconnaissons avec plaisir que cette thèse est par elle-même un titre estimable , et que , si M. Hanriot s'expose davantage sur ce terrain , c'est qu'il est trop fort sur celui des dèmes de l'Attique.

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